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RAYMOND MIRANDE. Chemin de visite. Exposition

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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À travers sa vie, l'artiste nous invite à mettre en résonance son œuvre depuis les mots jusqu'aux images.

Ce passage singulier s'effectue alors par les personnes et à travers leurs relations.

Biographie

DU COMMENCEMENT...

1932 : Naissance le 9 décembre à Bordeaux. Études au lycée Michel Montaigne puis à la Faculté de Lettres Modernes. Poèmes et contes dans le journal du lycée et revues diverses.

1951 : Publication à compte d'auteur d'un premier recueil de poésies

"Chacal dans un tiroir"

1952 : Rencontre décisive avec Lanza del Vasto, disciple de Gandhi.

Fréquente la communauté de l'Arche, adepte de la non-violence. Rencontre avec le poète Norge, les écrivains Jean Cayrol et Gérard Mourgue à Paris aux éditions du Seuil.

• 1954 : S'initie à la technique de l'émail à Limoges

1957 : Publication d'un second recueil de poésie "L'Apparence et le Feu"

(Prix Poésie-Découverte en 1959)

EXPOSITIONS DIVERSES (1959-1987)

• En France (Bordeaux : Galerie du

Fleuve ; Galerie du Troisième Oeil.

- Gradigan - Cognac - Saintes - Paris)

• En Europe (Suisse, Belgique, Allemagne, Luxembourg, Angleterre)

… À LA MATURITÉ...

• 1961 : Début d'une carrière de critique d'art au journal "La Vie de Bordeaux" (1961-1979). Le Conseil Général de la Gironde offre une croix en émail champlevé au Général de Gaulle.

1964 : Premiers vitraux réalisés pour le séminaire (Saint Louis de Gonzague, Villenave-d'Ornon).

1966 : Rencontre avec François Mauriac. Exposition collective à la mairie de Berlin.

1975 : Se lance dans la technique du cloisonné à l'or.

Rencontre avec l'écrivain Stanislas Fumet. Acquiert un appartement à Paris dans lequel il se rendra désormais régulièrement.

• 1986 : Création d'une centaine de bijoux émaillés. Parution de l'ouvrage "La Sémantique de l'Image" de Claude Peyroutet. Exposition de vitraux au Prieuré de Cayac à Gradignan.

… JUSQU'AUX DERNIÈRES ANNÉES

1988 : Rétrospective de son oeuvre à la fondation Charles Cante de Mérignac. Entre à l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.

1994 : en devient le Président. Voyage à Rome lors du Cardinalat de Monseigneur Eyt.

• 1996 : Le diocèse de Reims offre un émail au pape Jean-Paul II commémorant le baptême de Clovis.

1997 : Le 9 octobre, dernière visite au monastère de la Grande Chartreuse auprès de son beau-frère, Misaël-Marie. Décède d'une crise cardiaque le 10 octobre à son domicile de Gradignan (près de Bordeaux).

Exposition

RAYMOND MIRANDE

Chemin

de visite

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Sources d'inspiration

Grâce à son œuvre, Mirande raconte la Vie...

La Bible a, de tout temps, été un inépuisable champ d'inspiration pour les artistes.

Quel réservoir extraordinaire en effet, de sujets, de personnages, de situations, de décors. Au fil des siècles, la plupart des artistes s'y sont essayés. Les artistes sont des porte-parole, des exégètes, des interprètes au service du déploiement des potentialité inépuisable de la révélation biblique renouvelant d'âge en âge l'accès à la Bible.

Des milliers de création du monde et de récits cosmogoniques traditionnels relatifs aux origines du monde, des dieux ou des institutions, appartiennent à la catégorie des mythes fondateurs. Les figures idéales et les modèles intemporels y ont donc une place importante. Leur variété semble exprimer le besoin immuable de décrire et peut-être de justifier les transformations du monde observables de la terre et de la société humaine.

Le Présent s'illustre par les êtres humains souvent représentés chez Mirande par les clowns. Le clown blanc rêve et danse à visage découvert, le clown noir souffre sous son masque à nez pointu. Tous les deux ne forment qu'un seul coquillage "en expansion".

L'un est l'élégance même, la pureté toute blanche, l'autre est toute lourdeur, sombre obscurité, tragique profondeur. Tous abritent le mystère des regards derrière la ruse des sourires. Ils se dédoublent à l'infini pour travestir le visage humain.

Pour Mirande, le visage humain est le joyau le plus important de la création. L'art établit un pont entre la nature – animaux, plantes, arbres, forêts et mers – image de la grandeur de l'homme et du divin, source d'inspiration pour une vie singulière.

Les contes et les fables sont de courts récits de faits qui posent un regard sur la réalité par le biais du merveilleux ou du fantastique. Le rôle principal est généralement joué par des animaux ou des plantes auxquels on prête certaines caractéristiques humaines. Leur finalité est de donner un sens aux évènements, aux sentiments humains, à l'existence et en découvrir une portée plus profonde.

D'autres découvertes : la philosophie orientale avec le livre de Lanza Del Vasto "Pèlerinage aux sources", un long séjour en Grèce, la beauté du Parthénon, le Mont Athos, s'impriment secrètement en lui et confèrent à son œuvre des accents mystiques.

Son regard s'est également porté sur l'univers : les constellations et

"Dans la « création artistique », l'homme se révèle plus que jamais « image de Dieu », et il réalise cette tâche avant tout en modelant la merveilleuse « matière » de son humanité, et aussi en exercant une domination créatrice sur l'univers qui l'entoure." (Lettre du pape Jean-Paul II aux artistes - 1999)

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Le Christ aux raisins (1967) Émail suir cuivre champlevé

Il existe de nombreux "Christ aux raisins" dans l’œuvre de Raymond Mirande. Est-ce parce qu’il est né dans une région où le raisin a une place particulière dans la vie et la culture de ses habitants? Est-ce à cause de l’importance de la symbolique du cep et des sarments dans les Evangiles? Est-ce encore l’esthétique qui a guidé son choix?

Peut-être tout cela a-t-il contribué à faire de ce "fruit de la vigne" une source d’inspiration.

La plupart de ses "Christ" sont représentés sur la croix, parfois "crucifiés", parfois

"ressuscités". Très souvent, ils sont enlacés par des branches interminables, formant presque des labyrinthes dans lesquels se perdent des grappes triangulaires, des grains ronds de raisin; parfois aussi quelques oiseaux, une seule fois un personnage énigmatique.

Leurs dimensions sont toutes autour de 25 x 35 (30 x 35 pour le plus grand). La dominante de couleur varie : bleu, rouge, jaune se partagent l’espace.

La technique employée est généralement celle du champlevé.

La signature est toujours gravée en bas au milieu c’est-à-dire au pied de la croix (sûrement le lieu où l’artiste se place pour contempler le mystère). Un seul est signé en bas à droite où le Christ apparaît "ressuscité" libéré de toute attache. Cette iconographie date des années soixante, soixante-dix pour les plus récents.

Une particularité éminemment symbolique est que le pied de vigne semble toujours prendre racine dans le cœur du Christ au lieu de jaillir de la terre.

Tout se passe comme si le Christ était la Vigne (Il l’a d’ailleurs dit Lui-même) et de Lui naissent les sarments qui sont comme dépendants de Lui pour recevoir la sève dont ils ont besoin pour vivre et produire du fruit.

Même lorsque le Christ est cloué, Il a toujours les yeux grands ouverts et Son regard nous engage à le suivre.

A

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Préface de François Mauriac Galerie Gérard Mourgue

Paris, 1966

Si j'ai aimé dès que je les ai connus les émaux de Mirande, c'est que je travaille, depuis plusieurs années, sous le regard d'un Christ en croix du XIIIe siècle, en émail champlevé. Il est couronné et le linge ou plutôt le jupon qui cache sa nudité est émaillé de bleu. Un écriteau porte IHSPS en lettres rouges. Au bas, Adam sort de son tombeau, les mains jointes.

Je n'imaginais pas que pût survivre parmi nous l'un de ces humbles et merveilleux émailleurs limousins, comme le fut l'auteur de ce Christ. Il s'en est trouvé un pourtant, aux portes de ma ville, à Gradignan, faubourg de Bordeaux, où ma grand-mère avait sa maison et sa chapelle et où nous devions suspendre notre course dans nos parties de cache cache et nous retenir de crier, comme si le Seigneur avait été endormi dans le parfum des héliotropes et des résédas (c'était l'odeur de cette chapelle...) et qu'il eût fallu ne pas le réveiller. Et voilà que de ce Gradignan d'où il ne me venait que des souvenirs de vacances, une vague jette à mes pieds des pièces rares et étranges - et ce terme de "pièce" j'en use faute de savoir si c'est de la peinture, ou de la tapisserie, ou du vitrail que se rapproche l'art de Mirande. Il eût été un maître verrier, ou aussi bien un émule de Lurçat. Il pourrait comme lui se glorifier d'avoir ressuscité un art qui a fait notre gloire et qui passait pour mort.

Mirande est plus proche encore de Rouault par la couleur mais surtout par l'inspiration. Il y a quelqu'un de toujours présent - même quand nous ne le voyons pas, au centre du sourd flamboiement de ses émaux. Les "Trois bouquets", les "Rosaces des forêts", autant que le "Saint François d'Assise", ou que les "Pèlerins d'Emmaüs" attestent dans l’œuvre de Mirande que Dieu est vivant. Mais cette présence divine, ici, c'est la lumière qui embrase les vitraux de Chartres même quand au dehors le ciel est gris.

C'est la lumière de ce Royaume de Dieu qui est au dedans de nous et qui brûle dans ces émaux.

Ce qu'il y a de miraculeux dans cette histoire c'est l'existence aux portes de Bordeaux en 1966, d'un jeune homme qui a renoncé à tout le reste et recommence - mais sans faire le malheur des siens à l'exemple du héros de Balzac - "la Recherche de l'absolu". J'imagine cette maison, ce jardin et ce four, et cette alchimie d'un autre âge qui enfante des chefs-d’œuvre de la même famille que celui qui domine ma table de travail. Comme si l'histoire n'avait pas eu lieu et que Mirande qui pourtant vit aujourd'hui, ne connaissait du monde dans son jardin de Gradignan que ce qu'en voyait un moine, au Moyen Age, à travers le vitrail de sa cellule. Une alchimie? Mais non, un art, une science, une technique comme on préfère dire aujourd'hui et même plusieurs techniques. Comment Mirande les a-t-il apprises? A quelle école? Je me demande s'il n'a pas tout réinventé, - oui, s'il n'a pas retrouvé tout seul le secret de l'émail champlevé, avec ses alvéoles creusées dans l'épaisseur du cuivre, ou celui de l'émail cloisonné venu d'Orient, ou de l'émail peint qui date de la Renaissance.

Il n'existait plus personne pour transmettre ces secrets oubliés. C'est du dedans qu'est venue à Mirande, non seulement l'inspiration, mais cette patience qui fait tout redécouvrir d'un art perdu, et à une époque où les hommes croient que ce qui est important, c'est d'aller dans la lune, qui cherche à réveiller, dans la forêt limousine, la princesse endormie depuis tant de siècles - comme a fait Lurçat pour la tapisserie. Et lui aussi il l'a réveillée et grâce à lui, elle ne se rendormira plus.

B

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Les Deux Couronnes

Il s’agit d’un émail sur cuivre peint.

La plaque rectangulaire de dimension importante (50x30cm) comporte une signature gravée en bas à droite et date de 1990.

La pâleur du fond contraste avec le rouge écarlate des couronnes et fait ressortir les traces de bleu mêlées de blanc. Il contribue à créer l’unité entre la couronne d’épine de la Passion située dans la partie haute du motif. Elle est comme posée, voir ajustée à la couronne de gloire. Cette dernière ressemble à celle des rois terrestres, sertie de nombreuses pierres précieuses qui adoucissent les parties pointues et entourent l’ensemble. Une touche d’orangé vient poser sa lumière sur la partie basse et projette quelques parcelles de soleil au cœur d’une sorte d’étoile bleue enserrée de pointes noires entrelacées.

Sources privées

"L’éternité serait-elle

De la couleur d’un ange peint Sur une pierre dans la mer

Que les marins voient toute blanche ? L’éternité serait-elle

Un bruit d’étoiles qui s’éteignent Sur un parterre de lys

Après la mort du firmament ? L’éternité serait-elle

Pour moi qui t’aime un incendie Où chair âme fleuve et rose

Changent leurs cendres en diamants ?"

E

"Création de la mer"

Vitrail – Église de Bassens

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François Mauriac

(Bordeaux 1885-Paris 1970)

Ses romans, peintures cruelles de la vie provinciale, évoquent les conflits de la chair et de la foi : Le Baiser au lépreux (1922), Le Mystère Frontenac (1933) ; Génitrix (1923) ; Thérèse Desqueyroux (1927) ; Le Nœud de Vipères (1932).

On lui doit également des pièces de théâtre : Asmodée ; Les Mal-Aimés, des articles critiques et politiques (Le "Bloc Notes" dans l’Express), des souvenirs.

Élu à l’Académie Française en 1933, il reçoit le prix Nobel de Littérature en 1952.

Dans les dernières années de sa vie, il devait trouver en la personne du Général de Gaulle l’homme d’État conforme à ses vœux, incarnant les valeurs pour lesquelles avaient combattu ce

"chrétien écartelé".

"Raymond Mirande, l’émailleur, cet artiste si fervent et si consumé qui a réinventé des techniques oubliées, ce n’est pas de mon passé à moi qu’il remonte.

Il vient de bien plus loin, avec sa mince figure de Clouet ! Tout jeune qu’il est, c’est un français du fond des siècles.

Il y a quelqu’un de toujours présent -même quand nous ne le voyons pas au centre du sourd flamboiement de ses émaux. Mais cette présence divine, ici, c’est la lumière qui embrase les vitraux de Chartres, même quand au dehors le est ciel gris. C’est la lumière de ce Royaume de Dieu qui est au-dedans de nous et qui brûle dans ses émaux."

(1995 – Deuxième exposition – Carte d’invitation avec Préface de François Mauriac)

Dessins

Correspondances Manifestations Relations

Jean Cayrol (Bordeaux 1911-2005)

Dès son adolescence, il se consacre à l’écriture et fonde, à 16 ans, une revue littéraire "Abeilles et pensée" en hommage à Paul Claudel. Engagé dans la Résistance, il est dénoncé et déporté au camp de concentration de Mauthausen-Gusen. Cette expérience a nourri ses "Poème de la nuit et du brouillard."

Plusieurs prix lui seront décernés : en 1947, le prix Renaudot pour son roman "Je vivrai l’amour des autres", le Grand Prix littéraire de Monaco, le Prix International du souvenir. Il est membre de l’Académie Goncourt de 1973 à 1995.

Il a participé comme scénariste et réalisateur à quelques films dont "Nuit et brouillard".

Entré aux Éditions du Seuil comme éditeur, il s’y montre très actif, publie nombre d’auteurs inconnus et fait connaître Raymond Mirande.

L’écriture de Cayrol est dominée par la figure de Lazare, représentation du retour de l’univers concentrationnaire.

La poésie est pour lui une "expression naturelle", "un refuge de la vérité", une "patrie où nul homme ne doit se sentir étranger".

Parmi ses œuvres poétiques, on retiendra : Au Cahiers du Sud : "Le Hollandais volant"

(1936) ; Les Poètes des Cahiers du Rhône :

"Miroir de la Rédemption", "Et nunc" (1943) ; Pierre Seghers "Poèmes de la nuit et du brouillard" ; "Pensée-Journal I, II, III" ; Poèmes-Clefs.

"Vous portez témoignage du mystère des choses et des êtres et de l’amour qu’ils inspirent."

(Lettre de Jean Cayrol à Raymond Mirande, 15 juillet 1958)

Le talent et l'oeuvre de Raymond Mirande sont reconnus par nombre d'hommes de lettres et de plasticiens avec lesquels l'artiste a noué de solides amitiés : que ce soient ceux de Bordeaux (Paul Fréour), que ce soient les bordelais de Paris (Jean Cayrol, François Mauriac) ou encore cet ami du Luxembourg (R.P. Riblet-Buchman). Quelques- uns sont réunis ici.

D

C

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Paul Fréour (Bordeaux 1917 – 2013)

Médecin et artiste aux multiples talents, natif de Bordeaux, Paul Fréour devient docteur en Médecine à Bordeaux en 1944, professeur honoraire de l’Université de Bordeaux en 2005, Membre correspondant de l’Académie de Médecine et expert de l’Organisation Mondiale de la Santé en 2005. Raymond Mirande lui a consacré quelques critiques d’art dès 1971 lors de ses expositions à la Galerie du Fleuve à Bordeaux.

Dessinateur, peintre et graveur, Paul Fréour est aussi éditeur, écrivain et critique renommé.

Parmi ses œuvres artistiques, on retiendra :

• "Châteaux de l’âme / gravures / textes – Bordeaux 1998"

• "Me comble son silence – Textes et dessins de Paul Fréour" – Bordeaux Ed. de la Licière 1996

• "Ultime demeure" Bordeaux Ed. de la Licière

• "Atelier d’artiste" (Texte imprimé) 2002

• "Forteresses spirituelles" (Texte et aquarelle) 2006

"[...]Quel prix pour tous que de voir cette belle ancienne chapelle illuminée des feux de vos émaux porteurs, avec le temps, non seulement d’une perfection que vous aviez déjà depuis longtemps atteinte, et qui ne cesse de passer les bornes, mais d’un esprit qui va bien au-delà de la forme et des couleurs.

Il me semble trouver dans chacun de vos émaux plus d’essentielles simplicités dans l’audace toujours renouvelée de la construction et de l’harmonie."

R.P. Riblet-Buchman (Ventron 1929-2015) Roger Riblet-Buchman est né dans les Hautes-Vosges. Il y a passé toute sa jeunesse puis au terme de ses études secondaires au Séminaire d’Autrey est entré à l’abbaye bénédictine de Clairvaux.

Déporté à Pforzheim en 1944, il est ordonné en 1956 à l’abbaye Saint Maurice de Clairvaux. Il dirige la bibliothèque de l’abbaye et conçoit des cartes postales avec des textes et des photos.

Il publia des recueils de prose autobiographiques : "Mon paradis vosgien"

(1976) et "Routes du Vent" dans lesquels il décrit ses souvenirs d’enfance et ses expériences au service du travail imposé du Reich.

En collaboration avec les Pères Saget et Chopiney, le père Riblet a édité également des livrets-poèmes ("Il est une vieille ronde"

Préface de Jean-Marie Pelt, 1991)

Il a pour sujet la beauté de la nature au rythme des saisons et la vie des gens simples.

"Artiste, il l’a été dans toute la plénitude du terme et sans les défauts que l’on rencontre parfois chez les artistes ou ceux qui s’affichent tels.

De l’artiste, il avait la vive sensibilité, la profondeur du regard, la capacité de s’émerveiller. C’était un pur entre les purs.

Et plus encore que l’artiste, j’ai aimé l’homme.

Il était tout accueil, toute gentillesse, toute simplicité et toute intériorité. Il avait la véritable humilité.

Il était conscience de ses talents...mais c’était avec le sentiment profond que ses dons le rendaient plus responsable, que c’était une mission à lui confiée, celle d’aider les hommes à découvrir la beauté, à l’admirer et dans leur mesure, à pousser plus loin leur découverte."

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François d'Assise

Visage de Saint François Émail cloisonné, 1972 (20 x 15 cm)

Figure phare de l’histoire religieuse du Moyen-Age, ce noble chevalier à la jeunesse dorée décide un jour de suivre à la lettre la pauvreté évangélique.

Véritable pèlerin prêchant la parole à travers l’Italie, il entame un chemin spirituel exemplaire – qui ne sera pas sans rappeler celui d’un Lanza del Vasto – fait de dénuement, de bonté parfaite, d’esprit d’enfance et d’émerveillement devant la Création, écho vibrant de l’idéal chrétien de l’artiste. Tels les

« François » du peintre Giotto à Assise, ceux de l’émail, de bleus pâles en bleus roi, ont déjà touché le ciel. Pourtant les yeux sombres du Visage cloisonné pleurent encore quelques larmes de sang qui éclaboussent la blancheur de ses traits.

Les Saint François aux oiseaux, majoritaires, continueront de témoigner à eux seuls du message franciscain.

E

"Sermon aux oiseaux"

1975Champlevé (33,5 x 27 cm)

"Saint François aux oiseaux"

1961Émail sur cuivre - Champlevé et gravure au burin (Dimensions inconnues)

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Discours de Raymond Mirande à

l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux

Séance du 16 juin 1988

[…] Tout a commencé pour moi par la poésie, sa voie étroite, sa fascination. Dans son coffret silencieux, chaque mot porte un secret. L'ouvrir, c'était se délivrer d'une angoisse tôt perçue, la souffrance émerveillée d'être au monde qu'un adolescent ressent si fortement. A treize ans, je m'enfermais dans ma chambre de la rue Lamartine, à Talence, pour écrire des poèmes à forme fixe, des sonnets que j'essayais de parfaire et de polir jusqu'au délire. Je lisais les poésies de Mallarmé, leur marbre noir, leurs glaciers, leurs ailes. Celles de Valéry ("Assise, la fileuse au bleu de la croisée"...) et d'Edgar Poe, dont la musique douloureuse et crépusculaire me hantait : "Dans un royaume, près de la mer..."

Plus tard, je découvrirai l'émail, les mains de la poésie pourraient agir, la résistance à vaincre serait moins irréelle que le verbe suspendu entre ciel et terre, que la beauté, captive des mots.

"L'attention, à son plus haut degré, est la même chose que la prière", a écrit Simone Weil. De la science (surtout lorsqu'elle refuse de se mettre au service de l'ombre et du mal) à la poésie, je crois sentir une même passion pour l'attention créatrice. Je me souviens de ces images du temps de l'école et de mes cours d'optique, le beau fuseau des lentilles de verre, le dessin des petites bougies qui brûlent encore, la tête en bas! La décomposition de la lumière par le prisme : stupeur, la lumière blanche s'épanouit comme un éventail d'arc-en-ciel.

[…] Et que de surprises ! Cathédrales innombrables de l'espace, dont les rosaces sont des nébuleuses spirales. Trames des yeux d'insectes, cristaux plus minces qu'une absence, fléchettes des ailes de papillons vues au microscope. Plongeur infatigable, l'art se jette nu dans des abîmes, se fraie des chemins de délire, se donne des lectures pour soi seul, à la limite de l'abstraction, mais lyrique, mais conquérante. L’œuvre s'en nourrira, nous serons plusieurs, un jour, à partager la saveur unique de l’œuvre.

L'artiste sera toujours à l'écoute de tous les absolus, sans en renier aucun. Un guetteur, pauvre de savoir, à la lisière des avenirs, libre, créateur ébloui d'un ciel nouveau et d'une terre nouvelle.

Comment passer des cîmes blanches de la précision, où l'on perd le souffle, aux forêts de la poésie qu'embue l'émotion ?

Dans la préface de mon recueil de poèmes, L'Apparence et le Feu, qui date de 1959, j'écrivais ces lignes : "La Poésie voit le soleil de l'invisible. A l'heure où dehors tout semble se savoir, elle nous conduit, par mille millions de labyrinthes, au feu qui n'a pas de nom : le mystère, mot debout comme un cerf à l'orée de l'ineffable. Elle donne sur la source du songe, cette irruption de l'inconnu, du primitif, du fabuleux naïf. Dans la lampe de l'univers, elle allume le cour rouge de l'enfance. Elle sonde le réservoir à moires d'ombre et d'or que nous connûmes : le paradis, qui parfois transfigure une goutte de présent. Elle parle de l'envers sauvage du réel, de l'humus et de la nébuleuse, du reptile et de l'ange, du clown éploré qui sourit. Verbe tout au service de la charité, elle recueille, soigne, éternise ce que le temps dissipe."

La poésie devait me conduire à l'émail. C'était en 1954. J'étais étudiant à Bordeaux. J'avais pour maîtres, à la Faculté des lettres, cours Pasteur, Pierre Flottes et Joseph Moreau, qui vont être mes confrères à l'Académie ! Au retour d'un long voyage en Grèce, à l'automne, passant par Limoges chez des amis porcelainiers, je découvre l'art de l'émail. On me montre quelques bijoux, une bague sans valeur, à pierre rouge translucide. L'éclat de ce rouge me bouleverse. On m'apprend les premiers gestes du métier. Je travaille devant un four dont la gueule orangée me brûle les joues et les mains. Des semaines de travail, d'essais maladroits. Je vois vite ce que l'on peut demander à cet art méconnu, oublié, difficile, périlleux, soumis à l'étreinte de la flamme, qui l'anéantit ou l'exalte.

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Autres émaux

Couleurs, lignes et lumière

Table d’offrande Émail peint, 1971

La plaque à décorer (de 2 à 4 mm d’épaisseur) est entièrement recouverte de nombreuses couches d’émaux opaques, opalescents, transparents ou translucides, que l’on cuit « à four ouvert », les unes après les autres. Les plus fragiles : les rouges opaques, certaines opales étant cuites les dernières.

L’or, l’argent et le cuivre de la plaque n’apparaissent plus que par transparence, lorsque la lumière les atteint. Telles des lueurs superposées,les constellations de grains d’émail glissent vers les nuances infinies de la peinture, mais peinture ardente.

Naissance d’Ève

Émail champlevé sous glacis, 1978

L'effet de glacis est d'ordre visuel, c'est-à-dire qu'il relève d'une réalité optique mais aussi de la psychophysiologie de la vision humaine. On peut dire encore que l'effet produit par une œuvre fait intervenir son statut, le lieu, les conditions dans lesquelles elle est vue, regardée, examinée.

D'un point de vue plus optique, c'est une couche picturale, translucide et colorée, absorbant et diffusant la lumière incidente, posée sur une couche opaque jouant un rôle de diffusant.

Coupe aux fruits rouges Émail champlevé, 1977

Le champlevé : des alvéoles ou logettes sont creusées au burin, au ciseau, à l’acide, dans l’épaisseur du métal. L’émail est déposé au fond de ces alvéoles, toujours goutte à goutte, à l’aide d’une mince spatule d’acier ou d'une aiguille. Une cuisson pour chaque couche d’émail. La ligne de cuivre (ou d’or, ou d’argent) du dessin se ramifie entre les alvéoles remplies d’émail cristallisé, comme un étroit sentier entre les plages de couleur et leurs miroirs lumineux.

Autrefois, la partie visible du cuivre recevait une dorure au mercure.

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Vitraux -Tabernacles

Hall d'accueil Maison saint Louis Beaulieu

VITRAUX

Mirande aimait se définir comme un

« vitrailliste », c’est-à-dire un artiste dont la tâche essentielle est la création d’une maquette que le maître-verrier transforme ensuite en vitrail.

L’homme et les quatre éléments, tel est le thème de ces 5 vitraux rectangulaires disposés en demi-cercle qui trouvèrent place dans la chapelle du petit séminaire saint Louis de Gonzague puis dans l’oratoire du centre Beaulieu. Celui consacré à l’homme occupe la position centrale et rayonne.

Conçus selon un même principe structural d’étagement des plans, liés aussi par leur thème et leur présentation symétrique, de part et d’autre de l’homme, ces panneaux illustrent la création du monde : l’eau à travers des éléments stylisés de la flore sous-marine et un ballet de poissons qui virevoltent ; la terre avec les prismes du monde minéral, l’arbre de vie de l’Eden, cerné de graines, de fruits… ; l’air où des oiseaux aux longs cous se superposent dans l’éther ; le feu duquel montent des flammes vers le ciel.

TABERNACLES

La présentation générale du missel romain précise les normes relatives à la réserve eucharistique : le tabernacle doit être "placé dans un lieu très noble, insigne, bien visible, bien décoré et permettant la prière". Il est prévu un rituel de bénédiction au moment de sa mise en service.

Le mot tabernacle vient de la Tente du témoignage dans laquelle Yahwé résidait au milieu de son peuple. Cette Tente était à la fois signalée et enveloppée par la colonne de nuée et de feu.

Tabernacle, lieu de la réserve eucharistique, se trouve à proximité de l'autel où est célébrée la messe.

H

Aleth Depaz et l'équipe de la Bibliothèque diocésaine de Bordeaux

Jean-Marie Despeyroux, Sylvain de Rességuier pour la Commission diocésaine d'Art sacré.

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Plan

de l'exposition

Hall d'accueil Maison saint Louis Beaulieu

Vitraux Tabernacles

Salle d'Expositon Bibliothèque

Entrée

Cloître

2 1

7 5

4

3

Salle de

Consultaton 9

6 8

10 11

12 13

14

1- Poésie 2- Jean Cayrol 3- François Mauriac 4- Vitrine

5- Vitrine 6- Émaux

7- Prêtres, évêques, pape…

8- Dessins, correspondance…

9- Bible

10- Académie de Bordeaux 11- Paul Fréour 12- Art sacré

13- Mythes, fables, cosmos…

14- Spiritualité A

B

C D

G E

F

Ces pages représentent un projet de lecture des œuvres présentées et une découverte des artistes nommés qui sont en lien avec Raymond Mirande.

Veuillez remettre ce livret à son emplacement initial. Et merci de faire connaître l'exposition autour de vous.

Chemin de visite

Références

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