Correspondances en Métabolismes Hormones Diabètes et Nutrition - Vol. XXI - n° 1-2 - janvier-février 2017 4
É d i t o r i a l
Le monde de demain
C
e nouveau numéro des Correspondances en Métabolismes Hormones Diabètes et Nutrition montre combien la collaboration entre les spécialités est nécessaire, tant pour avancer dans la connaissance des maladies que pour mieux prendre en charge les patients, plus précocement et dans une vision d’ensemble qui intègre la personne et non plus seulement un organe. Cette fois-ci, nous nous sommes efforcés de nous focaliser sur le retentissement ophtal- mologique de pathologies générales d’origine endo- crinienne. Force est de constater que l’ophtalmologiste est trop souvent isolé, reclus derrière sa lampe à fente, du fait de l’évolution de notre spécialité. Il n’y a pas si longtemps, avant les années 2000, la dégénérescence maculaire liée à l’âge ne disposait d’aucun traitement, en dehors de la photocoagulation périfovéale, qui visait à restreindre la progression des lésions. La rétinopa- thie diabétique et les occlusions veineuses étaient traitées par laser en quelques séances. L’avènement des injections intravitréennes d’anti-VEGF (Vascular endothelial growth factor) puis de corticostéroïdes a révolutionné le pronostic visuel de ces patients – les courbes d’incidence de la cécité dans les pays nordiques le montrent – au prix d’une augmentation importante de cette activité de traitement puis de suivi des patients.De nombreuses maladies générales peuvent se révé- ler par une atteinte ophtalmologique primitive : les
pathologies infectieuses (syphilis, tuberculose, maladies opportunistes du SIDA,
etc.), les pathologies endocriniennes, avec, dans ce numéro, un focus particulier sur les orthopathies dysthyroïdiennes et le diabète, les pathologies neuro- logiques (pathologies neuromusculaires, sclérose en plaques), la maladie de Horton, les leucémies, etc.
À notre époque de désertification médicale, la télé- expertise et la télémédecine ont le vent en poupe. Une image en couleur, un graphe, un scanner, voire une IRM, tout cela numérisé puis envoyé au loin, vers un médecin qui regarde un écran, dans un bureau d’hôpital, bien loin du malade. Au train où nous allons, nous n’aurons sans doute plus à nous déplacer jusqu’à l’hôpital ou au cabinet, les diagnostics se faisant de chez soi, en robe de chambre. Cela permettra peut-être de réali- ser encore quelques économies, et je m’étonne que le législateur n’ait pas encore légiféré sur ces avan- cées qu’autorise la science, en associant à ce nouveau concept une terminologie moderne, anglo-saxonne, un terme qui combinerait élégamment la notion d’éthique médicale et les progrès de la science numérique. La critique est un peu acerbe, et certains d’entre vous la jugeront probablement un peu extrême, puisqu’il faut bien trouver le moyen de soigner les populations de ces déserts médicaux, et que cette évolution per- met sans doute, dans certains cas, de sauver des vies.
Néanmoins, il y a quand même un léger paradoxe, des relents de schizophrénie, dans cette approche de la médecine lorsqu’on souhaite prendre en considération la personne dans sa globalité et qu’on se satisfait de fragments d’individus, une rétinophotographie ou un électrocardiogramme par exemple. Espérons simple- ment que cette évolution de la médecine n’est pas à sens unique.
Pr Nicolas Leveziel Service d’ophtalmologie, CHU de Poitiers
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