HAL Id: jpa-00237769
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Submitted on 1 Jan 1881
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Sur la passivité du fer
E. Bibart
To cite this version:
E. Bibart. Sur la passivité du fer. J. Phys. Theor. Appl., 1881, 10 (1), pp.204-210.
�10.1051/jphystap:0188100100020401�. �jpa-00237769�
204
les bulles gazeuses
disparaissent
dans l’ordre inverse de celui oit elles ont apparu. Ledépôt
gazeuxprésente, pendant qu’il
se pro- duit ouqu’il disparaît,
les mêniesaspects
successifsqu’une
buéequi
se condense ouqui s’évapore
à la surface d’une lamepolie.
Les
analogies qui
viennent d’êtresignalées
entrel’électrolyse
et unchangement
d’étatpeuvent
êtrecomplétées
par une remarque quej’ai
eu l’occasion de faire antérieurement : il y a un retard d’élec-trolyse
comme il y a un retardd’ébullition,
c’est-à-dire que, pour faire naître des bulles de gaz, il fautemployer
des forces électro- motrices d’autantplus grandes
que la surface surlaquelle
onopère
est
plus petite ;
avec une trèspetite
surface de mercure, le retard atteintjusqu’à 1 2
daniell.SUR LA
PASSIVITÉ
DU FER;PAR M. E. BIBART.
Un très
grand
nombred’expériences
ont été faites sur lapassi-
vité du fer. J’ai eu l’occasion d’en
répéter plusieurs,
et dans desconditions
parfois
assez différentes de celles-où s’étaientplacés
leurs auteurs. Il m’a paru intéressant de réunir en
quelques
pages les résultats que l’onpeut
considérer commeacquis
à cesujet.
I.
Keir (1)
amontré,
en 1790, que le ferplongé
dans l’acideazotique monohydraté
devlelltpassif,
c’est-à-direqu’il
n’estplus attaqué par l’acide azotique
ordinaire. On a reconnudepuis
que l’intervention de l’acideazotique monohydraté
n’est pas nécessaireet que le fer
peut
devenirpassif
dansbeaucoup
d’autres circon-stances.
i°
Chauffons,
parexemple,
unepointe
de Paris dans la flammed’un
bec Bunsen j usqu’à ce qu’elle
se recouvre d’une couche bleued’oxyde;
laissons-la refroidir à l’air etplongeons-la
dans l’acidesazotique
ordinaire : nous verronsqu’elle n’y
est pasattaquée (2).
(1) KEIR, Phil. Trans., p. 359; 1790.
(2) SCHONBEIN Pogg. Ann., Bd. XXXVII, p. 393 ; 1836.
Article published online by EDP Sciences and available at http://dx.doi.org/10.1051/jphystap:0188100100020401
205 La
passivité
du fer est due ici évidemment à la couche d’oxyde insolublequi
s’est formée à sa surface.2° Attachons deux
pointes
aux extrémités desrhéophores
d’unepile
de Bunsen de 2 ou 3éléments,
etplongeons
enpartie
lespointes
dans l’acideazotique ordinaire,
de manière que les fils d’attachen’y plongent
pas. Tout d’abord rien ne semble se pro- duire aupôle positif,
tandisqu’un dégagement
abondant debioxyde
d’azote a lieu au
pôle négatif.
Le fer dupôle négatif s’attaque énergiquement ;
l’autre se recouvre peu à peu d’un enduit noir.Interrompons
le courant : le fer dupôle positif
est devenupassif
tandis que
l’attaque
dupôle négatif
continue( f ).
Dans ce cas, la
passivité
du fer a été déterminée parl’oxygène, qui
s’est condensé sur sa surface etqui
a fini parl’oxyder.
Lebioxyde d’azote,
aucontraire, qui
s’esudégagé
aupôle négatif,
n’apu
préserver
le fer.3° Le contact d’un fil
d’or,
deplatine
ou d’un morceau decharbon
empêche l’attaque
du fer dans l’acideazotique
ordinaireou même arrête
l’attaque lorsqu’elle
n’est pastrop
violente(2).
Ce fait
s’explique
facilement si l’on remarque que les courantsqui
s’établissent entre le fer et le
platine
à travers leliquide dégagent
de
l’oxygène
sur le fer.Pour rendre
plus
manifeste l’intervention des courants élec-triques,
onpeut disposer l’expérience
de la manière suivante : Un clouAB,
deo-, o6
à0m,07
delong (fig. i),
est attaché à un filde
platine
BC. Onplonge
lapointe
A dans l’acide ordinaire et aus-.sitôt on enfonce l’extrémité du fil de
platine.
Enenfonçant
celle-cisuffisamment et en la
rapprochant
du fil defer,
onparvient
à ar-rèter
l’attaque
du fer sans le toucher( du
moins dans leliquide).
4°
Dans cesexpériences,
onpeut remplacer
le fil deplatine
parun fil de fer
déjà passif.
Ainsi Schônbein recourbait un fil de feren forme
d’n,
chauffait une desextrémités,
laplongeait
dans l’acideazotique ordinaire ;
la secondeextrémité, plongée ensuite,
devenaitpassive.
Il résulte de là ce fait
important
à retenir : c’est que le ferpassif
(’ ) SCHOBEIN, Pogg. Ann., Bd. XXVIII, p. 493 : 1836. - BELTZ, Pogg. Annalen Bd. LXII, p. 234, et Bd. LXIII, p. 415; 1844.
(1) SCHONBEIN, Pogg. Ann., Bd. XXXVII, p. 395, et Bd. XLIII, p, 103: 1838.
206
se
comporte
parrapport
au fer actif comme un fil deplatine.
Onpeut
sedire,
il estvraie,
que les courantsqui portent l’ox-gène
surle fer neuf et le rendent actif
dégagent
en mêmetemps
sur le fer Fig. i.passif
unequantité équivalente
debioxyde
d’azote(ou d’hydro- gène
si l’acide estétendu)
et devraient par là lui rendre son activit Mais il faut remarquer que, si la couche debioxyde
d’azotedégagé
sur le fer
passif
est trèsfaible,
elle se dissout engrande partie
danl’acide
azotique.
Il faudra
donc,
pour que cette couche debioxyde
d’azote soifaible,
que le ferpassif
ait une surface assezgrande
parrapport
au fer actif. C’est ce dont on
peut
se rendrecompte
de la manière suivante. On chauffe un clou à l’une de ses extrémités et on l’en- fonceprogressivement
dans l’acide ordinaire enplongeant
d’abordla
partie oxydée :
le clou devientpassif
dans toute salongueur.
Si au contraire on avait enfoncé d’abord la
partie active,
le clou seserait
attaqué
tout entier(’).
Enfin voici une autre
expérience
fort curieuse etqu’il
seraitdifficile
d’expliquer
autrement que par cette intervention des cou- rantsélectriques.
Deux clous neufs sont reliés par un fil de cuivre et
plongés
enpartie dans l’acide (fig. 2). En faisant varier la longueur de la partie plongée,
on arrive à rendrel’attaque
excessivement faible sur les deux clous. Mais il arrive souvent que despulsations apparaissent
sur les deux
clous ;
la couche de gazqui
les entouraitdisparaît
(1) SCHONBEIN, ibid.
207
brusquen1ent
et leur surface redevient brillante. Les deux clousactifs
se sont rendus mutuellementpassifs.
Les courants
qui
s’établissent entre les deux clousdégagent
eneffet des
quantités d’oxygène proportionnellement plus grandes
que lesquantités
debioxyde d’azote,
ce dernier gaz se dissolvant àFig. 2.
mesure dans
l’acide ;
les clous finissent par se couvrir d’une couched’oxygène,
pars’oxyder
eu par devenirpassifs.
II. Les
phénomènes
que nous venonsd’exposer
vont nous per-mettre maintenant de
comprendre
comment lapassivité
se con-serve.
On sait en effet que le fer
passif peut
resterpendant près
d’unmois dans l’acide
azotique
ordinaire sans être sensiblementattaqué.
D’un autre
côté,
M. Varenne(’ )
a constaté que dans l’acide étendul’attaque
du fer se manifeste au bout d’antemps
d’autantplus
court que l’acide est
plus
étendu.Remarquons
d’abord que le ferpassif
n’est pas absolument .inattaqué
par l’acide ordinaire. Il suffit pour s’en convaincre d’at- tacher un cloupassif
et un fil deplatine
aux extrémités des fils d’ungalvanomètre
sensible et de lesplonger
tous deux dans de l’acideazotique
ordinaire : on constate une déviation trèsfaible,
mais
persistante, indiquant
un courantqui
va du fer auplatine
àtravers le
liquide.
(1) ann, de Claimie et de Ph)’siqlle, je série, t. XX, p. 24o; 188o.
208
Il est facile alors de
comprendre
cequi
se passelorsqu’on
laisseun clou
passif
dans de l’acideazotique plus
ou moins étendu.Si la couche
d’oxyde qui
leprotège
vient àdisparaître
en unpoint,
une actionélectrochimique
intervient aussitôt entre lesparties passives
et cellesqui
ne le sontplus,
de manière àdégager
de
l’oxygène
sur cesdernières, qui
redeviennentpassives.
L’actionchimique
se modère doncd’elle-méme,
et c’est elleprécisément qui
entretient lapassivité. Finalement,
le ferpeut
se dissoudretout entier sans avoir cessé d’être
passif,
c’est-à-dire sans quel’attaque
se soitjamais produite
avec violence. La dissolution du fer sera donc trèslente,
surtout dans l’acideordinaire,
mais elleira en s’accélérant à mesure que le
degré
de concentration de l’acide viendra à diminuer.III.
D’après
toutes lesexplications qui précèdent,
il est facilede
prévoir
que toute actionqui
aura pour effet de détruire la couched’oxyde
formée devra faire cesser lapassivité.
MM.
BoutIny
et Château(1)
ont montré en effet que le ferpassif
chauffé dans un courant
d’hydrogène perd
unepartie
de sonpoids
et redevient
actif.
Un fil de fer
passif pris
pour électrodenégative
dans l’acideazotique
redevientégalement
actif. Il en est de même si l’on touche le ferpassif
avec un métalpositif
parrapport
àlui,
tel queCu, Sn, Zn, Bi, Sb, Pb,
ou encore avec du fer actif(2).
Dans ces dernières
actions,
il est encorepossible
de mettre enévidence l’intervention du
phénomène électrochimique
enprocé-
dant de la manière suivante. Aux extrémités des fils d’un
galvano-
mètre on attache d’un côté un clou
passif,
de l’autre un fil decuivre,
et on les
plonge
dans l’acideazotique
ordinaire. Le cuivres’attaque
et le
galvanomètre
montre que le courant va du cuivre au fer à travers leliquide.
On enfonce alors le fil de cuivre et on le rap-proche davantage
du fer pour donner au courantplus
d’intensité.On voit alors le courant
changer brusquement
de sens, et le ferredevient actif.
Pour que
l’expérience réussisse,
il faut que le fer ne soit pas(1) Cosmos, t. XIX, p. 117 : 1861.
(1) HERSCHEL, Pogg. Anll., Bd. XXXII, p. 2 12 ; 1831.
209
passif depuis trop longtemps,
caralors,
la couche d’oxydequi
leprotège
étantplus épaisse,
ilpourrait
ne pass’attaquer
méme par le contact du cuivre.Dans cette
attaque
du ferpassif
on remarque souvent unphé-
nomène fort
curieux,
étudié par Herschel et parSchönbein (1).
Prenons un clou
neuf; plongeons-le
dans l’acide en le touchantavec un fil de
platine :
sa surface demeure brillante. Retirons le fil deplatine,
et,quelques
minutesaprès,
touchons-le avec un fil 1 de cuivre : une couche brunepart
aussitôt dupoint touché,
s’étendsur la surface du
clou, puis disparaît brusquement
pour se repro- duire de nouveau. Parfois cesplilsations s’accélèrent,
et alors l’at-taque
du fer finit par devenir continue.Parfois,
aucontraire,
lespulsations
se ralentissent et cessent ; la surface du fer redevient brillante tout à coup : le fer est devenupassif.
Au contact du cuivre les
points
lesplus
voisins du fer deviennentactifs;
les courantsqui
s’établissent entre lesparties passives
et les
parties
actives du ferdégagent
deFoxygène
sur cesdernières, qui
redeviennentpassives.
De là ces alternatives d’activité et depassivité.
Selon l’intensité de l’action exercée par lecuivre,
l’unou l’autre des effets finit par
l’emporter.
On
reproduit
très facilement cespulsations
enplongeant
unclou neuf dans l’acide et touchant en même
temps
chacune de sesextrémités par un fil de cuivre et par un fil de
platine.
IV. Avant de
conclure,
il convient de remarquer que le fer n*estpas le seul métal
qui puisse présenter
lephénomène
de lapassivité.
Ainsi le
nickel,
le cobaltqu’on
aoxydés
en les chauffant à l’airne sont pas
attaqués
dans l’acideazotique (2). L’étain, qui
n’estpas
attaqué
par l’acideazotique fumant,
est moins vivementattaqué
par l’acide ordinaire
lorsqu’on
l’entoure d’un fil deplatine.
Enfinle bismuth entouré d’un
fil
deplatine
ne semble pass’attaquer
tout d’abord dans l’acide de densité
1, 4,
mais bientôt despulsations
se
produisent
etl’attaque
commence.Or,
pour tous cesmétaux, 1"oxyde
formé estplus
ou moins inso-(t) HERSCHEL, ibid. - SCHOBEIN, Pogg. Atin., Bd. Xxxi’III, p. 417; 1836.
(2) NICKLÈS, Comptes rendus des séances de 1’-4cadéntl"e des Sciences, t. XXXVII, p. 28£ ; 1853.
210
luble dans l’acide
azotique
concentré etjoue
parrapport
au métal le rôle d’un corpsélectronégatif,
comme leplatine.
Pour le zinc, au
contraire, qui
neprésente
pas lapassivité l’oxyde
formé est facilement soluble etjoue
parrapport
au métal le rôle de corpsélectropositif (1).
Conclusions. - La
passivité
du fer n’est pasproduite
par une couche de sous-azotateinsoluble,
comme l’avaientpensé quelques physiciens, puisque
l’actionpréalable
de l’acideazotique
n’est pas nécessaire. Elle est due encore moins à la formation d’une couche debioxyde
d’azote : toutes lesexpériences
citées leprouvent,
et d’ailleurs ce gaz se dissoudraitrapidement
dans l’acideazotique.
La
passivité
estproduite,
aucontraire,
par toute causequi
tendà
oxyder
lefer;
elle est détruite par toute causequi
tend à le dés-oxyder.
Lapassivité
est donc due soit à une couched’oxyde (2),
soit à une couche
d’oxygène.
Les
oxydes formés
à la surface du ferpeuvent préserver
le ferpar leur
présence même,
enl’enveloppant
d’une sorte de vernisinattaquable,
oubien
ilspréservent
le fer à la manière duplatine,
en
dégageant
sur lesparties
dénudées une coucheprotectrice d’oxygène.
Le fer
qui
vient d’être rendupassif
par le contact duplatine
conserve en effet tout son
éclat,
et unsimple
choc suffit pour lui faireperdre
sapassivité. Après
une immersionprolongée
dansl’acide,
on voit au contraire sa surface seternir;
un choc nepeut
plus
le rendreactif,
et le contact du cuivrepeut
même ne passuffire pour
produire l’atuaque.
On doit donc admettre que la
passivité,
dans ce cas, est d’abordprodui te
par unesimple
couched’oxygène
condensé sur la surfacedu
platine.
Mais peu à peu une couched’oxyde
se forme et le ferperd
alorsbeaucoup plus
difficilement sapassivité,
tout commele fer
qui
a étépréalablement oxydé
dans la flamme d’un bec Bunsen.(1) BEETZ, Pogg. Ann., Bd. LXVII, p. 365; 1846. - Archives de l’électricité, t. IY, p. 509 ; 1844.
(2) FARADAY, Phil. Magaziiie, t. XX, p. 60, et t. X, p. 175 (1837); Experimental researches, t. II, p. 239.