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Evaluer les nouvelles technologies, oui, certes, mais comment ?

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REVUE INTERNATIONALE FRANCOPHONE D’ÉDUCATION MÉDICALE

Dans son excellent article intitulé « C o n d i t i o n s d’efficacité des formations ouve rtes à distance ( F OAD) en pédagogie unive r s i t a i re », T. Karsenti fait une analyse précise du déve l o p- pement actuel des technologies de l’ i n f o rm a t i o n et de la communication (TIC) dans l’ e n s e i g n e- ment supérieur.

Ce type d’analyse vient bien à propos, après les doutes de ces deux dern i è res années… Suite au d é veloppement spectaculaire du we b, beaucoup pensaient que les TIC allaient tout résoudre. La

« bulle technologique » démarrait et le monde de la finance y a cru. Le 10 mars 2000, l'indice N A S D AQ des entreprises technologiques affi- chait 5 048 points. La "nouvelle économie"

ra yonnait. Ce rtains spécialistes réputés prédi- saient un score de 6 000 points dans les 12 ou 18 mois. Mais l'avenir s'est révélé bien plus s o m b re. L'indice NASDAQ s'est re t rouvé à 1 423 points le 21 s e p t e m b re 2001. La belle ( f o l l e ?) ave n t u re est re venue à des réalités éco- nomiques peut-être moins enivrantes mais plus solides et plus stables1.

A côté des aspects financiers, des grandes décla- rations sur l’économie du savo i r, il est donc utile de jeter un re g a rd critique sur ce qui s’est passé au point de vue pédagogique.

Mais précisons d’ a b o rd ce qu’il faut entendre par f o rmation ouve rte à distance. Le concept re c o u v re un continuum partant des initiative s les plus modestes proposées en c o m p l é m e n t d’ u n enseignement traditionnel (la mise en ligne de notes de cours, d’ e xemples, d’images,…) jus- q u’au développement de campus virtuels sophis- tiqués, avec les outils de gestion (inscriptions, f o rmation de classes virtuelles, agendas) et d’ i n- t e raction entre étudiants et enseignants (messa- gerie, forum de discussion, « c h a t » appelé parf o i s

« b a va rd o i r » par nos collègues canadiens, « c o l- l e c t i c i e l s »,…), qui re m p l a c e n t l’ e n s e i g n e m e n t t raditionnel. Souvent, c’est un e n s e i g n e m e n t m i x t e (présentiel + n o u velles technologies), qui a vu le jour dans les unive r s i t és2.

L’auteur constate en page 225 l’absence de dif- f é rence significative entre les enseignements associés aux TIC et les enseignements tra d i t i o n- nels. Ses observations en confirment beaucoup d’ a u t res. On peut se poser la question : n’ e s t - c e pas là un bon résultat ? On aurait pu s’ a t t e n d re à de moins bons résultats : la distance et la com- plexification des interactions enseignants - étu- diants auraient pu créer des obstacles. Les résul- tats similaires tiennent-ils compte du fait que s o u vent les contenus sont les mêmes, les compé- tences enseignées ou attendues sont les mêmes et sont évaluées de la même manière ? D’ a u t re s p a ra m è t res comme la flexibilité, la possibilité de personnalisation, la contextualisation ont-ils été pris en compte ?

Peut-on affirmer que faire un exposé magistra l à 100 vo i re à 300 étudiants représente un modèle d’ i n t e ra c t i v i t é ? A l’ i n verse, pourq u o i créer une « classe inform a t i q u e » et instituer des f o rum de discussion si les étudiants n’ont qu’ u n couloir à franchir pour re n c o n t rer leur ensei- g n a n t ?

Les grands projets de formation à distance pro- posent des pro g rammes qui s’ a d ressent souvent à une population estudiantine bien précise.

C o r respond-elle aux cohortes d’étudiants qui peuplent nos amphithéâtre s ? Ainsi, la moye n n e d’âge des étudiants inscrits à l’ Open Un i ve r s i t y est largement supérieure à celle de nos étudiants en médecine3. Il devient dès lors difficile de c o m p a rer l’efficacité d’un système sur l’ a u t re, vu la particularité des échantillons.

Sans doute les TIC peuvent-elles compléter et enrichir la formation initiale et pro g re s s i ve- ment remplacer les formes traditionnelles d’ e n- seignement dans la formation continue.

Cependant la formation médicale a des spécifi- cités, le rôle du patient y est fondamental, l’expérience personnelle du contact, de la re l a- tion médecin - malade représente une part i m p o rtante de l’ a p p rentissage. Peut-elle être, en p a rtie du moins, remplacée par des outils de simulation de patients4? De même, la re l a t i o n a vec le professionnel, l’ a p p rentissage de sa

Evaluer les nouvelles technologies, oui, c e rtes, mais comment ?

Article disponible sur le site http://www.pedagogie-medicale.org ou http://dx.doi.org/10.1051/pmed:2003027

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PÉDAGOGIE MÉDICALE - Novembre 2003 - Volume 4 - Numéro 4

m a n i è re de raisonner et de constru i re son savo i r joue un rôle fondamental dans l’ a p p re n t i s s a g e du raisonnement clinique5.

De nombreux partages d’expériences re n f o rc e n t les données d’études évoquées par l’auteur en page 228 : la démarche pédagogique reste le socle fondamental de la qualité d’une form a- tion, en présentiel ou à distance. L’arrivée des TIC a été un catalyseur de la réflexion pédago- gique pour beaucoup de nos collègues ensei- gnants, qui, parce qu’ils étaient intéressés par les TIC, ont entamé un cheminement sur le plan pédagogique. Il se sont pro g re s s i vement re n d u s compte que, pour qu’il y ait plus-value, ils d e vaient modifier leur manière d’ e n s e i g n e r, y jouer « un autre rôle » : de dispensateurs de s a vo i r, ils deviennent animateurs ou tuteurs, p a rfois même virt u e ls6. Il ne suffit pas de tra n s- poser les anciennes pratiques sur des nouve a u x outils (voir figure 1 ) .

Pa rallèlement aux TIC, des méthodes d’ e n s e i- gnement centrées sur la démarche active de l’étudiant se sont développées dans des facultés de médecine (apprentissage par problèmes, ate- liers d’ a p p rentissage du raisonnement cli- nique,…) ; ces méthodes rendent l’ é t u d i a n t acteur de sa formation, l’amènent à re c h e rc h e r l’ i n f o rmation, à discuter avec ses pairs, à tra- vailler en groupe. La complémentarité de ces d é m a rches avec les TIC représente sans soute une voie de développement dans les pro c h a i n e s a n n é e s .

Mais finalement, comme le disent les auteurs du ra p p o rt « Télémédecine – Eva l u a t i o n » du m i n i s t è re français de la santé 7, le vrai pro b l è m e face aux énormes développements des TIC sera d’en mesurer l’impact. En effet, si tous ces outils a m é l i o rent la formation des futurs pro f e s s i o n- nels ou facilitent l’ e xe rcice de la médecine, la v raie question est de savoir si les TIC seront à même de modifier les pratiques des médecins de t e r rain. Se ront-elles un véritable levier de chan- gement et par là, un (sans doute parmi d’ a u t re s ) vecteur de l’ a m é l i o ration de la qualité des soins et de la prévention des maladies ? Nous l’ e s p é- rons tous. C’est ce que l’ a venir nous dira .

JF De n e f

Président du conseil de l’enseignement et de la f o rmation de l’ Un i versité Catholique de Louva i n

d e n e f @ p ro r. u c l . a c . b e

Références

1. Denef JF, Lebru n M, Donckels F. Télé forma- tion, Télé médecine, e-… mythe ou réalité ? L o u vain Médical, sous presse, 2003.

2. L e b run M. Théories et méthodes pédago- giques pour enseigner et appre n d re : Qu e l l e place pour les TIC dans l'éducation ? Bru xe l l e s - Pa r i s : De Boeck, 2002.

3. Tuffs R. Open Un i versity Brussels Of f i c e . Communication personnelle

4. Bearman M. Is virtual the same as re a l ? Medical students’experiences of a virt u a l

patient. Academic Medicine 2003 : 78 ; 538- 5 4 5 .

5. B o rdage G. Elaborated Know l e d g e : a key to successful diagnostic thinking. Ac a d e m i c Medicine 1994 ; 69 : 883-885.

6. Johnson L. Re n c o n t re avec Adèle. Pédagogie Médicale 2002 : 3 ; 53-54.

7. Télémédecine et Evaluation. Site du ministère français de la santé.

h t t p : / / w w w. s a n t e . g o u v. f r / h t m / d o s s i e r s / t e l e m e d / t e l e _ e va l / s o m m a i re _ t e . h t m

Fi g u re 1. Pe r p é t u e r les anciennes pratiques avec de nouveaux outils

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