NOTE PRÉLIMINAIRE SUR L’ÉVOLUTION
DES CONSTITUANTS BIOCHIMIQUES DU FOIE
AU COURS DU GAVAGE DE L’OIE ( 1 )
Marie-Rose SALICHON, M. GUEZEL Éliane PENOT
B. LECLERCQ
G. DURAND P.DELPECHJ.-C.
BLUMStation de Recherches avicoles et Station centrale de
Nutrition,
Centre national de Recherches
zootechniques,
78 -Jouy-en-Josas
Institut national de la Recherche
agronomique
SOMMAIRE
Nous avons étudié l’influence du gavage sur la
composition
du tissuhépatique
de l’oie. La stéa-tose
correspond
à undépôt
massif detriglycérides
dont les acides gras semblent être essentiellementd’origine endogène (teneur
extrêmement faible en acidelinoléique).
Bien que lesquantités
de cho-lestérol libre et estérifié soient
respectivement multipliées
par 2 et 50, elles nereprésentent qu’une
faible part des
lipides
accumulés dans le foie gras.Après
rzjours
de gavage, lesquantités
totales deprotéines,
d’ARN et dephospholipides
conte-nus dans
l’organe
ont considérablementaugmenté.
Il en est de même du rapportA RN
Ces faitsplaident
en faveur d’un accroissement de l’activité de la cellulehépatique.
Ni lesproportions
desdivers
phospholipides,
ni leurcomposition
en acides gras ne subissent de modifications notables ;on
peut
donc supposer que le métabolisme cellulaire reste coordonné endépit
de l’exacerbation des processus desynthèse.
Les
analyses
effectuées à la fin de lapériode
de gavage( 21 jours)
montrent que l’activité du tissuhépatique
demeure encoreélevée, quoique
à cetteépoque,
elle tendequelque peu
à diminuer.INTRODUCTION
Les
stéatoses hépatiques
revêtent desaspects
extrêmementdivers.
En 1953,’ uncolloque permettait
defaire
lepoint
sur laPhysiologie,
laPathologie,
la Chimie etla
Cytologie
desFoies
gras(journées scientifiques
duC NERNA , zg5 3 ). Depuis,
de nom-breux travaux ont
été publiés
sur cesujet.
Dans laplupart
des cas, ce sontdes
consi-dérations médicales
qui
sont à leurorigine
et le Rat sert dematériel expérimental.
Plusieurs revues
bibliographiques
récentesrassemblent
lesrésultats obtenus (LoM-
BARD
I,
i966 ; CLÉMENT, io67).
q)
Communication présentée aux Journées d’Étude sur l’élevage et laproduction
de l’Oie.Jouy-en-Josas
mai 1967.
La
production
du « foie gras » chez l’oie constitue un autreaspect
des stéatoses.En
effet, l’engraissement
estprovoqué
par une alimentation forcée : le gavage. Lerégime utilisé,
la méthode mise en oeuvre et la durée du traitement sont fixés par la coutume, car onignore
tout des processusmétaboliques qui
aboutissent à la forma- tion du foie gras. Pour cerner leproblème,
nous étudions les modificationsqui
sur-viennent au cours du gavage. Ce
premier essai,
réalisé sur unpetit
nombred’animaux,
est consacré à
l’analyse
de divers constituantshépatiques : lipides, protéines
etacides
nucléiques.
MATÉRIEL
ETMÉTHODES
I
. Animaux et
régimes
Les oies utilisées sont de race Masseube et
âgées
de 4mois. Elles sont élevées au Domaineexpé-
rimental
d’Artiguères,
suivant les méthodes ordinairement utilisées dans ce domaine(Morlacxorr, 19 66). Quatre
semaines avant le gavage, les animauxreçoivent
à volonté unrégime
constitué de 40p. 100de mais, 20p. iood’orge,
20p. 100de farine de viande et 20p. 100de tourteau d’arachide.Pendant cette
période (prégavage)
dufourrage
vert, renouveléquotidiennement,
est mis à leurdisposition.
Pendant le gavage, les oies sont nourries avec unmélange
cuit à la vapeur et salé de 95p. 100de maïs entier et 5p. 100de saindoux.Chaque
animalreçoit
ainsi trois repas parjour
de200g environ de
produit
sec.Deux oiseaux sont sacrifiés à la fin de la
période
deprégavage,
deux autresaprès
iajours
degavage et les deux derniers
après
aijours.
Les foies sontprélevés
immédiatementaprès
le sacrifice(section
des artères carotides et des veinesjugulaires)
etcongelés
à -50 °C.
2
. Méthodes
analytiques
- La matière sèche et les matières azotées totales sont déterminées selon les
techniques
habi-tuelles.
- Les
lipides
sont extraits à froid par lemélange
chloroforme-méthanol-eau. Lesséparations chromatographiques
sont réalisées sur couche mince desilicagel
G pour lesgraisses
neutres et surKieselgel
R pour lesphospholipides (S KIPS KI
et al.,r 9 6 3 ).
- Les acides gras sont
analysés
enchromatographie gaz-liquide
sur DEGS ài 76!C.
- Le
phosphore
est mesuré par colorimétrie ducomplexe phosphomolybdovanadique.
- Les acides
nucléiques
sont extraits selon la méthode de SCHMIDT et TANNHAUSER et déter- minés àpartir
de la concentration en basespuriques (DURAND
et al.,r 9 6 5 ).
RÉSULTATS
ET DISCUSSIONI,es foies obtenus en fin de gavage sont de taille et de
qualité
moyennes.Cepen-
dant l’état de stéatose est suffisant et
malgré
le faible nombre derépétitions
danschaque lot,
il estpossible
d’étudier l’influence du gavage sur lacomposition
du tissuhépatique.
Nous
présentons
successivement des résultatsd’analyse portant
sur lacomposi-
tion
globale
dufoie,
sur celle deslipides
et des acidesnucléiques hépatiques.
i.
Composition globale
dufoie
Dans le tableau i, nous
indiquons
à la fois lepourcentage
et laquantité
totalede
chaque
constituant contenu dansl’organe :
matièresèche, lipides, protéines
(N
X6, 25 ).
On note évidemment une accumulation trèsimportante
delipides.
Aucours du gavage, la
quantité
totale estmultipliée
par un facteur voisin de 20 dans le meilleur cas. Maisl’hétérogénéité
des valeurs obtenues est sigrande
que le second des foiesprélevés
en find’expérience
estapparemment
moins gras queceux prélevés
au cours du gavage. La matière sèche
présente
les mêmes variations.L’hypertrophie hépatique
necorrespond
pas à unesimple surcharge lipidique.
Si la teneur en
protéine
tend à diminuer au cours du gavage, laquantité
totale conte-nue dans
l’organe augmente
fortement etcela, malgré
unrégime
relativement défi- cient en substancesazotées,
tant sur leplan quantitatif
quequalitatif.
Cettenéosyn-
thèse de
protéines
a lieu au début du gavage.D’ailleurs,
nous constaterons que l’acti- vitéanabolique
est derègle
à cetteépoque
etqu’elle
concerne à desdegrés variables,
tous les constituants cellulaires
analysés.
2
. Nature et
composition
deslipides hépatiques
La
répartition
des différentes fractionslipidiques
faitégalement apparaître
des différences entre les trois lots
(tabl. 2 ).
La
quantité
de cholestérol totale s’élève considérablement au cours du gavage.Elle
estdécuplée
à la fin del’expérience.
Cetteaugmentation porte
surtout sur laforme
estérifiée,
dont la réservehépatique
estmultipliée
50 foisenviron,
tandis que le cholestérol libre est seulement doublé. Il s’ensuit une élévation considérable du taux d’estérification ducholestérol,
avec pourconséquence
un accroissement trèsmarqué de
la valeur ducholestérol estérifié
marqué de la valeur du rapport
cholestérol total ’Cependant,
laquantité
de cholestérol retenue par le foie restefaible,
euégard
à
l’importance
de la stéatose.En
définitive,
leslipides
du foie gras sont une desgraisses
animalesparmi
lesplus
pauvres en cholestérol.Comme chez
laplupart
deshoméothermes,
lesphospholipides représentent
les2/3 des lipides
à la fin de lapériode
deprégavage :
il n’existe alors aucunsigne
destéatose.
En find’expérience,
cetteproportion
s’abaisse à 10p. 100.I,e gavage
entraîne donc
une diminution trèsmarquée
dupourcentage
desphos- pholipides
dans le foie. Lesproportions
des différentsphospholipides
sont peu modi- fiées parl’engraissement
forcé comme le montre le tableau 3.Les lipides
de cons-titution du foie ne semblent donc pas altérés.
Toutefois, la quantité
totale de cescomposés augmente,
comme lesprotéines,
au début du gavage.
Les
triglycérides
constituent donc lamajeure partie des graisses
accumuléesdans le foie. En fin
d’expérience
ilsreprésentent
90 p. 100 deslipides
contremoins
de 30 p. ioo avant le gavage.
Dans le tableau 4sont rassemblées les
compositions
en acides gras desprincipaux
constituants
lipidiques.
I,e gavage a peu d’effet sur la
composition
desphosphatidylcholines (lécithines)
et des
phosphatidyléthanolamines (céphalines).
Il en est tout autrement des tri-glycérides.
Dans cesconstituants,
l’acidelinoléique
tend àdisparaître.
Les trois acides gras lesplus
abondants en find’engraissement
sont les acidespalmitique, oléique
et
stéarique :
ledegré
de saturation est très élevé et ne diffèreguère
de celui d’un suif.Ce fait
exceptionnel
chez lesoiseaux,
oppose l’état de stéatose résultant du gavage à celuiqui procède
dujeûne
ou de la réalimentation chez lepoulet (F!iGrrrseunr
etFiS
H ER, 1967).
Ces
caractéristiques plaident
en faveur d’unesynthèse
in situ de ces constituants àpartir
desglucides
durégime.
Il est peuprobable
que les acides gras des réservesadipeuses périphériques
soient mobilisés vers le foie etparticipent
auxsynthèses
detriglycérides
dans cet organe.En effet,
lesproportions
des acides gras dans les tissus demeurent constantespendant
le gavage et se différencient nettement de celles observées dans le foie(tabl. 4 ). En outre,
on saitdepuis longtemps (FLEURET, 1953 )
que ces
dépôts augmentent
au cours du gavage. C’estdire
quependant
cettepériode,
l’activité du tissu
adipeux
estplutôt
orientée vers lalipogenèse
que vers lalipolyse.
Par
ailleurs,
la déficience durégime
enprotides et facteurs lipotropes
doitgêner
la formation deslipoprotéines hépatiques
et de ce fait letransport
deslipides du
foievers la
périphérie.
La richesse du foie en esters du cholestérolplaide
en faveur decette défaillance du
système
detransport.
3
.
Évolution
du contenu dufoie
en acidesnucléiques
Les
résuftkts d’analyse
des acidesnucléiques
sont rassemblés dans le tableau 5. : I,e nombre d’animaux étudiés étanttrop restreint,
nous neretiendrons,
dans cetessai
préliminaire,
que les modifications lesplus marquées.
.
Entre
le commencement et le i28jour
du gavage, on constate uneaugmentation
importante
de laquantité
totale.d’ARN contenue dansl’organe
etdans
une propor-tion moindre
de
celle de l’ADN : les valeurs finales sont inférieures à celles du foie normal pourl’ADN,
mais non pourl’ARN.
Le
rapport !!! s’élève donc au début de l’engraissement
forcé. Mais du 12eau
2i
e
jour,
il demeure invariable. Il en est de même durapport protéines.,ADN
Le
poids frais.
A ’lll’ l. l,Le rapport ADNcroît continuellement : cela s’explique
par l’augmenta-
tion considérable des
dépôts lipidiques.
Ainsi l’augmentation
du contenu total en ADN et en ARN laisse supposerqu’au début
du gavage les celluleshépatiques
s’accroissent à la fois en nombre et en taille.I,’élévation
durapport ADN suggère
N que l’accroissement entaille
estde
loin celuiqui prédomine.
A la fin du gavage, laquantité d’acides nucléiques
contenus dansl’organe n’augmente plus :
elle tend même à diminuer en cequi
concerne l’ADN. Onpeut
donc supposerqu’à
cetteépoque,
un certain nombre de cellulespourraient
êtredétruites. Pour contrôler cette
hypothèse,
desétudes histologiques
seraient néces-saires.
La valeur élevée du
rapport ARN suggère
que l’activité desynthèse
du tissuhépatique
est exaltée. La richesse du foie enprotéines
confirme cepoint
de vue. Ilen est de même des teneurs en
phospholipides,
cholestérol total et estérifiélorsque
ces teneurs sont
exprimées,
comme le conseille TERROINE( 1953 ),
en mg par!tmol
d’ADN
(tabl. 6).
En
effet,
ces teneurs s’élèventcontinuellement,
laprogression
étantplus
lentependant la deuxième
moitié de lapériode
de gavage.De ce
point de
vue, le foie gras de l’oie sesingularise des stéatoses d’origine
pathologique
ou alimentaire observées chez lesmammifères (L OMBARDI , i966).
Leslipides
ne sont pas accumuléspassivement
dansl’organe. I,’accroissement
des syn- thèses au niveau du tissuhépatique permet d’expliquer l’importance
de la stéatoserésultant du gavage.
CONCI,USION
°
,
Les modifications
qui
surviennent dans le tissuhépatique
au cours du gavageparaissent
relever d’un double mécanisme.En
premier lieu,
du fait del’importance
d’unapport
alimentaire riche enénergie,
l’animal est conduit à
synthétiser
une fortequantité
degraisse.
Cettegraisse
estconstituée essentiellement par des
triglycérides qui
s’accumulent dans le tissuhépa- tique.
En outre larépartition
des acides gras de cestriglycérides
estprofondément perturbée :
c’est l’une desgraisses
animales lesplus
pauvres en acidelinoléique.
Comme les tissus
adipeux
en demeurentlargement
pourvus, onpeut
admettre que leslipides
de cesdépôts
ne sont pas mobilisés vers le foie. Lestriglycérides hépatiques proviennent
donc d’unesynthèse
in situ.Les autres résultats obtenus dans cet essai révèlent certains
aspects
de la réac- tion du tissuhépatique
face àl’agression
que constituel’ingestion
forcée d’aliment.L’évolution
du contenu du foie en acidesnucléiques
au début du gavage montre quel’organe
est lesiège
à la fois d’unehyperplasie
et d’unehypertrophie.
Mais cette der-nière est
prédominante ;
ellecorrespond
à une activité cellulaire accrue :synthèse
deprotéines
et delipides.
Laprolongation
du gavage nes’accompagne
pas d’un accroissement de l’activité dutissu ;
il semble au contraire que celle-ci tendequelque
peu à diminuer.
Des études
complémentaires (activités enzymatiques,
examenshistologiques,
utilisation de
radioisotopes)
dans le foie et le sérumpermettront
depréciser
ces pre- miers résultats.Reçu
pourpublication
en mai 1968.SUMMARY ,
PRELIMINARY NOTE ON CHANGES IN THE BIOCHEMICAL CONSTITUENTS OF LIVER DURING CRAMMING OF GEESE
Goose livers were
analyzed
before,during
and at the end ofcramming.
The fatdeposit
wasrelated to an accumulation of
triglycerides.
Theirfatty
acidcomposition
was characterizedby
analmost
complete
absence of linoleic acid and ahigh proportion
of stearic acid(table q.).
At the sametime cholesterol and its esters accumulated in the liver. The
proportion
of esters wasparticularly large (table 2 ). However,
the total amount of cholesterol estimated in the liver remainedrelatively
small.
Cramming
caused alarge
increase in the total amount ofprotein (table r),
RNA(table 5 )
andphospholipids
in liver(table 2 ).
Thephospholipids
were not altered either in their relative propor- tions or theirfatty
acidcomposition (table 4 ). Fatty
acidcomposition
of reserveadipose
tissus wastotally
different from that of thelipids
of the liver(table 4 ) ;
thusadipose
tissue does not takepart
in the formation of the accumulation of fat in the liver of geese. Theese
phenomena
seem to showthat
during cramming
the size of the cells of the liver increases ;they
are the site of intense andincreasing
metabolicactivity
at least until the middle of theperiod
ofcramming. Histological
andenzymic
studies would be needed to confirm these results.RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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