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4 juin 2014actualité, info
en marge
Ce n’est certes pas encore validé mais c’est déjà comme une pro- messe : une étude française démon tre que l’autodépistage du cancer du col de l’utérus peut être aussi efficace que celui réalisé par un médecin. Les preuves en sont apportées dans la dernière livrai- son du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de l’Institut national français de veille sani- taire.1 La publication est signée par une équipe de médecins et viro logues français dirigée par le Pr Alain Goudeau et le Dr Ken Haguenoer (Inserm, CHU Breton- neau de Tours). Cette démonstra- tion ouvre de nouvelles perspec- tives dans le développement d’un geste essentiel de dépistage anti- cancéreux. Geste qui peine encore parfois à être mis en œuvre de manière systématique chez l’en- semble des femmes qui pourraient en bénéficier.
On sait que ce dépistage a permis de réduire de manière importante la mortalité et la fréquence de ce cancer. On se souvient peut-être encore que le frottis cervico-utérin est une technique héritée des tra- vaux du Dr Georgios Papanico- laou (1883-1962) et du célèbre test de coloration qui porte son nom.
Depuis des décennies, chaque étudiant en médecine apprend tout de ce geste. Examen gynéco- logique. Spéculum. Spatule. Pré- lèvement de cellules au niveau ad hoc. Cellules ensuite examinées au laboratoire pour vérifier l’absence ou la présence de lésions précan- céreuses. On peut aussi aujour- d’hui prélever plus simplement pour ensuite effectuer la recher- che de papillomavirus humains (HPV) avec la technique de la PCR.
Les médecins vont-ils bientôt appren dre aux femmes à pratiquer elles-mêmes ce dépistage ? Le tra- vail publié dans le BEH le laisse penser dès lors qu’il s’agit de réa- liser un autoprélèvement vaginal (APV) pour la recherche des HPV.
«Il s’agissait moins ici d’une volon té de priver le médecin d’un geste dont il a l’exclusivité que de mettre au point une technique effi cace pour augmenter la parti- cipation au dépistage pour les
femmes qui ne sont jamais ou rare ment dépistées, explique le Pr Alain Goudeau. Une grande varié té de dispositifs d’autoprélè- vement (écouvillons, brosses, tampons, serviettes et lavages cervi co-vaginaux) avait déjà été testée. Ces dispositifs étaient géné- ralement placés dans un milieu de transport liquide lors du prélè- vement. Il s’agissait là de procé- dures malaisées et relativement coûteuses eu égard à l’objectif visé.»
L’expérience relatée dans le BEH a été réalisée à partir d’un «écou-
villon sec», d’un maniement simple et peu coûteux et pouvant être adressé aux femmes et ren- voyé à un laboratoire par la poste.
L’expérience a été menée dans quatre centres : un centre d’ortho- génie, un centre de consultation de gynécologie d’un CHU et dans deux centres d’examens de santé.
Différents prélèvements génitaux étaient réalisés pendant la consul- tation. Un kit d’autoprélèvement était ensuite remis aux femmes volontaires, comportant des écou- villons et une notice explicative quant à la manière de procéder.
Les femmes réalisaient les auto- prélèvements dans le bureau du médecin ou à proximité (toilettes, vestiaires) avant l’examen gyné- cologique.
Plus de sept cents femmes ont participé à cette expérience, le plus souvent âgées entre 30 et 65
ans. Parmi elles, 14% ont expliqué avoir rencontré quelques difficul- tés pour réaliser cet autoprélève- ment : difficultés pour évaluer la profondeur préconisée de l’APV ou pour trouver où et comment introduire l’écouvillon. Près de 9% ont fait état d’une douleur ou d’une sensation désagréable.
Après vérification et comparaison des résultats virologiques obtenus, les auteurs de cette recherche concluent que l’efficacité est com- parable à celle obtenue à partir des prélèvements effectués par des médecins.
«A notre connaissance, cette étude est la première à établir cette comparaison sur un grand effectif. Cet autoprélèvement vagi nal nous semble une méthode performante et efficace, estime le Pr Goudeau. Elle pourrait per- mettre de faire bénéficier du
dépis tage de ce cancer des femmes qui, aujourd’hui, sont de fait exclues des programmes exis- tants.» Cette exclusion demeure d’actualité en France où le dépis- tage par frottis existe depuis plus de 60 ans mais dont seules 60%
des femmes bénéficient.
Au-delà de l’aspect médical, un humaniste féru en sciences humai nes verra ici une heureuse démédicalisation ; une réappro- priation de leurs corps par ces dernières. Une association d’idées peut aussi rapprocher la publica- tion savante du BEH d’une tri- bune publiée il y a un peu plus d’un an, dans les colonnes du Monde. Elle y était signée par le prolixe Jacques Testart, l’un des pionniers de la biologie de la repro duction, personnalité aty- pique qui mène depuis un quart de siècle quelques combats essen-
tiels. Sans faire parfois l’économie de quelques solides contradictions.
L’an dernier, l’actualité était, en France, celle de la loi socialiste sur le «mariage pour tous». Avec l’un de ses corollaires : le droit à la
«PMA» (procréation médicale- ment assistée) pour les couples de femmes homosexuelles souhaitant avoir un enfant en procréant. Il y avait là, pour Jacques Testart, de quoi reprendre son combat contre un pouvoir médical qu’il aimerait souvent contenir. «Tout a com- mencé dans les années 1970, quand la congélation du sperme a permis le développement de l’insé mination artificielle avec donneur (IAD), les gamètes mas- culins pouvant alors voyager dans l’espace et dans le temps, une condition nécessaire à des prescriptions éthiques (anonymi- sation) et sanitaires (sélection et attribution des donneurs), écri- vait-il. Alors, la médecine décida que l’IAD devait devenir une pra- tique de professionnels spéciali- sés, créant les banques de sperme, décidant des principes éthiques, gérant cette activité dans toutes ses dimensions, psychologiques, économiques, biologiques.»
De fait, les partenaires de l’IAD, donneurs et couples receveurs, devinrent (du moins en France)
«canalisés, analysés, évalués, appa riés, archivés, remboursés».
«Nul ne protesta contre cette prise de pouvoir parce qu’il est plus confortable et rassurant d’être pris en charge par des spécialistes qualifiés que de trouver soi-même une solution, et surtout parce que le nouveau monopole des blouses blanches sur la procréation mas- quait une évidence : nul besoin du corps médical pour déposer du sperme dans un vagin !» ajoutait le biologiste de la reproduction.
Il précisait que les lesbiennes américaines qui s’auto-insémi nent depuis des années ont des résul- tats qui n’ont rien à envier à ceux des gynécologues (10% de gros- sesses). Mais qu’il fallait pour cela prendre la responsabilité du choix du donneur, proche ou anonyme, et assumer ces gestes simples mais chargés de conséquences, puisque le but est la naissance d’un enfant.
«Depuis toujours, des couples infer tiles ont recouru à l’insémi- nation naturelle par un donneur ou un proche mais, si l’asepsie sexuelle est exigée, elle est à la portée de tous. Un réceptacle (un verre) pour recueillir le sperme,
De la démédicalisation du corps des femmes
Source : National Cancer Institute/LDD
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1 Cette publication et disponible à l’adres se suivante : www.invs.sante.fr/beh/2014/
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puis une paille ou un cathéter pour l’administrer, si possible avec l’aide d’un spéculum, voilà à quoi peut se résumer la "techno- logie"» poursuivait-il. Et de rêver à un avenir («encore largement utopique») où la convivialité prendrait une place réelle, où le geste solidaire d’un ami pour aider un couple de femmes en offrant sa semence, ou même celui d’une sœur ne choquerait personne. Ou presque.
«Remplaçons l’assistance médi- cale à la procréation (AMP) par l’assistance conviviale à la pro- création (ACP), concluait le biolo- giste utopiste. Les enfants souffri- ront certainement moins de bricolages amoureux et fraternels que d’être nés d’une machine froide qui les fait délibérément
orphe lins de racines. La balle n’est pas dans le camp de la bio- médecine, elle est chez les deman- deurs d’aide et surtout chez les juristes qui devraient, tout en évi- tant la pénalisation de l’ACP, veil- ler à la non-commercialisation des services (en particulier pour la GPA – gestation pour autrui) et élaborer avec audace des statuts protecteurs pour les parents et les enfants.»
Jean-Yves Nau [email protected]
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