lettres à ses
enfants
Tome I
1825 - 1854
Louis-Joseph Papineau
Texte établi avec présentation et notes
par Georges Aubin et Renée Blanchet
Introduction par Yvan Lamonde
S e p t e n t r i o ( n ) u m é r i q u e
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Louis-Jo seph Pa pi neau
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Let tres à ses en fants
T o m e I • 1 8 2 5 - 1 8 5 4
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Des mê mes au teurs aux Édi tions Varia
LA FON TAINE, Louis-Hip po lyte et Ro bert BALD WIN, Les Fi cel les du pou voir. Cor res - pon dance entre Louis-Hip po lyte La Fon taine et Ro bert Bald win, 1840-1854. Tra - duite de l’an glais par Ni cole Pa net-Ray mond Roy et Su zanne Manseau De Grand mont; ré visée et an notée par Geor ges Au bin; pré sen ta tion d’Éric Bé dard.
Tome I de l’é di tion cri tique in té grale de la Cor res pon dance gé né rale de Louis-Hip po - lyte La Fon taine. Mon tréal, Les Édi tions Va ria, col lec tion «Do cu ments et Bio gra - phies», 2002.
LA FON TAINE, Louis-Hip po lyte, Au nom de la loi. Cor res pon dance gé né rale. Avant- pro pos et an no ta tions de Geor ges Au bin et Renée Blan chet; tra duc tion des let tres écri tes en an glais de Mi chel de Lo ri mier. Tome II de l’é di tion cri tique in té grale de la Cor res pon dance gé né rale de Louis-Hip po lyte La Fon taine. Mon tréal, Les Édi tions Va ria, col lec tion «Do cu ments et Bio gra phies», 2003.
PAPI NEAU, Lac tance, Jour nal d’un étu diant en mé de cine à Pa ris. Texte éta bli avec pré - sen ta tion et notes par Geor ges Au bin et Renée Blan chet. Mon tréal, Les Édi tions Varia, col lec tion «Do cu ments et Bio gra phies», 2003.
PAPI NEAU-DESSAUL LES, Rosalie, Cor res pon dance, 1805-1854. Texte éta bli pré senté et annoté par Geor ges Aubin et Renée Blan chet. Mon tréal, Les Édi tions Varia, col lec - tion «Docu ments et Bio gra phies», 2001.
BLAN CHET, Renée, La Chouayenne. Ré cits de 1837-1838. Mon tréal, Les Édi tions Va ria, 2000.
BLAN CHET, Renée, Les Fil les de la Grande-Anse. His toi res de conquête. Montréal, Les Édi tions Va ria, 2002.
BLAN CHET, Renée, Mar gue rite Pas quier, fille du Roy. Chro nique de la Neufve-France.
Mon tréal, Les Édi tions Va ria, 1999.
BLAN CHET, Renée, Les Mon tréa lis tes. Mon tréal, Les Édi tions Va ria, 2001 (Prix Per cy- W.-Foy 2002 de la So cié té his to rique de Mon tréal).
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Louis-Jo seph Pa pi neau
Let tres à ses en fants
Tome I • 1825-1854
texte éta bli et an no té par Geor ges Au bin et Renée Blan chet
Intro duc tion par Yvan La monde
Col lec tion «Do cu ments et Biogra phies»
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S e p t e nt r i o ( n ) u m é r i q u e
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Mise en pages : Guy Verville
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Lorsque le temps sera venu de pu blier tout ce que je pour rai réu nir de la cor res pon dance
de mon père, elle le sera dans son en tier et dans tous ses rap ports di vers ; et sous la
ga rantie de sa fa mille.
Amédée Pa pi neau à L.-O. Da vid
8 janvier 1883
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Intro duc tion
Intro duc tionLa cor res pon dance de Louis-Joseph Papi neau (1786 – 1871) à ses enfants jette une lumière nou velle sur la famille Papi neau, son sens de la filia tion et l’im por tance sous-estimée d’Amédée; elle révèle com ment la famille, le jar - din et la biblio thèque ont cons ti tué le cœur de la vie de Papi neau à son retour d’exil. Essen tiel le ment pos té rieu res à 1845, les let tres du père aux enfants, et prin ci pa le ment à Amédée, per met tent de docu men ter dans le détail la cons - truc tion du manoir de Mon te bello et appor tent du nou veau sur les posi tions du sei gneur Papi neau à l’é gard de l’a bo li tion du régime sei gneu rial. Leur apport le plus radi cal à notre connais sance de Papi neau concerne la réflexion poli tique menée par le chef patriote après 1845; on trou vera dans ces let tres une autre com pré hen sion de l’é vo lu tion de la pensée poli tique de Papi neau et de sa vision du des tin du Canada fran çais après l’é chec de la stra tégie du rap - pel de l’Union et de celle de l’an nexion. Papi neau continue non seu le ment à croire à l’an nexion, mais il entre voit le Qué bec, mal gré la guerre civile amé ri - caine, comme un pos sible État des États-Unis et partie pre nante d’une «natio - na lité colombienne», au moment où la guerre franco-prussienne secoue l’Europe.
Amédée, le fils aîné, est le prin ci pal des ti na taire de ces quelque sept cent dix let tres du père dont la pre mière est datée du 2 mars 1825 et la der nière du pre mier sep tembre 1871. La chose s’ex plique: Amédée (26 juil let 1819 – 23 novembre 1903), l’aîné des enfants qui sur vi vent, sera l’hé ri tier des biens;
Lac tance (4 février 1822 – 4 décembre 1862) vit à Paris avec son père entre 1839 et 1844, il sera épi so di que ment interné à New York en août 1846 puis de façon défi ni tive à Lyon en 1854, où il meurt en 1862; Gus tave, né le 15 décembre 1829, meurt le 17 décembre 1851; Azélie, née le pre mier sep - tembre 1834, décède le 27 mars 1869. Nous ne connais sons, pour le moment, qu’une seule lettre de Papi neau à Ézilda (7 mars 1828 – 24 jan vier 1894) et deux de celle-ci à son père.
Les let tres des enfants à leur père, dont la liste chro no lo gique est publiée en fin de volume, sui vent le même schéma: seu les qua rante et une des quelque six cent soixante-dix let tres ne sont pas d’Amédée et, parmi ces qua - rante et une let tres, vingt sont de Lac tance, dix d’Azélie, neuf de Gus tave et deux d’Ézilda. La pre mière et la der nière, écri tes par Amédée, sont du 4 février 1831 et du 27 juillet 1871.
Cette cor res pon dance com prend neuf let tres anté rieu res à 1837, qua - rante-quatre entre 1838 et 1845, soit envi ron 8 % du total des let tres ici repro - dui tes. La pré ci sion a son impor tance et son inté rêt: l’i mage pro jetée ici de Papi neau est celle de l’homme à son retour d’exil en sep tembre 1845, celle de l’homme chez qui la vie privée croise de plus en plus la vie publique.
En ter mes de pro ve nance géo gra phique, la majo rité des let tres de Papineau aux enfants sont écri tes de Mon te bello – pre mier signe de la domi - nante de cette cor res pon dance –, puis de l’exil aux États-Unis (décembre 1837 – février 1839) et en France (mars 1839 – sep tembre 1845) et enfin de diver ses des ti na tions de voya ges aux États-Unis (New York, Was hing ton, Philadelphie).
Cette cor res pon dance révèle donc l’é mer gence d’Amédée dans la famille Papi neau, cet Amédée dont le Jour nal d’un Fils de la Liberté nous avait fait
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soup çon ner l’im por tance. L’homme attend son bio graphe. Quant à Gus tave, on devi nera l’in té rêt du per son nage par ses con tri bu tions au jour nal L’Ave - nir, voix des libé raux radi caux de Mon tréal et de l’Insti tut cana dien1.
Du mas tic, trois livres de sau cis sons fumés et de l’a ni sette Cette cor res pon dance très majo ri taire de Papi neau à Amédée s’ex plique d’a bord par le fait que l’un est à Mon te bello, l’autre à Mon tréal, que le père est dans ses tra vaux de cons truc tion du manoir et que le fils est qua si ment son agent four nis seur à Mon tréal. Papi neau ne cesse de deman der à Amédée de mettre sur le pro chain bateau de la rivière des Outaouais des per sien nes, des clous, des mil liers de bri ques, du ciment, du mas tic, de la pein ture, du jam bon, des citrons, des maca rons, du madère, de l’huile d’o live, des melons, des pom mes (des «fameu ses», des «bou rassa»), des poi res (les «bons-chré - tiens»), du gruyère quand il n’a joute pas en post-scrip tum à une lettre: «P.S.
Deux à trois livres de sau cis sons fumés dans les quels il n’y ait pas d’ail. Il y a deux bou chers, un Alle mand, un Anglais, au Mar ché Bon se cours, qui en ont ordi nai re ment de bons. Un cru chon de cura çao, l’é pais est le meil leur, et une bou teille d’a ni sette (28 juil let 1852).» Papi neau est cons cient d’être à la charge de son fils, pro to no taire à Mon tréal: «Je te donne un mal infini pour tant et tant de com mis sions dont nous te chargeons successivement…
(15 août 1853).»
La cons truc tion de la «grande cabane» exige aussi du bois, coupé, taillé et trans porté. L’a mé na ge ment du ter rain satis fait plei ne ment la pas sion hor ti - cole de Papi neau… et du fils, qui expédie dahlias, rosiers et cata lo gues de com - mer ces hor ti co les de Mon tréal, Phi la delphie ou New York. On devine que l’é mu la tion entre hor ti cul teurs est intense, au point «d’al ler voir» ce qu’il y a dans les ser res de M. Lunn (31 jan vier 1852) ou à l’ex po si tion indus trielle où est pré sente la Mon treal Hor ti cul tu ral Society. De ce point de vue, la cor res - pon dance est une mine d’in for ma tions pour l’é tude de la cul ture maté rielle, des maté riaux de cons truc tion aux modes d’ap pro vi sion ne ment ali men taire en passant par l’horticulture et les moyens de communication.
Les enfants demeu rent au centre de cette cor res pon dance; les let tres leur sont adres sées avant le début de la cons truc tion du manoir vers 1846 et leur ton est et demeure pater nel. Sou vent et long temps absent en rai son du tra vail par le men taire ou de l’exil, Papi neau ne manque pas d’oc ca sions d’in - sis ter sur la for ma tion du carac tère et d’in cul quer aux enfants cer tai nes valeurs, telle l’idée d’être utile aux autres. À Amédée, plus radi cal que son père dès la fameuse assemblée de Mid dle bury du 2 jan vier 1838, Papi neau écrit des États-Unis où ils sont tous deux et où la pré ser va tion de l’in co gnito est cru ciale: «C’est donc un moment où il faut céder et dis si mu ler. S’ex ci ter à de trop jus tes res sen ti ments, c’est se mettre dans le cas de ne plus pou voir calculer ses démar ches: d’être vio lents et injus tes comme le sont nos amis du Nord [les Patrio tes en exil]; de se nuire à soi et à ses amis et à son pays. Dans la situa tion d’es prit où tu te trou ves natu rel le ment, moins tu écri ras vio lem - ment à tes amis, plus tu leur feras de bien à eux-mêmes (26 mars 1838).»
À tra vers les tour men tes, il rap pelle presque auto bio gra phi que ment à son
10 Louis-Joseph Papineau — Correspondance
Intro duc tion • Lettres à ses enfants
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1. Je re mercie Geor ges Au bin et Fran çois La bon té pour leur lec ture at ten tive de ce texte. On vou dra bien nous in for mer de toute lettre de la fa mille Pa pi neau non men - tionnée dans l’é di tion en cours de pu bli ca tion de la cor res pon dance Papineau.
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aîné: «Mais toi, sois homme d’honneur avec ceux qui ne le sont pas (19 mars 1851).»
C’est que l’homme a le sens de la famille et de la filia tion. Appre nant en exil la mort de son propre père, Papi neau, qui est à l’a pogée de son com bat poli tique et au plus vif de sa cons cience his to rique, confie à son fils aîné le 22 août 1841: «Tu auras rai son d’é tu dier la vie de ton grand-père, tu n’y verras que les plus puis sants motifs de mar cher dans le sen tier de la vertu et de la science. Il était ins truit à 20 ans, il conti nuait à apprendre, comme il l’avait tou jours fait sans inter rup tion, à 88 ans. Il jouis sait de l’es time la plus géné rale et la mieux méritée parmi ses com pa trio tes. Que de famil les dont il a réta bli les affai res par ses bons conseils! Que de famil les en faveur des quel les il a donné son temps, ou ouvert sa bourse! Puis il n’y avait dans la société, telle qu’il la trouva, nul prin cipe de vie poli tique. Il est le Pro méthée cana dien qui, le pre mier, a tiré le feu du ciel pour ani mer des cada vres. Dans la pre - mière occu pa tion mili taire du pays, l’ar bi traire avait été porté jus qu’à se jouer impu né ment de la vie du nou veau sujet, jus qu’à le tuer par le fiat d’un conseil de guerre, comme dans les jours déplo ra bles qui ont assom bri ses vieux ans. Tous vivaient dans la sou mis sion et dans la ter reur. Le pre mier, il a fait face à l’op pres seur. Il a étu dié des pre miers le droit anglais pour y pui ser quel ques moyens d’op po ser quel ques digues à la tyrannie anglaise.»
Papineau fait voir les consé quen ces des lacu nes de la for ma tion col lé giale et du loya lisme de l’Église: «Que de décou ra gean tes dif fi cul tés à suivre, sans guide, sans ému les, sans com pa gnons, des étu des étran gè res à tous ceux avec qui l’on vit! L’éducation col lé giale avant la Con quête était pure ment clas - sique et théo rique, sans aucun désir de for mer qui que ce fût des colons à la vie publique. Le peu qu’il y en avait au pays, chez les admi nis tra teurs, était puisé en Europe. Les col lè ges se bor naient à for mer quel ques bons prê tres et, pour les laïcs, des hom mes juges de la bonne lit té ra ture ancienne et fran çaise, mais de rien autre chose. Il n’y avait ni avo cats, ni notai res, ni méde cins cana - diens. Les sei gneurs, les mar chands de four ru res, quel ques arpen teurs et arti - sans avaient eu bonne édu ca tion lit té raire, et tout le monde, les meil leu res maniè res pos si bles et l’ai sance uni ver selle qu’as sure l’ab sence du luxe, mais nul pré pa ra tif pour se pré pa rer à la com pé ti tion com mer ciale et admi nis tra - tive dans laquelle il fal lait entrer avec le nou veau domi na teur, sous peine d’être mal traité et insulté avec excès. Il fal lut de soi-même, avec infi ni ment d’em bar ras quant au choix des livres, se faire une édu ca tion anglaise et par le - men taire pour deman der ce sys tème, contre le vœu du clergé et de tous les autres hommes éclai rés, dont les idées pure ment monar chi ques, for mées à l’école de tous les flat teurs du grand Roi, haïs saient aveu glé ment un sys tème qui avait fait tom ber la tête de Char les Ier et expulsé Jacques II, ce qui, pour la presque universalité des Canadiens français, paraissait être des crimes infâmes et inséparables du système.»
La force rési dait alors dans la capa cité per son nelle de dis cer ne ment et d’au to nomie: «Il fal lait de la force d’es prit et de carac tère pour s’é le ver au- des sus des pré ven tions de la pre mière édu ca tion et démê ler que, s’il y avait quelque voie pos sible d’é chap per à la plus dégra dante tyrannie, à la haine inex tin guible que le domi na teur por tait à notre ori gine, elle se trou ve rait dans une repré sen ta tion colo niale. Il fal lut s’ad joindre aux oppri més contre les oppres seurs, aux igno rants contre les let trés, aux Anglais contre les Cana - diens influents, pour les sau ver tous. Les Anglais deman daient la repré sen ta - tion, ima gi nant qu’ils la domi ne raient; mon père la deman dait, pré su mant
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Lettres à ses enfants • Intro duc tion
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Extrait de la publication
assez bien de ses com pa trio tes pour croire et espé rer qu’ils s’y défen draient.
Il a bien jugé: l’u ni ver sa lité de ses com pa trio tes s’é taient ral liés à ce sys tème comme à leur ancre de salut (sic). Nos adver sai res le deman daient si bien pour exer cer la domi na tion sur nous, non pour la défense de liber tés com mu - nes, que tu as vu le vieux Neil son, et tous les autres jour naux modé rés du parti anglais, dire qu’il n’y avait pas de rai son d’y retour ner bien vite, que le Con seil spé cial, légis la tion qui a fait tom ber le titre de colon anglais au-des - sous de celui de quelque autre colon que ce soit, devrait être conti nué pen - dant encore plu sieurs années, tant ils avaient frayeur et aver sion de nous y revoir. […] Dans la vie publique, l’é nergie de mon père a retardé, au moyen de la repré sen ta tion, de 50 ans cette explo sion de haine invé térée, de conju ra - tion pas sionnée contre nos lois, notre langue, nos mœurs, avouée dès 1763 par la plu part des Anglais et à laquelle ils don nent plein effet en ce moment. Espé rons qu’ils ne réus si ront pas, qu’il est trop tard, que notre nombre est assez grand, notre vita lité assez forte pour survivre aux meurtres, aux exils, aux dissensions machiavéliquement excitées dans notre malheu - reuse patrie.»
L’homme éloi gné des siens au Par le ment ou en exil sait appré cier ce qu’on fait pour ses enfants: «Le bien fait à mes enfants est fait à moi-même, en la manière la plus déli cate et la plus tou chante qu’il puisse m’être fait (15 août 1844).» L’é vo lu tion de la maladie ner veuse de Lac tance et d’Azélie, marquée éga le ment par un «mal de matrice (22 sep tembre 1856)» et «des scru pu les reli gieux, l’une des plus dan ge reu ses fai bles ses de l’es prit humain (6 novembre 1856)», l’é branle. La mort de Gus tave l’af fecte, tout comme la dis pa ri tion d’Au rélie l’a vait pro fon dé ment secoué. Au décès d’Azélie, il confie à Amédée: «Je suis bien ennuyé de vivre trop vieux puisque je sur vis à tant de per tes dou lou reu ses. Par l’o pi niâ treté du tra vail, je lutte contre la peine (4 mai 1869).»
S’il est dis cret sur la dis pa ri tion de son épouse Julie, il est tout à la famille, à sa famille, par ti cu liè re ment après 1850: «Il faut se faire des occu pa - tions, agir beau coup, et ne pas trop médi ter sur des pro blè mes inso lu bles pour que la vie soit sup por table. Aimer sa famille et son jar din sont les pre - miè res condi tions pour avoir autant de conten te ment comme il est donné à l’homme d’en avoir en ce monde, durant l’été et durant l’hi ver, aimer autant sa biblio thèque comme l’on a aimé son jar din, ren drait l’année entière heu - reuse… (30 juin 1855).» Il est tou ché par les enfants de Marie West cott et d’Amédée lorsque, trop peu sou vent, ils vien nent au manoir de Mon te bello:
«La petite che vrette nous a donné une belle petite biche, jeudi der nier, gra - cieuse comme la gazelle favo rite d’une sul tane. Il n’y a que les enfants pour lui apprendre à man ger du pain et du lait dans de jolies menettes (12 juin 1864).»
Le long voyage qu’A médée fait avec sa famille en Europe en 1870 et 1871 est l’oc ca sion d’une cor res pon dance plus assidue et devenue plus affec tueuse avec le vieil lis se ment. À pro pos de son petit-fils, pré nommé Louis-Joseph, il écrit: «Fais bien com prendre à Papi neau que de voya ger en Suisse équi vaut sous quel ques rap ports à un voyage autour du monde, puisque les pro duc - tions des pays méri dio naux de la zone tem pérée s’y voient dans les plai nes bas ses, et que, quel ques heu res plus tard, à peu de lieues de dis tance, uni que - ment par la dif fé rence de niveau, toute végé ta tion cesse pour être rem placée par les gla ciers, qui n’ont jamais fondu depuis des mil liers d’an nées (24 août 1870).» Ce sen ti ment de la fin l’oc cupe en avril 1871; il rap pelle à son fils
12 Louis-Joseph Papineau — Correspondance
Intro duc tion • Lettres à ses enfants
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aîné qu’il invite au manoir: «Hâtez-vous donc que nous jouis sions du bonheur de vivre ensemble durant le peu de temps qui, d’a près toute pro ba bi - lité, me reste à demeu rer debout». À trois mois de la mort, il avoue: «Me voir entouré de ce qui me reste d’en fants et de petits-enfants, ceux-ci en vacan ces et à l’âge où la pré voyance et le souci de l’a ve nir ne les a (sic) pas atteints, m’est infiniment agréable (23 juillet 1871).»
Famille, jar din, biblio thèque: tri nité évi dente dans la cor res pon dance.
Mon te bello, c’est aussi la cons truc tion d’une biblio thèque dans une tour du manoir, à l’a bri des ris ques du feu. Papi neau doit faire trans por ter ses livres, les cata lo guer. Pour ce faire, il com pare, avec la Bos ton Public Library, la Peabody Library d’Har vard; il étudie les cata lo gues et les modes de clas si fi ca - tion de la biblio thèque de l’Assemblée légis la tive, de celle, per son nelle, de La Fontaine, vendue à l’en can. Il parle de ses lec tu res aux enfants; de son cher Sénèque, de Cicé ron, de Mon tes quieu, de Toc que ville. Les let tres don nent à com prendre l’im por tance de la lec ture des jour naux, du Pays, au finan ce - ment duquel il con tribue, de L’Ave nir trop radi cal à son goût, du Mon treal Herald, bon baro mètre du point de vue anglo-colo nial, du Cour rier des États-Unis de New York. Amédée ne cesse d’al ler chez Fabre, Gra vel, Rol land ou Daw son pour com man der ou ache ter un ouvrage sur l’hor ti cul ture, une étude sur les États-Unis, une nou veauté sur la pho to graphie, un pamphlet sur la tenure seigneuriale. Le sujet est d’actualité.
Com mu nisme et abo li tion du sys tème sei gneu rial
En 1848, trois ans après son retour d’exil, au moment où Wol fred Nel son et d’au tres ten tent de salir la répu ta tion de Papi neau qui aurait «fui» de Saint-Denis, celui-ci avoue s’in té res ser davan tage aux tra vaux en cours à la Petite-Nation qu’à toute polé mique avec son ancien ami. C’est aussi le moment où la ques tion de l’a bo li tion du régime sei gneu rial atteint un point de non-retour. Qua li fiant le pro jet de loi d’«immo rale agres sion contre la foi des con trats et la pro priété (12 août 1851)», le sei gneur de la Petite-Nation trouve déplai sante la dimen sion poli tique de la ques tion: «C’est un minis - tère qui, en poli tique, a été ultra-conser va teur, qui ins tal lera le com mu nisme et déci dera que la pro priété fon cière, en atten dant mieux, aura une valeur uni - forme et la même dans une même étendue de pays; la même en 1850 qu’en 1650… (9 août 1851).» Pour Papi neau, la ques tion de l’a bo li tion ne doit pas être poli tique mais essen tiel le ment juri dique et ce sont les tri bu naux qui doi - vent assu rer la pleine com pen sa tion des droits des sei gneurs. Com mu ta tion et abo li tion signi fient pour lui deux pas successifs vers l’envahissement des lois anglaises.
Trois jours après l’a bo li tion du régime, Papi neau pointe du doigt les libé - raux radi caux: les Anglais colo niaux «ont des maî tres au loin et des serfs auprès d’eux, et vous accep tez ce ser vage, et les Rou ges le pré ci pi tent par leurs agres sions anti clé ri ca les et anti-sei gneu ria les qui, dans la situa tion par - ti cu lière du pays, étaient la sau ve garde de notre natio na lité et de notre carac - tère moins ambi tieux et avide que celui des Bre tons, mais plus désin té ressé, plus lit té raire, poli et heu reux que le leur». Trois ans plus tard, le père n’a pas oublié: «Je me rap pelle bien le temps où tous les jeu nes Papi neau, pour sou - te nir le beau nom de réfor ma teurs, criaient bien for te ment contre le sys tème cen suel et sei gneu rial, “relique de la bar barie du moyen âge”, tan dis que l’aïeul et le père avaient étayé et sou tenu le sys tème comme moyen de pro tec -
Louis-Joseph Papineau — Correspondance 13
Lettres à ses enfants • Intro duc tion
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tion pour la classe la moins aisée de leurs com pa trio tes, deve nant plus facilement pro prié tai res plus indé pen dants dans ce sys tème qu’ils ne pou - vaient l’être dans aucun autre.» Il ajoute: «Vous avez mieux aimé le chaos et les ténè bres. Vous les aurez à satiété et par-delà. Je m’af flige de cette per pé - tuelle con tra dic tion qui pré vaut plus par ti cu liè re ment au Canada qu’ailleurs, entre chaque génération (30 janvier 1857).»
Tou jours député de Deux-Mon ta gnes, Papi neau est peu pré sent en Chambre et, tout compte fait, absent des débats sur l’a bo li tion du régime sei - gneu rial en 1853. On garde l’im pres sion de la cor res pon dance que le sei gneur qui se veut tou jours démo crate – «[…] car je suis démo crate, non pas en théorie seu le ment, mais par prin cipe et par convic tion. Je me réjouis de toute décou verte scien ti fique, artis tique, éco no mique, non parce que je pour rai en pro fi ter, mais parce que tout le monde indis tinc te ment en pourra pro fi ter et que per sonne ne fait un béné fice sans qu’il en déverse quelque chose sur quelque voi sin (19 février 1851).» – se fait à l’idée de l’a bo li tion et à son règle - ment finan cier. Chose cer taine, il per siste à valo ri ser le fon cier: «Je ne goûte point tes idées sur la valeur rela tive d’ac tions indus triel les, com paré à celle de bien-fonds dans un pays nou veau, où l’ac crois se ment rapide de la popu la tion aug mente la valeur du ter rain. Mon revenu brut qui, bien vite, sera reçu régu - liè re ment a dou blé depuis mon retour, et il est de nature à s’ac croître par un mou ve ment accé léré. Mais on va nous voler (21 avril 1854).» Tout res pon - sable qu’il soit de la cor rup tion poli tique et par ti sane, le che min de fer aura aussi l’ef fet posi tif d’aug men ter la valeur des ter res; le pro prié taire fon cier écrit à Amédée le 6 février 1854: «C’est de 100 pour 1 que nos pro prié tés ici vau dront de plus, si le che min de fer s’y effectue.» À Amédée auquel il fai sait reproche en novembre 1854 de s’être joint «au début à ces fol les idées d’ex - tinc tion du régime sei gneu rial. Toi et tes enfants en souf fri rez plus que per - sonne», il avoue pai si ble ment à trois mois de la mort: «J’ai vu dans la sei gneurie mieux que n’y voyait mon père. Vous y verrez mieux que je n’y vois, et je m’en réjouis d’avance (23 juillet 1871).»
Retour d’exil et signi fi ca tion de la poli tique sous l’Union Grâce à la cor res pon dance et aux jour naux qu’il reçoit, Papi neau suit de Paris l’é vo lu tion de la situa tion cana dienne. Il n’est pour tant pas là pour s’op - po ser avec la majo rité à l’Union mais la pseudo-conces sion, selon lui, du gou - ver ne ment res pon sable ne le satis fait mani fes te ment pas: «Est-ce pos sible que les minis tres, avec leur atta che ment inté ressé et pas sionné pour l’a ris to - cratie, don nent la même valeur aux mots “gou ver ne ment res pon sable” que des hom mes élus en Amé rique qui ne peu vent aimer et connaître que la démo - cratie? S’ils ne sont en place que pour l’ar gent, ils peu vent bien feindre de l’en goue ment pour les prin ci pes monar chi ques et aris to cra ti ques de l’époque, mais alors ils ne peu vent pas être réé lus, et leur gou ver ne ment res - pon sable se dis loque. S’ils sont sin cè res et reflè tent les pas sions, défen dent les droits, aiment et com pren nent les inté rêts de leurs cons ti tuants, ils heur - tent les pré ju gés du minis tère anglais qui les brise.» Cette ques tion du gou ver - ne ment res pon sable bloque même toute stra tégie d’al liance pos sible avec les libé raux du Haut-Canada, avec les quels La Fon taine a pour tant choisi de s’as - so cier: «Les libé raux mêmes du Haut-Canada, après avoir pen dant un Par le - ment demandé comme nous le Con seil élec tif, ayant reculé, n’ont demandé dans le sui vant qu’un Con seil exé cu tif res pon sable, et se sont crus des poli ti -
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ques consom més quand ces mots ont été approuvés, non définis dans des dépêches ministérielles (31 décembre 1843).»
C’est dans ce contexte et avec cette per cep tion de la situa tion colo niale que Papi neau for mule clai re ment les deux condi tions à son retour d’exil: «Je retour ne rai un jour en Canada dès que je croi rai pou voir y res ter en sûreté dans la vie privée, ou en oppo si tion dans la vie publique.» Et en 1844, la confu - sion poli tique pré vaut tou jours selon lui; il s’en ouvre à Lac tance, revenu au pays après des étu des médi ca les à Paris: «Vous êtes tous dans un état de confu sion, de pro vi soire et d’ar bi traire scan da leux, qui m’ins pire la plus grande répu gnance à y aller avant de nou vel les élec tions. C’est une ses sion et de bon nes lois qu’il vous fal lait, et le sys tème de tem po ri sa tion de M. Viger éloigne indé fi ni ment cet avantage pour le pays (15 septembre 1844).»
Après son retour d’exil en sep tembre 1845, ses stra té gies poli ti ques et celles des libé raux patrio tes ne don nent pas les résul tats escomp tés. Au vain rap pel de l’Union suc cède le choix déses péré de l’an nexion. Si bien qu’au début de 1849, Papi neau et le libé ra lisme d’ins pi ra tion patrio tes com men cent à être mar gi na li sés. La conjonc ture est défa vo rable tant au Bas-Canada qu’au Haut-Canada: «Tout le Haut-Canada est souillé et vénal. Hors le rap pel de l’Union, il n’y a pas de chance de trou ver la moindre inté grité poli tique (13 juin 1849).» Un désin té rêt pour la poli tique s’est déjà ins tallé. De l’État de New York où il séjourne, il confie à Amédée: «Cette nature gran diose m’in té - resse tou jours vive ment, c’est la société qui ne m’in té resse plus comme elle fai sait. Sous ce rap port, je suis cen te naire… (29 mai 1847).» Son insuc cès à l’élection de 1851 – son pre mier et son seul – s’ex plique par ce désin té rêt rela - tif mais sur tout par l’a gonie qu’est en train de vivre Gus tave et qui draine toute l’at ten tion de Papi neau. Avec un pro gramme poli tique qu’A médée se charge de trans mettre à la presse – «Exten sion du suf frage et vote au scru tin secret dont je n’ai pas parlé sont dans mes prin ci pes, ajou tez-le. Sur la tenure sei gneu riale, je n’ai rien dit; que l’on ne me fasse rien dire (25 novembre 1851)» – et en rai son d’une dan ge reuse absence élec to rale qu’ex plique la situa tion fami liale, il est battu en décembre 1851, pour être élu, à nou veau mais à con trec œur, le 9 juil let 1852 dans le comté de Deux-Montagnes, vieux comté patriote du nord de Montréal.
L’homme de «l’in té grité poli tique» ne se retrouve plus dans sa société:
«Dow ning Street et lord Elgin sont bien plus maî tres de l’ac tion légis la tive, en Canada, qu’ils ne l’ont été sous Hal di mand, Craig, Dal housie, etc. L’ar bi - traire régna, mais il fut détesté; il règne et il est flatté, il vole et démo ra lise, et ne s’en toure que de voleurs qui achè tent et ven dent le pays (7 jan vier 1853).»
Son désen chan te ment est pal pable au moment où il quitte la vie publique et par le men taire. S’il n’a pas quitté l’Insti tut cana dien de Mon tréal, il lui semble néan moins que les libé raux radi caux font fausse route: «Les jeu nes Cana - diens ne pui sent leur ins truc tion publique que dans les décla ma tions du parti ultra-répu bli cain fran çais. Il a cimenté la puis sance de l’homme de boue et de sang qui étouffe le libé ra lisme ration nel en France; ils en font autant ici. C’est absurde de se pré pa rer à la vie publique en Canada par l’a gres sion contre la reli gion et le clergé du pays (8 mars 1854).» Il per siste à voir les ris ques du radi ca lisme pour la natio na lité: «Voilà ce que valent les demi-lumiè res des fon da teurs des socié tés de débats, d’ins ti tuts et d’a ve nir, où ont figuré des Papi neau sans nombre, pour dis cu ter s’il faut conser ver sa natio na lité, ou si l’on ne devien dra pas plus riche en l’ab ju rant (19 mars 1856).» Façon de con - tras ter deux for mes de tolé rance, celle de Papi neau depuis 1815, celle des
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jeunes Turcs de Mon tréal depuis 1848. À un an de sa mort, il dira d’Antoine- Aimé Dorion qui lui a suc cédé à la tête du Parti libé ral: «Notre pauvre M. Dorion dépend, je le crains, pécu niai re ment, de Hol ton, qu’il n’a pas pro - testé contre la ridi cule sortie de son asso cié au minis tère, qui publie que nous devons res ter colonie, parce que ceux qui favo ri sent l’in dé pen dance font obstacle, par là, à ce que l’op po si tion puisse par ve nir au minis tère. De peur d’af fai blir l’op po si tion, Dorion s’est retiré de l’Insti tut cana dien. Voilà les sauveurs du pays. Je m’y déses pé re rais si je n’é tais inces sam ment occupé de tou tes mes for ces. Miner, bâtir, défri cher, faire un quai, couvrir le cap tout entier de terreau de grève et de marais font partie de mes entreprises (8 septembre 1870).»
Pour la der nière fois en 1854, il envi sage de par tir sié ger au Par le ment du Canada-Uni, mais heu reu se ment son jar din sera assez avancé (voir la lettre du 20 jan vier 1854). C’est sans regret qu’il quitte la vie publique à laquelle il avait donné près de qua rante-cinq ans de sa vie: «Le pré sent est si sale qu’il ne peut pro nos ti quer que ténè bres et déso la tion pour l’a ve nir. Je n’y vois goutte, m’at triste et détourne mon atten tion (19 sep tembre 1856).» Ses soixante-dix ans ont un goût d’a mer tume: «J’ai 70 ans accom plis aujour - d’hui, par un jour des plus bril lants au fir ma ment, mais des plus som bres dans mon cœur, du grand nombre de jours que j’ai vu s’é cou ler qui, d’a vance, sem blaient plus longs, qui, finis, lais sent tant de sou ve nirs, plus d’af fli geants que d’heu reux; qui lais sent sen tir le néant de la vie et la font prendre en dédain (7 octobre 1856).»
Un des tin mul tiple: assi mi la tion, annexion, indé pen dance
La cor res pon dance de Papi neau avec Amédée, majo ri tai re ment pos té - rieure à l’Union, cons titue une excep tion nelle source de com pré hen sion de l’é vo lu tion de la pensée poli tique de l’homme public. Non seu le ment parce que Papi neau a laissé peu d’é crits publics après 1847 – et aucun après 1852 si ce n’est sa confé rence-tes ta ment à l’Insti tut cana dien de Mon tréal en 1867 –, mais sur tout parce qu’on y voit se for mu ler une vision du des tin du Bas- Canada et du Qué bec qui n’a jamais, à ma connais sance, été ana lysée. De ce point de vue, l’é change épis to laire avec le fils aîné, avec celui qui a par tagé poli ti que ment son exil aux États-Unis, se révèle cru cial et per met de com - prendre à la fois ce que j’ap pelle l’a mé ri ca nité de la pensée de Papi neau mais aussi et sur tout la pos sible dif fi culté pour les Qué bé cois à endos ser cette vision. En ce sens, son évo lu tion poli tique ajou te rait à la com plexité du per - son nage qui, pour une variété de rai sons, n’a jamais été le héros que fut O’Con nell ou Boli var, par exemple. Sa pensée poli tique est faite de nœuds qui parais sent poli ti que ment indénouables pour ses compatriotes d’hier et d’aujour d’hui.
En 1849, au moment où il opte pour l’an nexion, Papi neau et les libé raux ont connu trois échecs: le refus glo bal des 92 Réso lu tions de 1834, l’é chec des deux rébel lions de 1837 et de 1838, l’in suc cès de la stra tégie du rap pel du régime d’Union. Pour celui qui, avec Étienne Parent, pense la situa tion poli - tique du Bas-Canada, le défi est donc de devoir cons truire à par tir de ces échecs. Com ment inter pré ter ces échecs, qu’i ma gi ner ensuite comme des tins pos si bles pour le Bas-Canada? On aura com pris que c’est pré ci sé ment à partir de ce moment que, pour faire échec au scé na rio libé ral de l’an nexion, les milieux poli ti que ment et idéo lo gi que ment conser va teurs – Parent, son
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ami fran çais Rameau de Saint-Père, l’abbé Henri-Ray mond Cas grain, Mgr Laflèche – com men cent à for mu ler l’idée d’un des tin spi ri tuel et catho - lique de la race fran çaise en Amé rique. Dans ce pro jet, les his to riens et les natio na lis tes ont davan tage sou li gné le contenu de ce des tin que le lieu où il allait ou devait s’exer cer; il faut dire que la reli gion catho lique et la langue fran çaise appa rais sent comme des valeurs à défendre et à protéger sur cette partie de continent peu attiré par elles.
Pour com prendre où va Papi neau en 1849, il faut lire et relire ce pas sage d’une lettre à Amédée du 18 octobre 1849: «La décla ra tion d’in dé pen dance est par faite. Ceux qui retar de ront à s’ad joindre à ce mou ve ment en auront honte bien vite. Le Cana dien de Qué bec et sa doc trine ser vile, est-ce l’é cho du clergé seul ou du minis tère aussi? Tu peux savoir, par Barthe, ce que pense et dit Parent de l’an nexion. Il a, ainsi que Caron, l’in fluence du créan cier sur le débi teur vis-à-vis du Cana dien. Ses doléan ces seraient-elles cel les de ces hom mes? Le revi re ment est iné vi table et par fai te ment dési rable. La tran si - tion ne lais sera pas que d’être accom pagnée de grands embar ras pour les Cana diens fran çais. Ils por te ront la peine de leur igno rance. Ils man que ront d’hom mes éclai rés pour les fonc tions très nom breu ses qu’il y a à exer cer dans un sys tème tout élec tif. Dans les com men ce ments, l’ad mi nis tra tion locale des inté rêts com muns sera très mau vaise, mais c’est le seul sys tème dans lequel cha cun demeure d’ac cord, sent et dit qu’il faut s’ins truire ou souf frir, et bien - tôt un effort una nime pour rendre géné rale l’ins truc tion amè nera la mora li sa - tion, l’ac ti vité bien dirigée, et l’ai sance. Nous, vieux, ver rons les jours d’é preu ves; vous, jeu nes gens, les jours de triomphe et de suc cès. Mes visions de l’a ve nir, la par ti ci pa tion aux doc tri nes et aux suc cès de l’é cole jef fer so - nienne seront ma conso la tion, même quand il y aura des moments de doute et de péni bles épreu ves, comme il y en a eu pour Jef fer son lui-même, travaillant pour une population infiniment mieux préparée que la nôtre à faire prévaloir ses principes.»
L’in cendie du Par le ment vient d’a voir lieu. L’in dé pen dance dont il est ques tion semble être un scé na rio pour le Bas-Canada et Papi neau est curieux de savoir ce que Parent, l’homme de la «sou mis sion hono rable», et Le Cana - dien «ser vile» pen sent de l’an nexion. La posi tion un peu inat tendue de Papineau tend à pri vi lé gier car ré ment l’an nexion à quelque forme d’in dé pen - dance qui entraî ne rait «de grands embar ras» en rai son du manque
« d’hommes éclai rés» et de l’i gno rance qui pré vaut. Jef fer so nien, Papi neau ne voit que le sys tème répu bli cain, élec tif, pour mora li ser le peuple. Sa réflexion se pré cise lors qu ’il recon naît un iné vi table pro ces sus d’as si mi la - tion: «Notre édu ca tion fran çaise est un mal heur pour nous parce que notre situa tion nous des tine à l’as si mi la tion avec les États-Unis. L’é du ca tion française est la meil leure pour les autres nations euro péen nes, qu’elle éman ci - pera des pri vi lè ges et des po tis mes exor bi tants de Rome, Vienne et Peters - bourg; mais elle nous fait cou rir après l’in connu, quand le posi tif, l’État poli tique le meil leur qui ait existé, est à notre porte (29 août 1851).» C’est pour ouvrir cette porte que le sei gneur, plus chaud à l’idée de cul ti ver ses choux, qu’à celle d’al ler sié ger, avoue clai re ment à Amédée: «Je me jetais dans l’a rène mal gré moi, pour céder aux impor tu ni tés d’a mis et pour ser vir la cause du parti annexionniste, nullement par le désir d’aller en parlement (12 décembre 1851).»
Tout aussi iné vi table est la volonté de sor tir de la «dépen dance colo - niale»: «Ainsi vont tou jours et par tout les colo nies anglai ses. Et les autres
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plus mal encore. Il n’y a de gou ver ne ment hon nête pos sible pour nous qu’après l’an nexion. Il est impro bable que je la voie; il est cer tain que tu en joui ras pen dant plu sieurs années, si ta car rière dure autant d’an nées qu’a duré la mienne (7 jan vier 1853).» Les autres colo nies, qui vont plus mal encore, doivent ser vir d’exemple et de rap pel: «Il est aussi impos sible à une métro pole de bien gou ver ner des colo nies qu’aux czars, à l’Au triche, à la Prusse, de bien gou ver ner la Pologne. Celle-ci est assez rai son nable pour ne pas deman der la sagesse, la modé ra tion, la bien veil lance à ses oppres seurs, mais elle n’est point non plus assez abjecte pour deman der la per pé tuité de son asser vis se ment. Elle demande l’in dé pen dance qui est la vie des nations, non les embras se ments de l’Ours du Nord qui seraient son étouf fe ment. Il est réservé aux Cana diens tout lacé rés par la griffe du Lion bri tan nique de la briser et d’es pé rer qu’à la fin, il leur fera patte de velours (10 janvier 1855).»
Con fiant, trop confiant, Papi neau estime que l’an nexion «vien dra natu - rel le ment en son temps, sans que les hom mes aient rien à faire pour avan cer ce temps (26 mai 1854)». Depuis 1837, il évalue que les coûts engen drés pour l’Empire par l’armée colo niale mili tent encore et tou jours en faveur de l’an - nexion: «[…] c’est un hor rible gas pil lage d’ar gent, une source de pro fond mécon ten te ment qui avance l’heure de l’an nexion, car la convic tion s’é ten dra rapi de ment qu’il n’y a nul autre moyen d’é chap per aux absur di tés et aux ini - qui tés qu’en fante le sys tème actuel de gouvernement (6 avril 1855).»
Les scé na rios d’une «nou velle et grande natio na lité», «néo-cana dienne et mixte», ne l’in té res sent pas, éloi gnés qu’ils sont de la seule véri ta ble ment grande natio na lité au Sud. À Amédée: «Je n’ai pas encore reçu le Herald pour juger du mérite de ton impro vi sa tion à la célé bra tion du débar que ment des nobles colons de Ply mouth. Par ce que tu m’as envoyé, elle me paraît heu - reuse et bril lante par le style et par le sen ti ment de recon nais sance pour la terre hos pi ta lière où nous avons été accueil lis et conso lés en 1837. Je ne sais si elle est de tout point judi cieuse quant à l’es pèce de cen sure qu’elle com porte contre les règle ments de tou tes les socié tés natio na les exis tan tes. C’est poser comme trop rai son nable au milieu de tous que l’on dénonce comme ne l’é tant pas assez, jus qu’à celle de Saint-Jean-Bap tiste, qui couvre tout le sol mais qui, je pense, est exclu si ve ment pour l’o ri gine fran çaise. C’est lais ser dire que, quand on a une tête assez forte pour trou ver bon d’é chan ger sa natio na lité pri - mi tive contre une nou velle, néo-cana dienne et mixte, de toute langue et de toute ori gine, c’est que l’on a le cœur froid sur ce que nous devons d’a mour et de res pect aux sacri fi ces et aux œuvres des ancê tres. Si nous n’ai mons pas ce qu’ils nous ont légué, nous méri tons d’être bien vite oubliés après notre rapide pas sage sur la Terre où ils ont élevé des monu ments qu’ils croyaient dura bles, mais que nous aurons aidé à démo lir. Il se forme une nou velle et grande natio na lité, mais elle n’est pas celle du Mas sa chu setts, du Con nec ti - cut, du Ver mont, de la Dela ware, etc., et prê cher la petite natio na lité néo- cana dienne, c’est repous ser l’an nexion, qui est aussi cer taine que dési rable, et où doit se for mer une natio na lité colom bienne, car c’est au génie super émi - nent (sic) de celui-là qu’il a été donné de pré pa rer le ber ceau où devaient naître et croître les ver tus de Was hing ton et le génie de l’au teur de la décla ra - tion d’Indé pen dance, non des treize colo nies seu le ment, mais de l’hu ma nité entière. Il révélait les droits politiques communs à l’homme de toute race et de toute couleur (31 décembre 1854).»
Fin 1856, sa vision de l’a ve nir du Bas-Canada est on ne peut plus claire:
«Notre colonie, notre natio na lité sera étouffée et extirpée par la vio lence et
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l’in sulte. État, elle se modi fiera len te ment par l’as si mi la tion, ayant autant et plus à don ner pour faire naître l’es prit fran çais lit té raire, artis tique et émi - nem ment social autour d’elle, et à emprun ter pour deve nir plus active et indus trieuse qu’elle n’est.» Et ce des tin est amé ri cain: «M. Chau veau et Le Natio nal fei gnent d’a voir peur pour la natio na lité, qui ne peut être for tifiée par l’é mi gra tion et conservée un peu plus long temps que dans la com bi nai - son poli tique qui fera du Bas-Canada un État séparé, se gou ver nant quant à ses inté rêts sec tion nai res, lui seul et lui-même, et asso cié par ses citoyens les plus dis tin gués à la par ti ci pa tion à tout ce qu’il y a de pro di gieu se ment grand, de bon, d’u tile à faire dans le Con grès amé ri cain (23 – 24 décembre 1856).»
Papi neau pense-t-il à la Loui siane qu’in voque Parent depuis le temps des Rébel lions pour rap pe ler aux libé raux qu’on dîne tard et mal quand on se fie trop à ses voi sins? Pense-t-il à cette image forte créée par Parent du pas sage des griffes du Lion britannique aux serres de l’Aigle américain?
Ses idées ne chan gent pas sur le sujet. En jan vier 1871, il écrit à Amédée:
«Le par le ment de la puis sance se réu nit le 13 février. Les town ships de l’Est ont donné dîner public à M. Hun ting ton où Dorion, [Joseph] Doutre, Hol ton, Car tier, etc., étaient invi tés. Hol ton et Car tier ont envoyé des excu ses. Le prin - ci pal invité, Dorion, Doutre et autres ont parlé avec plus de liberté que d’ac - cou tumée sur l’i né vi table et pro chaine indé pen dance du pays et la néces sité pour atteindre ce but dési rable de l’ex pul sion de Mac do nald, Car tier et Hincks du pou voir. Indé pen dance folle, demi-mesure, qui occa sion nera, si elle a lieu, des divi sions à l’in té rieur, quand, l’ins tant d’a près, il fau dra faire le second pas et deman der l’an nexion (27 jan vier 1871).» Deux mois plus tard, il écrit à pro pos d’Hec tor Fabre, qui sera l’homme de Lau rier: «L’é vé ne ment impor tant de la semaine est la lec ture que Fabre est venu don ner avant-hier soir, mer credi, sur la Con fé dé ra tion, l’in dé pen dance et l’an nexion. Il a peint avec grande force l’é tat de misère géné rale du pays et avec grande clarté l’a ve - nir de la pros pé rité que lui don ne rait l’an nexion. C’est par fait, mais ça reste sans beau coup d’au to rité parce qu’il n’est pas res pecté autant que ses talents le méri te raient, s’il était plus fixe dans ses prin ci pes. Cha cun de se deman - der: “Sont-ce ses convic tions?” Il a appuyé la confé dé ra tion comme indis pen - sable pour nous sau ver du péril immi nent d’être englobé par l’an nexion. Il la condam nait encore il y a trois mois, et main te nant, c’est notre seule chance de salut. À moi, cela prouve quel pro grès fait cette opi nion qui s’af fiche hau te - ment à Qué bec (24 mars 1871)». L’année pré cé dente, il avait presque vu de ses yeux vu l’an nexion: «Le seul regret que me don ne ront mes 85 ans, après votre retour et notre réu nion, c’est que je ne ver rai pas la consom ma tion de la si dési rable annexion, mais je fini rai avec la foi entière qu’elle est cer taine et pro chaine, comme si je l’a vais vue de mes yeux tout grands ouverts (26 mai 1870).» La Con fé dé ra tion cana dienne avait alors trois ans et Papi neau ne s’en était guère préoc cupé: une charge contre George-Étienne Car tier le 11 fé vrier 1859 («Mais il n’y a plus d’hom mes dans un pays dont les minis tres sont des cré tins. Quelle torche que ce Car tier, de cou rir au-devant d’un pro jet aussi néfaste que celui de la confé dé ra tion, sans y être poussé par aucune autre consi dé ra tion que quel ques conver sa tions de M. Galt!»), mais rien dans la cor res pon dance sur la confé rence de Qué bec (octobre 1864) pré pa ra toire de la Con fé dé ra tion, rien sinon sa conférence à l’Institut canadien de Montréal en décembre 1867, après l’établissement de ce nouveau régime constitu - tionnel.
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Le modèle amé ri cain mis à mal par la guerre civile À quel ques années de la guerre civile amé ri caine, Papi neau séjourne aux États-Unis. Il est chez lui: «Je suis à Was hing ton depuis deux jours, où tout est enchan te ment pour mes pré di lec tions amé ri cai nes, où tout est ivresse de bon heur pour mes convic tions répu bli cai nes (21 février 1857).» À Mount Vernon, ex-rési dence de George Was hing ton, sa pas sion pour l’hor ti cul ture trouve un accom plis se ment tout répu bli cain: «Mais un membre du Con grès, sachant quel était mon culte pour la mémoire du plus pur des Patrio tes, a, à mon insu, péné tré au moyen de per ches de clô ture par-des sus les murs et coupé un aca cia, qui sort du pied de la tombe, des bran ches qu’ils m’a remises, que M. West cott va t’en voyer, que tu feras pas ser sans délai à Montebello, avec la lettre au pauvre M. Tainsh de mettre son habi leté et la tienne réu nies en usage pour les mettre en couche et leur faire prendre racine.» Papi neau entend même le pré si dent Pierce lui dire en pré sence d’une dou zaine d’a mis: «Je ne connais aucun homme parmi nous qui ne connaisse mieux et désire plus vive ment que M. Papi neau le suc cès et le bonheur des États-Unis. Sa cha leur de sen ti ment péné trera tous ceux qui l’entendront. Pour moi, j’ap pel le rai heureuses toutes les occasions que j’aurai de le revoir.»
Mais cet enchan te ment ne lui enlève pas son esprit cri tique et sa cons - cience d’être aussi l’hé ri tier de la cul ture euro péenne. À pro pos des Amé ri - cains, il écrit: «Vous êtes le pre mier des peu ples en poli tique; en masse, vous êtes mieux que l’Eu rope sous bien des rap ports, mais vous lui êtes infé rieurs en pro fon deur de science, en savoir-vivre, socia le ment et maté riel le ment, en culte et sen ti ment pour les beaux-arts qui polis sent les hom mes et les consolent (8 mars 1857).»
À l’an nonce des signes pré cur seurs de la guerre, l’homme qui avait vécu l’exil aux États-Unis et qui venait d’y séjour ner se demande: «Où se réfu gier, si le calme et le conten te ment ne peu vent pas s’en ra ci ner aux États-Unis?
(25 mars 1859).» La guerre qui s’a morce lui paraît cruel le ment fra tri cide; par - lant à Amédée d’une amie new-yor kaise, madame Beach, il écrit: «Elle par - tage les pré ju gés du Nord, mais com prend de com bien d’ex cès sera accom pagnée cette guerre fra tri cide et com bien en sera affai bli le res pect pour le nom amé ri cain, l’in fluence salu taire des ins ti tu tions répu bli cai nes et, quoique excitée joyeu se ment par la musique et les pom pes mili tai res, elle est malade et défail lante quand dans le recueil le ment elle songe aux maux de la guerre (13 mai 1861).» De sur croît, cette guerre civile concerne rien de moins que la civi li sa tion: «Cette guerre funeste est plus cou pable, plus nui sible à la civi li sa tion et à la liberté des peu ples que ne l’ont été même les plus détestables guerres de religion (30 septembre 1861).»
L’i déal répu bli cain est mis à mal: «Mal heu reu se ment, les gou ver ne - ments abso lus pro fi te ront de ces misè res pour dépré cier les ins ti tu tions (27 juin 1861).» Il l’est parce que la rai son civique flanche: «Qu’un peuple comme celui des États-Unis en soit venu à se haïr mutuel le ment au point de conve nir de part et d’autre que le rai son ne ment est impuis sant à les conci lier, qu’il est inu tile de livrer à la déci sion de conven tions la conci lia tion de leurs dif fé rends; qu’il faut en appe ler aux chan ces des com bats: c’est ins tal ler l’em - pire de la force, comme der nier arbitre des des ti nées humai nes jus qu’à la consom ma tion des siè cles. Was hing ton et Jef fer son ont clos leur car rière, sans libé rer leurs escla ves. Sont-ils des per vers que le répu bli ca nisme doit
20 Louis-Joseph Papineau — Correspondance
Intro duc tion • Lettres à ses enfants
Épreuve conforme au PDF • Page 20 Lettre à ses enfants_Tome_01_05
10 février, 2004 15:19:00
T ABLE DES MATIÈRES
Let tres à ses enfants tome I
Intro duc tion (Yvan Lamonde)... 9
Note sur la pré sente édi tion ... 28
Let tres à ses enfants, tome I (1825-1854)... 29
Index... 641
Sigles et abré via tions ... 655
Épreuve conforme au PDF • Page 657 tdm
16 février, 2004 10:13:20
Extrait de la publication
cet ouvrage est composé en georgia selon une maquette réalisée par guy verville
et distillée en format pdf en décembre 2010 pour le compte de gilles herman éditeur à l’enseigne du septentrion
Extrait de la publication