ÉVOLUTION
DE LASÉCRÉTION
DESMATIÈRES GRASSES,
DESMATIÈRES AZOTÉES
ET DULACTOSE
AU COURS DU PREMIER MOIS DE LACTATION
M. JOURNET R. JARRIGE
Avec la collaboration technique de Christiane Li. GAt.LO, ![arie-"oëlle 11t’t:W tt!: et R. DeeW N Station de Recherches sur
1’1’1eB-age,
C. X. R. Z., Touv-en-Josas. (S.-et-0.1.SOMMAIRE
Au cours du
premier
mois de lactation de 43 vaches :a)
laquantité
de laitet la teneur en lactose ont
augmenté
suivant une loihyperbolique, b)
la teneuren matières azotées totales a diminué suivant une loi
logarithmique, c)
la teneuren matières grasses a diminué de
façon
moins régulière. Lesproductions jour-
nalières maximum ont été réalisées,
a)
lespremier
et deuxièmejours
pour laquantité
de matières azotées totales,b)
les neuvième et dixièmejours
pour lesquantités
de matières grasses, de caséine et de calories,c)
lesvingt-cinq
etvingt-
sixième
jours
pour lesquantités
de lait et de lactose. Lacomposition
de lamatière
organique
a évolué defaçon
trèsrégulière ;
laproportion
de lactosea
augmenté
au détriment de laproportion
de matières grasses et surtout de laproportion
de matières azotées.La
phase
ascendante de la lactation estbeaucoup plus
mal connueque la
phase
décroissantequi
a pu être étudiée àpartir
des résultats du Contrôle laitier(CI.
DELAGE, LEROY et Po!,1-,1953 ).
Pourtant ellerevêt une
importance capitale
dans le déroulement de la lactation et pose de nombreuxproblèmes physiologiques
et nutritionnels. Nous rappor- tons ici lespremiers
résultats d’une étudepoursuivie
dans un double but :- Préciser l’évolution de la teneur et de la
production
desprinci-
paux constituants du lait et en donner, si
possible,
uneexpression
mathé-matique ;
- En déduire l’évolution des besoins
énergétiques
et azotés de la vache laitièreaprès
levêlage.
MATÉRIEL
ET MÉTHODES.Animaux.
Nous avons étudié 43 lactations fournies par les vaches du C. N. R. Z.
dont le tableau I donne la
répartition
par race, numéro delactation,
date devêlage
et niveau deproduction :
laproduction
maximum de cesanimaux a varié de 10
kg
à 37kg
delait,
avec une moyenne de 19,3kg.
Toutes ces vaches ont eu un
vêlage
normal et n’ont pasprésenté
de mammite ou de troubles
digestifs
au cours de lapériode.
Elles onteu une alimentation
adaptée chaque
semaine à leursbesoins,
à base defoins, d’ensilages
et de betteravespendant
l’hiver(début
novembre àmi-avril)
et d’herbependant
l’été. Elles ont toutes vêlé en bonétat,
d’au-tant
plus qu’en
hiver elles ont reçu, au cours descinq
dernières semaines semaines degestation,
unepetite quantité
d’alimentsconcentrés,
propor- tionnellement à laproduction
attendue. Nous pensons avoir ainsi réduit au minimum l’influence des facteurs alimentaires etenregistré
au mieux l’évolution
physiologique
de laproduction
et de la compo- sition du lait.Prélèvements et analyses.
A
partir
desprélèvements
effectués àchaque traite,
nous avonsconstitué des échantillons
pondérés
sur4 8
heures etanalysé
ainsi15 échantillons successifs pour
chaque
vache d.u ier-2ejour
au29
e - 3 o
e jour.
Enréalité,
ils’agit
moins dejours
que detraites ;
lepremier
échantillon
correspond
en effet aux 4 ou 6premières
traitesaprès
levêlage,
selon que la vache a été traite deux fois parjour
ou trois fois(en principe
les vaches donnantplus
de 20kg.
parjour
à la fin dupremier mois).
Sur ces
échantillons,
conservés autoluène,
nous avons dosé les matières grasses par la méthode deGERBER,
les matières azotées totales(N
X6, 3 8)
par la méthode deK JELDAHL
et le lactose par sonpouvoir
réducteur déterminé suivant la méthode
iodometrique
de !oMOGm( 1052 ) après
défécation par lemélange ferrocyanure
depotassium
et acétate dezinc. De
plus,
l’azote « caséine » a été déterminé par différence entre l’azote total et l’azote du filtratacéto-acétique (R OWLAND 193 8)
sur les5
premiers
échantillons et,ensuite,
sur un échantillon par semaine.Méthodes de calcul.
Nous avons d’abord établi l’évolution moyenne des teneurs et des
productions
pour l’ensemble des 43 animaux. Nous en avons cherchél’expression mathématique
dans un certain nombre de cas en utilisantla méthode
exposée
par DEGAGE, LEROY et POLY( 1953 ) ( 1 ).
l,a valeurstatistique
del’ajustement
a été testée enrapportant
la variance des dévia- tions parrapport
à larégression,
à la variance des valeurs individuelles à l’intérieur d.echaque
classe.Pour étudier ensuite l’influence des différents facteurs nous avons
réparti
les animaux :- par race : deux groupes de 20 animaux pour les races normandes et frisonnes.
- par n° de lactation :
- i groupe de 16
premières lactations,
- i groupe de 27 lactations ultérieures.
- par date de
vêlage :
- II animaux ont vêlé en automne
(octobre, novembre,
dé-cembre) ;
- 17 en hiver
(janvier, février, mars) ;
- 15 au
printemps (avril, mai, juin).
- par niveau de
production
maximum.RÉSULTATS.
Quantité de lait.
La
production
moyenne de nos -).3 animaux aaugmenté rapidement
au cours des deux
premières
semaines(tableau
II,graphique z), plus
len-tement ensuite et atteint son maximum au cours de la
quatrième
semaine(2!-26e jour). En p. 100de cette production maximum,
elle a été successi-
vement de 58
p. 100 le Ier-2e jour, 8g
p. 100 le 7 e -s e jour, 9 6
p. 100 le
13
e - 14
e
jour
et gg,! p. 100 le 2ie-22ejour.
Elle a diminuérégulièrement
dès la fin du
premier
mois de lactation et a été à 8f> p. 100 du maxi-mum à la fin du deuxième mois.
Nous avons
ajusté
la courbe moyenne entre le 3e-.!e et le2 g e
30e
jour
à unehyperbole
de la forme :( 1
) Nous sommes reconnaissants à Monsieur J. PoLY de nous avoir guidés dans )’Ana)B’se sta- tistique des résultats.
’
Cet
ajustement
est très satisfaisant : la variance des déviations parrapport
à larégression
est inférieure à la varianceintraclasse ;
l’écart maximum entrel’hyperbole
et la courbe réelle nedépasse
pas o,5kg ;
il faut noter
cependant
quel’hyperbole
se situelégèrement
au-dessus de la courbe réelle du 5eau 13ejour
etau-dessous,
du 13e au 25ejour (graph.i).
Nous retrouvons cette évolution
caractéristique
chez toutes lesvaches avec des variations dans sa vitesse et dans la
position
du maximumpar
rapport
auvêlage.
En moyenne
plus
laproduction
maximum estélevée, plus
tard elle estatteinte,
comme le montrent legraphique.
5 et le tableau suivant :Ce fait
classique (T URNER
et al.,1923 ) explique
enmajeure partie
les différences que nous observons entre les races, les lactations successives et les saisons de
vêlage. Ainsi,
les Normandes ont réalisé leurprodu-
ction maximum
(i6, 5 kg) le 15ejour,
10jours plus
tôt que les Frisonnes
( 22 , 9
kg
le 25ejour).
De même la courbe moyenne despremières
lacta-tions a différé sensiblement de celle des lactations
ultérieures ;
elle a atteint son maximum huitjours plus
tôt(z 5 e jour
au lieu du23 e )
ets’y
est maintenue
plus longtemps ( 15 jours
au lieu de5 ) ;
elle a diminuérelativement moins vite au cours du deuxième mois : à la 8e semaine
8
o
p. 100 du maximum pour lespremières
lactations contre85
p. 100 pour les lactations ultérieures. Endéfinitive,
lespremières
lactationsprésentent
unpalier
maximum et les lactations ultérieures une véritablepointe maximum, qui
apeut-être
été accentuée parl’apport
de concentrésavant le
vêlage.
Dans unepublication ultérieure,
nous nous proposonsd’analyser
ces facteurs sur unplus grand
nombre de données.Teneur en lactose.
Pour l’ensemble des 43 lactations
(tableau II) la teneur en lactose a
augmenté
durant tout le premier
mois (maximum :
qg,z ± 0,37g p. 100les
29
- 3 o
e jours)
suivant une courbegrossièrement
semblable à celle de laquantité
de lait(graph. z).
Lamajeure partie
de cetteaugmentation
aété réalisée dans la
première
semaine( 3 6, 4
± o,y le ler-2ejour, .!2,8
± 0,50 le 3e-4ejour, 4 6, 9
± 0,41 le7 e -8 e jour).
I,adispersion
desvaleurs individuelles autour de la moyenne diminue de
façon
assezrégu-
lière : elle est maximum pour les laits colostraux : m = o,y et minimum le
25 - 2 6 e jour :
m = 0,24.Nous avons
ajusté
cette courbe moyenne à unehyperbole
en netenant pas
compte
de la valeur du ler-2ejour :
Cet
ajustement,
valable au seuil5%
est moins étroit que celui de laquantité
de lait(valable
au seuil1% ,
comme le montre bien lacomparai-
son des courbes du
graphiques z).
l,es courbes individuelles sont très semblables à cette courbe moyenne mais
présentent quelques
différencessystématiques
en fonction du nu-méro de la lactation et du niveau de
production.
Chez lesgénisses,
la teneuren lactose est
toujours significativement plus
élevée que chez lesvaches,
en
général
de 2 à 3points ;
d’autrepart,
les valeurs individuelles sontplus groupées :
pourchaque prélèvement
l’erreurtype
est environ deux foisplus
faible.Enfin,
si la teneur en lactose n’atteint son maximum(5 0
,5
g p.1000 )
que le2 g- 3 o e jour,
ellel’approche
dès lei 5 -i6 e jour (4
9 ,
9
g p.I ooo) ;
aucontraire,
elleaugmente, pendant
cettepériode
chezles vaches et passe de q.7,o à
q.8, 4
entre lei 5 -i6 e
et le25 - 2 6 e jour.
Nous retrouvons la même différence entre les Normandes et les Fri-
sonnes : la teneur en lactose
présente
unpalier
maximum chez les pre- mières àpartir
du yejour,
alorsqu’elle
continue àaugmenter
chez les Frisonnesjusqu’au 25 - 2 6 e jour. Ainsi,
dans les deuxcomparaisons,
génisses
et vaches d’unepart,
Normandes et Frisonnes d’autrepart,
laquantité
de lait et la teneur en lactose ont eu une évolutionidentique
aucours des 3e-4e semaines de lactation. Nous retrouvons la même simi- litude
lorsque
nous classons les lactations par niveau deproduction
(graph.
5
)
ou par saison devêlage.
Teneur en matières grasses.
Très élevé dans les laits colostraux
( 4 6, 1
g p. z o00 ±i, 3 )
le tauxbuty-
reux moyen des 43animaux
(tableau II)
a diminuérapidement
au coursdes deux
premières sem aines, plus
lentement ensuite et aprésenté
des va-leurs sensiblement constantes du 23-2q.e au
29-3oe jour ( 35 , 2
g p.1000 ).
Cette évolution moyenne
(graph. 2 )
n’a pas été aussirégulière
que celle desteneurs en lactose et en matières
azotées,
par suite desfluctuations j ourna-
lières entraînant une
plus grande dispersion
des valeurs individuelles.Celle-ci a été
particulièrement
élevée pour les deuxpremiers prélève-
ments; les valeurs de l’erreur
type
ont étérespectivement
de i,3z etz,o8,
car certaines vaches normandes ont eu des laits colostraux très pauvres
en matières grasses. Elle a ensuite diminué
jusqu’au 5 e -6 e jour,
aussi bien chez les vaches que chez lesgénisses
et remonté sensiblement pour dimi-nuer à nouveau et
présenter
des valeurs de 0,7 à 0,8 du17 - 1 8 e
au 29- 30!jour.
En raison de cettedispersion,il
faudrait un nombre d’animauxbeaucoup plus important
pourpouvoir
définirmathématiquement
cetteévolution.
Le taux
butyreux
desgénisses
a étésystématiquement plus
élevé que celui desvaches,
la différence étant en moyenne de deuxpoints
mais allanten s’amenuisant. Il a diminué de
façon plus rapide ( 0 , 35
g p. i o0opar jour
en moyenne, contre o,2c! p.
i ooo),
maisbeaucoup plus irrégulière
que chez lesvaches ;
eneffet,
il aprésenté
deuxphases
de décroissancelinéaire,
duI er - 2
e au
5-6 e jour, puis
du9 -io e jour,
auy -i8 e jour séparées
par une remontéequi
semblesystématique (graph. 7 ).
Malgré
le nombre restreintd’animaux,
ilapparaît
une différenceimportante
entre les deux races. I,e tauxbutyreux
des Frisonnes a été très élevé auvêlage (q.8, 9
g ±2 , 5 )
et a diminué defaçon rapide
et continuejusqu’à
la fin du mois( 33 ,
2 g pour les deux derniersprélèvements).
I,’am-plitude
de cette diminution a étéapproximativement
double de celle des Normandes dont le tauxbutyreux, plus
faible auvêlage ( 43 , 3 ± 1 , 0 )
a pré-
senté une décroissance assez
irrégulière jusqu’au y -z6 e jour
et s’est alors stabilisé(entre
37et3 8 g)
en mêmetemps
que laquantité
de lait. Lapré-
sence d’une
majorité
de Frisonnesexplique
engrande partie
la diminutionrapide
et accentuée du tauxbutyreux
dans le groupe des vaches vêlées enhiver,
d’unepart,
et dans le groupe des vaches àproduction supérieure
à.z
5
kg,
d’autrepart.
A noterégalement
que le tauxbutyreux
des frisonnesa
présenté
une variabilitéplus
faible que celui des normandes.Teneur en matières azotées.
La teneur en matières azotées des laits colostraux a été très élevée
(moyenne générale : 8 0 , 3
g p. 1000 ±2 ,5)
mais très variable : de 43 p. 1000 à 121 p. 1000. Elle est tombée à q.5,4 g ±1 , 0 8
le 3-q.ejour
et a ensuitediminué à une vitesse décroissante
jusqu’à
un minimum de 3i g le27 e jour.
Cette évolution a été extrêmement
régulière
et les valeurs individuelles biengroupées
autour de la moyenne dont l’erreurtype
a diminué de o,55 le 5ejour
à des valeurs sensiblement constantes de o,q.o à o,q.5 àpartir
du I 1-I2
jour (tableau II).
Nous avons donc cherché à
ajuster
cette courbe entre le 3-q.e et le29 - 3 o e jour,
à différentes courbesmathématiques simples. 1,’ajuste-
ment à une
parabole
a étémauvais,
celui à unehyperbole imparfait.
Lemeilleur s’est montré de la forme :
avec les valeurs suivantes :
Cet
ajustement
à une droite en coordonnéeslogarithmiques
n’estcependant
pas valable au seuil 5 p. 100, à cause de la remontée observée le29
- 3 o
e jour.
Par contrel’ajustement
à la courbe :entre le
3-4e j our et le 27-28e j jourest valable an seuil
p. ioo.Cependant
dans ce
système
decoordonnées,
l’évolution de la teneur en matières azotées semble êtrebeaucoup
mieuxreprésentée
par deuxdroites,
dont lepoint
d’intersection se trouve le 13-I4e j
jour (graph. 2 ).
I,eurséquations
sont lessuivantes :
Ces deux
ajustements
sontvalables,
lepremier
au seuil i p. 100et le deuxième au seuil 5 p. 100.Nous retrouvons cette évolution
caractéristique
avecrupture
depente
au i3-zq.ejour
pour tous les groupesd’animaux,
avec seulement desdécalages
dans les ordonnées.Ainsi,
la courbe des Normandesprésente
la même décroissance
journalière ( 0 , 45
g parjour
entre le 3-4e et le2c!-3oe jour)
que celle desFrisonnes,
mais se trouveau-dessus,
en gros de 2 à 3 g,exception
faite des laits colostraux où la différence à étébeaucoup plus
élevée( 7 , 5
g le ier_2ejour
et 5,5 le3-!e).
De même, lacourbe des
génisses
est semblable à celle desvaches,
maissystématique-
ment
au-dessous,
de o,5 à i,5 g, fait assezsurprenant
car, à l’échelle de lalactation,
lesgénisses
ont un laitplus
riche en matières azotées que celui des vaches. La courbe desgénisses
est sensiblementplus régulière
que celle desvaches,
son erreurtype étant,
dansl’ensemble, beaucoup plus
faible
(graph. 7).
I,a
proportion
de caséine dans les matières azotées totales a aug- menté trèsrapidement (tableau III) ;
elle a été en gros de 5o p. 100dans les laits colostraux des deuxpremiers jours
mais elle a atteint dès la fin de lapremière
semaine des valeurscomprises
entre7 6
et 77p. 100, très voisines de la normale. Deplus,
elle a sembléindépendante
de laquantité
de lait
produite.
Composition de la « matière organique » du lait.
Nous pouvons
appeler
matièreorganique,
la somme : matières grasses+ matières
azotées -!lactose, puisqu’elle représente
laquasi
totalitéde la matière
organique
réelle du lait. Très élevé dans les laits colostraux( 1 6 2
,8 ± 5 ,6)
pour le Ier_2ejour,
le taux de matièreorganique
tombe à133
,8
± q,i le 3-4ejour
et décroît ensuite constamment defaçon plus rapide pendant
lapremière quinzaine, plus
lenteensuite, jusqu’à
desvaleurs minimum d’environ 115 g pour les deux derniers
prélèvements (tableau II)
On
peut
admettreschématiquement
que cette matièreorganique représente
leproduit
réelsynthétisé
par les cellulessécrétrices, lequel
estensuite « dilué dans la solution
représentée
par l’eau et les sels minéraux.Il est donc intéressant
d’exprimer
les teneurs enlactose,
matières grasses et matières azotées enpourcentage
de cette matièreorganique,
cequi
permet
d’éliminer l’interférence de la « dilution ».(tableau IV)
l,a matière
organique
des laits colostraux du Wr-2ejour
estcaractérisée par une teneur très élevée en matières azotées
( 4 8, 7%
±2 , 7 ),
faible en matières grasses
( 2 8,5 %
±1 ,6)
et très faible en lactose22,6°!!
+i,!).
Sacomposition
évolue ensuite d’unefaçon remarquable-
ment
régulière qu’illustre
legraphique
3. I,aproportion
de lactose aug- mentecontinuellement,
mais à une vitesse décroissante : elle passe de32
,
2%
± z,7 le 3e-4ejour
à une valeur moyenne de 45,5 p. 100 du 2jeau 30e
jour.
Cetteaugmentation
se fait en gros pour2/3
auxdépens
de laproportion
des matières azotées et 1/3auxdépens
de laproportion
desmatières grasses. Elle est très semblable chez les
génisses
et les vachesmais la
proportion
de lactose esttoujours
sensiblementplus
élevée chez lesgénisses.
Du 25e au 30**jour,
lacomposition
de la matièreorganique
estdemeurée
pratiquement
constante dans les deux groupes avec les valeurs moyennes suivantes :,&dquo;’u- F_’
Production des différents constituants.
La
quantité
de lactoseaugmente
trèsrapidement pendant
lapremière semaine, plus
lentementensuite,
et atteint son maximumpratiquement
enmême temps que la
quantité
de lait(tableau IV) :
le25-20(! jour,
pour l’ensemble desanimaux,
le27 - 2 8 e jour
pour les vaches, le15 -,6 e jour
pour les
génisses.
Enpourcentage
<le cemaximum,
laproduction
delactose est en
général
de 40 à 45% pour les
deuxpremiers jours (moyenne
43 .
2
%
+2 ,8),
de 60 à 70%
pour le 3-4ejour (moyenne 66,5 %
±3 ,5).
I,’influence du niveau de
production
estparticulièrement
sensible à la finde la
première
semaine : le7 -8 e jour
laproduction
atteint99%
de sonmaximum chez les animaux dont la
quantité
de lait maximum est infé- rieure à i5kg
mais seulement 80 à8 5 %
chez les autres.En moyenne la
quantité
de matières grasses aaugmenté
au cours despremiers jours
de lalactation,
atteint unpalier
maximum au cours de ladeuxième semaine et diminué ensuite de
façon
sensiblement linéaire.!n%
de la
production
maximum( 9 - 1 o e jour),
les valeurs moyennes ont été de 70% et
88%
le Ier-2e et 3-4ejours.
La courbe d’évolution des vaches(maximum
le z3-r4ejour)
a étébeaucoup plus aplatie
que celle desgénisses qui
aprésenté
unepointe
maximum le9 -io e jour
et diminuéensuite
plus rapidement (8 4 %
du maximum le29 - 30 e jour,
contre 94%
pour les
vaches).
On retrouve naturellement la même différence entre les courbes des animaux dont laproduction
de lait maximum est inférieure à i5kg
de lait(majorité
desgénisses)
et celles dont laproduction
estsupé-
rieure. Plus cette
quantité
de lait estélevée, plus
laproduction
maximumde matière grasse est atteinte
tard ;
il faut notercependant
que le groupe des vaches àproduction supérieure
à 25kg
aapproché
saproduction
maximum de matière grasse dès le 3-!e
jour.
En raison de la richesse des laits
colostraux,
laproduction
de ma-tières azotées a diminué de 25
%
entre le ier-2ejour
et le 3-q.ejour.
Elles’est maintenue à ce niveau
jusqu’aux 7-c!e jours, puis
a diminué defaçon
sensiblement linéaire. Nous retrouvons cette évolution caractéris-tique
pour tous les groupes d’animauxindépendamment
de laquantité
de
lait,
la décroissance étant fonction de celle de laquantité
de lait.Cependant,
chez lesgénisses,
laproduction
de matières azotées a aug- menté entre le 3-4ejour
et le5 -6 e jour
de 6%
environ.La
production
de « caséine » aaugmenté
au cours de lapremière
se-maine chez tous les animaux : en moyenne de 15
%
entre le Ier-2e etle
7 -8 e jour.
Cetteaugmentation
a étéplus
accentuée pour lesgénisses
que pour les vaches d’une part, et a été d’autre part en liaison avec le niveau deproduction. A partir
de la 2esemaine laproduction
de caséine a évoluécomme la
production
de matières azotées totalespuisque
lerapport
entre les deux est demeuré constant.La
production
de matièreorganique
aaugmenté
au cours de lapremière semaine,
de 20% environ,
et atteint ouapproché
son maxi-mum au cours de la deuxième semaine de lactation. Elle s’est maintenue sensiblement constante
jusqu’à
la fin du mois chez tous les animaux dont laproduction
laitière maximum étaitsupérieure
à 15kg ;
elle adiminué sensiblement chez les autres et n’
représenté
le29-3oe j jour
que8
7 %
du maximum atteint le9 -jo e jour.
DISCUSSION
Caractères principaux des premières semaines de la lactation.
1 0
)
Pour l’ensemble de nosanimaux,
le passage du colostrum au lait normal a été trèsrapide puisqu’il
s’est effectué dans lapremière
semaine :les laits du
7 -8 e jour
ontprésenté
en effet unrapport caséine/matières
azotées
pratiquement
normal( 7 6, 5% )
et une teneur en lactose très voi-sine de la moyenne
( 4 6, 9% ).
L’évolution a étéégalement rapide
cheztoutes les
vaches, indépendamment
de leur n°de lactation et de leur niveau deproduction :
ainsi laproportion
de la caséine dans la matière azotée totale a été de7 6, 2 - 7 6, 9 - 7 6,8
et7 6, 9%
pour les vaches dont laproduc-
tion maximum a été
respectivement
de moins de ykg,
de 15 à 20kg,
de20 à 25
kg.
et deplus
de 25kg.
Par contre lacomposition
des laits colos-traux a varié de
façon
considérable d’un individu à l’autre. Il faudrait certes tenircompte
d’autres critères pour fixer les limites exactes dela, phase
colostrale(Cf.
HOUDINIÈREr9.!q);
elle semblecependant
sensible-ment
plus
courtequ’on
ne l’admetgénéralement.
2
°)
Il en est de même pour la durée de laphase
ascendante de la lac- tation : toutes les vaches ont atteint leurproduction
laitière maximum avant la fin dupremier
mois(tableau I),
en moyenne d’autantplus
tôtque leur
production
étaitplus
faible(graphique 5 ).
Onpeut
dire schémati-quement
que, trois semainesaprès
levêlage,
toutes nos vaches donnaientune
quantité
de laitmaximum,
d’environ70% plus
élevée que la pro- duction initiale des deuxpremiers jours.
Par rapport àcelle-ci,
la sécré- tion de lactose aaugmenté
dans desproportions beaucoup plus importantes jusqu’à
225 à230% ,
à la fin dupremier
mois. Par contre, les sécrétions de matières grasses et de caséine ontatteint,
dès la deuxièmesemaine,
desmaximum
beaucoup
moins accentuésqui
ont étérespectivement
de I40%
et 120
% dela production
initiale(graphique q). Il s’agit
là d’un fait très
important
que nous avions déjà signalé
à l’aide d’analyses
hebdomadaires
(JAmG!
et ROSSETTIi9!7).
1,ARSox et K!xD.!t,t,( 1957 )
l’ontprécisé
dans le cas des
protéines
et ontconstaté,
sur huitvaches,
que les sécré- tions de matières azotées totales(en
dehors des laitscolostraux),
occaséine,
p caséine, oc lactalbumine et(! lactoglobttline passaient
par un maximum5
jours après
levêlage.
Il faut
souligner
que nos vaches ont été correctementalimentées,
non seulement
après
levêlage
mais aussipendant
lapériode
de repos aucours de
laquelle
elles ont reçu une alimentation abondantecomportant, l’hiver,
une certainequantité
d’alimentsconcentrés,
pour les « mettre enétat ». Il est
possible
que laproduction
des vaches insuffisamment alimen- tées avant levêlage, augmente plus
lentement etn’atteigne
son maximumque
plus tard,
surtout chez les fortesproductrices.
3
°)
Lacomposition
du laitprésente
au cours despremières
semainesde lactation une évolution
rapide
etrégulière,
semblable chez tous lesanimaux, indépendamment
de leurâge
et de leur niveau deproduction.
La teneur en lactose
augmente
suivant une loihyperbolique,
tout commela
quantité
delait ;
la teneur en matières azotées diminue suivant unedroite en coordonnées
logarithmiques
ou,mieux,
suivant deux droites serecoupant
le 13-I4ejour (qui
ontpeut-être
unesignification physio- logique particulière).
Le fait que nous ayons pu obtenir desexpressions mathématiques
satisfaisantesmalgré
le nombre assez limité d’animaux dont lesproductions
étaient trèsdifférentes,
montre que cette évolution de lacomposition
du lait est un caractèrephysiologique
fondamental de l’activité de la mamelle au début de la lactation.L’évolution semble
plus rapide
chez les vaches enpremière lactation,
notamment pour les teneurs en lactose et en matières grasses
qui
sontd’ailleurs
systématiquement plus
élevéesqu’aux
lactations ultérieures.Conséquences nutritionnelles.
Il ressort du tableau V établi pour l’ensemble de nos 43animaux que la valeur
calorifique
de laproduction
laitière a été très élevée dès les deuxpremiers jours
et a atteint son maximum au milieu de la deuxième semaine de lactation.Ainsi,
les besoinsénergétiques
de ces animaux ontapproxi-
mativement doublé immédiatement
après
levêlage (on peut
estimer à 6 u. f.les besoins en
énergie
nette des vaches de 550à 600kg
dans le dernier mois degestation)
et n’ontaugmenté
ensuite que de20%
au cours des 10jours
suivants.
Quant
aux besoinsazotés,
ils ont étépratiquement
maximum dès lespremiers jours,
même si nous ne tenonscompte
que desprotéines synthétisées
àpartir
duvêlage
en éliminant celles accumulées avant(immunoglobulines).
Ils se sont élevés à environ 1000 g de matières azo-tées
digestibles
parjour
en admettant que celles-ci sont utilisées dans laproportion
de6 5% (cf. J ARRIGB et
ROSSETI1957 );
ils ont donc étéprès
detrois fois
plus
élevés que dans le dernier mois degestation (environ
37ogpour des vaches de 600
kg.)
I,e «
démarrage
» de la lactation entraîne donc uneaugmentation
considérable et soudaine des besoins
énergétiques
et azotés(et minéraux) beaucoup plus rapide qu’on
ne le pensegénéralement.
Malheureusementl’appétit
de la vachen’augmente
que très lentement contrairement à celui de la rate(B R ecE 1057 ),
de 10 à20 % entre
la dernière semaine degestation
et lapremière
semaine de lactation et de20%
ensuitejusqu’à
lafin du deuxième mois de lactation
( JouRVrT
etJ ARRIGE ;
résultats nonpubliés).
Les évolutions différentes des besoins et del’appétit
sont sous-estimées voire
ignorées
par de nombreuxéleveurs ; beaucoup
de vachessont ainsi sous-alimentées au cours des
premières semaines,
cequi
diminuenon seulement la
quantité
de laitproduite pendant
cettepériode,
maisencore celle
produite
dans la suite de la lactation(F L ux
et PATCHFII, 19555- PAf CHEI!L
zg5 7 ).
Cette sous-alimentationrisque
naturellement d’être d’autantplus fréquente
etplus
sévère que les vaches ont uneproduction plus
élevée.Aspects métaboliques.
Nos résultats
permettent
de poser un certain nombre deproblèmes
sur les mécanismes de la sécrétion du lait.
1
0 Le
premier problème
est commun à toutes les variations de la pro- ductionlaitière,
à savoir : commentexpliquer l’augmentation
des sécré-tions de
lactose,
de matières grasses et de caséine au cours despremiers jours
de la lactation? Onpeut envisager schématiquement
deux méca-nismes
principaux :
uneaugmentation
du nombre de cellules sécrétrices d’unepart,
uneaugmentation
de l’activitésynthétique
des cellules d’autrepart.
Le
premier aspect
à été étudié chez les animaux de laboratoire par lestechniques histologiques
et,plus récemment,
par laquantité
d’acidedésoxyribonucléique (D. N. A.)
de la mamelle (par
unité de poids).
Cette
quantité
est en effet proportionnelle
au nombre de noyaux puisqu’on
admet que la teneur en D. N. A. de
chaque type
de cellulesomatique
estconstante. Chez la rate GREENBAUMet SI,AT!R
( 1957 )
constatent ainsi que la teneur en D. N. A. de la mamelleaugmente
considérablement entre lejour
de la mise-bas et le3e jour
de la lactation et demeure ensuite remar-quablement
constante ; ilssupposent
doncqu’il
y a une « vague de mi- toses » aux environs de laparturition.
SMITH et RICHTERICH( 195 8)
ont euxaussi observé une
augmentation
du D. N. A.après
la mise-bas(toujours
chez la
rate) jusqu’à
un maximum situé au Ioejour
delactation ;
ils l’attribuent
également
à des divisions cellulaires dont ils ont observéquelques
cas. Les résultats sur lecobaye
sontplus
contradictoires : tandis que SMITH( 195 6)
n’observe aucune variation du D. N. A. au cours de lalactation,
NAITO trouve un maximum lejour
de la mise-bas( 195 8 a )
en même
temps qu’un
nombre maximum de cellules parchamp
microsco-pique ( 195 8 b ).
Ces travaux sont
cependant
d’un intérêt assez limité pour nousexpli-
quer les variations observées chez la vache pour trois raisons
principales :
d’abord ils
portent
sur desespèces
trèsdifférentes ;
ensuite les méthodes utilisées pour ledosage
des acidesnucléiques
sont assezrudimentaires ;
enfin la constance de la teneur en D. N. A. des cellules mammaires a été infirmée par GRIFFITHet TURNER( I g57)
mais confirmée par NAITO(1958).
Toujours
chez les animaux delaboratoire,
l’activitémétabolique
descellules mammaires
augmente
au début de la lactation. Parrapport
à la fin de lagestation,
la consommationd’oxygène
in vitro estmultipliée
par trois chez la rate le 8ejour (F OLLEY
et FRENCH1949 )
et parquatre
chez lecobaye
les 2-3ejours
de lactation(S MITH I g56).
Parrapport
au D. N.A.,
la
quantité
d’acideribonucléique augmente
chez la rateaprès
la mise-bas(K
IRKHAM
et TURNER 1955 - GREENBAUM et SI,AT!R 1957 - SMITHet RICHTERICH
195 8)
de même que certaines activitésenzymatiques : succinoxydase, cytochrome oxydase (S MI T H et RICHTERICH Ig58).
2
° Le deuxième
problème
est soulevé par l’évolution de lacomposi-
tion de la « matière
organique
»qui
est la somme : matières grasses -!- ma-tières azotées !- lactose. Nous pouvons admettre
schématiquement
que cette sommereprésente
au mieux leproduit synthétisé
par les cellulesséerétrices, produit
ensuite dilué dans une certainequantité
d’eau. Al’appui
de ce schéma onpeut
citer le faitqu’à
la fin dupremier mois,
lacomposition
de cette somme semblebeaucoup
moins variable d’un animal à l’autre que lacomposition
du lait.S’il en est
ainsi,
les cellules modifientprogressivement
leur activitéau début de la lactation : elles sécrètent relativement
plus
de lactose et moins deprotéines
et delipides,
d’ailleursprobablement
àpartir
desmêmes
précurseurs sanguins.
Au contraire dans la deuxième moitié de la lactation elles sécrètent relativement moins de lactose etplus
deprotéines
et de
lipides (JARRIG! 195 6
-J ARRI GE
et ROSSETTII g5 7 ). Quelles
sontdonc les causes