HAL Id: tel-00495984
https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00495984v2
Submitted on 13 Jul 2010
HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of sci- entific research documents, whether they are pub- lished or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers.
L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d’enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés.
magmatisme dans un rift continental : Etude
sismologique de la Divergence Nord-Tanzanienne, Rift Est-Africain
Julie Albaric
To cite this version:
Julie Albaric. Relations entre déformation active, rhéologie et magmatisme dans un rift continental : Etude sismologique de la Divergence Nord-Tanzanienne, Rift Est-Africain. Géophysique [physics.geo- ph]. Université de Bretagne occidentale - Brest, 2009. Français. �tel-00495984v2�
« Relations entre déformation active, rhéologie et magmatisme
dans un rift continental : Étude sismologique
de la Divergence Nord-Tanzanienne, Rift Est-Africain»
Thèse soutenue le 7 Décembre 2009 devant le jury composé de :
Jean-Yves ROYER
DR, Domaines Océaniques, Brest / Président Bertrand DELOUIS
MC, Géoazur, Nice / Rapporteur Hélène LYON-CAEN DR, ENS, Paris / Rapporteur Eric CALAIS
PR, Purdue Univ., West Lafayette, USA / Examinateur Richard W. FERDINAND
PR, Dar Es Salaam Univ, Tanzania / Examinateur Laurent GEOFFROY
PR, Lab. Géologie, Le Mans / Examinateur Andrew NYBLADE
PR, Penn State Univ., USA / Examinateur Jacques DÉVERCHÈRE
PR, Domaines Océaniques, Brest / Directeur de thèse
Anne DESCHAMPS DR, Géoazur, Nice / Invitée
THESE / NOM ETABLISSEMENT Sous le sceau de l’Université européenne de Bretagne THESE / NOM ETABLISSEMENT pour obtenir le titre de DOCTEUR DE L’UNIVERSITE DE BREST Mention : Nom de la mention Ecole doctorale des SCIENCES de la MER
THESE / UNIVERSITE DE BREST sous le sceau de l’Université européenne de Bretagne
pour obtenir le titre de DOCTEUR DE l’UNIVERSITE DE BREST Mention Géosciences Marines Ecole Doctorale des Sciences de la Mer
présentée par
Julie Albaric
Préparée à l’Unité Mixte de Recherche 6538 Domaines Océaniques
Institut Universitaire Européen de la Mer
ÉCOLE DOCTORALE DES SCIENCES DE LA MER
T H È S E
pour l’obtention du titre de
Docteur en Sciences
de l’Université de Bretagne Occidentale
Mention : Géosciences marines Présentée par
Julie Albaric
Relations entre déformation active, rhéologie et magmatisme dans un rift continental :
Etude sismologique de la Divergence Nord-Tanzanienne, Rift Est-Africain
préparée au laboratoire Domaines Océaniques UMR 6538 soutenue le 7 décembre 2009
Jury composé de :
Éric Calais Professeur Examinateur
Bertrand Delouis Maître de conférence Rapporteur
Jacques Déverchère Professeur Directeur
Richard W. Ferdinand Professeur Examinateur
Laurent Geoffroy Professeur Examinateur
Hélène Lyon-Caen Directrice de recherche Rapporteur
Andrew Nyblade Professeur Examinateur
Jean-Yves Royer Directeur de recherche Président
Invitées :
Anne Deschamps Directrice de recherche
Julie Perrot Maître de Conférence
Durant cette thèse, j’ai eu la chance de rencontrer et d’être entourée de personnes formidables, qui m’ont beaucoup apporté, et je voudrais leur dire ici tout simplement merci.
Je tiens à remercier Jacques Déverchère, mon guide pendant ces trois années faites de découvertes, de rencontres et de moments inoubliables, parfois hors du temps, avec de nombreux séjours en terre Masaï. Je le remercie pour sa confiance, pour toutes nos discussions qui m’ont beaucoup appris.
La réalisation du projet doit beaucoup à Anne Deschamps, avec qui j’ai eu la chance de travailler à Nice et sur le terrain en Tanzanie. Je la remercie de m’avoir fait partager son expérience et de s’être rendue si souvent disponible.
Un grand merci à Julie Perrot pour son aide constante et pour s’être aussi tou- jours souciée du bon déroulement de ma thèse.
Je remercie Hélène Lyon-Caen et Bertrand Delouis de m’avoir fait l’honneur d’être les rapporteurs de cette thèse. Merci à Eric Calais, Richard W. Ferdinand, Laurent Geoffroy, Andy Nyblade et Jean-Yves Royer d’avoir accepté de faire partie de mon jury.
Merci beaucoup à Bernard Le Gall, Carole Petit, Christel Tiberi et Christian Sue pour avoir été aussi attentifs, disponibles et pour tous nos échanges scientifiques. Je remercie Stephan Husen et Vincent Maurer pour leur aide précieuse et leur accueil si chaleureux à Zurich. L’étude de l’anisotropie sismique n’aurait pu se faire sans l’aide de Guilhem Barruol que je remercie infiniment. Merci beaucoup à toute l’équipe de Montpellier pour m’avoir si gentiment accueillie, les discussions avec Alain Vauchez et Götz Bokelmann m’ont beaucoup apporté. Tous mes remerciements à Nicole Bé- thoux pour son aide. Je remercie profondément Sylvie et Anne pour leur accueil lors de mes séjours à Nice. Un grand merci aux autres membres de l’équipe de “Gelaï”, à Nicolas d’Oreye, Damien Delvaux, Cindy Ebinger, François Kervyn, Anneleen Oyen, Elifuraha Saria, Benoît Smets, D. Sarah Stamps et Christelle Wauthier, pour la ri- chesse des discussions. Merci à Eric de m’avoir permis de participer à la campagne GPS de 2006 en Tanzanie et à Cindy qui m’a fait partager sa longue expérience afri- caine lors de cette première mission. Je remercie Raymond Lataste, Evelyne Mbede et Anne-Marie Galliou-Scanvion, pour leur soutien constant et leur aide précieuse dans le projet. Merci à Richard pour son implication et pour son aide dans toutes les missions. Merci à Majura Songo, indispensable organisateur et guide privilégié en Tanzanie. Merci à Alma et sa famille pour leur accueil à Arusha et à toutes les
gno pour leur investissement dans la phase “pointé”. Merci à Christophe Martin et Camille Mazoyer de m’avoir si gentiment aidée à me “dépatouiller” de problèmes informatiques variés. Merci à Arnaud Agranier, Christine Authemayou et Philippe Nonnotte pour leurs conseils et leur aide, merci beaucoup aussi à Dominique Gac.
Un grand merci à toute l’équipe enseignante, aux étudiants et à toutes les personnes que je croise tous les jours au laboratoire, pour l’environnement dans lequel se sont déroulés ces trois ans. Merci Fateh, Nuno, Carole, Carlos, Nissrine, Elise, Vincent, Marion, Cédric, Ivo, Carla, Fabio, Estelle, Esther, Erwan, Manu, Hassan, Yassine, Pierre, Meriem, Cyril, Fanny, Raphaël, Damien, Marion, François, Charlotte, Jes- sica, Marine, David, Sophie. Merci à Pierre Moutou et à ses superbes danseuses.
Merci à Abel et Caroline, aux amis lozériens, à Cédric, Nico, Marie, Hélène, Laura, Raph et Elsa. Merci mille fois Myriam et Romain de m’avoir supportée et autant aidée. Merci à Audrey, petite fée zen, pour avoir été aussi classe. Merci à Nata- sha pour les nouveaux horizons qu’elle m’a fait découvrir, merci my friend. Merci à Alain, première rencontre brestoise, oiseau de bonne augure, merci pour les salsas endiablées et pour m’offrir depuis quatre ans une hospitalité sans commune mesure.
Merci à Emilie qui m’a traînée par monts et par vaux et m’a communiqué son goût de l’aventure. Merci à Flora, Neila et John, des anges à n’en pas douter. Merci à Vincent et merci à Matthieu.
Merci à ma famille, à Jé, Gaëlle, Tessa et mes parents.
Les rifts continentaux résultent de l’action de contraintes extensives dont la magnitude est suffisante pour déformer un continent (forces aux limites des plaques, mouvements asthénosphériques). Cette déformation, contrôlée notamment par la rhéologie ou encore l’héritage structural lithosphérique, se réalise par des processus magmatiques (“dyking”) et tectoniques (rupture sur faille et étirement ductile) dont l’importance relative est mal connue et variable d’un segment de rift à l’autre.
Afin de mieux comprendre comment ces différents facteurs et processus interagissent, la Divergence Nord-Tanzanienne (DNT) apparaît comme une cible privilégiée du Rift Est-Africain : elle représente un stade précoce du rift et montre une transition abrupte dans le style morphotectonique et l’expression du volcanisme. Cette étude a consisté à déployer un réseau sismologique local dans la DNT et à exploiter les données issues de l’enregistrement continu de l’activité sismique pendant 6 mois (campagne SEISMO-TANZ 2007). Les signaux des séismes proches et lointains sont utilisés comme indicateurs de la sismogénèse, de la résistance crustale, des champs de déformation et de contraintes, et renseignent aussi sur la structure et la fabrique (anisotropie) lithosphérique.
La sismicité est essentiellement localisée dans la branche centrale de la DNT, au sud des lacs Natron (sud du volcan Gelaï) et Manyara.
La crise sismique observée à Gelaï illustre la co-existence de processus magmatiques et tectoniques, avec la mise en place d’un dyke et le comportement à la fois asismique (glis- sement lent) et sismique (séisme de magnitude Mw 5.9) de failles normales. Les structures géologiques mises en jeu dans cette crise sont orientées NE-SW, obliques à l’axe∼N-S du rift dans la zone. Cette direction est parallèle à la fabrique tectonique antérieure qui est ré-empruntée par le rift Cénozoïque (faille Eyasi).
A Manyara, les séismes sont remarquablement profonds (∼ 20-35 km) et révèlent un décrochement sénestre sur un plan NE-SW. Ils illustrent le développement du rift vers le sud/sud-ouest sur la branche centrale Natron-Manyara-Balangida, au contact du craton tanzanien en profondeur. La contrainte principale minimum calculée dans la zone est orientée WNW-ESE et le régime tectonique local associé est transtensif. Il est fort probable que des fluides soient associés au déclenchement de cette séquence sismique profonde et de longue durée.
L’influence de l’héritage structural dans l’expression des processus magmatique et tec- tonique accommodant la déformation s’observe aussi à l’échelle lithosphérique, par le biais de l’anisotropie sismique.
Nos résultats soulignent 3 points majeurs : (1) les structures lithosphériques héritées (contrastes rhéologiques, fabriques crustale et mantellique) exercent un contrôle majeur sur la localisation et l’expression précoce du rifting continental ; (2) la distribution des séismes en profondeur apparaît être un bon révélateur des propriétés rhéologiques de la croûte (transition fragile-ductile) ; et (3) dès le stade du rift immature (où la croûte est peu étirée), les processus magmatiques semblent jouer un rôle prépondérant dans l’accommodation de la déformation, en étroite interaction avec les processus tectoniques.
Rifting a continent requires sufficient tensional stresses to deform continental plates (far-field plate motions, asthenospheric upwelling, traction form asthenospheric convec- tion) and is controlled by different factors as rheology and lithospheric inheritance. Mag- matic (dyking) and tectonic (faulting, aseismic creep) processes are involved in this defor- mation and their relative importance is not well known and appears to change from one rift to another.
The North Tanzanian Divergence (NTD), East African Rift, offers quite favorable conditions to better understand how these processes and factors interact : indeed, it re- presents the early stage of rifting and is characterized by a sharp change of volcanic and morphotectonic styles. From a local seismological network deployed for 6 months in the NTD (35 stations, SEISMO-TANZ’07), we have recorded earthquakes in order to study their triggering mechanisms, crustal strength, strain and stress fields, and seismic aniso- tropy.
Earthquakes are essentially clustered in the NTD central branch, south of lakes Natron (south of Gelai volcanoe) and Manyara. Magmatic and tectonic processes are both involved in the deformation observed at Gelai : dyking, aseismic slip, faulting (culmination with a Mw5.9) in the upper crust. The direction of these geological structures is oblique compared with the∼N-S orientation of the rift and parallel to the NE-SW inherited structures, where the rift is partially developping (Eyasi rift).
The Manyara cluster is deep (∼20-35 km) and associated with significant NE-SW strike-slip faulting. It illustrates the south/southwest rift propagation along the Natron- Manyara-Balangida central branch and the craton buried contact. The minimum principal stress in the area is WNW-ESE and the associated stress field is transtensive. Fluids may play a significant role in the triggering of this deep and long lasting seismic sequence.
The influence of the structural inheritance on the magmatic and tectonic processes is also observed at lithospheric scale through the study of the seismic anisotropy.
Three main points are underlined by our results : (1) inherited listhopheric structures (rheological contrast, crustal and upper mantle fabric) exert a major control on the location and early expression of the continental rifting ; (2) the depth distribution of earthquakes well indicates the rheological properties of the crust (brittle-ductile transition) ; (3) even in the earliest stages of rifting, magmatic processes seem to play a strong role in the accommodation of extension, in addition to tectonic processes.
Introduction 15
1 Contexte de l’étude 19
1.1 Problématique du rifting continental et objectifs . . . 21
1.1.1 Géométrie du rifting, rhéologie, héritage structural . . . 21
1.1.2 Modèles de rift, rôle du magmatisme . . . 22
1.1.3 Objectifs . . . 24
1.2 Contexte géodynamique . . . 26
1.2.1 Le rift Est-Africain . . . 26
1.2.2 La Divergence Nord-Tanzanienne . . . 28
1.3 Rhéologie crustale et distribution de la sismicité en profondeur . . . . 34
Crustal rheology and depth distribution of earthquakes (Article,Tec- tonophysics, 2009) . . . 34
1.4 Réseau sismologique SEISMO-TANZ’07: déploiement, données . . . 49
1.4.1 Déroulement de la campagne et distribution des stations . . . 49
1.4.2 Stations, dérive temporelle, extraction . . . 52
1.4.3 Pointé, localisations absolue et relative, magnitudes . . . 55
2 Sismicité : méthodes et résultats 61 2.1 Calcul d’un modèle de vitesse 1D minimum . . . 62
2.1.1 Data, VELEST program . . . 62
2.1.2 A priori model and trial and error approach . . . 66
2.1.3 Results and stability tests . . . 72
2.2 Détermination des mécanismes au foyer . . . 80
2.2.1 Caractérisation de la source sismique . . . 80
2.2.3 Mécanismes au foyer obtenus, qualité et incertitudes . . . 87 2.3 Calcul du tenseur des contraintes . . . 98 2.3.1 Rappels sur l’inversion du tenseur des contraintes . . . 98 2.3.2 Méthode des dièdres droits d’Angelier et Mechler (1977) . . . 99 2.3.3 Méthode de Michael (1984, 1987) . . . 100
3 Interprétation 107
3.1 Essaim de séismes au nord de la DNT (lac Natron) . . . 109 3.1.1 Détection d’une intrusion magmatique . . . 109 Strain accommodation by slow slip and dyking in a youthful conti-
nental rift, East Africa (Article,Nature, 2008) . . . 111 3.1.2 Comparaison avec d’autres études . . . 117 3.2 Essaim de séismes profonds au sud de la DNT . . . 122 3.2.1 Comparaison des deux essaims de séismes, Gelaï et Manyara . 122 Contrasted seismogenic and rheological behaviours from shallow and
deep earthquake sequences (Article,Journal of African Earth Sciences, sous presse) . . . 122 3.2.2 Apport des mécanismes au foyer . . . 137 3.2.3 Déclenchement de l’essaim de Manyara : rôle des fluides ? . . . 141 3.3 Rhéologie et champ de contraintes dans la DNT . . . 144 4 Etude préliminaire de l’anisotropie sismique 151 4.1 Anisotropie et déphasage des ondes de cisaillement . . . 153 4.2 Mesures et résultats . . . 159 4.3 Discussion sur l’origine de l’anisotropie . . . 168
Conclusion 177
Bibliographie 181
A Propagation d’un rift en bordure de craton (Article, Tectonophy-
sics, 2007) 201
B Fiches descriptives des sites : exemple de GIDA 223
Les rifts continentaux sont l’expression à la surface de la terre d’un processus géodynamique majeur affectant la lithosphère et menant parfois à la naissance d’un océan, l’extension continentale. L’origine des forces requises pour initier ce phéno- mène de même que les processus de localisation et de propagation des rifts qui en résultent sont encore mal compris. On différencie généralement les modèles pure- ment mécaniques, où la lithosphère est étirée en réponse aux contraintes tectoniques en tension, nées aux limites des plaques lithosphériques, et les modèles purement magmatiques, invoquant la contribution des forces de volumes, des intrusions mag- matiques, de la traction en base de la lithosphère, conséquences de l’impact d’un panache mantellique. La nature initiale de la lithosphère, sa rhéologie ou encore la présence de zones de faiblesse, de discontinuités générées par des événements tecto- niques antérieurs, influencent la géométrie et le développement du rift.
L’Afrique de l’Est est un lieu privilégié pour mieux comprendre comment les différents paramètres associés à l’extension continentale contrôlent la déformation, exposant les différents degrés de maturité d’un rift. Cette étude est consacrée à une portion du Rift Est-Africain (REA), la Divergence Nord-Tanzanienne (DNT) (Dawson,1992), où l’on peut observer les premiers stades du rifting (< 8 Ma). Cette région se distingue par un changement brutal dans l’expression morphotectonique et volcanique du rift et par la présence d’une lithosphère cratonique vieille de plus de 2 milliards d’années dans laquelle ce dernier a tendance à se propager.
Nous avons utilisé un outil géophysique, la sismologie, pour mieux comprendre l’activité tectonique et magmatique actuelle et passée de la DNT afin d’identifier les processus dominants dans l’initiation d’un rift. Les tremblements de terre indiquent, par leur présence et leur distribution spatio-temporelle, où se produit la déformation et quelle est son évolution. L’étude de la source des séismes permet de caractériser les systèmes de failles voire de détecter la présence de fluides. Les ondes qu’ils génèrent nous renseignent sur la structure et les propriétés mécaniques du milieu dans lequel elles se propagent.
Durant ce travail de thèse, un réseau de sismomètres a été déployé dans la DNT en Juin 2007 pour une période de six mois et l’essentiel les enregistrements sont utilisés afin (1) d’entreprendre une étude détaillée de la sismicité locale et d’identifier les systèmes de failles actifs, (2) de caractériser le champ de contraintes, (3) d’étudier les propriétés mécaniques et la structure de la croûte et de la lithosphère, (4) de détecter l’anisotropie potentiellement présente sous le réseau.
Plan de la thèse
I Le premier chapitre débute par un exposé des différentes problématiques liées à l’extension continentale et des modèles de rifting qui en ont découlé durant ces dernières décennies. Le contexte géodynamique est ensuite présenté, de l’échelle du Rift Est-Africain (REA) à celle de la Divergence Nord-Tanzanienne (DNT). Suivent les résultats d’une analyse couplée de la distribution des trem- blements de terre en profondeur et de la rhéologie de la croûte dans les branches Est et Ouest du REA, sous la forme d’un article publié dans la revue Tecto- nophysics. Cette étude est antérieure au déploiement du réseau sismologique SEISMO-TANZ’07 dans la DNT dont la description clôture ce chapitre.
I Le second chapitre présente les différentes méthodes utilisées sur les séismes locaux et les résultats obtenus. La première partie est rédigée en anglais, sous la forme d’un rapport, et concerne la relocalisation des événements et le cal- cul d’un modèle de vitesse d’ondes P 1D minimum, à partir d’une inversion simultanée hypocentres-vitesse. Suivent la détermination des mécanismes aux foyer (double couple) et l’inversion d’un tenseur des contraintes local.
I L’interprétation et la discussion des résultats sur la sismicité locale consti- tuent le troisième chapitre. L’analyse fine de cette dernière a permis de ca- ractériser deux essaims de séismes principaux dans la DNT, notamment une crise sismo-magmatique (Gelaï, article publié dans la revue Nature) qui a fait l’objet de deux autres études auxquelles nous confrontons nos résultats. La comparaison de cette crise avec une autre séquence sismique (Manyara), ré- vèle des différences et des points communs illustrant notamment le contrôle des structures héritées sur le développement du rift (article publié dans la re- vue Journal of African Earth Sciences). Les mécanismes au foyer calculés au chapitre précédant sont interprétés dans le contexte tectonique local et per- mettent d’identifier les failles actives et de préciser la géométrie déjà observée
I Le dernier chapitre est consacré à l’étude préliminaire de l’anisotropie sismique à partir de la biréfringence des ondesSKS et comprend une discussion sur les origines possibles de l’anisotropie détectée sous le réseau.
Contexte de l’étude
Dans ce chapitre, les différentes problématiques liées au processus étudié, le rift continental, sont exposées.
Puis on s’attache à décrire la zone d’étude, le Rift Est- Africain et la Divergence Nord-Tanzanienne.
Un des facteurs contrôlant l’évolution du rift Rift Est- Africain, la rhéologie crustale, est ensuite étudié plus préci- sément à l’aide d’une méthodologie originale, à l’échelle des branches Est et Ouest.
Pour finir, la mise en place du réseau sismologique (SEISMO- TANZ’07) et les premiers traitements de données utilisées au cours cette thèse sont présentés.
1.1 Problématique du rifting continental et ob- jectifs
Les rifts continentaux sont des manifestations spectaculaires de la déformation des continents illustrant, par leur diversité, la complexité des mécanismes de l’exten- sion. On observe en effet des rifts “lents” ou “rapides”, étroits ou larges, magmatiques ou amagmatiques, symétriques ou asymétriques, actifs ou encore avortés. L’Histoire cinématique des derniers grands cycles de Wilson montre que les rifts continen- taux forment, à différentes époques de “dislocation”, des systèmes fréquents et très continus. Ils représentent en effet les stades initiaux de la déchirure continentale où l’extension peut mener à la rupture lithosphérique et à la formation de bassins océaniques.
Les paramètres physiques principaux qui gouvernent l’extension continentale, ou le rifting, sont d’ordre thermique, mécanique, rhéologique, cinématique et dyna- mique (voir par exemple la synthèse deRuppel,1995;Corti et al.,2003). L’évolution d’un rift continental est notamment influencée par le volume de magma présent, la résistance de la croûte/lithosphère mais aussi par les structures préexistantes. De nombreux débats ont émergé sur les rôles respectifs de ces facteurs depuis plus de 40 ans.
1.1.1 Géométrie du rifting, rhéologie, héritage structural
Sur la base des systèmes aujourd’hui actifs, on peut distinguer deux géométries de rift continental principales, la déformation se concentrant sur des zones plus ou moins étendues : les rifts dits “larges” (province du Basin&Range dans l’ouest des EU, plateau Tibétain) qui peuvent s’étendre sur plusieurs centaines de kilomètres de large, et les rifts “étroits” où la déformation est localisée sur environ 100 km (rift Baïkal, rift Est-Africain, graben du Rhin). La dimension spatiale des rifts à la surface a fait l’objet depuis les années 1980 de nombreux travaux tentant d’analyser les degrés d’asymétrie des rifts sur la base de modèles archétypaux en cisaillement pur (McKenzie, 1978) ou simple (Wernicke,1985). Ces géométries ont été imputées à des stratifications rhéologiques différentes de la lithosphère (Buck, 1991; Brun et Beslier,1996; Brun, 1999; Huismans et Beaumont,2003). Dans ces modèles, un rift large se développe plutôt à la faveur d’une lithosphère présentant une croûte épaisse essentiellement résistante dans sa partie supérieure, tandis qu’un rift étroit aura tendance à se former dans une lithosphère froide avec un manteau sub-crustal très
résistant (Buck,1991; Brun, 1999).
Un autre facteur joue un rôle prépondérant dans le développement et l’évolution d’un rift continental : celui de l’héritage lithosphérique/crustal, notamment via les cratons et les ceintures plissées (Tommasi et Vauchez, 2001; Petit et Déverchère, 2006;Keranen et Klemperer,2008;Pérez-Gussinyé et al.,2009, et références citées), qui détermine souvent la localisation, la géométrie et le style de la déformation.
1.1.2 Modèles de rift, rôle du magmatisme
Parmi les modèles fondamentaux les plus fréquemment évoqués depuis la fin des années 70, figurent les rifting “passif” et “actif” (Fig. 1.1, Sengor et Burke, 1978).
Fig.1.1: Modèles schématiques de rift passif (gauche) et actif (droite) (figure extraite de Huismans et al.,2001).
Le premier, purement mécanique, attribue l’amincissement lithosphérique aux contraintes extensives en limite de plaque, induisant remontée et fusion de l’asthé- nosphère par décompression adiabatique (McKenzie, 1978; Wernicke, 1985; Lister et al., 1986). Le second invoque l’impact d’un panache mantellique à la base de la lithosphère entraînant son érosion thermique et son amincissement par compensa- tion isostatique. Les sources de contraintes sont dans ce cas plus locales : tractions à la base de la lithosphère et contraintes extensives dues au soulèvement et à l’amin- cissement. Ces mécanismes sont souvent difficiles à différencier dans le sens où ils impliquent tous deux une remontée du manteau asthénosphérique. De nombreux modèles de rifting plus récents invoquent une combinaison possible des deux pro- cessus (Huismans et al.,2001;Petit et Déverchère, 2006;Petit et al., 2008), rendant cette distinction archétypale peu pertinente.
L’activité du rift se manifeste par des épisodes magmatiques et/ou tectoniques dont la contribution relative dans l’accommodation de la déformation est peu connue.
Depuis les années 70-80, les études ont essentiellement mis l’accent sur le rôle des
failles dans l’accommodation de la déformation et sur la stratification rhéologique, négligeant souvent celui du magmatisme (Buck, 1991; Brun et Beslier, 1996; Brun, 1999; Burov et Poliakov, 2001; Gueydan et al., 2008; Petit et al., 2008). Parmi les mécanismes du rifting actif, les intrusions magmatiques, ou dykes, permettent d’initier et de maintenir l’extension d’une lithosphère continentale épaisse (flottabi- lité positive et advection de chaleur), définissant un modèle d’extension purement magmatique (Geoffroy, 1998; Buck, 2006). Ces événements, par leur récurrence, contribuent à diminuer la résistance de la lithosphère et à localiser la déformation.
Dans les modèles purement mécaniques, le domaine de déformation est plus large.
Le potentiel sismogène des failles bordières sur lesquelles s’accumule la déformation est par ailleurs moindre dans le modèle magmatique, les dykes se produisant pour un niveau de contrainte inférieur à celui nécessaire pour les failles (Buck,2006, Fig.
1.2).
Fig.1.2: Modèles d’extension purement mécanique(haut)et purement magmatique(bas) d’une lithosphère continentale normale (d’après Buck, 2006). Les flèches noires corres- pondent à la force minimum pour que le rifting tectonique ou magmatique se produise.
La différence entre les contraintes principales verticale et horizontale (“yield stress”) né- cessaires au rifting est sensiblement plus faible lorsque les processus magmatiques (dykes) entrent en jeu.
Une étude récente dans le rift Baïkal (où le volcanisme est quasiment absent) suggère cependant que les injections de magma en base de croûte, sous la vallée axiale, sont responsables du faible amincissement crustal observé (Thybo et Nielsen, 2009). Ceci indique que ce processus peut contribuer à la fois à augmenter/maintenir la résistance de la croûte inférieure (de la même manière qu’il contribue à créer la croûte océanique par accrétion dans les rides) et à favoriser l’extension, même dans le cas de rifts supposés dominés par la déformation tectonique sur failles et peu perturbés thermiquement (Petit et Déverchère, 2006; Petit et al., 2008).
1.1.3 Objectifs
L’Afrique de l’Est est un des rares lieux sur terre où il est possible d’étudier les facteurs qui initient et contrôlent le rifting. La plaque Africaine est paradoxalement essentiellement bordée par des dorsales océaniques, indiquant que les forces aux limites contribuent peu à l’extension qu’elle subit (Fig. 1.3).
GLOBAL TECTONIC ACTIVITY MAP OF THE EARTH Tectonism and Volcanism of the Last One Million Years
DTAM - 1 NASA/Goddard Space Flight Center
Greenbelt, Maryland 20771
LEGEND Pacific
Plate
Pacific Plate Philippines
Plate
Australian Plate
Caroline Plate
Nazca Plate
Antarctic
Plate Antarctic Plate
North American
Plate
Eurasian Plate
Indian Plate ArabiaPlaten
Somalia Plate American
South
Plate
African Plate
Juan de Fuca Plate
Caribbean Plate
Scotia Plate Sandwich
Plate Cocos
Plate
Chile Ridge
Mohns Ridge
Baikal Rift
Mid - A tlantic Ridge
Mid - AtlanticRidge
East Pacific
Rise
Reykjanes Ridge
P.D.L
Actively-spreading ridges and transform faults Total spreading rate, cm/year
Major active fault or fault zone; dashed where nature, location, or activity uncertain
Normal fault or rift; hachures on downthrown side Reverse fault (overthrust, subduction zones); generalized;
barbs on upthrown side
Volcanic centers active within the last one million years;
generalized. Minor basaltic centers and seamounts omitted.
Mainly continental crust Robinson Projection
October 2002 G221.001
180° 90° 180°
90° 90°
0° 90°
0°
0° 0°
8.6
9.4
1.8
15.1 5.0
7.0
15.1
7.2 4.4 1.4
1.5 1.4
2.7 3.0
7.5 5.9
2.3
2.3 2.5
3.5
3.5
Mainly oceanic crust Aleutian Trench
Azores F.Z.
Peru - Chile T
rench
TongaTrench
Altyn Tagh F. Tan
-Lu F.
Mariana Trehnc
OntonPlateaug-Java Java Trench
Alpine F. S.E. In
dian Ocean Ridge S.W. Indian
Ocean Ridge
Darlin
g F.
1.4 45°
45° 45°
45°
Fig. 1.3: Carte tectonique mondiale (modifiée d’après Lowman et al., 1999). La plaque Africaine est bordée par des rides océaniques à l’exception de sa frontière nord. Elle subit une extension dans sa partie Est (le REA) où elle se divise en plusieurs micro-plaques (voir section suivante).
Les intrusions magmatiques jouent probablement un rôle clef dans l’accommo- dation de la déformation dans cette région du globe. Les études géophysiques, de plus en plus nombreuses dans la zone, indiquent que ces corps mafiques sont en effet largement présents sous le rift (Ethiopie, branche Est) et dominent parfois les épisodes de rifting (Kendall et al.,2005;Wright et al., 2006; Ebinger et al.,2008).
Ce travail s’inscrit dans la problématique de la dynamique du rifting et s’appuie sur des données sismologiques pour essayer de mieux comprendre le rôle des diffé- rents acteurs de l’extension continentale. De fait, la sismicité est un marqueur de la déformation active d’un continent, permettant de caractériser des épisodes de rifting (injections magmatiques, activité des failles), mais elle nous renseigne également sur la structure et les niveaux de résistance de la lithosphère. La région étudiée se si- tue dans un endroit particulier de la branche Est du Rift Est-Africain (REA), la Divergence Nord-Tanzanienne (DNT), où les différents phénomènes évoqués précé- demment semblent interagir de manière complexe, avec un changement brutal dans l’expression morphologique, magmatique et tectonique du rift. Contrairement au nord du REA, en Afar, où le rift en est à un stade mature, c’est à dire proche de l’accrétion océanique, on peut enregistrer l’initiation de l’extension dans la DNT.
S’agissant de la première expérience sismologique à l’échelle de cette région, l’objectif est donc dans un premier temps de voir où et comment le rift se propage en identifiant de manière précise les zones actives et les processus responsables de la déformation, d’estimer les propriétés mécaniques et la structure de la lithosphère et de comparer l’ensemble de ses observations avec les régions où l’extension est plus avancée. Les questions principales qui émergent sont : (1) Quel est le rôle du magmatisme dans les premiers stades de l’extension continentale ? (2) Les modèles où le rôle des failles est prépondérant sont-ils toujours appropriés ? (3) Quelle est l’importance relative des processus magmatiques (dykes) et tectoniques (failles) dans l’accommodation de la déformation ? (4) Dans quelle mesure les structures héritées (composition, épaisseur, géométrie, rhéologie,...) contribuent-elles à la localisation du rift ?
1.2 Contexte géodynamique
1.2.1 Le rift Est-Africain
L’Afrique de l’Est est un laboratoire naturel exceptionnel, exposant les différents stades de l’extension d’un continent, de l’initiation du rifting (Divergence Nord- Tanzanienne) à l’accrétion océanique (Afar) (Fig. 1.4).
Fig. 1.4: Carte structurale sim- plifiée (trait noirs) du Rift Est- Africain (modèle numérique de ter- rain, données GTOPO30, http://
eros.usgs.gov). La sismicité est représentée par des cercles gris (D’après le bulletin du Natio- nal Earthquake Information Cen- ter, http:// earthquake.usgs.gov/
regional/ neic, magnitude mb gé- néralement supérieure à 4, de 1973 à 2009). Les plateaux Ethiopien et Est-Africain sont délimités par des pointillés oranges. L’extrémité sud de la branche Est du REA correspond à la Divergence Nord- Tanzanienne (carré rouge). Ki., Mo., Ub., et Us., sont respectivement les ceintures (C.) protérozoïques Kiba- ran, Mozambique, Ubendian et Usa- garan, accrétées aux marges du cra- ton archéen tanzanien (délimité par des pointillés verts).
Le Rift Est-Africain (REA) correspond à la frontière en divergence entre deux plaques tectoniques principales, Nubie à l’Ouest et Somalie à l’Est et plusieurs micro- plaques (Victoria, Rovuma et Lwandle, Figs. 1.4 et 1.5, Calais et al., 2006). Le rift s’étend sur plus de 4000 km de long entre la dépression de l’Afar au nord et le Golfe du Mozambique au sud où les taux d’extension varient respectivement de 6.5 à moins de 2 mm/an (Fig. 1.5.A, Stamps et al.,2008).
L’origine du rifting cénozoïque, du volcanisme et la topographie rencontrés dans le REA (plateaux Ethiopien et Est-Africain, Fig. 1.4) est encore incertaine : plusieurs modèles ont été proposés, invoquant la présence d’un ou plusieurs panaches mantel- liques (Burke, 1996; Ebinger et Sleep, 1998; Nyblade et al., 2000; Pik et al., 2006) pouvant être reliés au super-panache Africain, large anomalie thermo-chimique dans le manteau inférieur, centrée sous l’Afrique du sud (par ex. Ritsema et al., 1999) (Fig. 1.5.C).
AFAR
P velocity variation DNT
C B
A
Fig. 1.5: A : Modèle cinématique du Rift Est-Africain, d’aprèsStamps et al. (2008). Les mouvements relatifs des plaques sont illustrés par des flèches rouges, les chiffres associés correspondent aux valeurs des vitesses calculées en mm/an. Les étoiles noires indiquent les pôles de rotation. B : Bloc diagramme interprétatif de Calais et al. (2006) montrant la rotation anti-horaire de la micro-plaque Victoria qui comprend le craton Tanzanien enraciné en profondeur. C : Modèle tomographique d’onde P sous le Rift Est-Africain d’après Li et al. (2008), mettant en évidence la présence d’une anomalie de vitesse lente sous l’Afrique de l’Est.
Le REA se divise en deux branches au sein du plateau Est-africain suivant les ceintures orogéniques protérozoïques accrétées aux marges du craton archéen tanzanien (Figs. 1.4 et 1.5.B). A l’est, la ceinture Mozambique présente des struc- tures N-S résultant de multiples collisions (1.2-0.45 Ga) (Cahen et al., 1984; Sha- ckleton, 1986). Les ceintures Usagaran et Ubendian qui bordent le craton au sud, datent du début du Protérozoïque (Lenoir et al.,1994; Theunissen et al.,1996) tan- dis que la ceinture Kibaran (NW) a été formée à la fin du Protérozoïque (Cahen
et al., 1984).
Plusieurs phases de rifting ont été identifiées en Afrique de l’Est, comme celle du Karooau Permo-Trias (250 Ma) (Kreuser,1995). C’est à partir du Cénozoïque que le rift actuel, le REA, se forme, en réactivant parfois les failles bordières de certains bassins antérieurs (Le Gall et al., 2004).
L’âge du volcanisme et des failles n’est pas strictement linéaire le long du REA.
Les échantillons de roches volcaniques les plus anciens (40-45 Ma) proviennent du rift Ethiopien central (George et al., 1998). Un volcanisme intensif affecte l’Afar à l’Oligocène (30 Ma) avec la mise en place rapide (1 Ma) d’énormes épanchements basaltiques (trapps), pratiquement coïncidents avec la mise en place de failles nor- males (29 Ma) (Hofmann et al.,1997;Wolfenden et al.,2005). Dans la branche Est, le volcanisme débute à 30 Ma au nord du rift Kenyan, à 15 Ma dans le Kenya central et à 8-5 Ma au nord de la Tanzanie (Baker, 1987; Dawson, 1992). Dans la branche Ouest, les roches les plus anciennes sont datées à 12 Ma dans le lac Kivu et à 8 Ma au sud du lac Rukwa (voir compilation de Ebinger,1989). L’activité tectonique est probablement contemporaine du volcanisme dans les deux branches (Ebinger, 1989). La sismicité suit les vallées axiales avec une activité plus importante dans la branche Ouest que dans la branche Est (cercles gris sur Fig. 1.4).
1.2.2 La Divergence Nord-Tanzanienne
La branche Est du REA se caractérise par un changement brutal dans l’expres- sion morphotectonique et volcanique du rift. Tandis que la vallée axiale est étroite (∼50 km) et magmatique au Kenya, elle s’élargit sur environ 200 km à son extré- mité sud en trois branches pratiquement amagmatiques (Eyasi, Natron-Manyara- Balangida, Pangani), formant laDivergence Nord-Tanzanienne(DNT, voir Fig.
1.6,Dawson,1992;Ebinger et al.,1997;Foster et al.,1997;Le Gall et al.,2004). Les bassins des rifts Eyasi et Natron-Manyara-Balangida sont des hémi-grabens longs d’environ 100 km, larges de 50 km et peu profonds (< 3km), indiquant une faible extension cumulée (Foster et al., 1997). Ils séparent un système de blocs basculés, le plateau Mbulu. Le rift Pangani est quant à lui un système en horst plus récent (< 1 Ma, Nonnotte, 2007). Le lecteur peut se référer à l’Annexe A pour une étude détaillée de l’évolution temporelle du rifting et du magmatisme de la DNT (Le Gall et al., 2008).
Fig.1.6:CartedelaDivergenceNordTanzanienne(Dawson,1992).
Le craton tanzanien, le bloc Masaï et les chaînes protérozoïques
La présence du craton archéen tanzanien (> 2.5 Ga, d’après Cahen et al., 1984) semble contraindre la structure à grande échelle du REA : les branches Est et Ouest ont en effet tendance à le contourner et à se propager dans les ceintures mobiles protérozoïques (650-475 Ma) accrétées à ses marges (Fig. 1.4). La lithosphère cra- tonique, enracinée en profondeur, plus résistante (épaisseur élastique Te > 100 km) et plus épaisse que les ceintures protérozoïques est par conséquent plus difficile à déformer (Petit et Ebinger, 2000; Pérez-Gussinyé et al., 2009). Cependant, dans la DNT, le rift se propage dans le craton, via les failles normales Eyasi et Balangida et le domaine de déformation diffuse Mbulu qui les sépare (Fig. 1.7), indiquant que la résistance n’est pas le paramètre dominant contrôlant son développement. Seul le bloc Masaï, entouré des branches Natron-Manyara-Balangida et Pangani, apparaît comme un bloc indéformable (Ebinger et al., 1997; Foster et al., 1997). Les valeurs importantes de Te obtenues par Pérez-Gussinyé et al. (2009) laissent penser qu’il s’agit d’un fragment de craton.
Le contact entre ces trois ensembles géologiques (craton, bloc Masaï et ceinture Mozambique) est mal connu. La limite entre la ceinture Mozambique et le craton est dessinée de manière approximative sur la figure 1.7, à partir de quelques af- fleurements observés au Kenya et en Tanzanie (Ebinger et al., 1997). Des collisions multiples ont conduit au remaniement de la marge Est du craton et à son enfouis- sement sous les terrains protérozoïques en place (Smith et Mosley, 1993). La limite en profondeur du craton est incertaine mais il est probable que les changements de direction des structures cénozoïques en soient l’expression en surface (Ebinger et al., 1997). On passe en effet d’une direction N-S au niveau du lac Natron (continuité du rift Kenyan) à NE-SW pour la branche la plus à l’ouest (Eyasi) vers ∼3°S tandis que la branche centrale (Natron-Manyara-Balangida) devient NE-SW à∼4°S. Cette limite en profondeur interviendrait donc à environ 50 km à l’est de la limite en sur- face. Dans la partie 3.2.1, une coupe simplifiée a été effectuée en tenant compte de cette limite probable.
Fig. 1.7: Carte géologique de la Divergence Nord-Tanzanienne (Ebinger et al.,1997). La zone de contact supposée entre le craton archéen et la chaîne protérozoïque Mozambique, éléments du socle (“basement” en anglais), est illustrée par une bande rayée discontinue (“suture zone”). Les volcans sont indiqués par des triangles et leur nom par leur initiale : L, Lemagrut ; S, Sadiman ; Od, Oldeani ; Ng, Ngorongoro ; Om, Olmoti ; Em, Embagai ; Lo, Loolmalasin ; OL, Oldoinyo Lengaï ; La, Lashaine ; K, Kerimasi ; M, Mosonik ; OS, Oldonyo Sambu ; Sh, Shombole ; G, Gelaï ; Kt, Kitumbeine ; Ts, Tarosero ; B, Burko ; Es, Essimingor ; Mo, Monduli ; Mw, Mweru ; Kw, Kwaraha ; H, Hanang ; P, Pello Hill ; Lb, Labait.
Structure thermique, magmatisme
La distribution du volcanisme associé à la DNT est frappante : tandis que de nombreux volcans jalonnent les vallées du rift Kenyan, ils s’alignent perpendiculai- rement à l’axe du rift au sud du lac Natron, sur une zone d’environ 200 km. Cette ceinture volcanique comprend de gros édifices, tel que le Kilimanjaro qui culmine à 5890 m (daté à ∼2.5 Ma, voir Nonnotte et al., 2008), et est bordée au sud par le bloc Masaï. Ce dernier forme avec les bassins Eyasi, Manyara et Pangani une bande pratiquement avolcanique. Seuls quelques cônes sont présents un peu plus au sud tels que le Kwaraha, le Labaït et le Hannang (Fig. 1.7). L’Oldoinyo Lengaï, l’unique volcan actif qui produit des carbonatites sur terre, est situé au sud du lac Natron et entre en éruption assez régulièrement (Vaughan et al., 2008).
Des anomalies de vitesse lente ont été mises en évidence en profondeur dans le manteau supérieur, à la fois sous la branche Est et sous la lithosphère cratonique (voir Fig. 1.8.A, Ritsema et al., 1998; Weeraratne et al., 2003; Park et Nyblade, 2006). D’après Huerta et al. (2009) (analyse de fonctions récepteur), elles sont le prolongement de remontées thermiques étroites (localisées) au sein de la zone de transition qui sont initiées à la base de celle-ci (660 km) par l’impact d’un panache mantellique (probablement le super-panache Africain) (Fig. 1.8.B). Le plateau Est- Africain est associé à une large anomalie de gravité négative (∼1200 km) attribuée à la présence d’une tête panache de ∼600 km de large par Simiyu et Keller (1997).
Ces derniers proposent que deux bras de diamètre inférieur à 250 km sont issus de la tête du panache, s’étendent vers la surface sous les branches Est et Ouest où des anomalies de gravité négatives plus étroites (∼200 km) sont enregistrées.
Ce phénomène se produirait plus profondément dans la DNT qu’au Kenya, ce qui traduirait la propagation du rift vers le sud (Simiyu et Keller, 1997).
B A
Fig.1.8: A : Modèle tomographique réalisé à partir de l’inversion des résidus des temps de trajet des ondes S (téléséismes) (figure issue deRitsema et al.,1998). Coupes horizontales et verticales. B : Coupe interprétative à environ 4.5°S traversant le craton et les deux branches du rift (figure issue de Huerta et al., 2009) sur laquelle sont superposées les fonctions récepteur (sommation par station). Un flux thermique ascendant est représenté sous le craton et la branche Est.
Sismicité
La DNT connaît une activité sismique relativement intense (Nyblade et al.,1996) avec quelques événements de magnitude élevée pour un rift, les plus forts ayant eu lieu en 1964 au sud du lac Eyasi (07/05/64, 05:45, mb=6.3, ISC1) et en 2007 au sud du lac Natron (17/07/07, 14:10, Mw=5.9), soit un mois après l’installation de notre réseau. En dehors des catalogues mondiaux, seuls les enregistrements d’un réseau temporaire régional déployé entre 1994 et 1995 à travers la Tanzanie sont disponibles (Nyblade et al., 1996). La sismicité se concentre essentiellement en deux essaims, à 4°S et 5.5°S, dans l’axe de la branche centrale de la DNT.
Un trait particulier de la région concerne l’occurrence de séismes profonds : les foyers des séismes crustaux sont connus pour atteindre des profondeurs supposées
“anormales”, au-delà de 20 km et jusqu’à 34 km (Nyblade et Langston,1995;Brazier et al.,2005). Ces événements reflètent probablement la propagation du rifting depuis la chaîne mobile Mozambique dans le craton (Doser et Yarwood, 1994).
Dans la section suivante, nous verrons que la distribution de la sismicité en profondeur varie le long de la branche Est, avec des séismes de plus en plus profonds du N vers le S.
1International Seismological Centre (http:// www.isc.ac.uk/ index.html)
1.3 Rhéologie crustale et distribution de la sismi- cité en profondeur
L’article qui suit est le résultat d’une analyse de la distribution des séismes en profondeur à partir de différents catalogues disponibles dans les branches Est et Ouest du Rift Est-Africain, de part et d’autre du craton archéen tanzanien. Les essaims de séismes ont été supprimés et les événements les mieux localisés ont été sélectionnés. En supposant que la déformation à court terme exprimée par la sis- micité reflète les propriétés mécaniques à long terme de la lithosphère, nous avons déduit des enveloppes rhéologiques de la croûte de la distribution en profondeur des séismes sélectionnés. Il est aussi proposé que la profondeur où la sismicité marque un pic et celle où elle disparaît soient des bons indicateurs de la position de la tran- sition fragile-ductile. La diversité des enveloppes calculées est finalement révélatrice du fort contrôle exercé par le gradient géothermique (modifié par le rifting céno- zoïque) et par la composition (degré de différenciation de la croûte). La résistance crustale apparaît ainsi hétérogène à l’échelle des branches Est et Ouest du Rift Est- Africain, et très sensible en position et en magnitude au contexte géologique. Une croûte inférieure mafique est nécessaire pour expliquer la profondeur des séismes dans les deux branches. La croûte apparaît de plus en plus résistante du rift Kenyan à la DNT. A l’ouest, le rift semble se développer dans une croûte en moyenne plus résistante et plus homogène.
Crustal rheology and depth distribution of earthquakes: Insights from the central and southern East African Rift System
Julie Albarica,⁎, Jacques Déverchèrea, Carole Petitb, Julie Perrota, Bernard Le Galla
aUniversité de Brest (UBO), Institut Universitaire Européen de la Mer (IUEM), CNRS UMR6538 « Domaines Océaniques », 29280 Plouzané, France
bLaboratoire de Tectonique, Université Pierre et Marie Curie, UMR7072 CNRS, 75252 Paris, France
A B S T R A C T A R T I C L E I N F O
Article history:
Received 30 August 2007
Received in revised form 11 April 2008 Accepted 13 May 2008
Available online 29 May 2008 Keywords:
Rheology
Depth–frequency distribution of earthquakes East African Rift
Magmatism
Yield strength envelope
The seismicity depth distribution in the central and southern East African Rift System (EARS) is investigated using available catalogs from local, regional and global networks. We select well-determined events and make a re-assessment of these catalogs, including a relocation of 40 events and, where necessary, a declustering. About 560 events arefinally used for determining foci depth distribution within 6 areas of the EARS. Assuming that short-term deformation expressed by seismicity reflects the long-term mechanical properties of the lithosphere, we build yield strength envelopes from seismicity depth distribution. Using brittle and ductile laws, we predict the strength percentage spaced every 5 km (or sometimes 2 km) in the crust, for a given composition and a specific geotherm, and constrain it with the relative abundance of seismicity. Results of this modeling indicate significant local and regional variations of the thermo- mechanical properties of the lithosphere which are broadly consistent with previous studies based on independent modelings. In order to explain relatively deep earthquakes, a highly resistant, mafic lower crust is generally required. We alsofind evidence for changes in the strength magnitude and in the depth of the brittle–ductile transitions which are clearly correlated to tectonic provinces, characterized by contrasted thermal gradients and basement types. A clear N–S increase and deepening of the peak strength level is evidenced along the eastern branch of the EARS, following a consistent southward migration of rifting since
~ 8 Ma. We also detect the presence of a decoupling layer in the Kenya rift, which suggests persisting influences of the deep crustal structures (Archaean and Proterozoic) on the behavior of the extending crust.
More generally, our results suggest that seismicity peaks and cut-off depths may provide good proxies for bracketing the brittle–ductile transitions within the continental crust.
© 2008 Elsevier B.V. All rights reserved.
1. Introduction
The maximum depth of earthquakes has long been known to reveal fundamental properties of the upper part of the lithosphere, i.e.
either the transition from brittle faulting to plasticflow in the crust, or a change in the frictional sliding process (e.g.Sibson, 1982; Meissner and Strehlau, 1982; Tse and Rice, 1986; Hobbs and Ord, 1988; Scholz, 2002). In order to estimate the strength of the lithosphere, numerous studies have focused on the seismogenic layer thickness Ts (which reflects the thickness of the uppermost brittle layer that responds on historical time scales to stresses by faulting and earthquakes), leading some authors to compare it to the elastic thickness Te (e.g., Maggi et al., 2000a; Jackson, 2002). However, a quantitative comparison of Ts to strength and Te remains generally difficult or questionable because of the intrinsic limitations of earthquake catalogs (arising mostly from inaccuracy in depth location and/or from too short time duration) and
of uncertainties in the way the long-term lithospheric thermo- mechanical properties can be actually modeled (see several argu- ments and reviews in e.g.Fernandez and Ranalli, 1997; Maggi et al., 2000a; Déverchère et al., 2001; Scholz, 2002; Watts and Burov, 2003;
Afonso and Ranalli, 2004; Burov and Watts, 2006).
Another limitation is related to the gradual nature of rheological and seismological transitions. Indeed, most studies do not address the question whether the seismicity cut-off depth (SCO) marks the onset of the brittle–ductile transition (BDT), i.e. the top of this transition, or whether it depicts its base (e.g.Young et al., 1991; Déverchère et al., 2001). This is however important, since this transitional layer may be relatively thick because it corresponds to the semi-brittlefield, which is qualitatively understood as the limit between the onset of plasticity of the most ductile component of the crust and the onset of plasticity of the most brittle component (Scholz, 2002). This transition is especially awkward to determine for continental terranes character- ized by a multi-layered rheology, implying several BDTs (Ranalli and Murphy, 1987; Scholz, 2002; Watts and Burov, 2003; Afonso and Ranalli, 2004; Burov and Watts, 2006), thus preventing a straightfor- ward interpretation of Ts values. Therefore, whatever the approach
⁎Corresponding author. Tel.: +33 298 498 747.
E-mail address:[email protected](J. Albaric).
0040-1951/$–see front matter © 2008 Elsevier B.V. All rights reserved.
Contents lists available atScienceDirect
Tectonophysics
j o u r n a l h o m e p a g e : w w w. e l s ev i e r. c o m / l o c a t e / t e c to
estimate of the extent and nature of the BDT in the crust.
On another hand, a linear increasing number of earthquakes with depth, followed by a sharp, exponential decrease has been reported since long, leading to note similar shapes of the curves of seismicity distribution and yield rheological profiles (e.g. Fadaie and Ranalli, 1990; Lamontagne and Ranalli, 1996). Furthermore, the transition depths of the two processes are similar, although it can be considered to some extent coincidental (Ranalli, 1997). Whatever the actual process involved, the relative abundance of earthquakes can therefore be related, at least approximately, to the yield strength at a given depth (Ranalli, 1995, 1997; Scholz, 2002), so that the depth–frequency distribution of earthquakes (DFDE) may be used as a proxy for unraveling the rheological properties of the crust and their spatial variations. Using the thermal state and the mineral composition of the continental lithosphere as factors controlling atfirst order its strength (e.g.Chen and Molnar, 1983), we may compare the shapes of DFDE to theoretical yield strength envelopes (YSE), which is potentially more interesting and precise than Ts alone in order to characterize BDTs.
In the vicinity of Cenozoic rift zones, magmatic events are likely to modify the thermal and compositional structure of the continental crust at depth: therefore, it is expected in this context that these changes are reflected by contrasted DFDE patterns. An additional challenge is to explain why and under which conditions the lower
submitted to active continental extension, as often reported (e.g.
Shudofsky, 1985; Seno and Saito, 1994; Foster and Jackson, 1998;
Déverchère et al., 2001; Aldersons et al., 2003). Previous studies have already attempted to investigate the rheology of several large active rift systems using depths of microearthquakes or moderate to large events: among them, the East African Rift System, noted hereafter EARS (Shudofsky et al., 1987; Young et al., 1991; Seno and Saito , 1994;
Nyblade and Langston , 1995; Camelbeeck and Iranga, 1996; Foster and Jackson, 1998), the Baikal Rift (Déverchère et al., 2001; Emmerson et al., 2006) or the Dead Sea basin (Aldersons et al., 2003). Among the limitations of these studies, the typical DFDEs built often group together large areas and are generally not quantitatively compared to strength/depth profiles provided by YSEs, either as YSE in MPa or in relative importance through the crust (noted hereafter as YSE(MPa) or YSE(%), respectively).
In this study, we focus on the two branches of the EARS, extending from 2°N to 10°S (Fig. 1). Firstly, we examine a wide range of seismological data and make a careful selection or re-computing of hypocenters in order to infer the proportional focal depth distribution within the crust in several tectono-magmatic provinces of the EARS.
Secondly, using empirical deformation laws and the thermal para- meters obtained fromfield studies, the normalized yield stress (or strength percentages YSE(%) at several depth intervals throughout the
Fig. 1.Simplified structural map of the central and southern East African Rift System together with epicenters from the different catalogs of seismicity used in this study. Histograms depict the depth distribution of selected earthquakes as percentage of the total amount each 5 km interval, or each 2 km (Bogoria and Magadi-N catalogs).Nis the number of events