R EVUE DE STATISTIQUE APPLIQUÉE
R AMBACH
La statistique et la gestion de qualité
Revue de statistique appliquée, tome 2, n
o2 (1954), p. 7-21
<http://www.numdam.org/item?id=RSA_1954__2_2_7_0>
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LA STATISTIQUE ET LA GESTION DE QUALITÉ
par
M. RAMBACH
Ancien élève de l’Ecole
Polytechnique, Ingénieur
aux Etablissements HutchinsonDans le cadre des
efforts faits par
le « Centre de Formation desIngénieurs
et Cadres aux
Applications Industrielles
de laStatistique
»pour
intéresserles industriels et les
ingénieurs
auxapplications
de lastatistique
tant dansle domaine
statistique
que dans le domaineéconomique,
diverscycles
deconfé-
rences ont été
organisés par
le Centre.On trouvera
ci-après
le texted’une conférence d’initiation faite par
M. Rambach au Centre de
Perfectionnement Technique,
le io mars1954.
Volontairement
déPouillée
de toutappareil mathématique
etlimitée
auxconcepts fondamentaux,
elle nousparaît susceptible
d’intéresser etpeut-être
de
convaincre
ceuxqui jusqu’à présent
n’ontjeté qu’un coup
d’ 0153il distraitsur une Revue
s’éloignant
unpeu
de leurspréoccupations
habituelles etde
leurstechniques familières.
Ceux
qui
sontdéjà familiarisés
avec destechniques
savantes trouverontsans doute
matière
àréflexion
dans laconception élargie
de ce que M. Rambachappelle « gestion
dequalité
Ȏlargissant
ainsi le sens restreint de latraduction
française
habituelle del’expression
«Quality
Control ».Monsieur le
Président, Mesdames, Messieurs,
Permettez-moi tout
d’abord, Monsieur
lePrésident,
de vous remercier desparoles
aimablesque vous venez de prononcer au
sujet
du Centre de Formation auxApplications
Industrielles de laStatistique,
dontj’admire
comme vous l’effortdéjà
trèsfructueux,
et decelles,
certainementtrop flatteuses,
à monégard.
Permettez-moi,
surtout, de vous remercier d’avoir bien voulu nous consacrer un peu de votretemps
et marquer, par votreprésence,
l’intérêt que vousportez
à nosefforts.
Vous venez
d’insister,
Monsieur lePrésident,
sur les difficultés del’adaptation
de la Statis-tique
enFrance,
et c’est effectivement par des remarques de la mêmecatégorie,
quej’avais
l’inten-tion de commencer cette causerie, au cours de
laquelle je
voudrais essayer de mettre un terme à certains malentendusqui
sontparfois
àl’origine
de l’insuffisance de l’extension du Contrôle Statis-tique
en France.Il y a bien peu d’années encore, le seul fait de voir grouper dans le titre
d’une
conférence les mots«statistique»
et«qualité»
aurait vivementsurpris
l’auditoire.Aujourd’hui,
et nous voulons voir làquand
même lesigne
d’une évolution certaine, c’est seu-lement le fait d’entendre
parler
de «statistique »
et de «qualité »
sansemployer
les termes consacrésde « contrôle
statistique
dequalité
»,qui
doitsurprendre
laplupart
d’entre vous. "Ce n’est
cependant
pas par soucid’originalité
que nous avonsemployé
les termes « Gestionde la
qualité
par les méthodesstatistiques »
à laplace
de laterminologie
consacrée. Le mot « con-trôle » esteneffet
particulièrement inopportun,
car s’ilapparaît
comme une traduction évidente du motanglais
« control », il n’en a malheureusement pas le même sens. La traductionanglaise
dufrançais
contrôle est«inspection
», alors que par contrôlelesanglais
entendent un groupe d’activités infinimentplus
vaste que ce que nous-mêmes comprenons dans le contrôle.Le «
quality
control »implique
l’ensemble de lagestion
de laqualité depuis
l’étude des condi-tions de celle-ci
jusqu’à
éventuellement la rémunération dupersonnel qui
ypourvoit,
enpassant,
enparticulier,
parl’opération
de contrôle.C’est
spécialement
de ces 3aspects
de t’activitéindustrielle,
relatifs à laqualité,
quej’ai
l’in-tention de vous
parler aujourd’hui :
l’étude de laqualité,
son contrôle et sa rémunération. Et, au seul énoncé de tous ces titres, vous constaterez combien nous seronsproches
de l’ensemble desproblèmes d’organisation générale.
L’idée d’utiliser les
règles
du calcul desprobabilités
et du calculstatistique
à l’industrie n’est pas neuve. L’industrielqui produit
en série entre,ipso facto,
dans le domaine de lastatistique,
commeM. JOURDAIN faisait de la prose sans le savoir.
Mais,
de même que M. Jourdainn’appliquait
pasà cette prose des
règles grammaticales qu’il ignorait,
de même l’industriel omet totalement d’utiliser les résultatsqu’il pourrait
tirer de la sciencestatistique,
nontoujours qu’il
lesignore,
mais leplus
souvent parce
qu’il juge
leurcomplexité trop grande
parrapport
aux bénéfices à en tirer.Le fait nouveau réside dans l’existence d’un ensemble de
règles qui,
pour être tirées de loismathématiques
savantes, n’en est pas moinssusceptible
d’êtreappliqué
d’une manière extrêmementsimple.
J’ai eu l’occasion
de
suivre, auxEtats-Unis,
un cours de ContrôleStatistique
où nous étions60
auditeurs,
etparmi lesquels j’étais
le seulfrançais.
Lesprofesseurs
étaient desspécialistes
del’analyse mathématique
d’un niveau extrêmementélevé,
certains mondialement connus. Parmi lesélèves, plus
de la moitiéignoraient
unlogarithme.
D’ailleurs lapublicité
adressée auxindustriels,
pour leur demanderd’engager
des auditeurs à ces cours,précisait
que si une certaine culture mathé-matique
n’était pascomplètement inutile,
il étaitplus important d’envoyer
des élèvesaptes
à saisirle sens des idées nouvelles et à les
appliquer
avecfruit,
que de savants mathématiciens.Il existe
bien,
et Mademoiselle ULMO doit faire la semaineprochaine
une conférence sur cesujet,
certainesapplications
de lastatistique
à l’industrie extrêmementfructueuses, qui
demandentune culture
mathématique
élevée. Par contre,l’objet
de notre causeried’aujourd’hui pourrait
êtredéfini comme l’ensemble des
applications
de la sciencestatistique
à l’industrie codifiées sous uneforme assez
simple
pour êtreappliquées
sans nécessiter de lapart
de leurs utilisateurs de connais-sances
mathématiques particulières.
Cette
simplicité d’application
étant le seul facteur commun à desrègles
assezdiverses, je
vaisêtre
obligé,
pour les exposer, de diviser monsujet
en deux :- La
première partie
serapportera
àl’application
des méthodesstatistiques
à l’examen des lots entiersdéjà
constitués etqu’il s’agit
dejuger :
leplus
souvent desobjets
reçus d’unfournisseur, quelquefois
aussi desproduits
finissusceptibles
d’êtreexpédiés
à laclientèle,
ou même des lots depièces
en cours de fabrication et transmis parexemple
d’un atelier àl’autre ;
_
- La seconde se
rapportera
au contrôle en cours defabrication,
c’est-à-dire à un ensemble depièces
en train de se constituer. Desprélèvements périodiques
doivent alorspermettre
d’étudierla
qualité
de la fabrication et de contrôler le maintien de celle-ci.A. - ESTIMATION DE LA
QUALITÉ
D’ENSEMBLESDÉJA CONSTITUÉS.
Le
jugement
d’un lot entierpeut évidemment,
c’est une vérité de LaPalice,
s’effectuer par t’examenintégral
de chacune despièces qui
le constitue. Solutionqui
n’a pas seulement l’inconvé- nient d’êtreonéreuse,
mais aussi de n’être pas aussiparfaite qu’il
le semble àpremière
vue. Ellecomporte
unrisque
d’erreurqui
n’est souvent pasnégligeable, je
veuxparler
des erreurs dejuge-
ment faites par un contrôleur
appelé
à examiner successivement un trèsgrand
nombre depièces.
Certains auteurs américains chiffrent à
85 %
la certitude dejugement
que donne le contrôleintégral.
Sans oser avancer un chiffre aussiprécis,
alors que la valeur des résultatsdépend
évidem-ment et du genre de contrôle et de la
qualité
ducontrôleur,
nous avons cru bon de faire remarquer, dèsl’abord, qu’entre
le contrôleintégral
où lerisque
d’erreurprovient
de la non infaillibilité du contrôleur et le contrôle parsondage,
où cepremier risque
est diminué du fait de la moindrefatigue
du
contrôleur,
mais où vients’ajouter
par contre lerisque
d’une certaine différence entre la compo- sition du lot total et celle du groupe depièces prélevées,
ladifférence, lorsqu’elle
existe, n’estqu’une question
dedegré.
A condition,toutefois,
que lesondage
soit faitjudicieusement,
et c’est là que seprésente
la difficulté. Surquelles
bases déterminer le nombre depièces
à examiner et lesrègles précises d’acceptation ?
Les
règles pratiques appliquées
consistent engénéral
ou bien à se fixer à l’avance letemps
de contrôle que l’on veut ou
peut
consacrer à l’examen dulot,
et à déterminer enconséquence
lenombre de
pièces
que l’onregardera,
ou bien à examiner une fraction déterminée à l’avance de l’ensemble despièces
reçues etd’accepter
ou de refuser lelot,
en fonction de critèresrelatifs
à cet échantillon.Il
semble,
àpremière
vue, que cette seconde méthode consistant en l’examen d’un certainpourcentage
constant,quelle
que soitl’importance
du lot reçu, soit une formulescientifiquement
raisonnable et assure à l’acheteur une sécurité à peu
près
constante,quelle
que soitl’importance
des livraisons. L’inexactitude de ce
point
de vueapparaît
dans un raisonnementpoussé
à lalimite
rsi l’on suppose que l’on
prélève
successivement10 % des pièces
d’un groupe de 10pièces, puis
d’ungroupe d’un million de
pièces.
On se rendcompte
que lejugement
du lot de 10pièces,
par l’examen d’uneseule,
court degrands risques
d’êtregravement
entaché d’erreurs(on peut
avoirprélevé
laseule bonne
pièce
ou la seule mauvaisepièce
dulot),
alors que l’examen de 100.000pièces
sur unlot de un million
représente
ungaspillage
d’effort absolument inutile. Leprélèvement
dequelques
milliers de
pièces
auhasard,
disons5.000,
donnerait une idéepratiquement parfaite
de la compo- sition de l’ensemble du lot.La
règle mathématique
àappliquer
est exactement le contraire de ce que sembleindiquer
le seul bon sens.
- La connaissance que l’on
peut
avoir de lacomposition
d’unlot,
àpartir
d’un ensemble depièces échantillons,
n’est fonction que de l’effectif del’échantillon,
c’est-à-dire que, pourjuger
unlot de 1.000
pièces
ou un lot de 10.000pièces
avec la mêmeprécision,
ondevra,
dans l’un et l’autrecas,
prélever
le même nombre depièces.
A la seule condition toutefois que l’effectif du lot soitgrand
par
rapport
à celui duprélèvement ;
mais pargrand,
nousentendons,
enpratique,
seulement 5 à10 fois
plus important.
L’énoncé de cette
règle,
un peusurprenant
àpremière
vue, mais néanmoins confirmé par lesmathématiques
etl’expérience, pourrait
amener à conclure que rien n’estplus simple
que de fixer desrègles
deréception etqu’il
suffira, pourchaque
genre depièces,
de fixer un effectif deprélèvement
absolument
indépendant
de la taille du lot lui-même.Ce serait
peut-être
aller un peu vite enbesogne.
Lesconséquences
d’une erreur dejugement
sont
beaucoup plus
graves si ellesportent
sur un lotimportant ;
il est donc raisonnable de désirer connaître avecplus
deprécision
un lotimportant qu’un plus petit
et, par suite, de faire unprélève-
ment
plus nombreux,
mais en sachant que le butpoursuivi
parl’augmentation
de l’effectif de l’échan- tillon est une meilleure connaissance de lacomposition
du lot. Meilleure connaissance rendue enpratique,
d’autantplus aisée,
que si cetteaugmentation
d’effectif est moindre que ne le voudrait lasimple proportionnalité,
on verra du même coup les frais unitaires de contrôle décroîtrequand
l’effectif du lot soumis
augmente.
Ce
qu’il importe
de retenir, c’est que touteaugmentation
du nombre depièces
échantillonnéescorrespond
à uneaugmentation
deprécision
dans la connaissance du lot.B. -
DÉFINITION
DEL’EFFICACITÉ.
Ces termes de
précision,
celui de sécurité quej’ai employé
un peuplus haut,
méritent eux-mêmes d’être définis d’une manière nette et
objective.
Ce que l’onpeut
faire enprenant
en consi-dération la courbe d’efficacité
qui
se rattache à touterègle d’échantillonnage.
Chaque
fois que l’on fixe unerègle d’acceptation
d’unlot,
il en résulte que si un lot soumis setrouve à un niveau de
qualité déterminé,
il aura du même coup un certainpourcentage
de chanced’être
accepté
et,naturellement,
lepourcentage complémentaire
de chance d’être refusé.On
peut
tracer une courbe où serontportées
à l’horizontale(en abcisse)
les diversesqualités
de lots
susceptibles
d’être soumis et à la verticale(en ordonnée)
lepourcentage
de chanced’accep-
tation se
rapportant
aux lotscorrespondants.
La courbe ainsi obtenue sera dite courbe d’efficacité.La courbe d’efficacité
correspondant
à un examenintégral
exécuté sans aucune erreur du contrôleursera composée d’une droite horizontale
représentant
les 100Jo
de chancesd’acceptation qu’auront
les lots meilleurs que ceux de la
qualité
limitéadoptée,
d’une droite verticalecorrespondant
à cettequalité
limite et, ensuite, d’une autre horizontaleindiquant
que les lotsplus
mauvaisque
ceux là n’aurontplus
que 0%
de chances d’êtreacceptés.
Dès que l’examen n’est
plus
un examenintégral,
les hasards del’échantillonnage peuvent
amener à
accepter
un lot un peuplus
mauvais que ce que l’on désiraitaccepter,
ou refuser un lotun peu
meilleur ;
la courbeprend l’aspect
de la courbe B de tafigure
t Plus (’effectif duprélèvement
sera
petit, plus
la courbe d’efficacité ira en s’inclinant(courbe C).
Si nous cherchons alors à inter-préter
le sens des courbesd’efficacité,
nous constatons que deux zones sontparticulièrement
intéres-santes : celle où la courbe commence à descendre assez nettement en dessous des 100
%
de chancesd’acceptation
et celle où la courbe serapproche
du 0%.
Le niveau de
qualité correspondant
à lapremière
zonereprésente
le niveau dequalité
àpartir duquel
un lotrisque
de ne pas êtreaccepté,
ce que l’on définit sous le nom derisque
du ven-deur. On définira souvent le
risque
du vendeur comme étant laqualité
des lotsqui
ont 95 chancessur 100 d’être
acceptés.
~
Fig. 1.
Le niveau de
qualité qui correspond
aupoint
de la courbe voisin de 0%
de chanced’accep-
tation est celui que l’acheteur ne veut pas
risquer d’accepter,
c’est lerisque
de l’acheteur.En
général,
on s’intéresseraparticulièrement
à laqualité
de lotsqui correspond
à 10%
dechances
d’acceptation.
Il est
évident,
si l’on yréfléchit,
que presquetoujours
ce sont ces deux notions : lerisque
de l’acheteur et lerisque
du vendeurqui présentent
un intérêtpratique.
Toute
règle
rationnelle deréception
devrait être établie àpartir
de ces deux éléments commedonnées,
étant bien entendu queplus
lesqualités correspondant
à ces deuxrisques
serontproches, plus
le contrôle seraefficace,
maisplus
ilexigera
encontre-partie
deprélèvements
nombreux et, parconséquent, plus
il sera onéreux.Le choix d’une
règle
deréception
seprésente
doncchaque
fois comme uncompromis
entretrois notions :
- Le
risque
du vendeurqui
souhaite que les lotsrépondant
aux normes aient un maximum de chances d’êtreacceptés ;
- Le
risque
de l’acheteurqui
souhaite que les lots inférieurs aux normes aient un minimum de chances d’êtreacceptés ;
- Et le
prix
de revient du contrôlequi
sera d’autantplus
élevé que ces deux voeux seront mieuxrespectés.
C. -
RÈGLES
D’ACCEPTATION.Il a été établi aux Etats-Unis
depuis
la guerre, des tables de chiffres et des courbesqui
per- mettent, en fonction de la sécurité que l’on désire avoir, c’est-à-dire pourrespecter
desrisques
d’ache-teur et de vendeur fixés à
l’avance,
de choisir la méthoded’échantillonnage
laplus économique,
celle
qui
donnera le moins de travail. Diverses tables ont été établies afin depermettre
I"exécution du minimum detravail, compte
tenu des conditions danslesquelles
seprésente
leproblème
c’est-à-dire de la connaissance
plus
ou moinsprécise
de telle ou telle donnée.Lorsque
l’on désirejuger
un lotproduit
par ses propresateliers,
la connaissance que l’on a du niveau moyen dequalité
habituellement atteintpermet
depréciser
mieux larègle
d’échantillon- nage, laplus avantageuse.
Des tables ont été établiesqui
tiennentcompte
de la connaissance de cettequalité
moyenne, ce sont les tables de DODGE et ROMIG(1).
Ces tables tiennentcompte
de la taille dulot,
du niveau dequalité
que l’on désire obtenir et de laqualité
moyenne de laproduction.
D’autres
tables, d’application beaucoup plus générale (2),
ont été calculées à l’Université de COLUMBIA. Elles nepréjugent
d’aucunehypothèse
sur laqualité
des lots soumis et ont servi de baseau calcul des
règles d’acceptation appliquées
parl’Armée,
la Marine et Il Aviationaméricaines,
règles qui
ont été par la suiteadoptées,
dans leurs cahiers descharges,
par de nombreuses entre-prises privées.
On trouve dans ces
tables(3), pou rdivers effectifs d’échantillons,
et pour divers «risques
du four-nisseur »,
(c’est-à-dire
niveau dequalité ayant
95 chances sur 100 d’êtreaccepté),
lesrègles d’accep-
tation et les courbes d’efficacité
correspondantes,
courbes surlesquelles
onpeut
lire enparticulier
le
risque
del’acheteur,
c’est-à-direjusqu’à quel
niveau dequalité
onrisque d’accepter
certainslots.
Je viens
d’employer
les mots «accepter
» et « refuser ». Enréalité,
lesrègles
deréception
sont les suivantes : ou bien t’échantitton
permet d’accepter
lelot,
ou bien le lot est soumis à un triintégrât.
Ces tables ont été calculées pour que le travail total d’examen des lots
qui
serontacceptés
et du tri
intégral
de ceuxqui
ne le seront pasreprésente
un minimum.Leur
empioi est prévu
par l’Armée américaine pour des lots de toutestailles, puisqu’une
caté-gorie
extrême tientcompte
des lots de 2 à 8pièces,
tandisqu’à
la limiteopposée,
ur autre genred’examen est
prévu
pour les lots deplus
de 550.000pièces,
toutes lescatégories
intermédiaires existant naturellement. A titred’exemple, je
vais vous demander deregarder
3 courbes d’efficacitéqui correspondent
à desrisques
à peuprès égaux
pour levendeur,
mais à desprélèvements
d’im-portance différente.
Fig. 2.
’
Les courbes soumises,
correspondent
auxrisques
du vendeur suivant : les lotsayant 6,5 %
depièces
mauvaises, n’ont que 5 chances sur 100 d’être refusées.Vous constaterez sur la
figure
2 que, comme il fallaits’y attendre,
les courbes sont d’autantplus
inclinées que l’effectifprélevé
estpetit.
La courbe Bcorrespond
à unprélèvement
de 110pièces.
On y lit
qu’un
lotcomportant
16%
depièces
mauvaises a encore 10 chances sur 100 d’êtreaccepté.
Si on
prélève
450pièces (courbe A),
c’est le lot contenant12 %
depièces
mauvaisesqui
a10 chances sur 100 d’être
accepté,
tandis que celuiqui comporte
16%
depièces
mauvaises n’en apresque
plus
aucune. Le lot sera alorsjugé
avecplus
deprécision,
lerisque
de l’acheteur sera dimi-nué,
mais le coût du contrôleplus
élevé.Par contre, si on
regarde
la courbe Cqui correspond
à unprélèvement
de 15pièces,
on y constate que les lots contenant 32%
depièces
mauvaises ont encore 10%
de chance d’êtreacceptés.
Un tel
échantillonnage
sera à la fois peu onéreux et peu efficace.(I) « Sampling inspections tables ». John Wiley, New-York et Chapman Hill, Londres.
(2)
Sampling
Inspection by Statistical research group of Colombia University - Mc. Graw Hill.(3) Military Standard Sampling Procedures and Tables for Inspection by attributes MIL. STD. 105 A.
J’ai fait remarquer
précédemment
que lesrègles
de contrôle étaientparfois
fixées en fonctiondes seules
possibilités
de contrôle dont ondisposait.
Il est intéressant dans ce cas d’utiliser lesgraphi-
que à
l’envers,
sije puis dire,
c’est-à-dire s’étant donné à l’avance le nombre depièces
que lescirconstances
permettent
decontrôler,
en déduire l’efficacité du contrôle effectué. Cette connaissance réserveparfois
bien dessurprises.
D. -
ÉCHANTILLONNAGES
MULTIPLES.Les tables en
question
neprévoient
pas seulementl’échantillonnage simple,
c’est-à-dire leprélèvement
d’une certainequantité
àpartir
delaquelle
seratoujours prise
unedécision,
soitl’accep- tation,
soit lerefus,
mais aussil’échantillonnage
double etl’échantillonnage multiple.
L’échan-tillonnage
double consiste à examiner un nombre depièces
relativement restreint,accepter
ourejeter
le lot si le nombre depièces
mauvaises trouvées est très bas ou trèsélevé,
mais, dans le cas intermé-diaire,
effectuer un secondprélèvement,
engénéral plus important
que lepremier
et déduire du résultat de l’ensemble des deuxprélèvements,
si le lot doit êtreaccepté
ou refusé.Pour avoir une même efficacité que
l’échantillonnage simple, l’échantillonnage
double devracomporter
unpremier prélèvement plus
faible que dans le cas del’échantillo.nnage simple,
mais unsecond
prélèvement important.
De sorte quelorsque
la décision pourra êtreprise,
dès l’issue du pre-mier
prélèvement, l’échantillonnage
double aurareprésenté
ungain
detemps
parrapport
à l’échan-tillonnage simple,
tandis quelorsque
l’on sera tombé dans le cas de l’incertitude et que l’on aura été amené à effectuer le deuxièmeprélèvement,
le résultat sera contraire.On aura donc intérêt à utiliser
l’échantillonnage
doublelorsque
l’on s’attend à recevoir de nombreux lots extrêmes, c’est-à-dire très bons ou très mauvais, et à utiliserl’échantillonnage simple chaque
fois que l’on s’attend à de nombreux lots dequalité
moyenne,impliquant
lerisque
d’avoirdans
l’échantillonnage
double à recourirtrop
souvent au deuxièmeprélèvement. L’échantillonnage multiple
n’estqu’une généralisation
de l’idée del’échantillonnage
double.Sept prélèvements
suc-cessifs sont
prévus
avec chacun une zone d’incertitudepossible
deplus
enplus
étroite ; àl’issue
du7e
prélèvement,
dans tous les cas l’incertitude est levée.Pour fixer les
idées, j’indiquerai,
à titred’exemple,
que là où lesrègles d’échantillonnage simple
demandent deprélever
110pièces, l’échantillonnage
doubleprévoit
unprélèvement
initialde 75
pièces, complété
éventuellement d’un secondprélèvement
de 150pièces,
tandis que l’échan-tillonnage multiple prévoit
unpremier prélèvement
de 30pièces, complété
éventuellement de 6prélè-
vements successifs de chacun 30
pièces.
Avant de passer à un autre
sujet, je
voudraispréciser
que les tables militaires enquestion
sont
prévues jusqu’à
unpourcentage
de 1000%
depièces
mauvaises, parce que les tablespeuvent
être utilisées pour un contrôle en nombre de
défauts,
etqu’à
ce moment, sur des ensemblesimpor-
tants,chaque pièce peut comporter
un assezgrand
nombre de défauts. D’où l’utilité deprévoir jus- qu’au pourcentage
de 1000%.
E. -
INTERVALLES
DE CONFIANCE.Le
jugement
d’un lot entierpeut
poser unproblème
d’un caractère un peu différent de cequi
vient d’être
exposé.
Nous venons d’examiner desrègles d’échantillonnage
se référant à despièces
ou des groupes de
pièces régulièrement approvisionnés,
mais ilpeut
se faire inversement que, con- naissant le résultat d’unéchantillonnage déterminé,
et en touteindépendance
d’autrerésultat,
ondésire savoir ce que l’on est en droit de conclure sur les caractères du lot
correspondant.
Parexemple,
si l’on désire faire élever une
protestation auprès
d’unfournisseur,
savoirquelle
est la valeur exactede
l’image
du lot que donnel’échantillonnage.
Il est aisé de concevoir que si l’on a trouvé un certainpourcentage
de défauts dans unprélèvement,
lepourcentage
de défauts du lot lui-mêmepeut
endifférer,
mais pas au delà d’une certaine limite.Le bon sens même
indique,
avant toutcalcul,
que cette différence sera d’autantplus
faibleque les effectifs du
prélèvement
auront étéplus -importants.
Je tiens àrappeler
d’ailleurs une notionsur
laquelle j’ai
insisté encommençant :
c’est en l’occurence le nombre depièces
de t échantillon et non pas lerapport
de celui-ci au nombre depièces
du lotqui importe
pour fixer ses limites. Si donc, dans unprélèvement donné,
on a trouvé un certainpourcentage
depièces
mauvaises, on doitpouvoir
calculer entrequel
etquel pourcentage
depièces
mauvaises se situe la valeur du lot.Cet intervalle étant connu avec une certaine
probabilité, plus
on désirera connaître cet inter- valle avec unegrande probabilité,
disons avec unegrande certitude, plus
on seraobligé
de lui donnerdes limites
larges.
Me tenanttoujours
à unprélèvement d’importance déterminée,
et ensupposant
successivement que ce
prélèvement
aitprésenté
toutes sortes depourcentages
depièces
mauvaises,on
peut
associer à chacun de cespourcentages
une limitesupérieure
et inférieure entrelesquelles
doit se trouver la vraie valeur du lot.
Sur un
graphique
où serontportées
en abcisse lepourcentage
depièces
mauvaises du lot eten ordonnée le
pourcentage
depièces
mauvaises del’échantillon,
ces deux séries depoints
décri-ront deux courbes entre
lesquelles
se trouvera ce que l’onappelle
l’intervalle de confiance.Lorsque
l’on aura trouvé dans un échantillon un certain
pourcentage
depièces
mauvaises, il suffira de tracersur ce
graphique,
une horizontaleayant
cepourcentage
pour ordonnée. Elle rencontrera les deux courbes en deuxpoints
dont les abscissesreprésentent
les limites de l’intervalle à l’intérieurduquel
se trouve la
qualité
du lot examiné. Ces courbes sont habituellement tracées soit pour fixer un inter- valle danslequel
laqualité
enquestion
a 19 chances sur 20 de se trouver, soit pour fixer un intervalle où la mêmequalité
a99,8
°’1 de chances d’être située.Fig. 3. - Probabilité 95 10C
Afin de vous
permettre
decomprendre l’importance
de l’effectif duprélèvement
et l’infl uence dudegré
de sécurité cherché,je
vais vous montrer les courbes d’intervalle de confiance dans les casde
prélèvement
de 5 et de 100pièces
avecprobabilité
de 19 chances sur 20 d’unepart (figure 3),
avec la
probabilité
de 998 chances sur 1000 d’autrepart (figure 4).
On y lit parexempte
que siun
prélèvement
de 5pièces
aprésenté
unepièce
mauvaise, c’est-à-dire20 Il.,
onpeut
seulementaffirmer
(figure 4)
que lepourcentage
depièces
mauvaisescompris
dans le lot est situé entre 0 et 70.Si cela avait été au contraire dans un échantillon de 100
pièces
que nousayions
trouvé 20%
demauvaises, nous aurions pu situer entre 12 et 35 ",, le
pourcentage
depièces
contenues dans le lot.Ce genre d’estimation
permet
desapplications
assezdiverses,
enparticulier
il facilite laprise
de
position
vis-à-vis d’un fournisseurqui
semble avoir livré un lot dequalité insuffisante, puisqu’il permet
sur unsimple échantillonnage
de fixer des limites entrelesquelles
onpeut
situer avec unebonne
probabilité
laqualité
réelle du lot.Fig. 4. - Probabilité 998/1000.
L’emploi
decescourbes,cependant,
nepeut guère
constituer la base d’unsystème
deréception
comme
peuvent
le faire un réseau de courbes d’efficacité ou de tables telles que cellesévoquées pré- cédemment,
c’estpourquoi je
n’insisterai pasplus longuement
à leursujet
etpasserai
tout de suiteau contrôle en cours de fabrication.
F. - CONTROLE EN COURS DE FABRICATION.
Si
l’application
des méthodesstatistiques
à laréception
des matières areprésenté
un trèsgros
progrès
pour les administrations officielles en leur donnant des beses rationnelleséconomiques
et
sûres,
sil’application
dcs mêmesprincipes
est d’une utilité nonnégligeable
pour l’industrieprivée,
il n’en reste pas moins
qu’en
seplaçant
d’unpoint
de vued’ensemble,
del’économie,
on doit considé-rer
qu’il
estplus important
encore d’avoir le moyen deproduire
de bonnequalité, plutôt
que de cons- tater si laproduction
est bonne ou mauvaise. Tel estl’objectif
du contrôle en cours de fabrication.Le contrôle
statistique
en cours defabrication, qu’il s’agisse
de la fonction contrôle à pro-prement parler,
de l’étude de laqualité
et duréglage
d’une machine ou de toute autre activité,procède
parprélèvement
d’échantillons d’un nombre depièces
limité et par estimation de laqualité
à
partir
de ces échantillons.Ces
prélèvements
sont souvent effectués à intervalles detemps réguliers
e:, s’il était facile deconcevoir au moment de l’étude des
problèmes
deréception
que les lois du hasards’appliquaient
à des échantillons constitués de
pièces prélevées
au hasard, ilpeut paraître
étonnantd’appliquer
cesmêmes lois à des échantillons
prélevés
se!on unerègle
déterminée : disons parexemple
5pièces
toutesles heures. Je voudrais
justifier
cette attitude avant de décrire les méthodes utilisées.La science
statistique
est une science à base concrètes’appliquant
à desfaits,
et il fautsoigneu-
sement définir à
quel
genre de faits ellepeut s’appliquer.
Dupoint
de vuestatistique,
on considèrequ’on peut appliquer
les lois du hasard à unphénomène chaque
fois que les causesapparemment
identiques produisent
des résultats différents. Cequi
est bien le cas,lorsque
dans un lot depièces
supposées identiques
etsoigneusement mélangées, je prélève
au hasard un certain nombre depièces,
mais ce
qui
est le cas aussilorsque
dans uneproduction qui
devrait êtrerégulière, qu’il s’agisse
d’untravail exécuté à la main ou à la
machine,
peuimporte, je prélève
un certain nombre depièces
selonune
règle qui
ne m’oriente passystématiquement
vers le choix des meilleures ou des moins bonnes,ou
plus
exactement, enappliquant
unerègle
absolumentindépendante
de laqualité
duproduit.
On a été
plus
loin en disant que le hasard devait êtresoigneusement organisé.
Dans lelangage vulgaire
on confondra au hasard et aupetit bonheur,
c’est-à-diren’importe
comment. Enprélevant
des
objets
aupetit bonheur,
onrisque
d’être conduit par une causesystématique
à unprélèvement qui
ne sera pas au hasard : parexemple,
si l’onprélève
aupetit
bonheur des cerises au-dessus dupanier
d’unépicier,
onrisque
fort de n’avoir que lesmeilleures,
alorsqu’en
fixant certainesrègles
de
prélèvement,
on obtiendra unéchantillonnage
secomportant
comme s’il avait été choisirigoureu-
sement au hascrd et, par
conséquent, auquel
les lois du hasards’appliquent.
Ceci
étant, je
suis encoreobligé
dedistinguer
2 cas pourl’application
des méthodes de contrôleen cours de fabrication :
- Celui où il est
possible
de mesurer lagrandeur
àlaquelle
ons’intéresse ;
- Et celui où cette mesure n’est pas
possible
et où lespièces peuvent
seulement être classéesen bonnes et mauvaises, étant bien entendu que l’on classera dans cette deuxième
catégorie
lespièces
où la mesure, sans être tout à fait
impossible,
serait tellementplus longue
que le classement en bonne et mauvaise,qu’en
seplaçant
d’unpoint
de vueéconomique,
on doit la considérer commeimprati- cable ;
c’est le cas debeaucoup
de vérificationsmécaniques
où la mesure sera difficile et le passageau calibre extrêmement
rapide.
G. - CONTROLE AUX
PIÈCES
BONNES.Lorsque
le contrôle nepeut
se fairequ’aux pièces
bonnes ou mauvaises, l’intervention du contrôlestatistique
consiste à établir un lien entre le nombre depièces prélevées,
lepourcentage
normal de défauts dans la
fabrication,
et le nombre de défauts que l’on est en droit de s’attendre à trouver dans l’échantillon.Je
m’explique :
supposons une fabrication donnant normalement 3%
depièces
mauvaises etsur
laquelle
onprélève
un lot de 100pièces,
iln’y
aura évidemment pas lieu de s’étonner de trouver dans ce lot 3pièces
mauvaises, mais iln’y
aurait pasbeaucoup plus
lieu de s’étonner d’en trouver 2 ou4,
alorsqu’il
y aurait lieu d’êtrestupéfait
si l’on y rencontrait 25pièces
mauvaises. Entre 4 et 25 où est la limite ? Autrementdit, que!
estle nombre depièces
mauvaisesqui,
rencontrées dans l’échan-tillon, permet
d’affirmer que le lot lui-même ou la fabrication necomptent
pas lepourcentage
demauvais que l’on
attendait ;
ceci est extrêmementimportant,
car il estdésastreux,
à touspoints
devue, pour un service contrôle d’alerter une
fabrication,
de luisignaler
quequelque
chose ne va pas, alors que les résultats obtenus ne sontimputables qu’à
une malchance dansl’échantillonnage,
tandisqu’inversement,
dès que l’on est sûr que ce n’est pas la malchance que l’onpeut
accuser, il estimpor-
tant de
pouvoir
en aviser la fabrication.Il existe des formules
mathématiques
àpartir desquelles
on a établi des tables et des courbesindiquant
pourchaque
taillepossible d’échantillon,
et pourchaque pourcentage
depièces
mau-vaises de
l’ensemble, quel
était le nombre de défauts maximum que l’onrisquerait
de rencontrerdans l’échantillon avec une
probabilité
déterminée.Il est bien évident que ce nombre
augmente chaque
fois que laprobabilité
que l’on se fixeaugmente.
Si l’on veutfixer un tel nombre avec unequasi-certitude
de ne pas ledépasser,
il devra êtreplus grand
que si l’on fixe celui en dessousduquel
on a 19 chances sur 20 de se trouver.Je
reprends l’exemple
citéplus
haut d’uneproduction
donnant normalement 3%
depièces
mauvaises et sur
laquelle
onprélève
unéchantillonnage
de 100pièces,
on lira alors sur une courbe que l’on n’a pasplus
d’une chance sur 40 de trouverplus
de 6pièces
mauvaises dans l’échantillon et que l’on n’a pasplus
d’une chance sur 1.000d’y
trouverplus
de 9pièces
mauvaises.L’application pratique
à uneopération
de contrôle consistera à tracer sur ungraphique
deux
horizontales,
l’une à la cote 6, l’autre à la cote9,
de demander au contrôleur de tracer unpoint représentatif
du nombre de défauts trouvéschaque
foisqu’il
a fait unprélèvement
de 100pièces.
Tant que ce
point
est inférieur à laligne
horizontale6,
rien nepermet
de penser que leprocédé
fonc-tionne d’une manière différènte de celle
prise
en considération. On a trouvé autre chose que 3défauts, simplement
du fait du hasard. Si lepoint caractéristique
était au-dessus de laligne
de la cote9,
onpourrait,
au contraire, affirmer que le hasardn’ayant qu’une
chance sur 1.000 d’en êtreresponsable,
on est
pratiquement
certain que leprocédé
fonctionne avec unpourcentage
de défautsplus
élevéque les 3
°,;, pris
pour base.’