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LE «SOCIAL» : UNE AFFAIRE D'ETAT DANS LE MAROC DE MOHAMMED VI

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LE « SOCIAL » : UNE AFFAIRE D'ETAT DANS LE MAROC DE MOHAMMED VI

Myriam Catusse

L'Harmattan | « Confluences Méditerranée » 2011/3 N° 78 | pages 63 à 76

ISSN 1148-2664 ISBN 9782296546929 DOI 10.3917/come.078.0063

Article disponible en ligne à l'adresse :

--- https://www.cairn.info/revue-confluences-mediterranee-2011-3-page-63.htm ---

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Myriam Catusse

Politologue à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (IREMAM, Aix-en-Provence), chargée de recherche au CNRS.

E

n juillet 1999, Mohammed VI accède sur le trône du royaume du Maroc avec le surnom de « roi des pauvres ». Après les 38 années de règne de son père Hassan II, les plus optimistes signifiaient là qu’ils attendaient de lui des réformes d’ampleur : une

Jusqu’en décembre 2010, le Maroc était l’avant-garde de la protestation sociale dans la région. Alors que le « roi des pauvres » a lancé « l’initiative nationale pour le développement humain » et initié des réformes tant dans le domaine de l’auto-entreprise que dans celui du système de protection sociale, jusqu’alors réduit à peau de chagrin, les mobilisations se sont multipliées à l’échelle du royaume, souvent de façon sectorisées et localisées, pour exprimer ensemble une « question sociale ». Elles expriment la précarité dans laquelle vivent au quotidien nombre de citoyens marocains et l’aggravation du sentiment de privation provoqué par les décalages entre effets d’annonce et expériences vécues. Ces frustrations relatives n’ont pas déstabilisé le régime au point qu’il tombe, mais si les politiques sociales sont devenues ces dernières années une « affaire d’Etat », elles sont aussi le lieu privilégié d’arrangements politiques, de transformation de l’action publique et de conflits majeurs qui mettent en jeu la nature du pacte social.

Le « social » : une affaire d’Etat dans le Maroc

de Mohammed VI

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démocratisation du régime, mais encore la prise en charge de dispa- rités sociales grandissantes sous l’effet de la libéralisation économique dans laquelle s’est engagé le royaume dans les années 1990. Les activi- tés caritatives qu’il avait jusqu’alors menées en qualité de prince héri- tier laissaient présager, à leurs yeux, qu’il saurait prendre la mesure de l’insécurité sociale dans laquelle vivaient les Marocains : du « social », il ferait sa priorité. D’autres observateurs plus caustiques utilisèrent la formule pour mettre l’accent sur les vulnérabilités de la société dont Mohammed VI héritait : selon les statistiques disponibles en 2009,

« 2,8 millions de personnes sont pauvres et 5,4 millions de personnes sont vulnérables. Entre les deux catégories c’est bien plus du quart de la population marocaine qui se trouve dans une situation non enviable.

En outre et comme on peut l’imaginer, les autres formes de précari- tés sont aussi présentes et persistantes. Il s’agit de celles qui couvrent les aspects non monétaires comme l’accès à la santé, à l’éducation, au logement décent, aux autres services de base, etc. » 1. Ces chiffres, régulièrement discutés, amendés, rehaussés ou rabaissés, indiquent la grande précarité structurelle dans laquelle vivent au quotidien nombre de citoyens marocains. Sans protection sociale ou presque, ils sont sou- mis aux effets combinés des sécheresses, des pressions à la dérèglemen- tation du travail que la recherche d’investissements directs étrangers fait peser sur l’industrie du pays (les accords de libre-échange sont entrés en vigueur avec l’Union européenne en 2000 et avec les Etats- Unis en 2006), de la difficulté à entrer sur le marché de l’emploi, ou encore des réductions importantes de l’emploi public, le seul à même de protéger un minimum les travailleurs 2. La proportion de travailleurs pauvres s’est accrue dans la décennie 1990, le mouvement des diplômés chômeurs s’est durablement installé dans l’espace de la contestation 3, les bidonvilles s’étendent et nombreux sont les jeunes marocains qui prennent la route de la migration vers l’Europe ou les pays du Golfe, de plus en plus par les périlleux chemins de traverse de la clandestinité.

Plus d’une décennie plus tard, la situation ne s’est guère améliorée 4. Dans la vague des mobilisations qui bousculent les régimes arabes en 2011, les manifestants du mouvement du « 20 février » se tournent vers le même Mohammed VI. Ils demandent certes une réforme du régime politique, mais aussi plus de justice sociale, de l’emploi, un meilleur système d’éducation, la santé pour tous, des logements décents. Et ils dénoncent la corruption du système 5. « Printemps arabe » oblige, les projecteurs se braquent sur le cahier de doléances de ce mouvement, jusqu’à présent très urbain. Les observateurs s’interrogent sur les

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raisons pour lesquelles, jusqu’à présent, le régime marocain est resté stable face à l’avis de tempête annoncé ; pourquoi ces protestations ne fédèrent-elles pas l’ensemble de la population? Pour autant, ce moment singulier de l’histoire récente de la région, où l’espace pro- testataire marocain paraît moins dangereux pour le régime qu’il ne l’est ou l’a été en Tunisie, en Egypte, au Yémen, en Syrie, à Bahreïn ou en Libye, ne peut faire oublier que le Maroc fut à l’avant-garde de la protestation sociale dans la région jusqu’en décembre 2010 6. Le degré de mobilisation autour de causes « sociales » atteignait alors un niveau remarquable à l’échelle du pays : dans le monde du travail, notam- ment les zones industrielles du pays 7, sur le théâtre du mouvement des diplômés-chômeurs, sans égal dans la région, mais également dans les petites et moyennes villes où le Maroc « inutile », pour reprendre la vieille expression coloniale, s’insurge contre la cherté de la vie, l’ab- sence d’emploi, les difficultés de l’accès aux infrastructures de santé et d’éducation, etc 8. Violemment réprimées en 2008, les mobilisations de Sidi Ifni, aux frontières des provinces sahariennes du royaume sont présentées comme emblématique de ce cycle de mobilisation 9. Des protestations silencieuses ou plus feutrées se trament aussi dans les ruelles des bidonvilles où, déjà au nom de la « dignité » (karama), des habitants organisent le piratage des lignes électriques dont ils sont pri- vés faute d’occupation légale des sols 10, dans les usines que bloquent leurs ouvriers-ères et ou encore dans des villages éloignés des grandes agglomérations pour l’accès à l’eau potable 11. D’autres formes de mobi- lisations se font moins revendicatrices et plus participatives, dans l’efflo- rescence d’associations de développement social ou local que connaît la dernière décennie 12 et d’initiatives caritatives ou évergétiques, large- ment encouragées par des politiques de « partenariat public-privé ».

A la croisée des réorientations de l’action publique d’une monarchie qui s’est autorisée un droit d’inventaire sur le règne de Hassan II et s’alarme des possibles déstabilisations politiques que le péril social pourrait faire courir au régime 13 et de la multiplication de mobilisa- tions, plus ou moins protestataires, souvent sectorisées et localisées, une

« question sociale » s’exprime donc dans le Maroc de ce début de siècle. Le sentiment que les citoyens du royaume sont surexposés aux risques sociaux-économiques se politise : pris en compte dans l’agenda public, il sous-tend aussi les cartographies de la contestation des années 2000 14. Certains analysent l’émergence de cette question sociale, relé- guée aux problématiques subalternes les années précédentes (toutes dédiées à l’objectif de la croissance et à la maîtrise de la dette), comme

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le lieu d’un désamorçage du conflit politique, un antidépresseur social où le roi se situe au dessus de la mêlée 15. « L’invention du social » dans l’action publique du Maroc de l’ère post-ajustement apparaît dans ce sens comme un exemple où, comme dans l’Europe industrielle du XIXe siècle, les prémisses d’un Etat de providence naissent de la straté- gie des régimes bourgeois pour « acheter la paix sociale » et stabiliser des systèmes qu’ils dominent 16. D’autres l’analysent à l’aune des frus- trations relatives et des « débordements du social » que les effets d’an- nonce de l’action publique peuvent engendrer : alors que l’heure est, à en croire la communication publique, au « développement humain » érigé en chantier de règne par le « roi des pauvres », la tension entre situation attendue et vécue nourrit un ressentiment collectif et conduit, dans certains cas, à prendre au mot les autorités. Souvent par le renver- sement d’une identité stigmatisée, celle des « diplômés chômeurs », des bidonvillois (karieni-s), des « pauvres », de la société tribale (taqbilt) ou de la périphérie marginalisée, parfois par la mobilisation d’un langage ethnique, localiste ou résistant (par exemple, à Sidi Ifni, Dakhla ou Bouarfa 17), les mobilisations interpellent les pouvoirs publics sur leurs politiques sociales. En tout état de cause, alors que le Maroc n’a jamais été un Etat social au sens moderne de l’Etat de providence 18 et que l’on prône tous azimuts le recours au privé et à l’initiative privée, les poli- tiques sociales sont devenues ces dernières années une « affaire d’Etat » dans les deux sens du terme, le lieu privilégié d’arrangements poli- tiques, de transformation de l’action publique… et de conflits majeurs.

Sous les feux des projecteurs, les chantiers du social

Les chantiers du social dans cette dernière décennie peuvent être abordés sous un angle binaire : celui des défaillances criantes des dispositifs de protection sociale et d’accès aux services sanitaires ou d’éducation et celui des politiques mises en œuvre. Les diagnostics portés sur l’état du « social » au Maroc sont alarmistes. Malgré des progrès, le royaume reste mal classé – y compris parmi les pays arabes – sur l’échelle de l’indice du développement humain du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). En particulier, les scores relatifs à l’éducation sont discriminants bien qu’en progression significative 19. Selon l’indice multidimensionnel de pauvreté utilisé par le Pnud, 28,5 % des Marocains seraient pauvres en 2008, un chiffre plus

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important qu’en Tunisie, en Égypte ou au Guatemala 20. Ces chiffres se sont stabilisés, indiquant que l’appauvrissement de la population n’est pas simplement imputable aux conséquences à court terme du programme d’ajustement structurel 21. La pauvreté devient clairement un problème public : tout à la fois l’objet principal de lutte ciblé par le vaste dispositif d’action de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) et le symbole d’une injustice contre laquelle s’orga- nisent plusieurs formes de protestations. Les taux de chômage restent également élevés, et nivellent de très fortes disparités entre villes et campagnes, entre régions, entre jeunes et adultes et, enfin, entre hommes et femmes 22. Non seulement ces indicateurs sont importants, mais ils ne rendent pas compte des situations de sous-emploi, d’em- ploi informel et des formes non salariales de l’emploi que dévoilent au contraire les revendications pour un emploi plus protecteur. Le mouvement des « diplômés chômeurs » pointe sans faiblir depuis la fin des années 1980 23 les défaillances du marché de l’emploi et celles du système d’éducation. Il symbolise, autant qu’il incarne, l’échec de l’utopie de l’État développementaliste et employeur, la remise en cause également du mythe d’une éducation égalitaire, creuset éventuel de mobilité sociale 24. S’adressant à la puissance publique, les associations de diplômés chômeurs manifestent presque chaque semaine devant le siège du parlement à Rabat ou d’autres édifices emblématiques dans le royaume. Ils revendiquent, aujourd’hui encore, un droit au travail, et notamment un accès à la « fonction publique » 25. Devant l’accentuation manifeste de la problématique sociale, les logiques de l’action publique se transforment.

La vocation tribunicienne d’institutions emblématiques

A l’instar de ce que l’on observe ailleurs, les partenariats publics/

privés se multiplient, souvent sous forme de « décharge » de la puis- sance publique vers des organisations ou acteurs privés 26, y compris dans les secteurs constitués en problèmes publics prioritaires – le logement ou la lutte contre la pauvreté. C’est le cas de la plupart des initiatives « participatives » ou de promotion de l’auto-entrepreneuriat lancées dans le cadre de nouvelles institutions, inaugurées en grande pompe : l’INDH en 2005 et, avant cela, la Fondation Mohammed V pour la solidarité fondée en 1999 sous la présidence de Mohammed VI,

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ou encore l’Agence de développement social, créée en 1999 sous la tutelle du ministère du Développement social, de la famille et de la solidarité, lui-même créé en 2004. Ces organismes, fer de lance de la

« monarchie sociale », font l’objet de peu de contrôle parlementaire et fonctionnent sous la bienveillance royale. La dénomination de certains affichent l’engagement personnel de la famille royale et peuvent entre- tenir le flou sur leur nature publique ou privée. Certains sont dirigés par des conseils d’administration mixtes, réunissant des représentants de l’administration, des conseillers du roi, mais aussi des représentants des secteurs privés et associatifs. L’INDH, quant à elle, est chapeautée par un comité de direction présidé par le premier ministre. Ces insti- tutions s’appuient, en revanche dans leurs actions sur des partenariats décentralisés avec les secteurs économique et associatif, et, comme le souligne I. Bono au sujet de l’INDH, elles n’engagent finalement que peu de dépenses publiques au regard des objectifs affichés. Il en est de même des politiques du logement, qui s’appuient aujourd’hui sur des formes complexes de partenariat public-privé, où le logement social s’avère un domaine d’investissement lucratif pour les promoteurs publics ou privés 27.

Dans tous les cas, l’État garde un rôle déterminant : en matière d’allocation des ressources et en matière de prise de décision. Ces ins- titutions sont l’objet de nouvelles formes d’intervention publique de la part d’un régime qui, pour la première fois depuis l’indépendance, affiche une ambition sociale. Pour prévenir la vulnérabilité sociale des Marocains, elles encouragent la génération de revenus, le soutien au microcrédit et l’accès à certains services de base. Promouvant des formes multiples de partenariat entre le public et le privé, elles visent à fournir des services aux « indigents », à en faire des « entrepreneurs de leurs destins » sans pour autant leur donner des droits sur l’État ou la société.

A l’instar du Fonds de solidarité nationale (le fameux Fonds « 26/26 ») en Tunisie 28, ces institutions très médiatisées occupent une fonction tribunicienne : il s’agit de montrer que les questions sociales sont inscrites à l’agenda public et que le Palais, qui en est le promoteur principal, s’implique dans le dossier. Leurs intitulés mêmes entérinent la reconnaissance implicite de problèmes collectifs suffisamment larges pour que chacun s’y retrouve : le « développement humain », « le déve- loppement économique et social », la « solidarité ». Le caractère mul- tisectoriel de l’INDH a renforcé ce sentiment : chaque personne mais également chaque institution, est concernée par le problème, érigé en

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une cause nationale pour laquelle Mohammed VI appelle à l’union sacrée, en référence explicite à la Marche verte lancée par Hassan II en 1975 pour rattacher le Sahara occidental au Maroc 29. La machine de ces institutions sociales marocaines est nettement moins directe- ment répressive et coercitive que n’a pu l’être le Fonds 26/26 tunisien.

Certes, les campagnes de solidarité de la Fondation Mohammed V ont pu s’appuyer sur une participation populaire collective, sur un appel à la solidarité nationale où chaque citoyen peut contribuer de son obole et afficher son soutien au programme. Mais à l’inverse de ce qui a pu être décrit à propos par exemple des souscriptions obligatoires pour la construction de la mosquée Hassan II à Casablanca 30, ici, la collecte de fonds ne passe pas par le « don obligatoire » et systématique de toutes les entreprises et sociétés. Les ressources de ces institutions ne reposent pas sur une fiscalité déguisée et assujettissante mais plutôt sur la capta- tion de biens publics et de l’aide internationale.

Dans une sorte d’« aggiornamento idéologique », ces réformes-ci visent à pallier les défaillances du faible filet de protection existant.

Dans la veine de l’agenda « post-Washington » où les documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté remplacent les plans d’ajus- tement structurels, il s’agit d’inventer de nouveaux dispositifs pour parer aux décrochages patents entre production de richesses et progrès social. Délaissant l’objectif d’un salariat généralisé (avec les protections afférentes), les réorientations de ces politiques ciblent la « pauvreté », la « vulnérabilité sociale » et la « responsabilité individuelle » plus que les « droits sociaux », la « protection des travailleurs », la « solidarité collective » ou la « réduction des inégalités sociales ». En ce sens, I. Bono compare la mise en œuvre de l’INDH aux mêmes «marchés de la dépossession » que ceux évoqués par J. Elyachar quant aux activités de microcrédit au Caire 31 : au nom de la promotion d’une éthique de la responsabilité, les citoyens se voient privés de ressources propres et notamment de droits sociaux collectifs et impersonnels. Le principe de

« contractualisation » se substitue à celui de « pacte social » 32.

La reconnaissance de droits sociaux ?

Les réorientations des politiques sociales marocaines ne s’arrêtent pas à ce volet, certes emblématique et fortement médiatisé, mais somme toute très conforme à l’orthodoxie dominante des institutions économiques internationales : accompagner les effets de l’ajustement structurel et de la rigueur budgétaire en les rendant le moins insup-

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portable possible, sous forme compensatoire et avec l’aide du privé 33. La singularité des réorientations récentes des politiques sociales maro- caines réside dans d’autres réformes aux enjeux plus ambitieux, bien que moins publicisées, entreprises dans les domaines législatif et fiscal en termes de généralisation de la protection sociale.

Il faut dire que le dispositif existant et les taux de couverture affichés sont, jusqu’à présent, réduits à peau de chagrin au Maroc, à l’inverse des situations tunisienne ou algérienne voisines où les régimes reven- diquent des performances remarquables (en les surestimant certaine- ment) : près de 85 % pour la Tunisie et de 87,4 % pour l’Algérie 34. Le système de protection sociale mis en place à l’indépendance, dans le prolongement des premières politiques du protectorat, s’est appuyé une approche bismarckienne, où le salariat est le principal financeur et bénéficiaire du système de sécurité sociale. Mais, il n’a pas été étendu comme cela a pu être le cas, du moins formellement, dans les pays voisins. Le dispositif public ne s’adresse qu’à des parts congrues de la population, essentiellement les fonctionnaires. Autrement dit, c’est le développement de l’emploi public, et non l’extension de la protection sociale, qui a constitué la principale modalité de redistribution et d’assistance de la part de l’État. Les dispositifs de protection sociale sont restés fragmentés, disparates et les droits sociaux peu respectés 35 : les principes de l’enseignement ou de la santé gratuits sont inscrits dans la loi mais, dans les faits, les écoles, les dispensaires et les hôpitaux publics sont peu nombreux et inaccessibles pour une part importante de la population. En matière d’assurance sociale de santé, un sixième de la population totale seulement était couverte en 1998, à la veille de l’arrivée sur le trône de Mohammed VI, et, en matière de retraite, un cinquième des travailleurs.

L’adoption d’une loi cadre sur la couverture médicale de base votée à l’automne 2002 introduit par conséquent, a priori, une rupture majeure dans ces politiques et elle rattrape, sur le papier, une situa- tion particulièrement discriminante pour les citoyens marocains. En 2006, l’adoption d’une loi sur l’assurance maladie obligatoire promet, à terme, d’étendre de façon substantielle la proportion de population couverte, par le biais de deux régimes créés à l’occasion, avec de nou- veaux mécanismes de financement : le régime de l’assurance obliga- toire (AMO) et le régime d’assistance médicale aux économiquement démunis (RAMED). La prise en charge de l’AMO doit reposer sur la solidarité contributive des cotisants au régime, aussi bien les assurés du secteur privé que les agents publics et assimilés. Celui de la RAMED

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serait assuré par la fiscalité, par la décentralisation et des partenariats publics-privés, afin de prendre en charge « 8,5 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté ou souffrant de précarité sociale » selon la ministre de la Santé, soit « 28% de la population » 36. Ceci ne concerne pour l’instant qu’un palier de soin modeste. La réforme, formellement adoptée, tarde à se mettre en place, avec les effets de désillusion que cela peut engendrer ; la RAMED, « levier fondamental du développement humain » 37 annoncé à l’horizon 2011, se limite à une expérience pilote menée dans la région de Tadla Azilal, au cœur du Moyen-Atlas. Si les pouvoirs publics se montrent optimistes, des élus de cette région soulignent les difficultés de financement d’un tel dispositif et rappellent l’écart entre les objectifs affichés et l’état actuel de la situation, en termes d’accès aux soins : pour 1,5 millions d’habitants dans la région, deux centres médicaux publics seulement et deux infirmiers au service des urgences de l’hôpital de Beni Mellal, le chef-lieu de la région 38. Des associations pour une « santé équitable » manifestent également leur scepticisme et s’inquiètent du renforce- ment d’une santé à deux vitesses 39. Quant à l’AMO, elle ne concerne jusqu’à présent que les personnes actives et titulaires de pensions des secteurs public et privé, ainsi que leurs ayants-droit ; sa mise en place permettrait selon les pouvoirs publics d’étendre la couverture médicale de 17,2 % à 34 % 40. L’instauration d’un nouveau régime est annoncée pour les artisans, les professions libérales et « toutes les catégories exclues de la RAMED ».

Une réforme du système de retraite est également à l’ordre du jour 41. Ce large éventail de lois sociales a suscité peu de débat public et ne mobilise pas vraiment les Marocains, à l’inverse des questions du chômage, de l’accès aux infrastructures de base ou de cherté de la vie.

Pourtant, en tant que tel, et bien que suspendu à une mise en œuvre

« plusieurs fois annoncée et autant de fois reportée » 42, il comporte des renversements majeurs en matière d’Etat social et notamment la recon- naissance politique de droits. Alors que les contenus de la citoyenneté au Maroc paraissaient jusqu’alors exempts de contenu social, en 2000, Mohammed VI affirmait le principe d’un « droit à la scolarité, à la santé, à l’habitat et à un environnement sain entre autres » comme des aspects essentiels de la « dignité de l’homme » 43. Mais ceux-ci restent de l’ordre d’effets d’annonce non transformés en droits de fait pour la plupart des Marocains. Dans un contexte de flexibilisation du travail, d’accroissement de l’emploi non déclaré 44 et de pression internationale sur le marché du travail marocain, la généralisation d’un système de

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cotisations salariales et patronales est soumise à de sérieuses contraintes structurelles qui risquent de durer. Reste que ces inflexions de l’action publique sont singulières dans la région, du moins en termes de timing, dans la mesure où, sur le papier, elles ne font que « rattraper » les niveaux de protection algériens ou tunisiens, eux-mêmes fragilisés par les dérèglementations des marchés du travail. Elles donnent lieu à des arrangements localisés ou sectorisés qui mettent en exergue la problé- matique du pacte social qui lie, ou délie lorsqu’il est dénoncé, l’Etat marocain et sa société.

A la recherche d’un nouveau pacte social ?

Face à ces réformes sous contrainte et ces demandes sociales de plus en plus audibles, la société politique marocaine connaît une situation singulière. Les organisations politiques qui ont longtemps porté les revendications sociales se sont pour une large part converties aux politiques néolibérales en même temps qu’elles entraient au gouver- nement en 1998, à l’instar de l’Union socialiste des forces populaires.

Plus enclines à gérer leurs rapports de force avec leurs adversaires et à négocier leur participation au pouvoir, elles se font difficilement porte- parole du ressentiment social, de même qu’aujourd’hui, elles restent distantes du mouvement du « 20 février » ; d’autant que les syndicats ouvriers qui leur sont affiliés (la Confédération démocratique des tra- vailleurs pour l’USFP) sont non seulement fragilisés dans le monde du travail, mais ont pris de sérieuses distances avec le parti. Les organisa- tions politiques de gauche plus radicales, à l’instar de l’Organisation de l’action démocratique et populaire (OADP), le Parti de l’avant-garde démocratique et socialiste (PADS), prennent parole mais ne sont que très faiblement représentées dans des instances de représentation et mobilisent peu sur le terrain. La montée en puissance du Parti de la justice et du développement (PJD) dans les années 2000 ne s’est pas davantage accompagnée d’un discours de revendications économiques ou sociales. Si bien que l’espace politique partisan et les institutions formelles de la représentation sont loin d’être à l’avant-garde d’une quelconque réinvention du social au Maroc.

Dans l’espace de la protestation, ce sont avant tout les sections locales de syndicats, des associations des diplômés-chômeurs, les asso- ciations des Droits de l’homme (notamment l’Association marocaine des droits humains, AMDH), mais aussi des coordinations de « citoyens ordinaires » qui s’indignent de leurs conditions de vie et de l’iniquité

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de ces politiques de développement. Certes, ces mobilisations sont jusqu’à présent fragmentées et localisées. Mais elles recèlent un poten- tiel de déstabilisation important pour le régime, qui les gèrent tantôt à coup de répression importante, tantôt à coup de décisions publiques.

Ces dernières sont loin de se réduire aux deux principales orientations décrites schématiquement ici – encouragement à l’auto-entrepreneu- riat par des partenariats localisés avec des bailleurs privés vs promesse d’élargissement des droits sociaux, suspendue à la question de leurs financement : les décisions publiques déclinent un large éventail d’arrangements, où jouent, au cas par cas, des logiques sectorielles et localistes, voire un ethno-corporatisme 45, des formes d’« ONGisation » de certains secteurs d’intervention que l’on peut lire à l’aune de l’encouragement à la participation, mais aussi à celle des logiques de dépossession qu’elles comportent. Derrière les questions posées par cette « question sociale » criante, les formes de l’intervention de l’État se réinventent, les logiques de revendication s’adaptent pour finale- ment mettre en question les ressorts du pacte social.

Ainsi, le Maroc présente un poste d’observation tout particulier pour l’analyse des diverses logiques qui ont nourri le printemps arabe.

Les frustrations relatives n’expliquent pas à elles seules le passage à l’acte, sans quoi la région connaitrait une révolution permanente. La généralisation du conflit n’est pas que la somme des plaintes et des ressentiments individuels ou collectifs, et elle s’explique par des raisons structurelles et par des enchaînements conjoncturels d’évènements.

Néanmoins, et le cas du Maroc est de ce point de vue exemplaire, l’ag- gravation du sentiment de privation provoquée par les décalages entre effets d’annonces et expériences vécues, entre la réussite des uns et l’absence de mobilité sociale des autres, entretient un degré de contes- tation latent ou manifeste dans la société depuis 10 ans : ainsi en est-il très clairement du mouvement des diplômés chômeurs arrêtés dans leurs ambitions d’ascension sociale, ou des soulèvements sporadiques des périphéries du royaume, marginalisées par les politiques de ser- vices publics alors même que l’injonction au développement local est prônée. Dès lors, la confirmation progressive d’un « droit à la santé » ou d’un « droit au logement décent », la construction publique d’une

« question sociale » et les politiques menées au nom du « développe- ment humain » neutralisent, autant qu’elles les avivent, les ferments d’une insatisfaction individuelle et collective. n

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Notes

1. T. Abdelkhalek, 2009, Cadre stratégique national de réduction de la pauvreté au Maroc : à propos du concept de pauvreté et analyse de la situation, rapport pour le ministère du Développement social, de la famille et de la solidarité, PNUD.

2. M. Catusse et B. Destremau, 2010, « L’Etat social à l’épreuve de ses trajectoires au Maghreb », in Catusse M., Destremau B. et Verdier E., (dir.), L’Etat face aux

« débordements » du social au Maghreb. Formation, travail, protection, Paris, Karthala, p. 15-51.

3. M. Emperador Badimon, 2011, Les mobilisations des diplômés chômeurs au Maroc : usages et avatars d’une protestation pragmatique, Aix-en-Provence, thèse de doctorat en sciences politiques, IEP, Université de Provence.

4. K. Lahbib, 2011, « Maroc : mouvement de résistance entre malaise et espoir », Etat des résistances dans le Sud 2010. Monde arabe, Louvain-la-Neuve/Paris, Cetri/

Syllepse.

5. Voir la page facebook du mouvement : http://fr-fr.facebook.com/Movement20 6. L. Zaki, 2009, « Maroc : dépendance alimentaire, radicalisation contestataire, répression autoritaire », in Centre tricontinental, Etat des résistances dans le Sud – 2009. Face à la crise alimentaire, Louvain-la-Neuve/Paris, Cetri/Syllepse.

7. Sur la hausse des conflits collectifs et des grèves enregistrée en 2008,lors de la crise mondiale, voir K. Lahbib, 2011, op. cit.

8. Voir le dossier de Politique Africaine, « Le Maroc de Mohammed VI : mobilisations et action publique », n° 120, 2010.

9. K. Bennafla et M. Emperador Badimon, 2010, « Le « Maroc inutile » redécouvert par l’action publique : exemples de Sidi Ifni et Bouarfa », Politique africaine, n° 120, p.67-86 ou A. Allal et K. Bennafla, 2011, « les mouvements protestataires de Gafsa (Tunisie) et Sidi Ifni (Maroc) de 2005 à 2009. Des mobilisations en faveur du réengagement de l’Etat ou contre l’ordre politique ? », Revue Tiers monde, p. 27-45.

10. L. Zaki, 2010, « L’électrification temporaire des bidonvilles casablancais : aspects et limites d’une transformation « par le bas » de l’action publique. Le cas des Carrières centrales », Politique africaine, n° 120, p. 45-66.

11. M. Benidir, 2010, « Leaders associatifs et élus locaux au Maroc : épreuves de face-à-face et controverses dans les arènes du développement », Politique africaine, n° 120, p. 87-104.

12. B. Sidi Hida, 2007, Mouvements sociaux et logiques d’acteurs. Les ONG de développement face à la mondialisation et à l’Etat au Maroc. L’altermondialisme marocain, Louvain, Presses Universitaires de Louvain.

13. L’exemple le plus frappant est la façon dont les attentats de Casablanca de 2003 furent suivis du lancement de deux chantiers majeurs des politiques de Mohammed VI : l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), annoncée par le souverain en 2005, à la date anniversaire de ces attentats ; et le programme « villes sans bidonvilles », qui vise à résorber l’ensemble des bidonvilles marocains à l’horizon 2010 puis 2012.

14. Voir la carte élaborée par K. Bennafla et M. Emperador, 2010, op. cit., p.68.

15. B. Dupret et J. N. Ferrié, 2011, « Printemps arabe : quelles conséquences pour le Maroc ? », www.cjb.ma, consulté le 20/07/2011.

16. J. Donzelot, 1984, L’invention du social, Paris, Seuil.

17. Voir les travaux de K. Bennafla et M. Emperador, 2010, op.cit. et V. Veguilla, 2009, « L’articulation du politique dans un espace protestataire en recomposition.

Les mobilisations des jeunes Sahraouis à Dakhla », L’année du Maghreb, vol. 5, p. 95-110.

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18. Catusse M., 2010, « Maroc : un fragile Etat social dans la réforme néolibérale », in Catusse M., Destremau B. et Verdier E., (dir.), op. cit., p. 187-228.

19. Le Maroc est classé parmi les derniers pays du monde en ce qui concerne l’indice du niveau d’éducation dans les campagnes : malgré une amélioration de la situation, en 2009, 32 % de la population âgée de plus de 15 ans étaient encore répertoriés comme analphabètes.

20. Voir <hdr.undp.org/en/media/HDR_2010_FR_Tableau5.pdf>.

21. T. Abdelkhalek, 2006, « Pauvreté au Maroc », in Royaume du Maroc, Cinquante ans de développement humain. Perspectives 2025, p. 13 et 20-21.

22. N. El Aoufi et M. Bensaïd, Chômage et employabilité des jeunes au Maroc, Genève, BIT, 2005.

23. M. Emperador Badimon, 2010, « Insérer ou contrôler les chômeurs ? La bicéphalie de la politique d’emploi à l’épreuve des mobilisations de diplômés chômeurs au Maroc », in M. Catusse, B. Destremau et É. Verdier (dir.), op. cit., p. 164-174.

24. S. Cohen, 2004, Searching for a Different Future: The Rise of a Global Middle Class in Morocco, Durham, Duke University Press.

25. Au lendemain des manifestations du 20 février, le gouvernement lance un vaste plan de recrutement des diplômés chômeurs, dont les manifestations restent violemment réprimées par les forces de sécurité comme l’indique le rapport 2011 du Centre marocain des droits de l’homme : un décret autorise les administrations et autres ministères à les recruter, sans concours, en violation avec les règles de la fonction publique. Quelques jours plus tard est annoncée la création de 4 300 postes de fonctionnaires réservés aux diplômés chômeurs.

26. B. Hibou, « La “décharge”, nouvel interventionnisme », Politique africaine, n°

73, mars 1999, p. 7-15.

27. P. A. Barthel et L. Zaki, 2010, « Les holdings d’aménagement, nouvelles vitrines techniques de l’action urbaine au Maroc : les cas d’Al Omrane et de la CDG Développement », in L. Zaki (dir.), L’action urbaine au Maghreb. Enjeux professionnels et politiques, Paris, Karthala, coll. Hommes et sociétés. .

28. B. Hibou, 2006, La force de l’obéissance. Economie politique de la répression en Tunisie, Paris, La Découverte, p. 236 et ss.

29. I. Bono, « Pauvreté, exception, participation. Mobilisations et démobilisations dans le cadre de l’INDH au Maroc », in M. Catusse, B. Destremau et É. Verdier (dir.), op. cit., p. 149-163.

30. R. Cattedra, 2010, La mosquée et la cité : la reconversion symbolique du projet urbain à Casablanca (Maroc), Tours, thèse de géographie, Université François Rabelais.

31. J. Elyachar, 2005, Markets of Dispossession : NGOs, Economic Development and the State in Cairo, Durham, Duke University Press.

32. I. Bono, 2010, op. cit.

33. L. Delcourt, 2009, « Retour de l’État. Pour quelles politiques sociales ? », Alternative Sud, dossier « Retour de l’État. Pour quelles politiques sociales ? », Louvain la neuve, Centre Transcontinental, Éditions Syllepses

34. Voir les chapitres de B. Destremau sur la Tunisie et de M. Safar Zitoun sur l’Algérie in M. Catusse, B. Destremau et E. Verdeil (dir.), 2010, op. cit.

35. A. Boudahrain, 2000, La sécurité sociale au Maghreb du nouveau millénaire : carences et défis. Le Maroc, Casablanca, al Madariss.

36. Conférence de presse, 10 février 2011, rapportée par Le matin, 11/02/2011.

37. Idem.

38. « Cette fois, c’est la bonne ! Le RAMED prochainement généralisé », Libération, 14/04/2011.

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39. A. Lopez, « Généralisation du RAMED avant la fin 2011. Des acteurs associatifs sceptiques », Au fait, 20/04/2011, p. 4.

40. T. Abdelkhalek, 2009, op. cit.

41. M. Cherkaoui, 2010, Vieillissement, transition démographique et crise des systèmes de retraite : cas du Maroc, Grenoble, thèse de doctorat es sciences économiques, Université P. Mendès France.

42. Editorial, Au fait, 20/04/2011, p. 1.

43. Message Royal aux participants du 5e atelier international des institutions nationales de promotion et de défense des droits de l’homme, 13 avril 2000.

44. R. M. Alami, 2006, « Le secteur informel au Maroc : 1956-2004 », Rapport sur le Développement humain, Royaume du Maroc, 35 p.

45. V. Veguilla, 2011, Politiques du poulpe à Dakhla. Action publique, ressources naturelles et dynamiques sociales, Aix-en-Provence, thèse de doctorat en science politique, IEP, Université de Provence ; A. Maslouhi, 2011, « Le corporatisme territorial contre l’État-nation ? Politiques publiques et lien national au Sahara occidental », Année du Maghreb 2010, Paris, CNRS éditions.

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