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Chap. 5

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Academic year: 2022

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Texte intégral

(1)

CHAPITRE 5

DUALIT´ E PROJECTIVE

Dans tout ce chapitre, k d´esigne un corps et V un k-ev de dimension finie.

20. D´efinitions

Rappels 20.1 (sur la dualit´e). — Soit V un k-espace vectoriel de dimension finie.

(1) Si F est un sev de V, sonorthogonal dans V est :

F0 ={v ∈V |f(v) = 0 pour tout f ∈F}.

On rappelle que :

(i) dim(F0) = dim(V)−dim(F).

(ii) Si (f1, . . . , fr) est une famille g´en´eratrice de F (par exemple une base), alors F0 = {v ∈V |fi(v) = 0 pouri= 1, . . . , r}=Tr

i=1Ker(fi).

(2) De mˆeme, si W est un sev de V, son orthogonal dans V est : W0 ={f ∈V |f(x) = 0 pour tout x∈W}.

On a :

(i) dim(W0) = dim(V)−dim(W).

(ii) Si (v1, . . . , vr) est une famille g´en´eratrice de W (par exemple une base), alors W0 = {f ∈V |f(vi) = 0 pouri= 1, . . . , r}.

(3) Avec les notations pr´ec´edentes, on a W =W00 et F =F00.

(4) Le dual de l’espace quotient V /W s’identifie `a W0, i.e. on a : (V /W) =W0. (5) L’orthogonalit´e«renverse les inclusions et ´echange les sommes et les intersections», c.-`a-d., si E ⊂F etE1, . . . Er sont des sev de V ou de V, alors F0 ⊂E0 et l’on a :

(E1+· · ·+Er)0 =E10∩ · · · ∩Er0 et (E1∩ · · · ∩Er)0 =E10+· · ·+Er0. D´emonstration. — Pour (1)–(4), voir par exemple [Po, §§1.3, 1.7, 3.5]. Prouvons (5).

D’abord, l’inclusionF0 ⊂E0 est ´evidente. PosonsW =E1+· · ·+En. CommeEi ⊂W, alors W0 est contenu dans chaque Ei0 donc dans leur intersection.

R´eciproquement, si un ´el´ement y appartient `a E10 ∩ · · · ∩Er0 alors il est orthogonal `a toute somme x1+· · ·+xn, o`uxi ∈Ei, doncy∈W0. Ceci prouve la 1`ere ´egalit´e. La 2`eme se d´eduit de la 1`ere appliqu´ee aux Ei0, en utilisant (3).

Dans la suite, on suppose que dim(V) =n+ 1 est ≥3, i.e. que dimP(V) =n est ≥2.

(2)

D´efinition 20.2 (Pinceaux d’hyperplans). — Soit ∆ = P(F) une droite de P(V), i.e. F est un sev de V de dimension 2. Soit W =F0, c’est un sev de V de codimension 2.

Pour tout [f]∈∆, P(Ker(f)) est un hyperplan deP(V) contenantP(W). R´eciproquement, si P(H) est un tel hyperplan, soit f ∈ V une ´equation de H (i.e. Ker(f) = H) ; comme W ⊂H alors kf =H0 est contenu dansW0 =F.

Donc les hyperplans de P(V) contenant P(W) sont exactement les P(Ker(f)), pour [f] d´ecrivant ∆ (noter que Ker(λf) = Ker(f) pour toutλ∈k×). L’ensemble de ces hyperplans s’appelle lepinceau d’hyperplans(1) associ´e `a ∆ ou encore lepinceau d’hyperplans de centre P(W). SiP(H) etP(H) sont deux ´el´ements distincts du pinceau, leur intersection estP(W) (carHH=W).

Exemple 20.3. — SiPest un plan projectif etIun point deP, alors le pinceau de droites de centre I est l’ensemble des droites projectives passant par I. Remarquons que si l’on choisit l’une de ces droites comme droite `a l’infiniD, alors dans le plan affineP =P−D, les autres droites du pinceau sont parall`eles, cf. la figure de droite ci-dessous :

✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟

I D

Notations 20.4. — (1) NotonsS(V) l’ensemble des sevEdeV. Plus pr´ecis´ement, pour r= 0,1, . . . , n+ 1, notons Sr(V) l’ensemble des sev de V de dimension r.

(2) Pour l’´enonc´e de la dualit´e projective (cf. ci-dessous), il est commode de s’autoriser

`a consid´erer P({0}) =∅ comme un sous-espace projectif de P(V), et de d´ecr´eter qu’il est de dimension −1.

(3) Alors, pour d = −1,0, . . . , n−1, n, notons Sd(P(V)) l’ensemble des sous-espaces projectifs de P(V) de dimension d, i.e.

Sd(P(V)) ={P(E)|E ∈Sd+1(V)}.

et notons S(P(V)) l’ensemble de tous les sous-espaces projectifs P(E), pour E ∈ S(V).

Remarquons que S0(P(V)) n’est autre que l’ensemble des points de P(V), que S1(P(V)) est l’ensemble des droites de P(V) et que Sn1(P(V)) est l’ensemble des hyperplans de P(V).

Lemme 20.5. — L’application E 7→ E0 est une bijection de S(V) sur S(V). Plus pr´ecis´ement, pour tout r = 0,1, . . . , n+ 1, c’est une bijection de Sr(V) sur Sn+1r(V).

D´emonstration. — Ceci d´ecoule des rappels pr´ec´edents.

D´efinition et proposition 20.6 (Dualit´e projective). — On suppose quedimP(V) = n est ≥2.

(i) L’application P(E) 7→ P(E0) est une bijection de S(P(V)) sur S(P(V)), qui envoie Sd(P(V)) sur Snd1P(V) pour tout tout d=−1,0, . . . , n−1, n.

(1)On dit aussi «faisceau d’hyperplans», mais nous pr´ef´erons la terminologie «pinceau », qui est celle utilis´ee en g´eom´etrie alg´ebrique.

(3)

20. D ´EFINITIONS 97

(i bis) En particulier, pour tout f ∈ V − {0} le point [f] de P(V) correspond `a l’hy- perplan P(H), o`u H = Ker(f). Et toute droite ∆ = P(F) de P(V) correspond au pinceau d’hyperplans de centre P(W), o`u W =F0.

(ii) Cette bijection renverse les inclusions : P(E)⊂P(F)⇐⇒P(F0)⊂P(E0).

(iii) Elle ´echange les notions d’intersection et de sous-espace engendr´e, i.e. si E1, . . . , Er

sont des sev deV, elle ´echange, d’une part, P(E1)∩· · ·P(Er)etP(E10+· · ·+Er0)et, d’autre part, P(E1+· · ·+Er) et P(E10∩ · · · ∩Er0).

(iii bis) En particulier, pour tout entier r≥3, des points distincts [f1], . . .[fr] de P(V) sont align´es ssi, posant Hi = Ker(fi), les hyperplans P(Hi) de P(V) contiennent un sous- espace projectif P(W) de dimensionn−2.

(iii ter) En particulier, si n = 2, les [fi] comme ci-dessus sont align´es ssi les droites Di =P(Hi) sont concourantes.

D´emonstration. — Les assertions (i)–(iii) d´ecoulent aussitˆot du lemme pr´ec´edent. Prouvons (iii bis). Si les [fi] engendrent une droite ∆ =P(F) alors lesP(Hi) appartiennent au pinceau de centre P(W), o`u W = F0. R´eciproquement, si les P(Hi) contiennent un sous-espace projectif P(W) de dimension n−2, alors les fi appartiennent tous au plan F =W0, donc les [fi] appartiennent `a la droite ∆ =P(F). Enfin, (iii ter) est un cas particulier, car dans ce cas P(W) est un point I du plan projectif P(V).

Terminologie 20.7. — Pla¸cons-nous dans un plan projectif P(V). Si D est une droite deP(V) et d le point correspondant de P(V), on dit que dest «le point dual de la droite D». De mˆeme, si p est un point de P(V) et ∆ la droite correspondante de P(V), on dit que ∆ est «la droite duale du point p».

Exemple 20.8. — Si ABC est un triangle dans P(V) (i.e. si les points A, B, C de P(V) sont non align´es), on noteraa ∈P(V) le point«dual»de la droite (BC), etb (resp.c) le point «dual» de la droite (CA) (resp. (AB)). Alors, comme (BC) et (CA) se coupent en C, la droite (ab) est duale du point C, et de mˆeme (bc) est duale de A et (ca) de B.

P(V)

s

a c s sb

A

B C

s

A B s sC

c

a

b

P(V)

Donc un triangle est une configuration «autoduale».

Exemples 20.9. — Soit Pun plan projectif.

(1) Unquadrangle complet dans Pest la donn´ee de quatre points P, Q, R, S formant un rep`ere projectif (i.e. trois d’entre eux ne sont jamais align´es), appel´es lessommets, et des 42

= 6 droites qui les joignent, appel´ees les cˆot´es (cf. la figure suivante).

Deux cˆot´es qui ne se coupent pas en un sommet sont ditsoppos´es; les trois paires de cˆot´es oppos´es se coupent en trois points suppl´ementaires I, J, K, appel´es les pointsdiagonaux.

(4)

✟✟✟✟❳❳❳❳✟✟✟✟✟✟✟✟

❳❳❳❳❳❳❳❳

P

Q R

S I

K

J

(2) La configuration duale est appel´ee unquadrilat`ere complet : c’est la donn´ee de quatre droites distinctes dont trois ne sont jamais concourantes, appel´ees lescˆot´esdu quadrilat`ere ; elles se coupent deux `a deux en 42

= 6 points distincts, appel´es lessommets. Deux sommets sont dits oppos´es si la droite qui les joint n’est pas un cˆot´e, elle est alors appel´ee une diagonale. On obtient ainsi trois diagonales (en pointill´es sur le dessin ci-dessous).

s s s

s

s s

Remarque : si la caract´eristique dek est 6= 2, il r´esulte du lemme ci-dessous que les trois points diagonaux d’un quadrangle complet ne sont pas align´es et, dualement, que les trois diagonales d’un quadrilat`ere complet ne sont pas concourantes.

Lemme 20.10. — Soit (P, Q, R, S) un quadrangle complet du plan projectif P. On sup- pose que car(k)6= 2. Alors les points diagonaux I, J, K ne sont pas align´es.(2)

D´emonstration. — Les points P, Q, R, S d´efinissent un rep`ere projectif dans lequel leurs coordonn´ees homog`enes sont [1,0,0], [0,1,0], [0,0,1] et [1,1,1]. Alors la droite (P Q) (resp. (RS)) a pour ´equation z = 0 (resp. x = y), donc K = [1,1,0]. On obtient de mˆeme que J = [0,1,1] etI = [1,0,1]. On a

d´et

0 1 1 1 0 1 1 1 0

= 2 6= 0 (car car(k)6= 2)

donc I, J, K ne sont pas align´es.

21. Dualit´e et th´eor`emes de Pappus et de Desargues

En dualisant le th´eor`eme de Pappus projectif (17.1), on obtient un nouveau th´eor`eme, le th´eor`eme «de Pappus dual»:

(2)A fortiori, ils sont deux `a deux distincts.

(5)

21. DUALIT ´E ET TH ´EOR `EMES DE PAPPUS ET DE DESARGUES 99

Th´eor`eme 21.1 (de Pappus dual). — Dans un plan projectif, soient I, I deux points distincts et D1,D2,D3 (resp. D1,D2,D3) trois droites distinctes passant par I (resp. I) et distinctes de la droite (II). Notons Q1 (resp.R1) le point de concours de D2 et D3 (resp.D2 etD3)et d´efinissons de mˆemeQ2, R2, Q3 etR3. Alors les droites(Q1R1), (Q2R2) et (Q3R3) sont concourantes.

I D2

D1

D3

I D3 D2

D1

R1

s

Q1

s

Q3 s

R3

s

R2 s

Q2

O s s

✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟

Par contre, on va voir que le th´eor`eme de Desargues est «auto-dual ». Mˆeme si cela ne fournit pas un nouveau th´eor`eme, cette «autodualit´e» du th´eor`eme de Desargues est int´eressante. Pla¸cons-nous dans un plan projectif P(V). Commen¸cons par rappeler les hy- poth`eses du th´eor`eme de Desargues.

On suppose que A, B, C (resp.A, B, C) sont non align´es et que :

A6=A donnent la droite (AA) (BC)6= (BC) se coupent en un point A1

B 6=B donnent la droite (BB) (CA)6= (CA) se coupent en un point B1

C 6=C donnent la droite (CC) (AB)6= (AB) se coupent en un point C1

(AA),(BB),(CC) distinctes A1, B1, C1 distincts

Que A1, B1, C1 soient distincts ne fait pas partie des hypoth`eses initiales, mais en d´e- coule. En effet, si on avait par exemple A1 =B1 alors les droites (AC) et (BC), distinctes car A, B, C non align´es, auraient en commun les points M = A1 = B1 et C, donc n´eces- sairement M =C, et de mˆeme M =C, d’o`uC =C, contradiction.

Notons a∈ P(V) le point «dual» de la droite (BC), et b (resp.c) le point «dual»de la droite (CA) (resp. (AB)), et d´efinissons de mˆeme a, b, c.

Alors, comme (BC) et (CA) se coupent en C, la droite (ab) est duale du point C, et de mˆeme (bc) est duale de A et (ca) de B. De mˆeme, (ab), (bc) et (ca) sont duales, respectivement, des points C, A etB.

Comme C 6= C, alors (ab) et (ab) sont distinctes donc se coupent en un point c1 qui est dual de la droite (CC). De mˆeme, (bc) et (bc) se coupent au point a1 dual de (AA), et (ca) et (ca) se coupent au point b1 dual de (BB)

De plus, comme c est dual de (AB) et c de (AB), alors la droite (cc) est duale du point C1 = (AB)∩(AB), et de mˆeme (bb) est duale de B1 et (aa) de A1. On voit donc que les hypoth`eses sont «auto-duales», i.e. qu’elles ´equivalent aux hypoth`eses analogues sur les objets duaux :

(6)

a, b, c(resp. a, b, c) sont non align´es et :

(bc)6= (bc) se coupent en un point a1 a6=a donnent la droite (aa) (ca)6= (ca) se coupent en un point b1 b6=b donnent la droite (bb) (ab)6= (ab) se coupent en un pointc1 c6=c donnent la droite (cc)

a1, b1, c1 distincts (aa),(bb),(cc) distinctes

On peut maintenant ´enoncer (et d´emontrer !) le th´eor`eme de Desargues sous la forme suivante : (3)

Th´eor`eme 21.2 (de Desargues projectif). — On se place sous les hypoth`eses auto- duales pr´ec´edentes. Alors les conditions suivantes sont ´equivalentes :

(i) A1, B1, C1 sont align´es sur une droite D⊂P(V).

(ii) (AA),(BB),(CC) sont concourantes en un point O∈P(V).

(iii) (aa),(bb),(cc) sont concourantes au point d∈P(V) dual de la droite D.

(iv) a1, b1, c1 sont align´es sur la droitede P(V) duale du point O.

De plus, si ces conditions sont v´erifi´ees, on est dans l’une des situations suivantes : a) Cas non d´eg´en´er´e : aucune des 6 droites (AB),(BC),(CA),(AB),(BC),(CA) ne contient O; de fa¸con ´equivalente, D ne contient aucun des 6 points C, A, B, C, A, B. Dans ce cas, avec les 4 droites (AA),(BB),(CC),D et les 4 points A1, B1, C1, O on obtient dix points et dix droites deux `a deux distincts. Le point O peut appartenir ou pas `a la droite D : voir les deux figures ci-dessous.

b) Cas d´eg´en´er´e : O est ´egal `a l’un des points A, B, C, A, B, C, disons A. Alors on a trois ´egalit´es de points : A = O, B = C1 et C = B1, et trois ´egalit´es de droites : (BB) = (AB), (CC) = (AC) et D = (BC). Si O 6∈ D, on obtient ainsi 7 points et 7 droites deux `a deux distincts. Si O ∈ D, on obtient deux ´egalit´es de points (resp. de droites) en plus, par exemple A = B et C = A1 (resp.(AA) = (AB) et (CC) = D), d’o`u seulement 5 points et 5 droites.

Avant de commencer la d´emonstration, donnons deux figures correspondant au cas«non d´eg´en´er´e»; dans la premi`ere on a O 6∈D et dans la seconde O ∈D :

A

B A

B

❅❅

❅❅

❅❅

❅❅

❅❅

❅❅

❅❅

O

C

C

❅❅

❅❅

❅❅

❅❅

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❍❍❍❍

❍❍❍❍

❍❍❍❍

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R P Q

(3)La d´emonstration par«exp´edition deD`a l’infini»donn´ee au chap. 3 avait une hypoth`ese suppl´ementaire, assurant que D ne contient aucun des points A, B, C, A, B, C, ce qui excluait les cas «d´eg´en´er´es» du th´eor`eme.

(7)

21. DUALIT ´E ET TH ´EOR `EMES DE PAPPUS ET DE DESARGUES 101

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C

B

A A

B C

O

P R Q

D´emonstration. — Par dualit´e, on a les ´equivalences (i) ⇔ (iii) et (ii) ⇔ (iv). De plus, si l’on a montr´e l’implication (ii) ⇒ (i) et si (i) est v´erifi´e alors (iii) l’est aussi et donc, par l’implication pr´ec´edente appliqu´ee dans P(V), (iv) est v´erifi´e et donc (ii) est v´erifi´e. Donc il suffit d’´etablir que (ii)⇒ (i), en tenant compte des cas d´eg´en´er´es.

Supposons donc (AA),(BB),(CC) concourantes en un pointO. Alors, dansP(V), les points a1, b1, c1 appartiennent `a la droite Ω duale de O. Distinguons les cas suivants.

(1) O appartient `a une des 6 droites (AB),(BC),(CA),(AB),(BC),(CA), par exemple `a (AB). Si O ´etait distinct de A et de B, alors la droite (AB) serait ´egale

`a (OA) = (AA) et `a (OB) = (BB) donc on aurait (AA) = (BB) contrairement `a l’hypoth`ese. Ceci montre que O=A ouB. Supposons par exemple O =A.

Alors, (BB) = (AB) et (CC) = (AC). De plus, comme B ∈ (AB)∩(AB) on a B = C1 et de mˆeme, comme C ∈ (AC)∩(AC), on a C = B1. Par cons´equent, on a (C1B1) = (BC) et cette droite contient ´evidemment le point A1 = (BC)∩(BC). Ceci montre d´ej`a que dans ce cas A1, B1, C1 sont align´es sur la droiteD = (BC).

De plus, on a la configuration suivante, o`u les 4 droites en gras (resp. les 3 en pointill´es) sont deux `a deux distinctes :

O=A B

B=C1

C

A1

C=B1 A

D

En effet, (AA) est distincte de (BAB) (resp. (CAC)) car sinon on aurait (AA) = (BB) (resp. (AA) = (CC)), et elle est distincte de (BC) car A, B, C sont non align´es.

De plus, D = (BC) est distincte de (BC) par hypoth`ese, et elle est distincte de (AA) et (AB) car A, B, C sont non align´es. Donc les seules ´egalit´es de droites possibles sont l’´egalit´e de D avec (CAC) ou (BAB), et l’´egalit´e de (AA) avec (AB) ou (AC).

(8)

SiD = (CC) alorsB appartient `a (CC)∩(BB) doncB =O =A, et C appartient `a (BC) et `a (CC) = (BC) donc C = A1. On obtient donc la configuration suivante de 5 points et 5 droites :

B

O=A=B=C1

C=A1

C=B1 A

D

De mˆeme, si D = (BB) on obtient une configuration analogue avec cette fois O = A = C =B1 etB =A1. Dans ces deux cas,O =A appartient `aD. R´eciproquement, si O ∈D et si O est distinct de C (resp. de B), alors D et (CC) (resp. (BB)) ont en commun les points distincts O et C (resp.O et B) donc D = (CC) (resp.D = (BB)) et l’on est dans le cas juste ´etudi´e.

Au contraire, siO =An’appartient pas `aD alorsD est distincte de (CAC) et (BAB), et (AA) 6= (AB) car sinon on aurait B ∈ (BB)∩(AA) d’o`u B = O =A; de mˆeme, (AA) 6= (AC). On obtient donc une configuration de 7 points et 7 droites deux `a deux distincts :

❍❍❍❍

❍❍❍❍

❍❍❍❍

❍❍❍❍

❍❍❍❍

❍❍

O=A B

B=C1

C

A1

C=B1 A

D

Ceci ach`eve l’analyse du cas o`u l’une des 6 droites (AB),(BC),(CA),(AB),(BC),(CA) contient O.

(2) Consid´erons maintenant le cas o`u aucune de ces 6 droites ne contient O. Alors, par dualit´e, la droite Ω de P(V) ne contient aucun des points c, a, b, c, a, b.

Dans ce cas, on peut appliquer la d´emonstration donn´ee au chap. 3, i.e. prenons Ω comme droite `a l’infini dans P(V). Alors les 6 points a, b, c, a, b, c sont dans le plan affine P = P(V)−Ω et les droites (ab) et (ab) sont parall`eles, ainsi que (bc) et (bc) et (ca) et (ca).

Ceci implique que les 6 pointsa, b, c, a, b, c sont distincts : en effet, si on avait par exemple a =b, alors les droites parall`eles (ab) et (ab) seraient ´egales, et l’on aurait (aa) = (aa) contrairement `a l’hypoth`ese. On est donc sous les hypoth`eses du th´eor`eme de Desargues affine 7.2. Par cons´equent, les droites (aa), (bb) et (cc) sont concourantes en un point d et donc, par dualit´e, les points A1, B1, C1 deP(V) appartiennent `a la droite D duale de d.

Ceci termine d´ej`a la preuve de l’implication (ii) ⇒(i).

(9)

22. TH ´EOR `EME DE THAL `ES PROJECTIF 103

De plus, la d´emonstration du th´eor`eme 7.2 montre que les droites (aa),(bb),(cc) sont soit concourantes en un point d∈P qui est distinct des six points,(4) soit parall`eles, et en ce cas elles ne sont parall`eles `a aucune des droites (ab), (bc), (ca), donc coupent la droite

`a l’infini Ω en un point d qui est distinct de a1, b1, c1. On obtient donc que les dix points a, b, c, a, b, c, a1, b1, c1, d de P(V) sont distincts, et donc les dix droites correspondantes deP(V) sont distinctes.

Comme ceci est exclusif du cas d´eg´en´er´e trait´e en (1), on obtient ainsi, en tenant compte de la dualit´e, les deux situations a) et b) du th´eor`eme.

22. Th´eor`eme de Thal`es projectif

Commen¸cons par le cas d’un plan projectif.

Proposition 22.1 (Birapport de quatre droites concourantes d’un plan)

Soient D1,D2,D3,D4 quatre droites distinctes d’un plan projectif, concourantes en un point I. Soit D une droite ne passant pas par I, elle coupe alors lesDi en quatre points pi

deux `a deux distincts. Alors :

(i) Le birapport [p1, p2, p3, p4] est ind´ependant de la droite D.

(ii) Plus pr´ecis´ement, c’est le birapport des quatre points δi de la droite projective ∆⊂ P(V) correspondant au pinceau des droites passant par I.

P(V)

D3 D1

✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟

D4

D2

I

p1

p2

p3

p4

P(V) δ1 δ2 δ3 δ4

[p1, p2, p3, p4] = [δ1, δ2, δ3, δ4]

✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟✟D

D´emonstration. — On peut choisir des coordonn´ees homog`enes [x, y, z] sur P(V) telles que D soit donn´ee par l’´equation z = 0 et que I = [0,0,1]. Ceci munit P(V) de coordonn´ees homog`enes «duales» [a, b, c], i.e. le point [a, b, c] de P(V) correspond `a la droite de P(V) d’´equation ax+by+bz = 0.

Alors, pour tout point p= [x0, y0,0] deD, la droite (Ip) a pour ´equation y0x−x0y= 0 donc correspond au point [y0,−x0,0] de ∆. Comme l’application

D→∆, [x, y,0]7→[y,−x,0]

est une homographie, donn´ee par la matrice

0 1

−1 0

, on en d´eduit que [p1, p2, p3, p4] = [δ1, δ2, δ3, δ4]. (On pourrait aussi v´erifier ceci par un calcul direct en utilisant la formule explicite du birapport.)

Plus g´en´eralement, on a la :

Proposition 22.2 (Birapport de quatre hyperplans d’un pinceau)

Dans P(V), soient H0,H1,H2,H3 quatre ´el´ements distincts d’un pinceau d’hyperplans de centre P(W). Soit D une droite ne rencontrant pas P(W), elle coupe alors les Hi en quatre points pi deux `a deux distincts. Alors :

(4)car−→

aa= (1λ) ad, etc.

(10)

(i) Le birapport [p0, p1, p2, p3] est ind´ependant de la droite D.

(ii) Plus pr´ecis´ement, c’est le birapport des quatre points δi de la droite projective ∆⊂ P(V) correspondant au pinceau.

P(V)

P(W)

❵❵❵❵❵❵❵❵

❵❵❵❵❵❵❵❵

H0

❵❵❵❵❵❵❵❵

H1

❵❵❵❵❵❵❵❵❆

H2

❵❵❵❵❵❵❵❵

H3 s

s s

s

p0

p1

p2 p3

P(V) δ1 δ2 δ3 δ0

[p0, p1, p2, p3] = [δ0, δ1, δ2, δ3]

✘✘✘✘✘✘✘✘✘

✘✘✘ ✘✘✘ ✘✘ ✘✘✘✘✘✘✘✘D

D´emonstration. — Elle est analogue `a la pr´ec´edente. On a D=P(F) pour un certain sev F de V de dimension 2 tel que F ∩W = {0} et donc V = F ⊕W. Soit (e0, e1) une base deF, compl´etons-la en une base (e0, e1, e2, . . . , en) de V, d’o`u des coordonn´ees homog`enes [x0, . . . , xn] sur P(V) telles que P(W) (resp.D) soit donn´e par les ´equations x0 = 0 = x1

(resp.x2 = 0 =· · ·=xn) et donc D=

[x0, x1,0, . . . ,0]|(x0, x1)∈k2− {(0,0)} .

La base duale (e0, . . . , en) deV munit P(V) de coordonn´ees homog`enes [a0, . . . , an], pour lesquelles la droite ∆ =P(W0) a pour ´equations a2 = 0 =· · ·=an, i.e.

∆ =

[a0, a1,0, . . . ,0]|(a0, a1)∈k2− {(0,0)} .

Pour tout point p= [a, b,0, . . . ,0] de D, le sous-espace projectif engendr´e parpetP(W) est ´egal `a P(Hp), o`u Hp est l’hyperplan vectoriel engendr´e par W et la droite vectorielle k(ae0+be1). On voit queHp a pour ´equationbx0−ax1 = 0, doncP(Hp) correspond au point [b,−a,0, . . . ,0] de ∆. Comme l’application D → ∆, [a, b,0]7→[b,−a,0] est une homogra- phie, donn´ee par la matrice

0 1

−1 0

, on en d´eduit que [p0, p1, p2, p3] = [δ0, δ1, δ2, δ3].

Remarque 22.3. — La proposition pr´ec´edente peut ˆetre appel´ee th´eor`eme de Thal`es projectif. En effet, posons E = Hp0 et prenons H0 = P(E) comme hyperplan `a l’infini H de P(V), et donc p0 comme point `a l’infini sur la droite D. D’une part, dans l’espace affine E =P(V)−H0 (de direction E), les hyperplans affines Hi =E ∩Hi sont parall`eles, pouri = 1,2,3 (car Hi∩Hj =P(W)⊂H).(5) D’autre part, le birapport [p0, p1, p2, p3] est

´egal `a [λ,1], o`u le scalaireλ est :

(†) λ =

−−→p1p3

−−→p1p2

.

Ceci peut se voir en utilisant la formule explicite du birapport ou, mieux, en la retrouvant directement dans ce cas particulier. Soithl’homographieD →P1 qui envoie (p0, p1, p2) sur (∞,0,1) ; elle induit, par restriction, une application affine de la droite affineD =D−{p0} sur la droite affinek =P1(k)− {∞}, qui envoie p1 sur 0 etp2 sur 1. Ceci revient `a prendre (p1, p2) comme rep`ere affine de D et alors le birapport [p0, p1, p2, p3] = h(p3) n’est autre que le scalaire λ tel que −−→p1p3 =λ−−→p1p2. Ceci prouve la formule (†).

(5)Et, d’apr`es la Prop. 16.15, la direction de chaqueHi est HpiE=W.

(11)

22. TH ´EOR `EME DE THAL `ES PROJECTIF 105

On voit donc que la proposition pr´ec´edente contient comme cas particulier (en mettant H0 `a l’infini) le th´eor`emes de Thal`es, i.e. que si D et D sont deux droites affines coupant lesHi en A1, A2, A3 etB1, B2, B3 respectivement, alors on a

−−−→A1A3

−−−→A1A2

=

−−−→B1B3

−−−→B1B2

. (6)

R´ef´erences pour ce chapitre :

[Gr] Andr´e Gramain, G´eom´etrie ´el´ementaire, Hermann, 1997. (§VII.8)

[Po] Patrick Polo, Alg`ebre et g´eom´etrie, Cours de L2 `a l’UPMC 2009-2013, disponible sur la page de l’auteur : www.imj-prg.fr/epatrick.polo/L2

(6)Et ce scalaire est le birapport des hyperplans projectifsH=P(E),Pb(H1), bP(H2),bP(H3) debP(E) = P(V), qui appartiennent au pinceau de centreP(W), o`u W E est la direction commune desHi.

(12)
(13)

INDEX

Action d’un groupe, 1, 3

`

a gauche ou `a droite, 3 libre, 3, 10, 46, 47, 91 transitive, 3, 10, 46, 47, 91 Action deSn surXn, 2 Adh´erence, 29

AffhXi, 35 Affine

application, 15 espace, 10 groupe, 20

ouvertP(V)P(H), 76 rep`ere, 14

sous-espace, 8, 9, 13, 77

Affinement ind´ependants (points), 36 Affinement li´es (points), 36

Align´es (points), 74, 79 Appui (hyperplan), 30

Autodualit´e du th. de Desargues, 100 Banach (th´eor`eme de Hahn-), 34, 36 Barycentre, 21

Birapport, 84, 91, 93, 94

de quatre droites d’un pinceau, 103 de quatre hyperplans d’un pinceau, 103 Born´ee (partie), 29

Boule (ouverte ou ferm´ee), 28 Cauchy (th´eor`eme de), 5 Centre

d’un groupe, 6 de gravit´e, 22 Ceva (th´eor`eme de), 69 Changement de rep`ere

affine, 14

Chasles (relation de), 10 Classes

`

a droite, 4

`

a gauche, 4 doubles, 4 (formule des), 5 Compact(e)

partie, 29

poly`edre convexe, 63

Conjugu´es sous-groupes, 3

Continue (application), 29, 37 Convexe, 27

enveloppe, 28 Coordonn´ees

barycentriques, 68 homog`enes, 75, 91 Cube, 54

ot´es oppos´es

d’un quadrangle complet, 97 Demi-espace (ouvert ou ferm´e), 30 Desargues (th´eor`eme de), 25, 81, 100 Diagonaux (points), 97, 98

Dimension

d’un convexe, 36

Direction (d’un espace affine), 10 Distingu´e (sous-groupe), 1, 20 Division

´equianharmonique, 89 harmonique, 89 Di´edral (groupe), 34 Drapeau, 44, 46

Dualit´e entreP(V) etP(V), 96 Engendr´e

sous-espace affine, 35 sous-espace projectif, 74 Enveloppe convexe, 28 Epais (convexe), 36´

Equianharmonique (division), 89´ Equivariante´

(application), 91 Espace

affine, 10 projectif, 73

Etoile d’un sommet, 48´ Euler (formule d’Euler)

sa+f = 2, 50 Extr´emal (point), 40 Extr(C), 40

Face, 42 Ferm´ee

(14)

boule, 28 partie, 28 Fixe (point), 17 Fronti`ere, 29 GA(E), 20 Groupe, 1

affine GA(E), 20 altern´eAn, 53, 58

des homoth´eties et translations, 21 di´edral, 34

projectif, 84, 90

sym´etriqueSn, 1, 86, 94 Harmonique (division), 89 Homographies

deP(E) surP(F), 90, 93 deP(V), 84

deP1(k), 83, 86, 94 Homoth´eties, 17 Hyperplan

affine, 65 d’appui, 30 m´ediateur, 46 projectif, 75 Int´erieur, 29

relatif d’un convexe, 42 Isobarycentre, 22

Isom´etrie affine, 33 deR3, 46 vectorielle, 33 Is(X), Is+(X), 33

Lagrange (th´eor`eme de), 4 Libre (action), 3, 10, 91

Lipschitzienne (application), 29, 37 M´edianes d’un triangle, 22

M´en´ela¨us (th´eor`eme de), 69 M´ediateur (plan ou hyperplan), 46 n-gone convexe, 30

r´egulier, 32, 34, 46 N-rapport, 91, 93 Oppos´es (cˆot´es), 97 Orbite, 3, 88, 91 Orthogonalit´e

entreV etV, 76, 95 Ouverte

boule, 28 partie, 28 p-groupe, 6

Pappus (th´eor`eme de), 24, 80 Pappus (th´eor`eme dual de), 99 Partie lin´eaire d’une appl. affine, 15 Pinceau

d’hyperplans, 96 de droites, 96 Plongement

projectif, 70, 71, 73 vectoriel, 65 Poly`edre convexe, 63

Polygone convexe, 30 Polytope, 41

r´egulier, 47, 48, 51, 52 Projectif

espace, 73 groupe, 84, 90 rep`ere, 91 sous-espace, 77 Projection

surF de directionG, 18 sur un convexe ferm´e, 38

Projectivement ind´ependants (points), 89 Quadrangle complet, 97

Quadrilat`ere complet, 97 Quotient

ensemble, 3 groupe, 4 R´egulier

dod´eca`edre, 56 hexa`edre (cube), 54 icosa`edre, 58 octa`edre, 55

polygone, 32, 34, 46 polytope, 47, 48 t´etra`edre, 53

Repr´esentations d’un groupe, 3 Rep`ere

affine, 14, 68 projectif, 90, 91 Restriction d’une action

`

a un sous-ensemble stable, 2

`

a un sous-groupe, 2 Rotation, 46

gauche, 47 Segment, 27

Semi-direct (produit), 6, 20, 21, 85 Similitude (directe), 50, 52

Simplexe, 36 Sommet

d’un convexe, 40 Sous-espace

affine, 13, 77 affine engendr´e, 35 projectif, 73, 77 projectif engendr´e, 74 Stabilisateur, 3, 48, 88 Stable

sous-ensemble, 2 Sym´etrie

centrale, 47 orthogonale, 47

par rapport `aF de directionG, 18 Sym´etrique (groupe), 1, 86, 94 Thal`es

(r´eciproque du th´eor`eme), 19 (th´eor`eme de), 19

(version projective), 104 Th´eor`eme

(15)

INDEX 109

de Cauchy, 5 de Ceva, 69

de Desargues affine, 25

de Desargues projectif, 81, 100 de Hahn-Banach, 34, 36 de Lagrange, 4

de M´en´ela¨us, 69

de Minkowski-Krein-Milman, 40

de Pappus, 24 de Pappus dual, 99 de Pappus projectif, 80 de Thal`es, 19

de Thal`es (r´eciproque), 19 de Thal`es projectif, 104 Transitive (action), 3, 10, 91 Translations, 15

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