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Temps éclatés, urgence et perte de sens

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Academic year: 2022

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La Nouvelle Revue du Travail

Appel à articles pour le dossier du N°1

« Temps éclatés, urgence et perte de sens »

Le monde du travail subit de plus en plus la dictature du présent. Les maîtres mots qui dominent la gouvernance managériale – flexibilité, mobilité, adaptabilité, "just in time"... – entretiennent un climat, voire une culture de l'urgence. L'exigence est d'agir dans le présent, de prôner "l'acting out" permanent. Une expression, entendue couramment dans les entreprises et dans les organisations publiques, illustre ce processus : "On a le nez dans le guidon, on sait qu'on va dans le mur et pourtant on pédale de plus en plus vite". Tout cela donne une impression d’agitation permanente, qui est aussi une façon d'éviter de se poser des questions sur le sens de l'action. On sait que pour les psychanalystes, le passage à l'acte est un mécanisme de défense contre l'angoisse du vide. Si beaucoup de managers défendent l’atmosphère de stimulation permanente que cela créerait, on peut aussi se demander ce que de tels contextes d’action font au travail. Que veut dire, matériellement et symboliquement, de devoir travailler dans l’urgence ? Que fait l’urgence aux conditions d’exercice du travail et au sens même de ce travail ? Que fait-on concrètement subir au travail et au travailleur quand on accélère son rythme ? Si, par exemple, la mémoire du passé et les enseignements de l'histoire se perdent dans la préoccupation de l'ici et maintenant, cela ne reste pas sans incidence sur la façon d’investir les tâches confiées aux salariés.

Les mêmes raisonnements, les mêmes "solutions relookées" sont présentées comme des propositions nouvelles et innovantes, alors qu'elles ne font que répéter les mêmes façons de faire et de reproduire des projets anciens plus ou moins avortés. La Novlangue managériale peuplée d'oxymores s’introduit dans le travail, porte atteinte à l'historicité, à savoir le processus qui permet d'éclairer les enjeux du présent à partir de la compréhension du passé afin de se construire un avenir différent. La méfiance vis-à-vis des routines et la défiance des acquis de l’expérience valorisent le changement à tout prix en condamnant toute idée de progrès authentique.

Le changement pour le changement, l'action pour l'action, l'accélération permanente des

"réformes", la dictature du "temps réel" et de l'instantanéité imposées par certains usages professionnels des TIC (technologies d'information et de communication) sont également des atteintes à la mémoire et au sens de l'histoire qui vient modeler l’exercice du travail d’une façon qui n’est probablement pas neutre pour les salariés. Il serait intéressant de comprendre comment cela « touche » (dans les différents sens du terme) les diverses catégories de salariés : cadres et non cadres, jeunes et anciens, hommes et femmes. Si le sens du travail se trouve affecté,

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comment cela se manifeste-t-il concrètement, d’une catégorie à l’autre ? L'exclusion des

"seniors", considérés comme "has been", conforte, éventuellement, ce processus. Les témoins du passé sont inutiles, voire nuisibles. Quand on ne peut plus s'inscrire dans une temporalité "à taille humaine", l'errance, le non sens et la dépression tendent à se développer.

Quels conflits, potentiels ou manifestes, traversent-ils les diverses temporalités du monde du travail, des entreprises et des organisations publiques ? Comment se structurent les rapports entre les impératifs du court terme et les nécessités du long terme ? Ou bien quelles disjonctions apparaissent et comment sont-elles traitées par les uns et par les autres ? Cette dictature de l’urgence et du court termisme avec ses négations de l’épaisseur du temps et de l’histoire ont-ils les mêmes conséquences dans les entreprises "traditionnelles" ou celles plus "high tech" dans les grandes entreprises ou dans les PME, voire dans les TPE ? Que dire aussi de l’intérêt que suscite parmi certaines catégories de salariés ce management par l’urgence voire par le "stress" ? Quels sont les effets de ces politiques managériales sur les collectifs et sur les individus ? Au-delà des constats et des analyses de ces situations, perçoit-on des forces contradictoires à cette tendance lourde ? Discerne-t-on des possibles pour endiguer le mouvement ? Comment les salariés font-ils avec l’urgence et les discours justificateurs ? Observe-t-on certains collectifs ou certains groupes professionnels inventer des réponses pour les tenir à distance ou retrouver prise sur le temps ?

La Nouvelle Revue du Travail, pour son premier dossier, ouvre un appel à articles autour de ces questions, qu'il s'agisse de réflexions théoriques ou de résultats de recherches empiriques.

Les propositions d’articles (une page) sont à adresser avant le 28 février à [email protected] et les articles avant le 30 mai 2011.

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