P UBLICATIONS MATHÉMATIQUES DE L ’I.H.É.S.
L OUIS M ICHEL
Physique et mathématique
Publications mathématiques de l’I.H.É.S., tome S88 (1998), p. 131-144
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PHYSIQUE MATHÉMATIQUE
par
LOUIS MICHELà Léon
Motchane, fondateur
del’IHÉS
Cet article n’est pas un travail érudit sur les
rapports
entre laphysique
et lesmathématiques. J’ai
souvent réfléchi sur cesujet
etj’ai
été invitéplusieurs
fois à enparler (une
seule conférence a étépubliée [MIC91]). Et je
serai fort intéressé de lire les articles dece recueil. Le mien sera
simplement
untémoignage vécu,
basé sur mon activité dephysicien
théoricien commencée il y a
cinquante
ans, et dont les deux tiers se sont déroulés àl’IHÉS,
un des lieux de notre
planète
où les relations entre les mathématiciens et lesphysiciens
sontles
plus
intenses.Les
systèmes
denumération,
ycompris
l’introduction desfractions,
ont été inventésindépendamment
dansplusieurs
civilisations cequi
leur apermis
non seulement d’intensi- fier leur commerce, mais aussid’enregistrer,
parexemple,
des observationsastronomiques
pour faire des
prédictions d’éclipses (ou, plus
souvent, desprédictions
dans leshoroscopes).
C’est dans la civilisation grecque
antique,
établie sur unegrande partie
du bassin méditer- ranéen(1),
que sont nées lesmathématiques :
non seulement lagéométrie d’Euclide,
etla construction des
cinq polyèdres réguliers,
mais aussi l’étude desconiques
et la preuve de l’existence des nombres irrationnels.Archimède,
tout en faisant d’intéressants travauxmathématiques (calculs
de surfaces et devolumes,
calculapproché
de7T) entreprit
aussi unecertaine mathématisation des
expériences
avec des machinessimples (e.g. levier)
oud’hy- drostatique ;
cette méthode luipermit
de faired’importantes
découvertes.Parallèlement,
les astronomes surent reconstituer dansl’espace
les mouvements des astres observés sur lasphère
céleste. Deséclipses
de Lune ils déduisirent la formesphérique
de la Terre et lerapport
entre les rayons de la Terre et de la Lune. Plus tard Eratosthène mesura(avec
unebonne
précision)
le rayon de la Terre etput
aussi évaluer la distance Terre-Lune.Aristarque
de Samos introduisit
l’héliocentrisme, Hipparque
découvrit laprécession
deséquinoxes
( 1 )
Le très récent livre [RUS97] sur ce sujet est excellent.(dont
lapériode
est de 26 000ans) ;
leprincipal
traité d’astronomiequi
nous est parvenuest
l’Almageste
de Ptolémée(remarquable,
maisgéocentrique).
Il fallutplus
de mille anspour douter de la validité de ce dernier
système (par exemple,
il nepouvait
pasexpliquer
les variations d’éclat de Mars ou de
Vénus).
Au XVIe siècle deux nouveauxsystèmes
furentproposés
pour leremplacer :
celui deCopernic
et celui deTycho-Brahé.
Laprécision
desobservations de ce dernier
permit
àKepler
de trouver la forme de latrajectoire
de Mars(une ellipse
dont un de sesfoyers
estoccupé
par leSoleil)
et la variation de la vitesse de Mars sur son orbite(le segment
variable Soleil-Mars balaie des aireségales
en destemps
égaux).
Il trouva aussi la relation entre lespériodes
et les tailles des orbites desplanètes.
De nombreuses découvertes
scientifiques
avaient été faites avantKepler
etbeaucoup
avaient eu d’intéressantes
applications pratiques.
Mais onpeut
dire que la science moderneest née avec Galilée. Habile observateur
(satellites
deJupiter, phases
deVénus, etc.)
etremarquable expérimentateur,
àpartir d’expériences
sur unplan
incliné il formula les lois de la chute des corps par des fonctions(1)
dutemps.
Ilprécisa
que ces lois seraientidentiques
si les mêmes
expériences
étaient faites sur un bateau sedéplaçant
à vitesse constante surune mer calme
(ce
que nousappelons
maintenant leprincipe
de relativité deGalilée).
Bienque son
exceptionnelle
intuitionscientifique
ne l’ait paspréservé
de théories fausses(par exemple
celle desmarées) qu’il
n’abandonnapas, je
suisprofondément
en accord avec sonpoint
de vue :La
filosofia
è scritta inquesto grandissimo libro,
che continuamente ci staaperto
innanziagli
occhi
(io
dicol’universo),
ma non sipuò
intenderese prima
nons’impara
a intender lalingua,
a conosceri
caratteri, nequali
è scritto.Egli
è scritto inlingua
matematica...(dans
IlSaggiatore, 1623) (2).
Vers la fin de ce XVIIe
siècle,
la découverte par Newton de la théorie universelle de lagravitation
est une illustrationmagnifique
de cepoint
de vue. Vouloir ranger cette révolution de nos connaissances dans le cadre des classifications que nous avons héritées du XIXe siècle n’a pasbeaucoup
de sens. La théorie de Newton enrichissait cequi
deviendrales
mathématiques
et fondait cequi
sera laphysique :
c’était toutsimplement
de la « Naturalphilosophy
», le déchiffrement d’unchapitre
dugrand
livre de la Nature. Il est encore oiseux de se poser de nosjours
laquestion :
la théorie de Newton doit-elle êtrecataloguée
dansla
mathématique, l’astronomie,
laphysique,
lamécanique?
Ils’agit
de l’un des monumentsmagnifiques
de notrepatrimoine scientifique qui
doit êtreenseigné
aux futurs membres desquatre professions correspondantes
et à bien d’autres... parexemple
à cesexplorateurs
du
système
solaire par satellitesqui
savent faire ricocher ceux-ci sur lechamp
degravitation
des
planètes
pourqu’ils accomplissent plus rapidement
leur mission.Jusqu’au
début du XIXesiècle,
en dehors desujets spécifiquement mathématiques (la
théorie des nombres et la résolution deséquations algébriques),
la distinction entrephysique
etmathématique
n’est pas bien définie. C’esttoujours
laphilosophie naturelle,
et(1)
Un concept mathématique alors en cours de formation.(2)
En résumé, en français : « Le livre de la nature est ouvert devant nos yeux; pour le comprendre il fautconnaître la langue dans laquelle il est écrit : les mathématiques. »
plus spécialement
ce que nousappelons aujourd’hui mécanique
rationnelle etmécanique
des
fluides, qui inspirent
au XVIIIe siècle les nouveauxproblèmes
que les mathématiciens cherchent à résoudre. Pendant cetemps
d’autres savants mesurent tout cequi
a un intérêtscientifique.
Newton avaitprédit l’aplatissement
de la Terre auxpôles
et Mac Laurin avaitfait un calcul
précis
de l’excentricité del’ellipsoïde
terrestre. L’Académie des sciences de Parisfinança
deuxexpéditions,
enLaponie
et auPérou,
pour vérifier cesprédictions théoriques.
Les deuxexpéditions
durèrentplusieurs
années et ramenèrent de nombreusesautres observations
scientifiques.
Le passage de Vénus devant le Soleil seproduit
deux foispar
siècle,
à 7 ans d’intervalle. Ceux du XVIIIe sièclepermirent
de mieux connaître la taille dusystème
solaire. Coulomb mesura non seulement lescharges électriques
et leur loid’attraction ou de
répulsion;
il mesura aussi la constante degravitation,
cequi
donnait ainsila masse de la Terre.
Bien que la transition soit très
progressive,
il me semble que c’est dans lapremière
moitié du XIXe siècle que se dessina la
compartimentation
de la science en« disciplines ».
Cela était dû en
partie
à lagrande expansion
de la science à cetteépoque
et à l’effort deplus
enplus grand
et soutenuqui
était nécessaire pouracquérir,
dans unediscipline,
unecompétence permettant
de la faire progresser(1).
Bien sûr certains savants étaientcapables
de faire avancer avec succès
plusieurs
domaines de la science. Pour n’en citerqu’un
desplus remarquables, rappelons
queGauss, quand
ilpublia
àvingt-huit
ans lesDisquisitiones
arithmeticae
[GAU805] (un
desgrands
monuments desmathématiques),
il avait été aussile
plus
efficace des astronomes pour déterminer les orbites des troispremiers
astéroïdesdécouverts
depuis quatre
ans, si bienqu’à
trente ans(1807)
il fut nommé directeur de l’observatoire deGôttingen.
Vers lacinquantaine
il transformacomplètement
etdéveloppa l’optique géométrique,
il fit faire desprogrès
solides à lamécanique
rationnelle(principe
demoindre
contrainte,
étude des oscillations sans ou avecfrottement)
et il yengloba
aussi(en
collaboration avec W. E.
Weber)
l’étude dephénomènes électromagnétiques.
Enhommage posthume
à ces derniers travaux, le nom de Gauss est aussi celui d’une unité d’inductionmagnétique.
Certainement la
compartimentation
de la science est due aux motivations différentes des chercheurs dans les différentesdisciplines,
mêmequand
ces recherches ont une structure commune.Je
voudrais montrer sur unexemple
queje
connais un peu, comment, dès le XIXesiècle,
des savants travaillant sur le mêmeobjet
abstrait le faisaient dans unlangage
différent sans intercommunication(et
leplus
souvent sansintercompréhension) ; appelons
cette situation « tour de Babel ». Ils’agit
descrystallographes
et des mathématicienss’occupant
degéométrie
des nombres. Engénéral,
les cristaux se cassent en cristauxplus petits,
les nouvelles facesqui apparaissent
étantparallèles
aux facesinitiales;
c’est lephénomène
declivage
des cristaux. Enimaginant qu’on
lerépète
autantqu’il
estpossible
sur unéchantillon, Haüy
montraqu’on pouvait
obtenir une cellule élémentaire(microscopique)
du cristalqu’il appella
« moléculeintégrante ».
En affinant cetteidée,
(1)
L’importance de ces deux facteurs n’a fait que croître à notre époque.il fonda la
cristallographie : répétées
par translations sur tout unréseau,
les cellules fondamentalespavent l’espace [HAÜ783].
La structure du réseau(que
nousqualifions
d’euclidien
ci-dessous) peut
être obtenue àpartir
de la forme du cristal.Paradoxalement,
pourexpliquer
cetexemple
de situation « tour de Babel », il estplus simple
de donner d’abord la solution : ils’agit
du dictionnaire entre la « théorie des réseaux euclidiens » et la « théoriearithmétique
des formesquadratiques positives ». Évidemment
nous donnons ce dictionnaire en
langage
actuel.Nous notons
En
un espaceorthogonal, X, , ...
seséléments, x. y
sonproduit
scalaire(x. x 0, l’égalité implique
X =0) ;
nous notonsEn
un espace euclidienqui
aEn
commegroupe de translations. Par définition les groupes
d’automorphismes
deEn
etEn
sontrespectivement
le groupeorthogonal On
et le groupe euclidienEun
Rn xOn.
Soit{i},
1 i n, une base deEn ;
le sous-ensemble L =leigibil, gi
G Zforme,
pardéfinition,
un réseau de translations de rang n.Remarquons
que L est un sous-groupe deEun;
il
agit
donc surEn.
Définition : Les réseaux euclidiens sont les orbites
dans En des
réseaux de translations.Ces orbites sont
principales (1).
Enprenant
pourorigine
des coordonnéesde En
un despoints
d’un réseaueuclidien,
on reconstruit son groupe de translations et parconséquent L,
son réseau de translations.A
partir
de la basequi
a défini un réseau L onpeut
construire la matriceq(L)
d’éléments
q(L) ij
=i.j.
Notons queq(L)
estindépendante
de laposition
du réseau dansl’espace En
et dansl’espace
euclidienEn.
Nous dironssimplement
queq(L)
définit le réseau euclidien abstrait(que
nousappellerons simplement
« réseau » dans lasuite) .
La matrice
q(L)
définit une formequadratique positive
surRn ;
soitQn
l’ensemble de telles formes. Les matrices n x n,réelles, symétriques
q,q’, ...
forment un espaceorthogonal EN,
N =n(n
+1)/2
deproduit
scalairetr qq’;
et dans cet espaceQn
est l’intérieur d’un cône convexe que nous noteronsC+(Qn).
Par ladécomposition polaire
des matrices réelles inversibles(2)
onpeut
obtenir son identification à l’ensemble des classes translatées(= cosets)
deOn
dansGLn (R),
i.e.C+(Qn) ~ GLn (R) : On.
Toute autre base de
En correspondant
au même réseau de translation L est de laforme {’i
=03A3j mijbj},
lesmis
étant les éléments de matrice de m EGLn(Z) ;
celasignifie
que les bases d’un réseau de translations forment une orbite de
GLn(Z)
et que l’ensembleLn
des réseaux deEn peut
être identifié aux classes translatéesLn ~ GLn (Z) : GLn (R).
Les
changements
de basecorrespondent
à l’actionq(L)
~mq(L) mT
deGLn (Z)
surles formes
quadratiques positives.
La théoriearithmétique
des formesquadratiques
estl’étude de
l’espace
d’orbitesC+ (Qn) 1 GLn (Z) . Chaque point
de cet espacecorrespond biunivoquement
à un réseau euclidien abstrait. L’ensemble7Zn
de ces réseaux estidentique
.
(1)
C’est-à-dire les stabilisateurs (les physiciens disent «petits groupes») de l’orbite sont =1.(2)
GLn (R) ~ b =bbTr
=rbTb
où r E On et la racine carrée d’une matrice positive est prise positive,donc
bbT
etbTb
sont dansC+
(Qn).aux doubles classes
GLn (Z) : GLn(R): On.
En résumé :il a donc une
topologie
naturelle. Comme nous ledécrirons,
lescristallographes
ont étésurtout intéressés par la classification des
symétries crystallines;
parexemple,
déterminerle sous-groupe de
On qui
normalise L(i.e. qui
tranforme L enlui-même).
C’est un groupe fini que nous notonsPL (car
il estappelé
groupeponctuel
du réseaueuclidien).
Après
Gauss etjusqu’à
la fin dusiècle,
il semble que les mathématiciens étudiant la théoriearithmétique
des formesquadratiques
n’aientjamais
mentionné les réseaux. Unproblème technique,
maisnaturel,
était de déterminer un domaine fondamental( 1 )
pour l’action deGLn (Z)
surC+(Qn). Lagrange
l’avait résolu en 1773 pour les formes binaires.Gauss, qui
commença très tôt l’étude des formes ternaires[GAU805], attaqua
ceproblème
pour celles-ci. Une bonne solution fut d’abord obtenue par Seeber
[SEE831], physicien
etcristallographe qui
s’en servit pour étudier lessymétries
decristaux;
Gauss[GAU840]
fit unecritique élogieuse
de celivre,
tout enqualifiant
les preuves detrop longues
et maladroites. Lelong
mémoire de Bravais[BRA850]
contient une étudegénérale
des réseaux à deux et trois dimensions(2)
dont lagénéralisation
à toute dimension n est évidente.Quand
le réseau estdéfini par une
base,
il considère aussi la formequadratique f correspondante (3).
Il définitaussi,
dans la dernière section(= §VI)
le réseau« polaire »
L par une basecorrespondante.
Rappelons
d’abord une définition deL*,
réseau dual de L :la dernière
equalité
s’obtient en notant que dans la base{j}
deL,
la basecorrespondante bi
de L* est définie parbi*.bj
=03B4ij.
Le réseaupolaire
défini par Bravais est 03BBL* avec la normalisation(4) det(q(03BBL*))
=det(q(L)).
Bravais prouve la dualité et en donneplusieurs applications
pour l’étude de lasymétrie
des cristaux. Ceconcept
de dualité est devenu encoreplus
utile encristallographie depuis
lesexpériences
de diffraction de von Laue en 1912. En effet lesimages
de diffraction d’un faisceau(de
rayonsX,
de neutrons,d’électrons...)
parun cristal ont un réseau de translations dual de celui du cristal. Ce
concept
de dualité ne semble avoir été utilisé enmathématique
quedepuis
les années 1930.Pour
chaque point
o d’un réseau euclidien Lcorrespondant
au réseau de translationsL,
on noteraDL(o)
le « domaine deproximité »
de o : c’est l’ensemble despoints
dont ladistance à o est
plus petite
ouégale
à la distance de tout autrepoint
duréseau; c’est-à-dire,
en notant
d(x,y)
la distance entre lespoints
x, y EEn,
(1)
C’est-à-dire un domaine contenant un seul point de chaque orbite.(2)
Pour faciliter l’exposé il emploie les mots « rangées, réseaux, assemblages » pour les réseaux de dimension 1, 2, 3.(3)
Il se réfère aux notations de Gauss : [GAU805] p. 426.(4)
Bravais remarque que la forme quadratique du réseau polaire est proportionnelle à la forme«adjointe» définie par Gauss : F
= f-1
det f .DL (o)
a lasymétrie PL.
L’ensemble desDL (~ )
pour tous lespoints
du réseau est obtenu par les translations de L et pavel’espace
euclidien. Dirichlet[DIR850]
et Hermite[HER850a],
ens’exprimant
dans lelangage
des formesquadratiques,
ont démontré que pour un ensembleouvert dense de
C+(Q2),
ce domaine est unhexagone possédant (1)
un centre desymétrie;
pour les autres formes
quadratiques
binaires(= réseaux),
ce domaine est unrectangle (qui
peut
devenir un carréquand PL - O2(Z)).
La détermination des
cinq types
combinatoriaux de ces domaines pour n = 3 estl’objet
du livre de Fedorov[FED885] (2).
Dans toute dimension n ces domaines sont despolyèdres;
Minkowski[MIN897]
prouva que leur nombre maximal de faces(de
dimensionn -1) est 2(2n -1).
À
ma connaissance(3),
lepremier
livrequi
donna la traduction entre les deux théoriesest celui de Minkowski
[MIN896].
Le dernier ouvrage de Voronoï[VOR08],
est diviséen deux mémoires
(4).
Lepremier
est écrit dans lelangage
des formesquadratiques
etle second utilise une
synthèse
des deuxpoints
de vue. C’est la référence fondamentale pour les domaines deproximités; ajuste
titre ils sontappelés
maintenant cellules de Voronoi:L’auteur donne une borne
supérieure Nd(n)
pour le nombre de facettes de dimension d(d = 0, 1, ..., n - 1
pour les sommets, lesarêtes, ...,
lesfaces)
pour les domaines deproximités
de tous les réseaux en dimension n :
où
S(n+1-d)n+1
est un nombre deStirling
de secondeespèce.
Deplus,
Voronoï donne unefamille de réseaux
(on
lesappelle
maintenant réseaux depoids
del’algèbre
de LieAn),
dont la cellule
( 5)
atteint les bornesNd(n)
et il détermine dansQn
ledomaine,
un sous-cône convexe, des réseaux
(=
formesquadratiques)
dont les cellules de Voronoï sontcombinatoriellement
équivalentes (il
lesappelle
detype I).
Il y abeaucoup
d’autres résultatsremarquables
dans ce « secondmémoire »; depuis vingt
ans il est deplus
enplus
étudié etil suscite de nouveaux travaux.
Remarquons
que dans les§ 112-113
Voronoï reconstruitrapidement
lescinq
cellulesqui
existent en dimension3,
en citant Fedorov[FED885].
Brillouin
[BRI31] ignorait
le livre decristallographie
decelui-ci;
il retrouva 4 des 5 cellules(1)
Cet hexagone est aussi inscriptible dans un cercle. Je ne connais aucune référence pour cette propriétési simple.
(2)
Fedorov écrivit ce livre Une introduction à la théorie des figures entre l’age de 16 et 26 ans quand il étaitétudiant en médecine, chimie et physique et quand il servit dans l’armée. Il devint un minéralogiste et six ans plus tard ce livre fut publié en russe dans une série d’ouvrages de cristallographie. Aucune traduction dans un
langage occidental n’est connue. Un court résumé a été publié en allemand; une analyse assez détaillée est faite
dans [SEN84].
(3)
Je serais très reconnaissant au lecteur qui me ferait connaître des références antérieures.(4)
Ils furent publiés dans le journal de Crelle, couvrant presque 300 pages réparties dans 3 numéros.Voronoï mourut à 40 ans, avant la fin de leur publication.
(5)
Dans un récent travail [MIC97] j’ai donné la nature des différentes facettes de dimension d, 0 d n -1 et leur nombre. J’ai aussi introduit la dernière égalité de (4).de Fedorov en étudiant sur certains
exemples
decristaux,
lapropagation
des ondes dans les réseaux et leur diffraction. Ce que lesphysiciens appellent
zone de Brillouin de L est la cellule de Voronoï de L* avec les facesopposées
identifiées; c’est en fait unedescription géométrique
deL,
le dual du groupe L(=
le groupe formé par lesreprésentations
unitairesirréductibles du groupe L de
translations) .
La cellule de Voronoï fut utilisée pour lapremière
fois en
physique
dans le fameux article deWigner
et Seitz(1) [WIG33]
calculant àpartir
dela
mécanique quantique
des constantesphysiques
du sodiummétallique.
Soit
s(q)
> 0 la valeur minimum nonnulle, prise
sur valeurs entières desvariables,
d’une forme
quadratique q
EQn.
Hermite[HER850b]
introduisit surQn
la fonction réelleNotons que
y( q)
est en fait une fonction sur7Zn qui
est aussi invariante par dilatation : 0 03BB ER, 03B3(03BBq) = y(q). Dorénavant,
pour la fonctiond’Hermite,
nous pourrons doncremplacer
lavariable q
par la variable L.L’interprétation
deq(L)
en termes de réseauxest très intuitive : soit d la
plus petite
distance entre deuxpoints
distincts duréseau,
alorss(q)
=d2.
Considérons«l’empilement
desphères»
duréseau,
c’est-à-dire l’ensemble des boules de diamètre d et centrées sur lespoints
duréseau;
ces boules se touchent mais nes’interpénètrent
pas.Chaque
boule est inscrite dans une cellule de Voronoï D. Lerapport
de leurs volumes est la densité
dens(L)
del’empilement :
(03C9n
est le volume de la boule de rayonunité).
Les extréma dedens(L) et y(L)
coïncident.Pour la dimension n, le maximum absolu de
y(L)
est noté Yn et estappelé
constanted’Hermite. Elle était connue, ainsi que le réseau L
correspondant
à cemaximum,
pourn = 2 par
Lagrange, n
= 3 par Gauss. Pour n =4,5
Korkine etZolotareff, pendant
lesannées
1872-77,
déterminèrent toutes les formesquadratiques
extrêmes pour la fonction d’Hermite y; ilsproposèrent
comme candidats en dimensions n =6,7,8
les réseaux des racines deEn,
ces troisalgèbres
de Liesimples, exceptionnelles
trouvéesquinze
ansplus
tard par
Killing
et Cartan(2).
(1)
Seitz m’a dit avoir appris l’existence de cette cellule en lisant la traduction allemande Die Quantensta-tistik und ihre Anwendung auf die Elektronentheorie dermetalle, edit. Springer (1931) du livre de Brillouin. Les figures
de la page 304 et le texte correspondant ne sont pas dans la version originale en français.
(2)
Depuis, il a été prouvé que pour n = 6, 7, 8, les réseaux de racines En correspondent au maximumabsolu de la fonction y d’Hermite (rappelons que les réseaux de racines A2, A3, D4, D5 = E5 sont les solutions pour les dimensions inférieures). Que les réseaux de racines des algèbres de Lie A, D, E soient extrêmaux est intuitivement évident. Les faces de la cellule de Voronoï D ( o) sont orthogonales aux racines en leur milieu; elles
forment donc une orbite du groupe de Weyl et la boule inscrite touche toutes les faces de D ( o) . Les réseaux de racines sont contenus dans leur dual, le réseau des poids. Pour n > 8 et dans certains cas, il existe un réseau intermédiaire sur lequel la fonction y d’Hermite prend une valeur plus grande. Par exemple Ag C
A9(2)
CAg,
où le réseau des racines est d’index 2 dans
A9(2).
La cellule de Voronoï de ce dernier a donc un volume moitié de celle Dr du réseau des racines Ag; on l’obtient en tronquant certains sommets de Dr tout en respectant unLe
premier
mémoire de Voronoï[VOR08]
est aussi enlangage
des formesquadrati-
ques ; il nomme
parfaites
cellesqui
satisfont la condition nécessaire trouvée par Korkine etZolotareff pour qu’elles
soient des extréma de la fonction d’Hermite. En termes deréseaux,
soit{Ps (L)}
l’ensemble desprojecteurs
surchaque
droite deEn
contenant des vecteurs deL de
longueur minimale;
L estparfait
si{Ps(L)} engendre l’espace EN
des formesquadra- tiques (ce qui implique
que le nombre des vecteurs lesplus
courts de L soit( n
+1)n).
Voronoï prouva que cette condition n’est pas suffisante
pour n 6,
et lacompléta
par la condition d’eutaxie :In,
l’identité surEn,
est à l’intérieur du cône convexeengendré
par{Ps(L)}
CEN.
Il montra aussi que les réseaux abstraitsparfaits (modulo
unehomothétie)
sont en nombre fini pour
chaque
dimension. Il associa à chacun d’eux un sous-cône deQn (ce qui permet
de définir des relations de« voisinage »
entre formesparfaites) ;
il créaun
algorithme
pour le calculer et le fit pour le réseau des racines deAn.
Dans le secondmémoire,
il constate que le cône des réseaux detype
1(défini ci-dessus,
dans leparagraphe
contenant
(4))
estidentique :
c’est «une coïncidenceremarquable [qui]
est àsignaler » (page
147 du secondmémoire,
avant-dernierparagraphe du §104).
Enfait,
ils’agissait
deréseaux
duaux, concept
dû àBravais,
mais alorsignoré
par les mathématiciens. S’il n’était pas mort avant laparution
de la deuxièmepartie
de ce secondmémoire,
Voronoï auraitcertainement fait évoluer ce
sujet
desmathématiques
différemment de cequ’il
en a été. Unrécent livre Les réseaux
parfaits
desespaces
euclidiens traite assezcomplètement
cesujet depuis
son
origine [MAR96].
Sur lesempilements
desphères
et lasymétrie
des réseaux le livre deConway
et Sloane[CON88] (avec
des contributions « locales » dequelques
autresauteurs)
est une véritable et très utile
encyclopédie.
Au début du XIXe
siècle, Lagrange, Cauchy développèrent
la théorie des groupes. Ils’agissait
essentiellement de groupes depermutations.
Mais ce sont lescrystallographes qui s’occupèrent
de groupes de lagéométrie
euclidienne pourentreprendre
la classification dessymétries
cristallines ébauchée parHaüy
pour le réseau cristallin et la forme des cristaux(nous
avons vu que ces deuxsymétries
sontreliées).
Considérant les rotationsqui
laissaientinvariante la forme de certains
cristaux,
Weiss[WEI816]
les groupa dans 7« systèmes cristallographiques
».L’article de Bravais
[BRA50]
dont nous avonsdéjà parlé
estplus
fondamental. Il détermina lestypes
d’orbitesapparaissant
dans les deux espaces d’orbitesqui représentent
l’ensemble
Rn
des réseaux dans(1).
Bravaisappela
aussisystèmes cristallographiques
les7
types
d’orbitesqui apparaissent
dansL3|O3. Cinq
d’entre eux coïncident avec ceux de Weiss. Lestypes
d’orbites deC+(Q3)|1 GL3 (Z)
sontappelées
classes deBravais;
il déterminaces 14 classes
(1).
Il y a uneapplication
naturelle de l’ensemble des classes de Bravais survoisinage du centre des faces; la boule inscrite ne change donc pas et la densité de
A9(2)
est le double de la densité du réseau des racines Ag. L’étude systématique des réseaux de racines et des réseaux intermédiaires a été faite seulement au milieu de ce siècle : [COX51].(1)
La définition de ces classes (ou une définition équivalente donnée par les cristallographes) n’est pas celle de Bravais : la sienne est un peu ambiguë et semble un peu moins fine [PIT96]. Mais Bravais donne lal’ensemble des
systèmes cristallographiques
deBravais;
les deuxsystèmes, « hexagonal »
et« rhomboédrique
», contiennent chacun une seule classe de Bravais(2 ) .
Les groupes de
symétrie
des cristaux sont les sous-groupes discrets G du groupe euclidienEun
dont les translations forment un réseau L. On lesappelle,
leplus
souvent,groupe d’espace
du cristal. Lequotient G/L
= P estappelé
le groupeponctuel
du cristal. C’estun groupe fini. Frankenheim
[FRA826]
et Hessel[HES830]
établirentindépendamment
la liste des 32 classes de
conjugaison
des groupesponctuels
P dans le groupe03.
On lesappelle
classesgéométriques ;
cette classification est suffisante pour l’étudemacroscopique
de
beaucoup
depropriétés physiques
des cristaux. Des familles de groupes G(appelés
leplus
souvent groupescristallographiques d’espace)
ont été obtenuespar Jordan
àpartir
de
1867,
par Sohncke àpartir
de 1879. La listecomplète
de ces groupes(17,
219 pourn =
2, 3)
fut obtenueindépendamment
par leminéralogiste
Fedorov et le mathématicien Schônflies(après quelques
correctionsmutuelles)
en 1892. Ces sous-groupes deEu3
avaientété définis à une
conjugaison près
dans le groupe affine(3).
Bieberbach prouva aussi[BIE12]
qu’en
toutedimension,
unisomorphisme
entre deux groupescristallographiques d’espace implique
leurconjugaison
dans le groupe affine.Ce n’est
qu’après
cette classification des groupesd’espace
des cristauxqu’est
ap- paru unconcept
de base : celui de classesarithmétiques,
c’est-à-dire les classes deconju- gaison
des sous-groupes finis deGLn(Z).
Il y en arespectivement (4) 2, 13, 73,
710 pourn =
1, 2, 3, 4; Jordan [JOR880]
aprouvé
que ce nombre est fini pour tout n. Achaque
classe
arithmétique correspond
une action de P sur L - Zn et unproblème
d’extension de groupesG/L
= P. Pourchaque
classearithmétique a,
les extensionsinéquivalentes
corres-pondent
aux éléments du groupe decohomologie H2a(P, Zn) qui
est finipuisque
P est finiet Zn a un nombre fini de
générateurs.
SoitN (P)
le normalisateur de P dansGLn (Z) ;
ilagit
naturellement sur
P,
L et parconséquent
surH2a(P,L).
Les orbites deN(P)
surH2 (P, L)
correspondent
aux classes decristallographie (=
classed’isomorphie)
des groupesd’espace
classification exacte : il refait et corrige le travail de [FRA42] qui, n’ayant pas su reconnaître que deux d’entre elles étaient identiques, en avait trouvé 15.
(2)
Curieusement les Tables internationales de cristallographies n’ont pas voulu choisir entre Weiss et Bravais! Elles classent les réseaux n’appartenant pas à un des cinq systèmes cristallographiques communs àces deux auteurs, dans une «famille hexagonale». Ces tables consacrent au moins deux pages pour chacun des 230 groupes crystallographiques (= groupes d’espace, voir le prochain paragraphe) et celles consacrées aux
groupes de la famille hexagonale sont groupées suivant la classification empirique de Weiss : trigonal et hexagonal.
Ces tables utilisent une notation remarquable pour désigner chaque groupe d’espace : c’est un symbole, composé
au plus de 7 lettres et/ou chiffres, qui permet de déterminer la loi de groupe et la classe de Bravais et, par
conséquent, le système de Bravais.
(3)
En fait les physiciens préfèrent se restreindre au groupe affine connexe car ces conjugaisons correspondent aux modifications du crystal par changement de température, de pression... qui ne changentpas sa classe de symétrie. Il faut donc ajouter 11 groupes. On obtient ainsi onze paires de groupes (dites éniantomorphiques) conjugués dans le groupe affine complet. Les deux « orientations », correspondant aux
deux groupes de la paire, se trouvent présentes dans une cristallisation et elles peuvent être distinguées par des
mesures physiques (qui utilisent par exemple de la lumière polarisée).
(4)
Tous les livres de mathématiques que j’ai consultés et qui donnent le nombre de classes arithmétiquespour n = 3 sont d’accord pour le nombre 70. L’un deux est le si intéressant livre Symétrie que H. Weyl écrivit pour
une grande audience.
en dimension
(1)
n. La liste des 4 783 groupesd’espace
à 4 dimensions et leur structure sontdonnées dans
[BR077],
résultat de calculs sur ordinateurs faits par un groupeinterdiscipli-
naire de 5 auteurs.
Après
les mathématiciens etdepuis Hermann,
descristallographes
ont étudiéquel-
ques
propriétés
de lacristallographie
en dimension n arbitraire. Une de cesquestions (désignée
leplus
souvent comme « conditioncristallographique »)
estpurement
mathéma-tique :
pourquelles
valeurs de n le groupe(2) GLn(Z)
a des sous-groupesisomorphes
àZm,
le groupecyclique
d’ordre m. Pour m 15 laréponse
est donnée par la fonction0 (m)
d’Euler
qui
fait intervenir ladécomposition
de m enproduit
depuissances
des nombrespremiers :
Trop
souvent cette formule estprésentée
à tort(3)
comme la solutiongénérale;
celle-ci aété donnée par
[HER49] :
où
(k2
>1)
est une fonction de Boole : elle vaut 1quand l’inégalité
dans( )
est satisfaiteet vaut 0 dans le cas contraire. Par
exemple,
la valeur minimum de n est 10 non seulement pour m= 11,
22 mais aussi pour les valeurs m =35, 45, 48, 56, 70, 72, 84, 90, 120.
Il est bienconnu que pour n =
3, m =/ 5. Cependant
en 1984[SHE84]
furent trouvés des cristaux àsymétrie icosaédrique ;
ces cristaux sontapériodiques,
c’est-à-dire sans réseau de translations.Beaucoup
deprogrès
ont été faits sur l’étude des nombreux cristauxapériodiques (4).
Leconcept de cristal est à redéfinir. Les
figures
de diffraction de ces nouveaux cristauxposent
encore de très intéressants
problèmes mathématiques.
Le
plus important progrès
de laphysique
au XIXe siècle est la théorie deMaxwell, qui
rassemble l’étudephysique
desphénomènes électriques, magnétiques
et lumineux dansun
système
linéaired’équations
aux dérivéespartielles (5).
La lumière visiblecorrespond simplement
à un domaine defréquence
des ondesélectromagnétiques,
d’autres domainesde
fréquence
étant si utilisés de nosjours
commesupport
decommunications,
comme rayonsultraviolets,
rayons X ou rayons y. Leséquations
de Maxwell sontincompatibles
avec la
mécanique
newtonienne : leurs groupes desymétrie
sont différents. La nouvelle(1)
Que le nombre total de classes soit fini était une partie du 18e problème d’Hilbert; il fut résolu, sousune forme moins directe, dans [BIE12].
(2)
La réponse est la même pour le groupe GLn (Q) sur les rationnels.(3)
Par exemple «Encyclopedic Dictionnary of Mathematics» (Math. Soc. Japan) ; traduction anglaise :MIT press (1977), article «Crystallography» § A.
(4)
Certains les appellent des quasi-cristaux. Ce sont des vrais cristaux avec des corrélations de positiondes atomes de longueur infinie; «apériodique» indique en quoi ils se distinguent des cristaux périodiques.
(5)
Cette théorie est exposée dans le « A treatise on electricity and magnetism » [MAX873] qui contientaussi les connaissances de calcul différentiel et intégral nécessaires pour établir la théorie.