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La faune du Néolithique ancien

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La faune du Néolithique ancien

CHIQUET, Patricia Anne, CHAIX, Louis

Abstract

L'étude qui suit porte sur l'ensemble du matériel osseux mis au jour dans les couches du Néolithique ancien (couches 60 à 53). Les vestiges découverts dans les niveaux détritiques antérieurs (couches 64 à 62, couche 61) sont également présentés ci-dessous, dans la mesure où ils semblent issus des niveaux du Néolithique ancien, par infiltration. L'ensemble des niveaux dont il est question ici est localisé dans la Première Salle, exception faite des couches 64 à 62, situées en avant de cette dernière...

CHIQUET, Patricia Anne, CHAIX, Louis. La faune du Néolithique ancien. In: Voruz, Jean-Louis (dir.). La grotte du gardon (Ain). Volume 1 : le site et la séquence néolithique des couches 60 à 47 . Toulouse : Ecole des hautes études en sciences sociales, 2009. p. 397-450

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:5176

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Chapitre 22

La faune

du Néolithique ancien

Par

Patricia CHIQUET et Louis CHAIX

L’étude qui suit porte sur l’ensemble du matériel osseux mis au jour dans les couches du Néolithique ancien (cou- ches 60 à 53). Les vestiges découverts dans les niveaux détritiques antérieurs (couches 64 à 62, couche 61) sont également présentés ci-dessous, dans la mesure où ils semblent issus des niveaux du Néolithique ancien, par infi ltration.

L’ensemble des niveaux dont il est question ici est localisé dans la Première Salle, exception faite des cou- ches 64 à 62, situées en avant de cette dernière. Les niveaux présentent une extension et une amplitude très variables.

Certains d’entre eux ne sont eff ectivement connus que par un sondage profond (couches 64 à 62), d’autres appa- raissent sous la forme de lambeaux, d’autres encore sont reconnus sur une surface de plus de 30 m2 (couche 58).

La topographie de la cavité et les phénomènes sédimen- taires sont, en fait, à l’origine d’importantes variations latérales de faciès et d’épaisseur. D’après la nature des élé- ments constituant ces couches (Sordoillet, Voruz, supra, chap. 5 et 6), il est possible de distinguer deux types de dépôts, c’est-à-dire des couches d’origine anthropique (couches 60, 58, 56, 54) et des couches d’inondation liées à l’activité de résurgence de la grotte (couches 61, 59, 57, 55, 53).

Ces niveaux ont fait l’objet de procédures de récolte très inégales, en raison de la commodité croissante de la fouille au fi l des ans, s’accompagnant d’une fouille de plus en plus minutieuse et de la mise en place d’un tamisage à l’eau. Ces caractéristiques, de même que les eff ectifs très variables dont elles sont parfois responsables, sont des facteurs limitant l’analyse d’une telle séquence.

Nous nous proposons, malgré tout, de procéder, dans un premier temps, à une description de la faune couche après couche. Cette démarche s’avère inévitable, compte tenu des hypothèses émises par Th omas Perrin dans sa thèse (Perrin, 2003), et toujours d’actualité (Voruz et col., 2004, 844-847). Ce dernier évoque, à tra- vers l’analyse des industries lithiques taillées, une oppo- sition entre les couches 58-56 d’une part, 57-54 d’autre part, qu’il met en relation avec des groupes humains relevant de sphères culturelles distinctes. Ainsi, pour cet auteur, les couches 58 et 56 se rattachent sans conteste au Néolithique ancien méridional, alors que les couches 57 et 54 s’inscrivent davantage dans la tradition mésolithi- que. Nous tenterons de voir si les données archéozoolo-

giques permettent d’appuyer une telle hypothèse. Cette description détaillée sera suivie d’un aperçu plus synthé- tique de la faune du Néolithique ancien de la grotte, de manière à pouvoir établir par la suite des comparaisons d’ordre plus général, d’une part avec les sites contempo- rains de la région, d’autre part avec le reste de la séquence du Néolithique mise au jour au Gardon.

Les couches 64 à 62

Les couches 64 à 62 ont été observées principalement dans le secteur J-K/21-22, lors d’un sondage profond réa- lisé à mi-parcours entre l’entrée et le fond de la Première Salle. Elles ont livré un matériel osseux abondant et très bien préservé, montrant à diverses reprises des stigma- tes liés à des activités anthropiques. Bien qu’il ne soit pas daté, cet ensemble sédimentaire semble renfermer des éléments du Néolithique ancien, d’après l’étude des rares vestiges lithiques trouvés en son sein (Perrin, 2003).

Une telle attribution n’est malheureusement pas assurée, attendu que les couches 64 à 62, constituées d’éléments détritiques de dimensions parfois importantes, présen- tent de nombreux interstices ayant favorisé l’intrusion de vestiges issus des niveaux néolithiques sus-jacents. Les vides observés ont également profi té à certains animaux fouisseurs. Signalons cependant que l’étude des remon- tages osseux n’indique aucune interférence avec des cou- ches plus récentes mais suggère au contraire une forte cohérence interne (fi g. 257).

Dans un tel contexte sédimentaire, il est diffi cile de déterminer si les vestiges sont réellement représentatifs d’une occupation de la cavité, tout comme il est délicat de discerner quelles sont les espèces véritablement exploitées par l’homme. Cet ensemble de couches représente eff ec- tivement le produit d’une sédimentation naturelle dans lequel ont été piégés divers objets exogènes, d’origine humaine ou non. Du fait de sa position basale, il mérite que l’on s’y attarde, et ce, malgré les problèmes d’analyse et d’interprétation découlant forcément de ce type d’as- semblage. Un tableau exhaustif des espèces reconnues est présenté (tab. 69) et la présence de ces dernières sur le site est ensuite discutée au cas par cas.

Cet ensemble basal a fourni 237 restes osseux cor- respondant à un poids de 835 grammes. Les vestiges pro- viennent des mètres J-K/21-22, à l’exception de 29 restes, issus des mètres I/26-27. Ces derniers sont, pour la plupart, indéterminés, leur poids excédant rarement 1 gramme.

Dans les mètres J-K/21-22, le poids moyen des vestiges reste relativement faible (fi g. 258), du fait surtout de la pré- sence de nombreuses petites espèces. Les restes détermi- nés spécifi quement constituent 64 % du nombre de restes (NR) et 91 % du poids des restes (PR). Ces valeurs élevées

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Figure 257 - Néolithique ancien. Histogrammes illustrant, pour chaque couche ou ensemble de couches, le nombre de pièces impliquées dans des remontages intra- et inter-couches. En gris sont figurés les collages, en blanc, les appariements et les connexions anatomiques.

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contrastent nettement avec celles obtenues par exemple pour la couche 58 (respectivement 14 % et 70 %, fi g. 259, 260). Cette diff érence est en grande partie le résultat des procédures de tamisage. Celui-ci a été eff ectué à sec dans le secteur J-K/21-22 où ont été observées les couches 64 à 62, alors que dans la Première Salle, où se développe la séquence du Néolithique ancien, un tamisage à l’eau a été mis en place, permettant la récolte de nombreuses esquilles, dont la plupart sont indéterminables. Le poids moyen des vestiges rend très bien compte de l’absence de tamisage à l’eau dans certaines zones, en particulier celles où ont été reconnues les couches 61 et 59 (fi g. 258). Le piégeage des vestiges dans une matrice non compactée a sans doute également joué un rôle dans la bonne préser- vation des vestiges des niveaux 64 à 62.

Tous les vestiges semblent appartenir à des taxons sauvages, à l’exception de deux carpes et d’une phalange intermédiaire identifi és comme du porc. De dimensions réduites, ces restes contrastent nettement avec ceux attri- bués au sanglier, puisque ces derniers évoquent plutôt des animaux de forte taille.

Parmi les espèces sauvages, le cerf et le sanglier dominent en termes de poids de restes, tandis que le castor partage la seconde place avec le sanglier, lorsqu’il est question du nombre de restes (tab. 69). Si le cerf et le sanglier semblent jouer un rôle économique majeur tout au long de la séquence du Néolithique ancien, la place octroyée au castor paraît limitée. Cet animal, dont la forte représentativité ici résulte en fait de la découverte de plu- sieurs éléments d’une même carcasse, va disparaître par

Espèces couches 64-62 couche 61 couche 60

NR PR NMI NR PR NMI NR PR NMI

Bœuf (Bos taurus) - - - 2 117,2 1 1 7,1 1

Porc (Sus domesticus) 3 7,1 1 - - - - - -

Total mammifères domestiques 3 7,1 1 2 117,2 1 1 7,1 1

Aurochs (Bos primigenius) 1 9,2 1 - - - - - -

Sanglier (Sus scrofa) 12 183,5 2 6 112,8 2 4 30,6 1

Cerf (Cervus elaphus) 15 145,1 2 5 115,8 1 - - -

Chevreuil (Capreolus capreolus) 1 2,3 1 - - - 1 3,9 1

Chamois (Rupicapra rupicapra) - - - 1 18 1 - - -

Blaireau (Meles meles) 7 94 1 1 3,5 1 - - -

Martre/Fouine (Martes sp.) 2 2,4 1 - - - - - -

Chat sauvage (Felis silvestris) 2 0,9 1 2 1,1 1 1 0,3 1

Renard (Vulpes vulpes) 3 6,5 1 1 77 1 - - -

Ours brun (Ursus arctos) 2 51 1 1 93,8 1 - - -

Castor (Castor fi ber) 12 38,7 1 - - - - - -

Écureuil (Sciurus vulgaris) 3 1 1 - - - - - -

Total mammifères sauvages 60 534,6 13 17 422 8 6 34,8 3

Micromammifères 15 1,8 7 1 <0.1 1 2 0,1 1

Batraciens 1 0,1 1 1 <0.1 1 - - -

Oiseaux 25 106,5 11 4 3,1 3 4 1,1 4

Bovinés indéterminés 1 19,7 - - - - 2 26,4 1

Grands ruminants indéterminés 1 15,3 - 1 8,6 - 2 2,8

Suidés indéterminés 55 98,4 5 4 4,7 - 13 22,7 2

Caprinés indéterminés 2 1,8 2 - - - 1 1,9 1

Petits ruminants indéterminés 6 4,4 - - - - 2 4,7 1

Canidés indéterminés 2 1,2 1 1 0,8 1 1 0,2 1

Carnivores indéterminés 2 1,8 - - - - - - -

Lagomorphes - - - - - - 1 0,4 1

Indéterminés TP 1 0,1 - - - - - - -

Indéterminés TM 5 1,4 - 1 2,7 - 6 4,6 -

Indéterminés TG 9 17,2 - 3 14,6 - 2 13,5 -

Indéterminés 49 23,6 - 8 15,3 - 93 20,9 -

Total général 237 835 41 43 589 15 136 141,2 16

Tableau 69 - Décompte des restes osseux issus des couches 64 à 62, 61 et 60, par espèce ou catégorie d’espèces. NR : nombre de restes ; PR : poids des restes ; NMI : nombre minimum d’individus ; indéterminés TP, TM, TG : indéterminés Taille Petit, Moyen et Grand mammifère.

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Taux de restes déterminés (nombre)

0,0%

10,0%

20,0%

30,0%

40,0%

50,0%

60,0%

70,0%

80,0%

90,0%

100,0%

64-62 61 60 59 58 56 55 54 53 57-53

l.s.

57-53 tot.

couche

Figure 259 - Taux de restes déterminés au niveau de l’espèce ou du genre. Les calculs se basent sur le nombre des restes. En gris : valeur correspondant à la totalité des restes issus des couches 57, 56, 55, 54, 53 et de l’ensemble « 57 à 53 l. s. ».

% NR

Figure 260 - Taux de restes déterminés au niveau de l’espèce ou du genre. Les calculs se basent sur le poids des restes. En gris : valeur correspondant à la totalité des restes issus des couches 57, 56, 55, 54, 53 et de l’ensemble « 57 à 53 l. s. ».

Taux de restes déterminés (poids)

0,0%

10,0%

20,0%

30,0%

40,0%

50,0%

60,0%

70,0%

80,0%

90,0%

100,0%

64-62 61 60 59 58 56 55 54 53 57-53

l.s.

57-53 tot.

couche

% PR (g)

Poids moyen (g) des os des niveaux du Néolithique ancien

0 2 4 6 8 10 12 14 16

64-62 61 60 59 58 56 55 54 53 57-53

l.s.

57-53 tot.

couche

Figure 258 - Poids moyen (en gramme) des restes osseux issus des différentes couches ou ensemble de couches. En gris : valeur correspondant à la totalité des restes issus des couches 57, 56, 55, 54, 53 et de l’ensemble « 57 à 53 l.s. ».

poids moyen (g)

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la suite des tableaux de chasse, et ce jusqu’au Néolithique moyen II.

D’autres espèces telles que l’aurochs ou le chevreuil sont présentes en moindre quantité, de même que toute une série de carnivores (ours, blaireau, chat sauvage, etc.).

Plusieurs restes d’oiseaux, de chiroptères, d’insectivores et de rongeurs ont également été identifi és. Il faut encore mentionner ici la présence de plusieurs individus pour lesquels il n’est pas possible d’établir s’ils appartiennent à la forme sauvage ou domestique. Il s’agit de deux capri- nés, un périnatal et un animal âgé de plus de 2 ans, ainsi que cinq suidés, deux âgés tout au plus d’une semaine, un de quelques mois, un âgé entre 6 et 12 mois et un autre d’au moins un an. Un jeune canidé de moins de 3 mois est également attesté. La mort des diff érents individus juvéniles a eu lieu principalement au cours du printemps, voire durant l’été.

Tous les ongulés présentent des traces d’origine anthropique : stigmates de désarticulation du poignet sur un radius de sanglier et également décharnement du tronc chez cette espèce, stries de décarnisation sur un fémur de cerf, traces liées au dépouillement sur un métapode de chevreuil et une phalange intermédiaire d’aurochs. Chez le castor, des stries ont également été mises en évidence.

Observées sur une clavicule (fi g. 293, A), elles pourraient avoir été laissées lors du prélèvement du membre anté- rieur. L’ours est pour sa part le seul carnivore à témoigner d’une exploitation humaine. Des stries successives à une désarticulation du coude sont visibles sur une ulna, à la hauteur de l’incisure trochléaire (fi g. 293, B).

Les os sont passablement fragmentés. Du point de vue de la distribution anatomique, la tête est peu repré- sentée, sauf parmi les suidés. Chez ces derniers, il s’agit toutefois principalement de fragments de crâne d’indivi- dus mort-nés. Les vestiges brûlés sont extrêmement rares (0,03 %, NR : 8). Quelques os de suidé, d’oiseau, de chat et de jeune canidé présentent des stigmates résultant de leur passage dans un tube digestif. Les traces dues à des car- nivores ou des insectivores, de même que celles relatives aux rongeurs, sont peu nombreuses.

Si au vu de ces diff érents stigmates, la présence sur le site des ongulés, du castor et de l’ours peut être mise au compte de l’homme, celle des autres catégories d’espèces reste à interpréter. En l’absence de traces de nature anth- ropique, la question de l’origine d’espèces troglophiles se pose très clairement. L’observation des traces (dents, digestion, etc.), de la distribution anatomique et spatiale des vestiges permet d’avancer quelques hypothèses.

Du point de vue spatial, les vestiges sont princi- palement localisés dans le secteur J-K/21-22. Les restes présents dans le mètre J/21 - il s’agit d’une cinquantaine d’ossements issus de corvidés, de taupe, de jeune canidé, de chiroptère et de suidés âgés de moins d’une semaine - pourraient correspondre à une accumulation naturelle.

En eff et, ces espèces paraissent de peu d’intérêt pour

les hommes, notamment d’un point de vue alimentaire.

Dans les autres mètres carrés, la situation est plus fl oue.

Se trouvent associés des ossements montrant des traces de boucherie et des restes plus équivoques appartenant à des carnivores, des insectivores, des rongeurs ou diff é- rents oiseaux.

En ce qui concerne les carnivores (blaireau, chat sauvage, martre ou fouine), une exploitation humaine est envisageable, dans la mesure où elle est attestée à diff é- rentes reprises sur le site au cours du Néolithique. Vu leur faible eff ectif, la distribution squelettique est peu parlante et l’absence de stigmates anthropiques ne paraît pas signi- fi cative. Plus problématique est la présence de plusieurs restes de jeunes canidés, parmi lesquels un renardeau âgé de moins de 3 mois. Ce dernier est attesté par plu- sieurs os complets du membre antérieur gauche, décou- verts au sein d’un même mètre carré et probablement en connexion plus ou moins lâche. L’usage de cavités natu- relles pour abriter une nichée étant chose courante chez le renard, il est possible que ces vestiges mis au jour au sein d’un cailloutis lâche relèvent de phénomènes natu- rels, indépendants d’une présence humaine. Ce genre de découverte met, en outre, l’accent sur les modifi cations qu’un animal tel que le renard peut apporter à un assem- blage archéologique. Cette espèce représente eff ective- ment, à l’instar de l’homme, un accumulateur potentiel, la présence de jeunes impliquant leur nourrissage, soit par l’apport de proies de l’extérieur, soit directement à travers l’exploitation de ce qui est disponible dans la cavité et à proximité. Dans le cas de la grotte du Gardon, la présence de certains oiseaux, de l’écureuil ou de la taupe, voire de très jeunes suidés et caprinés, pourrait lui être imputée.

La découverte d’ossements de petits mammifè- res (rongeurs, insectivores, chiroptères) et de batraciens au sein du site semble moins équivoque. Leur présence résulte à notre avis de l’action d’un agent non anthropi- que (mort naturelle, prédateur, etc.). Outre les restes d’au moins deux taupes et d’un loir, il faut relever la présence d’un maxillaire de rat. L’état de surface de ce dernier est tout à fait comparable à celui des autres vestiges osseux.

Le problème de son appartenance au Néolithique ancien se pose toutefois, puisqu’il n’y a aujourd’hui encore aucun indice sérieux de la présence du rat noir (Rattus rattus : Linné, 1758) en Europe occidentale avant la fi n de l’âge du Bronze (Audoin-Rouzeau, Vigne, 1994). En fait, cet animal reste rare dans nos régions jusqu’au XIe ou XIIe siècle de notre ère. Sachant que le rat s’établit volontiers dans des anfractuosités, il semble que l’hypothèse d’une introduc- tion tardive de cet animal dans un contexte sédimentaire lâche soit celle qu’il faille retenir pour l’instant.

L’origine des ossements d’oiseaux demeure plus diffi cile à établir. Les espèces reconnues sont présen- tées dans le tableau 70. Si certaines illustrent un paysage boisé (pinson, geai, pic épeiche, gros-bec, etc.), d’autres aff ectionnent les cavités et les parois rocheuses (martinet,

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gypaète, corvidé cf. crave-chocard-choucas des tours) et sont plus étroitement liées à la confi guration même du site. La fracturation des os est faible et aff ecte surtout les os de grandes dimensions tels ceux de gypaète. Quelques perforations de très petites dimensions, dues à un bec ou à des dents sont parfois perceptibles. Aucune trace anthro- pique n’est visible. La répartition squelettique de l’avifaune s’avère toutefois tout à fait singulière. Parmi 19 os longs, 17 sont issus des ailes de diff érents individus. Les humé- rus sont majoritaires. Fait également notable, le gypaète est attesté par une aile gauche presque complète, dont les divers éléments (humérus, radius, ulna, carpométacarpe et phalange) sont plus ou moins issus du même mètre carré.

L’absence de stigmates imputables à l’homme, associée à une distribution anatomique particulière, nous a conduit à chercher quels pourraient être les agents susceptibles de produire un tel assemblage. Outre la conservation diff érentielle, l’action de divers prédateurs (homme, rapaces ou carnivores) peut être suspectée.

L’emploi exclusif de la distribution squelettique en vue de distinguer l’agent responsable de l’assemblage pré- sente de nombreuses limites que nous ne détaillerons pas ici (voir Laroulandie, 2000, p. 26 et suivantes). Ce n’est que mis en relation avec d’autres observations (distribu- tion spatiale, traces, fragmentation, etc.) que ce type de démarche peut permettre de caractériser le(s) agent(s) à

l’origine de l’accumulation de restes aviaires et reconsti- tuer l’histoire taphonomique de l’assemblage. Les obser- vations et réfl exions réalisées par V. Laroulandie (2000) sur des ensembles d’ossements accumulés par des rapaces et des carnivores (p. 132 et suivantes), de même que celles de J.-C. Castel (1999 a et b, 2004) sur l’action des canidés, nous ont été d’un grand secours.

Dans le cas qui nous intéresse, les éléments des ailes, peu fragmentés, représentent 92 % des os des membres (i.e. humérus, ulna, carpométacarpe, fémur, tibiotarse et tarsométatarse). Cette valeur, calculée selon la méthode d’Ericson (Laroulandie, 2000, p. 33), paraît signifi cativement diff érente de la proportion théorique attendue (50 %). Si le jeu de la conservation diff érentielle peut être invoqué en ce qui concerne le défi cit des élé- ments les plus fragiles, il ne peut expliquer, à notre avis, à lui seul un déséquilibre aussi marqué entre les os des ailes et des pattes. L’étude réalisée sur près de 600 ossements de chocards provenant de la grotte Vaufrey (Laroulandie, 2000, p. 175 et suivantes), dont l’accumulation est consi- dérée comme naturelle (mort dans la cavité, dortoir/

nichoir), témoigne d’une meilleure représentation des os des ailes (65 %), du fait de leur plus grande robustesse.

Leur taux reste pourtant bien inférieur à celui observé au Gardon. À noter tout de même les eff ectifs très inégaux entre les deux corpus.

Espèces/Couches 64-62 61 60 59 58 56 55 54 53 57-53 l.s.

Gypaète barbu (Gypaetus barbatus) 10 - - - - - - - - -

Buse variable (Buteo buteo) - - - - 1 - - - 1 3

Faucon pèlerin (Falco peregrinus) - - - 4 - - - - - -

Gelinotte des bois (Tetrastes bonasia) - - - - - - - - - 1

Caille des blés (Coturnix coturnix) - - - - - - - - - 1

Grue cendrée (Grus grus) - - - - 2 - - - - 2

Pigeon ramier (Columba palumbus) 2 - 1 2 5 - - - - 3

Chouette hulotte (Strix aluco) - - - - - - - - - 1

Martinet à ventre blanc (Apus melba) 1 - - - - - - - - - Pic épeiche (Dendrocopos major) 1 - - - - - - - - - Geai des chênes (Garrulus glandarius) 1 - - - 1 - - - - -

Pie bavarde (Pica pica) - - - - 1 - - - - -

Pinson des arbres (Fringilla coelebs) 1 - - - - - - - - - Gros-bec casse-noyaux (Coccothraustes c.) 1 - - - - - - - - 1

Grive/Merle (Turdus sp.) 1 1 - 2 4 - - - - 2

Podicipedidae indéterminés - - - - - - - - - 1

Falconidae indéterminés - 1 - - - - - - - 1

Strigidae indéterminés - - - - - - - - - 2

Picidae indéterminés - - - - - 1 - - - -

Corvidae indéterminés 7 2 1 1 4 - - - - 4

Rapaces diurnes indéterminés - - - - - - - 1 1 - Rapaces indéterminés - - 2 - - - - - - -

Indéterminés - - - - 8 - 1 - - 4

Total des restes 25 4 4 9 26 1 1 1 2 26

Tableau 70 - Décompte, par espèce ou catégorie d’espèces, des restes d’oiseaux trouvés dans les divers niveaux du Néolithique ancien.

(9)

Compte tenu de la confi guration du site du Gardon (abri en pied de falaise), l’intervention d’un rapace dans la formation de l’assemblage est envisageable. Parmi cette catégorie d’oiseaux, les signatures sont multiples mais une diff érence très nette se dessine entre les espèces nocturnes et diurnes. Les rapaces nocturnes ont tendance à ingurgiter leur proie entière, ou si celle-ci est trop grosse, en plusieurs tronçons et à régurgiter par la suite des pelotes. Ces derniè- res contiennent entre autres des os, tant des ailes que des pattes, dont la surface est peu altérée par les sucs digestifs.

Les rapaces diurnes produisent, au contraire, des pelotes dans lesquelles les os, fortement fragmentés, ont subi une intense dissolution. Par contre, la plupart de ces rapaces diurnes ne consomment pas leur proie en totalité. L’exem- ple du faucon pèlerin, décrit par V. Laroulandie, est intéres- sant (2000, p. 149-154), d’autant plus que cette espèce est attestée dans les niveaux du Néolithique ancien. Ce rapace diurne, amateur d’oiseaux (pigeons, grives, mouettes, cor- beaux, canards, etc.), a pour habitude, après avoir plumé partiellement sa victime, de dévorer les muscles pectoraux et d’abandonner le reste de la carcasse. Cette opération prend, semble-t-il, place dans un lieu en position domi- nante qu’il fréquente régulièrement. Ce prédateur laisse des déchets tout à fait caractéristiques, à savoir des ailes encore solidaires du sternum sur lesquelles sont présentes les gran- des rémiges. La proportion des éléments des ailes observées dans ce cas est de 87,7 % (Laroulandie, 2000 p. 151), parmi lesquels dominent les humérus. La part des os complets est également importante, supérieure à 50 %, soit bien davan- tage que celle enregistrée dans les pelotes d’un rapace noc- turne comme le Grand-duc (28 %). Ces caractéristiques sont proches de celles mises en évidence au Gardon.

L’action des carnivores se distingue de celle des rapaces par un rognage fréquent des ossements au niveau des extrémités ou des fractures (Laroulandie, 2000, p. 154 et suivantes ; Castel, 1999 b, 2004), stigmates qui font défaut chez les rapaces. Ce type d’intervention n’a pas été observé sur l’assemblage aviaire du Gardon, et ce, alors que la fréquentation du site par certains carnivores comme le renard est suspectée.

L’origine humaine ne peut, quant à elle, être écartée.

L’absence de stries de découpe ne nous paraît pas signi- fi cative, dans la mesure où le corpus est de taille réduite (NR : 25). On peut toutefois s’étonner de ne pas retrou- ver les os des parties les plus charnues. À moins que les os découverts sur le site ne représentent qu’une part des déchets, ou qu’ils soient le rebut d’une exploitation non alimentaire, qui pourrait viser, par exemple, la récupéra- tion des plumes. Après ce bref tour d’horizon, il semble que la formation d’un tel assemblage aviaire soit suscep- tible d’être le fruit de diff érents agents, dont l’action a pu être conjuguée. Cette analyse, si elle ne permet pas de dési- gner le(s) responsable(s) de l’accumulation, a au moins le mérite d’élargir le champ des possibles et de mettre l’ac- cent sur les diffi cultés à interpréter ce type de vestiges.

Au terme de cette description, le matériel osseux issu des couches 64 à 62 apparaît bien comme un ensem- ble mixte, mettant à contribution des déchets de nature anthropique aussi bien que des vestiges dus à l’action d’agents naturels. Si le spectre off re, en ce qui concerne les ongulés et les carnivores, une image qui s’accorde bien avec les données obtenues pour la couche 58, la mise au jour de 3 ossements de suidés dont la taille évoque la forme domestique incite à prendre cet ensemble avec circonspection. La présence du porc n’est eff ectivement pas confi rmée durant le Néolithique ancien, pas plus que dans les sites contemporains de la région. La découverte au sein de ce cailloutis de deux restes humains calcinés constitue un témoignage supplémentaire de l’hétérogé- néité de cet ensemble, puisqu’ils nous paraissent provenir de la sépulture collective du Néolithique fi nal sise en cet endroit dans des niveaux sus-jacents.

La couche 61

Cette couche présente une extension très limitée, puisqu’elle n’a été reconnue qu’au fond de la Première Salle, au sein des mètres J-K/29-30-31, I/31 et K/32.

Formée de sables jaunes d’inondation et de blocaille, elle présente, à l’instar de ce qui a été observé pour les cou- ches 64 à 62, des vides intersticiels qui favorisent les per- turbations post-dépositionnelles.

Ce niveau a livré 43 fragments osseux représentant un poids de 589 grammes (tab. 69). Un tamisage réalisé exclusivement à sec explique le très faible taux d’esquilles indéterminées et un poids moyen des ossements élevé (fi g. 258).

À l’exception d’un scaphoïde et d’un fragment de tibia appartenant à un bœuf de moins de 2-2,5 ans, tous les restes déterminés sont issus d’espèces sauvages (tab. 69).

Outre la présence d’un cerf mâle adulte, d’une laie d’un peu plus de deux ans et probablement aussi d’un sanglier âgé d’au moins quatre ans, nous pouvons relever l’exis- tence d’un ours de taille adulte et celle d’un jeune chamois âgé entre 3 et 6 mois, d’après l’éruption dentaire obser- vée sur une mandibule (Fernandez, 2001). Un canidé de moins de 3 mois, probablement un renardeau, ainsi qu’un blaireau de moins de 4 mois sont également attestés.

Des traces d’origine anthropique ont été relevées chez plusieurs espèces. Les stries observées chez un san- glier, sur un calcaneus et l’extrémité distale d’un tibia trouvés en connexion, attestent une désarticulation réa- lisée au niveau du talon. Les traces laissées sur un tibia de bœuf et une scapula d’ours (fi g. 293, C) correspondent, quant à elles, à un travail de décarnisation. Ces espèces, dont une exploitation par l’homme ne fait aucun doute, livrent des os le plus souvent fracturés. Il en est de même

(10)

pour le cerf. Les autres taxons, principalement des carni- vores et des oiseaux, montrent, quant à eux, des ossements généralement complets sur lesquels les seules traces enre- gistrées sont de petites ponctuations laissées probable- ment par des dents de faible dimension. Un élément fait exception. Il s’agit d’une ulna de faucon, probablement un faucon crécerelle (Falco tinnunculus), sur laquelle sont visibles des stries qui pourraient être dues à un tranchant en silex (fi g. 293, E). Les stries ne sont, cependant, pas localisées au niveau des petites protubérances (apophy- ses anconales) servant de point d’ancrage aux tendons des rémiges secondaires, comme on pourrait s’y attendre dans le cas du prélèvement des plumes. L’extrémité distale de l’os, légèrement brunâtre, indique que l’os a également été soumis à une source de chaleur. Ces stigmates sont malheureusement trop superfi ciels pour qu’il soit possi- ble d’assurer une intervention humaine.

Les seuls éléments qui permettent d’aborder la sai- sonnalité (mandibule de chamois, de blaireau et humérus de canidé) indiquent une fréquentation du site par les ani- maux eux-mêmes ou leur prédateur durant la belle saison.

La présence de jeunes carnivores (blaireau et probable- ment renard) ne peut être attribuée sans réserve à une activité humaine, puisque ces espèces occupent fréquem- ment les cavités, entre autres pour abriter leur portée.

L’analyse des remontages indique des collages internes ou en direction de la couche 58 (fi g. 257). Les liaisons établies avec cette dernière concernent le bœuf et le sanglier. Enregistrées dans les mètres J-K/29, elles mettent en œuvre des décapages directement superpo- sés témoignant de déplacements de faible amplitude, peut-être en relation avec le sous-tirage qui aff ecte les mètres J-K/28. Si tel est bien le cas, l’intrusion de restes osseux à partir de la couche 58 sus-jacente est à suspec- ter. Le mètre K/30, par la nature même des vestiges qu’il renferme (un crâne de renard, un humérus de canidé de moins de 3 mois, plusieurs os d’oiseaux, de mulot, de batracien et de suidés), suggère l’intervention d’un autre agent que l’homme dans la mise en place de ces vestiges.

Ailleurs, les restes sont rares et peu parlants.

À l’instar des niveaux 64 à 62 sous-jacents et du fait sans doute des processus de sédimentation, la couche 61 semble constituer, une fois encore, un assemblage mixte, mêlant en son sein les produits d’une activité anthropique issus, semble-t-il, de la couche 58, et des éléments d’ori- gine naturelle.

La couche 60

La couche 60 a livré 136 restes osseux (141,2 g) (tab. 69), distribués principalement entre les mètres L/28 et L/32.

Cette couche comprend, en fait, deux niveaux anthropi-

ques (60a et 60b) entre lesquels s’intercale un lit sableux lié au fonctionnement de l’exsurgence. Un foyer est asso- cié à chacun des niveaux (C650 et C651). Si les diff éren- tes unités sont décrites individuellement ci-dessous, elles sont, par contre, réunies dans les tableaux de décompte et autres fi gures du fait de leur très faible eff ectif.

Le niveau 60a a livré 43 restes correspondant à un poids de moins de 14 grammes. Les pièces proviennent principalement du mètre L/29. Il s’agit d’esquilles indé- terminées, à l’exception de trois vestiges, un fragment de vertèbre de bœuf, un autre de suidé et une phalange de pigeon ramier. Quelques restes sont calcinés (NR : 5), tandis que d’autres ont été altérés par des processus de digestion (NR : 4).

Le niveau 60b renferme, quant à lui, 53 restes (13,7 g), cette fois encore, pour la plupart des esquilles indéterminées issues du mètre L/29. Outre des traces de chauff e visibles sur deux fragments, il faut signaler la pré- sence de stigmates de digestion sur un peu moins de la moitié des vestiges (NR : 22). Ce genre d’altération aff ecte des esquilles mais aussi un tarsométatarse de corvidé, des phalanges et une vertèbre sacrée de suidé juvénile.

Les mètres L/31-32, situés au fond de la Première Salle, ont également fourni une quarantaine de restes (113,9 g) attribués cette fois à la couche 60 lato sensu. Ces pièces sont bien moins fragmentées que celles mises au jour dans les niveaux 60a et b. Le sanglier et le chevreuil sont attestés. Quelques restes de petits et grands rumi- nants sont également présents, associés à des ossements de carnivores, de lagomorphes et d’oiseaux. Des marques de dent dues à des carnassiers ont été reconnues sur une phalange distale de sanglier et un coxal de chat immature.

Des traces de boucherie sont visibles sur les os d’un petit ruminant. Il s’agit d’une part de stries de décarnisation observées sur la face interne d’une côte, d’autre part d’in- cisions laissées sur un talus lors de la désarticulation du talon. Cet os montre également des stigmates de chauff e.

Signalons la présence de plusieurs individus imma- tures, soit un capriné mort-né, un suidé âgé de moins de trois mois, un canidé de moins de 2 mois ainsi qu’un chat, un lagomorphe et un rapace juvéniles. Leur mort a eu lieu entre le printemps et l’été.

L’unique remontage s’eff ectue avec la couche 48 (fi g. 257), au sein d’un même mètre carré (L/32 déc. 17 et L/32 déc. 20). Il concerne un ilion et un ischion de jeune chat, dont la fusion n’est pas encore eff ective. La faible amplitude des couches et leur biseautage dans cette zone expliquent une telle liaison.

Il est intéressant de constater que malgré le carac- tère charbonneux des dépôts et la présence de foyers, certes lessivés, les restes brûlés sont rares (10 %) en regard par exemple des taux supérieurs à 50 % enregistrés dans les couches 56, 55 et 54 (fi g. 261). De plus, d’autres évé- nements semblent se superposer à ces témoignages anth- ropiques très fugaces, comme le suggère le taux élevé de

(11)

restes digérés au sein du mètre L/29 ou la présence de plu- sieurs jeunes animaux au fond de la cavité.

Les couches 59 et 58

La couche 59 est un niveau d’inondation constitué de sables fl uviatiles. Il renferme 161 restes osseux correspon- dant à un poids de 1521,4 g. La couche 58 est, quant à elle, un dépôt anthropique colluvié qui fournit 7260 restes, soit plus de 22 kg de matériel. La comparaison des trois sous- ensembles de la couche 58, à savoir 58a, 58b et 58c ne montre aucune diff érence signifi cative entre les trois, ce qui explique que nous les ayons regroupés.

Exception faite de quelques pièces, le matériel osseux de la couche 59 est issu des mètres J-K/28, soit d’une zone ayant subi un impor-

tant sous-tirage qui a grandement perturbé la séquence stratigraphi- que. Dans ce contexte, il semble que la majeure partie du matériel puisse être attribuée aux niveaux sus-jacents et particulièrement à la couche 58, dépôt anthropi- que directement superposé. Les remontages semblent confi rmer cette hypothèse (fi g. 257) : bien que la plupart d’entre eux soient internes à la couche 59 et révèlent une fracturation des os au sein du même mètre carré, les rares liaisons établies avec un autre niveau ont lieu avec la couche 58 et se font généralement à plus longue distance. Le spectre fauni-

que de la couche 59 est comparable à celui de la couche 58 (tab. 71). Si certaines diff érences existent, elles sont diffi ciles à apprécier, compte tenu des eff ectifs et des poids très inégaux (fi g. 262, 263). Ainsi la représentation marquée du bœuf dans la couche 59 est fortement exagérée puisqu’elle résulte de la découverte de 7 fragments d’une vertèbre lombaire qui ont par la suite été recollés pour ne former qu’une seule pièce ! Quelques osse- ments laissent également penser à des perturbations liées à certains animaux ayant profi té de la faille.

C’est le cas de plusieurs os appar- tenant à un jeune canidé, probable- ment un renardeau, ainsi qu’à deux oiseaux immatures, un pigeon et un faucon pélerin (Falco peregrinus). Certains de ces ossements étaient sans doute en connexion plus ou moins lâche lors de leur découverte.

En fonction de ce qui vient d’être exposé, nous avons décidé de considérer les couches 59 et 58 comme un seul ensemble et nous les analyserons donc comme un tout.

En ce qui concerne la couche 58, notons encore qu’elle est de faible épaisseur à l’est, avec une dizaine de centimètres dans la bande L, alors qu’elle atteint près d’un mètre d’épaisseur dans la bande I et les mètres carrés J/25-27. La présence d’une concrétion stalagmiti- que en I-J/28-30 peut également expliquer des variations latérales de faciès par eff et de barrage. De plus, la pré- sence discrète d’un thalweg orienté NS à la hauteur des bandes J-K pourrait avoir conduit à une érosion impor- tante expliquant la pauvreté du matériel dans cette zone.

Figure 261 - Taux de restes brûlés, en se basant sur le nombre de restes. En gris : valeur correspondant à la totalité des restes issus des couches 57, 56, 55, 54, 53 et de l’ensemble

« 57 à 53 l. s. ».

taux de restes brûlés (nombre)

0,0%

10,0%

20,0%

30,0%

40,0%

50,0%

60,0%

70,0%

80,0%

90,0%

100,0%

64-62 61 60 59 58 56 55 54 53 57-53

l.s.

57-53 tot.

couche

% NR

Figure 262 - Nombre de restes osseux issus des différentes couches ou ensemble de couches du Néolithique ancien. En gris : valeur correspondant à la totalité des restes issus des couches 57, 56, 55, 54, 53 et de l’ensemble « 57 à 53 l.s. ». NR : nombre de restes.

Nombre de restes dans les niveaux du Néolithique ancien

0 1000 2000 3000 4000 5000 6000 7000 8000

64-62 61 60 59 58 57 56 55 54 53 57-53

l.s.

57-53 tot.

couche

NR

(12)

Ces faits sont importants à considérer lors de l’étude de la distribution spatiale des vestiges. Enfi n, il faut signaler des diff érences dans les prélèvements, puisque le tamisage à l’eau n’a été pratiqué que dans les bandes I et L.

Les caractéristiques générales

L’ensemble a livré un nombre total de 7421 restes osseux qui représentent un poids total de 24,3 kg (tab. 71). Les ossements sont remarquablement bien conservés, de couleur jaune clair, leur surface étant, dans la majorité des cas, peu érodée et permettant ainsi une très bonne lecture des diverses traces, anthropiques ou non. Les os brûlés ne sont pas rares puisqu’ils correspondent à 39 % du nombre total de restes (fi g. 261), n’excédant cependant pas le dixième du poids total. Les os montrant des traces d’érosion sont très peu fréquents puisqu’ils ne représen- tent que 0,2 % du total (NR : 14).

Le tableau 71 présente le spectre global des cou- ches 59 et 58.

Nous ferons quelques remarques générales avant d’aborder la description plus détaillée des diverses espèces.

• Notons tout d’abord que le pourcentage d’osse- ments déterminés spécifi quement est de 10,4 %, valeur qui s’accorde bien avec les données de la littérature et témoigne d’une forte fragmentation des ossements. Si l’on fait le même calcul sur le poids, on obtient 59,3 % d’osse- ments déterminés, ce qui signifi e que les gros fragments sont plus facilement reconnaissables que les nombreuses esquilles osseuses (NR : 6203). Il est à noter que le taux de détermination plus élevé de la couche 59 ainsi que la fragmentation moins poussée découlent directement des procédés de tamisage, ce dernier ayant été eff ectué

à sec dans les bandes J et K. En considérant les catégories d’ani- maux dont la détermination est restée limitée au genre, on obtient des taux encore plus contrastés (fi g. 259 et 260).

• Le spectre montre la très forte dominance des espè- ces sauvages (89,7 %) par rap- port aux domestiques (5,4 %) (tab. 71). Cette caractéristique, qui se retrouve dans de nombreux sites plus tardifs du Néolithique jurassien, semble indiquer un milieu encore peu transformé par l’homme et la rareté de pâtures disponibles pour les ruminants.

• Les espèces chassées sont dominées aussi bien en nombre de restes (NR) qu’en poids (PR) par le cerf et le sanglier. Ce dernier pourrait voir son eff ectif augmenter si l’on admet que les 293 ossements attribués à Sus sp. lui appartien- nent. Dans ce cas, le sanglier passerait à la première place.

Cependant, malgré le calcul des nombres minimum d’in- dividus, il faut relativiser les rendements en viande par des calculs appropriés.

• D’une manière générale, le spectre indique un environnement relativement boisé, avec la présence de l’ours, du lynx, du chat sauvage et de la martre, mais aussi de zones marécageuses ou d’eau libre avec la loutre et la tortue.

Figure 264 - Diagramme montrant la position des métacar- piens de cerf du Gardon (cercles noirs) par rapport à ceux de Twann (Becker, Johansson 1981), sur la base des mesures de l’extrémité distale. Ces pièces se placent clairement dans le domaine métrique des femelles. DTdm : diamètre transverse distal ; DAPdm : diamètre antéro-postérieur distal.

Poids des restes dans les niveaux du Néolithique ancien

0 5000 10000 15000 20000 25000

64-62 61 60 59 58 57 56 55 54 53 57-53

l.s.

57-53 tot.

couche

Figure 263 - Poids des restes osseux issus des différentes couches ou ensemble de couches du Néolithique ancien. En gris : valeur correspondant à la totalité des restes issus des couches 57, 56, 55, 54, 53 et de l’ensemble « 57 à 53 l.s. ». PR : poids des restes.

(g)PR (g)

(13)

Espèces couche 59 couche 58 couches 59 et 58

NR PR NMI NR PR NMI NR %NR PR %PR NMI %NMI

Bœuf (Bos taurus) 13 219,6 2 11 492 3 24 3,1% 711,6 4,9% 3 4,9%

Mouton (Ovis aries) - - - 6 39 3 6 0,8% 39 0,3% 3 4,9%

Chèvre (Capra hircus) - - - 12 54,5 1 12 1,5% 54,5 0,4% 1 1,6%

Total mammifères domestiques 13 219,6 2 29 585,5 7 42 5,4% 805,1 5,6% 7 11,5%

Aurochs (Bos primigenius) - - - 5 669 2 5 0,6% 669 4,6% 2 3,3%

Sanglier (Sus scrofa) 20 500,2 2 207 5245 11 227 29,0% 5745,2 39,6% 11 18,0%

Cerf (Cervus elaphus) 18 504,7 4 336 6091 7 354 45,2% 6595,7 45,5% 8 13,1%

Chevreuil (Capreolus capreolus) 3 26,8 1 36 277 4 39 5,0% 303,8 2,1% 4 6,6%

Chamois (Rupicapra rupicapra) 1 3,7 1 1 9 1 2 0,3% 12,7 0,1% 1 1,6%

Blaireau (Meles meles) - - - 34 145 5 34 4,3% 145 1,0% 5 8,2%

Martre (Martes martes) 1 0,1 1 11 7 2 12 1,5% 7,1 <0.1% 2 3,3%

Loutre (Lutra lutra) - - - 1 2 1 1 0,1% 2 <0.1% 1 1,6%

Chat sauvage (Felis silvestris) - - - 7 12,5 2 7 0,9% 12,5 0,1% 2 3,3%

Lynx (Lynx lynx) 1 2 1 4 21,5 2 5 0,6% 23,5 0,2% 2 3,3%

Renard (Vulpes vulpes) - - - 9 11 2 9 1,1% 11 0,1% 2 3,3%

Loup (Canis lupus) - - - 1 19 1 1 0,1% 19 0,1% 1 1,6%

Ours brun (Ursus arctos) 2 48,2 1 3 37 1 5 0,6% 85,2 0,6% 1 1,6%

Ecureuil (Sciurus vulgaris) 1 0,1 1 - - - 1 0,1% 0,1 <0.1% 1 1,6%

Total mammifères sauvages 47 1085,8 12 655 12546 41 702 89,7% 13631,8 94,0% 43 70,5%

Micromammifères 1 0,1 1 - - - 1 - 0,1 - 1 -

Batraciens - - - 1 0,5 1 1 - 0,5 - 1 -

Oiseaux 9 6,2 4 26 43 8 35 4,5% 49,2 0,3% 10 16,4%

Tortue - - - 4 9 1 4 0,5% 9 0,1% 1 1,6%

Bovinés indéterminés 1 32,7 - 17 482 1 18 - 514,7 - 1 -

Grands ruminants 1 4,8 - 1 1 - 2 - 5,8 - - -

Suidés indéterminés 23 74,4 5 270 2113 9 293 - 2187,4 - 10 -

Caprinés indéterminés 5 6,8 3 21 132 2 26 - 138,8 - 3 -

Petits ruminants 5 22,3 - 85 234 - 90 - 256,3 - - -

Canidés indéterminés 4 6,6 2 - - - 4 - 6,6 - 1 -

Indéterminés TP 4 0,5 - 322 2624,5 - 326 - 2625 - - -

Indéterminés TM 4 2,2 - 1045 2418 - 1049 - 2420,2 - - -

Indéterminés TG 7 25,3 - 30 25,5 - 37 - 50,8 - - -

Indéterminés 37 34,1 - 4754 1591 - 4791 - 1625,1 - - -

Total général 161 1521,4 29 7260 22805 70 7421 - 24326,4 - 78 -

Tableau 71 - Décompte des restes osseux issus des couches 59 et 58, prises individuellement ou non. NR : nombre de restes ; PR : poids des restes ; NMI : nombre minimum d’individus ; indéterminés TP, TM, TG : indéterminés Taille Petit, Moyen et Grand mammifère.

Nous aborderons maintenant la description des divers taxa de cet ensemble.

Les animaux sauvages

• Le cerf (Cervus elaphus L.)

C’est l’espèce dominante avec 354 ossements et un poids de 6,6 kg. Les fragments de bois de cerf, au nombre de 245, ne sont pas compris dans ces décomptes. Ils font l’objet d’une étude spécifi que (Ozainne, supra, chap. 21). Il nous faut néanmoins remarquer ici qu’aucun bois de massa- cre n’a été reconnu parmi ces vestiges, alors que 13 bois

de chute ont été identifi és, dont certains de dimensions importantes.

Les restes de ce cervidé sont attribuables à un minimum de 8 individus. La distribution des âges est la suivante : un neo-natus, un jeune de 6 mois à 1 an, un animal subadulte de moins de 2 ans, deux cerfs de 3 à 4 ans, un de 4 à 5 ans, un de 6 à 7 ans et un individu âgé d’environ 12 ans. Cette distribution montre que la chasse s’est concentrée sur des animaux subadultes et adultes. La distinction morphologique du sexe n’a pu être faite que sur une symphyse pubienne typique d’un mâle (Boessneck et al., 1963).

Au niveau de la métrique, 4 extrémités distales de métacarpiens ont pu être mesurées. En comparant

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