• Aucun résultat trouvé

La cartographie des brevets

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2021

Partager "La cartographie des brevets"

Copied!
2
0
0

Texte intégral

(1)

HAL Id: hal-01857658

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01857658

Submitted on 16 Aug 2018

HAL is a multi-disciplinary open access

archive for the deposit and dissemination of sci-entific research documents, whether they are pub-lished or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers.

L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d’enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés.

Copyright

La cartographie des brevets

Antoine Blanchard

To cite this version:

(2)

82 LA RECHERCHE | JUIN 2006 | Nº 398 Nº 398 | JUIN 2006 | LA RECHERCHE |83

Statistiques

Statistiques

Comment savoir d’un seul coup d’œil si un objet ou un

concept a fait l’objet d’un grand nombre de brevets ?

Des outils mathématiques permettent de dessiner des

cartes semblables aux cartes géographiques, sur

les-quelles les technologies forment des régions facilement

identifiables.

Les brevets ne servent pas qu’à proté-ger les inventions. Les bases de don-nées dans lesquelles ils sont consignés permettent aussi de brosser un état de l’art des technologies, sur lequel les entreprises peuvent s’appuyer dans leurs processus d’innovation. On considère en effet que 70 % à 90 % de l’information contenue dans les bre-vets ne se trouvent nulle part ailleurs, puisque, pour être brevetable, une invention doit être nouvelle et n’avoir jamais été rendue publique.

Deux stratégies

Un brevet peut permettre à une entre-prise de sortir d’une impasse techno-logique ou d’invalider celui déposé par un concurrent. Encore faut-il qu’elle trouve exactement celui qu’elle cherche (s’il existe) dans les bases de données disponibles gratuitement sur Internet

[1] ou proposées par des éditeurs pri-vés. Il s’agit là de formuler la requête la plus précise possible pour interro-ger la base. Dans le cas où l’entreprise souhaite visualiser un portefeuille de brevets afin d’en optimiser la gestion, ou de comprendre les stratégies de

recherche et développement de ses concurrents, le problème est tout autre. Il faut « prendre de la hauteur » en exa-minant un large corpus de documents et s’en faire une idée d’ensemble. Dans ce but, des algorithmes analysent des centaines voire des milliers de brevets pour en produire une image synthéti-que et fidèle : c’est le travail de la fouille de texte ou « text mining ».

Fouiller le texte

Un nombre croissant de logiciels est disponible pour fouiller le texte de tous types de documents. Ils traitent des textes et des phrases en langage naturel — dans le cas des brevets, ce sont surtout le titre, le résumé et les revendications (qui forment le cœur du brevet) qui sont analysés. Ces logi-ciels reposent sur une idée formulée en 1958 par un pionnier Hans Peter Luhn (en médaillon), selon laquelle « la fréquence d’un mot dans un docu-ment donne une mesure utile de sa significativité ». Il en découle que, dans une approche dite du « sac de mots » (« bag of words »), on peut faire fi des relations sémantiques et lexicales

pour traiter les mots comme des objets mathématiques, les trier par un algo-rithme et en déduire un classement des documents.

Le poids des mots

La méthode la plus courante se déroule suivant deux étapes. Dans un premier temps, on collecte les mots qui consti-tuent le corpus de documents et on filtre leurs déclinaisons. Par exemple, on fusionne les mots « stable », « sta-bles » et « stabilité ». Puis on attribue un poids à chacun de ces groupes de décli-naisons selon un algorithme appelé « tf × idf » (« term frequency × inverse document frequency »), qui consiste à faire le produit de deux mesures com-plémentaires : la fréquence du mot (ou de l’ensemble de ses déclinaisons) dans le corpus et l’inverse de la proportion de documents qui contiennent ce mot. Avec cet algorithme publié en 1988 par Gerard Salton, à l’université Cornell et Chung-Shu Yang, à l’université de l’Iowa, le poids augmente quand le mot est utilisé abondamment et il diminue quand il apparaît dans de nom-breux documents. On élimine ensuite

Antoine Blanchard,

Ingénieur information brevet chez Syngenta Crop Production. CLUBS, EXTRÉMITÉ DISPOSITIFS ÉLECTRIQUES STRUCTURE, REVÊTEMENT DIVERS Embout de putter Embout de club Réflexion lumineuse Capteurs Imagerie Couche de revêtement Revêtement

en polyuréthane Revêtement en résine Films Trous Tee Manche de club Sacs Entraînement au swing Terrain d’entraînement Couche de cœur Cœur en caoutchouc Moules Copolymères d’acide

SUR CETTE CARTE apparaissent 16 579 brevets et demandes de brevets liés au concept de « balle de golf ». Les prin-cipales technologies sont regroupées en régions : « Extrémités de clubs », « dispositifs électriques » et « structure et revêtement des balles ». Les courbes topographiques indiquent la densité de documents et les couleurs imi-tent celles des cartes géographiques. © INFOGRAPHIE BRUNO BOURGEOIS/D’APRÈS THOMSON SCIENTIFIC

les mots dont le poids est inférieur à un seuil fixé — dans la pratique, cela revient à éliminer des prépositions et des verbes qui reviennent dans tous les documents (« le », « un », « est », etc.), ainsi que les mots très rares. Il ne reste alors plus que les n mots pertinents qui apparaissent suffisamment de fois pour être considérés comme porteurs d’information significative.

Avec la deuxième étape, on passe du niveau des mots à celui des documents. L’algorithme parcourt chaque docu-ment, fait la liste des mots significatifs qu’il contient et exprime sa position dans un espace à n dimensions à l’aide d’un vecteur composé de 0 (mot absent du document) et de 1 (mot présent dans le document). Ainsi, les documents dont le contenu est similaire se retrouvent à proximité les uns des autres.

Carte de densités

On ramène l’espace de n à deux dimen-sions par une transformation de type « Self Organizing Map » (SOM), un mode de représentation développé par le Finlandais Teuvo Kohonen au début des années 1980 et qui fait appel aux

réseaux de neurones. On obtient alors une carte où la distance entre les docu-ments augmente quand leur similarité diminue. On y ajoute aussi des courbes topographiques pour transcrire la den-sité de documents ainsi que des dégra-dés de couleurs suivant cette densité, afin d’obtenir un rendu proche de celui des cartes géographiques.

Régions de montagnes

Sur le document final, on voit des « montagnes » denses de brevets rela-tifs à une même technologie. Les mon-tagnes les plus proches forment des régions qui décrivent un ensemble de technologies apparentées. Entre dif-férentes régions, on peut trouver des montagnes ou même des documents isolés. Si l’on nomme automatique-ment les montagnes à partir des mots qui caractérisent leurs documents, il devient possible de lire le résultat d’un seul coup d’œil (en gardant à l’esprit les problèmes éventuels liés à la polysémie).

Le résultat de cette cartographie, ou « patent mapping », est-il fiable ? Comme elle fait abstraction du sens des

mots rencontrés, la méthode est censée fonctionner quel que soit le sujet traité à condi-tion que le nombre de docu-ments soit assez grand. Mais dans certains cas, pour opti-miser le résultat, l’utilisateur lui-même peut être amené à ajouter des mots que l’algo-rithme devra ignorer parce qu’ils sont triviaux dans le contexte considéré. Il s’agit alors d’une démarche empiri-que qui échappe au formalisme mathématique, avec les incer-titudes que cela comporte.

Compléter

l’information

Pour aller au-delà, l’infor-mation obtenue à partir de la fouille de texte peut être complétée par l’information contenue dans les champs numériques des brevets (inventeur, année de dépôt, classifi-cation internationale) : il s’agit alors de fouille de données ou « data mining ». Celle-ci permet par exemple d’obtenir facilement des graphiques traduisant les tendances de dépôt de brevets au cours du temps. On peut aussi ana-lyser les réseaux de citations entre brevets de la même façon que l’on étudie les réseaux de citations entre articles scientifiques, afin d’estimer quels sont les brevets les plus impor-tants (en première approximation, les plus cités) ou retracer l’évolution d’une technologie.

Cette approche cartographique per-met d’appréhender comment une tech-nologie se construit. Ainsi, l’équipe de Gregory Graff s’est récemment appuyée sur une carte des brevets dans le domaine des biotechnologies pour l’agriculture afin de comprendre comment l’innovation y est partagée entre les secteurs public et privé [2]. Quant aux investisseurs et aux consul-tants, ils font de plus en plus appel à ce type de cartes pour anticiper les futurs développements et les tendan-ces de l’innovation.  © C O U R T E SY O F IB M ARC HIV ES

La cartographie

des brevets

[2] G. Graff, et al., Nature

Biotechnology, 21, 989, 2003.

[1] www. uspto.gov/patft ;

Références

Documents relatifs

Ensuite, dans les deux chapitres suivants, nous aborderons plus en détail la situation de la gestion des ressources humaines au sein des institutions du secteur public en France et

C’est l’esprit dans lequel sont formulées un certain nombre d’ interrogations pour éviter de faire « comme si » la seule question était, à travers la mise en évidence des

j’aurai tu auras elle aura nous aurons. vous aurez

Ces éléments sont de même classe grammaticale (deux noms, deux verbes, deux adjectifs, deux phrases) et de même fonction (deux sujets, deux attributs, deux COD, deux

Trouvez des ensembles d’entiers naturels strictement positifs, dont la somme des éléments est minimale et qui contiennent exactement k multiples de k dans les cas suivants :Q1 :

Les 4 tableaux ci-après donnent les entiers qui sont retenus dans chacun des cas avec un astérisque pour repérer les entiers divisibles par l’un des facteurs premiers 2 ou 3 ou 5 ou

prépositionnels de ceux qui ne relèvent pas de cette partie du discours. Ce faisant, nous avons appliqué une approche théorique proposée par J.-C. Milner, approche que nous

Jeu de tangram, mosaïcolor : distinguer les formes et se repérer dans l’espace pour positionner les pièces les unes par rapport aux autres pour reproduire un modèle.... Agir