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Mars 1987 Trimestriel N° 72

Carrefour séculaire

d'une région bilingue

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Sommaire

p. 4 Sur la région :

6 - Les changements de structure 1798-1848 8 - 1848 : le coup de force radical

9 - De 1848 à nos jours

10 - Le Canton a-t-il les moyens de sa politique 12 - Quand la ville donne le mauvais exemple 14 Sur le bilinguisme :

17 - Quand la ville fait la sourde oreille 22 - La parole à nos lecteurs

27 - En conclusion 28 La dé-route des Alpes

29 Conseil d'Etat: un bon (2e) tourl 30 Notre "puzzle" écologique

33 Autoroutes contestées: aux citoyens de trancher!

35 La prochaine A.G. de Pro Fribourg Crédit photographique :

Primula Bosshard, Fribourg: p. 11, 16, 19, 20, 21, 28.

Gilles Bourgarel, Fribourg: p. 36. Eliane Laubscher : r>. 33, Ouvrage de base à consulter sur la région: EMERY, Georges,

"Districts, régions et préfets dans le Canton de Fribourg"

Fribourg, Imprimerie Saint-Paul, 1986.

Notre revue étend sa diffusion à l'ensemble du Canton : Notre cahier de Noël sur les Ponts nous a valu 120 nouveaux abonnés ! Votre fidélité est garante du maintien de la qua¬

lité de notre revue: le bulletin joint sert de rappel ! Imprimerie Mauron + Tinguely & Lâchât S.A. Fribourg

PRO FRIBOURG Secrétariat : Stalden 14, 1700 Fribourg CCP 17 - 6883-3, Fribourg Cotisation :

Ordinaire: 28 fr.; de soutien 38 fr. avec l'édition de langue allemande (4 numéros par an) supplément 14 fr. Tarif réduit: 18 fr.

(étudiants, apprentis, 3

e

âge)

(3)

Dialogue avec nos lecteurs

Nous ne sommes vraiment "fribourgeois" que vus de l'ex¬

térieur I Longtemps ce fut avec une pointe de commisé¬

ration : de Lausanne, Genève ou Neuchâtel, nous appa¬

raissions un peu retardés. Aussi du fait que, chez eux, les Fribourgeois se retrouvaient au bas de l'échelle et devaient trimer dur pour se faire une place au soleil.

Les temps changent. Les régions riches et prospères dé¬

couvrent qu'elles ont aussi accumulé les nuisances. Et les Fribourgeois voient que les statistiques ne sont pas tout et qu'on vit ici comparativement mieux à moin¬

dre frais...

Mais notre canton n'est toujours pas, vécu au dedans, homogène. Les régions périphériques tournent leurs yeux vers l'extérieur : Morat vers Berne, La Veveyse vers...

Vevey, alors que la Broyé vit mal, économiquement par¬

lant, son écartèlement. Les gens de la Gruyère sont à part, bien chez eux, d'abord Gruériens.

L'unité la plus forte, on la retrouve paradoxalement par-dessus la barrière linguistique : le noyau initial du Canton, ce sont les Anciennes Terres, formant grosso modo les districts actuels de la Sarine et de la Singine avec un centre commun, la ville de Fribourg.

Le clivage linguistique va donc à contre-sens de l'his¬

toire et il serait temps de s'apercevoir que les problè¬

mes qu'il suscite sont en fait ceux de la région, d'une région en expansion au risque de rompre un équilibre.

Il n'y a sans doute pas grand chose à gagner à devenir une extension de la grande banlieue de Berne.

Notre chance, c'est de pouvoir encore (mais pour combien de temps ?) préserver l'équilibre ville-campagne. Une nouvelle solidarité doit naître. L'élection récente d'un vrai paysan militant "avec" les voix de la ville en est un signe.

Ces réflexions font suite aux intéressantes réactions de nos lecteurs à nos cahiers sur la région et le bilinguis¬

me. Elles nous ont incité à "creuser" un peu plus le su¬

jet.

Gérard Bourgarel

(4)

4

...suite à notre cahier de juin 1986 sur la région

Robert Caillot, de l'institut "économie et humanisme"

de Lyon, nous a, en octobre dernier, fait part de ses remarques au sujet de notre cahier "Où va la région ? Mais quelle région ?". Robert Caillot, dans le cadre de l'institut fondé par le Père Lebret, a mené dans les années 60, à la demande du gouvernement vaudois, une enquête-participation dans les districts de la Côte et nous a, à maintes reprises, conseillé et gui¬

dé dans notre tâche :

"Le No de "Pro Fribourg" consacré à la région m'a à la fois navré et intéressé. Navré de voir que l'on re¬

commence à Fribourg les mêmes erreurs que dans d'au¬

tres coins d'Europe ; intéressé par tous les cas con¬

crets (Givisiez, Tavel, Rechthalten, etc...) qui sont exposés.

Je crois que ces erreurs répétées tiennent au fait que nous utilisons pour construire l'avenir des cadres ad¬

ministratifs (les territoires communaux) conçus pour et dans une société rurale. Alors que l'aménagement postule une fédération de communes interdépendantes, nous ne disposons que d'un agrégat de communes indépen¬

dantes (et, par conséquent, rivales). Comme vous le dîtes, dans une société urbano-industrielle, la premiè¬

re tâche est de définir l'espace intercommunal à aména¬

ger. Puis, ceci fait, de définir, à l'intérieur de cet espace, le rôle que chaque commune doit jouer dans une complémentarité harmonieuse. Puis, en fonction de ces rôles respectifs, définir le plan de développement de chaque commune et le plan d'implantation des équipe¬

ments économiques, sociaux, culturels, régionaux, in¬

tercommunaux, communaux. C'est, à peu près ce que j'ai fait pour "La Côte vaudoise" lors de l'étude, il y a 20 ans, avec l'ensemble de la population. Certes, tout n'a pas été retenu mais, dans les grandes lignes, le plan a été accepté. Il est dommage qu'une telle étude n'ait pas été faite pour la (vraie) région de Fribourg.

Car je crois que les édiles de chaque commune, enfermés

dans le cadre étroit du territoire communal, sont quasi

contraints de ne pas voir plus loin que ces limites

communales."

(5)

Depuis 140 ans, tout est resté figé ! Et quels 140 ans: ils ont vu la plus profonde des mutations. 1848, c'est le début du régime radical, en clair, de la révolution démocratique imposée de l'extérieur à l'issue du conflit du Sonderbund. Ce régime ne durera que 9 années mais aura le temps de doter le canton de lois modernes et d'une orga¬

nisation territoriale qui est encore celle d'aujourd'hui. Le canton fut a- lors divisé en sept districts et doté de préfets représentant le gouverne¬

ment cantonal.

Cette organisation correspondait à un canton rural de 9T000 habitants, dont le chef-lieu, seule ville digne de ce nom, regroupait à peine le dixième de la population. Le fragment ci-dessus du panorama d'Engelmann (yers 1840) montre bien que, passé les remparts, ici entre la porte de Romont et la tour Henri, on se trouvait en pleine campagne.

Dans ce pays rural, aux mauvaises rou¬

tes, chacun vivait à l'heure de son clocher et, mis à part le Moratois, on formait, face aux cantons voisins, une entité bien définie par la religion.

140 ans plus tard, la population du canton a doublé et celle de la ville quadruplé. Ces chiffres attestent du changement de dimension mais ne ren¬

dent guère compte du changement de nature.

Les frontières de la ville se sont diluées: ses banlieues forment une zone suburbaine qui aura bientôt plus d'habitants qu'elle.

Soumis à l'attraction des régions voi¬

sines de Berne et de Vevey, le canton voit aussi ses limites devenir impré¬

cises alors que la grande banlieue de Berne s'étend sur son territoire.

Des chemins de fer aux autoroutes, le pays s'est fondamentalement transfor¬

mé et la mobilité des habitants s'est accrue. On voit croître en tache d'hui¬

le les agglomérations alors que les petites communes se dépeuplent.

A quoi riment encore les anciennes

structures administratives héritées

du siècle dernier, d'un autre monde ?

Et encore, ces structures n'étaient

même pas idéales : après combien de

tâtonnements ont-elles été imposées ?

(6)

6

Un canton mal dans sa peau!

Les changements de structure en un demi- siècle:

BEZIRK SCHWARZEN8URG

1800-1802

DISTRICT DE LA GRUYERE Jusqu'en 1798 :

La Ville-Etat du Patriciat Autour du noyau initial des "Anciennes Terres", Fribourg s'est accru de bail- lages, dont ceux en commun avec Berne (Morat, Schwarzenbourg, Orbe, Grandson et Echallens). Les Anciennes Terres sont divisées en quatre "Bannières" : celles des quartiers de la.Ville. La Singine dépend oour l'essentiel de celle de l'Auge. L'allemand y domine:

seul le territoire dépendant de la Neuveville est entièrement romand.

Le pouvoir s'est, au fil des siècles, concentré aux mains de familles patri¬

ciennes. Artisans et petits bourgeois citadins ont perdu leurs droits, quant aux paysans, ils ont toujours compté

"pour beurre".

De 1798 à 1802 :

L'ordre révolutionnaire

Sous la coupe des Français, la Suisse se mue en état centralisateur et les cantons en circonscriptions administra¬

tives. Avec l'Ancien Régime s'effacent les frontières historiques et religieu¬

ses au profit de frontières naturelles.

C'est ainsi que la Broyé fribourgeoise et vaudoise retrouve passagèrement son unité rompue par la Réforme et la con¬

quête bernoise au sein du Canton (ro¬

mand) de Sarine et Broyé. Les anciens privilèges sont abolis et le droit de vote est introduit ..de manière curieu¬

se: La Constitution helvétique est adoptée par 3300 oui contre 5224 non, la majorité silencieuse (9399 absten¬

tions) comptant pour oui. Qui dit mieux ?

N.B. Les cartes ci-dessus sont extraites du tome 52 des Beiträge zur Heimatkunde

des Sensebezirks et ont été réalisées par le Dr. Bernhard Zurbriggen.

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De 1803 à 1830 : L'ordre Napoléonien

Sous la Médiation de Napoléon, les pen¬

dules sont remises à l'heure suisse.

C'est le retour à une fédération d'é¬

tats. Le canton de Fribourg est offi¬

ciellement bilingue et se divise en douze districts, la ville ne retrou¬

vant donc pas sa prédominance. Elle de¬

vient par contre capitale temporaire de la Suisse sous le premier landamann Louis d'Affry. Ce dernier parvient, contre la volonté des habitants, à in¬

tégrer le Moratois dans le canton. Le district de Fribourg correspond aux Anciennes Terres avec en prime Jaun- Bellegarde. Les droits politiques sont restreints aux notables, bourgeois pro¬

priétaires. La Restauration de 1814 ac¬

centue encore ces inégalités et redonne au Patriciat et à la ville la haute main : 112 représentants au Grand Con¬

seil contre 32 pour les campagnes !

De 1831 à 1847 : La vague libérale

La Révolution de 1830 a, une fois de plus, ses répercussions à Fribourg.

Le Moratois et la Gruyère s'agitent et revendiquent l'égalité des droits.

La "journée des bâtons" entraîne la fin de l'hégémonie patricienne. Une nouvelle constitution introduit une démocratie représentative par un scru¬

tin indirect. La refonte administra¬

tive crée un "district allemand" ca¬

tholique (Le Moratois formant un dis¬

trict à lui tout seul). Ce district comprend alors Barberêche, Cressier et Courtepin, romands de nos jours.

Fribourg est le chef-lieu de deux districts et le préfet alémanique aura sa résidence dans le quartier de l'Auge. Pour la première fois, on a des limites à la fois confession¬

nelles et linguistiques.

(8)

1848: Le coup de force radical

Les forces conservatrices reprirent le dessus et forcèrent l'entrée de Fribourg dans le Sonderbund en 1846.

Cette alliance séparée des cantons catholiques allait accentuer le cli¬

vage politique, rejetant dans l'op¬

position la majeure partie des dis¬

tricts de Morat, de la Broyé et de la Gruyère et suscitant les réticences de la ville. A l'heure du danger, le gouvernement conservateur ne pouvait compter vraiment que sur les paysans de la Singine persuadés que la reli¬

gion était en danger. Isolé et divi¬

sé, le canton ne pouvait opposer qu' une faible résistance à la marche des troupes fédérales.

Le régime radical, imposé de l'exté¬

rieur, n'aura qu'une brève existence.

Il parviendra pourtant à établir dé¬

finitivement le suffrage universel et à moderniser les institutions. Cet acquis ne pourra plus être mis en cause.

Le nouveau découpage en sept dis¬

tricts aura eu pourtant pour but évi¬

dent d'affaiblir les forces conserva¬

trices. L'important bastion du dis¬

trict allemand sera réduit à la Sin¬

gine actuelle, amputée de toutes parts mais surtout privée du siège de préfecture en ville : Tavel, un simple village, servira de substitut.

La conséquence directe sera le sensi¬

ble effacement du caractère bilingue de la ville.

Quand les conservateurs chasseront les radicaux du pouvoir en 1856, ils ne seront pas en mesure de modifier ces données nouvelles. Leur victoire locale isole un peu plus Fribourg du reste de la Suisse, son rôle de vain¬

cu du Sonderbund s'en trouvant con- fi rmé.

Ainsi le coup de force des radicaux prendra-t-il sur le plan administra¬

tif un caractère définitif. Cela sans jamais la moindre consultation des habitants.

Dans son étude parue dans le tome F>2 des Heimatkunde de la Singine, Hugo Vonlanthen relève l'opposition des Singinois à la réduction de leur dis¬

trict. Ils se sentent de plus coupés de "leur" ville : en 1864 une pétition populaire de près de 1000 signataires demande que le siège de la préfecture soit rétabli à Fribourg. Sans succès ! Que dire aussi du caractère hybride du district de Morat ? Sa mixité l'ancre sans doute mieux dans le canton, mais le calcul du départ est bien évidemment de diviser pour régner.

Finalement, dans le découpage de 1848, seules la Gruyère, au particularisme bien vivace, et, dans une moindre mesu¬

re, la Glane, forment des entités homo¬

gènes .

Dans l'ensemble, l'organisation terri¬

toriale de 1848 apparaît dès le départ comme une cotte mal taillée imposée par un régime d'exception.

Et qu'en penser, 140 ans après ?

(9)

De 1848 à nos jours: le poids des habitudes

Pendant un bon siècle, on va s'accom¬

moder de ce système. Le canton compte au départ prés de 300 communes pour à peine 100'000 habitants. Cette frag¬

mentation extrême correspond à l'épar- pillement de l'habitat sur le plateau.

De plus, à tout un réseau de notables villageois au travers duquel le parti majoritaire contrôle les masses pay¬

sannes. Le canton gardera longtemps son caractère rural, son développement est lent, en retard sur le reste du pays.

Ce n'est que dans l'après-guerre que l'on s'efforcera de réduire le nom¬

bre trop élevé de communes. On s'en¬

gage prudemment dans la voie des fu¬

sions, encouragées par une loi de 1969. On essayera de passer à la vi¬

tesse supérieure en 1973 par une loi les imposant, mais un référendum la fera échouer. Cette voie a ainsi don¬

né de faibles résultats. Le nombre des communes a passé de 284 en 1950 à 260 en 1986 : les disparités de fortune et d'endettement sont des obstacles difficiles à surmonter.

Le problème a pris une autre dimen¬

sion avec les débats sur la régiona¬

lisation à partir des années 70. Le

député conservateur Bruno Fasel ira jusqu'à proposer en 1973 la création de conseils de districts. A la même époque, la proposition du radical Ferdinand Masset de réviser le systè¬

me des districts et de les ramener à quatre n'aura été qu'un ballon d'essai.

La régionalisation ne prendra vraiment forme que sous l'impulsion fédérale préconisant par la loi du 28.6.1974 la création de régions de montagne (LIM). A partir de 1978, sont consti¬

tuées les régions de la Gruyère, de la Singine, de la Haute-Sari ne et de la Glâne-Veveyse. Seule cette dernière dé¬

passe le cadre d'un seul district.

La loi fribourgeoise sur l'aménagement du territoire du 9 mai 1983 propose aux communes leur association pour en¬

treprendre des tâches d'aménagement régional. Mais ce terme de "région"

recouvre en fait celui de district.

Une seule association a vu le jour : celle de la Sarine (ACSAR) qui englobe une commune du Lac (Barberêche) mais ni Tavel ni Guin ! Elle ne recouvre donc même pas l'ensemble de l'agglomé¬

ration fribourgeoise...

(10)

Le canton a-t-il les moyens de sa politique d'aménagement?

On peut sérieusement en douter quand on voit que le canton ne prend d'ini¬

tiatives sérieuses qu'en fonction de la manne fédérale.

Notre canton garde ainsi une mentali¬

té d'assisté au lieu de prendre l'ini¬

tiative.

Les associations de communes ont été confiées ...aux préfets, autant dire sans avoir l'idée que les tâches d'a¬

ménagement pouvaient déborder les li¬

mites du district. Faut-il s'étonner que l'ASCAR soit tombée en sommeil ? L'urgence des problèmes d'infrastruc¬

tures - en matière de transports en commun, par exemple - qui se posent à l'échelle de la VRAIE région de Fri- bourg, c'est à dire AVEC les communes limitrophes singinoises, ne sont plus à démontrer.

Alors que la pluralité culturelle et la qualité de l'environnement sont les atouts maîtres de 1'attractivité de notre région, on assiste à leur lente dégradation.

Aurait-on peur de la planification, jugée impopulaire, faisant le jeu des technocrates et allant en apparence contre le "moins d'Etat" ?

Cela expliquerait que notre canton ne se soit vraiment doté des moyens d' une politique d'aménagement. On veut bien créer un office ad hoc,.mais à la condition que cela ne fasse pas de vagues, que cela ne change rien aux habitudes, que les fonctionnaires soient là pour suivre sagement la rou¬

tine établie, sans remettre en cause la politique - ou l'absence de politi¬

que - des gouvernants. On le voit de manière criante avec le "Service de l'environnement", à la tête duquel on a placé un carriériste bon teint, dont l'exploit marquant a été à ce jour la défense de la décharge de Vallon face aux habitants en révolte...

En matière d'aménagement, on a aussi créé de toutes pièces, en 1971, un

"office cantonal de l'aménagement du territoire" (OCAT), en faisant appel à des fonctionnaires qualifiés. Dotés de moyens restreints, ils ont assez vite pris le pli bureaucratique.

Dans leurs premiers documents, ils ont tiré parti de données contenues dans des travaux universitaires, mais dans une optique strictement cantonale, bien respectueuse des structures en place.

Cela donne, par exemple, ce petit chef- d'oeuvre cartographique de l'évolution de la population de 1950 à 1970 (voir extrait ci-contre) où l'on ne tient pas comDte de ce qui se passe au-delà des frontières cantonales. Comme si l'urba¬

nisation de la Basse-Singine n'était pas à mettre en relation avec l'expan¬

sion de la banlieue de Berne, autoroute aidant.

Tout dernièrement, 1'OCAT a soulevé un beau tollé en sortant son plan direc¬

teur "FR 86", trop visiblement à la me¬

sure de ses moyens. Par ses lacunes, il s'est attiré les réactions de nombre de communes, dont celle de Fribourg, heu¬

reuse de pouvoir une fois en remontrer à l'Etat. Ce "FR 86" apparaît, sous forme de fiches, comme un catalogue de projets communaux : on y trouve ainsi un projet de traversée souterraine du village de Bel faux (!) alors que le pro¬

jet de Pont de la Poya a été tout sim¬

plement "oublié"...

Ces fiches sont autant de morceaux d'un puzzle qu'il serait vain de vouloir ras¬

sembler. L'image d'ensemble fait défaut dès lors que les fonctionnaires de 1' OCAT n'ont pas entrepris l'indispensable travail critique pour aboutir à une syn¬

thèse.

A trop vivre comme "rats dans un froma¬

ge", on finit par perdre de vue les réa¬

lités.

(11)

Dans la réalité, cela se traduit par cette image carica¬

turale: la frontiè¬

re communale est une zone de rupture

(Beaumont vu de la terrasse de l'Hôpi¬

tal Cantonal) .

(12)

Quand la ville donne le mauvais exemple...

"Ils" ont capitulé Récapitulons :

La loi cantonale sur les constructions de 1962 (renouvelée en 1984) oblige les communes d'une certaine importance à élaborer un plan d'aménagement local assorti d'un règlement dans le délai de cinq ans.

Lors de la croissance accélérée des an¬

nées 60, l'autorité communale a surtout évité de prendre des décisions. Pendant plus d'une dizaine d'années, il ne se passa rien : la ville disposait d'un rè¬

glement sur les constructions datant de 1932 (!) évidemment insuffisant et dé¬

passé. On construisit donc à coup de dé¬

rogations le plus souvent irresponsa¬

bles.

En 1974-75, enfin, le Conseil Communal donna un mandat d'étude à un bureau d'a- ménagistes de Lausanne. Mais, depuis lors et aujourd'hui encore, on se dé¬

brouille tant bien que mal, plutôt mal que bien, en faisant approuver par le Conseil d'Etat des plans de quartier ou d'aménagement partiel façon bricolage.

Le Conseil Communal fut, durant cette période, entièrement renouvelé et le responsable de l'aménagement changea à trois reprises. Il se trouva de plus en plus empêtré et le bureau d'aménagistes n'eut plus qu'à pondre des directives de plus en plus ineptes pour parer au plus pressé.

"La planification en tant qu'idée fait défaut" (Max Frisch)

L'autorité communale ne put pas, ou ne voulut pas, aborder le problème d'une manière compétente, peut-être parce que ses membres étaient accaparés par d'au¬

tres tâches ou qu'ils étaient dépassés par les événements, mais aussi par peur de s'engager dans une voie contraignan¬

te.

Les aménagistes mandatés, qui poursui¬

vaient leurs travaux sur la base de ré¬

flexions caduques et en référence à des critères dépassés, essayèrent de s'en tirer à coup de compromis démantelant les arguments du concept d'aménagement élaboré en début d'étude (l'axe à fonc¬

tions centrales, par exemple), en l'ab¬

sence de choix cohérents et de déci¬

sions suivies.

"La non-planification, c'est l'ordre, l'ordre mauvais évidem¬

ment, tout comme la déséconomie est aussi l'économie" (M. Frisch) La langue de bois (langage abstrait généralisateur) du dossier d'aménage¬

ment, sa formulation hypercompliquée et incompréhensible pour le profane, lais¬

sent pressentir le manque de consistan¬

ce de son contenu.

C'est quasi confidentiellement, et en tous cas, subrepticement, que le plan d'aménagement fut mis à l'enquête pu¬

blique du 17 novembre au 10 décembre

1986. Alors que les projecteurs étaient

braqués sur les élections cantonales,

les responsables politiques du plan,

qui n'avaient ni choisi ni maîtrisé

cette tâche ingrate, ont ainsi pu tirer

(13)

"élégamment" leur épingle du jeu. La lettre de la loi, sinon ses objectifs, était respectée avec 20 ans de retard.

Pour ce qui est des plans d'aménagement partiels ou de quartiers qui ont déjà été approuvés par le Conseil d'Etat de¬

puis des années, il n'est plus possible d'en établir le degré de cohérence avec le document global du dossier d'aména¬

gement.

Le plan global est limité à un point tel que la légalisation du territoire restant confine à la farce. Le plan d'aménagement ne vaut guère plus q'un plan d'inventaire. Des secteurs-clés de la ville sont bloqués par 13 plans d'a¬

ménagement partiels approuvés, 20 au¬

tres secteurs stratégiquement impor¬

tants le sont aussi par des études en cours qui font abstraction de l'essen¬

tiel, de ce qui est primordial en ma¬

tière de planification de l'espace et dans l'ignorance de toute continuité

urbaine. En revanche, la plus grande liberté est laissée aux spéculateurs dans l'interprétation de ce qu'est la ville dans la seule perspective du profi t.

Ce patchwork de la dé-concertation, assemblage coercitif, ne peut être considéré autrement que comme le ré¬

sultat de la capitulation face aux exigences et aux promesses de la pla¬

nification : capitulation devant un monceau de débris dès lors qu'il n'y a pas projet de ville.

"Il n'y a pas de réalisme sans idée" (Max Frisch)

PERSPECTIVES

Peut-on entrevoir un autre avenir pour Fribourg que celui que lui ré¬

serve le plan d'aménagement ? Sur le terrain, mises à part les é- normes erreurs de l'Eurotel, de la Poste Principale et des nouveaux bâ¬

timents du Pertuis à la Gd'Fontaine, rien de définitement irrémédiable n'a été commis. Il faut certes dé¬

plorer le temps perdu. Mais on peut aussi constater que si la période de planification n'a pas abouti au

but recherché, elle a permis de ré¬

colter une somme importante de con¬

naissances sur la base desquelles beaucoup pourrait changer. Des dom¬

mages irréversibles peuvent encore être évités en ce qui concerne : - la gare routière

- le pont de la Poya et son raccor¬

dement urbain

- la planification du secteur de la gare

- l'avenue de la Gare-Sud - le quartier de Beauregard - la zone industrielle de Pérolles - le parking des Alpes (...) - le secteur de la porte de Berne - le jardin de l'ancien Hôpital des

Bourgeois

- le secteur de l'ancienne usine à gaz

- l'espace Beaumont / Villars s/Glâne Ces secteurs-clés ne sauraient être planifiés valablement que dans le ca¬

dre d'un concept d'ensemble claire¬

ment conçu et défini. L'établissement d'un tel concept assorti d'une stra¬

tégie opérationnelle exige de l'intel¬

ligence, du courage et une idée en tant qu'expression de la volonté.

Il existe aujourd'hui des personnali¬

tés qui sont tout-à-fait capables d'élaborer en peu de temps une plani¬

fication exigeante qui sortirait Fribourg de l'impasse. Encore faut-il leur accorder la confiance qu'elles méritent. Il faut aussi avoir le cou¬

rage de reconnaître que nous nous trouvons aujourd'hui dans une situa¬

tion totalement insatisfaisante, que nous sommes au terme d'une évolution imprégnée d'un esprit désormais into¬

lérable.

S'il a fallu 20 ans pour arriver au point de rupture où nous sommes, il doit être possible maintenant de con¬

sacrer deux ans pour engager notre ville dans l'avenir dans la conti¬

nuité.

(14)

14

Région et bilinguisme

Il faut se rendre à l'évidence : les vieux schémas ont vécu. Nous ne vi¬

vons plus comme dans le bon vieux temps soit en ville, soit à la campa¬

gne, ou les deux à la fois quand les moyens le permettaient.

Une part toujours plus grande de la population vit dans une zone suburbai¬

ne qui n'est ni la ville, ni la campa¬

gne. Avoir sa maison, son jardin, c'est bien sûr le rêve de nombre de familles avec enfants. Et puis, la pé¬

nurie de logements en ville et leur cherté contraignent à gagner la péri¬

phérie. On n'a plus le choix.

La création même de zones industriel¬

les en dehors de la ville entraîne une dislocation des fonctions : on ha¬

bite à tel endroit, on travaille à un autre, on va faire ses emplettes et se distraire en ville.

Ce sont là des évidences qui provo¬

quent de non moins évidentes consé¬

quences. Les limites de la ville s'es¬

tompent et la frontière des langues se dilue, le plus naturellement du monde.

La zone de contacts et d'interpéné¬

tration des deux communautés va en s'étendant, dans le sens de la poussée urbaine vers l'Ouest.

Vouloir s'accrocher à une fictive frontière des langues, c'est s'imagi¬

ner qu'on peut encore traiter un pro¬

blème après l'autre, séparément.

Alors que tout se tient. Une commune qui fait le choix (car c'en est un) de renoncer à son caractère rural, de laisser construire un nouveau quar¬

tier ou de permettre l'implantation d'une zone industrielle dans le Grand Fribourg, doit aussi en accepter et en mesurer les conséquences.

Quand des milieux économiques prônent la croissance à tout prix, quand un ponte universitaire estime que nous avons un déficit de population par

rapport à la moyenne suisse (mais qu' est-ce que cela signifie une moyenne?

La moyenne entre la Pierre du Niton et le Cervin c'est quoi?), on doit quand même bien se poser la question d'où viendront les entreprises, les capi¬

taux et les gens ?

Ne convient-il pas de miser d'abord sur nos ressources propres, en popula¬

tion et en initiative ?

Devons-nous accroître encore notre dépendance à l'égard des grands cen¬

tres de décision du triangle d'or hel¬

vétique (ce qui vaut d'ailleurs autant pour nous que pour Glaris par exemple)?

On cherche à attirer les autres, à ven¬

dre Fribourg. On pense à des embellis¬

sements pour les touristes (ce fut trop souvent le cas en Vieille Ville) en ou¬

bliant les habitants qui, eux, sont là toute l'année. Et que la première tâche c'est de rendre notre ville, notre ré¬

gion attirante pour ses propres habi¬

tants .

En recentrant nos ambitions, nous avons un rôle actif à jouer dans la Confédéra¬

tion. Notre chance est unique : nous avons la seule université bilingue d'Eu¬

rope (il y avait aussi Louvain-Leuven que l'on a brutalement scindée) et une tradition séculaire de contacts et d'é¬

changes .

On ne peut plus se permettre de nier la vraie région fribourgeoise et de vivre chacun/e à l'heure de son clocher. On ne peut plus nier les inégalités dans le domaine linguistique et continuer à glisser sous le tapis charte, motion, questions et propositions.

Les contributions de nos lecteurs mon¬

trent la voie d'une décontraction et d'un dialogue, dont notre ville devrait être 1'exemple.

G. Bourgarel

Ci-contre: le marché de la Place Notre-

Dame vers 1900, avant que la fontaine

ne soit "reléguée" devant l'église...

(15)

lieu de rencontre

(16)

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(17)

Quand la ville fait la sourde oreille...

Notre cahier sur le bilinguisme a été bien accueilli, preuve qu'il est possi¬

ble d'aborder le sujet avec décontrac- tion.

C'était bien entendu tentant de lui donner une suite, avec l'idée que c'é¬

tait à un romand à faire un premier pas. Quoi de plus simple, de plus rai¬

sonnable que de demander qu'on remette en valeur les anciens noms alémaniques dans le noyau historique de la ville.

Parce que cela fait partie d'un patri¬

moine commun tant pour les romands que pour les alémaniques.

Dans ma question au Conseil Communal, je relevais que la question était cer¬

tes secondaire, mais avait valeur de symbole, ajoutant :

"Je ne tiens pas à une application trop systématique du bilinguisme en ce do¬

maine. Il n'y a pas grand intérêt à a- voir des écriteaux à la mode biennoise ou bruxelloise, ce qui donnerait des

"rue de Lausanne-gasse" bien superflus.

Par contre, nous avons à Fribourg des appellations traditionnelles, fondées historiquement, dans l'une et l'autre langue. Pour l'allemand, nous avons le Stalden, la Lenda, le Grabensaal ou le Schönberg qui n'ont pas besoin de tra¬

duction... Côté français, il en est de même pour Beaumont, Beauregard ou même Pérolles.

Par contre, dans notre vieille-ville, des rues ont vu leur appellation alle¬

mande traduite, et souvent déformée en français. C'est ainsi que la Balmstras¬

se est devenue faussement rue de la Palme. De même, l'ancienne Goltgassa est devenue rue d'Or, au point d'être retraduite Goldgasse... D'autres noms se sont perdus, comme la fameuse

"Tanzplatz" au bas de la Samaritaine.

Ne serait-il pas possible, en conclu¬

sion, de préserver ces anciens noms pour la simple et bonne raison qu'ils font partie de notre patrimoine com¬

mun, de notre histoire ?"

La réponse du Conseil ConFunal : Le Conseiller général Bourgarel lie le problème des noms de rues au bilinguis¬

me. En réalité, le nom des rues est né de l'histoire. L'approche du problème est donc toute différente.

Etre bilingue, c'est user avec une éga¬

le aisance de deux langues. Le problème du bilinguisme se pose dans des pays comme la Suisse, la Belgique ou le Ca¬

nada, en raison de la cohabitation de cultures et de langues différentes.

Mais le bilinguisme n'implique en aucun cas qu'une culture ou qu'une langue en¬

lève à l'autre ce qui lui revient de droit.

A Fribourg, deux cultures cohabitent de manière historique et traditionnelle : la culture romande et la culture aléma¬

nique. Cette cohabitation, au demeurant

enrichissante pour chacun, peut créer des obstacles à une parfaite communica¬

tion entre les habitants. Ceux qui, parce qu'ils ont de par leurs connais¬

sances linguistiques accès aux deux cultures, sont les plus à l'aise. Ceux qui, au contraire, ne sont en mesure de ne comprendre et de ne s'exprimer que dans leur langue maternelle, ont ten¬

dance à se croire agressés par une ma¬

jorité ou une minorité. En réalité, il est nécessaire que les uns et les au¬

tres disposent des moyens nécessaires à conserver leur culture. Le problème de la différence des langues doit être traité différemment, de façon plus nu¬

ancée, notamment en ce qui concerne

les actes administratifs et cela pour

des raisons pratiques et non dans un

esprit de conquête.

(18)

18

Aussi faut-il dissocier l'aspect lin¬

guistique et historique du nom des rues.

Si les rues de Fribourg portent leur nom, c'est précisément parce que l'his¬

toire s'en est mêlée. Il n'y a pas de raison fondamentale de retourner en arrière ni de la refaire.

En revanche, la proposition de désigner un expert qui s'adjoindra des personnes de divers milieux pour rechercher le pourquoi du nom de certaines rues, pré- Logique, où es-tu ?

Dans ma réplique aux propos du Syndic, j'ai constaté que la Commune énonce un principe qu'elle n'applique pas : de ne pas retourner en arrière ni de "re¬

faire" l'histoire. Dans la Vieille Ville, oü tous les noms de rues et de places sont fixés depuis le siècle dernier, la Commune a introduit la pla¬

ce Nova Friburgo, la place Jean-Fran¬

çois Reyff et la rue St-Pierre Canisius.

Par ailleurs, la petite place au bas du Stalden, sans appellation cadastrée, a bien reçu le nom de "Plätzli" qui cor¬

respond à l'usage établi du quartier (au lieu de "Placette" ?). La Commune a-t-elle fait là, sans le vouloir, un pas dans la bonne direction ? Car la paix des langues implique le respect de l'usage séculaire - et toujours popu¬

laire - des appellations alémaniques de certaines de nos anciennes rues.

A cela, le Syndic Claude Schorderet a remarqué qu'il n'exprimait pas là son point de vue personnel, mais celui du Conseil Communal.

Une telle prudence sent son année élec¬

torale, car, dans une récente interview Dans la pratique, c'est une autre

Car la pratique de la Commune est à géométrie variable ! Si on cherche à vendre ou à se vendre, le bilinguisme va de soi. S'il s'agit des services à la population : Nenni. Avec des nuan¬

ces : Si on engage du personnel pour le service des finances, on demande la connaissance de Vautre" langue (il s'agit de faire rentrer les sous) mais, pour le secrétariat de ville, le seul français est bien suffisant.

Pourtant, il faut donner des tas de

* "Neues Sonntags Blatt", Nr. 7, 15.2. Ii

sente un réel intérêt historique. Le Conseil communal entend la suivre et prendra les contacts nécessaires en vue de mener à bien cette étude.

En attendant, les rues garderont le nom ressortant du cadastre officiel. Un in¬

ventaire du nom des rues présentant un intérêt historique sera établi et fera l'objet de l'étude dont il est question dans la présente réponse.

dans une revue alémanique*, le Syndic a exprimé ce que l'on peut supposer être son point de vue personnel :

"Fribourg n'est certainement pas une ville bilingue comme Bienne. Fribourg a seulement 27% d'alémaniques. Bienne a plus de romands. (Réd. : Effective¬

ment, elle en a 29% . A cela s'ajou¬

te qu'à Bienne bien plus de romands savent l'allemand, d'où le bilinguis¬

me. A Fribourg, par contre, beaucoup de gens ne savent pas l'allemand."

Sur la nomenclature bilingue des rues:

"Cette revendication est complètement insensée. Personnellement, je ne suis pas opposé à ce que certaines rues et Dlaces soient dans les deux langues :

"Rathausplatz, Bahnhofstrasse", cela va encore. Mais je suis contre une tra¬

duction systématique de tous les noms de rues: on aurait une "Pigritzstrasse"

et une "S'ûdalleë (avenue du Midi). Cela contredit nos habitudes."

Sur ce, pourquoi avoir répondu au Con¬

seil général de manière aussi dilla- toire à une proposition très modérée ? chanson î

renseignements... et il n'y a qu'une personne vraiment bilingue dans ce service-clef.

Alors que l'Université, l'Union fri- bourgeoise du Tourisme et les mi¬

lieux économiques mettent l'accent sur le bilinguisme, la ville, elle, traîne les pieds.. Elle a, pourtant, son bulletin d'information bilingue.

Et son rôle premier n'est-il pas de

faciliter la vie des gens ?

(19)

Bilinguisme: NON!

Double langage: OUI!

Stadtpräsident Claude Schorderet vor der seit kurzem zweispra¬

chig beschrifteten Ortstafel.

«Nur keine Polemik»

Interview mit dem Freiburger Stadtpräsidenten Dans le sens des aiguilles d'une montre:

• Pas de polémique ! Mais on contribue, dans les faits à 1'alimenter,

• Des plaques bilingues, oui mais., dans la théorie, mais non dans la pratique.

• Dans la propagande touristique dans la presse allemande, on affirme : "On parle français et (presque) aussi bien l'alle¬

mand".

• Mais, pour travailler au secrétariat de ville, seul le français est nécessaire.

Collaborateur(trice) au secrétariat de ville - habile rédacteur(trice) de langue

française

- au bénéfice d'une très bonne formation, si possible de niveau supérieur et de pratique dans le domaine de la rédaction de rapports, procès-verbaux, articles, courrier, mémoires, etc.

- apte à collaborer à la tenue des archives communales

- obligation d'avoir ou de prendre domicile à Fribourg.

Entrée en service le 1 " mai ou à une date à convenir.

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(20)

Les bistrots jouent bien à pile

ou face...

(21)
(22)

22

Bilinguisme: La parole à nos lecteurs

En ouvrant ce dossier du bilinguisme, nous disions aborder un sujet tabou. Les réactions de nos lecteurs, leurs témoignages vécus, cha¬

leureux nous confortent dans l'approche choisie et viennent à point nommé enrichir le débat. Il n'est pas possible de tous les publier, mais c'est bien à tous que nous adressons nos remerciements. Il fal¬

lait vraiment un tel sujet, par trop "écarté", pour faire naître un tel courant d'échanges

D'UN SINGINOIS D'ADOPTION :

Wolfgang U. Stettler a choisi d'abord la Singine comme lieu de détente, a- vant de s'y fixer définitivement. Il a été pendant 35 ans professeur à l'Aca¬

démie de Musique de Bâle. Il considère le problème des langues dans notre ré¬

gion comme devant être pris au sérieux:

"Il me semble important que l'on s'ef¬

force intensément au long de la fron¬

tière linguistique de faire, à petits pas et par tous les moyens, des pro¬

grès vers une meilleure compréhension.

C'est à la fois une question d'intel¬

ligence et de bonne volonté, mais, fi¬

nalement, c'est, des deux côtés, l'e¬

xistence même qui est en jeu !"

DU DIRECTEUR DU CONSERVATOIRE : Jean-Michel Hayoz nous a fait part de ses réactions avec tant de chaleur que nous vous en donnons l'essentiel :

"C'est avec beaucoup plus que du sim¬

ple "intérêt" que j'ai dévoré le dos¬

sier "Bilinguisme: Domaine en friche"

Vos préoccupations, comme aussi une manière aussi sereine que possible de les définir, de les présenter, rejoi¬

gnent les miennes.

Au demeurant, je ne crois pas que le domaine soit aussi "en friche" que le titre le laisse entendre. S'il y a du remue-ménage en surface, si, du point de vue politique (hélas trop souvent politique-politicienne), il y a passa¬

blement de bavardage stérile parce qu*

on croit résoudre les problèmes avec des règlements, des lois, des chartes,

des organigrammes, des cahiers des charges, des déclarations solennelles de "principes" et j'en passe et des meilleures, en dessous, sous-jacent, sans éclat, il y a tout un travail pragmatique qui s'élabore, prend raci¬

ne, se développe, crée des fondements bien solides et bien réels. Le Conser¬

vatoire de Fribourg contribue à ce tra¬

vail .

Le problème des langues est d'abord

"culturel". (J'emploie le mot de "cul¬

ture" un peu à contre-coeur, parce qu' on en abuse, pour tout et pour rien).

Ce n'est que par ricochet qu'il de¬

vient un problême politique. Alors, je crois qu'il est important d'interroger en priorité ceux et celles qui s'occu¬

pent professionnellement de "culture".

Dans notre canton, il s'agit bien du Conservatoire, du Musée d'Art et d' Histoire, de la Bibliothèque cantonale, des Archives et, pour tout ce qui tou¬

che à l'humanisme, bien entendu, de 1'Université.

Dans cette optique, quel rôle joue le Conservatoire de Fribourg ?

Ce qu'hélas on ignore dans notre can¬

ton, mais que dans d'autres cantons on observe avec une stupéfaction admira- tive, c'est que le Conservatoire de de Fribourg s'est créé un modèle abso¬

lument unique en Suisse. Le Conserva¬

toire y est "Etablissement d'Etat" (a- vec contributions obligatoires des com¬

munes aux charges financières): il s' est établi sur tout le territoire can¬

tonal, sur plusieurs axes, de Môtier

(Vully) à Châtel-St-Denis, d'Estavayer

à Planfayon, de Romont à Bösinqen, en

(23)

quelques cinquante points où un ensei¬

gnement est distribué pour le compte du Conservatoire. 4'200 élèves, 200 professeurs. Il y a une Ecole de musi¬

que de la Gruyère-Conservatoire de Fribourg à Bulle; il y a une Musikschu¬

le Murten-Konservatorium Freiburg à Morat; il y a de solides succursales à Estavayer, à Romont, à Châtel-St-Denis qui, petit à petit, deviendront des Ecoles de musique de la Broyé, de la Glâne et de la Veveyse.

Une "Musikschule" de la Singine, uni¬

taire, n'est pas concevable, car il n'y a pas de véritable centre. Il n'en- pêche qu'il y a de fortes succursales à Guin, à Tavel, des filiales plus mo¬

destes à Schmitten, Wünnewil, et des points d'enseignement à Bösingen, à Planfayon, à St-Silvester...

L'année passée, j'ai profité de la pré¬

sence d'un professeur de piano à Ker- zers dans le district du Lac, pour y intégrer des élèves de piano. Le déve¬

loppement se poursuit.

Là où les élèves parlent en allemand, les professeurs parlent en allemand.

Si je n'ai pas de professeurs connais¬

sant l'allemand, le professeur de lan¬

gue française se mettra tout naturelle¬

ment à le pratiquer. Et cela marche.

Il faut dire que la musique dite occi¬

dentale se moque bien des frontières linguistiques. (...)

On abuse du mot "culture". On ne voit pas que ce sont précisément les grands courants culturels (disons par exemple le germanique et le latin) qui consti¬

tuent la "civilisation occidentale"!

Lorsqu'on se place à cette hauteur de vue, les petites querelles linguisti¬

ques des Fribourgeois semblent ridicu¬

les et mesquines. (...)

Ayant habité 19 ans à Zurich, j'ai fini par comprendre le dialecte suisse-alle- mand même si je n'ai jamais réussi à le parler. Dès le début, j'ai été ac¬

cueilli dans des comités, des conseils:

ma qualité de Suisse romand n'a jamais été un handicap. Le jour où, à côté de

mon métier de musicien, je suis devenu

"journaliste", notamment correspondant de la Suisse alémanique pour "La Suisse"

(sous un pseudonyme), j'ai toujours cherché à combler (dans la mesure de mes moyens) le prétendu fossé entre la Suisse allemande et la Suisse romande.

Mon expérience m'a énormément servi à la tête d'un Conservatoire implanté dans un canton bilingue.

Je n'hésite pas à m'exprimer en alle¬

mand devant un auditoire de langue alle¬

mande. En mai dernier, j'ai tenu le cra¬

choir en allemand devant une Elternve¬

reinigung. Je fais des fautes. Tant pis.

Les gens m'écoutent. Le courant passe.

Je crois qu'ils apprécient mon effort de parler dans leur langue, même si ce n'est pas en dialecte.

Lorsque, fin 1975, je suis venu à Fri¬

bourg, je suis resté resté pendant de très nombreuses années abonné au Tages- Anzeiger. (J'ai cessé, faute de temps, mais surtout aussi parce que j'ai con¬

servé une terrible nostalgie de ma vie de musicien actif à Zurich; je n'ai plus voulu alimenter cette nostalgie..) (...) En cette même fin d'année 1975, l'architecte de feu le projet d'un Thé¬

âtre-Maison des Congrès a pris contact avec moi pour discuter de "l'utilisa¬

tion musicale" de la dite maison.

(...) Pour (le) conseiller utilement, j'ai alors fait une analyse de la situa¬

tion d'alors de Fribourg.

Voici, en gros, ce que furent mes con¬

clusions :

- c'est faux de vouloir construire une

maison de théâtre, de congrès et de

(24)

24

concerts pour répondre à des besoins

"présents" i

- c 'est par conséquent faux de se fon¬

der sur un "catalogue" de ces besoins- là dûment répertoriés;

- nulle part dans le monde, on a bâti un théâtre pour les dix ans à venir;

je veux dire ceci: le théâtre cons¬

truit (ou la salle de concert), per¬

sonne n'a jamais pu imaginer ce qui s'y passerait vingt ans, cinquante ans plus tard. Exemple: 1 'Opéra de Zurich (avant sa récente rénovation), datant de la fin du siècle dernier, ne pouvait pas imaginer, en 1890, que la première européenne, après Bay¬

reuth, de Parsifal, y aurait lieu en 1913, ni qu'il y aurait la création de Luiu de Berg, de Mathis der Maler de Hindemith, de Mooses und Aaron de Schönberg et de quantités d'autres chefs-d'oeuvre du XXe siècle qui au¬

raient fait hurler le public de 1890!

- Sachant aussi 1'importance "spiri¬

tuelle" et "culturelle" qu'eut le Schauspielhaus de Zurich pendant la dernière guerre (en guise de "répon¬

se" aux méfaits du nazisme), j'ai imaginé ce que serait 1 'importance de Fribourg dans une hypothétique nouvelle crise européenne: la seule ville européenne à la frontière des deux grandes cultures qui font la ci¬

vilisation occidentale, dotée d'in¬

frastructures humanistes - 1 'Univer¬

sité -, en plein milieu d'un pays neutre;

- qu'on le veuille ou non, du fait qu' il n'y a plus de grands problèmes qu'on puisse résoudre à l'échelle lo¬

cale, 1 'autonomie communale et la souveraineté cantonale devront peu à peu céder de leurs attributions à un pouvoir plus centralisé. Par consé¬

quent, Fribourg apparaîtra de plus en plus comme la "banlieue" adminis¬

trative de langue française, de la Berne fédérale. J'essaye de penser à long terme!)

- Voilà ce que j 'ai imaginé et dit, fin 1975: l'importance que prendra Fribourg et dans le contexte euro¬

péen et dans le contexte helvétique dans les 30, 40, 50 années à venir, avec la chance justement exception¬

nelle d'être "bilingue". Déjà à l'époque, j'ai trouvé par conséquent ridicules et mesquines toutes les petites querelles de "langue".

- Et j 'ai souligné alors l'importance qu'aurait à long terme un véritable

"foyer de culture" solidement im¬

planté à Fribourg.

Depuis, je n'ai pas changé d'avis.

Faute d'avoir une quelconque influen¬

ce sur les nécessaires décisions à prendre, sur ce plan-là, à Fribourg, j'ai quand même agi sur le plan qui est le mien, celui du Conservatoire.

Je pourrais épiloguer sur d'autres sujets et vous raconter comment, par exemple, j'ai alerté les autorités fribourgeoises à propos de la création d'un "institut suisse de musique" qui serait un peu l'équivalent du Macolin sportif. Dans un premier temps, d'au¬

cuns se sont dit: il faudrait l'ins¬

taller en Suisse centrale, à l'occa¬

sion de 1'anniversaire de la fondation de la Confédération et de CH 91. J'ai plaidé pour que les Suisses romands n'aient pas l'impression qu'une fois de plus les Suisses allemands tirent la couverture à eux, pour que, par conséquent, l'institut en question soit implanté près de la frontière des langues, à proximité des grands axes de communication ferroviaire et auto¬

routier. La Singine répond S ces con¬

ditions, en particulier Guin: ce se¬

rait territoire de langue allemande;

ce serait territoire neutre (l'inté¬

rieur d'un canton bilingue); ce serait la proximité d'autres centres cultu¬

rels (Berne, mais sans qu'on puisse dire que les Bernois veulent tout man¬

ger; Fribourg qui se développe); ce serait les doux paysages fribourgeois contrastés et le fait précisément que la musique y est monnaie courante sous toutes ses formes (Conservatoire, fanfares, chorales...). J'ai souhaité que les Fribourgeois mettent à disposi¬

tion, gratuitement, terrains avec châ¬

teau désaffecté: les autorités fédéra¬

les, ensuite, seraient bien en peine de ne pas accepter de financer rénovations et frais de fonctionnement. Notre fédé¬

ralisme serait sauvegardé, sans les in-

(25)

convénients du fédéralisme; un Thurgo- vien ou un Saint-Gallois ne mettrait pas beaucoup plus de temps pour venir jusqu'à Guin (via Fribourg) que pour aller par exemple à Brunnen; mais au moins le Genevois, lui, saurait vivre réellement, sans les inconvénients, le cordon ombilical qui le relie à la Suis¬

se! Les finances de la Confédération étant ce qu'elles sont, le projet ne verra probablement jamais le jour et, en outre, les gens de Bienne tiennent le même raisonnement que le mien (ils ont mis un secrétariat provisoire à dis¬

position).

Voilà ce qui m'apparaît à moi comme les vrais problèmes à résoudre. Les franco¬

phones qui s'irritent devant des germa¬

nismes m'agacent. Mais les Singinois qui voudraient que l'on nomme Romont, Remund et Marly, Mertenlach, m'agacent tout autant. Q'un Böschung lutte pour le respect de la langue allemande en territoire romand, je le comprends.

Mais je lui demande alors de montrer le bon exemple. Pourquoi par exemple le sentier botanique des marais de Guin n'est-il pas truffé d'indications éga¬

lement en français ? Pourquoi les pla¬

quettes au pied des arbres ne compor¬

tent-elles que le nom en allemand et en latin? (Mettre le nom des arbres également en français aurait été une merveilleuse occasion de montrer le bon exemple.) Près d'Alterswil, dans une forêt au-dessus des falaises de la Sin- gine, il y a les ruines d'un château.

Il y a des panneaux avec des textes explicatifs fort intéressants en alle¬

mand. Pourquoi pas aussi en français?

Du coup, dans des situations analogues, sur territoire de langue française, je crois qu'on mettrait tout naturellement également des indications en allemand.

Les antagonismes se résorberaient petit à petit sans bouleversements politiques.

Je suis en somme frappé de ce que les Fribourgeois ne voient pas l'immense chance qui est la leur et qu'ils per¬

dent du temps à de minuscules querelles de clocher, d'amour-propre mal placé.

Voilà!

Jean-Michel Hayoz

DU Dr. Peter BÖSCHUNG, FLAMMT

Je vous félicite d'avoir eu le courage, avec vos deux cahiers parallèles, de briser un tabou contre lequel je lutte depuis 30 ans. Permettez-moi d'expri¬

mer quelques réflexions, sans attendre de moi un exposé exhaustif de la ques¬

tion.

Il est dit, dans vos cahiers, beaucoup de choses pertinentes, judicieuses, humoristiques, acerbes voire pénibles, mais aussi quelques-unes, cela se com¬

prend, qui, de mon point de vue, ta¬

pent à côté du clou. Le point de vue alémanique est présenté surtout par des gens qui n'ont qu'un rapport rompu avec la langue allemande, ce qui donne l'impression qu'il n'y a pas de Fri- bourgeois alémaniques pour prendre po¬

sition avec conviction et sans réserve pour leur langue maternelle. Cela don¬

ne une fausse image.

J'ai apprécié que la notion de "bar¬

rière de rösti" soit balayée: cette béquille convenant à l'ignorance de journalistes paresseux, ce stéréo¬

type bancal et indéracinable qui ne sert qu'à cimenter des préjugés d'un autre temps et qui empêchent un dia¬

logue sérieux.

Par contre, je suis déçu par la super- ficialité avec laquelle sont abordés les importants problèmes constitution¬

nels de notre bilinguisme, qui sont à peine effleurés. C'est tout d'abord l'article 21 de notre constitution conservatrice de 1857, qui dégrade no¬

tre deuxième langue administrative et cantonale à une langue pour traduc¬

teurs. Le français fait foi, lui seul est la base de référence! C'est une vieille défroque du temps du nationa¬

lisme triomphant, que le Canton du Valais a éliminée déjà en 1844 et en 1907, le Canton de Berne en 1950, par la reconnaissance sans équivoque de l'égalité des langues! De même, au plan fédéral, il n'y a, depuis le 19e siècle, malgré la grande majorité alé¬

manique, de texte de référence: l'al¬

lemand, le français et l'italien sont

mis sur le même pied. Pourquoi ce qui

est évident sur le plan fédéral pour

(26)

26

nos trois langues nationales ne le serait-il pas pour notre canton bi¬

lingue ?

Le Dr. Böschung relève ensuite la dif¬

férence de traitement entre la minorité des 5'OOO romands du district du Lac qui ont une administration bilingue et celle des 15'OOO alémaniques de Sarine- Campagne, où le français est seule lan¬

gue officielle. Il remarque que, depuis 1857, aucun parti, aucun homme d'Etat n'a rien entrepris pour réparer cette injustice. A quelques rares exceptions près, dont la motion du député Erwin Jutzet, de 1982, restée sans suite.

Heureusement, remarque-t-il, que les Fribourgeois alémaniques n'ont pas le tempérament jurassien...

Il se montre déçu qu'aucun des auteurs ne se soit sérieusement appuyé sur la

"Charte des langues" établie par le dé¬

funt Institut Fribourgeois sous la pré¬

sidence de Gonzague de Reynold. Elle contient les principes d'une bonne co¬

habitation.

Il s'insurge contre l'affirmation de Walter Tschopp, que la minorité s'adap¬

te. Il affirme qu'une minorité qui ne défend pas ses droits, s'abandonne et perd son identité.

Il s'appuie sur les publications de la Nouvelle Société Helvétique qui insis¬

tent sur la nécessité de prêter une oreille attentive aux minorités, car le fait de négliger leurs revendica¬

tions les entraîne vers la radicalisa- tion et crée le fossé:

Aussi longtemps, ajoute-t-il, que les romands nous traiteront de façon mes¬

quine, ils seront mal placés pour se plaindre de la Confédération. Tant que là où ils sont majoritaires, ils ne reconnaissent pas l'égalité des lan¬

gues, ils ne sont pas crédibles dans leurs propres revendications.

Le Dr. Böschung estime qu'il n'y a pas de "guerre des langues". Il croit aux vertus du dialogue, mais pense que la difficulté sera de faire accepter les conclusions d'un tel dialogue par la masse des électeurs.

Au sujet de la soi-disant "germanisa¬

tion", il remarque: On ne doit pas faire aDDel aux entreprises de la ré¬

gion alémanique, afin de rattraoer le retard économique, pour ensuite s'éton¬

ner et s'indigner, quand ce sont des hommes qui viennent et qui tiennent au droit à leur langue et à leur culture.

... Des alémaniques ont fondé la ville, ils sont présents sans interruption de¬

puis lors, ils ont contribué à la for¬

mation de la communauté, au développe¬

ment de l'économie et des arts, ils ont eu part, par leur travail et leur suc¬

cès, à l'essor de Fribourg. Et pour¬

tant, il se trouve des chauvinistes pour assimiler cette présence à une germanisation. Il rappelle alors que, dans les dernières décennies, en dépit de l'industrialisation, il n'y a pas eu d'augmentation de la proportion des alémaniques dans le canton. Elle dimi¬

nue même en ville.

La ville s'est étendue sur l'autre ri¬

ve de la Sarine, ce qui devrait renfor¬

cer le caractère bilingue,■alors que des chauvins s'efforcent de nier ce caractère.

Le Dr. Böschung de conclure :

La "Germanisation" n'est rien d'autre qu'une tromperie, un slogan ridicule et menteur, un paravent derrière lequel la francisation de la ville s'opère.

D'AUTRES REACTIONS ENCORE...

Des lecteurs du dehors ont aussi appré¬

cié l'éclairage donné sur "notre" bi¬

linguisme (M. de Montmollin à Lausanne)

et, pour finir, un abonné de Fribourg

nous rappelle gentiment au respect de

notre propre langue. Mea culpa, c'est

en effet notre premier devoir.

(27)

En conclusion: C'est l'immobilisme qui est dangereux

Le dialogue est nécessaire, quitte à découvrir que nous ne sommes pas tous sur la même longueur d'onde. Il y a des crispations, des préjugés tenaces. Mais les efforts doivent converger pour éliminer les inégalités et les points de friction.

Le double langage officiel, ce manque de clarté et d'esprit de dé¬

cision, ne mène à rien, qu'à une situation ridicule qui risque, à la longue, de finir en mauvaise histoire belge.

On doit faire l'inventaire des tentatives faites dans le passé pour aplanir les différents. Le défunt Institut fribourgeois avait, à sa façon très élitaire, fait preuve de méthode. Sa démarche a un réel intérêt historique. Mais tout cela n'a pas servi à grand'chose.

Les conditions ont changé. Le rapport ville-campagne s'est modifié.

Une région fribourgeoise prend forme, encore mal définie, dans des structures étriquées.

Il faudra bien un jour sortir de la routine et faire preuve d'ima¬

gination. C'est dans ce cadre de la vraie région de Fribourg que devront être résolus ces problèmes de cohabitation de deux cultures.

Franz Aebischer, par son "entrée de cirque", pose une question sé¬

rieuse: celle du droit des langues, de leur égalité.

Ce bilinguisme qui est encore un atout, ne doit pas devenir un bou¬

let. Car nous aurons à l'avenir des défis autrement plus graves à

relever.

(28)

28

La dé-route des Alpes

Hou lala ! ça penche

v

Mais quel calme ! et puis tout ce soleil ,Et la vue ! magnifique, imprenable

.Tout ça au centre-ville !

v

ccrtne qui dirait dans

.l'arc à fonctions centrales...

Ce P.. de P.. se fera: un projet anachronique qui hypothèque déjà l'avenir. Avec quelques gros défauts irrémédiables. Songez que, à cet endroit, 130'000 m2 de planchers, sans compter le reste (tunnel, rampes, escaliers..), cela correspond à une centaine de logements ! Mais on ne pourra jamais modifier sa fonction, du fait de la pente de l'ouvrage. Ce serait pourtant le rôle de l'aménagement de prévoir des changements d'affectation.

La démission de la Commune, est fla¬

grante : elle n'a même pas veillé à la bonne coordination des travaux dans ce secteur. Les nouveaux habi¬

tants de la ruelle du Pertuis au¬

ront en prime l'énorme chantier au- dessus de leurs têtes...

La responsabilité de certaines ban¬

ques et assurances est grosse : ce sont elles qui ont renfloué un pro¬

jet en difficulté. Les épargnants et assurés pourront se sentir de

leur côté floués : en voyant à quoi

sert leur argent...

(29)

Au premier abord, cette élection au Conseil d'Etat nous laissait froids.

Quel rôle l'électeur joue-t'il encore quand tout se décide au sein des états- majors de partis ? Au nom d'une "for¬

mule magique" dont le rôle était de camoufler un système de cooptation au sein d'une sorte de conseil d'adminis¬

tration cantonal, on allait proprement escamoter le deuxième tour.

Il a fallu la ténacité de Franz Aebis- cher pour tout flanquer par terre. Du coup, avec ce 2e tour inopiné, le choix ne se faisait plus en terme de parti mais bien en terme de personnes.

Nous avons donné nos raisons de nous mouiller lors de la présentation du comité de soutien à Raphaël Rimaz : Rappelant notre engagement pour le res¬

pect des droits démocratiques et la participation active des citoyens, qui s'est traduit aussi bien par le réfé¬

rendum contre le parking du Bourg que par notre récente opposition (sans suc¬

cès) à la limitation du référendum fi¬

nancier, nous avons précisé ce qui suit:

"Notre choix actuel ne doit pas être in¬

terprété comme dirigé contre un parti.

Force est de constater que dans toutes les luttes que nous avons menées ces dernières années, nous avons toujours trouvé en face de nous des gens se ré¬

clamant du parti radical. C'est un fait qui ne tient pourtant pas à la nature d'un parti qui a joué un rôle histori¬

que fondamental dans l'élaboration de la démocratie moderne en Suisse. Ce par¬

ti est donc, à l'origine, porteur d'i¬

dées et il continue à l'être ...ailleurs qu'à Fribourg. A Genève, par exemple, un Gilles Petitpierre est proche de nos idées, les défend au sein de son parti y est même représentatif d'un courant."

Notre soutien à Raphaël Rimaz traduit notre ouverture aux efforts de ceux qui, au sein du monde paysan, refusent l'im¬

mobilisme, s'engagent pour préserver les assises de leur profession, pour promou¬

voir une production saine.

Victoire chèrement payée: Raphaël Rimaz aurait mérité mieux que le département de Rémi Brodard, mais ses qualités hu¬

maines finiront bien par s'y imposer.

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