• Aucun résultat trouvé

Création d’une police UNICODE

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2022

Partager "Création d’une police UNICODE"

Copied!
24
0
0

Texte intégral

(1)

Cahiers

enberg

GUT GUT GUT

m CRÉATION D’UNE POLICE UNICODE

P CharlesBigelow, KrisHolmes Cahiers GUTenberg, n20 (1995), p. 81-102.

<http://cahiers.gutenberg.eu.org/fitem?id=CG_1995___20_81_0>

© Association GUTenberg, 1995, tous droits réservés.

L’accès aux articles desCahiers GUTenberg (http://cahiers.gutenberg.eu.org/),

implique l’accord avec les conditions générales

d’utilisation (http://cahiers.gutenberg.eu.org/legal.html).

Toute utilisation commerciale ou impression systématique est constitutive d’une infraction pénale. Toute copie ou impression de ce fichier doit contenir la présente mention de copyright.

(2)
(3)

Cr ´eation d’une police U NICODE

Charles BIGELOWaet Kris HOLMESb

Traduction franc¸aise de H ´eloı¨se TISSOT(E´cole Estienne)y

aIrisa/Inria-Rennes bDivision CN

Department of Computer Science Bigelow & Holmes Inc.

Stanford, California 94305, USA Menlo Park, California 94026, USA [email protected] [email protected]

Re´sume´. L’internationalisation du traitement et de l’ ´echange d’informations et de l’ ´edition

´electronique a montr ´e la n ´ecessit ´e de d ´efinir des normes pour le codage des caract `eres du monde entier. C’est l’objet de la norme UNICODE. Pour que l’homme puisse lire ces codes de caract `eres, il faut leur associer des polices produisant des images visuelles – des glyphes – correspondant aux codes. Nous d ´ecrivons et commentons ici la fac¸on de dessiner une police traitant une partie de la norme UNICODE.

Abstract.The international scope of computing, digital information interchange, and electro- nic publishing has created a need for world-wide character encoding standards. UNICODEis a comprehensive standard designed to meet such a need. To be readable by humans, cha- racter codes require fonts that provide visual images – glyphs – corresponding to the codes.

The design of a font developed to provide a portion of the UNICODEstandard is described and discussed.

1. Introduction

UNICODEest une norme pour le codage des caract `eres du monde entier, d ´efinie par le Consortium UNICODE, un groupe de compagnies priv ´ees et d’institutions concern ´ees par le codage des textes et leurs applications informatiques. La norme UNICODE1a ´et ´e d ´e- velopp ´ee pour r ´epondre au probl `eme fondamental du traitement simultan ´e de plusieurs langues par ordinateur dont notamment « la lourdeur des m ´ecanismes de fontes lors du

Cet article correspond `a une communication faite par les auteurs lors d’une session commune aux deux congr `es RIDT’94 – Raster Imaging and Digital TypographyetEP’94 – Electronic Publishing, Document Manipulation and Typogra- phy– Darmstadt, avril 1994 – et reprise lors du congr `esTEX Users Group, Fifteenth Annual Meeting– Santa Barbara, Californie, Aouˆt 1994. Cet article est paru sous le titreThe design of aUNICODEfontdansEPODD – Electronic Publishing Origination Dissemination and Design, vol. 6(3), septembre 1993, pages 289–305. Il est reproduit ici en franc¸ais avec l’ai- mable autorisation des auteurs, des r ´edacteurs en chef de cette revue et des ´editions John Wiley & Sons, que nous tenons

`a remercier {Ndlr}.

yAvec la collaboration de Jacques ANDRE´.

1D ´esormais nous parlerons, en abr ´eg ´e, d’UNICODE. Depuis la r ´edaction de cet article, en aouˆt 1993, UNICODEa ´et ´e en fait reprise et l ´eg `erement modifi ´ee dans le cadre de la norme Iso 10646. Voir `a ce sujet l’article de Jacques ANDRE´et Michel GOOSSENSdans ceCahier GUTenberg[1] {Ndlr}.

(4)

codage des caract `eres et l’emploi de nombreuses normes, non coh ´erentes, `a cause de conflits entre identit ´es nationales » [2].

UNICODEfait la distinction entrecaracte`re et glyphe2: « Les caract `eres ne r ´esident qu’en machine, sous forme de chaıˆnes en m ´emoire, sur disques ou en m ´emoire auxi- liaire. UNICODEne s’int ´eresse qu’au code des caract `eres. Par contre, contrairement aux caract `eres, les glyphes apparaissent sur les ´ecrans ou sur le papier comme repr ´esen- tations particuli `eres d’un ou plusieurs caract `eres se trouvant en m ´emoire auxiliaire. Un r ´epertoire de glyphes forme une police. » [2].

Donc, en termes d’UNICODE, la relation entre glyphes et caract `eres n’est pas biuni- voque. Ainsi, la capitale latine A, par exemple, est-elle cod ´ee comme caract `ere UNICODE

0041 (en hexad ´ecimal), mais le glyphe visuel repr ´esentant ce caract `ere `a un moment donn ´e sur papier ou sur ´ecran peut ˆetre un

A

Times-Roman, ou un

A

Helvetica, ou un

A

Courier, ou tout autre forme de A en fonction de la police choisie pour le texte. Par contre les A latin (0041), cyrillique (0410) et l’Alpha grec (0391) sont des caract `eres UNICODEdis- tincts qui peuvent tous ˆetre repr ´esent ´es par le m ˆeme glyphe. M ˆeme dans un alphabet unique, on peut associer plus d’un glyphe `a un caract `ere donn ´e. En arabe, par exemple, la forme d’une lettre ´ecrite d ´epend de son contexte et le dessin du glyphe diff `ere selon que le caract `ere apparaıˆt en position initiale, m ´ediale ou finale du mot ou de fac¸on isol ´ee dans une chaıˆne de caract `eres. UNICODE1.0 ne code pas ces variations contextuelles (voir cependant ci-dessous la section 4.6 « R ´evisions et mises `a jour »).

Malgr ´e l’utilit ´e des pr ´ecautions d’UNICODEpour distinguer caract `ere et glyphe, nous utiliserons dans cet article le motcaracte`re – de fac¸on plut ˆot libre afin de tenir compte de la tradition et du langage courant – pour d ´esigner un ´el ´ement d’une ´ecriture ou une unit ´e d’un syst `eme d’ ´ecriture. Par ´ecriture ou syst `eme d’ ´ecriture, nous entendons la re- pr ´esentation graphique d’un langage. Un caract `ere dans ce sens large est donc une unit ´e quelconque d’ ´ecriture, telle qu’une lettre de l’alphabet latin, un id ´eogramme (ou plus pro- prement un logographe) du syst `eme d’ ´ecriture chinoise, un chiffre, un signe de ponctua- tion, un symbole, une unit ´e d’espace, etc. Avant l’invention de la typographie, les carac- t `eres ´etaient dessin ´es « au vol » par la main du scribe et la distinction logique qu’UNICODE

fait entre glyphe et caract `ere n’ ´etait pas aussi forte. L’ ´ecriture manuscrite contient ha- bituellement des variations d ´ependant du contexte ; dans certains syst `emes d’ ´ecriture, des r `egles explicites permettent de formaliser ces variations ; dans d’autres, ces varia- tions sont inconscientes. La succession de variations contextuelles sur les glyphes est d’ailleurs `a l’origine du passage des capitales aux minuscules ou du romain `a l’italiquee, par exemple. L’invention de la typographie a abouti `a des glyphes invariables, pr ´efabri- qu ´es et produits en quantit ´e, connus sous le nom de « types » (ou caract `eres en plomb).

La s ´eparation du processus de cr ´eation de lettres de celui de la composition des textes, ainsi que les besoins de la bureaucratie d’indexer, de conserver et de retrouver des carac- t `eres typographiques ont favoris ´e la distinction entre le concept abstrait de caract `ere ou de lettre et la r ´ealisation tangible de ce concept abstrait sous forme d’un type. Comme la majorit ´e des caract `eres compos ´es, affich ´es et imprim ´es par ordinateurs sont typogra-

2La notion de glyphe est connue en franc¸ais sous le nom d’« œil » depuis des si `ecles. Mais force nous est de constater que le mot « glyphe » est d ´ej `a tellement employ ´e qu’on l’utilise, `a regret, ici. Voir ceCahier GUTenbergpage ? {Ndlr}.

(5)

phiques, la s ´eparation implicite entre caract `ere abstrait et glyphe concr `et s’est retrouv ´ee naturellement dans la formulation logique d’UNICODE.

UNICODEpropose un sch ´ema uniforme pour le codage et l’identification de carac- t `eres bas ´e sur un code fix ´e `a 16 bits, sch ´ema couvrant la majorit ´e des syst `emes d’ ´ecri- ture en usage dans le monde aujourd’hui. La version 1.0 code environ 28000 caract `eres dont environ 3 000 lettres alphab ´etiques et marques diacritiques pour les langages euro- p ´eens, indiennes et asiatiques, 1000 symboles divers et ´el ´ements graphiques et 24000 caract `eres id ´eographiques (logographiques), syllabiques et phon ´etiques utilis ´e pour les

´ecritures chinoise, japonaise et cor ´eenne[2, 3].

UNICODEest une ´etape importante pour la portabilit ´e des documents `a travers les fronti `eres des diff ´erentes nations, des langages et des syst `emes informatiques. L’ ´eten- due des possibilit ´es d’UNICODEconstitue un d ´efi aux d ´eveloppeurs de logiciels, mais UNICODEest d ´ej `a implant ´e sur trois syst `emes r ´ecents, `a savoir Microsoft Windows NT .1, AT&T Bell Laboratories Plan 9 [4] et Apple QuickDraw GX [5].

1.1. Grands jeux et petits jeux de caracte`res

UNICODEpose probl `eme aux dessinateurs de caract `eres du monde occidental qui ne sont pas habitu ´es `a faire entrer des milliers de caract `eres dans un seul jeu. Pendant la grande majorit ´e de ces cinq derniers si `ecles, les caract `eres latins ont ´et ´e fondus et ont form ´es des casses (ou jeux de caract `eres) suffisants pour composer la majorit ´e des textes ´ecrits en langues europ ´eennes. Bien que, au d ´ebut, certains caract `eres aient pu ˆetre dessin ´es avec beaucoup de variantes et de ligatures pour imiter la tr `es riche vari ´et ´e de l’ ´ecriture manuscrite, le succ `es de l’imprimerie en Europe est partiellement duˆ `a l’ef- ficacit ´e et au bas couˆt de la composition g ˆace `a de petites s ´eries de caract `eres alphab ´e- tiques. Bien que latextura – le caract `ere utilis ´e par GUTENBERGdans saBible `a 42 lignes de 1455– 56 (le premier livre imprim ´e en Europe) – utilisait plus de 250 caract `eres et que l’humanistica corsiva grav ´ee par Francesco GRIFFOpour leVirgile d’ALDEen 1501 – le tout premier livre imprim ´e en italique – comprenait plus de 200 caract `eres, les jeux de caract `eres furent de plus en plus petits afin de r ´eduire les couˆts de gravure, de fonderie, de composition, etc.

Les jeux classiques de caract `eres contenaient les lettres capitales et bas de casse (avec accents et signes diacritiques), les ligatures, les chiffres, la ponctuation et parfois les petites capitales. Dans le tout premier manuel europ ´een d’imprimerie et de fonderie de caract `eres,Mechanick Exercises on the Whole Art of Printing, publi ´e en 1683, Jo- seph MOXONmontre une casse compos ´ee de capitales et de bas de casse contenant environ 140 signes [6]. Dans le premier volume de sonManuel typographique, paru en 1764, Pierre-Simon FOURNIERdresse une liste de 155 caract `eres (dont 32 petites capi- tales) pour une police romaine [7]. Dans leur abr ´eg ´e classique,Typographical Printing Sur- faces, LEGROSet GRANTcomptent, en 1916, 154 caract `eres (dont 29 petites capitales) pour une police romaine anglaise [8].

Le passage de la composition manuelle `a la composition m ´ecanique `a la fin du

XIXe

si `ecle n’a pas modifi ´e la taille moyenne des jeux de caract `eres, pas plus que ne l’a fait

(6)

le passage de la composition m ´ecanique `a la composition photographique dans les an- n ´ees 60. La matrice Monotype comprenait 225 `a 272 caract `eres, pour deux styles d’une m ˆeme famille, par exemple le romain et l’italique ; les matrices doubles de la Linotype

´etaient de taille ´equivalente [9]. En photocomposition, le nombre de caract `eres sur les films typographiques ou dans les matrices changeait beaucoup d’une machine `a l’autre ; cependant, le nombre de caract `eres d’un seul style variait `a peu pr `es de 88 `a 128 [10].

La machine `a ´ecrire, invention duXIXe

si `ecle rest ´ee en usage pendant tout leXXe si `ecle, offre elle aussi un jeu de caract `eres assez limit ´e. La machine `a ´ecrireIBM Selectric de r ´eputation mondiale des ann ´ees 60 aux ann ´ees 80, fournissait 88 caract `eres sur chaque

« boule ».

Dans les ann ´ees 80, les ordinateurs personnels et les imprimantes `a laser, com- mercialis ´ees dans le monde entier, ont favoris ´e la production de jeux de caract `eres plus grands, 256 caract `eres cod ´es sur 8 bits, adapt ´es `a diverses langues. Beaucoup de ces jeux de caract `eres, par exemple ceux du Macintosh Apple [11], de Windows de Micro- soft [12] et de PostScript d’Adobe [13], sont bas ´es sur la norme Iso Latin 1 avec en plus quelques lettres grecques et symboles divers [13]. Comme UNICODE, les normes de co- dage de caract `eres telles que Ascii ou Iso Latin 1 font correspondre aux caract `eres des codes num ´eriques lisibles par ordinateur, de fac¸on `a fournir une base normalis ´ee pour les

´echanges d’informations3. Ces normes fournissent aussi des codes pour les caract `eres dits « de contr ˆole » comme lecarriage return(« retour chariot », Ascii d ´ecimal 13) qui n’est pas imprimable mais qui a un r ˆole important dans les fichiers de textes ´electro- niques.

L’introduction de symboles non alphab ´etiques et de lettres non latines dans ces jeux de caract `eres `a 8 bits a exig ´e que les cr ´eateurs de police d ´ecident si ces symboles et ces lettres devaient avoir un style sp ´ecifique ou ˆetre g ´en ´eriques. Comme la plupart des desi- gners, nous pr ´ef ´erons des glyphes poss ´edant un style sp ´ecifique, car nous pensons que la cr ´eation de nouvelles polices pour l’ ´edition ´electronique est l’occasion de coordonner caract `eres picturaux, non latins et latins. Certains vendeurs de polices ont cependant fa- voris ´e les caract `eres picturaux g ´en ´eriques car ils sont relativement standardis ´es et qu’ils r ´eduisent donc le couˆt de production des polices.

Le choix entre symboles de style sp ´ecifique ou g ´en ´erique semble mineur pour les jeux de caract `eres `a 8 bits d’Iso Latin, car seule une douzaine de caract `eres est concer- n ´ee. Mais si on sort du domaine limit ´e de l’alphabet latin d ´efini par Iso Latin pour entrer dans le vaste royaume des ´ecritures du monde entier cod ´e en UNICODE, il devient crucial de d ´ecider d’unifier ou non le dessin de tous ces alphabets, signes, symboles et carac- t `eres h ´et ´erog `enes. Cette d ´ecision concerne le dessin de milliers de glyphes.

3On consultera les divers articles de ceCahier GUTenbergsur ces normes {Ndlr}.

(7)

2. Objectifs de notre cr ´eation

2.1. Syste`me international

En ´elaborant une police UNICODE, notre premi `ere motivation a ´et ´e de fournir un en- semble standardis ´e de glyphes qui puissent ˆetre utilis ´e comme fonte par d ´efaut pour dif- f ´erents syst `emes d’exploitation et langages. Nous voulions que, `a l’int ´erieur d’une police donn ´ee, les divers alphabets et symboles suivent le m ˆeme style de dessin. Si la m ˆeme police de base est utilis ´ee dans diff ´erents syst `emes acceptant UNICODE, la chasse et l’apparence des caract `eres seront pr ´evisibles et stables. Tout document – qu’il s’agisse de brefs messages de courrier ´electronique ou de rapports techniques multilingues com- plexes – sera facilement portable sans d ´eformation typographique.

UNICODEest une norme de codage de caract `eres et non de glyphes. Rien n’oblige que le glyphe correspondant au code p ´ecis d’un caract `ere UNICODEait un dessin particu- lier ni que les glyphes de diff ´erents sous-ensembles d’UNICODEpartagent des caract ´eris- tiques communes. Par cons ´equent, pour concevoir facilement une police UNICODE, on pourrait assembler de fac¸on arbitraire des polices disparates : une police latine d’une cer- tain style, une grecque d’un style diff ´erent, une cyrillique d’un troisi `eme, des op ´erateurs math ´ematiques d’un quatri `eme, et ainsi de suite, toutes avec des graisses, chasses, pro- portions et formes diff ´erentes. Deux polices UNICODEdiff ´erentes ´elabor ´ees ainsi au ha- sard auraient des jeux de caract `eres UNICODEidentiques mais produiraient des glyphes tr `es diff ´erents.

Mais ce genre de conception al ´eatoire poserait des probl `emes : les caract ´eristiques typographiques des documents, des fen ˆetres de programmation, des ´ecrans et des autres images bas ´ees sur du texte ne seraient pas conserv ´ees lors du portage entre sys- t `emes utilisant des polices diff ´erentes. Chaque ´el ´ement typographique pourrait changer : style, fins de lignes, coupures de pages, longueur du document, taille des fen ˆetres, etc.

Notre but ´etait d’ ´eliminer ce genre de probl `emes en cr ´eant une police par d ´efaut qui offre stabilit ´e et fiabilit ´e, quelque soit le syst `eme utilis ´e.

2.2. Dessin harmonise´ de caracte`res

Notre seconde motivation a ´et ´e de tester le concept de dessin harmonis ´e(harmo- nized design) pour des jeux internationaux de caract `eres. Par « harmonisation », nous entendons la r ´egularisation et l’accord des graisses et des alignements de base des al- phabets disparates pour qu’ils fonctionnent ensemble, leurs diff ´erences inutiles ´etant minimis ´ees mais leurs diff ´erences essentielles et significatives ´etant pr ´eserv ´ees. Ainsi filtrons-nous le « bruit » des artifices de dessin insignifiants et des accidents historiques pour amplifier au contraire le « signal » des caract ´eristiques significatives du caract `ere.

Avec une police harmonis ´ee, quand on passe, dans un texte, du latin au cyrillique, ou du grec `a l’h ´ebreu, ou quand on y introduit des expressions math ´ematiques ou autres symboles, alors la taille, la graisse et le rythme des caract `eres ne devraient pas changer

(8)

d’apparence ni choquer ou distraire le lecteur ; les formes de base devraient n ´eanmoins ˆetre distinctes et imm ´ediatement reconnaissables.

Si l’harmonisation d’une police semble souhaitable, il n’est pas possible en pratique de tester l’efficacit ´e typographique de ce style de conception unifi ´ee sans utiliser une vraie police de symboles et caract `eres int ´egr ´es et harmonis ´es. Les id ´ees de design for- mel doivent ˆetre conc¸ues avant d’ ˆetre ´evalu ´ees. UNICODEfournit des codes, des noms et des repr ´esentations graphiques minimales des caract `eres, mais n’offre aucune ligne directrice pour harmoniser des jeux de caract `eres disparates. D’ailleurs, il n’existe au- cune r `egle g ´en ´erale d’harmonisation de caract `eres ; seules quelques familles de carac- t `eres existantes peuvent nous servir de mod `ele.

Parmi celles-ci, citons (bien qu’elle ne soit jamais parue dans son int ´egralit ´e) la cu- rieuse familleRomulus de Yan VANKRIMPENqui comprenait `a l’origine le romain, le grec, la cursive chanceli `ere et des caract `eres sans empattements [14]. La familleEncyclope- dia de Nikolaı¨ KUDRYANSHOVqui incluait des alphabets latin, grec et cyrillique, avec ou sans empattements, ainsi que des signes et symboles sp ´eciaux, est un autre exemple int ´eressant. Elle fut ´elabor ´ee `a l’origine pour une encyclop ´edie sovi ´etique, mais elle est rest ´ee peu connue hors de Russie [15]. LeTimes New Roman de Stanley MORISON[16, 17], l’Helvetica de Max MIEDINGER[18], l’Univers d’Adrian FRUTIGER[18] et leGill Sans d’Eric GILL[17] sont autant d’exemples carct ´eristiques d’harmonisation de caract `eres ini- tialement cr ´e ´es uniquement pour l’alphabet latin mais qui, `a la suite de leur diffusion inter- nationale, ont ´et ´e ´etendus aux caract `eres grecs et cyrilliques. L’ ´elaboration d’une police UNICODEnous m `ene encore plus loin.

2.3. Lisibilite´ compare´e

La conception d’ ´ecritures non latines est aussi l’occasion de rechercher les

« universels » de la lisibilit ´e. La plupart des recherches sur la lisibilit ´e en Europe ou en Am ´erique se sont concentr ´ees sur les caract `eres latins, ´evaluant et comparant le r ˆole de facteurs tels que la graisse, la pr ´esence d’empattements, les capitales et le style [19, 20].

Les typographes et les lecteurs des langues latines sont pr ˆets `a donner leur avis sur la lisibilit ´e compar ´ee des caract `eres avec ou sans empattements, ou du romain et de l’ita- lique ; pourtant il ne s’agit que de d ´etails quand on le compare aux diff ´erences profondes qui existent, au niveau de la forme ou du d ´etail, entre l’alphabet latin et des alphabets tels que l’h ´ebreu, l’arabe, l’arm ´enien ou le sanscrit et qui offrent pourtant des niveaux de lisibilit ´e `a peu pr `es ´equivalents `a ceux du latin. En tant que dessinateurs de caract `eres, nous aimerions savoir dans quelle mesure les « r `egles » qui gouvernent la lisibilit ´e des langues latines s’appliquent aux non latines. SHIMRONet NAVON, par exemple, notent une diff ´erence significative dans la distribution spatiale des caract ´eristiques distincives entre alphabets romains et h ´ebreux [21]. Nous aimerions voir publi ´ees de telles ´etudes inter-culturelles pour toutes les ´ecritures non-latines. Mais, en attendant, l’exp ´erimenta- tion reste une autre fac¸on d’ ´etudier ces notions m ˆeme si ce n’a qu’un sens intuitif ou anecdotique.

(9)

2.4. Histoire et culture

Enfin, une de nos motivations relevait d’un plaisir artistique : dessiner les nombreux glyphes d’UNICODE. C’est l’occasion de contempler le pass ´e tout en participant au futur en d ´eveloppant des milliers de formes graphiques abstraites ´elabor ´ees depuis plusieurs mill ´enaires par des g ´en ´erations de scribes de nombreuses civilisations. Concevoir une telle police est le moyen d’ ´etudier et d’appr ´ecier, `a une ´echelle microscopique, la richesse de la culure et de l’histoire de la lettre. Pour nous, ´etudier et reproduire le dessin d’une lettre grecque ou copte d ´eriv ´ee d’un hi ´eroglyphe ´egyptien, ou n’importe quelle autre de ces milliers de formes ´ecrites, revient `a essayer de comprendre ce que pensait notre coll `egue il y a des milliers d’ann ´ees lorsqu’il faisait cette m ˆeme forme. C’est comme tra- vailler dans l’esprit du th ´eor `eme de PYTHAGOREavec le mode de pens ´ee d’un g ´eom `etre d’alors. La forme n’est plus une ombre sans vie sur une page, mais une id ´ee vivante.

Nous ne pouvions pas laisser passer une telle occasion !

3. Conception de notre police

3.1. Choix d’une line´ale

Nous avons choisi de baser notre premi `ere police UNICODEsur des caract `eres sans empattement. Il y a plusieurs raisons `a cel `a.

1. Dans la plupart des cultures typographiques, les caract `eres sans empattements sont de cr ´eation plus r ´ecente et sont par cons ´equent plus distants du contexte historico-culturel que les caract `eres avec empattements. Par ailleurs, l’utilisation courante de lin ´eales pour les logos des compagnies a ´eriennes, pour les ´echanges et les communications internationales, etc., les a rendues famili `eres dans le monde entier. Les lin ´eales tendent donc `a avoir une apparence neutre mais rassurante, sans connotation sp ´ecifique `a une nation, une soci ´et ´e, une langue, une culture ou une religion particuli `ere.

2. Notre police UNICODEest d’abord destin ´ee `a ˆetre utilis ´ee dans un environnement technique : pr ´eparation, ´echange et impression de documents ´electroniques. De- puis les ann ´ees 20, les lin ´eales ont ´et ´e promues pour leur aspect moderne, tech- nique et industriel ; elles semblent donc appropri ´ees `a tout traitement de docu- ments ´electroniques.

3. Les lin ´eales permettent de bien voir les propri ´et ´es graphiques essentielles des lettres. Bien que l’histoire ait montr ´e que les lin ´eales ne sont jamais vraiment d ´e- pourvues de caract ´eristiques stylistiques, elles ont une apparence plus simplifi ´ee que leurs homologues avec empattements. Elles permettent ainsi de montrer les traits fondamentaux d’un alphabet sans se noyer dans des d ´etails. Le dessinateur peut ainsi analyser plus facilement les diff ´erences distinctives entre caract `eres et par l `a de mieux comprendre les diff ´erences entre alphabets.

(10)

4. Les lin ´eales offrent de suite une solution simple au probl `eme de l’italique. La cr ´ea- tion d’un caract `ere romain (le terme caract `eredroit, moins culturel, serait peut- ˆetre plus appropri ´e puisque UNICODEest suppos ´e inclure le grec, le cyrillique, l’h ´ebreu et d’autres alphabets) n ´ecessite celle d’un italique (de m ˆeme, les termesoblique, en biais, penche´ ou incline´ seraient peut- ˆetre meilleurs). Les caract `eres avec em- pattements sont habituellement accompagn ´es de vraies cursives dont les formes ne sont pas seulement inclin ´ees mais aussi diff ´erentes (comparez le «

a

» duTimes romain au «

a

» duTimes italique), alors que les italiques lin ´eales ne sont souvent que des versions pench ´ees du romain.

Beaucoup de typographes puristes pensent que la qualit ´e de simples obliques est inf ´erieure `a celle des vraies cursives. Stanley MORISONaffirma cependant, en 1926, que l’italique id ´eale pour un romain devait ˆetre une version inclin ´ee de ce romain [22]. Bien que la th ´eorie de MORISONne marche pas pour les caract `eres avec empattements (il ne la suivit d’ailleurs pas lui-m ˆeme quand il cr ´ea sonTimes), la norme pour les lin ´eales est de pencher les romains pour obtenir l’italique corres- pondante.

E´tant donn ´e qu’un caract `ere oblique peut ˆetre obtenu par transformation d’un des- sin droit, la premi `ere version deLucida Sans UNICODEpourraıˆt ˆetre munie d’une italique par simple appel `a quelque algorithme de transformation g ´eom ´etrique du syst `emes d’affichage. Il ne serait donc pas n ´ecessaire, dans un premier temps, de cr ´eer une police sp ´eciale. Si on impl ´emente UNICODEcomme une grande police unique, on ´economise la place m ´emoire (centrale ou dans les imprimantes) des ita- liques en utilisant un programme de calcul des obliques. De plus, une oblique est beaucoup plus facile `a concevoir qu’une vraie italique cursive m ˆeme si les cr ´eateurs consciencieux n’utilisent pas qu’un simple algorithme pour pencher, mais modi- fient les formes obliques avec finesse.

En plus de ces facteurs ´economiques, il y a aussi un autre argument en faveur d’un caract `ere d’accompagnement oblique pour une police UNICODE: la notion de

« vraie italique » n’est pas un concept universel. La distinction europ ´eenne entre caract `ere droit et caract `ere cursif ne fait pas partie de la tradition de certaines ´ecri- tures non-latines, par exemple l’h ´ebreu (qui utilise par contre d’autres r `egles) ; une simple oblique est donc une distinction graphique plus universelle, bien que mini- male, qui peut ˆetre appliqu ´ee de fac¸on identique `a toute ´ecriture non latine.

Nous avons bas ´e notre police UNICODEsurLucida Sans qui est la version sans empat- tement d’une grande famille de caract `eres comprenant aussi des polices avec empatte- ments, `a chasse fixe, en script et pour les math ´ematiques [23, 24]. Tout comme d’autres caract `eres sans empattements « humanistes » tels queGill Sans ou Syntax de Hans Ed.

MEIER[25],Lucida Sans est plus proche des caract `eres de la Rennaissance, avec leur ductus manuscrit, que des lin ´eales industrielles desXIXetXXe

si `ecles. E´tant donn ´e que notre ´etude de chaque ´ecriture, latine ou non, d ´ebute par celle de l’ ´ecriture manuelle et de la calligraphie, nous pensons qu’il est opportun de baser la police UNICODEsur une cr ´ea- tion moderne qui conserve une sensibilit ´e manuscrite. Bien suˆr,Lucida Sans ´etant notre

(11)

propre cr ´eation, nous comprenons sa « logique » fondamentale et comment l’ ´etendre `a d’autres ´ecritures. Nous avons aussi le droit l ´egal de le faire4!

A propos de nos arguments en faveur d’une « italique » oblique pour U` NICODE, rap- pelons ici queLucida Sans Italique originale est une vraie cursive, bas ´ee sur les formes de chancellerie de la Renaissance et non un romain pench ´e ; la version inclin ´ee d’UNICODE

sera donc appel ´eeLucida Sans ( UNICODE) ‘Oblique’ pour la distinguer de vraies cursives.

3.2. Mise au point des signes diacritiques

Quand nous avons vu le tr `es grand nombre d’accents et de signes diacritiques qui apparaissent dans UNICODE, nous avons conclu que, pour am ´eliorer la lisibilit ´e dans la composition de textes internationaux, les accents et les diacritiques devaient ˆetre conc¸us sensiblement diff ´eremment de la version standard deLucida Sans. Dans un texte mono- lingue d’orthographe classique, il y a relativement peu d’accents diff ´erents et la plupart des bons lecteurs ont le sens de l’« image des mots » susceptibles d’ ˆetre rencontr ´es : ils peuvent ainsi distinguer des mots se ressemblants. Les accents doivent donc ˆetre claire- ment diff ´erenci ´es mais sans exag ´eration : trop grand ou trop ´epais, ils sont plus g ˆenants qu’utiles au lecteur. Il n’en est pas de m ˆeme pour les textes multi-lingues ou` il peut y avoir beaucoup d’accents diff ´erents selon l’orthographe des langues utilis ´ees, lesquelles langues sont d’ailleurs souvent mal connues du lecteur. Pour faciliter la lisibilit ´e, ou du moins pour faciliter le dechiffrage, les signes diacritiques n ´ecessitent une plus grande diff ´erenciation. Nous avons donc cr ´e ´e des signes diacritiques bas de casse pourLucida Sans UNICODEqui sont un peu plus grands et d’une modulation l ´eg `erement diff ´erente de ceux deLucida Sans original. Suivant une pratique courante, nous avons aussi utilis ´e les accents des bas de casse pour les capitales.

Les sous-ensemble Latin 1 et Latin europ ´een (voir figure 1) d’UNICODEcontiennent plusieurs caract `eres compos ´es de lettres et de signe diacritiques, mais cela ne limite pas les combinaisons possibles « lettre + diacritique ». UNICODEinclut en effet un jeu de signes diacritiques flottants (voir figure 2) qui peuvent se combiner avec n’importe quelle lettre. Ils ne varient pas en fonction du contexte ou` ils sont utilis ´es, c’est- `a-dire qu’il n’y a qu’un seul jeu pour les capitales et les bas de casse. Dans notre premi `ere version de Lucida Sans UNICODE, nous les avons impl ´ement ´es comme des signes diacritiques pour bas de casse et nous avons calcul ´e leurs positions par d ´efaut pour qu’ils soient centr ´es au dessus d’un « o » bas de casse. Dans l’id ´eal, il devrait y avoir au moins deux jeux de glyphes, un pour les bas de casses et un pour les capitales qui seraient automatiquement choisis par le gestionnaire de composition en ligne du syst `eme d’exploitation ou de l’appli- cation. Il faudrait aussi un jeu de tables de cr ´enage qui optimiseraient l’allure de chaque paire « lettre + diacritique ». En raison de nombreuses questions et probl `emes concer- nant la position id ´eale des signes diacritiques, nous remettons `a une version future de la police la mise au point de doubles jeux de glyphes et de tables de cr ´enage.

4Charles BIGELOWest un sp ´ecialiste, et vigoureux d ´efenseur, du droit de copie des fontes. Voir par exemple « Du piratage des fontes »,TSI – techniques et science informatique, 6(3), 1987, 255–259 et de nombreuses interventions danscomp.font. {Ndlr}

(12)

3.3. Chasse variable et chasse fixe

Dans une police `a chasse variable (comme celle que vous lisez en ce moment), la chasse d’un caract `ere est proportionnelle `a sa forme. Un « m » `a chasse variable (d’une fr ´equence spatiale de trois cycles) est plus large qu’un « n » (fr ´equence de deux cycles) qui a son tour est plus large qu’un « i » (un seul cycle). Le rythme d’un mot comme

« minimum » est une alternance r ´eguli `ere de formes positives et n ´egatives qui donnent un rythme r ´egulier au d ´eroulement du texte. Pour conserver l’aspect traditionnel des dif- f ´erents alphabets et symboles d’UNICODE, nous avons conc¸u notre premi `ere police UNI-

CODEavec une chasse variable.

Dans une police `a chasse fixe, commeCourier, tous les caract `eres ont la m ˆeme lar- geur de telle sorte que le «

m

» est resserr ´e et le «

i

» ´etendu ; «

minimum

» a un rythme irr ´egulier puisque la fr ´equence spatiale des lettres change sans cesse dans la largeur fixe des cellules. La premi `ere norme `a utiliser des polices `a chasse fixe a ´et ´e celle du Telex, suivie par celles pour les terminaux d’ordinateurs et les imprimantes jusqu’au milieu des ann ´ees 80. Malgr ´e leurs d ´efauts esth ´etiques, les polices `a chasse fixe offrent simplicit ´e et rigueur dans la m ´etrique et sont donc toujours utilis ´ees par d ´efaut, m ˆeme dans les syst `emes de fen ˆetrage r ´ecents : ´emulateurs de terminal TTY, « consoles », interfaces de programmation, ´emulateurs d’imprimante ligne `a ligne et autres logiciels survivants d’une

´epoque r ´evolue.

Les polices `a chasse fixe ont une utilit ´e ind ´eniable ; c’est pourquoi on nous a de- mand ´e, peu apr `es la sortie de notreLucida Sans UNICODE`a chasse variable, d’en faire une version `a chasse fixe compatible avec les anciens logiciels « r ´etros » encore large- ment utilis ´es dans le monde informatique. Nous avons bas ´e cette seconde police com- patible UNICODEsur notreLucida Sans Typewriter. Celle ci est souvent utilis ´ee pour ´emu- ler les polices de terminal et d’imprimante `a lignes, mais aussi pour distinguer les pro- grammes du texte dans les documents techniques ( `a propos de cette utilisation, voir les actes du colloque annuel de 1993 duTEX User Group [26]). Les polices `a chasse fixe sont habituellement ignor ´ees en typographie car on les associe `a la machine `a ´ecrire, tech- nique consid ´er ´ee de qualit ´e inf ´erieure `a la « vraie » typographie. Mais les connaisseurs savent que les caract `eres `a chasse fixe sont tr `es vieux : les inscriptions grecquesstoiche`- don datent duVe

si `ecle avant notre `ere. L’ ´elaboration d’une police `a chasse fixe est loin d’ ˆetre ´evidente et requiert beaucoup d’ing ´eniosit ´e et d’adresse, m ˆeme si le r ´esultat n’est pas appr ´eci ´e `a sa juste valeur. Parmi les jeux de caract `eres alphab ´etiques d’UNICODE, le cyrillique pose un probl `eme int ´eressant en chasse fixe : compar ´e au latin, il contient un plus grand nombre de caract `eres `a grande fr ´equence spatiale (trois cycles ou plus par lettre) sur l’axe horizontal. L’h ´ebreu, par contre, est plus facilement adaptable, les lettres

`a grande fr ´equence spatiale ´etant rares.

3.4. Cre´nage vertical des signes diacritiques

Nous avons aussi ´et ´e g ´en ´es, lors de l’ ´elaboration de notre police UNICODE`a chasse fixe, par la hauteur des signes diacritiques. Le logiciel de la plupart des t ´el ´etypes et des sy- t `emes de fen ˆetrage supposent, `a cause de leur origine ancienne, que les caract `eres sont

(13)

disjoints : aucun ´el ´ement ne peut s’introduire dans les cellules de caract `eres, ni dessus, ni dessous, ni de c ˆot ´e. Quand le texte est d ´eroul ´e, manipul ´e, coll ´e ou effac ´e, des mor- ceaux de caract `eres s’introduisent dans l’espace de cellules voisines et peuvent poser plusieurs types de probl `emes : pixels dispers ´es sur l’ ´ecran, morceaux de lettres coup ´ees, etc. Faire l’hypoth `ese qu’un caract `ere est enferm ´e dans une cellule pouvait se concevoir du temps des premiers terminaux et t ´el ´etypes ; mais ce n’est plus vrai avec les polices typographiques. Dans beaucoup de polices num ´eriques de PostScript ou de TrueType, les signes diacritiques sur les capitales d ´epassent la hauteur du corps. En effet, afin de r ´eduire la taille m ´emoire des fontes num ´eriques, les caract `eres accentu ´es, capitales ou bas de casse, sont compos ´es `a l’aide de deux programmes ind ´ependants, l’un pour la lettre et l’autre pour le diacritique. De plus, une seule forme de diacritiques est utilis ´ee, celle pour les bas de casse. Cette forme ´etant souvent plus grande que celle qu’il faudrait pour les capitales, les signes diacritiques plac ´es sur les capitales se trouvent ainsi plus hauts que le sommet du corps proprement dit.

Le « cr ´enage » vertical n’est en g ´en ´eral pas un probl `eme dans les textes imprim ´es.

Si on compose `a l’aide de bas de casse et de capitales, les capitales accentu ´ees sont peu nombreuses et coı¨ncident rarement avec les descendantes de la ligne sup ´erieure ; si on ne compose qu’en capitales, les capitales accentu ´ees peuvent ˆetre fr ´equentes, mais les descendantes sont rares ( `a part quelques Q et J). Si les accents rencontrent trop souvent les descendantes, on peut toujours soit interligner d’avantage, soit r ´eduire le corps sans modifier l’interlignage. Mais ces deux solutions ne sont pas applicables aux ´ecrans de ter- minaux `a taille fixe. Dans le premier cas, on r ´eduirait le nombre de lignes dans la fen ˆetre ; dans le second, c’est la r ´esolution effective qui diminuerait au d ´etriment des d ´etails et de la lisibilit ´e.

Nous avons r ´esolu ce probl `eme en cr ´eant une version sp ´eciale, de Procustre, deLu- cida Sans Typewriter. Les capitales et les signes diacritiques de cette nouvelle police, Lu- cida Console, sont sp ´ecialement raccourcis pour le latin, le cyrillique, le grec et les autres alphabets qui utilisent des capitales. On obtient ainsi un caract `ere `a chasse fixe, qui res- pecte le corps, qui a des capitales accentu ´ees distinctes, un bonne diff ´erentiation de taille entre capitales et bas de casse, ces derni `eres ´etant de grand œil. Gr ˆace `a la possibilit ´e de combinerLucida Sans UNICODEetLucida Sans Typewriter et comme ces deux polices existent d ´ej `a, nous avons gagn ´e en rapidit ´e et en efficacit ´e lors du processus de cr ´eation.

4. Incertitudes et probl `emes

Apr `es avoir donn ´e des arguments en faveur de la cr ´eation d’une police UNICODE, nous devons aussi exposer les arguments contre une telle entreprise et les diff ´erents probl `emes que nous avons rencontr ´es.

4.1. Ars longa, vita brevis

La premi `ere objection pourrait ˆetre tir ´ee du c ´el `ebre proverbe d’HIPPOCRATE:Ars longa, vita brevis (« l’art est long, la vie est br `eve »). Une police qui contiendrait tout UNI-

(14)

CODE1.0 aurait une taille d ´ecourageante, la norme continuant de grossir au fur et `a me- sure que le Consortium UNICODElui ajoute des caract `eres. M ˆeme sans le jeu chinois- japonais-cor ´een, les alphabets et symboles forment environ 4000 caract `eres distincts, soit 16 fois plus que dans les jeux habituels de caract `eres cod ´es sur 8 bits. Pour que tous ces caract `eres soient harmonis ´es, il faut qu’ils soient conc¸us par un seul cr ´eateur ou par quelques uns en ´etroite collaboration. Dans la plupart des cas, il faut donc des an- n ´ees pour qu’une police UNICODEsoit achev ´ee, et les premi `eres versions seront in ´evi- tablement incompl `etes. Nous pensons ´elaborer la police comme une s ´erie de logiciels, ou` chaque nouvelle version ajoutera des « fonctionnalit ´es » sous forme de jeux de carac- t `eres compl ´ementaires.

Une police incompl `ete ne devrait pas porter le nom UNICODEcar les utilisateurs pour- raient croire par erreur qu’elle contient l’ensemble complet des 28 000 caract `eres. Cepen- dant, il est difficile de nommer une police form ´ee de nombreux sous-ensembles. Notre permi `ere version deLucida Sans UNICODEcontient 1725 caract `eres, ceux des blocs UNI-

CODEsuivants: Ascii, Latin 1, Latin europ ´een, latin ´etendu, phon ´etique, modificateurs de lettres, signes diacritiqeus flottants, grec, cyrillique, h ´ebreu, ponctuation g ´en ´erale, expo- sants et indices, pictogrammes des caract `eres de contr ˆole, ´el ´ements de formulaires et graphiques, filets et formes g ´eom ´etriques. D’autres jeux, arm ´enien, arabe, sanscrit et les variantes d’indien ainsi que divers jeux de symboles (formes de nombres, technique, dingbats, etc.) seront ajout ´es dans les prochaines versions. Nous n’avons pas encore trouv ´e `a ce jour une m ´ethode de d ´enomination qui puise d ´ecrire avec concision tous les sous-ensembles contenus dans une police UNICODE, d’autant plus que beaucoup de sys- t `emes d’exploitation imposent de s ´ev `eres limitations `a la longueur des noms de fichiers.

Ces 4 000 lettres et symboles ne sont qu’une fraction d’UNICODEcomplet : il y a environ 24 000 caract `ereside´ographiques Han5[3]. Il s’agit des logographes utilis ´es en chinois, japonais et cor ´een. UNICODE« unifie » les caract `eres communs `a ces ´ecriture puisque les id ´eogrammes sont pour la plupart d ´eriv ´es de sources communes ; mais, se- lon les pays et les cultures, les styles graphiques se diff ´erencient. En cons ´equence, une interpr ´etation unique du jeuide´ographique Han n’est pas possible pour les trois pays.

Nous devons donc admettre que l’ampleur du travail sur la repr ´esentation de milliers de glyphes duide´ographique Han d ´epasse la port ´ee de notre seule participation, malgr ´e notre ´emerveillement pour ces caract `eres : « l’art est long, la vie est br `eve » ! Une solu- tion pratique `a ce probl `eme serait d’adjoindre `a la partie « alphab ´etique » de notre police UNICODEdes polices id ´eographiques de m ˆeme style. Pour le japonais, par exemple, nous pourrions associer `aLucida Sans UNICODEune police Kanji de style « gothique »6avec graisse et proportions en harmonie. de m ˆeme pour le chinois et le cor ´een. Notre r ˆole consisterait alors `a collaborer avec des coll `egues chinois, japonais et cor ´eens.

5Hanveux dire tout simplement « chinois », au sens ethnique du terme : le peuple chinois, la civilisation chinoise, etc.

Han-zi, c’est l’ ´ecriture chinoise (« id ´eogrammes chinois », ou logographes chinois, mais id ´eogrammes, quoique ´ethymo- logiquement incorrect, est le plus utilis ´e et le mieux compris). En japonais, Hanzi devient Kanji, mais ce sont exactement les m ˆemes id ´eogrammes ; dans le cas du cor ´een, il y a un peu plus de diff ´erences. L’ ´evolution historique des ´ecritures a fait que les m ˆemes caract `eres d’origine ont `a l’heure actuelle des graphies variables. C’est ce que nous voulons indiquer, tout en ´evitant des conflits de susceptibilit ´e nationale, en conservant le mot Han de pr ´ef ´erence `a chinois. {Ndlr}

6Le terme japonais « gothique » est ´equivalent `a « sans empattement » ; il est ´egalement utilis ´e en anglais pour les lin ´eales, en particulier pour les cr ´eations am ´ericaines duXIXesi `ecle commeFranklin GothicouNews Gothic.

(15)

4.2. Frontie`res culturelles et cre´ation

La seconde objection rel `eve du probl `eme des « fronti `eres culturelles » : les cr ´eateurs de caract `eres comp ´etents dans une certaine tradition le sont-ils dans une autre ? Nous avons d ´ej `a mentionn ´e les diff ´erences culturelles entre les caract `ereside´ographiques Han utilis ´es dans les diff ´erents pays asiatiques, mais on retrouve des probl `emes similaires, `a plus petite ´echelle il est vrai, pour les ´ecritures latines. LeTimes romain adapt ´e par Stan- ley MORISONen 1931 d’une cr ´eation franc¸aise duXVIe

si `ecle (avec sans doute quelques influences flamandes) est un exemple instructif. Bien que MORISONfit autorit ´e en ty- pographie auXXe

si `ecle et que leTimes romain fuˆt un des caract `eres les plus employ ´es, des typographes reproch `erent auTimes New Roman son style trop anglo-saxon. Pour r ´e- pondre `a ces critiques franc¸aises et permettre auTimes de mieux attaquer le march ´e fran- c¸ais, la soci ´et ´e Monotype grava une version sp ´eciale de ce caract `ere en tenant compte des pr ´eceptes de Maximilien VOX, c ´el `ebre typographe franc¸ais7[16, 27]. La re-cr ´eation par Vox rendit leTimes sensiblement plus proche du style recherch ´e du Romain du Roi grav ´e par Philippe GRANDJEANvers 1693. Si Anglais et Franc¸ais – peuples engag ´es dans des ´echanges litt ´eraires et culturels depuis la fin duVIIIe

si `ecle (lorsque Alcuin de York, sur invitation de Charlemagne, devint le maıˆtre des ´ecoles du Palais de l’Empire franc) – peuvent ne pas avoir la m ˆeme notion de gouˆt typographique, que dire pour des cultures radicalement oppos ´eess !

Les Franc¸ais n’ont pas ´et ´e les seuls `a vouloir modifier leTimes. Monotype en grava une version pour l’Allemagne avec des capitales plus maigres, plus adpat ´ee `a l’allemand ou` chaque substantif prend une majuscule [16]. `A notre connaissance, cette version n’est pas disponible pour les imprimantes `a laser. Le typographe suisse Hans MEIERa lui aussi dessin ´e unTimes exp ´erimental pour le d ´epartement d’informatique de l’ETH `a Zurich [25].

On retrouve, de fac¸on encore plus flagrante, un tel gouffre de diff ´erence culturelle avec un caract `ere dessin ´e pour l’h ´ebreu par Eric GILLen 1937, caract `ere que Henri FRIED-

LAENDERconsid `ere comme une « curieuse tentative hybride d’imposer le syst `eme de la capitale romaine dans la Merooba alors que celle-ci est gouvern ´ee par des lois compl `e- tement diff ´erentes » [28]. LeHadassah de FRIEDLAENDERest toujours utilis ´e en Isra ¨el, mais plus les caract `eres de GILL.

Face au dilemme culture/design, nous pouvons nous r ´ef ´erer aux sciences sociales telles que l’ethnologie et la linguistique, qui supposent que la culture humaine est com- pr ´ehensible et transmissible au del `a des fronti `eres d’une soci ´et ´e donn ´ee. Une telle d ´e- marche peut aussi s’appliquer `a la typographie. Pour quelquun de tradition latine, dessiner un caract `ere non-latin est l’occasion d’apprendre de nouvelles r `egles de dessin, de nou- veaux concepts et de nouveaux modes de lisibilit ´e. En effet, comme le montre l’histoire de la typographie europ ´eenne, la majorit ´e des bons dessinateurs de caract `eres a regard ´e les caract `eres non-latins avec enthousiasme et respect. LesGrecs Aldins de Francesco GRIFFO[29], lesGrecs du roi de Claude GARAMOND[30], lesHe´breux de Guillaume LE

B[31] et lesGrecs, He´breux, Syriens et Arabes de FOURNIER[7, vol. 2] t ´emoignent du

7Vox, de son vrai nom Samuel Monod, 1894–1974, a notamment cr ´e ´e la revueCaracte`res, la classification qui porte son nom, lesRencontres de Lureet l’ATypI, Association de Typographie Internationale{Ndlr}.

(16)

savoir-faire, de la compr ´ehension et de l’attachement que les cr ´eateurs ont montr ´es pour les ´ecritures ´etrang `eres.

Si nous devions nominer un patron ou un mod `ele historique de la cr ´eation de carac- t `eres pluri-culturel pour son apport `a la typographie moderne, ce serait RobertGRANDJON, graveur franc¸ais de poinc¸ons duXVIe

si `ecle. Artiste renom ´e pour son habilet ´e, graveur de romains et italiques ´el ´egants, il a ´et ´e particuli `erement g ´enial dans la gravure de splen- dides polices pour l’arm ´enien, l’arabe, le cyrillique, le syrien et proablement aussi pour l’h ´ebreu et le grec. `A Rome, ses m ´ec `enes ´eccl ´esiastiques l’appelaient « l’excellent», le

« plus extraordinaire » ou « le meilleur » des graveurs de lettres [30].

4.3. Homoge´ne´isation

On pourait penser que c’est l’homog ´en ´eit ´e et non l’harmonisation qui r ´egularise les dessins de lettres. Si l’on efface les diff ´erences distinctives, on augmente les possibili- t ´es de confusion. Aussi, filtrer le bruit superflu risque au contraire d’ ´eliminer les parties signifiantes d’un signe et donc de l’alt ´erer, l’affaiblir et le parasiter.

Pour ´eviter ce probl `eme, nous avons essay ´e d’apprendre les r `egles de base inh ´e- rantes `a chaque langue non latine avant d’en commencer le dessin pour UNICODE. Nous avons ´etudi ´e des manuels pour enfants, des livres de calligraphie pour adultes, des photos d’ ´ecritures manuscrites historiques, des caract `eres cr ´e ´es par des typographes sp ´ecialistes de ces ´ecritures et toutes sortes d’exemples de textes typographi ´es et d’images. Notre approche n’est pas infaillible, mais du moins est-elle bas ´ee sur l’ ´ecri- ture elle-m ˆeme et non sur les notions latines de cr ´eation de lettres « correctes ». Nous n’avons pas essay ´e d’adapter ces ´ecritures non latines `a un mod `ele latin pr ´ecis. PourLu- cida Sans He´breu, par exemple, nous avons mis au point et test ´e trois versions. Dans l’une, les lettres h ´ebraı¨ques ´etaient align ´ees sur les capitales latines ; dans une autre, elles l’ ´etaient sur les bas de casse ; dans la troisi `eme, `a mi-chemin entre les deux. C’est cette derni `ere qui offrait le meilleur r ´esultat quand de l’h ´ebreu ´etait utilis ´e en m ˆeme temps que des capitales et des bas de casse latines. De m ˆeme, nous avons respect ´e la modulation traditionnelle de la graisse pour l’h ´ebreu : les ´el ´ements horizontaux sont plus gras que les verticaux, ce qui est contraire aux habitudes latines. En les graissant ainsi, nous avons donn ´e aux caract `eres h ´ebreux une « pr ´esence » ´equivalente `a celles des caract `eres latins.

4.4. Norme de caracte`res ou de glyphes ?

Ainsi que nous l’avons dit plus haut, UNICODEest une norme de codage de carac- t `eres et non de glyphes. Elle ne prend pas en compte les diverses versions de carac- t `eres si ils sont seulement « allographiques », c’est- `a-dire si les diff ´erences n’ont pas de sens orthographiquement parlant, ou si elles ne changent pas la signification d’un mot.

Par exemple, UNICODEconsid `ere la capitale latine « B » comme un caract `ere et le bas de casse « b » comme un autre caract `ere car ils sont diff ´erents pour l’orthographe la- tine. En anglais,Bill est le diminutif de William alors que bill signifie bec d’oiseau, bord

(17)

de casquette ou facture8. En revanche, UNICODEconsid `ere qu’un «b » italique ou qu’un

«b» gras ne sont pas diff ´erents d’un « b » romain parce que ces lettres sont simplement des allographes ou, comme disent les linguistes, parce que les diff ´erences graphiques ne sont pas orthographiquement signifiantes.

La correspondance biunivoque d’isomorphisme entre caract `ere et glyphe dans une police n’est pas toujours sans inconv ´enients. Dans bien des cas, les polices doivent contenir plus de glyphes que de caract `eres. La belle typographie latine n ´ecessite sou- vent des variantes de lettres ou de symboles graphiquement distincts mais ne corres- pondant pas `a des caract `eres diff ´erents. Les livres et la presse de qualit ´e, par exemple, utilisent souvent des petites capitales, des formes anciennes, des lettres orn ´ees et des ligatures de fantaisie. UNICODEne propose pas de code pour ces distinctions alors que de nombreux graphistes aimeraient en disposer dans leurs polices. Pour certaines ´ecri- tures non latines, la diff ´erence entre caract `ere et glyphe devient encore plus grande, plus fondamentale. On sait que les ´ecritures arabes utilisent des variations contextuelles, al- lographes, pour la plupart des lettres. Mais ces variations (n ´ecessaires pour les formes initiales, m ´ediales et finales ou pour les lettres isol ´ees) sont graphiques et non s ´eman- tiques. Elles ne sont donc pas cod ´ees en UNICODE1.09. Un caract `ere peut donc corres- pondre `a plusieurs glyphes selon le contexte ou` il est utilis ´e.

Un probl `eme un peu diff ´erent peut se produire avec des langues qui utilisent de l ´e- g `eres variantes de m ˆeme caract `eres. Ainsi, S c ´edille et T c ´edille sont utilis ´es en turc et en roumain ; mais selon le groupe d’utilisateurs on utilise soit la c ´edille franc¸aise, soit une sorte de virgule en-dessous de la lettre. Mais UNICODEne distingue pas ces variantes.

Notre premi `ere version deLucida Sans UNICODEconsid `ere simplement le codage des caract `ere comme un codage de glyphes et n’offre pas de variantes, `a l’exception de quelques cas ou` l’utilisateur peut red ´efinir les codes. Nous avons simplifi ´e `a l’extr `eme ce probl `eme subtil et complexe mais, gr ˆace `a la correspondance biunivoque entre carac- t `ere et glyphe, la police est plus facile `a utiliser et plus portable puisque n’importe quel syst `eme peut acc `eder `a tous les glyphes directement par le code du caract `ere. Nous consid ´erons la dualit ´e glyphe/caract `ere comme une limite temporaire de la technique et non comme une ´enigme philosophique pour les dessinateurs. Des syst `emes, comme par exemple Quickdraw GX de Macintosh [5], autorisent de plus en plus la manipulation de polices avec des variantes de glyphes. UNICODEdevrait ˆetre capable d’inclure autant de variantes de glyphes que n ´ecessaire pour atteindre la qualit ´e et les besoins exig ´es par les cr ´eateurs et les utilisateurs.

4.5. Une seule grande ou plusieurs petites polices ?

Une fois les glyphes dessin ´es et num ´eris ´es pour des sous-ensembles d’UNICODE

(Ascii, latin 1 ou cyrillique par exemple), il y a deux fac¸ons de les mettre en œuvre : soit comme un ensemble de petites polices ind ´ependantes, correspondant chacune `a une classe d’UNICODE; soit comme une grande police unique dans laquelle toutes les sous-

8En franc¸ais, on peut comparer « Marc », pr ´enom, et « marc », eau de vie ou r ´esidu de caf ´e {Ndlr}.

9Mais elles le sont maintenant en UNICODE1.1. Voir ci-dessous section 4.6 et [1].

(18)

polices sont r ´eunies. Le choix de la m ´ethode est, bien suˆr, moins important pour les des- sinateurs que pour les auteurs de syst `emes. PIKEet THOMPSON[4] ont ´etudi ´e le gain de m ´emoire et la vitesse de chargement d’une police UNICODEcompl `ete construite comme un ensemble de sous-polices `a partir desquelles on peut acc ´eder ind ´ependamment aux caract `eres ; c’est la m ´ethode utlis ´ee pour les polices bitmap et les polices d ´efinies par contours deLucida Sans UNICODEdu syt `eme Plan 9. Windows NT 3.1 de Microsoft uti- lise l’autre m ´ethode : la premi `ere version deLucida Sans UNICODEy est mise en œuvre comme une seule police TrueType de 1740 glyphes ; le m ´ecanisme de manipulation des polices est plus simple et l’harmonisation des sous-polices plus facile puisque tous les caract `eres peuvent ˆetre analys ´es et coordon ´es en une seule fois par le logiciel de traite- ment deshints.

Nous pouvons fournirLucida Sans UNICODEindiff ´eremment sous forme de plusieurs petites polices, comme pour Plan 9, ou sous forme d’une seule grande police, comme pour Windows NT3.1.

4.6. Revision

Toute norme est susceptible d’ ´evoluer. Nous avions bas ´e la premi `ere version de notre police UNICODE sur la version 1.01 de la norme UNICODE. Mais avant m ˆeme que nous ayons fini, nous avons duˆ apporter quelques changements pour que la police soit compatible avec la version 1.01. En 1992–1993, UNICODEfusionna avec la norme Iso/IEC 10646 pour devenir UNICODEversion 1.1. Celle-ci contient 5 000 caract `eres sup- pl ´ementaires dont des ligatures pour les formes des variantes contextuelles de glyphes dans les sous-ensembles latin, arm ´enien, h ´ebreu et arabe [1, 32]. L’augmentation conti- nuelle de la taille et de la complexit ´e de ces grands jeux de caract `eres n ´ecessite une mise `a jour constante en fonction de l’ ´evolution des normes et de l’addition de nouveaux jeux de caract `eres. Les futures conventions de d ´enomination devront donc inclure des num ´eros de version et pr ´eciser le contenu du jeu de caract `eres.

5. Conclusion

Dans un ensemble de 1700 dessins de caract `eres, beaucoup de d ´etails peuvent ˆetre remis en question. Mais nous pensons avoir abord ´e nombre des probl `emes parmi les plus g ´en ´eraux et les plus int ´eressants.

Pour clore notre article, nous donnons ci-apr `es un sp ´ecimen de la premi `ere version deLucida Sans UNICODEen classant les caract `eres en fonction des sous-ensembles d’UNICODE.

Remerciements

Nous sommes reconnaissants `a Steve SHAIMANet Georges MOOREde Microsoft de nous avoir command ´e la premi `ere version deLucida Sans UNICODE; `a David MCBRIDE,

(19)

Dave OHARA, Asmus FREYTAG, Michel SUIGNARDet bien d’autres personnes de chez Mi- crosoft qui ont contribu ´e `a tester et mettre au point cette police en vue de son utilisation sous Windows NT3.1. Nous remercions Rob PIKE, John HOBBYet toutes les autres per- sonnes des laboratoires d’AT&T Bell d’avoir pr ´epar ´e et rod ´e une version deLucida Sans UNICODEsur Plan 9. Merci `a Glenn ADAMSdu Consortium UNICODEd’avoir attir ´e notre attention sur l’int ´er ˆet et la possibilit ´e de dessiner une police UNICODE. Nous voudrions aussi remercier Pierre MACKAY, William BRIGHT, Michael SHERIDAN, Rick CUSIKet Kathy SHINHOFENqui nous ont confi ´e d’utiles sp ´ecimens d’alphabets et des conseils efficaces ; ils l’ont peut- ˆetre oubli ´e, mais pas nous et leur en sommes reconnaissants.

(20)

Bibliographie

[1] Michel Goossens, ‘Les codages Unicode et ISO/IEC 10646’,Cahiers GUTenberg n˚ 20 (ce cahier), mars 1995 {Ndlr}.

[2] The Unicode Consortium,The Unicode Standard: Worldwide Character Encoding, Version 1.0, vo- lume 1, Addison-Wesley, Reading, MA, 1991.

[3] The Unicode Consortium,The Unicode Standard: Worldwide Character Encoding, Version 1.0, vo- lume 2, Addison-Wesley, Reading, MA, 1992.

[4] Rob Pike and Ken Thompson, ‘Hello world: : :’, inProceedings of the Winter 1993 USENIX Conference, pp. 43–50, San Diego, (1993).

[5] Apple Computer,Inside Macintosh: QuickDraw GX Typography, Addison-Wesley, Reading, MA, 1994.

[6] Joseph Moxon,Mechanick Exercises on the Whole Art of Printing, Herbert Davis and Harry Carter, eds., Oxford University Press, Oxford, 1962.

[7] Pierre-Simon Fournier,Manuel Typographique, volume 1, chez l’Auteur, rue des Postes, chez Barbou, rue St. Jacques, Paris, 1764. volume 2,idem, 1766.

[8] Lucien Legros and John Grant,Typographical Printing-Surfaces, Longmans, Green, London, 1916. (re- printed, Garland Publishing, New York, 1980).

[9] Arthur H. Phillips,Computer Peripherals & Typesetting, HMSO, London, 1968.

[10] Arthur H. Phillips,Handbook of Computer-Aided Composition, Marcel Dekker, Inc., New York, 1980.

[11] Apple Computer,Inside Macintosh, volume VI, Addison-Wesley, Reading, MA, 1991.

[12] Microsoft Corporation, Redmond, Washington,TrueType 1.0 Font Files: Technical Specification, Revi- sion 1.02, May 1993.

[13] Adobe Systems,PostScript Language Reference Manual, Addison-Wesley, Reading, MA, 1985.

[14] John Dreyfus,The Work of Jan van Krimpen, Sylvan Press, London, 1952.

[15] Evgenia Butorina,The lettering art: Works by Moscow book designers, Kniga, Moscow, 1977.

[16] John Dreyfus, ‘The evolution of Times New Roman’,Penrose Annual,66, (1973).

[17] Monotype Typography, Salfords, Redhill,Library of Non-Latin Typefaces, 1992.

[18] Linotype Corporation, Eschborn,LinoType Collection, 1988.

[19] Miles A. Tinker,Legibility of Print, Iowa State University Press, Ames, 1963.

[20] Bror Zachrisson,Studies in the Legibility of Printed Text, Almqvist & Wiksell, Stockholm, 1965.

[21] Joseph Shimron and David Navon, ‘The distribution of visual information in the vertical dimension of roman and hebrew letters’,Visible Language,XIV(1), (1980).

[22] Stanley Morison, ‘Towards an ideal italic’,The Fleuron,V, (1926).

(21)

[23] Charles Bigelow and Kris Holmes, ‘The design of Lucida: an integrated family of types for electronic li- teracy’, inText processing and document manipulation, ed. J. C. Van Vliet, Cambridge University Press, (1986).

[24] Microsoft Corporation, Redmond, Washington,Microsoft TrueType Font Pack for Windows User’s Guide, 1992.

[25] Hans Ed. Meier, ‘Schriftgestaltung mit Hilfe des Computers – Typographische Grundregeln mit Ges- taltungbeispielen’, Technical report, Institute for Computer Systems, ETH, Zurich, (1990). {Une partie de cette note est parue en franc¸ais : « R `egles fondamentales de mise en page »,Cahiers GUTenberg, n˚ 12, juin 1992, 5–38. Ndlr }.

[26] ‘TEX Users Group annual meeting proceedings’, TUGboat,14(3), (1993).

[27] John Dreyfus, communication personnelle.

[28] Henri Friedlaender, ‘Modern Hebrew typefaces’,Typographica,16, (sans date).

[29] Nicolas Barker,Aldus Manutius and the Development of Greek Script and Type in the Fifteenth Cen- tury, Chiswick Book Shop, Sandy Hook, Connecticut, 1985.

[30] Cabinet des poinc¸ons de l’Imprimerie nationale de France, Imprimerie nationale, Paris, 1948. Raymond Blanchot ´etant directeur et Georges Arnoult inspecteur de la typographie.

[31] Hendrik D. L. Vervliet and Harry Carter,Type Specimen Facsimiles II, University of Toronto Press, To- ronto, 1972.

[32] The Unicode Consortium, ‘The Unicode Standard, version 1.1’, Unicode Technical Report 4, Unicode, Inc., Menlo Park, California, (1993).

(22)

ASCII 0000" ! " # $ % & ' ( ) * + , - . / 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 : ; < = > ? @ A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z [ \ ] ^ _ ` a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z { | } ~

Latin1 00A0" ! " # $ % & ' ( ) * + , - . / 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 : ; < = > ? @ A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z [ \ ] ^ _ ` a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z { | } ~ Ä

Latin européen 0100" ! " # $ % & ' ( ) * + , - . / 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 : ; < = > ? @ A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z [

\ ] ^ _ ` a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z { | } ~ Ä Å Ç É Ñ Ö Ü á à â ä ã å ç é è ê ë í ì î ï ñ ó ò ô ö õ ú ù û ü

Latin étendu 0180" 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 : ; < = > ? @ A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z [ \ ] ^ _ ` a b c d e f g h i j k l m n o p q r s tuv w x y z { | } ~ ° Ä Å Ç É Ñ Ö Ü á à â ä ã å ç é è ê ë í ì î ï ñ ó ò ô ö õ ú ù û ü †

Phonétique 0250" 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 : ; < = > ? @ A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z [ \ ] ^ _ ` a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z { | } ~ Ä Å Ç É Ñ Ö Ü á à â

Figure 1 – Palette de Lucida Sans UNICODE(premi `ere des trois parties)

(23)

Modificateurs de Lettres 02B0" 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 : ; < = > ? @ A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z [ \ ] ^ ` a b c d e f g h i

Signes diacritiques 0300"

flottants

*0 *1 *2 *3 *4 *5 *6 *7 *8 *9 *: *; *< *= *> *? *@ *A *B *C

*D *E *F *G *H *I *J *K *L *M *N *O *P *Q *R *S *T *U *V *W

*X *Y *Z *[ *\ *] *^ *_ *` *a *b *c *d *e *f *g *h *i *j *k

*l *m *n *o *p *q *t *u

Grec 0370" $ % * . 4 5 6 8 9 : < > ? @ A B C D E F G H I J K L M N O P Q S T U V W X Y Z [

\ ] ^ _ ` a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z { | } ~ Ä Å Ç É Ñ Ö Ü ä å é ê † ° ¢

Cyrillique 0400" 1 2 3 4 5 6 7 8 9 : ; < > ? @ A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z [ \ ] ^ _ ` a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z { | } ~ Ä Å Ç É Ñ Ö Ü á à â ä ã å é è í ì ö õ ¿ ¡ ¬ √ ƒ ≈ ∆ « » …   À Ã Õ Œ œ – — “ ” ‘ ’ ÷ ◊ ÿ Ÿ ⁄ ¤ ‹ › fi fl ‡ · ‚ „ ‰ Â Ê Á Ë È Í Î Ï Ì Ó Ô  Ò Ú Û Ù ˜ ¯ ˚ ¸

Hébreu 0590" *! *" *# *$ *% *& *' *( *) ** *+ *, *- . */ 0 *1 *2 3 A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z [ a b c d e *f

Ponctuation 2000"

générale

@ A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W ` ab c d e f g h i j k l m n p q r s

Exposants 2070"

et indicess

0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 : ; < = > ? @ A B C D E F G H I J K L M N

Symboles monétaires 20A0" 0 1 2 3 4 5 6 78 9 : g Symboles basés 2100"

sur des lettres

0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 : ; < = > ? @ A B C D E F G H I J K L M N O P QR S T U V W X Y Z [ \ ] ^ _ ` a b c d e f g h

Figure 2 – Palette de Lucida Sans UNICODE(seconde partie)

(24)

Flèches 2190" ! " # $ % & ' ( ) * + , - . / 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 : ; < = > ? @ A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z [

\ ] ^ _ ` a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z {

Opérateurs 2200"

mathématiques

! " # $ % & ' ( ) * + , - . / 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 : ; < = > ? @ A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z [

\ ] ^ _ ` a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z { | } ~ Ä Å Ç É Ñ Ö Ü á à â ä ã å ç é è ê ë í ì î ï ñ ó ò ô ö õ ú ù û ü † ! " # $ % & ' ( ) * + , - . / 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 : ; < = > ?

@ A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z [ \ ] ^ _ ` a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w xyz {

| } ~ † Ä Å Ç É Ñ Ö Ü á à â ä ã å ç é è ê ë

Images pour 2400"

codes de contrôle

` a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z { | } ~ Ä Å Ç É Ñ ê

Éléments de 2500"

diagrammes

0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 : ; < = > ? @ A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z [ \ ] ^ _ ` a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z { | } ~ Ä Å Ç É Ñ Ö Ü á à â ä ã å ç é è ê ë í ì î ï ñ ó ò ô ö õ ú ù û ü † ° ¢ £ § • ¶ ß

® © ™ ´ ¨ ≠ Æ Ø ∞

Pavés 2580" ¿ ¡ ¬ √ ƒ ≈ ∆ « » …   À Ã Õ Œ œ – — “ ”

‘ ’ · ‚ „

Formes géométriques 25A0" * 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 : ; < = > ? @ A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z [ \ ] ^ _ ` a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z { | } ~

Figure 3 – Palette de Lucida Sans UNICODE(troisi `eme et derni `ere partie)

Références

Documents relatifs

Il y a plusieurs années, un nouvel instrument de revalorisation du logement a fait son apparition dans le Code wallon de l’habitation durable : il s'agit de la prise en gestion ou

Syntaxe de l’adressage indirect par registre.- Comme nous l’avons d´ej` a vu, pour d´esigner une valeur constante on ´ecrit cette valeur (en hexad´ecimal), pour une valeur se

Syntaxe de l’adressage indirect par registre en langage symbolique.- Comme nous l’avons d´ej` a vu, en langage symbolique, pour d´esigner une constante on ´ecrit celle-ci

imprime toutes les lignes contenant le mot analyse suivi du mot lexical dans tous les fichiers de suffixe .tex. (L’option -i

● Ce sac contient tout le matériel portable nécessaire afin que chaque agent soit indépendant et autonome. ● « On en prend soin car ce kit indispensable nous permet de

Comme le nombre de caract`eres contenus dans le tableau peut ˆetre variable, le langage C utilise la convention suivante : toute chaˆıne est termin´ee par un caract`ere dit

logement : la coordination de la police de l'eau mais impliquée dans les autres polices de l'environnement. • 560

Vous devez également déposer votre permis de conduire au greffe dans le même délai si vous êtes condamné(e) à une déchéance du droit de conduire à subir les week-ends ou à