Dr Philippe
TISSIÉ
Président-fondateur de la Liguegirondine
de l'Educationphysique, Lauréat de l'Institut (Académiedes Sciences),
Lauréatdel'AcadémiedeMédecine.
-ENTRE SOUS LE N'
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HYGIÈNE SOCIALE
L'ÉDUCATION PHYSIQUE AU JAPON
RAPPORT
adresséàS. E. AKIDZUKI,
Ministre du Japon, à Bruxelles.
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IMPRIMERIE-STÉRÉOTYPIE GARET, RUE DES CORDELIERS, II
J.EMPÉRAUGER,IMPRIMEUR
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L'ÉDUCATION PHYSIQUE AU JAPON
Dr Philippe
TISSIÉ
Président-fondateur de laLiguegirondine del'Éducation physique, Lauréat de l'Institut (Académie des Sciences),
Lauréatdel'AcadémiedeMédecine.
ENTRE SOUS LE N° „ 988- ^
HYGIÈNE SOCIALE
L'ÉDUCATION PHYSIQUE AU JAPON
RAPPORT
adressé àS. E. AKIDZUKI, Ministre
du Japon, à Bruxelles.
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PAU
IMPRIMERIE-STÉRÉOTYPÉS GABET, RUE DES GORDELIERS, II
J. EMPÉRAUGER,IMPRIMEUR
HYGIÈNE SOCIALE
L'ÉDUCATION PHYSIQUE AU JAPON
Rapport adressé à S. E. Akidzuki, Ministredu Japon, à Bruxelles,
parle DrPhilippe
TISSIÉ,
de Pau.Excellence,
Sur votrebienveillanteinvitationjeme suisrendu, le jeudi 8août 1907, de Gauterets à St-Sébastien pour y procéderauxrecherches nécessaires à l'établissement d'une méthode rationnelle de gymnastique éducative à appliquer, le moment venu, à l'armée japonaise de terre etde mer. Une dépêche de M. l'amiral Goro Ijuin m'informait, le 7 août, que jepou¬
vais me rendre à bord du Tsukuba. Je quittai aussitôt Cauterets où je
mereposais. Le 8août, à9heures du matin, j'étaisreçu parM. l'Officier
d'État-Major
représentantM. l'Amiral, retenuà terre pourlajqurnée.Je fus aussitôt mis en relation avec M. le lieutenant
d'État-Major
S. Yamamoto et M. le Commissaire de la marine Kounimitsu Hattori,
tous deux parlant le français et devant me servir d'interprètes. Mes
confrères M. le Dr K.Yano, chirurgien en chef, M. le Dr H. Yamamoto et M. le docteur-chirurgien M. Kobavaskisemirent fort obligeamment àma
disposition. M. le capitaine de vaisseau H. Takeno-outchi, commandant
le Tsukuba, voulutbien s'intéresserà mestravaux et merecevoir.
Selonvotre désir j'ai recherché, Excellence, la valeur éducative de la gymnastiqueappliquée aux marins japonais.
Je demandai, en conséquence, à mon très distingué confrère, M. le
Dr Yano, à quelle méthode d'entraînement sont soumis les marins du
Tsukuba.
Enprincipe, me dit-il,on suit le Règlement de gymnastique de l'armée japonaise; mais,enfait, lestravaux professionnels du marinserventseuls
àl'entraînement; telssont le briquetage, le lavage, le nettoyage et les
diverses manœuvresdupont, lesmanœuvres des batteries, le service des
canots à la rame, etc.; le Tsukubaétant mû par lavapeur, la manœuvre de la mâture etdes voiles n'existe pas.Lesexercices physiques consistent
donc en travaux limités, la plupart sont des travaux de force, ils sont quotidiens.
M. le Dr Yano voulut bien m'offrir un exemplaire du Règlement de gymnastiquejaponais etmeprésentersur le gaillard d'avant du croiseur
un groupe de six matelots qui, sous le commandement d'un maître ins¬
tructeur, jeune, bien découplé, soupleetintelligent, exécutèrent les mou¬
vements d'assouplissementde plain pied età mains libres tels qu'ils sont imposéspar lerèglement, mouvementsquele moniteur démontra au fur
etàmesure, paravance.
Ici, Excellence,j'estime que la plus grande satisfaction que nous puis¬
sions nous accorder mutuellement est d'exposer en toute sincérité le résultatdemes observations. Je vaisdonc vous donnermonappréciation
entoutelibertéd'esprit,entouteindépendance de système, de personna¬
lité oudenationalité, n'ayanten vue quelarechercheetque l'affirmation
de la véritéscientifique.
Je divise cerapport enquatre chapitres.
Dans le premier : Considérations Anatomo-Physiologiques sur la Gymnastique
Éducative,
j'expose les grandes lignes de la physiologiedu mouvement considéréau point de vue organique et particulièrement
de la respiration.
Dans le second : L'Écoledite
«Éclectique»,
j'expose des faits établis¬sant que dans la lutte des idées, en France, l'erreuret l'empirisme ont trouvédes défenseurs chez d'anciens partisans de la vérité suédoise; ces défenseurs ont fait beaucoup de mal à l'évolution de l'idée en créant l'équivoque. Je les poursuispersonnellement dans mes travaux critiques publiés dans la Revue Scientifique. Je cite le fait afin demettre engarde
le Japoncontre unsystème qu'ilne doitpas accepter.
Dans le troisième : Critique du Règlement deGymnastique Japonais, jedis ce quej'aivuà bord du Tsukuba et les réformes qui, selon moi,
doivent êtreapportées à ceRèglement.
Dans le quatrième : Principes de la Méthode de Gymnastique Sué¬
doise, j'établis les principes sur lesquels doit être basée toute méthode
rationnelle degymnastique éducative. Ces principes nous viennent de la
Suède.
Je conclus enfin au point de vue de la méthode de gymnastique à appliquer non seulement au Japon mais danstoutes les nations civi¬
lisées.
Chapitre Ier.
CONSIDÉRATIONS ANATOMO-PHYSIOLOGIQUES
SUR LA GYMNASTIQUE
ÉDUCATIVE
Tout d'abord je constate que la taille moyenne et plutôt petite de la
racejaponaise lui donne une supériorité sur les tailles plus élevées
des
autresraces.Un hommepetitoffre moins de superficie auxatteintes exté¬
rieures, ilpasse plus facilement partout; d'autrepartle centre de gravité
de son corps (il est placé à la onzième vertèbre dorsale chez tous les hommes)estplusrapproché ducentre de gravitéde laterre,d'où moindre fatigue des muscles pour la fixation dans
le plan vertical, du bras de
levier formé par la colonne vertébrale. C'est sur ce bras de levier que s'appuie lediaphragmepoursonjeu
respiratoire. A
cet avantageanthropo¬
logique les japonais ajoutentlagrande force de
la sobriété. Leur alimen¬
tation, dont le riz est la base, est une source de calories, autrement supérieure àcelle qui est fournie par l'alimentation carnée
utilisée chez
les autres peuples.
L'habitude qu'ont lesjaponaisde boire très peude liquide
à
leur repas facilite demeilleures digestions, d'où équilibre plus stabledu tubedigestif.Vous connaissez,Excellence, maformule d'entraînement physique :
«• On marche avecses muscles, on court avecses poumons, on galoppe
avec son cœur, onrésiste avec sonestomac, onarrive avec son cerveau. » Les japonais résistent avec leur estomac, ils veulent arriver avecleur
cerveau.
Mes recherches ont surtout porté, chez les hommes soumis àmon exa¬
men, surla valeurphysiologiqueet éducative de
la méthode de
gymnas¬tique appliquéedans sesrapports,
d'une
part avecle plus grand dévelop¬
pement délacagethoracique,
d'autre
partavecle plus grand rétrécisse¬
ment de la ceinture abdominale.J'ai doncreporté tous les mouvements
exécutés devant moiet toutes les figures dessinées sur le Règlement
de
gymnastique japonais auxtrois grandes fonctions de l'économie
:la
res¬piration, lacirculation,la
digestion.
Plus grand est le jeu accordé aux poumons,
plus
vaste estle champ
d'épandage sanguin à la surface
duquel les échanges
gazeuxsont
nom¬breux, d'oùhématosepluslarge, plusprofonde et plus
rapide,
enmôme
temps que fonction plus élastiquedu cœur
libéré dans
sesbattements.
La vie est une oxydation. L'homme naît, vit et meurt dansun
milieu
aérien. Ilpeut vivreplusieurs jourssansmanger
ni boire, il
nepeutvivre
plusieursheures sans respirer. Le
muscle qui
assurela nutrition
gazeuse,fonctionvitaleinitiale, estlediaphragme. Avec le cœur, ce
muscle
ne se repose jamais de toute la vie, de lanaissance jusqu'à la mort. La vie
s'ouvresurune inspirationet seferme sur une
expiration.
Aupoint devue biologique le diaphragmeest
le pivot de la vie, le grand
ordonnateur de la nutrition gazeuse. Philosophiquement tous
les muscles
du corps doivent être sesvassaux
tributaires. Cette vassalité
estétablie
anatomiquementetmécaniquement. Le jeu
du diaphragme doit donc être
systématiquement réglé en vue dela plus grande amplitude de la
cage thoracique.Celle-ci est actionnéeparlesmuscles élévateurs des côtes
:le
grand dentelé, le grand etle
petit pectoral, entr'autres. Le grand dentelé
etlepetit pectoralprennent leurpoint d'appui
fixe
auxdeux extrémités
opposées del'omoplate. Le petit pectoral en
haut, à l'apophyse coracoïde
;legranddentelé enbas, àl'angle inférieur
de l'omoplate
pardes faisceaux
en éventail. Lepetitpectoraltrouve dansle grand
dorsal
unmuscle
anta¬goniste, celui-cilîxe l'angle
inférieur de l'omoplate
contrela
cagethora¬
cique alors quele petit pectoral,en faisant
basculer l'omoplate à
sapartie
supérieure, projette son angleinférieur d'avanten
arrière.
Legrand dorsal enfixant l'angleinférieur de
l'omoplate donne
unpoint
d'appui fixe etrigide augranddentelé
qui
peut,ainsi, grâce à la rigidité
de ce point d'appui, mieux soulever les côtes et
faciliter le jeu du dia¬
phragme.
Toutegymnastique éducative doit faciliterle jeu
de la
cagethoracique
par l'action alternative
synergique
ouantagoniste de
tousles muscles
del'économie, chacun de ces groupes musculaires agissant envue
d'un
acte physiologique utilitaire, respiratoire,
circulatoire, digestif,
nerveux, glandulaire, articulaire ou musculaire.Pour cela il n'est
pasnéces¬
saire que les muscles soient
hypertrophiés. Leur hypertrophie
estsouvent nuisible, ainsi que je le dirai plus loin pour
le grand pectoral.
Jusqu'à cejouron n'a vu, en gymnastique, que
du muscle
enfonction
;cette erreur a retardé l'évolution del'éducationphysique. On ne respire
pas avec sesbiceps. Larespiration est
d'ordre mécanique
parle jeu des
muscles de la cage thoracique. Tous les
muscles qui
prennent unpoint
d'appui au-dessus du diaphragme sontdes muscles inspirateurs,
tous ceux qui prennent unpointd'appui au-dessous
sontdes muscles expirateurs.
La respirationestd'ordrechimiquepar les
combustions.
La méthode rationnelle de gymnastique suédoise
fournit
les moyens' d'aboutirvite et biensansgaspillage de forces, ni de temps,
c'est-à-dire
d'argent etde santé : « Times is money. »
LeRèglement de gymnastiquejaponais se
réclame de la méthode sué¬
doise, du moins dansles figuresdes planches i à12 et
14
ài5. Ces mêmes
mouvements sont rendus plus violents comme forceàproduirepardes
haltères etdes massues(mils) dans les planches 16et 17 et 19 à a5. Les planches qui suivent jusqu'à la tin du règlement représentent des mouve¬
mentsallemands exécutés auxagrès de suspension: barres parallèles et barre fixe. Je reviendrai plus loinsur lavaleur de cesagrès.
Pourquoi faut-il que les bénéfices physiologiques accordéspar lesexer¬
cices suédois de lapremière partie du Règlement japonais, soient détruits
parles exercices allemands de laseconde partie?
Ces exercices violentent le diaphragme dont ils empêchent le libre jeu; de cefait ilssont congestifs, asphyxiants,nonrespiratoires. L'agrès com¬
prime la cage thoracique sur laquelle le point d'appui ducorps estpris
dans les exercices de suspension et d'évolutions enl'air par les bras; or l'élasticité delà cagethoracique nedoit jamais être violentéeparcequ'elle
est fonction même de la vie aérienne, de la nutrition gazeuse, d'où les congestions du cerveau, des poumons, du cœur,du foie, etc. ; ainsi que
je l'ai trop souvent constaté sur les gymnastes de souche arthritique,
candidats à l'artério-sclérose, ceux précisément quiontle plus de besoin
de lagymnastique respiratoire. Dans malongue pratique des choses phy¬
siques j'aieu àtraiter beaucoup de gymnastes ayantétéfrappés dans leur systèmerespiratoire, circulatoire ou nerveux par les agrès de suspension
de lagymnastique allemande: congestions ducerveau ayantentraîné des hémorragies cérébrales et des paralysies mortelles; congestion des pou¬
monsayantprovoquédes hémoptisies etcelles-ciayant ouvert la porteà la tuberculose;chocsdu systèmenerveuxayant provoquédes paralysies,
des amnésies, etc., etc., chez des adolescentsenétatde moindre résistance
aupointdevue nerveux, aumomentmême de leur évolution somatique
etpsychique.
Les agrès de suspension allemands détruisent les heureux effets des
exercices respiratoires,dans le Règlement japonais. Ce règlement n'a d'ail¬
leurs rienà envier auxrèglements des autres nations européennes.
Jeveux parler des paysquinepossèdentpas encore un système natio¬
nal complet d'éducation physique basé sur la méthode de gymnastique
éducative suédoise et sur les sports. Quelques nations tellesque l'Angle¬
terre, le Portugal, laNorvège, etc. sont entrées dans la voie sans l'avoir
entièrement parcourue encore.
A peuprèstousles Règlements ignorent les principes de la physiologie
du mouvement éducatif sauf en Belgique, grâce à laforte impulsion de
M. leCommandantLefebure, commandantl'Ecolenormale degymnastique
militairebelge, àBruxelles,etde M.Cyr Van Overbergh,directeur général
del'Enseignementsupérieur auministère des SciencesetArts de Belgique.
En Franceune heureuse réaction commenceà se produireen faveur de la méthode suédoise, aprèsune lutte très vive engagée par nous depuis cinq ans.
AucundecesRèglementsne se douteque le mouvement n'est rien par lui-même, tantqu'il n'apas un effet bien déterminé sur une des grandes
fonctionsbiologiques ducorps humain. Danstous cesRèglements la confu¬
sionexisteentrelemouvement,facteur de vie organique pourlaformation
et pour l'équilibre statique et dynamique du « moi » ; etlemouvement ippliqué à ladéfense ou àl'attaque, pourl'affirmation du«moi ».
Celui-ci appartient au sport, par son côté psycho-dynamique fait de
libertéet d'indépendance; celui-là appartient à la gymnastique éducative
par son côté anatomique, physiologiqueetmécanique fait d'obligationet de dépendanceàl'égard des lois pédagogiquesetphysiologiques.
Le corps humain est composé d'un tronc à trois étages : i° La tête, étagepsychique, avec le cerveau; 20Le thorax, étagemécano-chimique;
avec le cœur et les poumons pour la
nutrition
gazeuse;3° L'abdomen,
étagechimique,avec
les intestins et les glandes
pourla nutrition solide et
liquide. Le tronc
possède deux
anneaux,l'un inférieur et osseux, très
résistant: le bassin; l'autre supérieur très
élastique musculo-osseux
formé par l'accouplement, en avant,
de la clavicule,
enarrière, de l'omo¬
plate. Les deux
omoplates
sontaccouplées entr'elles par les muscles
rhomboïdeettrapèzequis'unissent à
la colonne vertébrale. A
cesdeux
anneaux sont suspendus deux grands segments : en
bas, les jambes
outrain inférieur; en haut, les bras ou train
supérieur. En gymnastique
éducativeil fautavanttout assurer l'indépendance de ces
deux
segmentsvis-à-vis du tronc dans lequelsetrouvele
diaphragme qui sépare l'étage
moyen (thorax), de l'étage
inférieur (abdomen)
parunevoûte musculaire.
Enassurantl'indépendance de
l'articulation coxo-fémorale, c'est-à-dire
en l'assouplissant, ondonne
ainsi
unemeilleure, suspension
enéquilibre
vertical àlacolonne vertébralesurlaquelle lediaphragme doit
fonctionner
dansleplanvertical pouravoir son
maximum de jeu, utile à l'hématose.
En assurant aussi l'indépendance de l'articulation
de l'épùule,
ondonne
un jeuplus élastiqueà l'anneau
musculo-osseux,
onpermet
auxomoplates
de rapprocher leur bord interne et, par ce
fait môme, de développer la
cagethoraciqueen avanten
agissant
surle grand et
surle petit pectoral,
par la contraction antagoniste
du rhomboïde, du trapèze et du grand
dorsal. Mais cebénéficenepeut-être obtenu que par
la fixation préalable
de lacolonne vertébrale dansleplanvertical,
c'est-à-dire
parl'immobili¬
sationducentrede gravitédu corps dans cemême
plan vertical qui doit
passer par le bord
antérieur, face inférieure, de la onzième vertèbre dor¬
sale.Ilfaut donc avant tout fixerla onzièmevertèbre
dorsale
pouréviter
que le déplacement ducentre
de gravité
nesoit utilisé
parle poids même
qu'ilfournit.
LeRèglementfrançaisde 1902a
sacrifié à l'erreur. En utilisant le poids
du corps il transforme l'action
des leviers du 3e
genre enleviers du
Iergenre ; ilsacrifieen
cela
àla loi du moindre effort et du plaisir. La non
fixation de laonzième vertèbre dorsale entraîneen avant la
partie supé¬
rieure du tronc par la pesanteur même
de la
têtenonmaintenue dans le
planverticalparles
muscles du
cou.L'ignorance de
ceprincipe a fait
accorder la plus grande valeur au
développement du grand et du petit
pectoralplacés àla partie
antérieure de la sangle musculaire qui soude
enavant l'anneau omoplato-claviculaire, d'où
déplacement du centre de
gravité en avant, au détriment
de la vérité physiologique qui veut que le
développementde la partie
postérieure soit plus important (rhomboïde,
trapèze, granddorsal) pourle
meilleur jeu respiratoire du diaphragme.
Il fautd'autre partentretenirlaplus
grande élasticité de la
cagethora-
rique par l'entraînement
rationnel des ligamments articulaires sterno-
costaux,sterno-costo-claviculaire,
costo-vertébraux,
envued'une hématose
plus profonde. Celle-ci
l'est moins dans la vieillesse
parla moins grande
élasticitédecesligamments, d'où jeu
moins ample de la
cagethoracique,
hématosemoinsgénéreuse, oxydations
moins profondes, et comme consé¬
quence,tendance au
refroidissement.
Lagymnastique
allemande immobilise les articulations sterno-costales,
costo-vertébrales et sterno-costo-claviculaires; elle
combat leur élasticité
en transformant la cage thoracique en
manchon à air comprimé
pourla
prised'appui de
la pince à deux
morsformée
parla clavicule en avant et
l'omoplate enarrière, dans
le soulèvement du
corpsau-dessus du sol, aux
agrèsde
suspension. C'est
unedes raisons qui font que cette gymnastique
nepeut-êtrepratiquéeque par
des sujets jeunes,
auxarticulations thora-
ciques élastiques, et
pourquoi elle
provoquede graves désordres circula¬
toireschez lessujets auxvaisseauxpeu
élastiques.
D'autre part l'épaisseur môme du grandet du petit pectoral dueàleur contractionsystématisée,rétrécitetalourdit lapartieantérieure de lasangle
musculo-osseuse de l'anneauomoplato-claviculaire. La traction seprodui¬
sant de dehors en dedans, voûte le dos en avant empêchant ainsipar
compression, le libre jeu des diverses articulations du thorax, d'où lutte
contre l'élasticité de la cage thoracique qu'elleresserre etqu'elleviolente dans sonmouvementde dilatation. La preuve de la nécessité de la con¬
traction de la partie postérieure de la sangle thoracique est dans lemou¬
vement instinctif de projection des bras en arrière, les mains croisées dans ledos. Ce mouvement,enprovoquantla contraction des rhomboïdes, dutrapèzeet du grand dorsal, allonge le grandetlepetit pectoral; ilfaci¬
lite le jeu plus libre de lacagethoracique en avant. Lebâillement, acte
respiratoire et de délassement du diaphragme, ne se produit jamais en flexion du tronc mais bien en extension de la cagethoracique de dedans
en dehors; ilest souvent accompagné du soulèvementdes bras, lesquels permettentaugrand pectoralde soulever les côtes en avant et au grand dentelé, après la fixation del'omoplatepar le grand dorsal, le trapèze et lerhomboïde, de soulever les côtes latéralement et de faciliter ainsi lejeu
dudiaphragme. Voilà pourquoiencore lesmontagnards, pour mieux res¬
pirer, immobilisent les omoplates au moyen d'un bâtonpassé entravers du dos, soitquele bâton fixe directement les omoplates contre la cage
thoracique pour donner un point d'appui plus ferme au grand dentelé,
élévateur des côtes; soit quele bâton appuie sur le massif lombaire pour fixer la base de la colonne vertébrale et permette ainsi aux piliers du diaphragme de prendreunpoint d'appui plus solidesurlestroispremières
vertèbres lombaires. Cettemanoeuvresoulage le diaphragme et facilite le jeu despoumons. La position des bras tendus légèrement en arrière et entr'ouvertsen croixallonge la partie antérieure de la sangle musculo-
osseuse (grand et petit pectoral); elle contracte les muscles de la partie postérieure (rhomboïde, trapèze, grand dorsal). En fortifiant par un entraînementrationneltousles muscles de larégion postérieure dutronc, fixateurs desomoplates, la gymnastique suédoise donne plus d'amplitude
àlarespiration. Elle vient à l'aide du diaphragme comme le fait empiri¬
quement le montagnard avec sonbâton. Lagymnastique allemande, qui
fait tout lecontraire, est donc nuisible àla santéparcequ'elle compromet les échanges gazeux en ralentissant l'expulsion de l'acide carbonique.
Celui-ci empoisonne les centres nerveux d'où la sensation de fatigue
irritante éprouvée après une séance de gymnastique allemandede sus¬
pensionaux agrès.
Le système d'attache du grand pectoral en dedans, aux côtes etau
sternum, en dehors àla coulisse bicipitale de l'humérus, et sa double fonction de muscle inspirateur, quand le point d'appui estprissurle bras,
et de muscleexpirateur, quand le point d'appui estpris surlacage thora¬
cique, a créé l'équivoque respiratoire en sa faveur. Cetteéquivoque est surtout entretenue par le déplacement du centre de gravité du corps.
Quandla onzième vertèbre dorsalen'a pas été fixée, le poids dutronc se porte en avant avec, en plus, celui de la tête, d'où flexion etaction du grand pectoral par ses points d'appui thoraciques, avec attraction du moignon de l'épaule en avant. Le grand pectoral nepeut êtrevraiment inspirateur qu'à lacondition de fixerpar avance sonpoint d'appui huméral
de la coulissebicipitale, dansleplan vertical,parallèleauplan de l'axe du corps passant par son centre de gravité, c'est-à-dire parla onzième ver¬
tèbre dorsale. Sans cette fixation initiale lepoint d'appui huméro-muscu-
laire estreportéen avant duplanverticalpar la traction antagoniste des
faisceaux thoraciques du grand pectoral. Alors l'action de ce muscle,
comme élévateur des côtes, est amoindrie detoutela différence d'ouver-
— 7 —
turedu sinusdubrasquidoit être tendu en
l'air dans le plan vertical,
mais quiestincliné en avant.
Les Suédois, pour éviter précisément cette
traction du bras
enavant
parlegrandpectoral,
fixent l'omoplate dans
unplan rigide vertical, et
par cette fixation même
forcent l'humérus à
semaintenir dans ce plan.
Tels sont les exerciees de suspension à l'espalier.
Alors seulement le
grandpectoral
produit le maximun de jeu
pourle soulèvement des côtes ;
alors seulement la partie antérieure de la
sangle thoracique s'allonge
vraiment. Touslesexercices de suspension aux agrès qui ne
fixent
pas l'omoplate dans leplanvertical
ne sontpasdes exercices vraiment respi¬
ratoires.Dans les barresparallèles, par exemple,
le moignon de l'épaule
est soulevéde bas enhaut, avec bascule de l'omoplate, le
point d'appui
bicipitaldugrandpectoralest
soulevé de
cefait, mais cet exercice n'est
pas respiratoire parce que
le poids du
corps,suspendu
enl'air, agit anta-
gonistementsur la cage
thoracique. Il l'attire plus fortement de haut en
bas que nel'attirede basen
haut la contraction musculaire humérale du
grand pectoral. Les
deux forces s'équilibrent d'abord, mais se détruisent
toujours en faveur
de la force de la pesanteur qui attire tous les corps
vers le centre de laterre. Nous nous trouvonsdoncen présencenon
plus
d'unexercice degymnastique éducative,
mais d'un exercice de lutte athlé¬
tiqueentrele centre
de gravité du
corpset celui de la terre.
C'est dusportaérien. Onne peut
donc
enfaire la base d'une gymnas¬
tique éducative
pédagogique. C'est pourtant cette erreur qui a régné
pendant cent ans, et à
laquelle sacrifient
encorela généralité des Règle¬
ments européens.
Le Règlement de
gymnastique français de
1902,hâtivement rédigé de
l'aveu même de ses auteurs éclectiques qui
ignoraient
cesprincipes
anatomo-physiologiquesasacrifié à
cetteerreur.J'ai été leseul etlepremier,enFrance,à
la signaler et à protester depuis
cette époque1.J'ai la
satisfaction de constater
que mescritiques ont été
entendues etjustementappréciées,carce
Règlement, établi
nevarietur,\a
êtreréforméparnotreEcolede
gymnastique de Joinville
enfaveur de la
méthodesuédoise.
Uneméthode nevaut que parlesrésultats
qu'elle donne.
Tous les gymnastes qui
pratiquent la gymnastique
auxagrès de sus¬
pension
possèdent des lignes tourmentées
enflexion, la tête tombe en
avant,lesomoplatesfont
saillie
enarrière, l'abdomen est projeté en avant
avec une ensellule du tronc, les bras et les
jambes
sontarqués et
enflexion. Le type n'est pas beau.
L'homme n'est
pasanatomiquement
constitué pour vivredans
les arbres
;il
nepossède
pas pourcela, comme
lesinge, quatremainsetunequeue,
cinquième main, pour se suspendre
en l'air. Sa station est bipède. Le point
d'appui de
soncorpsn'est pas
pris dansl'air commechez l'oiseau, mais sur le sol, sur la plante des
pieds. C'est
pourquoi la gymnatique suédoise attache une très grande
importanceà
l'entraînement de l'articulation du cou-de-pied, sur laquelle
appuie tout
le poids du
corps,et
surlaquelle également s'équilibrent
tousles sggments ducorps
dans le plan vertical, si cette articulation est
fixéedansson plannormal
physiologique.
La gymnastique
éducative doit donc avant tout ne pas lutter contre
cette loi fondamentale bipède. Elle
doit s'appliquer
aucontraire à déve¬
lopperlecorps
humain
en vuedu rôle individuel et social que sa station
bipède l'oblige à
jouer dans le milieu où il évolue, milieu où la nutrition
1. —DrPh.Tissié: «LenouveauRèglementsurl'Instruction
de la gymnastique mili¬
taire».—Revue Scientifiquedes i6-3omaiet6juin1903.
— 8 -
gazeusepasse avantlanutrition solideet
liquide. Gela
est si vrai que lasobriété àl'égard des alimentset des boissons est un bien, mais que la
sobriété à l'égard de l'airestun mal.
Le meilleur des agrès de gymnatiqueestle corps humain, àcondition
desavoirutiliserlejeude sesbras de levier. Le corps humain est formé
de bras de levier osseux, la connaissance du jeu decesleviers estdonc
nécessaire engymnastiqueéducative. Lagymnastique suédoise est basée
sur cetteconnaissance, c'est encela qu'estsavaleur.
Dans le corpshumain lepoint d'appui du levier osseux est placé dans
l'articulation; la résistanceest placéedans le poids dusegment du corps àsoulever; cesegment est constitué par le bras du levier (longueuret épaisseur des os et des muscles); poids ajoutés supplémentairement à
l'extrémité du levier osseux : haltères, massues, pierre, fusil, cordons élastiques, ressorts métalliques, opposants humains, etc.,etc. ; la puis¬
sanceestplacée dans lemuscle antagonistede la résistance dansles trois
genres de leviers : Iergenre (interappui), type de la balance et
de la
station du corpshumaindansla position debout;2egenre (interrésistant), type du casse-noisette et de la mâchoire dans la
mastication
;3e
genre (interpuissant), type de lagrue à mater etdesbras
etdes jambes dans
leur soulèvement.
Les Règlements de gymnastique des nations qui n'ontpas
adopté la
méthode suédoise accordentla prépondérance au système musculaire et, dans ce système, aux muscles des bras (deltoïde, biceps, etc.), et du
sommetde la cagethoracique (grand pectoral). Ils prennent le fantôme
pourlaréalité.Au pointde vue biologique le système
musculaire n'arrive
qu'en huitième ligne. Les poumons, agentsde
lanutrition
gazeuse, arriventenpremière ligne, puisque lanutrition gazeuse par la respirationestlapremière de toutes. Puis viennent la circulation, la
digestion, l'in¬
nervation, les sécrétions glandulaires, les articulationsaveclesosformant
levier. Ici le point d'appuiarticulairepasseavant larésistance, celle-ci est fonctiondu point d'appui;lapuissace
(le muscle) vient ensuite, celle-ci
est fonction de résistance, car sans résistance la puissance ne peut-êtreutilisée.Mais résistance et puissance ne peuvent entrer en jeu sans le
concours du pointd'appui, larésistance et la puissancesont doncfonction
dupointd'appui. Lapuissance vient ainsi en
huitième ligne. En
gymnas¬tiqueéducative lagradation doit êtrebiologiquementétablie dans
l'ordre
suivant: i°Respiration; 2° Circulation; 3° Digestion; 4° Innervation; 5° Sécrétions glandulaires; 6°Articulations se subdivisanten(6°) point d'appui(articulation); f résistance(poids);
8°
puissance(muscle).
r Le mouvementne sesuffîtpas àlui-même, il doit être réglementé par
une syntaxe. La méthode de gymnastique suédoise
fixe précisément la
syntaxedumouvement.Lepremier article de cette syntaxe est
la connais¬
sance de la valeur des cinq positions fondamentales, c'est-à-dire de la
valeur des cinq points d'appuiducorps pris surle sol : i° sur les pieds; 2°surles genoux ; 3°surlebassin; 4°sur le dos; 5°sur les mains, dans
la position suspendue au-dessus du sol, àl'espalier, agrès
rigide adapté
parallèlement à unmur vertical auquel lecorps s'étalonne, ou à lapoutre (borne). Le schémaducorps humain,enposition bipède fixe, estunangle
droit dont le plan vertical passe par l'occiput et les talons, et le plan
horizontal parla plante des pieds. Le corps peut donc être étalonné et rectifié, pour sescourbures de compensation, dans l'angledroit formé par
t
le plan vertical d'un
muret le plan horizontal du sol. L'espalier suédois
peutêtrecomparé à un murarticulésur lequel le gymnaste fait mouvoir
son corps, en y prenant diverses attitudes, grâce à la série des points d'appuis, constitués par les barres horizontales espacées les unes des
m
autresde septà dix centimètres. Ces considérations générales, dans les¬
quelles j'ai intentionnellement donné la priorité à larespiration, établis¬
sentla nécessité d'assurer cette fonction dans tout système de gymnas¬
tique éducative.
Chapitre H
L'ÉCOLE DITE
"ÉCLECTIQUE"
Je dois dire maintenant ce qu'est l'école « éclectique » nouvellement
lancée enFrance parles anciens protagonistes de l'école suédoise. Ceux-ci, jusqu'en 1900, avaient écritetprouvé que la méthode suédoise estlaplus parfaiteparce qu'elle donne les meilleurs résultats. Cependant depuis le Congrès de
l'Éducation
physique quieutlieu àParis, en 1900,àl'occasionde l'Exposition universelle, et sansqu'aucun fait nouveau aittransformé
la sciencebiologique depuiscetteépoque,ces mômesprotagonistes brûlent aujourd'hui ce qu'ils adoraient il y a quelquetemps; mais ne pouvant soutenir l'erreur de la méthode allemande asphyxianteetne voulant plus accepterla vérité suédoise ils ont créé une méthode bâtarde et herma¬
phrodite dite « éclectique » où ce qu'il y a de meilleur lui vient de la Suède, mais est détruit par ce qui lui vient de l'Allemagne. De prime abord,«l'Éclectisme» paraitsatisfaire la critique;àla réflexion ons'aper¬
çoitdelapiperie dumot.
Leprincipe de la gymnastique suédoise est : i° la connaissance de la valeurexacte de lapositionfondamentale; 20la division du travail mus¬
culaire; 3° la répartition du mouvement aux grandes fonctions de l'éco¬
nomie. Il n'y a pas d'éclectismeà établir: i° quela position fondamentale
estlepoint d'appui d'un levier; 2° que letravail musculaireest divisé en
force, durée, rythme, répétition, combinaison; 3° que la répartition du
mouvementdoit s'adresserà larespiration,àla circulation,àladigestion,
àl'innervation, àla sécrétion glandulaire, aux articulations. La méthode
suédoise estbasée surcesprincipes. Cette méthode n'est pas scientifique d'aprèsleséclectiques. «Peut-on donner lenomde scientifiques, disent-ils,:
» àdes sj'stèmesdéduits del'anatomie comme des théorèmesde géomé-
» trie etqui ontla naïveté de conclureparle raisonnement du cadavre à
» l'être vivant1 ».
Les résultats obtenus enSuèdedepuis cent ans sont une preuve suffi¬
sante enfaveur des déductions anatomiques appliquées au mouvement.
Tousceux qui ontassisté auxleçons données àl'Institut central
de
gym¬nastique,à Stockholm, ont pu constater (ainsi que les protagonistes
actuels de 1' «éclectisme » l'ont constaté eux-mêmes jusqu'en 1900) que lesgymnastes suédoisne sontpas précisémentdes cadavres.
«Il y adeux façons d'évoluer, disentencoreles
éclectiques
: la première,» c'estl'empirisme avec ses erreursmais aussi avec ses progrès; toutce
» quenoussavonsvient de là; laseconde opère parrestrictionetcensure
» nos actes,limitenotreactivité,sedonne des règlesimmuables etrecom-
» mence les anciens errements de la scolastique étroite et tyrannique
» qu'onauraitpu croire disparuepourtoujours. Sous le nom de science,
» elleconstruitunart deconvention à côté de la nature eten dehors du
» milieusocialmoderne s'adressantà un êtreabstrait, et non à l'homme
» vivant... Ces deux manières d'agir sontexcessives,il y aentr'ellesune
» placepourun sageéclectisme, ilfaut savoir avouer son ignorance.
On
1. —G. Demeny:«Préface àl'Éducationphysiqueraisonnée»de M.GeorgesHébert,
inL'Éducationphysique,n°dui5Août1903, p.400.
2.
— 10 —
» peut, sans étiquette
criarde ni réclame tapageuse, être un éducateur
» fort sérieux etexaminer de sang-l'roid les systèmes
existants
sans par-» tagerleurs erreurs etsans accepter
leurs lacunes... On peut alors sans
» prétendre avoir dela
science infuse apporter
sapierre à l'édifice et le
» consolider; mais émettre des
opinions
sansfondement et
pourle bon
» plaisir de réformer;engager
bénévolement l'éducation physique dans un
» impasse aulieud'avouer son
ignorance, c'est
presqueimmoral et mieux
» vaut cent fois l'empirisme... Pourquoi
dégoûter systématiquement les
» élèves au début,enleurimposantune forme aridede
l'exercice
automa-» tique eten leur
défendant
cequ'il leur plaît ?... L'homme perfectionné
» n'est pas unautomateen
bois
;il
peutêtre et doit être mieux
quecela,
» mêmedans l'armée. »
A ces critiques, où la
phraséologie cache la pauvreté des arguments,
nous répondons que sitoutce quenous savonsnous
vient de l'empirisme
ilestinutile de sacrifiersa vie à la science puisque celle-ci
n'aboutit qu'à
la convention.
Ilestpiquantde constaterque
le procès de la science est fait précisé¬
ment par des éclectiques
qui
sedisent hommes de science.
Ilsplacent l'empirismeetla
science
surle même plan
;leurs
«manières
d'agir, disent-ils, sont
excessives.
»Seul, d'après
eux,l'éclectisme qui a
pour principe la loi du
moindre effort
etdu plus grand plaisir est vrai.
J'ai prouvé anatomiquement et
physiologiquement
quela loi du moindre
effort etduplus grand
plaisir
engymnastique éducative
provoquedes
attitudes decompensation, asphyxiantes et
déformantes. Au point de
vuesocial et du rendement plus grand de la
machine humaine, la méthode
scientifiquen'apas
précisément fait des
«automates
enbois
»de l'armée
suédoise pas plus
qu'elle n'en
afait partout où elle est appliquée dans
toute sa pureté.
Personnellement, j'en obtiens des résultats
excellents,
nonseulement
chez la femme, à
l'École
normale desinstitutrices des Basses-Pyrénées,
à Pau, mais dansl'enseignement,
public des
garçons.Les
preuvesfournies
encore par M.le
commandant Lefebure, commandant l'école militaire de
gymnastique belge, à
Bruxelles, sont plus
queconcluantes. Est-ce faire
œuvre d'ignorance,de réclametapageuse
et d'immoralité
quede constater
des faits etaprès cela deles
affirmer tels qu'ils existent ?
Lespartisans de la
méthode suédoise
neprétendent rien réformer pour
leur bon plaisir, ni engager
bénévolement l'éducation physique dans
une impasse.Ilsnel'ont qu'accepter commepoint de départ les principes d'une
méthodequi a fait ses preuves sur
tonte
uneracependant cent ans et qui
fait sespreuves d'excellence
dans
tousles
payset
soustoutes les latitudes
quandelle est appliquée
dans toute
sapureté. Ils n'ont pas à avouer leur
ignorance puisqu'ils ne
font
queconstater des faits acquis. Il n'y a rien
d'immoral de direque lesoleil brille
au-dessus de
nostêtes
parce que cefait est acquis par
l'observation quotidienne. L'immoralité consiste à nier
la véritéencréant l'équivoque autour
de la vérité.
L'immoralité dans ce cas n'est pas chez les
défenseurs de la vérité
suédoise.
Aupointde vue
pédagogique la' thèse du plaisir soutenue
parles éclec¬
tiques est désastreuse.
La pédagogie
aprécisément pour objet de créer
destendances vers l'effort utile, or tout effort demande une somme
de
volonté accompagnée, au début,
de quelque ennui. L'éducation est la lutte
entre le besoin inné du moindre effort et la nécessité
évolutive du plus
grand effortdans les
domaines physique, intellectuel et moral.
Baser une pédagogiesurle
plaisir
etrien
que surle plaisir c'est donner
une prime àla paresse et à
l'erreur. La science poursuit l'erreur, la péda-
gogiepoursuitlaparesse. L'esprit de méthode11e
s'acquiert qu'à
coupde
volonté, c'est-à-dire de lutte pour la possession desoi-même. S'obliger
tous lesjours à unacteennuyeuxetpénible c'estfaire l'écoledesa
volonté.
L'hommene vautque par savolontéet par son esprit deméthode. L'édu¬
cationphysique(gymnastique etsports) crée des tendances en faveur
de
la volonté à condition d'être basée sur une méthode rationnelle. Les racines de l'arbre de la science sont amèresmais les fruits ensontdoux.
L'amertume del'effort ennuyeux àaccomplir est compensée parla dou¬
ceur du devoir accompli. Une nation qui prend le plaisir pourseule force
motrice est appelée à disparaître. Il n'est pas bonquel'homme soit trop
heureux.
Les éclectiques disent encore qu'ilsontcontribué «à établir la
méthode
« positive délinitive, large et tolérante (sic) à laquelle la France aura
« apporté comme toujours sa grande part d'elforls et de progrès ».
La
tolérance n'a rien à voir avecla science : un et unfontdeux,la tolérance
ne peutimposer qu'ils fassent troisou quatre; un équivalent
d'acide
car¬bonique et d'oxygène font de l'oxyde de carbone ; la tolérancenepeut imposer qu'ils fassent de l'acide carbonique. Parler ici
de la tolérance,
c'est s'avouervaincuetplaider les circonstances atténuantes. L'éclectisme
en effet n'estqu'un,momentéphémère dans la luttedes idéesen
éducation
physique ; sesjours sont comptés. Queparle-t-il de tolérance, lui, le
sec¬taire intolérant, auxvuesétroites ! lui, qui n'a engagé la luttecontre
la
vérité suédoise, en faveur de l'erreur allemande et française, que pour donner satisfaction àunchauvinisme mesquin !
« Onnejugepas de la valeur d'un homme àla puretédeses
attitudes
« conventionnelles », disent encore les éclectiques, pensant ainsi faire
échec à laméthode suédoise. «Le temps qu'ilperd à celan'estpas com-
« pensé par le gain tout àfaitdiscutable qu'il en retire. »
Comme
tout change! Ces mêmes éclectiques ont soutenu lecontraire
avant 1900, enaffirmant que la méthode suédoise est la seule vraiment
excellente.
Aujourd'hui cette méthode est défectueuse parce que,
disent-ils, la
sciences'est développéedepuis queLing afondésonsystème ;
ainsi
cette gymnatiquepeut êtremodifiée suivant nosconnaissances actuelles. Il
neviendraàlapenséedepersonned'admettrequeléspartisansde la
méthode
suédoiserepoussentles progrès de la science,
n'étant ni des
moutonsde
Panurge ni des snobs ; ils ont souci autant queles
éclectiques de bien
faire. C'estprécisément ce souci qui leur l'ait accepterles
principes de la
méthode deLing, parce que ces principes ne sont pas
suédois, ils
sontuniversels ; ils découlentde la sciencephysiologique,
anatomique
etméca¬
nique. La position fondamentale, c'est-à-dire le point
d'appui
surle sol
des bras dèlevier dont le corps estconstitué,n'appartientpas à
la Suède,
elle appartient àlamécanique.D'ailleurslaSuède,pays
de science,
autantet plus que lesautres pays, a complétéla méthode
de
Ling ;elle l'a mise
au point après dixans d'études, dansson magnifique
Règlement de
gym¬nastiquedel'arméeetde la marinede 1902L
Tous ceux qui sont passés par l'Institut central de
gymnastique de
Stockholm reconnaissentque la gymnastique y est l'objetd'un enseigne¬
ment tenu au courant de la science. C'est vouloir donc, de parti pris, brouiller etembrouillerla questionque de soutenir le contraire.
L'Angleterrequi avait, jusqu'à ce jour, basé son système
d'éducation
physiquesurlesjeuxet les sports,c'est-à-dire
surle plaisir, vient,
touten lesconservant, d'opter en faveur de la méthode suédoise deLing, pourson armée, samarine etsonécole d'Eton, parcequecette méthoderepré-
1.—Handbok ingymnastih forarmeenochflottan, Stockholm, 1902.