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A propos de "behind" et "after"

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HAL Id: hal-02152913

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Submitted on 11 Jun 2019

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A propos de ”behind” et ”after”

Eric Gilbert

To cite this version:

Eric Gilbert. A propos de ”behind” et ”after”. Syntaxe et Sémantique, Presses Universitaires de Caen, 2007, Éléments de relation : de la phrase au texte, 1 (8), pp.13-28. �10.3917/ss.008.0013�. �hal-02152913�

(2)

A propos de behind et after.

Eric Gilbert

Université de Caen - CRISCO

Cet article s’inscrit dans le cadre d’une tentative de représentation unitaire des prépositions de l’anglais, et notamment de celles qui peuvent marquer une forme de localisation spatiale. Cette tentative, à la différence des approches cognitives les plus courantes, refuse de conférer une importance centrale à l’interprétation spatiale, en la considérant comme la valeur première dont seraient dérivées, par des procédés dont le plus usité est la métaphore, l’ensemble des autres valeurs des diverses prépositions. L’objectif est au contraire de mettre en place une représentation suffisamment abstraite pour pouvoir générer l’ensemble des interprétations envisageables, interprétation spatiale comprise. Il suffit en effet de lire la remarque suivante de J. Piaget pour se convaincre du bien-fondé d’une telle approche :

« L’espace est donc l’activité même de l’intelligence, en tant que celle-ci coordonne les tableaux extérieurs les uns aux autres. Sans doute une telle définition enveloppe-t-elle l’extériorité, c’est-à-dire le caractère spécifique de l’espace lui-même, mais l’essentiel est de concevoir cette donnée d’étendue comme n’existant pas en soi mais en relation seulement avec l’intelligence qui lui fournit une structure progressive. » (1950 : 185)

Autrement dit, l’espace est un construit, et, si l’on souhaite ne pas en rester à la surface des choses, il est donc illusoire de se baser sur des considérations d’ordre exclusivement spatial pour proposer une représentation des prépositions, comme le font par exemple Tyler et Evans, qui schématisent after (2003 : 176) et behind (2003 : 170), puisque ce sont de ces deux prépositions qu’il va essentiellement être question dans ce qui suit, à l’aide des deux figures reproduites ci-dessous, qui sont suffisamment transparentes pour se passer de commentaire :

behind after

La représentation que j’essaie d’élaborer s’appuie sur certains des concepts métalinguistiques de la Théorie des Opérations Enonciatives (TOE) d’Antoine Culioli. Dans Gilbert 2004 et Gilbert 2006, j’ai essayé de montrer qu’il était possible de rendre compte des différentes valeurs de prépositions comme in, on, at, above et over au moyen d’un nombre limité d’outils : l’opération de repérage et le concept d’occurrence. Il est communément admis que les prépositions fonctionnent comme des relateurs, des « connecteurs ». On peut donc considérer que toute préposition établit une relation de repérage entre deux termes, et, plus précisément, deux occurrences. Bien entendu, cette relation de repérage n’est pas la même pour toutes les prépositions. Elle peut prendre les trois valeurs qui lui sont reconnues

(3)

dans la TOE, identification, différenciation et rupture (ou décrochage). L’exemple (le plus parlant dans le domaine des prépositions pour illustrer ces trois valeurs de l’opération de repérage est celui des prépositions as (identification), like (différenciation) et for (rupture), dans des paradigmes du type de :

(1) He was hanged as a pirate. He was hanged like a pirate. He was hanged for a pirate.1

Les occurrences ainsi mises en relation peuvent elles-mêmes être appréhendées de deux points de vue différents. Une occurrence est en effet un événement énonciatif qui opère une double délimitation sur une notion, une délimitation quantitative et une délimitation qualitative. La délimitation quantitative a trait à l’ancrage spatio-temporel de l’occurrence, et, plus largement, à son existence. La délimitation qualitative concerne les propriétés de l’occurrence, et relève donc de l’évaluation subjective de l’énonciateur. Dans le paradigme proposé à l’instant, seule cette dimension qualitative entre en jeu, a pirate ayant une valeur prédicative et ne supposant donc aucun ancrage spatio-temporel. Mais, avec d’autres prépositions, notamment, par exemple, dans les cas de localisation spatiale, la dimension quantitative doit également être prise en compte. La mise en relation des occurrences s’effectue donc potentiellement de deux points de vue distincts, d’un point de vue quantitatif, d’une part, et d’un point de vue qualitatif, d’autre part. En articulant le principe de cette double mise en relation avec les valeurs que toute opération de repérage est susceptible de prendre, on peut établir des séries de représentations du type de celle que j’ai par exemple proposée pour in, on et at2 et qui est reproduite en (2) :

(2) in : Qnt(X) = Qnt(Y) et Qlt(X) = Qlt(Y)

on : Qnt(X) = Qnt(Y) et Qlt(X)  Qlt(Y) at : Qnt(X) = Qnt(Y) et Qlt(X) =  Qlt(Y).

D’un point de vue quantitatif, on a dans chaque cas une relation de type identification entre le repère et le repéré, l’ancrage spatio-temporel du repéré étant, avec ces trois prépositions, identifiable à celui de l’occurrence repère. C’est d’un point de vue qualitatif que

in, on et at se distinguent, la relation entre repère et repéré étant de type identification avec le

premier, différenciation avec le second et rupture avec le troisième. On rejoint là, sous l’angle de la formalisation, une remarque souvent faite à propos de ces prépositions, qui marqueraient toutes trois la même localisation (Qnt), seule la dimension, et donc la nature du localisateur, variant de l’une à l’autre (Qlt)3. Et c’est bien entendu l’aspect qualitatif de l’opération qui va permettre de rendre compte des emplois dits métaphoriques, c’est-à-dire, en définitive, des emplois autres que strictement spatiaux, sans avoir donc à modifier le schéma de base.

J’ai ensuite tenté d’étendre cette approche aux prépositions qui sont considérées comme relevant, d’un point de vue spatial, du domaine de la verticalité, et particulièrement à

over et à above, pour lesquels il semblait possible d’établir les représentations suivantes4 :

(3) over : Qnt(X) Y et Qlt(X)  Y

above : Qnt(X) Y et Qlt(X)  Y.

Là aussi, les deux prépositions s’opposent qualitativement, l’une, over, supposant une différenciation, une relation possible entre les deux occurrences, et l’autre, above, une rupture, une absence totale de rapport, mais elles se rejoignent du point de vue quantitatif, over et

above indiquant le même genre de relation spatio-temporelle entre l’occurrence repère et

l’occurrence repérée. J’ai proposé de représenter cette relation sous la forme d’un décrochage,

1 Voir Gilbert 2004 pour plus de précisions. 2 Voir Gilbert 2004 pour plus de précisions. 3 Cf. Leech 1969 : 161

(4)

over aussi bien que above marquant que l’occurrence repérée se situe sur un autre plan spatial

que l’occurrence repère, sur un plan décroché par rapport à celui de l’occurrence repère. En m’appuyant sur cette dernière représentation, j’aimerais essayer de montrer que, dans le modèle que je cherche à mettre en place, si, pour faire bref, une relation verticale peut être incarnée par une opération de décrochage quantitatif, il semble envisageable de figurer le même type de relation, mais sur le plan horizontal, par une opération de différenciation quantitative entre occurrence repère et occurrence repérée, qui, d’un point de vue spatial, restent alors dans le même plan. C’est ce que je vais essayer de montrer dans ce travail en m’intéressant aux prépositions behind et after, ce qui sera l’occasion d’introduire un concept métalinguistique supplémentaire dans le système de représentation et de l’enrichir ainsi d’autres potentialités.

Behind et after sont souvent mentionnés de pair dans les études consacrées aux

prépositions. C’est le cas par exemple chez Tyler et Evans (2003), ou chez Quirk (1985). Ce parti pris est sans doute lié à l’idée de postériorité qui semble être commune à ces deux prépositions, car celles-ci ne paraissent pas présenter par ailleurs d’emplois réellement comparables, si ce n’est ceux exemplifiés par les deux énoncés suivants :

(4) He closed the door after him. He closed the door behind him.

Et encore, ces combinaisons, régulièrement citées par les dictionnaires, résistent mal à certaines manipulations, comme le montre cette autre série d’exemples :

(5) The door closed behind him. The door closed after him. The door opened behind him. ?*The door opened after him.

Car, cela est bien connu, la valeur de after est temporelle là où celle de behind est plus largement spatio-temporelle. Du coup, le terme introduit par after doit pouvoir fonctionner comme un repère temporel, et donc pouvoir se voir associer une prédication implicite susceptible de fournir un ancrage temporel5. Celle qui s’impose le plus naturellement dans ce genre de contexte (after he entered) est telle qu’elle entre en contradiction notionnelle avec la validation d’une relation du type de <the door-open> alors qu’elle s’associe parfaitement avec une relation comme <the door-close>.

Et au-delà de cette première différence, quasi-anecdotique, la postériorité marquée par

after, puisqu’elle est strictement temporelle, ne peut se concevoir que dans le cadre d’une

relation dynamique, ce qui n’est pas le cas de la postériorité spatio-temporelle indiquée par

behind :

(6) A bomb exploded behind them.

?*A bomb exploded after them. He heard a shout behind him. *He heard a shout after him. She stood behind him. *She stood after him.

Mais, malgré cette différence essentielle, les relations établies entre les deux occurrences par after et behind semblent cependant être fondamentalement de même nature, ce qui se traduit justement par des cas de quasi équivalence du type de (5) ou des paires d’énoncés de (7), dont les deux dernières sont empruntées à Tyler et Evans (2003 : 173) :

5 Inutile de rappeler que seul after peut aussi, pour utiliser une terminologie classique, jouer le rôle de

conjonction de subordination et donc avoir pour principale fonction de mettre en relation les coordonnées temporelles de deux propositions.

(5)

(7) Matt entered behind him. Matt entered after him.

A bear was moving briskly through the wood with a cub trailing after her. A bear was moving briskly through the wood with a cub trailing behind her.

An extremely tall man was striding through the crowd with a boy scurrying after him. An extremely tall man was striding through the crowd with a boy scurrying behind him.

On a, dans cette série d’exemples, aussi bien avec behind qu’avec after, l’idée d’une consécution immédiate, et donc, d’une forme de contiguïté, d’adjacence (spatio)-temporelle entre deux occurrences. Ceci conforte le choix d’une représentation en termes de différenciation, car, comme j’ai déjà essayé de le montrer ailleurs6, c’est l’opération de repérage qui paraît la mieux à même de figurer ce type de relation entre deux occurrences, l’identification supposant une forme de fusion des deux occurrences et la rupture une séparation. Je considérerai donc que, d’un point de vue quantitatif, c’est une relation de ce type qu’établissent les prépositions after et behind. Plus précisément, pour distinguer la valeur spatio-temporelle de behind de la valeur strictement temporelle de after, je poserai qu’avec cette dernière l’opération de différenciation ne concerne que les coordonnées temporelles des deux occurrences alors qu’elle porte sur l’ensemble de leurs délimitations quantitatives avec la première, ce qui pourra être figuré par le schéma suivant :

(8) X after Y : T(X)  T(Y) X behind Y : Qnt(X)  Qnt(Y).

On pourra ainsi rendre compte des énoncés de (7), mais aussi d’exemples comme les suivants où c’est la seule dimension temporelle, englobée dans la délimitation quantitative, qui semble être mise en avant pour behind comme pour after :

(9) I am sick of bad publicity about dog mess because many owners like myself always clean up after their animal.

I like to clean up behind my dog - but I’d like somewhere to put it!

Dans les deux cas, dans les formules proposées en (8), c’est l’occurrence Y qui sert de repère à l’occurrence X, ce qui se conçoit d’ailleurs aisément puisque, d’un point de vue strictement spatio-temporel, elle est de fait première par rapport à l’occurrence X. Dans les deux cas,  doit donc se lire comme correspondant à , c’est-à-dire comme signifiant « est repéré par rapport à », X étant le repéré et Y le repère.

Qu’en est-il maintenant de l’autre aspect des opérations marquées par ces deux prépositions, c’est-à-dire, conformément à l’approche proposée, de son versant qualitatif ? Si l’on examine les interprétations des différentes combinaisons dans lesquelles sont susceptibles d’entrer ces deux prépositions, on constate que after semble se caractériser par une nuance de téléonomie dans certains de ses emplois et que behind s’associe de son côté fréquemment à une idée de non-visibilité. Les définitions données par un dictionnaire comme le Cobuild en sont une confirmation explicite. Ainsi peut-on y lire, entre autres, à propos de after :

(10) « 6 If you go after someone who is already moving, you follow them. »

« 8 If you call or gaze after someone, you call or look towards them when they are moving away from you. »

« 11 If you are after something, especially something which someone else has, you are trying

to get it for yourself. »

« 12 If someone is after someone else, they are attracted by them and want to start a relationship with them. »

(6)

« 13 If you are, or go, after someone, you are chasing them or searching for them, especially

in order to catch and punish them. »

Et, de la même façon, Tyler et Evans affirment-ils que « the functional element associated

with after is that of following or pursuit. » (2003 : 156)

On a donc bien affaire à une forme de téléonomie, au désir de X d’atteindre l’objectif représenté par Y. Cela suppose l’existence d’un hiatus, d’une distance entre X et Y, et une tentative de la part de X de combler ce hiatus. Les familiers de la TOE auront vu que c’est une opération de décrochage ou de rupture qui s’impose dans ce cas, et que le désir d’atteindre Y fait de facto de Y, d’un point de vue qualitatif, le repère de X, soit :

(11) X after Y : Qlt(X)  Qlt(Y) avec  =  (est repéré par rapport à)

On trouve confirmation de cette configuration dans des exemples comme les suivants :

(12) Who named a song after the hero of The Grapes of Wrath?

(13) The following fragmentary “Account of Down” was found among Mr. Darwin’s papers after the publication of the “Life and Letters”. It gives the impression that he intended to write a natural history diary after the manner of Gilbert White, but there is no evidence that this was actually the case.

L’idée d’un modèle dont on s’inspire ou que l’on suit d’une façon ou d’une autre s’accorde parfaitement avec la représentation proposée, puisqu’un modèle fonctionne par définition comme un point de référence que l’on cherche à atteindre, et donc comme un repère qualitatif.

Même dans les cas où n’apparaît pas de véritable téléonomie, le principe d’un décrochage qualitatif entre Y repère et X repéré paraît apte à rendre compte d’interprétations de after d’apparence aussi contradictoire que celles qui sont illustrées dans les deux énoncés qui suivent :

(14) After everything he has been through, he’s just so incredibly forgiving and dignified. He's my hero.

(15) After everything that’s happened, we can't stay here.

La définition proposée par les dictionnaires est généralement du type de « subsequent

to and because of or regardless of ».

L’exemple (14) se verrait attribuer la seconde glose, regardless of, tandis que (15) accepterait une paraphrase en because of. Dans les deux cas, le syntagme en after apparaît à l’initiale, et la préposition a donc pour premier argument, pour argument repéré, l’ensemble de la proposition qui suit le syntagme prépositionnel, et c’est par conséquent la validation de cette proposition que va concerner l’opération marquée par after.

Dans les énoncés du premier type, on a une valeur concessive très marquée, qui vient précisément du fait que la proposition repérée a été validée là où, étant donné les propriétés du terme repère, avec dans ce cas précis la connotation négative véhiculée par through, on se serait attendu à ce qu’elle ne le soit pas, sur le schéma classique de la concession. Dans cette interprétation, la proposition repérée a en effet majoritairement un verbe de type état plutôt que processus. Ce type de verbe construit un procès ouvert, sans aucune espèce de discontinuité. C’est cette absence de discontinuité, de rupture, en total contraste avec la rupture qualitative que suppose au contraire after, qui semble être à l’origine de la valeur de ces énoncés. On constate d’ailleurs qu’il est systématiquement possible d’insérer le marqueur

even dans ce genre d’exemples sans en modifier la valeur :

(16’) Even after everything he has been through, he's just so incredibly forgiving and dignified. He's my hero.

Even met en évidence de manière on ne peut plus transparente cette absence de

rupture, de perturbation, là où on se serait justement attendu à rencontrer rupture et perturbation.

(7)

L’interprétation causale s’accompagne à l’inverse de la très nette idée d’une rupture entre un premier et un second état de choses. Dans ce cas de figure, on constate que la proposition repérée est très majoritairement négative, comme c’est par exemple le cas de (15). On trouve d’ailleurs assez fréquemment des énoncés comme les suivants :

(17) But he didn’t want to go to the bloody thing, not after what they’d done to the poor old man.

(18) No reason for either of them to write or telephone, not after what had been said.

On voit que l’opération marquée par after concerne avant tout la non-validation de la proposition repérée, qui est reprise sous la forme de la seule négation not, cette dernière ne portant pas sur le syntagme en after, mais en étant la cible. On peut d’ailleurs supprimer cette négation (et la pause qui l’accompagne à l’oral) sans entraîner de modification de l’interprétation de l’énoncé. On insiste donc par cette construction sur la rupture que constitue le passage de la validation de la relation, qui était encore envisageable lors de l’événement représenté par l’occurrence repère, à sa non-validation, marquée par not, qui s’impose désormais. After va dans le sens de cette rupture entre deux états de chose, peut même être considéré comme l’incarnant, et la préposition s’interprète du même coup de manière causale, et plus précisément en termes de raison.

Même si la différentiation quantitative joue un rôle dans ces deux valeurs de la préposition, de par la successivité temporelle qu’elle suppose, et qui apparaît d’ailleurs dans la définition proposée (subsequent to), c’est avant tout l’aspect qualitatif de l’opération qui est mis en avant. Mais il suffit d’introduire un adverbe comme immediately ou just, lorsque cela est possible, pour que la temporalité reprenne le pas sur la qualité, et que les interprétations en termes de cause (ou de concession) s’estompent.

On perçoit aussi par la même occasion l’avantage du type d’approche mis en avant dans cet article par opposition à celui de Tyler et Evans dont j’ai mentionné l’analyse de after quelques lignes plus haut. Ce qui est propre à after, ce n’est pas en effet l’idée que l’on suit ou que l’on poursuit quelque chose. Ce ne sont là que des effets de sens qui naissent du contexte, des caractéristiques des deux termes mis en relation par la préposition. Il est en effet douteux que la seule idée de poursuite suffise à rendre compte des interprétations de la préposition en termes de concession ou de cause, alors que le concept de décrochage qualitatif est suffisamment abstrait pour générer l’ensemble de ces valeurs, que l’on ait affaire à un hiatus existant que l’on cherche à combler, comme dans le cas de la visée, à un hiatus qui se crée, comme dans le cas de la cause, ou à un hiatus attendu qui se dérobe, comme dans le cas de la concession.

Ce système de représentation offre en outre l’avantage de permettre de relier entre elles des prépositions qui ont un ou plusieurs emplois similaires, et en tout cas un certain nombre de points communs. Il en est ainsi de prépositions comme at et for, qui, tout en se distinguant de after sur le plan quantitatif, acceptent elles aussi une représentation en termes de décrochage qualitatif. On retrouve en effet avec elles la plupart des effets de sens que l’on vient de rencontrer avec after :

- visée :

(19) Israeli soldiers shot at us, say MPs.

(20) I grabbed for/at the handrail in front of me, and missed...

On pourrait à ce propos mentionner la parenté que présentent after et for en anglais britannique, d’une part, et en anglais irlandais, d’autre part, dans un emploi que l’on pourrait rattacher à la valeur de « modèle » évoquée plus haut :

(21) She named the child after her father. (22) She named the child for her father.

(8)

- cause :

(23) Although those who love Charles or Camilla rejoiced at the news that this middle-aged couple were at last to be married, the celebration of their wedding was always going to be fraught.

(24) She should be punished for taking the law into her own hands.

On rencontre d’ailleurs des contextes, avec la valeur causale, où for, comme en (25) et at, comme en (26), pourraient être substitués à after :

(25) In 1998 Pot Noodle created the 'The Lambshank Redemption' campaign which told the story of a prisoner who was punished after smuggling a Pot Noodle into prison. The slogan was: 'Pot Noodles tastes spanking gorgeous.'

(26) I was really surprised after hearing Manhotra's comment on Star News.

- concession :

(27) For all their differences, South Africa and the United Kingdom share many characteristics.

After offre des occurrences très similaires à cet emploi de for : (28) They are still friends after all their differences.

At n’admet par contre pas d’interprétation de type concessif, bien qu’il présente des

emplois de réticence aussi opposés à la visée que la concession l’est à la cause :

(29) Giles was eating like a starving man while Anyanka nibbled at her food.

La représentation va donc dans le sens d’un certain nombre de phénomènes, qu’elle permet même souvent de mettre au jour, dans la mesure où elle oriente l’observation. A défaut d’autre chose, elle a au moins un pouvoir heuristique, que n’a pas forcément l’approche cognitive basée sur un schéma spatial ou une proto-scène, qui en tout état de cause ne permet pas a priori d’apparenter de tels phénomènes.

Bien entendu, il faut également que la représentation puisse différencier les prépositions. C’est là qu’entre en jeu l’aspect quantitatif, spatio-temporel strict de la relation. Mais d’autres paramètres doivent être pris en compte, qui viendront enrichir et modifier la représentation, qui n’en est encore qu’à son stade embryonnaire, comme par exemple le repérage par rapport à l’énonciateur, ou l’orientation du repérage, ce qui nous ramène au problème de la postériorité telle qu’elle s’exprime au travers des prépositions after et behind.

Behind est souvent associé à l’idée de non-visibilité, comme je l’ai indiqué

précédemment. Les quatre définitions suivantes extraites du Cobuild suffisent à confirmer ce point :

(30) « 1 If something is behind something, they are on the other side of it or at the side that is considered to be the back, often with the result that they are hidden from view.”

« 2 If something is behind someone it is situated in the direction that their back is facing, so that they cannot see it unless they turn round. »

« 6 Something that is, or that happens behind something that is considered to be a barrier or boundary is on the other side of it; used especially when it is thought that something interesting or secret is happening there. EG Sales of his novels were most brisk behind the

Iron Curtain... ...large, comfortable houses behind green lawns. »

« 14 Behind is also used when talking about qualities, thoughts, beliefs, etc, that someone has but that are not revealed to other persons. EG She would find out that behind his lofty manner

he was inexperienced. »

On essaiera de représenter ce phénomène une nouvelle fois au moyen du concept de rupture ou de décrochage, qui s’interprétera alors en termes d’inaccessibilité qualitative du terme X, et donc de ce qu’on pourrait appeler un hiatus cognitif. Ainsi, dans un énoncé comme :

(9)

(31) So engrossed was Alex in examining the glowing substance that he did not notice the movement behind him until there was the faint puffing noise he'd heard before.

le terme X, movement, est coupé, décroché, séparé qualitativement de Y, him, et lui est par là même inaccessible, inaccessibilité qui n’est pas forcément uniquement visuelle, comme le montre (32) où elle est plutôt auditive :

(32) Lost in the colourful surface she didn’t notice the footsteps behind her.

Etymologiquement, behind est d’ailleurs apparenté au gotique hintana, qui signifiait, d’après les dictionnaires consultés, beyond. Et, parmi les définitions bien connues de beyond, figure la suivante (COD), qui traduit parfaitement cette idée d’inaccessibilité, qui se retrouve donc avec behind :

(33) Out of reach, comprehension or range

On notera que le concept de décrochage apparaît doublement s’imposer dans la définition 14, puisque dans cet emploi de behind, il y a non seulement cette idée d’inaccessibilité, mais les termes mis en présence sont en outre notionnellement à l’opposé l’un de l’autre (lofty manners / inexperienced), et sont donc bien en ce sens en relation de rupture qualitative.

D’autres valeurs de behind font également nettement ressortir le principe d’une rupture entre les deux termes de la relation, comme par exemple la suivante, qui suppose que l’on oublie complètement quelque chose, que l’on s’en détache définitivement (no longer affects

you), le quelque chose en question étant très souvent connoté négativement :

(34) 17 If an experience is behind you it happened in the past and will not happen or be experienced again, or no longer affects you.

(35) Ian Mackie is here to prove his back injury is behind him. Kirtley puts nightmare/disaster/mistakes/frustrations behind him.

Toutefois, pour bien montrer que c’est le terme X qui est central dans ce cas, en ce qu’il représente précisément l’occurrence qui est ou devient qualitativement inaccessible, et qu’il fait donc directement l’objet de cet effet de sens récurrent, et afin de distinguer du même coup la représentation de behind de celle de after qui sinon seraient identiques, je considérerai qu’avec behind, c’est ce terme X qui fait qualitativement office de repère, même si, par ailleurs, il a quantitativement un statut de repéré, ce qui donnera donc la formule suivante : (36) Qlt(X)  Qlt(Y) avec  =

(sert de repère à).

Autrement dit, d’un point de vue qualitatif, la relation construite par behind est orientée à l’inverse de celle construite par after. X ne peut donc pas viser, chercher à atteindre Y, puisque que ce dernier est le terme repéré, et non le terme repère, et ne peut donc pas constituer un objectif, un but que l’on se fixe. D’où l’inacceptabilité, soulignée par Tyler et Evans (2003 : 175), d’un énoncé comme le suivant, qui serait par contre parfaitement acceptable avec after :

(37) ?The police chased/came behind the robbers.

Cette différence d’orientation apparaît nettement lorsqu’on compare la valeur causale de behind à celle de after. Car, behind peut avoir lui aussi des emplois teintés de causalité, ce qui, est-il utile de le souligner, est un élément supplémentaire allant dans le sens d’une relation de type rupture :

(38) 11 The events, reasons, etc behind a situation or event are the causes of it or the background to it. EG Precisely such irresponsibility lay behind the city’s school crises.

Cette possibilité interprétative est formulée sous la forme d’une glose encore plus explicite dans la dernière édition du Oxford Advanced Learner’s Dictionary :

(39) What’s behind that happy smile (= what is causing it)?

On voit clairement que l’on n’a pas du tout la même orientation qu’avec after, car dans ce cas le syntagme introduit par behind correspond à la conséquence, au résultat de X, là où le

(10)

syntagme introduit par after représentait la cause, l’origine de X, comme par exemple en (15) et (17). La différence d’orientation de la relation ressort de manière très nette, et il est donc totalement justifié de considérer le terme introduit par behind comme un simple repéré, et non comme un repère.

Cette idée est confortée par d’autres valeurs de behind, qui vont aussi dans le sens d’une orientation de la relation de repérage de Y vers X :

(40) 12 The person behind a particular idea, project, event, etc is the person who is

responsible for creating or developing it.

(41) Incidentally, there’s a rumour going about that the army is behind the bank robberies.

On retrouve dans cette définition et dans l’exemple qui l’illustre, l’idée que le terme X est premier par rapport au terme Y, qu’il en est à l’origine, ce qui va tout à fait dans le sens de sa valeur de repère. On remarque également que l’on retrouve l’idée de quelque chose de caché, d’inavoué, d’inaccessible, comme dans les premières définitions citées, et donc, une fois encore, de la nécessité d’une opération de décrochage pour figurer l’opération marquée par behind.

Sans doute la valeur de soutien, par laquelle je terminerai cet article, qui ne prétend pas du tout à l’exhaustivité, peut-elle être elle aussi représentée dans les mêmes termes :

(42) At another rally I saw army officers' wives, dressed for the occasion in the uniforms of their husbands. The message was obvious - the army is behind the president.

Le terme introduit par behind réfère à un animé humain, et non à un prédicable comme dans la valeur évoquée à l’instant. Une interprétation en termes d’origine est donc par avance exclue, mais l’idée que c’est le premier terme, the army, qui fait office de repère, et, plus précisément dans le cas présent, de point d’appui, de support stabilisateur, se retrouve en filigrane. On a d’ailleurs encore une fois une orientation de la relation clairement différente de celle que présenterait after dans le même genre de contexte, comme le montrent les deux énoncés suivants :

(43) He has the police behind him. He has the police after him.

On retrouve également un schéma compatible avec l’idée d’un décrochage, le soutien n’étant jamais officiel, la participation du terme X n’étant jamais frontale, jamais revendiquée. Ce statut que l’on pourrait qualifier de repère « caché » de l’occurrence X transparaît du reste dans la définition que donne le Cambridge Advanced Learner's Dictionary de l’expression the

power behind the throne dans laquelle behind a une valeur apparentée à celle qu’il a en (42) et

(43) :

(44) the power behind the throne: someone who does not have an official position in a government or organization but who secretly controls it.

Le modèle qui vient d’être exposé n’en est encore qu’à un stade embryonnaire. Il peut, on le voit, être enrichi, et ce, non pas ponctuellement, mais globalement, puisque la problématique de l’orientation de la relation est généralisable à l’ensemble des prépositions. Elle permet, par exemple, de distinguer above de below, et une préposition comme with peut être représentée sur la base d’une différence d’orientation entre les repérages Qnt et Qlt.

La prise en compte des différents types de qualités, notamment notionnelles par opposition à différentielles, peut aussi contribuer à l’enrichissement du modèle. Une telle distinction semble par exemple être utile pour représenter about et around. Elle serait bien évidemment également généralisable à l’ensemble des prépositions, ce qui pourrait conduire à réexaminer et à préciser les représentations de certaines d’entre elles. Il s’agit là d’une des prochaines étapes de ce travail en cours.

Ces enrichissements successifs s’effectuent, il est important de le souligner, non par l’introduction de concepts nouveaux, mais uniquement au moyen de concepts déjà existants

(11)

dans le cadre théorique. C’est là une démarche délibérée dont l’objectif est de préserver le caractère modulaire de l’approche en vue d’une éventuelle articulation avec des domaines linguistiques autres que celui des prépositions. Cette démarche est par ailleurs sous-tendue par l’idée que la répétition et la combinaison d’un nombre volontairement réduit d’opérations simples peuvent suffire à représenter et à rendre compte de phénomènes linguistiques en apparence extrêmement complexes.

Références Bibliographiques

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Références

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