REPUBLIQUE DU BENIN
=-=-=-=-=-=
Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique
=-=-=-=-=-=
Université d’Abomey-Calavi
=-=-=-=-=-=
Conseil Scientifique
Participation de l’UAC à la Conférence Internationale sur la Gestion des Frontières Régionales en Mutations (BRIT) 2018 au Nigéria et au Bénin
ACTES DE LA CONFERENCE INTERNATIONALE SUR LA GESTION DES FRONTIERES REGIONALES EN MUTATIONS (BRIT) 2018 AU NIGERIA ET BENIN
Crédit N° 7F-08339.02.03
Contrat n° 81056288 du 7 août 2018
Période couverte : 1er août au 31 octobre 2018
Avec l’appui de la Coopération Suisse
BRIT 2018
ACTES
DE LA CONFERENCE AU BENIN
(RAPPORT ANALYTIQUE)
REPUBLIQUE DU BENIN ---
Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique
---
Université d’Abomey-Calavi ---
Conseil Scientifique
RAPPORT ANALYTIQUE
Sur la participation de l’UAC à la Conférence Internationale sur la Gestion des Frontières Régionales en Mutations (BRIT) 2018 au Nigéria et au Bénin
Crédit N° 7F-08339.02.03 Contrat n° 81056288 du 7 août 2018 Période couverte : 1er août au 31 octobre 2018
Novembre 2018
Dépôt Légal N° 10880 du 12/12/18
Bibliothèque Nationale, Porto-Novo, Bénin, 4ème trimestre ISBN 978-99982-905-0-1
CONFERENCE INTERNATIONALE SUR LA GESTION DES FRONTIERES REGIONALES EN MUTATIONS (BRIT) 2018 AU NIGERIA ET BENIN
ACTES DE LA CONFERENCE AU BENIN
4 COMITE DE REDACTION AU BENIN
Directeur de publication : Professeur Maxime da CRUZ Secrétaire scientifique : Professeur Félicien AVLESSI Membres :
- Professeur Rigobert C. TOSSOU - Professeur Aliou SAIDOU
COMITE SCIENTIFIQUE DE LECTURE ET DE SELECTION DES COMMUNICATIONS AU BENIN
Président : Professeur Rigobert C. TOSSOU Rapporteur : Professeur Aliou SAIDOU Membres :
- Professeur Marcel B. HOUINATO
- Professeur Odile DOSSOU GUEDEGBE - Professeur Brice TENTE
- Professeur Yves Antoine TOHOZIN - Professeur Nelly C. KELOME - Dr (MC) Raphaël YEBOU - Dr (MC) Rogatien TOSSOU
- Dr (MC) Etotépé SOGBOHOSSOU - Dr (MA) Joseph P. Nékoua SAHGUI - Dr (MA) François AGBOIGBA - Dr (MA) Moufoutaou ADJERAN - Dr (MC) Servais Alix AFOUDA
5 SOMMAIRE
Section 1
Analyses des menaces et risque dans la gestion des frontières et migrations/ Nouveaux défis de la sécurité maritime dans le golfe de
Guinée Epistémologie, Théories et méthodologies
11
Langues transfrontalières parlées au Bénin et au Nigéria : plaidoyer pour une pratique orthographique unifiée : ………... 13 Contraintes au processus de développement régional de l'espace
transfrontalier Grand-Popo -Aneho : ………. 21 Impacts des conflits lies à l’élevage mobile transfrontalier sur les
représentations de la transhumance dans les collines au Bénin : ……….. 43 Exploring language accommodation in some Bénin-Nigéria border areas: a
sociolinguistic appraisal: ………... 65 Cartographie et gestion des conflits violents lies à la transhumance transfrontalière en zone pastorale au nord-est de la République du Bénin:
acteurs, enjeux et défis de gestion :……….. 83 Section 2
Communautés transfrontalières et dynamique de développement 107 Performances de reproduction et de production laitière des chèvres transfrontalières et de leurs métisses en zone soudanienne du Nord-Bénin: …... 109 Positionnement géographique et ressources marchandes au sein des Communes frontalières du Bénin: ………... 125 Facteurs de devloppement de l’espace transfrontalier hilacondji-aneho: ……… 153 Transhumance transfrontalière et sécurité socio-économique dans le hollidje
au Sud-Est du Bénin: ……….. 177
Impacts géographiques et économiques des dynamiques frontalières dans la
commune d’Ifangni (République du Bénin) : ………. 199 Villes et activités économiques des espaces frontaliers bénino-nigérians :
secteur Kétou, Pobè et Ifangni : ……….. 223 Le commerce transfrontalier dans les marchés du Sud Bénin en Afrique de
l'ouest : ……… 247
Dynamique des échanges transfrontaliers bénino-togolais dans la commune
de Savalou au centre du Bénin : ……… 265 Consultations médicales foraines, une réponse à l’inaccessibilité aux soins
des populations frontalières : l’expérience du Bénin : ………. 287
6 Section 3
Sécurité frontalière/crimes transfrontaliers organisés/ programmes de l’Union Africaine /CEDEAO et autres regroupements
297
Sécurité frontalière, profilage et gestion de l’identité au Bénin : ……… 299 SIG comme outil d’aide à la prise de décision pour la gestion de l’espace
frontalier entre le Bénin et le Nigéria : ……… 311 section 4
Tendances migratoires/défis sécuritaire 343 Autonomisation et facteur de developpement personnel des femmes et des
filles migrantes dans les espaces transfrontaliers entre le Bénin et le Nigéria : . 345 Espaces frontaliers et dynamique des flux migratoires au Sud-Est du Bénin : 367 Communautés transfrontalières et le dilemme du développement : mutations
des frontières, aménagement du territoire et coopération transfrontalière : ….. 391 Migrations et frontières artificielles en Afrique de l’ouest : où en sommes-
nous ? Migrations and artificial borders in west africa : where are we : ………... 413
7 PREFACE
La 16ème Conférence Internationale du BRIT « Border Regions In Transition » s’est tenue du 15 au 18 octobre 2018 respectivement à l'Institut pour la Paix et les Etudes Stratégiques (IPSS) de l’Université d'Ibadan au Nigeria et sur le campus de l’Université d'Abomey-Calavi en République du Bénin. La conférence du BRIT est née à partir des recompositions frontalières résultant de la dislocation du bloc de l’Est dans les années 1990. La première édition a eu lieu en 1994 entre la Pologne et l’Allemagne. Depuis cette année, le réseau international des scientifiques et praticiens des études stratégiques autour des questions de frontière ne cessent de s’étendre.
La pertinence de l’étude des questions relatives à la gestion des frontières régionales en mutation découle de la complexité et de la diversité des situations d’une région du globe à une autre. L’Afrique, caractérisée par une stabilité relative des frontières étatiques héritées de la colonisation européenne, n’offre pas une recomposition frontalière majeure à l’exception de l’Ethiopie et du Soudan. C’est la crise migratoire mondiale où l’Afrique apparaît comme l’un des épicentres, l’importance de la migration dans les ODD et le processus du pacte mondial sur les migrations, qui ont rendu pertinente la thématique de « frontières régionales en mutations ou en transition » en Afrique. La position géostratégique du Nigéria sur le continent africain et l’intérêt de l’Etat pour les études stratégiques sont les principaux éléments qui ont milité en faveur de son choix pour abriter pour la première fois en Afrique la Conférence Internationale du BRIT du 15 au 18 octobre 2018. Dans la tradition du BRIT, le pays choisi désigne à son tour un autre pays frontalier pour la co-organisation. C’est ainsi que la République du Bénin a été désignée. Le BRIT est une conférence interuniversitaire co-abritée par deux universités de renommée internationale avec une forte implication des praticiens des questions de frontières dans les deux pays.
Le thème principal du BRIT 2018 est ‘Dialogue Nord-Sud pour la gestion des frontières’. Les quinze (15) sous-thèmes retenus dans l’appel à communication sont :
1. Questions épistémologiques, théoriques et méthodologiques;
8
2. Tendances migratoires, itinéraires et défis de sécurité;
6. Programme frontalier de l'Union africaine (délimitation / démarcation), paix et sécurité;
7. Cadre UE-UA-CEDEAO et autres regroupements régionaux en matière de la coopération
Transfrontalière ;
8. Lois de l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime, les droits de l'homme, le droit de l'asile et de l'immigration;
9. Crimes transnationaux organisés : acteurs non étatiques et acteurs sous- étatiques;
10. Sécurité frontalière, profilage et gestion de l'identité ;
11. Analyse des menaces et risques dans la gestion des frontières et des migrations;
12. Nouveaux défis de la sécurité maritime dans le golfe de Guinée;
13. Transformation de l'information en renseignements exploitables en matière de sécurité frontalière;
14. Communautés transfrontalières et le dilemme du développement;
15. Intégration du genre dans la gestion des frontières.
Les communications reçues au Bénin couvrent seulement quatre (4) de ces sous- thèmes. Il s’agit des sous-thèmes relatifs à :
- communauté transfrontalière et dynamique de développement ; - tendances migratoires/défis sécuritaires ;
- sécurité frontalière/crimes transfrontaliers organisés/programme de l’Union Africaine/CEDEAO et autres ;
- analyse des menaces et risques dans la gestion des frontières et migrations/nouveaux défis de la sécurité maritime dans le Golfe de Guinée : Epistémologie, théories et méthodologies.
9
L’organisation scientifique de cette conférence a été confiée au Comité Scientifique International et à des comités scientifiques nationaux au niveau de chaque université co- organisateur, c’est-à-dire le Nigéria et le Bénin.
Le présent document présente les différentes communications proposées et exécutées par les participants béninois à la 16ème conférence BRIT 2018 et qui sont rangées suivant les quatre (4) sous-thèmes présentés plus haut.
345
AUTONOMISATION ET FACTEUR DE DEVELOPPEMENT PERSONNEL DES FEMMES ET DES FILLES MIGRANTES DANS LES ESPACES TRANSFRONTALIERS
ENTRE LE BENIN ET LE NIGERIA
Marie Odile ATTANASSO1, Benoît Koffi SOSSOU2*, Gladys Raymonde KOUMOLOU-OUSSOU LIO3
1Maître de Conférences, économie-démographie, Enseignante Chercheure à l'Université d'Abomey-Calavi
2*Chargé de Recherche, géographie humaine, Enseignant-Chercheur à l'Université d'Abomey-Calavi ; E-mail : [email protected]
3Master en Sciences de Population, Centre de Formation et de Recherche en matière de Population de l'Université d'Abomey-Calavi
RESUME
La communication adopte une posture positive de la mobilité indépendante de la femme et fille comme un facteur souvent de résilience dans l’espace transfrontalier entre le Bénin et le Nigéria. Ce travail s’est appuyé sur les données qualitatives de la mobilité féminine ; données collectées dans la commune d’Ifangni et de Sakété, localités de destination ou de départ au Nigéria. La région observée est une partie de l’espace transfrontalier appelée yorubaland. L’approche genre a permis de comparer la perception des femmes et filles des risques en adoptant les circuits informels de commerce et les motivations. La traditionnelle mobilité commerciale féminine multiséculaire demeure prégnante et renforcée dans cette région. Ces différentes femmes et filles déclarent avoir réalisé et investi dans le secteur immobilier mis en bail dans les grandes villes pour s’occuper des tâches de scolarisation, de santé des enfants et dans l’astreinte fiscale locale. Toutefois, le travail expose les besoins sexo-spécifiques des femmes et filles pour une meilleure résilience en situations migratoires transfrontalières dans le doublet Bénin- Nigéria du corridor Abidjan-Lagos.
Mots clés : Ifangni, Sakété, autonomisation des femmes, espace frontalier
346 ABSTRACT
The communication adopts a positive posture of independent mobility of women and girls as a factor of impactstrengh in the cross-border space between Benin and Nigeria. This work is based on qualitative data of female mobility; data collected in Ifangni commune and Sakété, localities of destination or departure in Nigeria. The observed region is a part of the cross-border area called yorubaland. The gender approach has made it possible to compare women's and girls' perceptions of risk by adopting informal business channels and motivations. The traditional multisecular female commercial mobility remains significant and strengthened in this region. These different women and girls claim to have realized and invested in the real estate sector leased in the big cities to take care of the tasks of schooling, child health and in the local tax system. However, the work exposes the gender-specific needs of women and girls for a better impact strengh in cross-border migration situations in the Benin-Nigeria doublet of the Abidjan-Lagos corridor.
Key words: Ifangni, Sakété, empowerment of women, space frontier
INTRODUCTION
La crise des économies africaines dans les années 80 a été à l’origine des nombreuses qui ont engendré ou renforcé de profondes mutations dans l’organisation sociale des communautés transfrontalières. Il en découle un essor sans précédent des activités marchandes de la contrebande dans les espaces transfrontaliers. Ces activités sont appelées commerce informel (Gonzallo, 1986; Igue & Soule, 1992; Igue J. , 2006).
Ces activités affectent tous les pays africains en général et ceux de la Communauté Economique de l’Afrique de l’Ouest en ces auteurs ont montré qu’entre le Nigeria et le Bénin, ces échanges sont intensifs entre les deux pays frontalier et que les produits d’échange portent beaucoup plus sur des articles manufacturés de toutes catégories en provenance de Nigéria et des produits agricoles du Bénin en direction du Bénin.
L’importance des échanges transfrontaliers est perçue par la communauté internationale qui y focalise son attention à travers le Projet « Libre circulation des Personnes et Migration
347
en Afrique de l’Ouest » qui vise entre autres à combattre les Crimes Transfrontaliers Organisés, à atteindre une gestion sécurisée de l’immigration et des frontières, à faciliter les échanges entre Etats et la coopération intra-régionale sur la libre circulation des personnes et la migration et appuyer le processus d’élaboration des Politiques migratoires dans cet espace de la sous-région (FMM West Africa, 2015). De récentes études ont montré que les migrations/mobilité ont engendré une économie structurelle de l’Afrique.
Le corridor entre le Nigeria, le Bénin, le Togo, le Ghana et la Côte d’Ivoire organisé pour cette fin est connu sous le vocable Organisation du Corridor Abidjan-Lagos. Ce corridor draine à lui seul plus de 75% des flux et mobilités diverses avec un stock de passages transfrontaliers annuels de plus 47.000.000 personnes. Les femmes et filles y sont particulièrement majoritaires et actives. Cependant, elles sont vulnérables aux risques, ceux relatifs aux crimes transfrontaliers organisés mais aussi aux harcèlements divers lors des traversées des espaces transfrontaliers non formels (Igué, 2016, op.cit). L’existence de ces espaces constitue un défi majeur qui justifie la création d’un cadre de Dialogue Migratoire en Afrique de l’Ouest (MIDWA). Les principales personnes vulnérables à bénéficier de la sécurisation des espaces sont les femmes et filles qui ont des besoins esexospécifiques (DGPD, 2017).
Face aux risques auxquels elles sont fréquemment exposées en dépit de l’existence de ces institutions, les femmes ont réussi à développer des mécanismes d’adaptation ou de contournent des contraintes et renforcer ainsi leur leadership afin de mieux se positionner sur l’espace commercial transfrontalier.
Dans ce corridor Abidjan-Lagos, « les affinités culturelles et linguistiques ont toujours joué un rôle clef dans les déplacements transfrontaliers, tant en ce qui concerne les populations que les échanges commerciaux. Souvent, le tracé des frontières internationales décidé à l’ère coloniale ne tenait pas compte des liens culturels et ethniques. Les déplacements de populations et les échanges commerciaux se sont toutefois poursuivis en fonction des groupes » (CNUCED, 2018) . Entre le Bénin et le Nigéria, ces relations étaient à l’origine du développement de plusieurs voies fluviales et
348
de plusieurs marchés pour contourner les règles institutionnelles établies. Ces voies fluviales sont utilisées comme vecteurs des transaction.
Ce travail est focalisé sur la construction de la résilience des femmes et des filles migrantes dans les espaces transfrontaliers du Nigéria et du Bénin. Il vise surtout à montrer que les mécanismes de résistances aux contraintes liées à ces échanges renforcent la personnalité des femmes et améliore l’image qu’elles se sont construites dans le milieu.
Ces migrations intra-régionales expliquent en grande partie la transformation structurelle de l’économie des deux pays. Au sein de la CEDEAO en général, le potentiel de la libre circulation et de la migration est un facteur de développement, si elles sont correctement reconnues et organisées. Mais les circuits informels très prégnants sont à l’antipode de cette vertu migratoire au sein de l’espace (GMDAC de l’OIM, 2016). Ce travail qui met en lien le développement social et économique , la dignité humaine et le bien‐être des migrants, prend appui sur les récits de vie des femmes et filles exerçant des activités commerciales transfrontalières surtout dans les communes d’Ifangni et de Sakété au Bénin pour soutenir une vision positive des migrations transfrontalières dans cet espace comme aussi facteur de développement personnel d’acteurs des couches sociodémographiques considérées comme vulnérables.
Le questionnement central de ce travail est fondé autour des motivations de ces femmes et filles à se consacrer au commerce informel malgré les risques et les tracasseries douanières en vue de décrire les enjeux de l’autonomisation qui y sont associés. Ce travail s’inscrit dans le courant de pensées que « l’autonomisation des femmes est un facteur central de leur résilience ». Cette résilience induit des Comportements, Qttitudes et Pratiques démographiques (CAP) en faveur d’une procréation responsable. Le concept de la procréation responsable est une dimension essentielle du dividende démographique. Ce travail est la partie descriptive d’un projet de recherche destiné à établir un lien de cause à effet l’autonomisation des femmes et filles migrantes et leur accès à une santé reproductive de qualité. Il met ainsi en lumière la migration féminine comme un facteur de structuration de l’économie et vise à renforcer les connaissances pour une meilleure implémentation du projet d’autonomisation des filles en
349
lien avec les CAP démographiques. Ce projet est connu sous l’acronyme anglais SWED dont la définition est : « Sahel Women’s Empowerment and Demographics » (World Bank, 2017). C’est pourquoi, il réalise et décrit les circuits des activités marchandes, analyse les données relatives aux produits mobilisés dans les échanges, le vécu et la perception des femmes et filles dans leur mobilité transfrontalière.
La présente étude vise à soutenir une vision positive des migrations transfrontalières à travers les expériences des femmes exerçant des activités commerciales transfrontalières. De façon spécifique il s’agit de :
- analyser la situation socio-démographique des acteurs ;
- Identifier les raisons qui motivent les femmes malgré les risques liés à l’immigration transfrontalière ;
- comprendre la sociologie du choix des circuits commerciaux informels par les femmes migrantes ;
- situer les responsabilités des élus locaux et décideurs dans le phénomène de l’immigration transfrontalière.
CADRE DE LA RECHERCHE
La recherche s’est déroulée dans deux communes du Plateau. Il s’agit des communes d’Ifangni et de Sakété. Les Communes d’Ifangni et de Sakété sont localisées dans le département du plateau. Elles sont situées entre 6°30’ et 6°55’de latitude nord et entre 2°32’ et 2°48’ de longitude est. Elles sont limitées au nord par la Commune de Adja - Ouèrè, au sud et à l’ouest par, par le département de l’Ouémé, et à l’est par le Nigeria.
La figure 1 présente la situation géographique des Commune d’Ifangni et de Sakété.
350 Figure 2 : situation géographique du milieu d’étude
CADRE METHODOLOGIQUE
Cette étude a collecté des données biométriques à caractère personnel. Ainsi, avant de collecter les récits de vie, suivre le parcours migratoire, les astuces pour la fraude douanière, l’équipe de recherche a obtenu le consentement éclairé des enquêtées avec engagement de conserver des données sensibles de façon professionnelle la base de données.
De façon pratique, la démarche adoptée s’articule autour des séquences suivantes : la recherche documentaire ; les travaux de terrain ; le traitement des données collectées et l’analyse des résultats.
351 2.1- Recherche documentaire
A cette première séquence, nous avions consulté la littérature existante ayant rapport avec le sujet d’étude : ouvrages généraux et spécifiques, thèses, mémoires, revues et rapports dans les centres de documentation de : l’INSAE, la bibliothèque de l’Université d’Abomey-Calavi, la mairie d’Ifangni et de Sakété
2.2- Technique et outils de collecte des données 2.2.1- Technique de collecte des données
Diverses techniques ont été utilisées pour collecter les données sur le terrain :
L’observation a permis d’apprécier l’état des voies de circulation, les affluences au niveau des zones d’échange et les produits vendus
entretiens ont porté essentiellement sur les lieux et les différents produits commercialisés entre les deux pays frontaliers et ont permis d’obtenir la connaissance et la perception que les populations ont sur les activités illicites
2.2.2- Outils matériels et de collecte des données Les outils et matériels utilisés sont :
- des fonds de carte des communes d’Ifangni et de Sakété;
- une grille d’observation pour l’identification des types d’installation et des activités commerciales exercées par les femmes ;
- des questionnaires adressés aux commerçantes et aux populations ; - un appareil photo numérique pour des prises de vues.
2.3- Echantillonnage
La méthode de choix raisonné et aléatoire ont permis de constituer l’échantillonnage et de mener les enquêtes sur le terrain. Les critères de choix des individus sont: être âgé de 18 ans au moins et exercer dans le secteur du commerce informel, les responsables
352
enquêtés doivent avoir résidé dans les villages frontaliers au cours des dix dernières années au moins.
La base de sondage, ce sont les résultats du dernier Recensement Général de la Population et de l’Habitation réalisé en 2013 (RGPH4, 2013). Les enquêtes auprès des ménages ont pris en compte un taux de 1 % du nombre total de ménages des villages frontaliers. Ainsi, l’échantillon a été constitué sur la base de la formule suivante :
E= N×S avec E = Echantillon
N= Nombre de ménages dans la commune = 2677 S=Seuil d’échantillonnage = 1 %
On en déduit que E = 2677×1/ 100 = 27 ménages.
Ce sont les chefs de ménage qui sont interrogés.
La répartition des ménages interrogés par village tient compte de la représentation proportionnelle de chacun dans les villages (tableau II).
Tableau I: Répartition de la taille de l’échantillon par village.
Communes Villages frontaliers Effectif des ménages Femmes et filles enquêtées
Ifangni Doké 835 08
Sèdo 311 03
Gblogblo 469 05
Sakété Akpéchi 547 06
Kobèdjo 315 03
Issalé-Eko 200 02
Total 2677 27
Source: Résultats d’enquête de terrain, septembre 2018 Tableau II : Répartition des autres acteurs enquêtés.
Autres acteurs de Commerce transfrontalier Nombre
Douaniers et police 03
Hommes 03
Chefs d’Arrondissement 02
Chefs de villages 06
Agents de la Mairie 02
TOTAL 15
Source: Résultats d’enquête de terrain, septembre 2018
353
Au total 42 personnes ont été interrogées. Les femmes sont majoritaires des personnes enquêtées. Les hommes rencontrés sont ceux qui interviennent dans le domaine de transit ou du transport les marchandises. Les agents de l’Etat central abordé dans ce domaine sont les douaniers et la police républicaine qui assurent la réglementation et la sécurité. Les collectivités locales ont été représentées dans notre échantillonnage par les élus locaux (Chefs villages et Chefs d’Arrondissement) et les agents communaux.
2.4- Traitement des données
Le traitement et l’analyse des données ont été précédés par le dépouillement des fiches d’enquêtes. Les fiches d’enquête (guide d’entretien, questionnaire et grille d’observation) sont dépouillées manuellement et les données obtenues ont été saisies.
Ainsi, les tableaux, les courbes et graphiques ont été élaborés avec le logiciel Excel version 2007. Le logiciel Word 2007 a été utilisé pour le traitement de texte, le logiciel MapInfo pour la réalisation des cartes et Excel pour le calcul des moyennes.
2.5- Analyse des résultats
Le modèle d’analyse utilisé est SWOT, en anglais Strengths (forces), Weaknesses (faiblesses), Opportunities (opportunités), Threats (menaces).Il a permis de faire un diagnostic interne pour identifier les forces et les faiblesses du commerce informel. Puis un diagnostic externe pour identifier les opportunités et les menaces que présentent les activités illicites pour l’autonomisation des femmes et filles migrantes dans l’espace transfrontalier. La figure 1 présente le modèle SWOT utilisé.
354 RESULTATS ET DISCUSSIONS
3.1 Résultats
3.1.1- Profil socio démographique des femmes intervenant dans ce secteur
Cette activité est souvent liée aux femmes ou filles qui, depuis leur tendre enfance ont été placées auprès d’un membre de leur famille exerçant le commerce transfrontalier.
Donc la plupart ont hérité des habiletés de ce commerce, d’un parent proche. Par ailleurs, il s’agit souvent des femmes qui n’ont n’aucun niveau d’instruction, ou des femmes déscolarisées, mais qui se débrouillent dans les langues d’échanges telles que le Yoruba et l’Anglais. 67% des enquêtées sont des femmes jeunes âgées de 33ans et des commerçantes expérimentées. Leur capital de démarrage est très faible et provient de la famille. Peu reçoivent des prêts des institutions financières. Les hommes qui les aident pour le transport et/ou le transit des produits utilisent soit la moto, voiture ou soit des barques motorisées ou non pour le transport par voie fluviale. La photo 1 montre une femme impliquée dans le commerce transfrontalier à 08 ans.
Facteurs internes
Forces
Facteurs externes
Faiblesses Opportunités Menaces
355
Photo 1 Vue d’une femme impliquée dans le commerce transfrontalier à 08 ans Prise de vue : Koumolou, septembre 2018.
Selon les témoignages de cette femme, qui a très tôt commencé l’activité du commerce transfrontalier, cette activité est source potentielle de la non scolarisation ou de la déscolarisation dans l’espace transfrontalier. Cet encadré présente les informations recueillies d’une dame exerçant dans l’informel.
356
3.1.2- Typologie des activités économiques des femmes dans les communes d’Ifangni et Sakété
Les communes d’Ifangni et de Sakété disposent d’énormes potentialités pour leur développement. Leur économie locale est basée sur les activités du secteur primaire et du secteur tertiaire. Dans ce dernier secteur, 80 % des femmes enquêtées âgées de 15 à 64 ans exercent dans l’informel grâce à la perméabilité des frontières Bénino-nigérianes par voies fluviales et terrestres.Ces femmes mènent plusieurs activités commerciales.
Je m’appelle HJ. Je suis mère de 3 enfants. J’ai 34 ans. A 8 ans, j’ai été placée à côté de ma tante à Ko-Adogba, dans un village d’Ifangni. Je l’accompagnais à la frontière d’igolo afin d’aider les femmes yoruba à faire traverser la frontière avec leur bagage en transit du Nigeria vers le Bénin, vice versa. Très tôt, elle m’a initiée à des voies de contournements de la frontière à travers les brousses et sentiers peu recommandables à 15 ans. Malgré mon ethnie Tori, j’arrivais à parler yoruba et l’anglais de rue du Nigeria, déjà je bénéficiais de la confiance de certains amis Ibo, yoruba et Nagot qui me confiaient d’important sommes d’argent pour traverser la frontière moyennant une commission. Petit à petit, j’ai économisé mes revenus pour avoir mon propre fonds de commerce afin d’entreprendre le commerce de vente d’huile rouge à la frontière et plus tard les condiments (tomates et piments surtout).
Marié à 25 ans, mon époux acceptait difficilement ce commerce à haut risque, je me rappelais comme si s’était hier quand la totalité d’une somme de 200 000 FCFA est parti en fumé, quand un faux douanier nigérian a pris nos paniers de tomates et a disparu dans la nature.
Les clébés (adja olokpa) (assistants informels des forces de douanes) étaient de véritables prédateurs qui nous fouillaient sans dignité aucune. Malgré toutes ces difficultés, je rends grâce aujourd’hui ! Car j’ai les étalages non loin de la frontière et j’exploite deux jeunes hommes et deux nièces que j’ai initiées aussi et qui vont au marché du Nigeria pour m’approvisionner.
Malgré tous ces risques rencontrés, j’ai pu réaliser ma vie avec mon mari, une maison et deux moyens de déplacement dont une bâchée qui nous facilite le transport. Consciente que j’ai été déscolarisé, aujourd’hui, tous mes enfants sont à l’école, j’arrive à subvenir à leurs besoins et je suis fier d’eux.
L’Etat ne fait rien pour soulager nos peines et la mairie nous prend beaucoup de sous. Face aux exigences de la vie, on n’a pas d’autres choix autre que s’accrocher dans l’espoir que tout ira bien un jour.
357 Principaux produits d’échange
Les produits échangés sur les marchés transfrontaliers qui s’animent autour des voies d’eau montre que le Bénin fournit au Nigeria les produits agricoles de grande consommation (tomate, piment, huile rouge, céréales, produits d’élevage, etc) tandis que le Nigeria approvisionne cet espace transfrontalier en divers produits tels que produits pétroliers, produits maunfacturés, pièces de rechanges, céréales, produits d’élévage, matériaux de constructions, tomates, des moulins à maïs, des seaux en aluminium comme en plastique, des valisettes, appareils mécaniques et électriques, des motos, etc
Plusieurs d’autres activités menées dans ces localités des communes de Sakété et d’Ifangni. Les investigations de terrain ont révélé la proportion de certaines activités illicites du Nigeria vers le Bénin
Figure2 : Proportion de certaines activités illicites du Nigeria vers le Bénin Source : résultats d’enquête de terrain, septembre 2018
Il ressort de l’analyse de la figure 1 que 45 % des femmes commercialisent plastiques, et 35 % sont dans la vente des produits cosmétiques et des mèches 5 % biscuits et 15 % dans la vente des œufs et moutardes.
La photo 2 présente un étalage de plastiques exposés pour la vente.
45%
35%
5%
15%
Plastiques
Produits cosmétiques et mèches
Biscuits
Œufs et moutardes
358
Photo2 : Etalage de plastiques exposés dans le marché de Tchaada (Ifangni) Prise de vue : Koumolou, septembre 2018
3.1.3- Les raisons qui motivent les femmes à prendre par les frontières informelles Pour contourner certaines contraintes, les femmes souvent les frontières informelles. Il s’agit de :
- taxes douanières sont exorbitantes - Multiplicité des postes de contrôle - Coûts élevés des transports - Demandes de payement aléatoires
- Lenteurs administratifs et pertes de temps - Taxation arbitraire des marchandises
359 - Menaces et violence verbales et insultes
Photo3 : Frontière informelle (voie navigable) Prise de vue : Koumolou, septembre 2018.
Les enquêtes sur la voie de ces marchés frontaliers ont révélé que les camions gros porteurs et camionnettes sont les plus utilisés par les commerçants des produits vivriers en direction du Nigeria. Les camions gros porteurs chargent jusqu’à 220 voire 250 sacs de 100 Kg de produits vivriers et ceux des camionnettes transportent jusqu’à 110 voire 120 sacs de 100 Kg par voyage.
Les femmes ou filles migrantes, se déplacent vers les zones frontalières pour exercer cette activité bien qu’étant conscientes du danger qu’elles courent en évitant les frontières formelles et les taxes douanières. Elles se faufilent dans des sentiers et dans des grandes forêts ou par le transport fluvial à travers la zone marécageuse .Elles sont conscientes que une fois le danger ou le risque évité et malgré ce que couterait l’acheminement de leurs produits via ces canaux interdits, il y a toujours beaucoup de bénéfices à gagner au pays d’origine ,ce qui explique leur résilience. Cette recherche permanente du bien-être malgré les grands risques est la première source de motivation.
360
L’encadré 2 présente les informations recueillies d’une dame exerçant dans l’informel Une femme âgée de 62ans nous confia ce qui suit : « Deux fois de suite, j’ai été déçu:
premièrement c’est quand le chef qui était là a été changé et celui qui est venu m’a arrêté un jour et malgré tout, il a été catégorique. Mes marchandises sont toutes saisies et j’ai payé encore 100.000fcfa avant que le transporteur ne reprenne sa voiture. Ensuite, c’est une somme de 300.000fcfa qui a été demandé et c’est difficilement j’ai payé 150.000fcfa et récupéré au moins mes marchandises. En ce temps, une belle sœur m’a parlé d’autres circuits vers Igolo pour éviter donc ces gaspillages d’argent. C’est ainsi que j’ai changé jusqu’à aujourd’hui depuis plus de 15ans. Je me suis lancé en même temps dans les sacs de riz et bidon d’huile car c’est ça qui domine par là. Mais attention là, vraiment ce n’est pas donné à n’importe qui surtout une femme mariée car il y avait tout (je n’en dirai pas plus). Deux circuits trop risqués, d’abord la rivière, les sentiers dégradés et de plus à travers la brousse. Dans les tracasseries, j’ai fait deux fois fausses couches et failli perdre mon époux quand l’un de ces amis lui a écrit et raconté ce qui se passe car il était parti au Gabon ». Ce témoignage montre que les risques associés à ce commerce sont très nombreux et peu de femmes et filles y échappent. Les risques les plus courants sont les saisines de marchandises avec imposition d’amande et en fonction de certains circuits le risque de viol avec comme effet la stigmatisation des femmes et filles qui s’y adonnent.
Outre l’agriculture, les femmes s’adonnent plus au commerce caractérisé par la mise sur le marché des produits agricoles et également les produits manufacturés. Les échanges de produits avec le Nigeria sont très développés dans les deux sens. ( figure2)
361
Figure 3: Circuits des activités transfrontalières et produits des échanges entre Bénin et Nigéria
De nombreuses pistes informelles désservent cet espace frontalier. Les voies fluviales sont par lesquelles les échanges sont organisés. L’analyse de la figure 2 montre près de 10 pistes dans la seule commune de Sakété et deux pistes secondaires informelles dans la commune d’Ifangni.
3.1.4- Conséquences sociales des activités économiques informelles
Il ressort donc des enquêtes sur le terrain, que les différentes activités économiques contribuent beaucoup à l’épanouissement de plusieurs acteurs qui en tirent profit. Ainsi,
362
sur 27 réponses obtenues des personnes enquêtées,82,19 % ont des revenus compris entre 5000 à 10 000 F par contre, 20 % ont estimés que leurs revenus sillonnent autour de 15 000 à 25 000 F et 6 % ont estimés que leurs revenus tournaient autour de 10 000 à 40 000 F selon la vente.Ces femmes investissent leurs revenus dans les besoins fondamentaux (figure 4)
Figure 4 : Gestion des revenus issus des activités commerciales dans les marchés frontaliers de la commune d’Ifangni.
Source : Enquête de terrain, septembre 2018
Il ressort de l’analyse de la figure 4 que les ressources issues des activités économiques sont consacrées essentiellement aux constructions et logements puis à la scolarisation des enfants. Elles ont trouvé dans ce commerce un moyen d’échapper aux conditions de vie précaire. Cette activité leur a permis d’élargir leurs possibilités d’accès à d’autres ressources autres que les celles provenant des champs. Les travaux champêtres qui devraient préoccuper la majorité des acteurs économiques de ces communes sont en faible proportion (09 %) malgré l’importante terre cultivable existante. Par ailleurs, ce commerce renforce la position sociale et économique des femmes ainsi que leur rôle au sein des ménages et de la société.
0 5 10 15 20 25 30
Construction et logement
Moyen de transport
Scolarité des enfants
Travaux champêtres
Tontines Cérémonies et autres
Proportion en %
Destination des gains
363
Cependant, au regard des problèmes qui contraignent le développement de ce secteur d’économie informelle, une redynamisation de ce secteur s’impose. A cet effet, différentes requêtes sont formulées à l’endroit de l’Etat, autorités communales et société civile. La figure présente la synthèse des résultats à l’aide du modèle SWOT.
Figure 5 : Analyse de la problématique des activités commerciales des Nigerians à l’aide du modèle SWOT
Source : Résultats des enquêtes de terrain, septembre 2018
L’analyse de cette figure montre que la commune d’Ifangni dispose de nombreux atouts pour son développement. Il s’agit notamment de l’urbanisation qui permettrait aux Nigérians d’étendre leurs activités sur d’autres localités de la commune et de la croissance démographique qui occasionne l’augmentation des besoins. Cependant, les menaces liées à l’insécurité doivent être surmontées pour faciliter les échanges.
364 3.2. DISCUSSION
Ce travail a décrit l’arrimage entre les ODD et l’approche migratoire en général et les migrations des femmes et filles dans les circuits informels en particuliers pour révéler les principaux défis.
Il a montré que la réalisation des femmes et filles en mobilité économique transfrontalière est certes, un outil de lutte contre la pauvreté (ODD 1). Les forces et opportunités de ces activités féminines sont importantes.
Mais, les faiblesses et menaces sont aussi importantes. En effet, les péripéties que subissent ces femmes et filles dans les circuits informels contrarient l’ODD 5 qui ambitionne de « parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles ». Ce travail a révélé aussi que certains indicateurs de l’ODD 8 notamment ceux relatifs à l’emploi et le travail décent et l’ODD 16 en ce qui concerne l’avènement des sociétés justes, paisibles et inclusives pourraient être compromis.
Mais, par leurs activités, ces femmes et filles contribuent à la transformation structurelle de l’économie de leur localité, du pays d’origine et de destination. Il en découle la nécessité de l’adoption d’une Politique Nationale de Migration pour capitaliser et renforcer cette résilience féminine en combattant les crimes transfrontaliers organisés et les actes de pressions fiscales illégales dont elles sont victimes. Le Bénin, en s’inscrivant dans le processus de rédaction de sa politique en matière de migration et dans le projet de la Banque mondiale d’autonomisation des femmes et filles prend la juste mesure des enjeux liés aux mobilités/migrations en général et à l’autonomisation des femmes et filles.
CONCLUSION ET PERSPECTIVES
Les femmes et filles en migration/mobilité marchande dans l’espace transfrontalier Ifangni-Sakété et territoires des échanges au Nigéria se réalisent et contribuent à la transformation structurelle de l’économie de leur pays d’origine qu’est le Bénin et au pays de destination qu’est le Nigéria. Mais, les coûts sociaux qu’elles sont contraintes de payer parfois du fait du circuit informel de cette mobilité paraissent élevés et préjudiciables à leur dignité humaine et à leur bien-être.
365
L’adoption et l’application d’une Politique nationale de la migration apparaît comme une opportunité de résilience et de renforcement durable de la résilience de ces femmes et filles marchandes transfrontalières.
TRAVAUX CITES
CNUCED. (2018). Les Migrations au service de la transformation structurelle (Développement économique de l’Afrique). Genève: ONU.
DGPD. (2017). Migrations et Diasporas au Bénin. Cotonou: PNUD.
FMM West Africa. (2015). Libre circulation des Personnes et migration de l"Afrique.
Consulté le septembre 15, 2018, sur www.fmmwestafrica.com
GMDAC de l’OIM. (2016). Directives de la CEDEAO sur la gestion de la Migration, document de travail.
Gonzallo, T. (1986). Le rôle de Kétou, d’Illara et Mèko dans les échanges, Bénino-Nigériane.
Abomey-Calavi: UNB.
Gu-Konu, E. (1993). Connaissance des migrations internationales en Afrique de l’ouest : les lieux et les sources d’information. URA/UNB-ORSTOM, p. 44.
(s.d.). Igue J. O.et Soule B. G., (1992) : L’Etat entrepôt au bénin : commerce informel ou solution à la crise, Edition Karthala, Paris 210.
Igue, J. (2006). Le Nigéria et ses périphéries frontalières. Bach D.C.
Igue, J. O., & Soule, B. G. (1992). L’Etat entrepôt au bénin : commerce informel ou solution à la crise. Paris: Edition Karthala.
World Bank. (2017). Swed Project. Consulté le Aout 3, 2018, sur Worldbank:
http://www.wolrldbank.org
432
Imprimerie : Les éditions ProTIC, novembre 2018
N° IFU : 3201101010016 BP : 1468 Ab-Calavi - Téléphone : (229) 97 674 449 / 95 869 951 Email : [email protected] - Site Web : www.protic-benin.com