LES RACES
DEL’ABEILLE DOMESTIQUE
EN ITALIEET LEUR
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
PAR
Delfa GUIGLIA
Museo civico di storia naturale Giacomo Doria, GENOVA
(Italie)
Même dans les
plus
anciens ouvrages, tels ceux d’Aristote et deVirgile,
onparle déjà
de l’existence en Italie de deux variétés d’abeilles : les abeilles noires et les abeilles dorées. Plusieurs auteurs par la suite discutèrent sur l’existencesupposée
d’autres variétés. G. B. GRASSI( 1 88 1
),
en samonographie
sur les abeilles d’Italie dit : «Le varietà diqueste
nostreapi,
sono tante in uno stesso paese, anzi in uno stessoapiario
e talvolta
perfino
in uno stessoalveare ; che,
a voler dare ungiudizio
esatto, è mestieri recarci
sul luogo
e studiare molte e moltepopolazioni,
affine di
poter
rilevare se equali
differenze meritinoconsiderazione,
o meno »
(i)
Aujourd’hui
il est certainqu’en
Italie sontprésentes quatre
races d’abeilles :Apis mellifeya-mellifeya I,. ; Apis mellifeya-ca y ni e a Pol. ; A Pis melli f era-ligustica Spin. ;
Abeille noire de Sicile.De celles-ci
l’Apis mellifera-ligustica
est l’abeille italienneproprement
dite et elle est entre toutes laplus
recherchée. Elle diffère de lamellifera- mellifera
ou abeilleallemande,
avec l’abdomencomplètement noir,
parce que l’ouvrière(la
couleur de la reine et des mâles est assezvariable)
a desbandes j aune-or ou j aune-orange
sur lespremiers segments
de l’abdomen.Sa
supériorité
sur toutes les autres étaitdéjà
reconnue par lesagri-
culteurs de l’ancienne Rome :
Virgile, après
avoirparlé
des abeillesnoires,
élève unhymne
à cellesqui
« brillent et luisent comme l’or »,comme étant de la race la meilleure.
L’abeille italienne est désormais
répandue
dans le mondeentier,
et les
apiculteurs étrangers,
trouvant réunies en elle toutes les meilleuresqualités,
l’ont aussitôtpréférée,
aidant à sa diffusion dans les pays lesplus
lointains. Ses mérites sont très nombreux et degrande importance
( 1
) Les variétés de nos abeilles sont nombreuses non seulement dans la même région mais aussi
dans un même élevage et parfois dans une même ruche ; de telle façon que, si l’on veut juger exacte-
ment, il est nécessaire de se porter sur place et d’étudier de très nombreux exemplaires afin de pouvoir
remarquer quels caractères sont différents et quels autres ne le sont pas.
pour une bonne réussite de
l’élevage.
Ellesupporte
très bien le froid eten
général
les maladies n’ont pas deprise
sur elle : eneffet,
entre toutes, les racesitaliennes,
c’est cellequi
résiste le mieux à laloque européenne,
et dans les
régions
où cette maladie estrépandue
on cherche à se défendreen introduisant des reines italiennes dans
chaque
ruche. Une autre qua- lité de notre abeille est lapropreté :
sa ruche est engénéral
très propre, et il est très difficiled’y
trouver desmites, puisque
l’abeille italienne sait bien se défendre de ses ennemis.Elle a peu ou
point
de tendance àl’essaimage,
saitrégler
saponte
selon la
quantité
du nectardisponible
et elle limitel’élevage
du couvainmême dès que celui-ci
risque
de ne pas suffire aux besoins de la ruche.Elle est active et elle a un caractère assez
pacifique,
devenant agres- sive seulement si elle estdérangée.
Elle est engénéral
moinsprolifique
que les races
orientales,
maistoujours plus prolifique
que l’abeillenoire ;
il ne faut pas d’autre
part
oublier que notre reine a une vieplus longue
que celle des reines des autres races.
En raison de toutes ces
qualités
l’abeille italienne a étéexportée
dansle monde entier et en Italie on a
aujourd’hui
desélevages spécialisés
dereines d’abeille
qui
sont connus un peupartout.
La
supériorité économique
,de l’abeille italienne a rendu nécessaireune étude sur la distribution
géographique
de cetteprécieuse
race dansnotre
Péninsule,
afin depouvoir
établir enquels points
elle se trouve àl’état pur, dans
quels
autres à l’étathybride,
afin deprévenir
descroi-
sements éventuels ou intervenir avec des oeuvres de sélection.
La Prof. A. VECCHi s’était à
plusieurs reprises occupée
de ce pro-blème, (z 9 2 7 , 1940 ),
ensignalant
lespoints
oùprédomine la mellifera- ligustica,
lamellifera-mellifera
et la formehybride. Mes
recherches à cepropos m’ont
permis d’ajouter
à ceux-ci d’autrespoints
oùprédomine
l’abeille noire.
J’ai
ainsiremarqué
saprésence
en de nombreuxpoints
dela Vallée d’Aoste
(Valsavaranche ;
SaintVincent ; Aoste ; Courmayeur ;
Petit
Saint-Bernard ; Cheneil ; Valtournanche).
Deplus,
en cette der-nière localité
j’ai
pu constater que la variété noire est bienplus
nom-breuse que la variété
ligustica.
Ce faitpourrait
faire penser que dans la Vallée d’Aoste l’abeille noire a été la vraie abeilleindigène,
et que par la suite uneimmigration spontanée
ou uneimportation
par la main de l’homme y ontapporté
laligustica.
Pour ce
qui
concerne laI,igurie j’ai
pu voir l’abeille noire enplusieurs points
de la côte à l’ouest de Gênes(Albenga ; Borgio-Verezzi ;
FinaleMarina ; Savona ; Albisola ;
Varazze ; Santuario di N. S. dellaVittoria ; Sarissola, Apennin I,igurien
aux environs deGênes ; Gênes) ;
ce faitdémontre donc
qu’elle
ne vit pas seulement dans la zone laplus
occiden-tale de la
Ligurie,
maisaussi,
mêlée à laligaistica,
lelong
de toute lacôte,
jusqu’à Gênes,
pourdisparaître
tout à fait dans laLigurie
orientale.J’ai
trouvé l’abeille noiremélangée
à laligustica
même sur l’île de Ca-praia.
EnSicile,
selon ce quej’ai
pu constateraprès
l’examen de nombreux matériel de différentes localités(Casteldaccia, I’alermo ;
Comune diMotta S.
Anastasia, Belpasso, Catania),
elledépasse
debeaucoup
la variétéligustica, laquelle,
comme soutient GRASSI(1. c.)
n’estjamais
de « sanguepurissimo » ( 1 ).
Il estprobable qu’elle
estd’immigration
oud’importatior L
récente tandis que la vraie abeille
indigène
devrait être l’abeillenoire, appelée « Ape di Sicilia » (2)
et en terme dialectal« Ape picciridda » (3).
Elle diffère de la
ligatstica
nonseulement,
par la couleurcomplètement
noire du
dermasquelette
del’abdomen,
maisaussi,
selon différents.auteurs, par ses dimensions un peu inférieures.
Ce dernier caractère, ainsi que dit S.
T RAJ rr A (ig 33 ),
et ainsi quej’ai
pu moi-même constater par l’examen de
quelques populations,
est peuévident,
oumieux,
comme ditT RAJNA ,
!cl’Ape
di Sicilia » sembrerebbe-un tantino
più grande » ( 4 ).
Cet auteur(1.
c. p.12 )
dit encore : «Importanti
pure sono
gli
orli bianchicci delle tibie delleprime
duepaia
di zampe dell’A.
Ligustica
contro l’unico del 20paio
dell’ A. diSicilia,
l’orlo rossiccio delprimo
articolo tarsale del 30paio
di zampe dell’A. diSicilia,
mancante- nell’A.ligustica
e il il contrastodegli
uncini neri col tarso rossiccio nelle zampe dell’ A.ligustica
»( 5 ).
Ces caractères ne sont toutefois pastoujours
facilementappréciables.
Sur ses
origines
et sur son ascendance nous sommes encore très incer- tains. Il y a des auteursqui
la relient à lamelli f era-melli f e y a
del’Europe
du
Nord,
des autresqui
la font dériver de l’abeille deDalmatie,
et des.autres encore
qui
la font naître d’un croisement de laligustica
avec lacecrofiia. Je
serais pour mapart
del’avis,
commej’ai déjà
dit( 1053 , ? . 25 ),
de la
rapprocher
à l’abeille noire del’Afrique
du Nord(A.
m. intermissaButt.
Reep.) ;
eneffet,
encomparant
des individus de Tunis avec des.autres de différentes localités de la
Sicile, je
n’ai pas trouvé une remar-quable
différence de caractères.Je
me propose dereprendre
laquestion lorsque je pourrai
étudier surplace
les abeilles vraimentindigènes,.
c’est-à-dire pas encore corrompues par de
probables
infiltrations d’élé-- mentsétrangers.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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- Ilprimo
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p. 3-15, 1940.( 1
) « Sangue purissimo n = sang tout à fait pur.
(
2) « Ape di Sicilia !! = Abeille de Sicile.
(
1) « Ape picciridda » = Abeille petite.
( 4
) « L’Abeille de Sicile semblerait un peu plus grande ».
( 6
) « Importants sont aussi les bords blanchâtres des deux premières paires de pattes de l’A. liges-.
sttica à l’égard de la seule seconde paire de l’A. di Sicilia, le bord rougeâtre du premier article du tarse de la 3epaire de pattes de l’.4. di Sicilia qui manque dans 1°.4 , ligilstica, et le contraste entre les crochets.
noirs et le tarse rougeâtre dans les pattes de l’A. ligustica.