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Les facteurs structurels de la compétitivité manufacturière. Une analyse en données de panel pour le Sénégal
Author(s): Thierry Latreille and Aristomène Varoudakis
Source: Revue économique, Vol. 48, No. 3, Développements récents de l'analyse économique: XLVe congrès annuel de l'Association française de science économique 1996 (May, 1997), pp. 471-480 Published by: Sciences Po University Press
Stable URL: http://www.jstor.org/stable/3502834 Accessed: 15-06-2015 12:47 UTC
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Les facteurs structurels de la competitivite manufacturiere
Une analyse en donnees de panel pour le Senegal
Thierry Latreille Aristomene Varoudakis*
On examine le r6le de l'investissement public, de la protection commerciale et de la qualification de la main-d'ceuvre comme facteurs explicatifs de la producti- vit6 globale des facteurs dans l'industrie s6negalaise. Une attention particuliere est port6e sur les economies extemes comme source de gains de productivite et sur le role de l'investissement public comme facteur pouvant favoriser leur 6mer- gence. La degradation de la productivite semble avoircontribue a la surevaluation du taux de change reel du Sen6gal avant 1994.
STRUCTURAL FACTORS OF MANUFACTURING COMPETITIVENESS:
A PANEL DATA STUDY ON SENEGAL
This paper studies the role of public capital, of trade protection, and of the availability of skilled labour as explanatory factors of total factor productivity in the manufacturing industry of Senegal. Special emphasis is given to extemal econo- mies as a factor of productivity improvement, as we#l as to the potential role of public investment in infrastructure in encouraging the emergence of such externa- lities. The weakness of public investment in infrastructure and the high level of trade protection account for a large part of the declining trend in total factor pro- ductivity. Falling productivity appears in turn to have contributed to the overvalua- tion of the real exchange rate of Senegal before 1994.
Classification JEL: C33, D24, D62, L60
* Centre de developpement de l'OCDE, Paris.
Les opinions exprimees ici sont celles des auteurs et non de l'OCDE. Nous tenons 'a remercier P. Nielsen pour nous avoir fourni les donnees sectorielles compilees 'a partir de l'enquete CUCI. Nous avons egalement beneficie des suggestions et commentaires de Jean-Claude Berthelemy, Sebastien Dessus, Patrick et Sylviane Guillaumont et Abdou- laye Seck.
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INTRODUCTION
La devaluation du franc CFA est consideree comme un puissant facteur qui tend 'a corriger les handicaps de competitivite internationale accumules pendant les dernieres annees par les pays de la zone. Elle est notamment consideree comme une mesure de politique economique susceptible de promouvoir le developpement et la competitivite internationale du secteur manufacturier, qui peut constituer un el6ment cle du decollage de la croissance economique.
La competitivite intemationale depend certes des cou'ts relatifs, determines en grande partie par les cou'ts de main-d'ceuvre et les mouvements du taux de change. Neanmoins, conquerir des parts des marches d'exportation est une operation de long terme, qui suppose de realiser des progres soutenus et viables en matiere de competitivit6. Un bon niveau de competitivite internationale ne saurait eftre maintenu 'a long terme par la seule compression chronique des coufts salariaux ou par une serie de devaluations competitives. Comme le montre l'experience des pays a industrialisation rapide de l'Asie du Sud-Est, les progrfes soutenus de la productivite' constituent la cle des gains 'a long terme de competi- tivite intemationale, qui rendent possible une croissance tiree par les exporta- tions.
11 est donc interessant d'etudier les facteurs structurels qui affectent 'a plus long terme la productivite' du travail et les performances du secteur manufactu- rier. Cela permettra, d'une part, d'identifier les secteurs qui pre'sentent un dyna- misme inherent et ceux qui sont en perte de vitesse - pour lesquels la seule de'valuation du taux de change ne saurait donc constituer un facteur suffisant de relance soutenue. D'autre part, d'identifier des politiques structurelles d'<< accompagnement >> du reajustement des parit6s, qui peuvent 'etre necessai- res pour assurer une amelioration durable de la competitivite.
Cet article se propose d'e'tudier les facteurs structurels de la competitivit6 manufacturiere dans le cas du Senegal. Ce pays posse'dait avant les annees soixante l'industrie manufacturiiere la plus developpee de l'Afrique de l'Ouest.
I1 a toutefois connu un declin continu de ses performances industrielles, que ni les politiques de substitution des importations pratiquees jusqu'a la fin des annees soixante-dix, ni la << Nouvelle politique industrielle >> liberale mise en place dans les annees quatre-vingt n'ont su enrayer. L'etude porte sur un panel de dix branches de l'industrie manufacturiere. Nous examinons, dans un pre- mier temps, I'e'volution de la productivite globale des facteurs dans les differen- tes branches du secteur manufacturier sen6galais. Dans un deuxiieme temps, nous envisageons les facteurs explicatifs de l' evolution observee de la producti- vite globale des facteurs. Nous nous concentrons en particulier sur le role de l'investissement public, de la protection commerciale et de la qualification de la main-d'oeuvre. Enfin, nous e'tudions le role des economies extemes comme source de gains de productivite' pour les divers secteurs industriels et nous ana- lysons le role de l'investissement public comme facteur pouvant favoriser leur emergence.
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TAUX DE CHANGE REEL ET PERFORMANCES DE PRODUCTIVITE
L'devolution de la competitivite intemationale du secteur manufacturier peut etre mesuree par divers indicateurs de prix ou de cou'ts relatifs. Au niveau macroeconomique, un indicateur global de la competitivite intemationale est le taux de change reel. Celui-ci peut etre defini comme le prix relatif des biens echangeables en termes de biens non echangeables. L'evolution du taux de change reel effectif pour un certain nombre de pays de l'Afrique de l'Ouest est illustree au graphique 1 (calculs propres ; base 1990 = 100). Une augmentation (diminution) de cet indicateur correspond 'a une depreciation (appreciation) du taux de change reel et exprime une hausse (baisse) de la rentabilit6 relative de la production de biens echangeables.
Il est assez frappant de constater que le taux de change reel du Senegal est reste pratiquement stable sur longue periode. Ses mouvements refletent pour l'essentiel les mouvements du franc francais par rapport au dollar. A titre de comparaison, le taux de change reel d'un pays hors zone CFA comme le Nige- ria, montre un comportement different: 'a l'appreciation tendancielle observee tout au long de la periode 1970-1985 succede la forte devaluation de la naira en 1986, suivie d'une tendance reguliere de depreciation 'a partir de 1988.
Graphique 1. Taux de change reels effectifs (S6n6gal, Cameroun, C6te d'lvoire, Nigeria) 160
60 40
o ci 't 'C 00 o l t O 00 0o
r- r-N 00 00 00 00 00 ON O
-U--+- Sen Civ --- Cmr -o-- Nga
La stabilite du taux de change reel effectif du Senegal suggere que la sureva- luation que les autorites mon6taires ont decid6 de corriger au debut de 1994 par une devaluation de 50 % du FCFA ne provenait pas d'une appreciation tendan- cielle du taux de change reel (comme par exemple dans le cas du Nigeria) mais plutot d'une baisse tendancielle du taux de change reel d'equilibre.
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La baisse du taux de change reel d'6equilibrel peut certes provenir d'une degradation des << fondamentaux macroeconomiques ? de l'economie: par exemple, une deterioration des termes de l'echange, ou une diminution structu- relle des entrees des capitaux prives etrangers ou du niveau de l'aide. Ces
<< chocs ? defavorables exigent une augmentation du prix relatif des biens echangeables (depreciation du taux de change reel). La baisse du taux de change reel peut toutefois aussi provenir de la faiblesse des gains de productivite dans le secteur des biens echangeables. La degradation de la productivite rend neces- saire une hausse du prix relatif des echangeables, qui est necessaire pour detour- ner des ressources de la production de non-echangeables et assurer ainsi 1'equilibre exteme de l'economie. Explorer la validite de cette hypothese fera l'objet principal de l'analyse empirique qui suit.
ESTIMATION D'UNE FONCTION DE PRODUCTION DES INDUSTRIES MANUFACTURIERES
Les donnees utilisees proviennent de la base du CUCI (Centre unique de col- lecte de l'information) et recouvrent la periode 1974-1994. Dans un premier temps, nous estimons en donnees de panel une fonction de production pour l'industrie manufacturiere senegalaise. Nous retenons une fonction de type Cobb-Douglas, en introduisant un trend specifique 'a chaque secteur2.
ogYi, t = logAi (0) + Xit + alogKi, t + logLi, t + i, () On utilise un estimateur 'a erreurs composees dans l'hypothese que le terme constant de la regression varie de maniere aleatoire entre les secteurs. Les valeurs du test de Hausman justifient cette specification par rapport 'a une esti- mation a effets fixes. Les ecarts types des coefficients ont ete corriges par l'esti- mateur de White qui tient compte de l'heteroscedasticite des erreurs. Les resultats sont presentes au tableau 1. La somme des valeurs estimees des elasti- cites par rapport au capital et au travail n'est pas significativement differente de
1. Ce resultat autorise l'hypothese de rendements d'echelle constants que nous adoptons par la suite.
Le test de l'egalite des elasticites du produit au capital par branche montre que cette hypothese est justifiee. Dans l'hypothese des rendements d'echelle constants, le test de Fisher de l'egalite des coefficients du capital prend la valeur F(9,177) = 1.82, et le test de l'egalite des constantes la valeur F(9,186) = 4.33.
1. D'apres les calculs de S. Devarajan [1996], la surevaluation du taux de change reel du Senegal etait de 22 % en 1993.
2. On dispose de 21 observations annuelles pour 9 secteurs industriels, et de 18 pour l'industrie de confection et de travail du cuir. Les effectifs totaux (L) sont la somme des effectifs permanents et des effectifs saisonniers pond6res par leur poids dans la masse salariale. La serie de capital prive (K) a ete calculee par la m&thode de l'inventaire per- manent a partir des donn6es annuelles de FBCF. Le taux de depreciation du capital utilise est de 4,5 %. La valeur initiale du stock de capital a et6 calculee par la methode de Haberger, en supposant un ration valeur ajout6e/capital constant sur les cinq premieres annees de la periode de reference.
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Thierry Latreille, Aristomene Varoudakis Tableau 1. Estimation d'une fonction de production sur donn6es de panel
Variable d6pendante: log(Yi). Estimateur a erreurs compos6es Cte log(Li) log(Ki)
.72 .66 .354 R2 ajuste: 0.921 No obs. 207 (1.17) (10.2) (5.47) Test de Hausman: X2(6) = 10.08
x x x x x x, x x x
text cuir bois pap chim cnstr meca cnsv huil iaa -.089 -.083 -.063 -.011 .012 .06 -.015 -.043 -.039 -.01 (8.3) (6.2) (5.0) (1.2) (1.1) (5.6) (1.5) (3.9) (3.6) (0.8) On considere par consequent que le coefficient associe au capital est le meme pour l'ensemble de l'industrie senegalaise, alors qu'il existe un effet individuel specifique (mieux pris en compte par un modele 'a effets aleatoires).
Le taux de croissance de la productivite est significativement negatif pour la plupart des branches industrielles. I1 est toutefois positif pour les materiaux de construction (ciment) et pour les industries chimiques. I1 est interessant de remarquer que ces deux branches semblent avoir beneficie davantage de la devaluation du FCFA comme le montre l'augmentation importante de leur valeur ajoutee en volume pendant la periode recente.
LES DETERMINANTS DE LA PRODUCTIVITE GLOBALE DES FACTEURS ET LE ROLE DES ECONOMIES EXTERNES
Parmi les facteurs qui ont une influence sur l'efficacite productive de l'industrie dans son ensemble, on s'interesse specifiquement au role du capital public, qui pour l'essentiel prend la forme d'infrastructures publiques (voir Holtz-Eakin [1994], Nadiri et Mamuneas [1994]). Nous utilisons une serie de capital public calculee par la methode de l'inventaire permanent 'a partir de don- nees annuelles sur les depenses d'investissement public de la periode 1960- 1994. Afin de rendre compte de la possibilite d'effets de congestion lies 'a la fai- blesse des infrastructures, nous construisons un indicateur global de disponibi- lite d'infrastructures defini comme le ratio capital public/capital total du secteur manufacturier (Kp/K). Cet indicateur decroft rapidement en debut de periode et se stabilise dans les annees quatre-vingt, plutot 'a cause d'un ralentissement des investissements prives que grace a une reprise des investissements publics.
Parmi les facteurs specifiques qui peuvent influencer la productivite globale des facteurs des differentes branches, on s'interesse en particulier au role de la protection commerciale et 'a celui du capital humain. L'ouverture commerciale peut constituer un puissant facteur de progression de la productivite globale des facteurs. L'exposition 'a la concurrence etrangere incite 'a ameliorer l'affectation des facteurs de production, ce qui conduit a une amelioration de l'efficacite pro- ductive (voir Tybout [ 1992] et aussi Nishimizu et Robinson [ 1986]).
A defaut de series longues sur la protection tarifaire de chaque branche, nous utilisons un indicateur de protection commerciale se rapportant a 1'ensemble de l'economie. I1 s'agit du taux apparent de taxation des importations (T), calcule
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par Chambas et Geourjon [1992] comme le rapport entre la taxe sur les impor- tations et la valeur CAF de celles-ci. On se limitera donc a une analyse globale de l'influence de la protection commerciale, en supposant qu'elle affecte le taux de croissance de la productivite globale des facteurs de l'ensemble du secteur manufacturier.
Le travail qualifie utilise par chaque secteur (He) est un troisieme facteur qui peut contribuer aux gains de productivit6. Disposer d'une main-d'oeuvre quali- fiee peut faciliter l'adoption d'innovations technologiques et promouvoir des combinaisons techniquement plus efficaces des facteurs de production. En rai- son du manque de donnees sur la main-d'aeuvre qualifi6e utilisee par chaque secteur, nous avons opte pour une solution approximative qui consiste 'a mesu- rer le travail qualifie par l'ecart de la remuneration de la main-d'oeuvre par rap- port au SMIG. Notons toutefois que l'indicateur retenu peut aussi traduire des effets de productivite provenant de l' attribution d'un salaire d'efficience.
Le dernier facteur que nous integrons dans l'analyse est la presence even- tuelle d'economies externes dans l'industrie manufacturiere senegalaise. Si les economies externes sont presentes mais ignor6es dans la modelisation, leur effet sera repercute dans le residu des regressions estimees. Or il est tres probable que l'ampleur de ces economies extemes soit liee aux facteurs explicatifs de la pro- ductivite globale des facteurs, telle par exemple la disponibilite d'infrastructu- res qui facilite l'integration du tissu industriel. Dans ce cas, negliger les externalites introduirait une correlation entre les residus des regressions et les variables explicatives, qui serait a l'origine d'estimations biaisees.
Pour tester la presence d'economies extemes dans l'industrie manufactu- riere, nous suivons la methode proposee par Caballero et Lyons [1989] - voir aussi Chuang [1996] pour une application au cas du Taipei chinois. Le point de depart est la fonction de production de valeur ajoutee (I). Comme le montrent Caballero et Lyons, une fonction de production Cobb-Douglas logarithmique peut se transformer en diff6rences comme suit:
dlogYi = ydxi + dlogEi + dlogAi (2) Ei represente les economies externes au secteur i, dxi = xcdlogLi + (1 - ac) dlogKi et xc correspond a la part du coiut salarial dans le co't total. Dans cette specification y represente les rendements d'echelle par rapport a Ki et a Li .
On supposera, d'une part, que la variation de la productivite globale des fac- teurs a une composante commune
a
tous les secteurs (dv) et une composante specifique a chaque secteur (duli), si bien que: dlogAi = dv+duli. La composante commune reflete l'influence des facteurs mentionnes precedem- ment, lies notamment a la disponibilite d'infrastructures et au niveau global de protection commerciale (dlog (Kp/K) , T) . La composante specifique reflete notamment la contribution du travail qualifie aux gains de productivit6 (d log H).1. II peut etre d6montr6 que ac = ov(m/y), oiu cv represente la masse salariale en pour- centage de la valeur ajout6e, et m correspond au coefficient de mark-up du prix sur le cout marginal (dans le cas general de concurrence imparfaite).
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Thierry Latreille, Aristome'ne Varoudakis D'autre part, les gains de productivite de chaque branche lies aux economies extemes (dlogEi) sont supposes proportionnels a la variation de la valeur ajoutee de l'ensemble du secteur manufacturier (dlogY) - compte tenu d'un alea specifique aux secteurs (du2d):
dlogEi = bdlogY + du2i, b < 1 (3) La presence d'economies extemes implique 0 < b < 1. Une valeur negative du coefficient b indiquerait la presence d'deconomies extemes negatives, prove- nant par exemple d'effets de congestion des activites economiques.
En agregeant les secteurs, les economies extemes sont internalisees et la fonction de production de l'ensemble de l'industrie manufacturiere s'exprime comme suit :
dlogY= 1 dX dv (4)
avec dX = occdlogL + (1 - occ) dlog K.
Compte tenu de ces hypotheses et par combinaison de (2), (3) et (4) (tout en posant dui = du1i + du2i ), on obtient la forme finale des fonctions de produc- tion sectorielles:
dlogYi = ydxi+ iidX+ l_ dv+dui 1 -b I - b(5 (5) Ce cadre d'analyse repose sur une relation mecanique entre la taille du sec- teur manufacturier et les gains de productivite des differentes branches. Or, les economies externes peuvent, dans certains cas, ne pas emerger aussi spontane- ment. La concentration des entreprises peut ne pas exercer les effets benefiques attendus en termes de coufts de transactions, d'approvisionnement en matiferes premiferes et en energie, ou d'acces 'a une main-d' euvre plus qualifiee, en l'absence d' un reseau adequat d' infrastructures (transports, communications, production d'energie). Bien au contraire, sans un niveau minimal d'infrastructu- res, l'augmentation de la taille du secteur manufacturier, la concentration des entreprises et l'urbanisation rapide peuvent engendrer des phenomenes de congestion des services publics. Cela serait 'a l'origine de dysfonctionnement des entreprises et de ruptures dans la production, qui se traduiraient en fin de compte par des pertes de productivite - c'est-'a-dire par des economies extemes negatives. En revanche, la disponibilite d'infrastructures adequates permettrait la realisation des benefices liees 'a la concentration geographique des entreprises et 'a l'augmentation de la taille du secteur manufacturier.
Nous prolongeons ce cadre d'analyse des externalites pour tenir compte de cette hypothese, en supposant que le coefficient b reliant Ei 'a Y d'apres l'equa- tion (3) depend positivement du ratio Kp/K qui exprime la disponibilite de capi- tal public relativement au capital du secteur manufacturier. Comme le coefficient Ag de la forme reduite (5) est une fonction monotone croissante de b,
1. L'agr6gation des secteurs suppose que leurs technologies sont homogenes. Cette hypothese n'est pas. rejet6e par le test de stabilite des coefficients technologiques de la fonction de production estimee prec6demment. Par ailleurs, si les marches des facteurs ne sont pas segmentes, le ratio des prix des facteurs sera le meme pour chaque secteur, ce qui implique 1'egalite des rapports capital/travail.
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notre hypothese revient a estimer (5) dans 1'hypoth6se d'un coefficient Ni varia- ble, en posant:
IV
=
(p+ 4
Kp(P<0,4>0 (6)
Cette specification implique 1'existence d'un seuil du ratio Kp/K, defini par -(p/i, a partir duquel les economies externes peuvent se materialiser (j > 0).
Pour des valeurs de Kp/K inferieures a ce seuil, les effets de congestion l'emportent et l'expansion du secteur manufacturier provoque des externalites negatives (x < 0).
Compte tenu de l'hypothese (6), la forme reduite des fonctions de produc- tion sectorielles se presente comme suit:
dlogYi = tydx, + pdX + - dX + edlogH + OT (7) Cette relation a ete estimee tout d'abord sur donnees de panel, dans l'hypo- these de coefficients technologiques communs a tous les secteurs. Les resultats sont presentes au tableau 2. Nous retenons l'estimateur des MCO en panel (tr6s proche dans le cas present de l'estimateur a erreurs composes) car l'hypothese d'effets fixes specifiques aux branches est fortement rejetee par le test de Fisher [F(9,181) = 0.75].
Tableau 2. Les determinants de la PGF [variable d6pendante: dlog(Yi) Cte dxi (K/K) dlog(Hi) dlog(Kp/K) T R2 panel 0.379 0.439 -1.418 0.497 0.466 0.84 - 0.017 .586 MCO (2.42) (6.32) (2.76) (3.03) (3.31) (1.71) (2.74)
SUR 0.704 - 0.674 0.246 0.631 - - 0.002 (27.12) (1.85) (2.25) (12.81) (3.28)
Nombre d'observations: 197 pour Panel MCO; 170 pour SUR.
Le coefficient (p associe a dX est significativement negatif, confirmant que, dans le cas-limite d'absence d'infrastructures, 1'expansion du secteur manufactu- rier entrainerait des economies extemes negatives sur les industries individuelles.
En revanche, le coefficient 4 associe au terme interactif (Kp/K)dX est significati- vement positif, confirmant que l'ampleur des economies externes dont beneficient les industries manufacturieres croi^t avec la disponibilit6 d'infrastructures.
Comme le montre le coefficient positif de dlog(H), l'utilisation de main- d'oeuvre qualifiee ameliore le niveau de la productivite globale des facteurs. En revanche, le coefficient faiblement significatif de dlog(Kp/K) ne confirme pas un effet direct de la disponibilite d'infrastructure - independant des economies extemes. La protection commerciale exerce un effet negatif significatif, en reduisant le taux de croissance de la productivite globale des facteurs.
Ces resultats suggerent que le role de l'investissement public comme facteur favorisant 1'emergence d'economies externes est robuste a la prise en compte des facteurs supplementaires qui sont a l'origine de gains de productivit6. Les valeurs estimees des coefficients (p et , impliquent un seuil de l'ordre de 2.8 du 478
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Thierry Latreille, Aristomene Varoudakis rapport Kp/K au-dela duquel des economies externes positives apparaissent.
L'economie senegalaise etait situee au-dessus de ce seuil jusqu'au debut des annees quatre-vingt. L'economie semble cependant avoir regresse au-dessous de ce seuil 'a partir environ de 1982, si bien que d'apres nos estimations les industries manufacturieres senegalaises ne beneficieraient plus d'deconomies externes en raison de l'insuffisance de l'investissement public.
Pour confirmer la validite de ces resultats, nous avons proceded a une derniere estimation du modele defini par l'equation (7), en tenant compte du fait que les variations de la productivite globale des facteurs des differents secteurs peuvent etre correlees. Cela implique l'estimation simultane'e des formes reduites des fonctions de production pour les dix secteurs, dans l'hypothese de parametres technologiques communs. Les dix formes reduites (7) ont ete estimees par SUR sur la periode de dix-sept ans (1975-1991), en raison du manque de donnees sur 1992-1994 pour le secteur de la confection.
Les resultats de l'estimation sont illustres par la deuxieme equation du tableau 2. On retrouve un coefficient 4 associe 'a la variable interactive dX(Kp/K) significativement positif et un coefficient (p associe 'a dX negatif. Les coefficients sont moins eleves que dans l'estimation en panel par les MCO, mais la valeur estimee de l'effet de seuil du ratio Kp/K reste virtuellement inchangee (- q/I = 2.7). Par ailleurs, la valeur estimee du coefficient y associe 'a dxi (qui correspond aux rendements d'echelle intemes) est relativement plus elevee, ce qui est un resultat plus plausible. L'indicateur de travail qualifie et le niveau glo- bal de protection commerciale exercent des effets fortement significatifs - dans le sens attendu - sur la productivite globale des facteurs. En revanche, l'effet direct (non illustre) des variations du rapport Kp/K n'est pas significatif.
CONCLUSION
Nos resultats montrent que, dans le cas du Senegal, l'insuffisance d'infras- tructures, le faible niveau de capital humain et le niveau eleve de protection commerciale contribuent 'a expliquer la baisse de la productivite globale des facteurs par branche industrielle. Nous avons, par ailleurs, essaye d'identifier l'existence d'economies extemes dans l'industrie manufacturiere. Celles-ci peuvent constituer un puissant moteur de developpement industriel dans le cadre d'une strategie d'ouverture, orientee vers le marche international. Leur emergence semble toutefois etre bloquee par la faiblesse de l'investissement public pendant les dernieres annees.
Au fond, les problemes de manque de competitivite de l'industrie manufac- turiere senegalaise semblent avoir ete plutot lies 'a une surevaluation du taux de change reel refletant la faiblesse des gains de productivite. La devaluation du franc CFA a, certes, permis de corriger les handicaps de competitivite accumu- les pendant les dernieres annees. Toutefois, pour que cet ajustement de parite ait des effets durables, il est necessaire de renverser la tendance a la baisse de la productivite globale des facteurs qui a caracterise la plupart des secteurs indus- triels. Si ces tendances se prolongent, les gains virtuels de la devaluation ris- quent d'etre rapidement dissipes et l'industrie sera 'a nouveau confrontee 'a des problemes de faible competitivite.
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I1 est par ailleurs interessant d'6tudier dans quelle mesure la d6valuation du franc CFA peut en elle-meme generer des gains de productivite. Cela peut pro- venir de I'augmentation de la concurrence, liee 'a une plus grande penetration des marches d'exportation et avoir des effets d'entrainement sur le reste de 1'economie. I1 s'agirait toutefois d'une incidence a relativement plus longue echeance de la devaluation, que les donnees dont nous disposions ne nous per- mettaient pas d'etudier.
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