40
Comment des documents de travail naissent dans ma classe
Je puis fournir deux réponses, l'une concernant les fiches de travail et l'autre ayant trait à la mise au point des 8,T.2.
Depuis plusieurs années je publie dans L'Educateur et dans La Brèche des fiches de travail issues des travaux du module de recherche
Retorica.
La question qui revient le plus souvent au sujet de ces fiches est la suivante: à qui peuvent-elles servir puisque tout est dit dans ces fiches ou presque? La réponse est que ces fiches sont destinées au maître pour lui faire gagner du temps ou pour lui donner ulle vision globale du champ d'une question. C'est d'abord un outil de formation permanente.Mais dans les classes, en prolongement d'expression libre, nOUi
faisons ensemble des fiches un peu semblables mais considé- rablement allégées et ce à partir des apports de la collectivité elle-même. Et notre manuel est fait en partie de ces fiches que nous confectia:nnons nous-mêmes d'une manière très tradition- nelle d'abord: je recueille (1) les avis des élèves, les références qu'ils possèdent (et qui viennent très largement des media, notamment de la télévision), je les aide à les mettre en forme dans des graphes que je corrige à la brosse de manière
à
leur donner une forme harmonieuse. Puis les élèves recopient cette fiche. Chaque fois qu'une fiche est rédigée, un élève ~ j'ai adopté l'ordre alphabétique ~ me remet sa fiche fraîchement rédigée; je la garde dans mon propre manuel et il la refait d'après la fiche du voisin . Il s'agit là d'instruments de travail qui servent.J'ai aussi des équipes qui rédigent des fiches de synthèse: la règle est la brièveté. La bonne fiche fait au maximum 44 lignes, soit deux pages format écolier et j'insiste sur l'aération. Enfin certains élèves prennent spontanément l'initiative de rédiger à l'intention du groupe des fiches de travail. Ils me les soumet- tent. Je les corrige et elles paraissent sous leur nom.
L'exemple que je donne en annexe paraîtra un peu obscur car il fait allusion à une méthode d'explication de texte que j'ai mise au point et que je trouve très efficace et bien plus per- formante que tout ce que j'ai vu faire en ce domaine. On remarque que dans ce cas la fiche est signée ((d'après Bruno ... )) parce que la fiche a fait l'objet de retouches.
En ce qui concerne les projets de B.T.2 nous procédons de la manière suivante:
• Réception de quatre exemplaires qui seront donnés à des équipes et que les élèves garderont. Mes élèves sont très sensibles à ce type de cadeau. Naturellement le relais qui centra- lise les réactions des classes et l'auteur ensuite ne reçoivent que des rapports écrits.
• Possibilité d'écrire
à
l'auteur et il arrive que les élèves le fassent en dehors du professeur, ce qui est un cas limite mais que nous avons connu à propos de la B.T.2 Poèmes de femmes où mes élèves filles ont tenu à écrire à l'auteur.Les quatre exemplaires permettent à quatre équipes de faire une lecture, de rédiger un rapport, de le présenter à la classe et de le justifier à l'aide d'exemples. Le reste de la classe n'a pas lu le manuscrit mais un débat s'instaure sur le thème de la B. T.2 et ceci permet éventuellement de sortir de nouvelles pistes de travail. Celles-ci vont servir soit au relais et
à
l'auteur soit à la classe elle-même, soit enfin à moi-même pour Retorica.,
Il est important ensuite de recevoir la brochure faite, imprimée et magnifiée par la mise en page et il est normal que les élèves qui ont travaillé sur le projet reçoivent gratuitement la B.T.2 correspondante. C'est à ce moment en effet que l'imprimé est réellement démystifié, à conoition bien sûr que l'auteur ait tenu compte des remarques d'une manière ou d'une autre.
En tout cas ce mécanisme de mise au point où un manuscrit de B. T.2 circule dans les classes et continue d'y circuler puisqu'il reste entre les mains des élèves est tout à fait propre à démystifier la magie de l'imprimé. Il nous est même arrivé de nous dire ~ mais c'était une boutade bien sûr! ~ travailler
(1) Au tableau noÎr.
à la mise au point d'une B.T.2 est plus enrichissant que de travailler avec une B. T.2 dont la destination est bien souvent l'exposé et l'exposé sans esprit critique.
A ce sujet certains camarades hésitent à se proposer comme classes lectrices, disant qu'ils attendent que le désir vienne des élèves et qu'ils feront lire le projet quand la motivation vien- dra. J'adopte la démarche exactement inverse et je pense que c'est la démarche naturelle. En eHet nous sommes là pour créer un milieu riche et donc faciliter l'arrivée d'événements qui vont créer la motivation. Lorsque j'arrive dans une classe de seconde ou de première en disant:
«
Voilà, j'ai un projet B. T.2à
faire corriger)), un grand mouvement de curiosité se produit. D'abord une B.T.2 qu'est-ce que c'est? (parce que je ne m'en sers pas très souvent quelquefois) ; donc il faut expli- quer ce qu'est une B.T.2, pourquoi on les fait et pourquoi je travaille au mouvement Freinet; cela demande bien une demi- heure tout cela mais c'est du temps gagné puisque les élèves entrent de plain-pied dans un travail d'adulte, un travail sérieux.Je n'ai jamais vu une classe ~ quand elle est intéressée par le projet, car elle a le droit de refuser de le travailler - pren- dre à la légère un projet fût-il le plus ardu, le plus mal fichu des projets. Ils savent que leurs critiques vont porter, qu'un projet peut être abandonné si les élèves le condamnent (pour des raisons de lisibilité), Quand une classe refuse un projet et que je pense qu'il peut être intéressant pour elle, je trouve deux volontaires qui le liront tout de même pour faire un rapport à la classe; cette procédure a permis de retourner dei classes qui jugeaient trop vite d'après un titre peu engageant pour elles.
•
Roger FA VRY
Montauban
LECTURE EXPLIQUEE - MARCHE A SUIVRE
1. PRÉPARATION
A} Dégager la construction du texte:
repérer les petites unilés de deux, trois ou quatre lignes;
regrouper ces unités en masses plus importantes ;
prendre du recul pour dégager l'évolution de la construction;
enfin dégager le sens de cette construction, son utilité par rapport
à
ce que veut montrer l'écrivain,bl Dégager les axes du texte, les thèmes qui courent
à
travers tout le texte. Généralemenll'un d'eux est consacré
à
la persOIUlalité de l'auteur, telle qu'on peut la deviner.cl Construire le tableau cartésien avec sa double entrée;
noter dans les caseR les éléments trouvés, en évitant la paraphrase.
2, PRÉSENTATION
al Introduction: Age de l'auteur quand
il
écrit l 'œuvre d'où est tiré le texte, ses motivations, éventuellement ce qui s'est passé avant (cas d'un extrait de roman ou depièce). ,
bl Lecture lente et expressive.
c) Présentation de la construction,
d) Explication de détail: Relire de manière expressive la première petite unité; en faire l'explication en suivant horizontalement le tableau; puis passer
à
la seconde petite unité, etc.eJ La conclusion générale: Suivre toujours horizonta- lement la dernière série de cases horizontales du tableau qui donnent la synthèse de chaque axe ou thème étudié.
On peut rapprocher ce texte d'autres textes consacrés au même thème et donner son opinion personnelle.
D'aprè s
Bruno LENGLET, 1" E octobre "1900,
,
,