Christophe Texier
L3 et Magist` ere de physique fondamentale, DLMP & ENS-PSay
Correction de l’examen partiel de Physique statistique du 10 mars 2021
1 D´ efauts de Frenkel
N atomes dont N − n occupent les N sites du r´ eseau cristallin et n occupent les N
0sites interstitiels. Coˆ ut du passage (r´ eseau)→(site interstitiel) pour un atome : ε.
1/ Postulat fondamental de la physique statistique :
Tous les micro´ etats accessibles d’un syst` eme isol´ e et ` a l’´ equilibre (macroscopique) sont ´ equiprobables.
3/ Il y a N !/[n!(N − n)!] de mani` eres de choisir les n atomes quittant les N sites du r´ eseau et N
0!/[n!(N
0− n)!] fa¸ cons de les placer sur les N
0sites interstitiels.
4/ Dans l’exercice, on s’int´ eresse aux configurations des atomes (les micro´ etats). Leur nombre est donc
Ω(n) = N ! n!(N − n)!
N
0!
n!(N
0− n)! ' (N
0N )
n(n!)
2pour n N, N
0. (1) Comme E = nε, ` a n fix´ e, Ω(n) est bien le nombre de micro´ etats accessibles.
5/ La formule de Boltzmann-Planck relie le nombre de micro´ etats accessibles ` a l’entropie mi- crocanonique par S
∗= k
Bln Ω. Dans la limite N, N
0n 1 on obtient donc (utilisant Stirling)
S
∗' n k
B2 + ln
N
0N n
2(2) 6/ On d´ eduit la temp´ erature
T1∗=
∂S∂E∗=
1ε∂S∂n∗'
kεB[ln(N
0N) − 2 ln n], i.e.
T
∗(E) ' ε/k
Bln(N
0N/n
2) = ε/k
Bln[N
0N (ε/E)
2] (3)
On inverse pour exprimer plutˆ ot n en fonction de la temp´ erature n ' √
N
0N exp −ε
2k
BT
∗(4) Cela rend clair que le r´ egime o` u n N, N
0correspond aux basses temp´ eratures T
∗ε/k
B. Dans ce r´ egime, le nombre d’atomes quittant le r´ eseau est exponentiellement petit dans le rapport ε/(k
BT
∗), i.e. d´ ecroit extrˆ emement vite avec la temp´ erature. Ce comportement est caract´ eristique de l’existence d’un gap d’excitation (une ´ energie minimale).
2 Variables conjugu´ ees dans l’ensemble microcanonique
Dans le chapitre ”canonique” on a vu que la moyenne canonique d’une observable est donn´ ee par la relation g´ en´ erale X
c= −
∂F∂φo` u φ est la force conjugu´ ee de X. Nous montrons dans l’exercice qu’une relation analogue existe dans l’ensemble microcanonique
X
∗= T
∗∂S
∗∂φ (5)
o` u X
∗est la moyenne microcanonique de l’observable, i.e. la moyenne sur les ´ etats accessibles : X
∗= Ω
−1X
`t.q. E`∈[E,E+δE]
X
`et X
`= h ` |X| `i = −∂E
`/∂φ (th. de Feynman-Hellmann) est la moyenne sur le micro´ etat | ` i.
On note Ω(E, φ) le nombre de micro´ etats accessibles.
1/ Si l’on change le param` etre φ suffisamment ”doucement”, cela a du sens de suivre les
´
energies
1E
`(φ). En outre, si la transformation est lente, les occupations des ´ etats sont inchang´ ees.
Dans ces conditions l’´ energie du syst` eme change comme E → E −X
∗δφ et il y a conservation du nombre de micro´ etats
Ω(E, φ) = Ω(E − X
∗δφ, φ + δφ) (6)
Ce qui est illustr´ e sur la figure.
− ) φ+δφ (E,φ)
Ω(E Xδφ φ, +δφ δE
accessibles microétats
φ Ω
E
X δ φ E
δE
Figure 1 : Evolution des micro´ ´ etats accessibles lors d’un changement du param` etre φ → φ + δφ.
Dans la limite δφ → 0 nous obtenons 0 ' − ∂Ω
∂E X
∗δφ + ∂Ω
∂φ δφ (7)
En multipliant par k
B/Ω et en utilisant la d´ efinition de l’entropie microcanonique S
∗= k
Bln Ω, on d´ eduit la sublime formule (5).
2Rq : En thermodynamique, on aurait parl´ e de
transformation isentropique
(` a S
∗=cste).
2/ Application : cristal de spins 1/2
On applique ces consid´ erations dans un cas tr` es simple : on consid` ere un cristal (isol´ e) de N spins 1/2, soumis ` a un champ magn´ etique B. On note n
±le nombre de spins dans l’´ etat
| ± i d’´ energie ε
±= ∓ε
Bavec ε
B= m
0B o` u m
0est l’aimantation d’un spin.
a) Ω = N !/
n
+!n
−!
b) L’entropie microcanonique est S
∗' k
BN ln N − n
+ln n
+− n
−ln n
−(en supposant N, n
±1 et utilisant Stirling). On a n
±=
121 ∓ E/(N ε
B)
, d’o` u la jolie forme S
∗(E, N, B) = N k
Bσ(E/N ε
B) avec σ(x) = − 1 + x
2 ln
1 + x 2
− 1 − x 2 ln
1 − x 2
(8) qui met en valeur les propri´ et´ es d’extensivit´ e. k
Bσ(x) est l’entropie par spin.
1la notion de valeur propre n’a d’int´erˆet que pour les probl`emes stationnaires en principe.
c) Appliquons (5) pour calculer l’aimantation moyenne M
∗= T
∗∂S
∗∂B = N k
BT
∗∂
∂B σ E
N m
0B
= − k
BT
∗E m
0B
2σ
0E N m
0B
(9) on calcule aussi
1
T
∗= ∂S
∗∂E = k
Bm
0B σ
0E
N m
0B
(10) Combinant les deux ´ equations, on d´ eduit
M
∗= − E
B . (11)
C’est un peu trivial ! En effet, il n’y a que de l’´ energie magn´ etique, donc E = −M
∗B.
S’il y avait d’autres param` etres dans le probl` eme, l’application de (5) donnerait un r´ esultat moins trivial.
d) Limite de haute temp´ erature.– On d´ eveloppe l’expression de la fonction adimensionn´ ee : σ(x) ' ln 2 − x
2/2 pour x 1.
Dans le r´ egime de haute temp´ erature (|E| N ε
B) on d´ eduit T
∗(E) ' − ε
Bk
BN ε
BE (12)
d’o` u
M
∗= − E
B ' N m
0ε
Bk
BT
∗= N m
20k
BT
∗B (13)
On peut ´ ecrire M
∗' χ B o` u χ est la susceptibilit´ e magn´ etique, le coefficient de r´ eponse de l’aimantation au champ magn´ etique.
Le comportement χ ∝ 1/T
∗(loi de Curie) nous dit que plus l’agitation thermique aug- mente, plus l’aimantation diminue (comp´ etitition entropie/´ energie).
e) Bonus (facultatif) : La structure S
∗(E, N, B) = N k
Bσ E/[N m
0B]
est une cons´ equence de l’extensivit´ e. Elle reste correcte dans un cas plus g´ en´ eral (spins s > 1/2). En revanche, la fonction σ(x) change.
Puisque le calcul de M
∗ne fait pas intervenir la forme pr´ ecise de cette fonction, (11) reste ´ evidemment correct, et la discussion qui suit.
3 Oscillateur anharmonique
On consid` ere un syst` eme en contact avec un thermostat ` a temp´ erature T . 2/ Z = P
`
e
−βE`, donc, pour faire ”descendre” E
`, on d´ erive par rapport ` a β : E
c= −
∂β∂ln Z 3/ On consid` ere un syst` eme unidimensionnel d´ ecrit par son hamiltonien
H(x, p) = p
22m + V (x) (14)
Le syst` eme est trait´ e classiquement.
a) La fonction de partition classique est Z =
Z dpdx
h e
−βH(x,p)= Z
+∞−∞
dp h e
−βp2 2m
| {z }
Zcin
Z
+∞−∞
dx e
−βV(x)| {z }
Zpot
(15)
(il y a ici une part d’arbitraire pour s´ eparer Z
cinet Z
pot; sans cons´ equence pour la suite). Cette factorisation est propre au cas classique (dans le cas quantique, x et p ne commutent pas).
b) Int´ egrale gaussienne ⇒ Z
cin= 1/λ
To` u λ
T= p
2π~
2/(mk
BT ) est la longueur thermique.
Puisque Z
cin∝ √
T ∝ 1/ √
β on a E
ccin= −
∂β∂ln Z
cin=
12∂β∂ln β =
12k
BT . c) Consid´ erons le potentiel
V (x) = 1
2 κ x
2+ λ x
4(16)
Nous ne pouvons pas calculer Z
potexactement dans ce cas. Nous recourrons ` a des ap- proximations.
Ecrivons ´ e
−βV(x)= e
−12(x/a2)2e
−(x/a4)4avec a
2=
r k
BT
κ avec a
4= k
BT
λ
1/4(17) d) a
2∝ T
1/2alors que a
4∝ T
1/4.
Basses temp´ eratures : on attend donc a
2a
4. Tra¸cons dans ce cas les deux fonctions intervenant dans le calcul de
Z
pot= Z
+∞−∞
dx e
−12(x/a2)2e
−(x/a4)4(18)
C’est la fonction la plus ´ etroite qui l’emporte pour le calcul de l’int´ egrale, ce qui revient ici ` a n´ egliger la partie quartique du potentiel, d’o` u
Z
pot' Z
+∞−∞
dx e
−12(x/a2)2= √
2π a
2=
r 2π
mβω
2(19)
On d´ eduit E
cpot= −
∂β∂ln Z
pot'
12∂β∂ln β =
12k
BT pour les basses temp´ eratures.
e) Hautes temp´ eratures : c’est le contraire, le terme quadratique de V (x) est n´ egligeable.
Par simple analyse dimensionnelle Z
pot' R
dx e
−(x/a4)4∼ a
4∝ β
−1/4(un calcul plus pr´ ecis donne Z
pot'
12Γ(1/4) a
4).
Le calcul grossier suffit : on trouve E
cpot'
14k
BT pour les hautes temp´ eratures.
f) R´ esumons :
• Dans la limite des basses temp´ eratures, E
c'
12k
BT +
12k
BT d’o` u C
V' k
B.
• Dans la limite des hautes temp´ eratures, E
c'
12k
BT +
14k
BT ; la capacit´ e calorifique est plus petite C
V'
34k
B.
L’´ echelle de temp´ erature qui s´ epare les deux r´ egimes est donn´ ee en ´ ecrivant a
2= a
4d’o` u T
crossover= κ
2/(k
Bλ) (si l’anharmonicit´ e disparaˆıt, λ → 0, T
crossover→ ∞ comme il se doit).
Pour tracer l’allure de C
V, on raccorde les deux limites (raccorder deux constantes, facile !, et les fonctions faisant intervenir des int´ egrales, elles doivent ˆ etre smooth). Avec un ordinateur, cela donne (en ´ echelles log-lin)
0.01 0.10 1 10
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0
T/Tcrossover
CV/kB