ADMINISTRATION AUX ANIMAUX DOMESTIQUES
D’UNE TOXINE THERMOSTABLE SÉCRÉTÉE
PAR BACILLUS THURINGIENSIS BERLINER,
EN VUE D’EMPÊCHER LA MULTIPLICATION DE MUSCA DOMESTICA LINNAEUS DANS LES FÈCES
P.-F. GALICHET
Station de Rechevches de Lutte
Biologique
et deBioarnotique,
78 - La Minière par
Vevsailles (’)
SOMMAIRE
La
multiplication
de 1a :Blouche domestique dans les étables pose souvent d’irritants problèmes.Cette étude a pour but de déterminer l’activité d’une substance
d’origine
bactérienne vis-à-vis des larves de cet insecte. Un filtrat résultant de la culture industrielle de Bacillitsthtcringiensis
BER-LINER a été enrichi en toxine thermostable par concentration ; il contient peu de spores ; les éléments thermolabiles ont été détruits par autoclavage.
La
préparation
est administrée à des veaux et à des porcs, elle estincorporée
à la ration au moment des repas, ou diluée dans l’eau de boisson.Les fèces excrétés par les animaux sont recueillis. Ils servent de milieux
d’élevage
à des larves de 3lusca douzeslica L. âgées de 24h à 48 h.Des doses journalières de 5o cc à 85cc de solution ingérée par des veaux dont le poids est
compris
entre 100 et 400 kg empêchent le développement des insectes dans les fèces. La toxicité cesse z¢ h à 48 h
après
la fin du traitement.Pour le porc, les doses permettant d’obtenir le même résultat sont
beaucoup plus
élevées(roo
ccpar jour pour des animaux de 3o kg).
Sans
qu’il
ait étépossible
de déterminer avecprécision
lesorigines
de cette différence, il convient d’observer (lire les excréments du Porc constituent un milieubeaucoup plus
favorable que ceux des bovins à la croissance des larves de la Mouchedomestique. L’hypothèse
d’une détoxification de la matière active au cours du transit intestinal chez le Porc ne semble pas devoir être retenue.L’ingestion
par les animaux dequantités
très importantes de la solution provoque une dimi- nution de la consommation d’aliment. Etant donné la composition mal définie duproduit
dontnous
disposions,
il n’est pas possible d’attribuer cephénomène
à la toxine elle-même plutôtqu’à
l’un ou l’autre des constituants du milieu nutritif bactérien.
I. - INTRODUCTION
I,a destruction des Mouches
domestiques
rencontre degrandes
difficultés dans le milieu rural. Cetinsecte,
ainsiqu’un
certain nombre d’autresespèces nuisibles,
trouvent à l’intérieur des étables et des parcs
d’élevage
desbiotopes propices
à leurmultiplication. L / abondance
et la nature desgîtes
larvaires constitués par lesdéjec-
( 1
) Adress,. actuelle : Station de Zoologie appliquée, Biocénotique tropicale et Lutte biologique, C. R. A. A. G., Domaine Duclos, Petit-Bourg, Guadeloupe.
tions animales et les déchets
végétaux
accumulésgénéralement
en massesimpor-
tantes, rend malaisée toute intervention visant à modifier
l’équilibre
de la biocoenose.Cependant,
la découverte de substancesqui,
administrées au bétail par la voie orale sontsusceptibles
de traverser le tubedigestif
et de se retrouver intactes dans lesfèces,
éclaire leproblème
d’unjour
nouveau. Ce mode de traitement doit per- mettre en effet d’obtenir une excellentepénétration
d’unproduit toxique
pour les larves dans le milieu où elles sedéveloppent
et d’assurer un contactprécoce
et intimeavec les insectes à détruire. La méthode ne s’adresse pas seulement à Musca domes- tica L. mais
également
aux autresespèces
deDiptères coprophages :
Musca autum-nalis DE GEER, Haematobia ivvitans
L., Stomoxys
calcitvansI,., Chrysomya
megace-phala
F.... Ellepeut permettre
d’intervenirégalement
contre les Helminthes et même contre les Nématodes(C IORDI n
et BIZZEI,L,ig6i). Enfin,
et bien que cela n’ait pu encore être vérifié pour B.thuringiensis B.,
certainsproduits
absorbésper
osont montré une
grande
efficacité vis-à-vis des larves de Varron(Hy!odevma
bovisIa.,
et H. lineatum DE
VILLERS )
dans les tissus.Au cours de la dernière
décennie,
de nombreusespréparations
ont étéproposées
aux
praticiens.
C’est versIc!6o
que lespropriétés toxiques
de Bacillusthuviugiensis
B E RLIN E
R envers la Mouche
domestique
ont été découvertes(H AI , L
etA RAKAWA , 1
959
).
L’existence de cette activité antimuscide a été confirméepar la
suite(DuNN, I g6o
B RI
GGS,
106 0 ;
BURNS etC ll., 19 6 1 ;
BORGATTI etGUYER, i96_3; GINGRICH, 1965 ...).
Les
préparations
commerciales de B.thuvingiensis
contiennenttoujours,
enproportion variable,
les spores du bacille et une toxinefigurée protéinique, laquelle
est formée
pendant
lasporulation
de la culture bactérienne. Deplus,
McCoNNEI,et RICHARDS
( 1959 )
mettent en évidence l’existence d’une toxine thermostableagis-
sant par
injection
dans le sang des insectes.B URGER j ON
et deB ARJ ac ( 19 6 0 a)
établissent que la souche
Thuvingiensis
BERI,INER,sérotype
I du bacille(de B ARJA C
et
BONNEFOI, 19 6 2 )
sécrète une toxine thermostable activefier
os vis-à-vis des larves deplusieurs
ordres d’insectes. UltérieurementB URG x RJ oN ( 19 6 2 )
démontre queplusieurs préparations
commerciales contiennent effectivement cette toxine thermo- stable. Cette dernière n’a pas encore été isoléechimiquement,
deux tentatives récentesen ce sens, n’ont pas abouti à des résultats concordants
(CaNTwEI,I. et al., 19 6 4 ;
de
B ARJ nc
et DEDONDER,1965).
La
composition
desspécialités
mises sur le marché est donccomplexe.
Leuremploi
est recommandé pour lutter contre divers ravageursappartenant
tous à l’Ordre desLépidoptères.
Ces mêmesspécialités
sontexpérimentées
sur lesDiptères.
On a tendance à admettre
aujourd’hui
que si la mortalité chez les larves deLépi- doptères
survient à la suite del’absorption
de l’une ou de l’autre des deuxtoxines,
cette mortalité est avant tout consécutive chez les
Diptères
àl’ingestion
duprincipe
thermostable
(BuxG!RJoN
et deBaRJ.!c, 19 6 2 b ;
CANTWELL etal., I9 64).
Il était donc
opportun
d’examiner l’activité de la toxine thermostableaprès séparation préalable
ducomplexe
spores etcristaux,
ce dernier restantdisponible
pour la lutte contre les
Lépidoptères.
Il fautajouter
que cetteséparation
est souventcomprise
dans le mode de récolte des spores et des cristaux telqu’elle
estpratiquée
dans l’industrie. Pour
celle-ci,
le filtrat contenant la toxine thermostable deviendraitun
sous-produit
derécupération
de la fabricationprincipale qui
se trouverait ainsi valorisée.II. -
MATERIEL
La
préparation
dont nousdisposons
se présente sousl’aspect
d’unliquide
brun foncé,plus
dense que l’eau. Il a été obtenu en concentrant 24fois le filtrat récupéré
pendant
la fabrication d’unproduit
à base du complexe cristaux-spores (1). Cettc solution est utilisée telle quelle dans lespremiers
essais, mais on la soumet par la suite à un autociavage de 20minutes à i2ooC.
Les animaux en
expérience
sont des veaux ou desporcelets
maintenus constamment en stabu- lation. Les uns et les autresappartiennent
à la Station de Recherches surl’Élevage
du Centre de Rechercheszootechniques
deJouy-en-_Josas.
L’administration de la toxine se fait soit en
l’incorporant
à des granulés de farined’orge
pour les bovins, ou directement dans la ration pour les porcs, soit encore en la distribuant à la seringueou avec un
pistolet-doseur.
La durée du traitement est de à à 14jours.
Pendant cettepériode
et lesquelques jours qui
laprécèdent
et la suivent des échantillons sont prélevésquotidiennement
ou àdes dates choisies dans les déjections de chacun des animaux.
Le matériel
entomologique
est constitué par des larves de II. dornestica L. souche OMS, F 33,non résistante aux insecticides j2 Ces larves,âgées de 24 h à 48 h, sont
déposées
au nombre de z5s par lot, dans desrécipients
cylindriques contenant environ 30 g de fèces, clos avec une mousselineet conservés à 28-,)2°C. Les excréments sont utilisés sans préparation
particulière
sauf en cequi
concerne les
déjections
des veaux nourris au lait dont il est nécessaire d’accroître la consistanceen les mélangeant à du son. L’estimation de l’efficacité d’un traitement est basée sur l’émergence
des insectes adultes. Celle-ci est donc notée en fin
d’expérience ;
le nombred’imagos
observés estd’autant plus faible que l’action toxique aura été
plus
grande.III. -
TECHNIQUES EXPÉRIMENTALES
ETRÉSULTATS
I
. Essais
préliminaires
concernantl’effccacité
et la rémanence du traitement
Les animaux en
expérience
sont des veaux dont lepoids
varie de 5o-gokg
pour les veaux de
lait,
à mo-rôokg
pour les autres.Ils sont au nombre de 9
répartis
enquatre
lots :- deux animaux témoins
reçoivent
une alimentation exclusivementlactée ;
- deux animaux
reçoivent
la même alimentation àlaquelle
onajoute
IO cm3de la solution
toxique
à chacun des repas du matin et dusoir ;
- deux animaux témoins
reçoivent
une alimentation solide standard(granulés d’orge, drèches, foin) ;
- les trois derniers animaux sont alimentés
également
avec la ration standard(
5
à 8kg/jour/tête),
mais la solution de B.thu y ingiensis
a étéincorporée
à la farined’orge
utilisée pour la formulation desgranulés,
à la dose de 21/ioo kg
de farine.Ces
granulés
sont distribués à raison de ikg/jour/tête.
Ce traitement est
appliqué pendant
unepériode
de dixjours.
L’essaiterminé,
on vérifie que les fèces ont bien
perdu
leur toxicité. Leproduit
est alors administré aux5 animaux
des deux derniers lots dans l’eau de boisson( 10 cm 3 /litre
à chacundes deux repas
quotidiens).
Ce second essai est arrêtéaprès sept jours.
Les résultats de ces essais sont
empreints
d’une certaineirrégularité :
la mortalité( 1
) Fourni par la Société des Laboratoires 12. letton.
( 2
) Nous adressons nos remerciements à àlr le I&dquo;’ P. J’KSSOX de l’Institut national agronomique, qui nous a assuré la fourniture de ce matériel.
des insectes
qui
excède rarement IO p. IOOdans les lots témoinspeut
devenir élevée(S5
p. 100 à 100p.100 )
dans certains lots et rester médiocre dans d’autres. Parfois même le traitement estinopérant.
Ces fluctuationsparaissent indiquer
que la dose choisie se trouveproche
d’un seuil en dessousduquel
il n’est paspossible
d’obtenirun résultat satisfaisant.
Le traitement au moyen d’une
préparation granulée
aboutitparfois
à des refusde la
part
de l’animal. La toxine est alors absorbée enquantité
insuffisante pour que le résultat soitsignificatif.
Ce cas mis àpart,
la forme solide ouliquide
souslaquelle
est
présentée
leproduit
n’en modifie pas l’efficacité.Dans les circonstances favorables les excréments deviennent
toxiques
pour les larves de M. domestica L., 2! h à!8
haprès l’ingestion
duproduit
et ils cessent del’être très
rapidement après
la fin du traitement. La substancetoxique paraît
doncaccompagner les déchets alimentaires au cours du transit intestinal.
La mortalité des insectes intervient au stade larvaire ou au stade
nymphal.
L’examen des cadavres a révélé la
présence
de spores de B.thurin g iensis
B., ntaisaucun
développement
du bacille ne s’estproduit.
Les spores se retrouvent d’ailleurségalement
dans lesfèces,
mais rien nepermet
d’attribuer la mortalité à uneproli-
fération du
microorganisme.
2. Essais
comparatifs
de diverses dosesLes résultats
précédents
ont paru suffisammentencourageants
pour que soitpoursuivie l’expérimentation.
Nous avons doncentrepris
l’étude de l’activité insec- ticide de la toxine dans les excréments d’animauxauxquels
on fait absorber desquantités
variables de notre filtrat industriel concentré. Nous nous sommes limités à deuxespèces domestiques :
un ruminantpol!!gastrique,
leboeuf,
d’unepart,
etun omnivore
monogastrique,
le porc, d’autrepart.
Pour des raisonspratiques,
tousles essais sont effectués sur de
jeunes
animaux. Ijepoids
des veaux estcompris
entre 200 et
3 8 0 kg,
celui desporcelets
est de 30kg.
Lespremiers
sontrépartis
en lots de deux à trois animaux par dose et les seconds en lots de
cinq
animaux.La solution est distribuée au veau avec un
pistolet
doseur tandisqu’elle
est incor-porée
manuellement à la ration desporcelets, qui
estpréparée
enpâté semi-liquide.
Les doses étudiées sont mentionnées dans les tableaux I et 2.
Les larves de M. domestica L. sont
toujours déposées
au nombre de 25 par lots. Le nombre derépétitions
est de 3 par traitement. I,es essais sontrépétés
deuxfois.
Les résultats sont
présentés
dans les tableaux i et 2.Pour les
bovins,
une dose de 5o cm3 par tête et parjour
provoque une mortalitéappréciable
chez les larves de Mouchequi
sedéveloppent
dans les fèces. Cesquantités correspondent
à 0,15-0,25 cm3 de filtrat concentré par kilo depoids
vif. Aux dosesplus élevées,
aucunimago n’apparaît plus.
Nous n’avons pas cherché à établir de relation entre l’efficacité du traitement et lepoids
des animaux ou laquantité
d’ali-ment
ingérée.
Nous notons toutefois que pour unequantité
donnée detoxine,
des variations de 100kg ( 30
p.100 )
dans lepoids
dessujets
n’ont pas eu d’influencesur la toxicité des excréments.
Pour le porc, les doses ont d’abord été fixées par référence à celles
qui
furentutilisées chez les
bovins, compte
tenu dupoids
des animaux. Il s’estrapidement
avéré nécessaire de les relever d’une manière sensible : les
premiers
résultats favorables sontenregistrés
avec uneingestion quotidienne
de 50 à ioo cm3 de solution paranimal et par
jour. Rapportées
aupoids
vif des animaux lesquantités
sont environI
o à 20 fois
plus
élevées pour les porcs que pour les bovins.Dans le tableau 3, nous faisons
figurer
la consommationjournalière
ainsi que les variations depoids
deporcelets
soumis au traitementpendant
unepériode
de I4
jours.
La consommation décroît à mesure que laquantité
de toxine distribuéeaugmente.
En find’expérience,
legain
depoids
varie en raison inverse de la dose deproduit figurant
dans laration ;
la dose laplus
élevée provoque même un abaisse- ment dupoids
dessujets.
La consommationreprend progressivement
sonrythme
normal dans les
jours qui
suiventl’interruption
du traitement. Notons toutefois que laplus
faible dose( 50 cm 3 /jour) n’apporte
pas de modificationsstatistiquement significatives
dans lecomportement
des animaux traités parrapport
à celui des animauxtémoins, compte
tenu de la brièveté del’expérimentation.
IV. - DISCUSSION
Un filtrat industriel à base de toxine thermostable s’est montré efficace contre les larves de M. domestica I,. Ni l’absence de cristaux
protéiniques,
ni la réductionconsidérable du nombre de spores par
rapport
auxpréparations commerciales,
n’ont entraîné laperte
de la toxicité. Ces résultats confirment ceux obtenusprécédemment
au laboratoire
(BURG!RJow
etCAIICHET, 1965).
I,’absorption
de cettepréparation
enquantité importante
provoqueparfois
chez l’animal
domestique
le déclenchement de troublesdiarrhéiques plus
ou moinsprononcés. Or,
la larve de M. domestica L.apparaît
comme relativement sensible auxmodifications du milieu oit s’effectue son
développement ;
il n’est donc pasimpossible qu’un affaiblissement,
voire même unemortalité, puisse
en résulter chezl’insecte, indépendamment
de toute actiontoxique proprement
dite.Toutefois,
la similitude dessymptômes
observés au laboratoire par d’autres auteurs(CaxTw!t,I,
etaL., I9 6q)
et par nous-mêmes
(G AI , ICHET ,
enpréparation)
avec ceux constatés dans lesexpé-
riences
précédentes,
doit vraisemblablementpermettre
d’affirmer que la toxine thermostable de B.thuringiensis
est bienl’agent principal
de la mortalitéenregistrée.
La
comparaison quantitative
de nos résultats avec ceux obtenus par d’autres n’est pas aisée : eneffet,
lespremiers
chercheursqui
fontingérer
des substances à base de B.thuvingiensis
B. aux animauxdomestiques expriment
leurs résultats enfonction de la richesse en spores des
préparations.
Comme il a été reconnudepuis
que ceux-ci interviennent peu ou pas du tout dans l’activité
antimuscide,
les auteurssont amenés à
préciser
le mode d’obtention duproduit toxique qu’ils emploient
ainsique la
quantité
introduite dans la ration des animaux(M ECHA i<AS
et BEYER,19 6 3 )
ou dans le milieu
d’élevage
des insectes(C ANTWELL
etal., 19 6 4 ).
Il est malheureu-sement
impossible
de déterminer la teneur en matière active des substances utilisées.Cette incertitude pourra être levée le
jour
où l’isolement et la définitionchimique
de la toxine incriminée
permettront
d’en faire ledosage,
ou, àdéfaut,
parl’adoption
d’une méthode standard de
titrage biologique
par référence à un étalon déterminé(BURG!RJON, I(!65).
D’après
les auteurs, le calcul durapport
de laquantité
depréparation
utiliséeau
poids
de la rationingérée
est de 10 p. 100 chez les bovins(Dunn, Ic!6o)
et de2 à 4 p. 100 chez les
poulets (B R iGGS, 19 6 0 ;
Mm,r,Ak,19 (5).
Cette différence devrait être attribuée selon BRIGGS à lacomplexité plus
ou moinsgrande
del’appareil digestif
des deuxespèces.
Sans doute faudrait-il aussi faire entrer enligne
decompte
laphysiologie
de la fonctiondigestive.
Dans nos
expériences,
nous observons un taux voisin de i p. 100pour lesjeunes bovins ;
cette différenceimportante
avec le chiffre de Dt·ww est sans aucun doute lié à laplus grande
richesse en toxine de notrepréparation.
Chez lesporcelets,
cerapport
s’élève à 10 p. 100ou 20 p. 100. La résistance des larves de la Mouchedomestique
est donc
plus
élevéequand
celles-ci sontplacées
dans les fèces de porc. Les différences de mortalité subsistentlorsque
le traitement des bouses a lieu au laboratoire sanspasser par l’intermédiaire de l’animal
(1%.xi,IcHi.;!r,
enpréparation).
Il faut doncadmettre,
soit que lespropriétés physiques
ouchimiques
propres auxdéjections
duporc diminuent l’activité de la toxine ou la rendent moins accessible
aux insectes,
soit que ce milieu convenant mieux à la croissance de M. don2estica I,.(poids
élevédes pupes,
rapidité
dudéveloppement),
les individus se trouvent dans un meilleuréquilibre physiologique
etpeuvent
ainsiingérer
sansdommages
deplus grandes quantités
de toxine. I)ans le même ordred’idée,
il est bon de noter que MECHA1,AS et BEYER(ig6g) signalent qu’il
faut diluer environ dix foisplus
deproduits toxiques
dans les fèces que dans les milieux de cultures artificiels pour obtenir des résultats similaires.
Nous avons pu montrer au cours de nos essais
préliminaires
que, à doseségales,
la forme
liquide
ou solide souslaquelle
leproduit
estprésenté,
n’en modifie pas l’efficacité.Or,
onn’ignore
pas que la nature de l’aliment estsusceptible
d’influersur les modalités du transit
digestif
chez les ruminantspolygastriques, principalement
dans leur
jeune âge.
Chez le veau,l’absorption
de lait notamment provoque la ferme- ture de lagouttière oesophagienne qui permet
l’arrivée directe duliquide
dans lefeuillet ou la caillette en évitant les deux
premiers
réservoirsgastriques,
rumen etréseau. Les aliments
solides,
par contre,séjournent
trèslonguement
dans ces derniers et ils y subissent lesattaques
demultiples
fermentations microbiennes. Nos résultats montrent que l’activité insecticide de la toxine thermostable n’en est pas affectée pour autant.L’expérimentateur dispose
doncapparemment
d’unegrande
libertépour choisir le mode de
présentation
leplus
convenable.Un ce
qui
concerne larémanence,
nous avons pu observer que la toxicité des fècesdisparaît
très viteaprès l’interruption
dutraitement,
laissantprésumer
une élimi-nation
rapide
duproduit
par le tubedigestif
des animaux. Ces résultats confirmentceux de Du-,;s
( y 6o)
sur les bovidés et ceux de BORGATl’I et GUYER( 19 6 3 )
sur lescailles. Le
produit,
par contre,persisterait longtemps
dans les fttmiers : MECIIALAS et BEYER font état de résultatspositifs après quatre
mois destockage
dans les condi-tions naturelles.
L’administration de
préparations
à base de B.thuringicnsis
B. au bétail nepeut
êtreenvisagée
que si leur inocuité est assurée aux doses normalesd’emploi.
Le trai-tement ne doit pas non
plus
affecter la valeur commerciale des animaux dequelque
manière que ce soit. Cet
aspect
de laquestion
a retenu l’attention des chercheurs.Les informations que nous
possédons
à cesujet
concernent troisespèces :
lespoulets,
les cailles et les
bovins ;
nos essaispermettent d’y ajouter
le porc.Les
premiers
auteurs(DuvV, ig6o ;
BRIGGS,19 6 0 )
nesignalent
tout d’abordaucun
symptôme
alarmant : BxrGGS notamment alimente sansdanger vingt poules
pondeuses pendant
deux ans avec une ration traitée. Par lasuite,
onpeut
établirque des doses
cinq
à six foissupérieures
à la dose normaled’emploi provoquent
chez lespoules
une réduction de la consommation et une diminution de laponte.
M!cH:!-!,ns et BEYER
( 19 6 3 )
àqui
l’on doit cetteobservation, remarquent
que cecipeut
êtresimplement
laconséquence
duremplacement
d’une fraction de la ration alimentaire normale par une substancequi
convient moins bien audéveloppement
despoules.
BuxVS et al.
(rg6r) signalent
que la consommation despoules
estplus
ou moins affectéeselon la
préparation
commerciale utilisée. Lepoids
dessujets
et laproduction
d’oeufssont
également
abaissés.BoRGAT
’
rr
( 19 6 1 )
montre quel’ingestion
de spores de B.thuringiensis
B. nemodifie en rien le métabolisme des cailles et des souris blanches. KRIEG et HERFS
( 19 6 3
)
confirment que ces dernièrespeuvent absorber,
par voie orale ouparentérale
des
quantités
variables desurnageant
d’une culture de B.thuviugiensis
var. thurin-giet2sis
sansprésenter
de réactions défavorables.Nous avons nous-même
procédé
à des essaispréliminaires
sur des souris blanches d’unpoids
moyen de 30 g. Nous avonsinjecté
dans la cavité abdominale différentes doses d’une solution à 10 p. 100 de notre filtrat industriel. Nous n’avons pas enre-gistré
de mortalité aux doseségales
ou inférieures à 0,05 cm3 de filtrat. Cette doseéquivaudrait
pour un bovin de 300kg
à un volume de 500 cm3. Il semble donc que nousdisposions
d’une marge de sécurité suffisante pour l’utilisation de la solution.L’administration.
fier
os aux bovins a montré que lesquantités
de 5o cm3à8 5
cm3par
jour
sont bien tolérées. Au-delà(r 4 o
cm3jour),
nousobservons, après quelques jours,
uneperte d’appétit
chez les animaux. Nous faisons la même constatation chez les porcs àqui
on fait absorberquotidiennement
100 à 200 CM3de la solution.L’interruption
du traitementpermet
à l’animal de retrouverrapidement
sonéqui-
libre. Le
produit
utilisé n’étant paspurifié,
il n’est paspossible
d’attribuer les troubles observés à la toxineplutôt qu’à
l’un ou l’autre des constituants du bouillon de culture microbienne. De nouveaux essais sont doncindispensables.
Il avait été
envisagé
de distribuer à un lot d’animauxtémoins,
un filtrat d’une culture de B.thuyiu!iensis
dont la toxine thermostable soluble serait absente soitqu’elle
ait été détruite par unprocédé quelconque,
soit que l’on aiepris
soin d’utiliserune souche de bacille ne
produisant
pas cette toxine. Les difficultéstechniques
aux-quelles
nous nous sommes heurtées pour obtenir des milieuxcomparables
avec ou sanstoxine nous ont fait renoncer à ce
projet.
Le
problème
de la toxicité vis-à-vis del’homme,
desvertébrés,
et aussi de la fauneauxiliaire,
deproduits
bactériens doués d’une activitépathogène
envers lesinsectes
nuisibles,
adéjà
été étudié dans le cadregénéral
de la luttebiologique.
C’est ainsi
qu’il
a été démontré à maintesreprises
que laplupart
desorganismes entomopathogènes
font preuve d’une certainespécificité
d’action. Bien que dans ce domaine les bactéries du groupeThuvingiensis
secomportent
d’une manièreplutôt
moins sélective que
d’autres,
leur utilisation a néanmoins peu d’effets sur ungrand
nombre d’insectes
entomophages.
Cette sélectivité renforce l’intérêtpratique
de cessubstances.
A propos des animaux à sang
chaud,
BROWN(in S TEIKHAUS , 1959 )
écrit : « Ilest
difficile,
sur des basesgénétiques, d’imaginer qu’un microorganisme
entomo-pathogène puisse
être simultanémentpathogène
pour les Vertébrés », et STEINHAUS( 1959
) ajoute
le commentaire suivant : cc Dans les conditionsnaturelles,
B. thurin-giensis
n’estjamais
associé avec desVertébrés,
même sous un état nonpathogène
»,puis plus
loin « Bienqu’il
ne soit pasimpossible
que les animauxingèrent
unfeuillage
traité avec des spores de B.
thuvingievtsis,
il n’existe aucune raison de penserqu’à
la suite d’un tel contact une bactérie
puisse
s’établir dans le tubedigestif
desanimaux,
ni que ce contact, aussi intime
soit-il,
aitplus
de chance d’aboutir à une infectionque dans le cas des commensaux
qui composent
la flore intestinale. oDans ce
domaine,
les essaisauxquels
nous nous sommes livrés sur porcs et bovinspeuvent
fournir d’utiles indications sur lesdangers
que font courir au bétail et augibier
lesdépôts
résiduels de toxine thermostable consécutifs auxapplications
insecticides effectuées sur les cultures ou les forêts. Des considérations
théoriques
et des démonstrations
expérimentales
amènent BROWN et S’rErn-xaus àrépondre négativement
à laquestion
de savoir si des formespathogènes
pour les Vertébrésne
pourraient
pasapparaître
par mutationspontanée
de souchesentomopathogènes.
Rappelons
d’ailleurs quel’emploi
des substancesd’origine
microbienne est banalen
thérapeutique
vétérinaire et humainedepuis
la découverte desantibiotiques.
Cesderniers sont même
passés
dans lapratique zootechnique elle-même,
certains d’entreeux
(Auréomycine, Érythromycine) étant utilisés par les éleveurs comme facteur de
croissance. Des levures diverses (Sacch 2 vomyces spp.)
entrent depuis longtemps
dans
la
composition
d’aliments pour le bétail en raison de leur intérêt alimentaire et de leurspropriétés appétitives (Sa!,woN-I,!G.!GNEUx, iq6o).
Dans cedomaine,
l’intro-duction de
poudre
à base de B.thuvivtniensis
B. ne constituerait donc pas une inno- vation.S’il
paraît
exclu que les souchesentomopathogènes provoquent
des accidentstoxémiques
ousepticémiques
chez lesVertébrés,
il n’est toutefois pasimpossible
que les toxines sécrétées par certaines d’entre elles
provoquent
des réactionsallergiques
chez
quelques sujets.
Laplupart
des substances de natureprotéique
sont d’ailleursdans ce cas. Il serait rencontré chez l’Homme avec un
champignon,
Beauvevia bas-siana s_!!,s.
Enfin,
ilpeut
êtrerappelé,
à proposplus particulièrement
de la toxine thermo-stable de B.
thuvingiensis
B., que la mortalité des insectes survient leplus
souventà l’occasion d’un
changement
de stade larvaire ou à lamétamorphose, phénomènes développés
surtout dans le monde desArthropodes.
Vues sous un
angle toxicologique,
lesperspectives
d’utilisation de B.thuvivtgierasis
en médecine vétérinaire se
présenteraient
donc sous unjour
favorable.V. - COi!rCI,USION
La lutte
qu’il
est souvent nécessaired’entreprendre
contre lespullulations
dela Mouche
domestique
associegénéralement
les mesuresd’hygiène
etl’emploi
desubstances
toxiques.
Les difficultés rencontrées pour obtenir la
pénétration
d’un insecticide dans lamasse de déchets
organiques
où sedéveloppent
les larves de M. domestica I,.peuvent
être surmontées par
l’adjonction
à la ration d’unproduit qui,
traversant sans subir d’altérations le tubedigestif
desVertébrés,
se retrouve dans les fèces. Lapréparation
doit être inoffensive pour l’animal
domestique
et active contre les larves de l’insecte.I)ifférents auteurs ont
déjà
utilisé dans ce but despréparations hétérogènes
ren-fermant des spores de B.
thuvisagievesis
B. Ils ontappliqué
ce mode de traitement soit à desmammifères,
soit à des oiseaux.Nous avons pu obtenir des résultats
positifs
avec une solution enrichie en toxinethermostable,
pauvre en spores et dont tous les éléments thermolabiles ont été éli- minés.Cependant,
nous avons montré que degrandes
différences d’efficacitépeuvent apparaître
d’uneespèce
à une autre etqu’en conséquence
une mise aupoint
est néces-saire pour chacune d’elles.
I,a recherche
entreprise
n’avait pas pourobjet
essentiel la découverte d’un remèdeaux
pullulations
des Mouches dans lesétables, malgré l’importance
de ceproblème d’hygiène publique ;
ilpeut
exister d’autres méthodesplus
efficaces ouplus
écono-miques
que celles que nousenvisageons
ici. Toutefois celle-ciprésente
certainscaractères propres
susceptibles
d’endévelopper
l’intérêtthéorique
si on lareplace
dans le cadre
général
de la luttebiologique
au moyen des germes.Cette dernière a été exclusivement considérée sous
l’aspect
des mesures de pro- tectionphytosanitaire :
elle n’ajamais
étéappliquée,
à notreconnaissance,
contre des insectesd’importance
médicale ou vétérinaire. Cette voienouvelle,
abordée enobservant toutes les
règles
deprudence
que recommande P. GRISON( 19 6 1 ) lorsque
l’Homme veut
juguler
l’action néfaste de sesennemis,
ne devrait pas se révéler moins féconde que lapremière.
Reru jJour publication en mars io66.
VI. - REMERCIEMENTS
Bous remercions nos
collègues
R. JARRIGE, (’. !NIAI’lilEU, A. RÉRATet K. S,!t,>tov-LECacvLri;de la Station de Recherches sur
l’I?levage,
(’.B.R.Z.,qui
ont bien voulu mettre à notredisposition
les animaux nécessaires a nos expériences.
Nous remercions
également
MM. Y. MANis,ingénieur
à la Station de Recherches sur les Rumi- nants et R. MERLE, agenttechnique.
ainsi que MM. 1B.-1B1. MoiSANT etJ.-P.
Tl’RC de la Stationd’Elevage
des Porcs de La Minière pour l’aide que les uns et les autres nous ontapportée
à la réa-lisation matérielle des
expériences.
SUMMARY
1’KFVENTION OF REPRODUCT!U0; OF a DIUSC:1 I)OIIFSTI(’2% ! IN FECES 13%’ FEEDING WITH A HEAT-STABLE TOXIN FROAI u l3Al.·ILLI;S TTIi’I21Bt!lEBSIS ,, lhliRl.INER
A filtrate,
highly
concentrated in heat-stable toxin and nnlch less in viable spores, and whose heat-labile elements were destructed by autoclaving, was obtained from commercial formulation of Bacillusthuringiensis
BERLINER and given to calves and piglcts in different forms : for calves, it was eitherliquid
or solid byincorporating
it to granulatedbariey-meais :
forpigs,
the tiltrate was addedto the
scmili d uid
mash of theratio.
The feces of tested animals were collected and served as a medium of culture of hou;e-flv lar-
vae whose mortality was watched over. It was thus established that 5o to 85cc ingested
daily by
calves from ioo to 400
kg weight
prevent the insect from developing in feces.Tovicity
ended up 24to4
8 hours after the treatment was
stopped.
In the
Pig,
much greater amounts (no cc for 3o kgpigiets)
wererequired
in order toobtain similar results. It should be noticed however that the
Pig’;
fecae is a medium much more sui- table for thedevelopment
of housc-lly larvae than the Calf’s (higher weight of pupae, shortenedlarval stage). Investigations in progress in our laboratory enabled us to find the very same difference when feces of both species are treated in vi6ro without the filtrate being transported through the