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M yiase des plaies dues à Wohlfahrtia magnifica (S CHINER , 1862). Premier cas humain au Maroc.

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Texte intégral

(1)

Myiase des plaies dues à Wohlfahrtia magnifica (SCHINER, 1862).

Bull Soc Pathol Exot, 2004, 97, 4, 235-237 235

Introduction

L

es myiases des plaies sont assez rares chez l’homme, notamment en Afrique du Nord. Elles méritent ainsi d’être mentionnées, surtout lorsque l’agent responsable est inhabituel pour la région.

Observation

I

l s'agit d'un homme âgé de 75 ans, d’origine rurale, résidant à envi- ron 70 km de Rabat, dans une région où l’élevage bovin est relati- vement développé. Le patient n'a jamais quitté sa région et exerce le métier de berger. Il consulte en dermatologie pour une ulcération de la face dorsale de la main gauche de 3 à 3,5 cm. Le début de l’ulcération remonte à huit mois, suite à une blessure par une épine suivie de l’ap- parition d’une tumeur de 1 cm, déprimée au sommet et qui augmente de taille jusqu’à l’aspect actuel. Le centre est ulcéré avec une surface croûteuse et un bourrelet périphérique de 1 cm, érythémateux et infiltré ; la tumeur est surélevée de 1,5 à 2 cm par rapport à la peau avoisinante et elle dégage une odeur fétide (figure 1). Au sein de l’ulcération, on note des mouvements d’asticots blanchâtres. Ainsi, on observe au fond de la tumeur de petites cavités abritant de nombreuses larves vivantes (figure 2) qui remontent parfois à la surface de la lésion sans sortir entièrement.

L’application d’une couche de vaseline entraîne l’asphyxie des larves, qui

remontent en surface, et facilite leur extraction. Au total treize larves sont récupérées (la 13e sera extraite par le patient chez lui).

Le diagnostic clinique évoqué est celui d'un carcinome spinocellulaire.

Une biopsie-exérèse est réalisée, avec une marge de sécurité de 1 cm, emportant toute la tumeur avec conservation de la gaine des extenseurs.

Le malade est revu deux fois par semaine pour changement du pansement, tout en surveillant la qualité de la cicatrice. Le mode dirigé, c’est-à-dire sans

M yiase des plaies dues à Wohlfahrtia magnifica (S CHINER , 1862). Premier cas humain au Maroc.

Summary: Wound myiasis due to Wohlfahrtia magnifica. First human case in Morocco.

Wohlfahrtia magnifica is a frequent fly in countries with high breeding activity: Australia, South Africa or Arab country. The parasitological infestation occurred essentially during the summer, favourable period to the biological evolution of the flies.

In this work, we report one case of wound myiasis that complicates a cutaneous lesion caused by larvae of Wohlfahrtia magnifica. This observation constitutes the first human case in our country.

Résumé :

Wohlfahrtia magnifica est une mouche fréquente dans les pays ayant une forte activité pastorale, tels l’Australie, l’Afrique du Sud ou les pays du Moyen-Orient. L’infestation parasitaire se développe essentiellement durant l’été, période favorable à l’évolution biologique des mouches.

Dans ce travail, nous rapportons le cas d'une myiase des plaies compliquant une lésion cutanée, provoquée par des larves de Wohlfahrtia magnifica. Cette observation constitue le premier signa- lement au Maroc.

B. E. Lmimouni (1)*, N. E. Baba (2), A. Yahyaoui (3), K. Khallaayoune (4), A. Dakkak (4), O. Sedrati (2)

& W. El Mellouki (1)

(1) Service de parasitologie mycologie, Hôpital militaire d’instruction Mohamed V, Rabat, Maroc.

(2) Service de dermatologie, Hôpital militaire d’instruction Mohamed V, Rabat, Maroc.

(3) Centre de santé, Khemisset, Maroc.

(4) Département de parasitologie, Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, Rabat, Maroc.

*Correspondance : Service de parasitologie mycologie, Hôpital militaire d’instruction Mohamed V, BP 1018, Hay Riad, Agdal, Rabat, Maroc. Tél. : 00 212 61 20 82 38 E.Mail : [email protected]

Manuscrit n° 2495. “Parasitologie”. Reçu le 26 novembre 2002. Accepté le 25 novembre 2003.

wound myiasis Wohlfahrtia magnifica Morocco Maghreb Northern Africa

myiase des plaies Wohlfahrtia magnifica Maroc Maghreb Afrique du Nord

Figure 1.

Ulcération de la face dorsale de la main gauche.

Ulceration of the dorsal face of the left hand.

P ARASITOLOGIE

(2)

Parasitologie 236

B. E. Lmimouni, N. E. Baba, A. Yahyaoui et al.

B. E. Lmimouni, N. E. Baba, A. Yahyaoui et al.

greffe, est préconisé. Au bout de six semaines, on note une cicatrisation complète, déprimée au centre, de couleur érythémateuse et atrophique par rapport à la peau avoisinante.

Diagnostic de l’agent responsable

L

es larves que nous avons examinées mesurent 1 cm de long. Elles possèdent 10 anneaux à armature épineuse sur tous les segments.

L'identification a porté sur les larves de stade trois en utili- sant la clé d’identification des agents de la myiase des plaies, établie par SPRADBERY (13). L’identité de ces mêmes larves a été reconfirmée par Martin HALL du Natural history museum of London. Les principaux caractères qui ont conduit à cette identification sont, d'une part la présence de bandes de plu- sieurs rangées de spicules (épines irrégulières) triangulaires noirs très sclérifiés sur tous les segments (figure 3), d'autre part la forme des stigmates antérieurs formés de quatre bran- ches ainsi que celle des stigmates postérieurs constitués de trois fentes entourées d'un péritrème ouvert relativement épais, mais sans bouton (figure 4). La présence de stigmates postérieurs dissimulés dans une cavité profonde et de fen- tes verticales permet de distinguer nettement Wohlfahrtia magnifica de Chrysomyia bezziana. Précisons qu’à ce jour, Wohlfahrtia magnifica n’a jamais été identifiée au Maroc où seule Wohlfahrtia nuba a été signalée (JAMES, 1947) ainsi que 4 cas de Wohlfahrtia sp (3, 8).

Discussion

W

ohlfahrtia magnifica (SCHINER, 1862) (Diptera, Sar- cophagidae) est une mouche qui vit dans les steppes du sud-est européen, en Afrique du Nord, Moyen-Orient et Asie mineure et soviétique. Elle est à l'origine de myiases décrites chez de nombreuses espèces animales (bovins, camé- lidés, caprins, carnivores, équidés, ovins, oies, porcins) et plus

rarement chez l'homme, elle constitue, par son grégarisme et son évolution rapide, un véritable fléau.

Elle est à l’état adulte une mouche de couleur cendrée grisâtre, mesurant entre 10 et 13 mm, avec des antennes et des palpes noirs, un thorax gris cendré avec trois lignes longitudinales noirâtres, un abdomen gris blanchâtre et des pattes noires.

C'est une mouche qui vit plutôt à la campagne. La femelle, qui est vivipare, dépose ses larves (120 à 170) dans les plaies de l'homme ou des animaux ou dans leurs cavités naturelles (oreilles, fosses nasales, yeux) qui s'y développent normale- ment. L'éclosion de l'adulte, en partant de la pupe se fait en 5 à 7 jours à 26 °C (15).

Les myiases humaines dues à Wohlfahrtia magnifica, sont peu signalées. Nous avons retrouvé dans la littérature mondiale huit cas répertoriés : 2 cas de myiases cutanées (7, 14), 1 cas de myiase du tube digestif (4), 2 cas d’otomyiases (6, 11), 1 cas de myiases uro-génitales (5) et 2 cas d’ophtalmomyiases (9).

Concernant notre cas, il s’agit d’une myiase des plaies compli- quant une lésion cutanée. C’est le premier signalement humain au Maroc. Cependant, vu l’importance de l’élevage dans notre pays ainsi que la méconnaissance de cette pathologie, nous pensons qu’elle passe inaperçue dans d’autres régions. Par ailleurs 80 % des vétérinaires opèrent dans le secteur privé et ne rapportent pas nécessairement les cas de myiases.

Au départ, une première identification utilisant la clé de déter- mination de BRUMPT (3) oriente le diagnostic de la larve vers Chrysomyia bezziana sans grande conviction, vu que l’Afri- que du Nord ne constitue pas sa zone classique d’endémie (Chrysomyia bezziana est une espèce typiquement tropicale et subtropicale et le Sahara constitue une barrière géographi- que contre la migration de cette mouche). Mais comme un cas d'otomyiase due à Chrysomyia bezziana a déjà été décrit auparavant en Algérie, une importation dans ce sens n'est pas à exclure (1). Toutefois un réexamen des larves en utilisant la clé d’identification établie par SPRADBERY (13) a révélé qu’il s’agissait de larves de Wohlfahrtia magnifica.

En vue de rechercher l’origine de l’infestation, une enquête épidémiologique a été entreprise dans toute la région de Khé- misset, d’où est originaire notre patient, et dans toute la région du nord-est du Maroc, en collaboration avec l’Institut agrono- mique et vétérinaire Hassan II. Des larves retrouvées sur diffé- rentes espèces animales (ovins, caprins, bovins et équins) et plus particulièrement chez le chien (chiens errants) (figure 5), ont été reconnues comme étant celles de Wohlfahrtia magnifica.

Parasitologie 236

Figure 2.

Larves de Wohlfahrtia magnifica.

Wohlfahrtia magnifica larvae.

Figure 3.

Rangées de spicules triangulaires noirs.

Lines of black triangular spicules.

Figure 4.

Fentes avec péritrème ouvert.

Fissures with opened peritreme.

(3)

Myiase des plaies dues à Wohlfahrtia magnifica (SCHINER, 1862).

Bull Soc Pathol Exot, 2004, 97, 4, 235-237 237

Une enquête épidémiologique plus approfondie est en cours, la question étant de savoir s’il s’agit d’une recrudescence de la myiase qui était méconnue jusqu’à aujourd’hui ou bien d’une apparition à partir d’un autre pays. En ce sens, des analyses par biologie moléculaire sont en cours au Muséum d’histoire natu- relle de Londres pour déterminer le profil génétique des larves en vue de les comparer aux espèces européennes, notamment espagnoles.

Au Maroc, les myiases humaines sont déterminées essentielle- ment par la famille des Oestridae, surtout Œstrus ovis qui est très fréquent au sud avec un taux d'infestation du bétail estimé à 52 % (10), alors que les hypodermes sont de loin les agents de myiases cutanées les plus fréquents, surtout à l'ouest du Maroc, zone à forte densité d'élevage (46 % de taux d'infestation) (2).

Sur le plan clinique, les localisations les plus fréquentes sont oto-rhino-laryngologiques et cutanées. Elles sont favorisées par des lésions chroniques négligées et en général suppurées (2).

Le diagnostic ne pose en général pas de problème si la clé de détermination est bien utilisée. Le traitement est facile et repose sur l'extirpation des larves et le traitement de la surinfection.

En ce qui concerne la prévention, l’amélioration des conditions d’hygiène et l’information des personnes les plus exposées sur les modes d’infestation sont essentielles. Sachant que l’animal est une source d’infestation pour l’homme, les éleveurs doivent se montrer plus vigilants vis-à-vis des diverses « mouches » qui tournent autour des troupeaux, et doivent traiter et déclarer systématiquement les cas de myiases cutanées. La lutte con- tre les imagos par des insecticides peut compléter ces mesures prophylactiques.

Conclusion

B

ien que rarement rapportées dans les revues scientifi- ques, les myiases humaines sont plus fréquentes qu’on ne le pense.

Les auteurs rapportent ici le premier cas humain de myiase des plaies, compliquant une lésion cutanée, due à Wohlfa- hrtia magnifica identifié au Maroc.

A la lumière de cette observation, un certain nombre de recommandations s'impose : à savoir une bonne utilisation des clés de détermination afin d'éviter les erreurs d'identifica- tion pour une meilleure approche épidémiologique permet- tant ainsi de mettre en œuvre les mesures prophylactiques adéquates.

Des mesures urgentes doivent être engagées pour délimiter la zone infestée, éviter la propagation de l'agent responsable hors de ses confins, et éradiquer ce parasite. Ceci passe par la réalisation d'une enquête épidémiologique précise, l'instau- ration d'une épidémio-surveillance rapprochée, la formation du personnel qui sera chargé de l'identification des larves et du personnel de soins.

Par ailleurs, des campagnes de sensibilisation et d'information des vétérinaires, des techniciens d'élevage et des éleveurs, doi- vent être mises en œuvre, les conséquences sur l'état sanitaire du cheptel étant très grave.

Remerciements

Les auteurs remercient vivement le Dr Martin Hall du The Natural History Museum, London, pour l’aide précieuse qu’il nous a apportée dans le diagnostic de l’agent responsable et pour sa collaboration active dans l’enquête épidémiologique que nous avons mené dans les régions infestées.

Références bibliographiques

1. ABED-BENAMARA M, ACHIR I, RODHAIN F & PEREZ-EID C - Premier cas algérien d’otomyiase humaine à Chrysomyia bezziana. Bull Soc Pathol Exot, 1997, 90, 172-175.

2. ABKARI A, JOUHADI Z, HAMDANI A, MIKOU N, GUESSOUS N

& HADJ KHALIFA H - La myiase gastro-intestinale, à propos d'une observation marocaine. Bull Soc Pathol Exot, 1999, 92, 20-22.

3. BRUMPT E - Classe des Insectes (suite), ordre des diptères.

In: Précis de Parasitologie, Masson, Tome II, sixième édition, Chapitre VI, 1949, pp 1351-1354.

4. CIFTCIOGLU N, ALTINTAS K & HABERAL M - A case of human orotracheal myiasis caused by Wohlfahrtia magnifica. Para- sitol Res, 1997, 83, 34-36.

5. DELIR S, HANDJANI F, EMAD M & ARDEHALI S - Vulvar myia- sis due to Wohlfahrtia magnifica. Clin Exp Dermatol, 1999, 24, 279-280.

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7. IORI A, ZECHINI B, CORDIER L, LUONGO E & PONTUALE G - A case of myiasis in man due to Wohlfahrtia magnifica (Schiner) recorded near Rome. Parassitologia, 1999, 41, 583-585.

8. JAMES MT - The flies that cause myiasis in man. United Sta- tes Department of Agriculture Miscellaneous Publication, N°

631, 175 pp, 1947.

9. MORSY TA & FARRAG AM - Two cases of human ophtalmyia- sis. J Egypt Soc Parasitol, 1991, 21, 853-855.

10. PANDEY V.S and OUHELLI H - Epidemiology of Oestrus ovis infection of sheep in Morocco. Tropical Animal Health and Production, 1984, 16, 246-252.

11. PANU F, CABRAS G, CONTINI C & ONNIS D - Human auricular myiasis caused by Wohlfahrtia magnifica: first case found in Sardinia. J laryngol Otol, 2000, 114, 450-452.

12. RODHAIN F - Diptères myiasigènes. In: Précis d’entomologie médicale et vétérinaire. Ed. Maloine, 1985, 249-265.

13. SPRADBERY JP - A manual for the diagnosis of screw-worm fly. CSIRO Division of entomology, Canberra, Australia, 1991.

14. TUMOL’SKAIA NI, KULESHOV VN & MEL’NIKOVA LI - Cases of myiasis in man. Variants in the clinical course. Med Parazitol (Mosk), 1998, (4), 32-34.

15. ZUMPT F - Myiasis in man and animals in the Old World.

London, Butterworths, 1965, 267 pp.

Figure 5.

Larves de Wohlfahrtia magnifica au niveau d’une plaie cutanée chez un chien de la région de Khémisset.

Wohlfahrtia magnifica larvae on a cutaneous wound in a dog from the Khémisset region

Références

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