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Théories, Concepts et Revue de la

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Université Libre de Bruxelles

Faculté des Sciences Psychologiques et de l’Education Service de psychologie du Développement

VALEURS PERSONNELLES, IMAGE DE SOI ET REPRESENTATION DU PERE CHEZ

LES ADOLESCENTS DE KISANGANI

Volume 1 : Thèse

Par

Louis Muamba Ngalula Mumbunda

Dissertation présentée

en vue de l'obtention du grade de Docteur en Sciences Psychologiques

Promoteurs : Prof. Fr. Gillot-de Vries Prof. L. Mubikangiey

Bruxelles Décembre 2003

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A la mémoire de mon père Jean Tshimanga Lumpungu et de mon frère H.. B. Kandolo Ngalamulume

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Au terme de ce travail, nous voulons avant toutes choses adresser tous nos sentiments de gratitude et de déférence à Mme et Mr. les professeurs Francine-GILLOT-de VRIES et Luc MUBIKANGIEY de l'Université Libre de Bruxelles pour avoir accepté de diriger notre recherche doctorale jusqu'à son terme malgré plusieurs difficultés.

Nos remerciements vont aussi aux Professeurs Anne-Marie CAMBIER et André DUCAMP anciens professeurs à l’Université Libre de Bruxelles qui ont conduit les débuts de cette étude et qui ont continué à nous soutenir bien qu'ayant atteint l'âge de retraite.

Messieurs les professeurs E. LUHAHI a niama LUHAHI et T. MANDA KIZABI de l’Université de Kinshasa, pour tant de conseils que nous avons reçus d’eux.

Nous remercions le Commissariat Général aux Relations Internationales de la Communauté Française de Belgique (CGRI) et le Centre Wallonie-Bruxelles Délégation de Kinshasa, pour nous avoir accordé une bourse en deux séjours afin d'achever complètement ce travail. Nous pensons très particulièrement à Mme Christine FAVART, Mr Freddy JACQUET, et Mr E. VANDELOOK, pour tant de facilités qu'ils nous ont accordé.

La Coopération Technique Belge (CTB) nous a accordé une bourse locale à Kinshasa, qui nous a permis d’apprêter une première forme de cette dissertation.

Nous adressons ces sentiments de gratitude également aux anciens Recteurs de l’Université de Kisangani C. MWABILA MALELA et J.-M. LOFO LYANDE BOSENGI, le premier pour tant de facilités nous accordées et le second qui ne saura plus nous entendre ni voir ce travail comme hommage mérité pour son soutien dont nous nous souviendrons toujours.

Que les anciens responsables du projet de coopération entre l’Université de Kisangani et l’Université Libre de Bruxelles (CODULB-UNIKIS) trouvent ici l'expression de notre gratitude pour nous avoir accordé en son temps une bourse d’études en Belgique, qui nous a permis d’approfondir toutes les questions théoriques et pratiques soulevées par notre recherche.

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notre façon d’aborder les problèmes sociaux de la Ville de Kisangani.

Nous pensons très particulièrement à nos amis belges ; G. de VILLERS, M. WILLEMS, anciennement attachés à ce projet au Zaïre, pour tant d’attentions et de bienveillances dont ils nous ont entouré pendant toute la durée de ce programme tant à Kisangani qu’à Bruxelles.

Nous y associons aussi Mme F. BAECK ; Mme et M. D. DELANNOY, Mme et M. J. VANDERLINDEN, ainsi que le Révérend Père G. VERHAEGEN pour tant d’amitiés qu’ils nous ont témoigné. Nous gardons une pensée pieuse à la mémoire de Mme M. LEFEVRE qui ne verra pas la fin de ce travail pour lequel elle avait donné le meilleur d’elle-même.

M. V. LUKUSA SHABANZA ancien Directeur Général de la Société Textile de Kisangani (SOTEXKI) a été toujours notre soutien à toute épreuve pendant des longues années que nous a pris l’élaboration du programme de recherche sur Kisangani d’où est tirée la présente étude.

Nos collègues et amis J. TSHIMPANGA, G. KIMBWANI, J. BOSONKONDO de l’Université de Kisangani ; S. LUSALUSA KEYUNGA et P. MWEMA NTAMBO de l'ULB, nous ont aidé à maîtriser l’outil informatique pour le traitement statistique des données et le traitement de texte de cette dissertation.

M. T. BAYOMBO, Doyen de la Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education de l'Université de Kinshasa, nous a soutenu dans les phases difficiles de l'achèvement de ce travail, qu'il trouve ici l'expression de notre sincère amitié.

Ma sœur A. MUSWAMBA NGALAMULUME et mon beau-frère J. B. MULUMBA ; mon frère H. B.

KANDOLO qui a fermé à jamais ses yeux sur l’horizon ; J. J. TSHIMBOMBO ; J. J. MUKENDI wa MULUMBA ; G. MUKUNA LUABING, L. KANDOLO ; mes amis E. MUKENDI ; H. NTUMBA LUKUNGA ; A. KABONGO et T. K. BIAYA qui vient de quitter le monde de ses rires pour l'éternité ; nous ont été d’un soutien matériel et humain incommensurable.

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d’attention porté à la réalisation de cette recherche.

Que mes amis de l'"Alliance Boyomaise", T. ISAMENE ELIMA ; A. MOTOMUNGU ; F. ISOMELA, trouvent dans ce travail, la matérialisation et l’expression de notre profonde amitié pour tant de choses que nous avons vécu ensemble.

Nous avons eu à Bruxelles les encouragements particuliers de nos amis d’enfance et de jeunesse qu’il faut citer nous pensons singulièrement à : B. KASONGA, S. KAPIAMBA, B. KAZADI, P. AMISI- KASONGO, et V. MBUYI MULUILA, ont fait de ce travail leur défi personnel en signe de notre amitié profonde

Mon épouse Chantal TSHIYOYI et mes enfants ont souffert dans leur chair et esprit des silences et absences que l’exécution de ce travail m’imposait. Qu’ils trouvent dans son achèvement un motif de joie et de soulagement pour tant de privations ainsi endurées !

J'ai rencontré à Bruxelles une amitié toute particulière dans les différents Services de la Faculté de Psychologie de tant de personnes qui m'ont facilité tant de choses et ont rendu mon séjour agréable, mon travail plus simple et moins pénible. Je cite sans prétention d'être exhaustif les noms de : F.

DONNER, P. SCHEEN, O. CORNELIS, N. RENQUIN, L. VERCAMEN, M. PEOLIDIS, C. SEBUHORO, Y. BEKKALI, F. GOSSENS, et V. BORGUET. Qu’ils en soient tous remerciés.

La meilleure façon de payer tant de dettes que nous avons contactées pendant la réalisation de ce travail, c’est de dire merci et un grand merci à toutes les femmes et tous les hommes qui nous ont soutenus de différentes manières et selon leurs possibilités.

Bruxelles Octobre 2003 Louis Muamba Ngalula

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Première Partie :

Théories, Concepts et Revue de la

littérature

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CHAPITRE 1 : Considérations théoriques

1.1. Introduction

Le présent travail poursuit trois buts principaux : contribuer à la connaissance de l'adolescence dans un cadre spécifique et singulier d'une société post-coloniale, soumise à plusieurs influences et en pleines mutations et transformations structurelles ; deuxièmement combler dans la mesure du possible le manque d'intérêt constaté il y a quelques années ailleurs par P. TAP (1971, pp. 249-289) et A. LE GALL (1972) aux études sur les relations père-enfants, que ce soit en terme de représentation sociale ou en terme de rôle et de statut, et troisièmement, participer tant soit peu au débat devenu urgent sur l’adolescence la parentalité et la paternité tel qu’il est abordé ces derniers temps en Occident par plusieurs auteurs depuis quelque dix ans actuellement. (ALLEON, A-M., et al.

(1985 et 1990) ; M. CLAES, (1986 et 1990) ; F. HURSTEL (1996) ; P. GUTTON, 1996) ; P. G.

COSLIN (1999 et 2002) ; G. NEYRAND, 2000) ; G. LUTTE (1988) ; D. J. ARNOUX, (1999) et G.

MENDEL (2003).

W. HUBER (1987, p. 135) note pour sa part que "bien que dans les écrits de FREUD le père occupe une place au moins égale à celle de la mère, les travaux sur les relations existantes entre la personnalité du père et le développement de la personnalité de l'enfant ont été bien plus tardifs, moins nombreux et plus indirects que ceux consacrés à la mère".

On note aujourd’hui un intérêt très particulier porté par la communauté scientifique sur les relations entre le père et le fils et aussi sur la signification réelle de la paternité dans un monde où les conditions effectives de la vie courante et l’évolution des droits accordés à la femme dans les différents systèmes juridiques diminuent de plus en plus le rôle du père et remettent même son statut en question. Le titre de l’ouvrage de F. HURSTEL intitulé : "La déchirure paternelle "(1996) est tout simplement évocateur si pas provocateur.

Dans la plupart des études de psychologie de développement consacrées à l'enfant africain, l'adolescence y est abordée au passé, c'est-à-dire qu'elle y est étudiée dans l'optique de rites de passage et d'initiation comme on peut le voir dans les travaux de P. ERNY (1971, et 1972) et I. SOW (1977).

Nous n'avons pas connaissance d'une étude consacrée à la jeunesse africaine actuelle qui examine ses préoccupations et ses problèmes. Mais curieusement tout le monde affirme que l'Afrique a connu

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une mutation et une transformation profondes des ses structures et de sa mentalité, depuis plus d'un siècle où elle est entrée en contact étroit avec d'autres civilisations et d'autres cultures ; on se complaît à inventorier le nombre et les types d'institutions sociales qui ont subi des modifications et des transformations, on compte les pratiques et les manières qui ont disparue ou qui ont changé de forme de manifestations.

Certains s'en félicitent (les missionnaires) les autres le regrettent (les anthropologues). Mais personne ne tente d'évaluer l'impact de toutes ces transformations sur les comportements des individus qui vivent ces changements, ni d'étudier des nouvelles manières qui se sont créées dans les divers aspects de la vie.

Les rites d'initiation, qui ont pour but de préparer l'enfant à son futur statut et à conférer ce statut à l'adolescent, après une instruction rigoureuse, ont disparu dans la plupart de nos sociétés africaines traditionnelles, si bien que la transition entre un état social et un autre n'est plus facilitée. Les limites deviennent floues et vagues.

La définition des statuts et rôles qu'assuraient les rites d'initiation est aujourd'hui conférée à une institution d'importation occidentale, l'école, qui forme l'individu pour une autre rationalité sociale et économique. L'individu est désormais formé suivant les règles de la spécialisation professionnelle.

Sans entrer dans les considérations sociologiques, qu'entraînent cette situation, remarquons seulement qu'avec l'évolution technologique, la période de formation se prolonge avant que l'individu ne soit apte à remplir une profession donnée. Ce qui entraîne de facto la prolongation de la période d'adolescence comme le signale aussi B. ZAZZO (1972, p.15) : "les caractères de l'adolescence dépendent du degré de complexité de la société, de la distinction que la société établit entre les groupes d'âge ou de la façon dont s'opère le passage d'un groupe à l'autre. L'adolescence est alors considérée non pas comme une transformation psychologique, mais comme un processus culturel et elle se définit comme la période d'insertion dans la vie sociale de l'adulte".

Cette prolongation de l'adolescence pose le problème difficile à résoudre tant qu'on n'a pas encore mieux assimilé la rationalité nouvelle imposée par l'école et qui a produit l'école comme système de reproduction de la société. Il se produit alors comme en Occident selon H. RODRIGUEZ-TOME (1972, p. 41) "une période de flottement et de tâtonnement qui se traduit par une structure de rôles faiblement organisée, par des systèmes d'expectatives, parfois incohérents où la question de l'identité personnelle se pose de la façon la plus aiguë"

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C'est cette indétermination sociale des rôles et statuts qui produit des phénomènes inconnus jusqu'à hier dans la société africaine globale : la déviance, la délinquance, la marginalité et l'anomie que l'on constate actuellement surtout en milieu urbain.

L'analyse du phénomène de la contestation estudiantine dans le monde faite par plusieurs auteurs de formation et d'orientations différentes aboutissent à un même résultat : la remise en question du père, de la société des pères. Les jeunes exigent, face à l'échec de l'ordre paternel qui s'est aliéné à l'idéal technologique, une société fraternelle, régie par les règles fraternelles de cogestion et d'autogestion. Les jeunes demandent plus de liberté, de justice, de droit et de rationalité.

G. MENDEL (2003, p. 12) accuse : "si l’autorité n’est plus ce qu’elle était, c’est que la pratique démocratique n’a pas pris le relais socialisant des communautés traditionnelles ou, dans la modernité occidentale, de l’image du père relayée à tous les niveaux, religieux , politique, familial, psychique".

Et plus loin il dit ceci : " l’autorité, autrefois fondée sur le sacré, devient aujourd’hui rationnelle et démocratique", pour souligner ainsi la crise de l’autorité (le principe) qui est en train de disparaître ou de se diluer dans "un bain d’acide sulfurique" comme agent personnifié dans le père, qui est le représentant de la Loi.

Plusieurs situations de la vie sociale quotidienne tant en Occident qu'en Afrique, mettent en péril l'autorité paternelle, et permettent de poser aujourd'hui la question dramatique de la parentalité et surtout de la paternité.

G. MENDEL (2003, p. 256) attribue tout ceci à la marchandisation de la vie quotidienne, avec la publicité, la télévision privée et celle publique alignée sur sa concurrente dans une opération au long cours de décervelement, les rythmes affolants de la vie urbaine, le "chacun pour soi" donné comme modèle, l'argent roi, les scandales financiers, le cynisme directorial croissant des grands groupes économiques : telle est la toile de fond marchande sur laquelle se développe la crise générale des valeurs et de l'autorité.

Les principaux éléments de cette assertion s'appliquent totalement à la société occidentale, elles se trouvent un peu modifiées sous d'autres teintes en Afrique. La teinte change ou s'édulcore, mais la substance reste la même depuis que les sociétés africaines se trouvent bousculées dans un système économique et social de type moderne avec le phénomène politique de colonisation, qui a

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transformé les structures sociales, politiques, économiques, les structures mentales et les modes de fonctionnement de ces sociétés.

Il n'y a pas que les structures matérielles qui ont été atteintes les conduites et les comportements des personnes qui les ont subis et qui les subissent encore ce système continue à transformer leurs rapports sociaux en les modelant suivant la rationalité du capitalisme économique et technologique.

Ce résultat renvoie les psychologues aux études, cette fois sur un objet et un sujet d'une importance capitale dont ils reconnaissent l'avoir peu étudié. (P. TAP, 1971, pp. 249-289) ; (A. LE GALL, 1972.).

Ce dernier auteur dit que (1972, p. 13) : "le statut et le rôle des pères n'ont guère été étudiés, ni avant ni depuis la crise. Ce qui est récusé par les jeunes c'est la valeur et la signification de la société des adultes, sa manière d'accueillir les jeunes, son autorité, le rôle directeur de la famille, et principalement le rôle des pères".

Pourquoi le père et non la mère? Nous répondrons d'abord avec G. MENDEL (1968, p. 99) que : "le père imagoïque est le support inconscient des réalisations du sujet et de sa reconnaissance de l'autre comme étant lui-même sujet et non objet" ; mais plus simplement parce qu'il représente une valeur symbolique, il est la source, l'exemple et le symbole de l'autorité ; valeur et signification qu'il détient de par son rôle de géniteur et d'organisateur de la société. C'est lui, le représentant de la Loi.

Mais ce rôle de représentant de la Loi, n'est plus évident aujourd'hui, l'évolution technologique et ses exigences, l'organisation sociale qu'elle impose, tendent de plus en plus à effacer l'autorité paternelle.

Il n'est pas possible à un père aujourd'hui, d'avoir une présence constante au foyer, ni dans sa famille, ou de pouvoir participer régulièrement aux activités de ses enfants; les substituts de son autorité ou de son image sont de plus en plus dévalorisés ici et là.

Si en Occident c'est sous l'influence de la technologie, ici en Afrique c'est sous l'influence combinée des effets de la technologie qui change de plus en plus les anciens modes de vie et de la destruction des valeurs organisatrices de la société par les régimes totalitaires qui nous ont gouvernés pendant un temps et qui sont tous basés sur le principe de la "Toute-Puissance" assorti d'une bonne dose de misère qui mettent tout le monde au niveau élémentaire de la recherche de la survie.

Ainsi les pères ont-ils abandonné leur rôle de modèles ; et le rôle paternel lui-même s'est amoindri, affaissé et effacé.

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Est-ce à dire que l'importance du rôle paternel a complètement disparu, est-il supprimé ? Nous ne le pensons guère! Mais seulement, sous l'influence de l'évolution de la société globale, il demande à être redéfini, à être réinventé selon l'expression de A. LE GALL (1972, p. 13). Car nous ne sommes pas en mesure de la rayer des abysses de notre être : "Au milieu de l'impersonnalité générale, ici se tient quelqu'un, ou pour mieux dire, d'où que je vienne et où que j'aille, au cours de ma vie terrestre, quelqu'un de royal est en moi et a conscience de ses droits royaux". (H. MELVILLE, Moby Dick, p.

485).

Et si c'est à l'adolescence et au début de l'âge adulte que se situe la contestation de la société actuelle des pères, c'est parce que "le conflit entre le fils et le père est ravivé par le besoin de s'affirmer qui correspond aussi au développement physiologique de l'adolescent (...) et le père est rendu responsable des difficultés d'affirmation de l'adolescent, parce qu'il s'est laissé enfermer dans les structures sociales qu'il est impuissant à modifier" (TAJAN et VOLARD, 1973, p. 27). Le père s'est laissé aliéner par l'idéal technologique, régi par le principe de la Toute-Puissance, qui est un attribut de l'imago maternelle.

Ainsi nous paraît-il nécessaire dans un travail qui se donne comme but, l'étude de la personnalité de l'adolescent, de se centrer sur ce personnage central de la contestation sociale et psychique ; d'entreprendre l'étude de sa représentation à l'âge critique où il est remis en cause et jugé pour pouvoir appréhender par ricochet au bonheur des mécanismes de projection, la personnalité du

"juge" lui-même, et de là déterminer les variables qui influencent cette représentation et la personnalité du futur père.

1.2. Problématique.

L'adolescence est considérée par plusieurs auteurs ((P. MALRIEU ; R. E. MUUS (1954) ; P.

TAP(1971 et 1977) ; E. H. ERIKSON(1963 et 1972) ; J. PIAGET(1954) ; P. AUSUBEL(1954) ; P. G.

COSLIN (1999 et 2002)) comme une période de remise en question des précédentes assurances et identifications de l'enfance, et comme une période de l'affirmation de soi ou de la quête de l'identité et d'insertion dans la société des adultes, qui implique les différentes manifestations de crise que l'on connaît.

COSLIN, P. G. (2002, p. 30) définit l'adolescence comme une période active de construction identitaire dialectique entre identité personnelle, définie comme l'ensemble organisé des sentiments, représentations, expériences et projets d'avenir se rapportant à soi-même, sentiment d'unité, de continuité et de similitude à soi-même dans le temps et l'espace, et identité sociale, résultant en

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grande partie des interactions avec les autres, des appartenances à différentes catégories, les unes fondées sur l'appartenance aux classes et groupes sociaux, telles que la profession, la religion ou nationalité; catégories dont le contenu est associé aux représentations des rôles et aux normes de conduites.

Et plus loin, il souligne le caractère de passage d'un stade à un autre en disant (p. 33) : que l'adolescence est un passage entre l'enfance et l'âge adulte. L'adolescent n'est plus un enfant ; il n'est pas encore adulte. Il vit une période transitoire caractérisée par ce double mouvement de reniement de l'enfance et de recherche du statut adulte, qui constitue l'essence même de la crise que l'adolescent traverse. C'est la période au cours de laquelle l'adolescent rompt avec l'ordre parental et avec l'ordre social ; il provoque. Mais cette rupture, ces provocations sont aussi ouvertures, accessions à de nouvelles relations avec l'environnement. S'il y a transgression, il y a aussi transaction (p. 34)

Ces manifestations de crise, sur le plan sociologique ont été décrites en terme de crise des générations (G. MENDEL, 1968) ou de conflits des générations (A. MITSCHERLICH, 1963 ; et A.

STEPHANE, 1969).

A. MITSCHERLICH et A. STEPHANE trouvent à leur base l'absence ou la "mort du père", qu'il soit le père familial ou le père social ; qui n'arrive plus à remplir son rôle de modèle d'identification du Moi encore frêle de l'enfant qui doit s'insérer dans la société des adultes.

Cette absence du père renvoie le Moi du sujet au narcissisme primaire aliénant et maternant, qui ne permet pas au sujet d'être, mais forclos et diffus ; le renvoi à la fusion d'avec la mère. Ce qui provoque le désordre social et la remise en question de l'organisation sociale existante (cogestion et autogestion), qui est en dernière analyse, la remise en question du père dans la société globale (le Pouvoir social) et en famille.

A. MITSCHERLICH (1969, p. 174) résume toutes les difficultés qu'apporte l'idéal technologique sur le développement de l'enfant et l'adolescent comme suit : " les voies de l'identification dans un monde où règne une extrême division du travail sont différentes de celles existant dans le monde paysan artisanal. Il est difficile à l'enfant de découvrir son identité, car il est beaucoup trop tributaire de ses fantasmes pour se faire une image de son père ; il n'a pas la possibilité de le connaître de plus près dans un monde où une activité commune les rapprocherait. L'adolescent en proie à la crise d'identification de la puberté ressent une nouvelle fois cet état d'abandon. Il éprouve de la difficulté à trouver son identité dans des rôles joués par le père et toute la lignée paternelle (...). Au contraire, il

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est forcé de s'orienter et de se décider face à une multitude de professions dont il ignore au fond les différents aspects, et qu'aucune expérience d'enfance ne lui a permis de connaître. Tout cela lui apporte nécessairement un sentiment d'isolement et l'amène à conclure que son père est faible et incapable, et qu'on ne peut pas compter sur lui".

De l'autre côté et selon le même auteur (1969, pp.173-174), "le père ignore comment le fils exerce et fait progresser ses capacités". Ces deux éléments psychosociaux sont anxiogènes et générateurs des conflits entre le père et le fils, surtout à l'adolescence. C'est peut-être cette difficulté qui fait dire à la plupart des auteurs que l'adolescence est un âge favorable à l'apparition des conflits, une période essentiellement définie par l'explosion et la résolution des conflits, ou enfin une phase de développement et d'expression autonome précisément amenée par les conflits inter- et intra- personnels (BOUILLIN-DARTEVELLE, 1985, p. 15). Ou encore : " rarement la jeunesse s'identifie à ses parents; au contraire, elle se rebelle contre leur domination, leur système de valeurs et leur intrusion dans sa vie privée" (R. E. MUUSS, 1962, p. 36)1.

L'absence du père, qu'elle soit psychologique ou sociale, est corollaire à l'évolution technologique et à l'idéal technologique qui domine aujourd'hui en Occident et qui se propage partout où l'Occident a étendu son influence politique et technologique. Si bien qu'il est tout à fait correct de considérer notre planète comme un grand village selon l'expression de Mac LUHAN.

Comment remédier à cette situation ? A. LE GALL (1972) propose de réinventer le rôle nouveau du père. Mais comment y arriver, quels sont les moyens à utiliser ? Réinventer le père pour quels enfants, pour quelle société ? Voilà autant des questions qui feront encore courir les études.

Réinventer le rôle nouveau du père, dans notre société, en pleine mutation et transformation de culture et des mentalités exige que l'on sache d'abord ce que représente le père actuel aux yeux de son protagoniste privilégié, auquel ce père pose des problèmes pour des raisons diverses qui vont des motifs d'identifications et d'acquisition de l'identité de soi, à l'insertion dans la société des adultes.

En termes clairs, nous devrions essayer de décrire la représentation paternelle dans une société comme la nôtre par les sujets qui sont en butte à cette représentation. Une telle étude pourra être féconde si elle inscrit l'élément en étude, à savoir, la représentation du père dans un ensemble qui lui donne toute son importance et toute sa signification et son sens.

1 Nous avons utilisés la traduction libre de toutes les références de langue anglaise.

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Cet ensemble conceptuel, vers lequel tend tout le processus, est la formation de la personnalité de l'enfant. Nous avons vu que la personne du père joue un rôle important dans la formation de la personnalité de l'enfant et que tout le processus de développement ne tend que vers un ultime but : la formation et l'affirmation d'une identité personnelle propre, en passant par plusieurs mécanismes d'identification qui produisent enfin, à l'adolescence ce que E. H. ERIKSON (1972) a appelé "l'identité de soi" qui est une quête essentielle de cette période de la vie de l'enfant.

Mais pour réaliser cette identité de soi, le sujet devra se faire une idée de soi-même à partir de l'image de l'autre privilégié qu'est le père pour des raisons mieux décrites par la théorie psychanalytique.

Pour souligner son importance, A. LE GALL (1972, p.15) dit que : "c'est au plan subconscient et secret qu'enfants, adolescents, jeunes gens même éprouvent le prestige paternel - s'il a su se protéger ou se reconquérir - et le besoin de la présence familiale. Celle-ci se démultiplie : à la mère d'assurer une exigence affectueuse et tendre, au père la présence de la Loi, c'est-à-dire de ce qu'il faudrait être et de ce qu'il faudrait viser. (...) Le père doit continuer de signifier la présence de la Loi.

La Loi est formateur du Je, car elle libère du narcissisme primaire selon J. LACAN (1966) et introduit le sujet dans le registre du langage et dans la civilisation par l'accès au NOM-DU-PERE ou la métaphore paternelle.

Cette "image-référence" se construit elle-même en référence à "des modèles culturels proposés par l'entourage de l'enfant, mais elle dépend aussi des progrès de ce dernier sur le plan du langage, de la pensée, des relations interpersonnelles, de sa capacité à prendre de la distance par rapport à la réalité" (P. TAP, 1971, pp. 249-289).

Ainsi pour entreprendre l'étude de la représentation ou de l'image du père, il faut envisager le cadre culturel dans lequel s'inscrit cette représentation, le niveau de maturation de l'individu sur plusieurs plans et les tissus des relations interpersonnelles qui entourent toute la vie du père et de l'enfant.

1.2.1. Sur le plan culturel

A la suite de la colonisation de l'Afrique à la fin du XIXè siècle, par les puissances de l'Europe occidentale, les cultures africaines ont connu des transformations et mutations très rapides.

Elles ont été introduites dans la civilisation de l'écriture, du temps et de l'espace soumis à la mesure ; d'autres moeurs et nouvelles habitudes se sont installées chez les peuples colonisés, mais sans détruire totalement les anciennes habitudes et coutumes de base.

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La culture africaine actuelle est double ; il y a d'une part les données pertinentes des habitudes africaines et coutumes ancestrales qui continuent à informer les comportements des sujets et d'autre part les nouveaux modes de vie qui sont liés à l'insertion dans le circuit des Etats modernes caractérisés par une nouvelle logique comme la division du travail, l'organisation de l'emploi du temps et de l'espace vital, l'école et autres.

C'est ce que G. BALANDIER (1971, p. 154) a appelé la "situation coloniale" qui naît de la conquête et se développe à partir de la mise en rapport des deux êtres sociaux, par laquelle viennent aux prises deux civilisations".

Il faudra noter que la situation coloniale se caractérise par la génération de l'Etat ou de son substitut ; le développement des villes et de l'économie marchande (...) la diffusion d'un savoir nouveau qui valorise la connaissance écrite.

Il s'ajoute à cette liste des transformations, un phénomène important : la dénaturation de la culture traditionnelle et la dissolution des systèmes religieux qui lui étaient associés. Les assises sacrées et les idéologies justificatrices de l'ordre social sont atteintes, la relation d'adhésion à la société globale en est d'autant distendue. L'espace où se situe la contestation s'élargit. (G. BALANDIER, 1971, p.

274).

Ainsi suivant le même auteur, au niveau sociologique, nos sociétés actuelles résultent du conflit de deux principes de structuration et d'organisation qui sont contradictoires : d'une part, la parenté large - les "liens de sang" -, l'alliance et la justification mythique de l'ordre des rapports sociaux ; d'autre part, les différenciations et les compétitions qu'impliquent l'économie de marché, le "rationalisme économique" et les calculs auxquels se trouvent de plus en plus contraints les individus et les groupes. Cette transformation introduit l'Africain dans un univers social plus hétérogène et plus stable, mais aussi plus abstrait, que celui régi par la coutume jusqu'à une date récente (G.

BALANDIER, 1971, p. 223).

Cela donne lieu à l'émergence d'une culture hybride qui n'est ni européenne, ni africaine : un

"skokian" selon l'expression de J. JAHN (1959, p. 11).2

2 Skokian : Cocktail d'alcool méthylique, de carbure de calcium, de mélasse de tabac et d'autres ingrédients bu dans les slums" de Johannesbourg. Ni l'Europe ni l'Afrique n'avaient connu semblable breuvage (JAHN, J. 1959, p.11).

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Il y a lieu de se demander, dans un univers comme le nôtre caractérisé par toute une série des mutations sans fin, que représente encore l'incarnation de la Loi sociale, que représente le père par rapport à son enfant, quelle image offre-t-il encore à l'enfant, image qui structure la personnalité et qui sert de modèle au comportement et à la conduite ?

La réponse à toutes ces interrogations requiert que l'on sache quel est le système des valeurs de l'enfant lui-même qui juge l'autre. Et cela conduit à un autre problème de maturation personnelle. Il faut que l'enfant dont on doit étudier la représentation paternelle, soit en mesure de se construire un système de valeurs, qu'il soit capable d'apprécier et capable d'une représentation sociale.

1.2.2. Sur le plan individuel

L'adolescence est considérée par les auteurs comme une période de crise dans le développement de l'enfant en vue de son insertion dans la société des adultes et sur le plan individuel de période de la formation et de l'affirmation de sa personnalité propre ou ce que E. H. ERIKSON (1972) appelle l'identité de soi.

La crise est à entendre dans le sens de "tournant nécessaire, de moment crucial dans le développement lorsque celui-ci doit choisir entre les voies parmi lesquelles se repartissent toutes les ressources de croissance, de rétablissement, et de différenciation ultérieure" (E.H. ERIKSON, 1972, p. 10). Si la crise adolescente doit revêtir une telle intelligence, elle devient alors une crise normative.

Et, il faudra considérer que l'adolescent est différent à la fois de l'enfant et de l'adulte, qu' il est plus près de l'adulte que de l'enfant qu'il était hier, et cela à tout point de vue que ce soit sur le plan organique et/ ou mental.

Nous insisterons beaucoup sur le plan mental, car c'est à partir des progrès réalisés sur le plan mental, de développement de l'intelligence que la maturation physiologique revêt un sens nouveau et une nouvelle signification et pour l'individu et pour la société.

Comparant l'adolescent et l'enfant du point de vue "puberté mentale", B. REYMOND-RIVIER (1986, pp. 206-207) dit ceci : " devant le tumulte de ses sentiments, les débordements de sa conduite, les contradictions de ses attitudes et de ses réactions, qui l'inquiètent autant qu'ils déconcertent son entourage, devant ce qu'il considère comme l'incompréhension, ou l'injustice, ou la stupidité des adultes, l'adolescent ne reste pas passif : il s'interroge, il réfléchit sur lui-même et sur les autres, il échafaude des plans d'avenir, des théories destinées à transformer cette société dans laquelle il est appelé à s'insérer. L'enfant vit tout entier dans le moment présent ; il ne se demande pas qui il est, ce qu'il est ; il se contente d'être. Parce que sa pensée demeure attachée au concret et à l'action qui se

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passe, elle ne prend pas conscience d'elle-même, ne réfléchit pas sur lui-même (...). L'adolescent au contraire ne se contente plus de vivre ses relations interpersonnelles ni de résoudre simplement ses difficultés dans l'immédiat. Il les réfléchit au sens propre comme au figuré. Parce qu'il est capable de penser dans l'abstrait, il peut se penser lui-même. Autrement dit, c'est l'apparition de la pensée formelle qui rend compte de cet événement capital qu'est l'éveil de la vie intérieure, au sens de l'introspection, de l'approfondissement, de la méditation. C'est grâce à elle que s'articule, sur le plan de la conscience, cette quête de l'identité qui se poursuit à travers toute l'adolescence".

Cette quête de l'identité provoque comme on peut s'y attendre l'opposition plus ou moins ouverte à l'entourage, aux valeurs, aux normes et aux habitudes du milieu dans lequel on vit. On s'oppose le plus ouvertement possible au représentant de l'ordre social ou de la Loi, le père, qui fait appliquer la Loi et l'ordre social basés sur les valeurs auxquelles tout le monde se plie ou doit se plier. C'est comme pour dire : " pour être soi, il faut détruire les anciennes certitudes imposées par l'adulte, et se construire des nouvelles certitudes, ses propres certitudes. Il faut prendre des distances vis-à-vis des parents surtout du père qui vous oblige à vous conformer à son ordre. Ainsi on peut s'ériger autonome et original ; mais pour y parvenir, il faudra remettre en question ses propres parents ; l'adolescent ne surestime plus ses parents, au contraire, il les critique, il porte sur eux un regard sans indulgence, hostile même, leurs travers, leurs faiblesses, leurs défauts, petits et grands sont passés au crible comme le dit B. REYMOND-RIVIER (1986, p. 194).

On le voit bien cette recherche d'indépendance et d'originalité qui se manifeste dans la remise en question et la critique des normes parentales, reprend une même base pour établir des nouvelles certitudes que l'on prétend originales sans pour autant récuser ce processus ; il nous semble représenter seulement une réinterprétation personnelle pour une ré-assimilation de ces mêmes certitudes sans changement radical de l'essentiel de l'ordre et de la Loi. On ne fait que l'adapter aux circonstances nouvelles. C'est ainsi qu'on se retrouve à la fin de l'adolescence en présence d'un conformisme comportemental contradictoire avec la recherche de l'originalité de l'adolescence.

Il s'agit à notre sens d'un dilemme existentiel suprême, pas d'être ou ne pas être, mais de devenir ou ne pas devenir. Cela provoque le sentiment d'hostilité vis-à-vis de l'adulte en particulier, les parents.

La contestation des valeurs parentales qui en résulte, fait suite au vide créé par cette rupture de continuité des conduites et l'opposition de la part des parents à la dépendance horizontale vis-à-vis de ses pairs, dépendance qui prime à cette période de croissance. On se trouve devant deux positions différentes : la tentative d'annulation de la verticalité ancienne dans les relations qui frustrent l'adulte ; et les tentatives de récupération de l'adolescent par cette verticalité qui révoltent l'adolescent.

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Un autre versant du dilemme de l'adolescent est qu'à cette période, la position socio-économique vécue du père est beaucoup rapprochée du sujet. L'enfant a plus besoin de communiquer avec le père, et celui-ci est descendu de son socle, il est plus critiquable, car il est plus étroitement confronté aux impératifs sociaux qui vont absorber l'enfant. Le père représenté devient le père représentant. Il est jugé en référence à des valeurs qui le dépassent et ne peut résister aux confrontations qu'en montrant ses qualités, sa compétence, sa personnalité. Il n'est plus olympien, il est un homme comme les autres, l'homme du savoir et de la morale (TAJAN et VOLARD, 1973, p. 25). Il devient de ce fait "comparable" aux autres pères, il devient pareil, ses valeurs subissent le même sort bien que gardant leur richesse de Loi et de l'autorité sociale.

Nous avons ici dans notre cas, une société en pleine transformation et mutation, vers un idéal technologique imposé qui traîne le poids de la pesanteur des ses premières bases qui n'ont pas pu s'insérer dans la nouvelle rationalité économique et sociale ; de l'autre côté nous avons un adolescent qui est dans une période de graves et importantes mutations psychologiques et sociales, qui est confronté au problème de son devenir personnel et qui remet les certitudes antérieures en question ou pour mieux dire, qui soumet toutes les certitudes antérieures à un examen fin et rigoureux. Pour des raisons d'identification et d'autres raisons d'ordre social, c'est le père qui reste la figure centrale dans le devenir de l'enfant que ce soit sur le plan social ou psychologique.

Il nous a paru indiqué pour se faire une idée de la personnalité future des adolescents, de notre société, d'évaluer la façon dont cette image identificatoire est perçue, quelles vérifications et modifications subissent son image, quels sont les comportements qu'adoptent les adolescents vis-à- vis de ce personnage, compte tenu de tous les changements que connaît notre société. Car un changement d'ordre culturel et historique peut se révéler si traumatisant pour la formation de

l'identité ; il peut faire craquer chez l'enfant la consistance intérieure de sa hiérarchie d'attentes (E. H.

ERIKSON, 1972, p. 157).

Si cette évaluation a comme point de mire le père, elle doit avoir comme point de départ et d'aboutissement le sujet qui regarde la mire. On devra savoir quel est le système des valeurs, d'aspirations, et d'attentes qui régit les opinions du sujet et comment croit-il lui-même être, comment croit-il être perçu par son entourage, et par la suite, comment perçoit-il l'autre, le père. Nous avons ainsi une triple évaluation d'abord du principe général ou du système général des valeurs qui guident ces comportements et conduites du sujet ; l'image qu'il a de lui-même, l'image d'autrui sur soi (l'image de soi en retour) et le jugement sur le père ou sa représentation.

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En fait la question principale est celle de savoir quelle sera l'enculturation de l'adolescent qui traverse cette double situation de crise, à la fois structurelle et conjoncturelle. Quelle direction prendra la formation de sa personnalité et quels vont être ses rapports vis-à-vis du pouvoir social ? Ainsi faut-il dresser un tableau critique des transformations que subissent tous les termes du procès de son devenir, de déterminer les zones des conflits dans leurs relations réciproques.

1.2.3. Pourquoi le père ?

Le père est essentiel pour l'évolution psychologique de l'enfant. Cette importance peut se saisir dans quelques citations que nous avons empruntées à TAJAN et VOLARD (1973, pp. 19-33) sur l'analyse psychologique du père organisateur. "l'enfant doit, pour ces auteurs (1973, p. 19), avoir du père une bonne image qui lui permette d'instaurer des relations sociales harmonieuses" (...). Toute la maturité de l'enfant dépendra de son aptitude à régler son identification et à accepter l'image de son père en fonction de sa propre image. Le fils voudra se reconnaître selon TAJAN et VOLARD (1973, p.22) dans son père comme celui-ci se retrouvera dans son fils". (...) Pendant la période de latence et à l'adolescence (...), le père par sa présence, par son activité, par l'image qu'il donne de lui, permet à l'enfant de mettre au point et de consolider son organisation affective. L'intériorisation de l'image paternelle l'amène à magnifier l'amour du père et conduit à ne plus se contenter des satisfactions instinctuelles primitives. L'action est secondarisée, assurée par la permanence du contrôle et libérée de l'influence des désirs immédiats (p.26). (...) Peu à peu les besoins économiques évoluent, ils se modifient dans le sens d'un élargissement du cadre familial, l'enfant jette un regard neuf sur les autres valeurs sociales et son observation, de plus en plus critique devient une analyse qui s'exerce sur le fond même des problèmes mettant en cause les principes fondamentaux de notre société.

Cette analyse aboutit rapidement à une contestation de la réalité et, par réaction, à la mise en place d'une position personnelle antagoniste. Les valeurs sociales revêtant un autre aspect, la représentation paternelle obligatoirement se transforme.

A cet âge, en effet, le père se confond avec les pères. Il n'est plus la représentation unique de l'enfant, mais la représentation imagée de l'ensemble des pères. De familiale, son image devient celle d'un groupe social, puis celle de la société. Il est celui qui parle et sévit au nom de tous les pères, il devient une entité qui englobe toutes les classes sociales. L'adolescent alors s'oppose à ce système de valeurs et refuse toute filiation" (pp. 26-27).

Et du point de vue sociologique les mêmes auteurs disent à propos du père ceci : "le père, l'instituteur ne sont plus pris comme tels, ne sont plus crus. Les adultes ne doivent donc pas se

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contenter de détenir la vérité, l'autorité de posséder le sens de la justice, ils doivent penser que l'enfant plus faible a besoin de devenir aussi fort et ne doit pas être soumis" (p. 33).

Ainsi il nous faut étudier la perception que l'adolescent élabore de cette figure centrale et essentielle de sa vie et de son devenir ; et également le sens qu'il revêt aujourd'hui pour lui.

Dans cette perspective, nous tenterons de comprendre les attitudes et comportements qu'il engendre chez les adolescents, le savoir qui circule à son propos dans la relation même qui existe entre le père et le fils, comme l'a fait C. HERZLICH (1979) pour la santé et la maladie ; c'est en fait observer comment un ensemble des valeurs, des normes sociales et modèles culturels est pensé et vécu par les individus d'une société. Cela veut dire, étudier comment s'élabore, se structure, logiquement et psychologiquement l'image de l'objet, ici, le père.

En dehors de ce qui sera dit plus tard sur la représentation sociale, il faut noter le caractère complexe de la réalité psychologique que désigne le terme de représentation : concept et perception se fondent, images individuelles et normes sociales se rencontrent dans ce mode d'appréciation d'un objet ou de la réalité sociale (C. HERZLICH, 1979, p. 23).

Nous entendons ici par représentation sociale du père, l'élaboration psychologique complexe où s'intègrent en une image signifiante, l'expérience de chacun, les valeurs et les informations qui circulent dans la société, c'est à la fois une saisie et une évaluation d'une expérience, informée par les normes sociales qui orientent les attitudes et les comportements de l'individu.

Une telle réalité ne peut s'étudier à partir des caractéristiques ou des traits ou attributs propres du personnage du père, car une telle démarche aboutirait à une description statique et figée du père.

Pour lui donner un caractère dynamique et fonctionnel, il faut déboucher comme le suggère P. TAP (1971, pp. 249-289) sur "une psychologie relationnelle où la représentation du rôle d'autrui définie en termes d'attentes du rôle, trouve son insertion dans la dynamique de la relation de l'autre et du moi à l'intérieur d'un champ social plus vaste où les facteurs affectifs et cognitifs, les attitudes et les modèles organisent une configuration spécifique".

Ainsi avons-nous orienté notre travail dans la perspective méthodologique décrite au paragraphe consacré à ce sujet.

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Concrètement nous avons choisi d'étudier la représentation du père chez les adolescents de la ville de Kisangani, car selon P. TAP (1971, pp. 249-289), la construction de la représentation paternelle est d'abord fortement conditionnée par des modèles culturels proposés par l'entourage de ce dernier sur le plan du langage, de la pensée, des relations interpersonnelles, de sa capacité à prendre de la distance par rapport à la réalité".

Les conditions exigées par la construction de cette représentation sont mieux remplies par l'adolescent que par tout autre sujet d'une phase inférieure du développement psychosocial de l'enfant.

1° Du point de vue de l'évolution de la pensée formelle, l'adolescent est capable de la réversibilité corrélative et peut ainsi arriver grâce à la maîtrise de la structure conceptuelle INRC, à la pensée abstraite. Cela lui donne une pensée généralisable et lui permet de se construire des systèmes de pensée ou des théories selon B. INHELDER et J. PIAGET, 1955, pp. 301-303).

2° En ce qui concerne le développement de la représentation sociale, c'est à partir de 12 ans et pendant les quatre ou cinq années suivantes, que l'adolescent étend sa représentation sociale jusqu'à pouvoir considérer parallèlement son propre point de vue, celui d'une autre personne, la relation entre les deux et leur distance mutuelle, comme le ferait un observateur extérieur. (HURTIG et RONDAL 1986, p. 422). L'achèvement de ce progrès selon ces auteurs, définit un quatrième stade de développement qui correspond à l'accès aux inférences sociales rencontrées typiquement chez l'adulte. Les inférences sociales dépassent alors le niveau descriptif pour fournir une explication des pensées et des sentiments d'autrui, un relativisme social apparaît qui permet de décrire une personne en intégrant à la fois ses qualités et ses défauts.

3° Selon E. H. ERIKSON (1972, p. 22), c'est dans l'adolescence que la structure idéologique de l'environnement devient essentielle pour le moi, car, sans une simplification idéologique de l'univers, le moi de l'adolescent ne saurait organiser l'expérience suivant ses capacités spécifiques et le déploiement de ses facultés. Aussi, l'adolescence constitue-t-elle un stade où l'individu vit plus près du devenir historique que dans les premiers stades de l'enfance.

C'est l'âge où avec le potentiel physiologique et mental dont il dispose à partir de la double maturation de son corps et de sa pensée, l'enfant doit pouvoir amorcer son insertion dans la société des adultes et avec leur aide, qui peut être volontaire et organisée sous forme des rites d'initiation, ou involontaire sous forme de contestation de l'ordre des adultes.

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Quel que soit le mode utilisé de cette amorce, l'adolescent doit se soumettre à un idéal, adhérer à une échelle des valeurs, se situer par rapport aux stéréotypes, aux idéologies que lui propose la société dans laquelle il vit. Or, s'opposer à ces stéréotypes, refuser d'adhérer à telle ou telle idéologie comme le fait souvent l'adolescent, n'est-ce pas en quelque façon s'affirmer ? (P. TAP, 1971, pp.

249-289). C'est même mieux, s'insérer dans la société en essayant de s'assimiler les normes sociales par la critique et la négation de l'offre première, pour mieux la comprendre ensuite. Nous pensons même, que les mécanismes d'introjection du Surmoi prennent à cette période une tonalité contraire pour mieux s'installer.

Il nous a paru nécessaire pour avoir un bon profil explicable de la représentation paternelle de connaître la base référentielle des "juges", ainsi avons-nous estimé utile de savoir quel était le système des valeurs auxquelles adhèrent les "juges" du père et de savoir aussi, quelle image de soi ont-ils d'eux-mêmes et comment pensent-ils être vus par leur entourage, par rapport à cette même base référentielle.

Car selon P. G. COSLIN qui s'inscrit dans le modèle eriksonien, l'adolescence aboutit de façon heureuse à l'acquisition de l'identité. Et cette quête de l'identité se présente selon nous comme un projet essentiel de l'existence ou de cette phase de la vie de l'adolescent.

Et COSLIN (2002, p. 126) dit que : "projeter est alors l'expression plus ou moins forte d'une intentionnalité personnelle et d'une tentative d'autorégulation ou de maîtrise du devenir propre, les valeurs intervenant dans la construction identitaire en tant que principes décisionnels, producteurs de sens et sources d'initiatives. Inscrites dans la trame d'une histoire individuelle et collective, les valeurs véhiculées par la socialisation sont indispensables pour la cohésion des familles et des communautés. Mais ces valeurs correspondent rarement à celles de l'ensemble de la société. Le système de valeurs de la communauté minoritaire s'avère alors en relation concurrentielle avec les autres systèmes de valeurs disponibles dans la société. Cette interaction conduit à l'acceptation, à l'accommodation, ou au rejet des valeurs de l'autre".

L'image ou la représentation de soi à laquelle nous faisons appel "c'est la réponse du sujet lorsque nous l'interrogeons sur lui-même c'est un terme commode pour désigner les réactions du sujet lorsqu'il est appelé à se décrire, à se définir dans une situation donnée" (B. ZAZZO, 1972, p. 30). Elle correspond à la sous structure "image de soi" de la structure "soi personnel" de l'organisation interne des éléments constitutifs du concept de soi décrit par R. L'ECUYER (1975, p. 34). Elle inclut en son sein : 1° les aspirations ; 2° les énumérations d'activités ; 3° les sentiments et les émotions ; 4° les goûts et intérêts ; 5° les capacités et aptitudes ; 6° les qualités et les défauts.

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Nous avons estimé utile pour des raisons avancées par B. ZAZZO de la saisir dans une structure relationnelle. "Car, dit-elle, une définition sans vie de soi, sans vie sociale est impensable. La vie sociale nous donne une première idée de nous, parce qu'elle nous classe et nous situe au milieu des autres, par rapport aux autres. Notre identité est assurée par nos statuts et nos rôles et ceux-ci nous renseignent sur nous-mêmes préalablement à tout effort d'introspection" (B. ZAZZO, 1972, p. 31).

Ainsi rejoignons-nous l'essence de toute représentation sociale qui ne peut être étudiée que dans une situation d'interaction.

1.3. Approche méthodologique

L'étude a porté sur 217 sujets de sexe masculin âgés de 15 à 18 ans ; scolarisés de la ville de Kisangani. Ils ont été choisis compte tenu d'un faisceau de variables psychosociales et biologiques déterminé. Car c'est un faisceau des déterminations qui conditionne l'apparition de certains états d'esprits typiques ou pour le moins fréquents dont il est souvent difficile de prouver l'existence (A.

MITSCHERLICH, 1969, p. 172).

Ils ont été soumis aux questionnaires des valeurs personnelles et à celui des relations parents- enfants. Nous avons, par la suite du traitement du questionnaire des valeurs personnelles, isolé 17 sujets qui étaient particulièrement sensibles, soit aux valeurs scolaires ou non scolaires. Ce groupe a été soumis à des entretiens de type récit biographique afin de nous permettre d'accéder au-delà du questionnaire, à leur vie intime, pour mieux apprécier la représentation sociale de leur relations avec leurs parents et en particulier avec le père.

1.4. Domaine et intérêt de l'étude

Cette étude se situe à la jonction de ce qu'on appelle actuellement la cognition sociale qui est pour nous une nouvelle façon d'approcher les différents mécanismes d'insertion sociale mis en forme par la société et de la façon dont l'être humain arrive à s'en imprégner par le processus d'apprentissage social, qui peut être formel ou non, et de la psychologie de l'enfant et de l'adolescent. Le concept de représentation sociale qui a été rendu opérationnel par les travaux de S. MOSCOVICI et de son équipe nous a servi d'outil théorique de formalisation des questions de psychologie de l'adolescent que nous avions à aborder.

Son intérêt réside dans les buts qu'il s'est assigné, et dans le fait que nous tentons en même temps de répondre au constat fait par ailleurs, du nombre réduit des travaux sur les relations père-fils à l'adolescence qui sont peu étudiées par les psychologues. Nous pensons que l'adolescence

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interpelle tout le monde, et rappelle en particulier l'expérience douloureuse que l'on a fait vivre aux autres, et, la plupart des chercheurs préfèrent ne pas en parler pour ne pas dire qu' ils s'en cachent, pour mieux oublier et être tranquilles.

1.5. Division du travail

Notre travail se divise en trois parties : la première expose le projet et les différentes considérations théoriques qui sous-tendent notre point de vue ; la deuxième partie est consacrée à la méthodologie ; elle expose les techniques utilisées ainsi que leurs qualités psychométriques ; la troisième partie présente l'analyse des nos résultats et leur interprétation.

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Chapitre II : Concepts et théorie sur l'adolescence et la représentation sociale.

2.1. Les sources de la question.

Les sources que nous avons consultées prennent en compte les travaux d’auteurs qui ont étudié l’adolescence comme processus développemental et non comme une crise du développement, ainsi avons-nous retenu les travaux de Jean PIAGET sur le développement cognitif, de E. H.

ERIKSON sur l’identité et G. MENDEL et A. MITSCHERLICH sur la crise de la paternité et de l’autorité sociale.

2.1.1. J. PIAGET.

Si on doit prendre le point de vue de la maturation, on pourrait dire que l'adolescence n'est pas seulement une période de transition de l'enfance à la maturité physiologique, mais - plus important pour SPRANGER- c'est un âge au cours duquel selon R. MUUS, (1962, p. 46), la structure mentale et psychique de l'enfant relativement non développée et indifférenciée atteint sa pleine maturité complète.

Dans cet ordre d'idées, les psychologues s'étonnent souvent de constater que d'excellents travaux ont été consacrés à la vie affective et sociale de l'adolescent mais pas autant à l'analyse de sa pensée.

Cette pauvreté, ELKIND cité par M. CLAES, (1986, p.103) l'explique en faisant référence à la complexité de la pensée adolescente qui exige la mise en place des méthodes d'investigation complexes et diversifiées et qu'il devient de plus en plus malaisé, à cet âge, d'isoler les effets de la croissance du rôle de l'expérience scolaire sur le développement de la pensée. Il nous semble opportun de dire en quoi la pensée spécifique de l'adolescent est différente de celle de l'enfant.

Car J. PIAGET (cité par M. CLAES, P. 104) considère que le développement de la pensée formelle constitue non seulement la réalisation cognitive centrale de cette époque, mais que cette modification de la pensée se situe au cœur de l'ensemble de l'évolution de la mentalité adolescente.

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La pensée formelle à l'adolescence se caractérise par l'accès à la pensée hypothético-déductive qui s'accompagne de deux structures cognitives : la maîtrise de l'analyse combinatoire et l'accès à une forme complète de réversibilité du raisonnement ; la maîtrise du groupe INRC (identité, négation, réciprocité, corrélativité).

L'accès à cette logique permet l'accès aux systèmes conceptuels plus complexes. Nous pensons que c'est la maîtrise du groupe INRC qui permet à l'adolescent d'émettre un jugement de valeurs, car devant la multitude d'éléments disparates qui s'offrent à lui dans sa vie quotidienne, il a un outil logique et conceptuel qui lui permet de les comparer simultanément et de leur donner une signification et un sens.

C'est donc muni de ce nouvel atout qu'il s'insère dans la société des adultes. Insertion que B.

INHELDER & J. PIAGET (1955, p. 299) considèrent comme le caractère fondamental de l'adolescence. Cette insertion entraîne à son tour une refonte totale de la personnalité, refonte dont celles-là (transformation de la pensée et insertion) constituent l'aspect intellectuel parallèle ou complémentaire à l'aspect affectif.

Cette insertion signifie trois choses à la fois :

1° l'adolescent commence à se considérer comme l'égal des adultes et à les juger sur le plan d'égalité et d'entière réciprocité ;

2° l'adolescent commence à penser à l'avenir, à son travail actuel ou futur au sein de la société et se trace un programme de vie pour ses activités ultérieures dans la société des adultes ;

3° il se propose de reformer cette société des adultes dans laquelle il est appelé à vivre. Ce qui montre que cette insertion ne saurait se produire sans conflits. (B. INHELDER et J. PIAGET (1955, p. 301).

PIAGET & INHELDER (1955, p. 302) affirment qu'une autre différence entre l'adolescent et l'enfant se situe au niveau de la réflexion, qui dépasse chez l'adolescent le présent, et s'engage dans la direction des considérations inactuelles.

Pour eux, l'adolescent est un individu qui commence à construire des systèmes ou des théories.

Ces systèmes ont pour signification essentielle de permettre à l'adolescent son insertion morale et intellectuelle dans la société des adultes, sans parler encore de son programme de vie et de ses projets de reforme. Ils lui sont en particulier indispensables pour assimiler les idéologies qui

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caractérisent la société ou les classes sociales en tant que corps par opposition aux simples relations interindividuelles (B. INHELDER et J. PIAGET, 1955, pp. 302-303).

Tous ces changements de la mentalité de l'adolescent sont directement liés pour les auteurs à l'évolution cognitive, à la pensée formelle avec la maîtrise de la réversibilité généralisée, le groupe INRC.

Cette évolution cognitive lui permet aussi au niveau relationnel de remanier ses vues sur le monde pour s'en faire une représentation personnelle ainsi apparaît une nouvelle subjectivité, que nous appelons "un égocentrisme éclairé" par l'élargissement de l'univers de l'adolescent.

Cette nouvelle subjectivité entraîne une modification de la représentation de soi et d'autrui. C'est dans ce cadre de pouvoir redéfinir l'univers environnant et toutes les relations qui y ont cours que l'adolescent se pose la question de l'image de soi et de la représentation du père. Car il ne faut pas l'oublier, l'insertion dans la société des adultes qui caractérise fondamentalement l'adolescence, "entraîne, selon B. INHELDER et J. PIAGET (1955, p. 310), deux transformations qu'exige la socialisation affective adulte : les sentiments relatifs à des idéaux, s'ajoutant aux sentiments entre les personnes et la formation de personnalités caractérisées par le rôle social et l'échelle des valeurs qu'elles se donnent".

Nous avons adhéré à ce point de vue de PIAGET, pour la simple raison qu'il montre comment l'évolution de la pensée de l'adolescent, permet à la personnalité de se réaliser et de s'épanouir sous un jour nouveau ; c'est l'évolution de la pensée qui permet l'insertion de l'adolescent dans le corps social adulte. Cela veut dire, qu'elle permet la formation de sa personnalité.

Désormais il faudra compter avec un individu qui a un programme de vie, qui a un plan de reforme de la société des adultes, quelqu'un qui dispose d'une échelle de valeurs qu'il propose à la société dans laquelle il va entrer. C'est cela qui se traduit par une affirmation de soi ou affirmation de l'autonomie.

On peut dire en somme que le point de vue de PIAGET permet de donner une nouvelle ouverture sur l'adolescence qui n'est pas seulement dominée par les phénomènes affectifs, mais que tous les phénomènes affectifs qui se manifestent ne le peuvent que grâce à l'évolution de la pensée qui en est le moteur principal, et constitue un progrès certain sur le plan de la formation de la personnalité globale. Car désormais muni de nouveaux outils intellectuels, l'adolescent est

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