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Le reflet de Josselin, Brueme

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Academic year: 2021

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Texte intégral

(1)

Le reflet

        Il y avait eu ce choc, ce trou noir, et plus rien… Puis ce réveil incertain dans ce monde blanc. Murs blancs, draps blancs et portes qui claquent, brouhaha lointain.       Josselin referma les yeux,  où était­il ? Que c'était­ il passé ? Il y avait suffisamment d'indices autour de lui…   Un   hôpital !     Puis   un   froid   l'envahit.   L'image d'une   femme   à   la   porte   de   chez   elle   en   train   de l'attendre…   Il   était   serrurier­dépanneur.   Elle   a   dû appeler quelqu'un d'autre. Il respira et enfin ? Dans quel état suis­je ? Il bougea tour à tour ses mains, ses bras,   ses   jambes,   ses   pieds…   Pas   de   douleur ! Rassuré, il tenta de s'asseoir, la tête lui tournait un peu… Il porta la main à son front et s'étonna de le sentir si velu. 

       Un grand froid d'irréalité le parcourut lorsqu'en poursuivant   son   exploration,   il   s'aperçut   que   ses oreilles   n'étaient   plus   tout   à   fait   à   la   même   place, longues, velues aussi et… pointues !

         Sidéré, il décida qu'après tout, il avait reçu un choc, que ses perceptions n'étaient plus normales et, en pensée, repartit en arrière ; le tramway, le scooter sur   le   sol,   la   civière,   le   hurlement   des   sirènes   de l'ambulance, quinze personnes autour de lui… Ca y était, même le lieu, croisement de la Canebière et du boulevard d'Athènes !

(2)

     Rassuré d'avoir recouvré ses esprits, il repassa sa main, qui, il l'avait constaté de visu était tout à fait normale, sur son front. La persistance de la sensation de pelage le désappointa. Il la mit sur le compte du choc et s'amusa  à passer ses doigts entre ses poils plutôt soyeux. L'image d'un chat s'imposa à lui. Puis il décida   de   s'endormir,   persuadé   qu'au   réveil,   tout serait rentré dans l'ordre.

      Il était sur le point de s'assoupir lorsqu'il entendit le cliquetis d'un chariot roulant chargé s'approcher de la   porte.   Il   se   redressa.   Il   allait   enfin   pouvoir   se renseigner sur son sort auprès de l'équipe médicale qu'il entendait bavarder derrière la porte.

       Elle s'ouvrit. La première personne qui entra en blouse   blanche,   probablement   une   infirmière,   avait une silhouette ravissante avec une démarche assurée. Ses mouvements pour saisir le tableau des courbes de température,   au   pied   du   lit   étaient   précis   et professionnels.   La   seule   chose   embarrassante   était que   cette   silhouette   si   parfaite,   voire   appétissante, était surmontée d'une tête de biche.

       Josselin sentit ses forces le quitter. Les yeux ronds,   il   constata   que   le   personnage   qui   grognait derrière,   avec   le   stéthoscope   autour   du   cou, probablement le médecin, avait la physionomie d'un sanglier.   Il   était   suivit   d'une   troisième   personne, rondelette, avec une tête de vache.

       Cela fut trop pour Josselin. Il se mit illico à hurler.

(3)

   ­ Que cela cesse, grogna le sanglier, ou le médecin, Josselin était incapable de choisir… Une piqûre, qu'il accepta de bon gré tant il avait hâte de sortir de ce cauchemar, lui fut administrée en deux temps, trois mouvements.          Plus tard, Josselin n'aurait su dire combien de temps la piqûre l'avait endormi, ce fut encore ce même réveil   incertain   dans   ce   monde   blanc.   Murs   blancs, draps   blanc   et   portent   qui   claquent,   brouhaha lointain… Il se dit : ­J'ai fait un cauchemar ! Il passa alors   sa   main   sur   son   front   et   constata     qu'il   était encore   velu,   et   ses   oreilles   encore   pointues,   et toujours pas à leur place, d'ailleurs.

      Sur le chevet, une cuillère à soupe. Il la saisit, la frotta   sur   les   draps   et   chercha   son   reflet   dans   la surface concave qu'il tint dressée devant lui.        Le reflet était loin d'être précis, pour preuve, les autres objets qu'il voyait, arrondis, dans ce mauvais miroir. Mais quand même...Il était très foncé, et pour sûr, il avait de grands yeux, des grandes oreilles, et aussi... de grandes dents !          Effrayé, consterné, il se dit qu'il était peut­être devenu fou !       Trois petits coups à la porte qui s'ouvrit derechef.      ­Bonjour  Monsieur ! Je suis le Docteur Chafouin, médecin­psychiatre de cet hôpital. J'ai été informé que vous aviez quelques difficultés à reprendre vos esprits après cet accident…

      Le   docteur   Chafouin   continua   à   parler   mais Josselin,   n'écoutait   plus.   Il   était   fasciné   par   la physionomie de vieux singe du médecin.

(4)

      Le vieux singe s'était tu, alors Josselin se lança : ­Docteur, est­ce qu'il est « normal » que vous ayez une tête de vieux singe ?       ­Pardon !?      Josselin répéta sa question.  ­ Vous me dîtes cela parce que je suis un peu  âgé aujourd'hui… ­ Docteur, avez­vous un miroir ? ­ Pas sur moi…

­   Écoutez   Docteur !   En   regardant   mon   reflet,   certes déformé, dans le dos de cette cuillère, j'ai bien vu que j'avais une tête de loup !

­   Allons   donc !   Répondit   le   Docteur   Chafouin,   vous exagérez ! Je vois que vous êtes encore sous le choc, et je vais vous laisser vous reposer. Votre épouse va arriver d'ici peu pour vous rendre visite. En attendant, ne   vous   inquiétez   pas,   vous   y   verrez   plus   clair demain !

         En sortant de la chambre, le Docteur Chafouin croisa l'épouse de Josselin ; une petite femme blonde, toute   frisée,   avec   une   jolie   cape   rouge.   Elle   avait rabattu   le   chaperon   de   sa   cape   sur   ses   épaules.   Il aperçut une motte de beurre et un pot de confiture dans le panier qu'elle tenait à son bras.      Quelque chose le mit mal à l'aise... Mais il ne sut dire quoi, exactement.        Pensif, il s'éloigna. Bruëme

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