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M ÉMOIRES DE LA S. M. F.

Y VES M EYER

Les nombres de Pisot et la synthèse spectrale

Mémoires de la S. M. F., tome 37 (1974), p. 117-120

<http://www.numdam.org/item?id=MSMF_1974__37__117_0>

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Mémoire 37, 1974, p. 117-120

LES NOMBRES DE PISOT ET LA SYNTHESE SPECTRALE par

Yves MEYER

Pour des ensembles compacts de nombres réels, du type défini par Cantor, mais construits à l'aide d'un rapport de dissection 9 > 2 , la solution d'une forme forte du problème de la synthèse spectrale conduit à une classe particuliè- re de nombres de Pisot.

1. Système projectif de sommes trigonométriques.

Soit 9 > 2 un nombre réel et o = (t ) une suite décroissante de nom- bres réels tendant assez rapidement vers 0 pour que t ^ I T / O • ^n systè- me projectif de sommes trigonométriques associé à la suite a est une suite (P )°° de sommes trigonométriques, fonctions d'une variable réelle à valeurs complexes et définies par

it x P^(x) = a(0) + a ( l ) e i

it x it x i ( t + t ) x P,(x) = a ( 0 , 0 ) + a ( 0 , l ) e " + a ( l , 0 ) e 1 + a ( l , l ) e 1 "

(1.1) ^ . . . . P,(x) E a ( e ^ , . . . , e , ) e

i(c,V...^)x

T-

où la somme s e"st étendue aux 2 suites e , . . . / e dé 0 o».de 1 relations de compatibilité entre les Pi^ sont définies par

f a ( 0 , 0 ) + a ( 0 , l ) = a(0) , a ( l , 0 ) + a ( l , l ) = a ( l ) ( 1 . 2 )

â(e, ,c^0) ^ a ( c , , . . . , ^ l ) =^,...,^)

Les

Les relations (1.2) signifient que, si dans P (x) , t x est formelle-

JC'ri. K ' J .

ment remplacé par 0 partout où il intervient, alors P devient

\ •

L<in

-

terprétation intuitive est la suivante : les (P ) correspondent aux corrections successives faites dans l'analyse d'un phénomène périodique perturbé défini par une fonction cp : R -» Œ . D'abord il semble à l'observateur que le phéno- mène soit exactement périodique et décrit par P< (t) . Mais des expériences plus

(3)

118 Y. MEYER

précises sur des intervalles de temps plus longs montrent que les coefficients a(0) et a ( l ) de P^ ne sont pas constants mais ont des variations "sécu- laires" lentes : c'est-à-dire qu'il faut remplacer a(0) par a ( 0 , 0 ) + a^.De11^ et a ( l ) par a ( l , 0 ) + ad.De112" . Quand x n'est pas très grand, en rempla- çant t^x par 0 dans les nouvelles expressions de a(0) et a ( l ) , on doit retrouver les anciennes : d'où les relations (1.2). Maintenant cp est une fonc- tion presque périodique P^ dans laquelle interviennent quatre coefficients a ( e ^ e ^ ) . De meilleures observations montrent que ces coefficients ont de très très lentes perturbations de période 2n/t . Nous voilà conduits à P . e t c . 2. Système projectif borné.

Venons à un problème mathématique. Tout d'abord, quelle condition doit-on imposer à un système, projectif pour que la suite (P,)0 0 converge vers une fonc- tion limite cp ? Peut-on décrire l'espace des fonctions limites ainsi obtenues ? Nous allons nous intéresser à un type très particulier de système projectif décrit par la définition suivante.

Définition. Un système projectif (P,)0 0 est dit borné si .sup ||P || <+00 .

^ —

On rappelle que si f : R -» (D est une fonction continue et bornée, on pose l|f||^ = s u p |f(t)| . Le spectre de f , noté Spf est, par'définition, le

00 tç ]R

support de la transformée de Fourier de f , prise au sens des distributions.

Les résultats suivants sont très faciles à obtenir. Soit (P,)0 0 un système

K 1

projectif borné associé à g = (t^.)00 • Alors Pi-^ (k-*oo) , uniformément sur tout compact de R et la fonction cp : R -» (D est continue et bornée ; son spectre est contenu dans l'ensemble compact E de toutes les sommes infinies S e^ , ^ = 0 ou 1 .

L'application qui à (Pi-).. associe cp est injective. En effet, soit pour tout k s i , F^ l'ensemble des 2k sommes e t + ... + e t (e.=0 ou 1)

m

et R l'ensemble compact de toutes les sommes infinies S e.t. , e = 0 ou 1 . Alors toute fonction continue et bornée cp : R -^ (C peut être écrite, pour tout k s i sous la forme

i ( e - t + . . . + e , t , ) x ( 2 . 1 ) cp(x) = Scp^ )(x)e 1 1 k k

(4)

T,

où la somme est étendue aux 2 suites (e . . , . . . , & ) de 0 ou de 1 et où le spectre de chaque fonction continue et bornée cp, . est contenu dans

^ ( e i , . . . ^ )

R, . Ceci dit, le seul système projectif (PiJ" dont cp puisse être la limite est défini par

i ( e < t + . . . + & t ) x ( 2 . 2 ) P,(x) = Sep, v ( 0 ) e 1 1

K ^ / . . . / e ^

3. Le problème de la synthèse spectrale.

L'analyse faite au § 2 conduit à poser le problème suivant (une forme ex- trêmement précise du problème général de la synthèse spectrale).

Problème. Toute fonction continue et bornée cp : R -^ (D dont le spectre est contenu dans E est-elle la limite d'un système projectif borné associé à la suite a = (t )00 ?

On rappelle que E est l'ensemble compact de toutes,les sommes infinies ÇVk ' ^ = 0 ou 1 .

Le seul système possible admettant cp pour limite est défini par (2.1) et ( 2 . 2 ) et le problème que nous venons de poser revient à savoir s'il existe une constante C ne dépendant que de a et telle que, pour tout k s i , sup ) P , 1 <: C sup|cp| .

R " R

Aucune condition nécessaire et suffisante sur a n'est connue. On sait

9

seulement, d'après R. Schneider ( [ 2 ] ) que la condition S ^k+l^k^ < +co

est suffisante. ksi

4. Cas où t, -k

Dans ce cas, on peut donner une réponse très précise.

Théorème. Soient 6 > 2 un nombre réel, a la suite (9 ) el E l'ensem-

00 -k ^

blé compact de toutes les sommes infinies S € , 9 où e, = 0 .ou. 1 . Alors les trois conditions a), b) et c) ci-dessous sont équivalentes :

a) 9 est un nombre de Pisot de degré n s 1 et toute relation

ÊQ + e ^ 9 + ... + e^ = (l-9k + l)(qo+q^9+.. •^n-l611"^ ^"s laquelle k s 0 , e. = -1, 0 ou 1 pour 0 ^ j ^ k et^ q . ç î ^ pour 0 <. j «s n-1 entraîne

0 = eç = ... = ^ = q g = ... = q^ .

(5)

120 Y. MEYER

b) II existe une constante C > 0 telle que pour tout système projectif borné (?,).. associé à cr = (9 ) ? , de limite cp / pour tout x réel et tout^ 1 —————— i <—————— —————— ————————

j > 1 , on ait |cp(x)-P.(x) | <; C 9 |x| ||cp||^ .

c) Toute fonction cp : R -» (C continue et bornée et dont le spectre est contenu dans E est la limite d'un système projectif borné associé à a = (9 )^k œ

La preuve de ce résultat est donnée dans le premier numéro d'Astérisque ( [ 2 ] ) .

Si Q s: 3 est un entier naturel, a) est satisfaite. Si au contraire

9 = ———v

r 2—

——— et m s 1 , 9 est un nombre de Pisot mais a) n'est pas sa- tisfaite car 1 = (l-9)(m+l-9) .

Si 9 > 2 est un nombre de Pisot, on peut montrer que toute fonction continue bornée cp : R -* (D dont le spectre est contenu dans E est la limite' uniforme, sur tout compact de R , d'une suite (Qi)°° de sommes trigonométri- ques telle que :

a) les fréquences de Q, appartiennent à E ; b

) IIOklL^ M» •

Le théorème ci-dessus montre que, si le nombre de Pisot 9 ne satisfait pas a), les Q, ne sont pas obtenus par le procédé canonique défini par (2.1) et ( 2 . 2 ) .

D'autre part, on ne sait rien lorsque 9 n'est pas un nombre de Pisot (on sait seulement que le procédé canonique ne permet pas d'approcher les fonctions continues et bornées dont le spectre est contenu dans E ).

BIBLIOGRAPHIE

[1] Y. MEYER - Algebraic numbers and harmonie analysis. North Holland (1972).

[2] Y. MEYER - Trois problèmes sur les sommes trigonométriques. Astérisque 1, SMF (1973).

Université de Paris Sud, Centre d'Orsay Dept. de Mathématiques, Bâtiment 425 91405 ORSAY

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