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Texte , la crise qui changea la face du capitalisme

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Texte 1

1929, la crise qui changea la face du capitalisme

La panique s’empare de Wall Street à la fin du mois d’octobre 1929. Dans un contexte de crise latente, le krach provoque l’effondrement du système bancaire et une violente dépression économique.

Une prospérité trompeuse, une euphorie spéculative aveuglante, des contradictions structurelles destructrices. Tel fut le triptyque fatal qui conduisit à la plus grave crise économique de l’histoire du capitalisme. Les années 1920 sont en effet globalement calmes et prospères pour la France, la Suède, l’Australie et le Canada. Aux États-Unis, la production industrielle augmente de 26 % entre 1923 et 1929. Soutenue par les premiers crédits à la consommation et un taux de chômage faible, la demande des ménages pour les nouveaux appareils électriques (réfrigérateurs, radios, aspirateurs) ne cesse de s’accroître. Cette aisance nouvelle s’accompagne d’un puissant appétit pour le crédit, la Bourse et la spéculation. Entre le début de 1928 et septembre 1929, l’indice Dow-Jones des valeurs industrielles est multiplié par deux. Dans le même temps, l’encours des crédits accordés aux spéculateurs par les courtiers de la Bourse, qui eux- mêmes empruntent massivement auprès des grandes banques, passe de 4,4 milliards de dollars en décembre 1927 à 8,5 début octobre 1929 (1).

CAPACITÉS DE PRODUCTION PÉTROLIÈRE, EN MILLIONS DE BARILS PAR JOUR

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La bulle des années 1920 est donc bâtie sur un très fragile édifice de crédit.

Lorsqu’elle explose en octobre 1929, les moins-values boursières ruinent les spéculateurs. Comme ces derniers ont emprunté pour financer leurs activités spéculatives, ce sont finalement leurs créanciers, les banques, qui se trouvent en grande difficulté. C’est la raison pour laquelle les banquiers interviendront massivement lors des deux journées de panique, le « jeudi noir » du 24 octobre et le « mardi noir » du 29 octobre, en se portant acheteurs des titres vendus en urgence par des porteurs brutalement saisis d’une angoisse irrépressible. En vain : sur les 29 000 banques existant aux États-Unis en 1921, il n’en subsistait plus que 12 000 en mars 1933, lorsque le président Roosevelt dû décréter un « bank holiday » obligeant l’ensemble des établissements bancaires à fermer temporairement leurs portes pour calmer la panique des déposants.

Le spectre de la déflation

L’économie mondiale des années 1920 souffre en réalité de faiblesses structurelles redoutables. La baisse des prix des matières premières et des produits alimentaires pénalise un secteur agricole qui représente encore près d’un quart de l’emploi. Les premiers signes d’une surproduction industrielle se font sentir, aux États-Unis comme en Europe. Les ferments de la déflation – ce processus cumulatif par lequel la baisse des prix entraîne celle des revenus, de la demande, de la production et de l’emploi – sont tapis dans l’ombre en attendant le catalyseur boursier. Si la déflation crée une illusion de pouvoir d’achat grâce à la baisse des prix, elle fragilise surtout les agriculteurs et les industriels confrontés à des profits déclinants.

S’exprime ici l’une des grandes contradictions du capitalisme : le progrès technique n’est source de richesse supplémentaire que si la croissance de

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l’offre de biens et services qu’il engendre rencontre une demande elle aussi croissante. On a beaucoup glosé sur un Henri Ford qui prétendait payer de bons salaires pour que chaque ouvrier américain puisse s’offrir sa Ford T, mais la réalité est bien moins rose que cela dans l’entre-deux- guerres. Les salaires ouvriers restent bas et les revenus agricoles sont instables. Il en résulte une fragilité de la demande interne qui, de surcroît, n’est pas amortie par des politiques économiques et sociales adéquates. La demande externe ne se porte guère mieux : le commerce international reste fragilisé par les dettes accumulées lors de la Grande Guerre. Les industries européennes vieillissantes peinent à trouver les débouchés qui permettraient de rembourser ces dettes. Les industries américaines et japonaises ont profité de l’affaiblissement des concurrents européens, mais le rétablissement progressif de ces derniers est ressenti comme une menace pour leurs exportations.

L’explosion du système bancaire

Les pays exportateurs de matières premières et de produits agricoles sont quant à eux victimes de la baisse des prix dès le début des années 1920.

Toutes ces difficultés se renforcent les unes les autres, sont aggravées par les réflexes protectionnistes et, surtout, par les craquements du système monétaire et financier international. Le mécanisme de l’étalon-or qui prévalait avant 1914 n’est plus. La livre sterling et le dollar se livrent une lutte d’influence qui déstabilise le système. Les dettes de guerre empoisonnent quant à elles les relations financières internationales.

Le crédit aux États européens avait été largement assuré par des banques privées. Comme ces dernières sont par ailleurs fragilisées par la spéculation, le krach agit comme un détonateur de l’explosion du système bancaire, laquelle entraînera la disparition du crédit conduisant à une

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chute brutale de la consommation, de l’investissement et du commerce international. Dans un contexte où l’offre était déjà excédentaire sur de nombreux marchés, cette chute brutale de la demande a des effets déflationnistes extrêmement puissants. Entre 1929 et 1932, les prix baissent de 17 % au Japon, de 18.6 % aux États-Unis, de 12 % en France, de 21 % en Italie et Allemagne et de 14 % en Grande-Bretagne (2). La chute du commerce mondial entre 1929 et 1933 est de l’ordre de 70 % (3). Le chômage grimpe partout à grande vitesse (il frôle les 25 % en 1933 aux États-Unis, atteignant même près de 40 % dans l’industrie (4)).

L’investissement et la production industrielle chutent gravement et durablement (le PIB se réduit de près de 15 % en 1930 aux États-Unis).

Comment expliquer la gravité de ces enchaînements catastrophiques ? Essentiellement par la destruction du système bancaire dans un contexte déflationniste : les cascades de faillites (l’une des plus retentissantes fut celle de la Creditanstalt en 1931) produisent une forte contraction simultanée de la masse monétaire et du crédit, malgré les tentatives de soutien des autorités monétaires. Le taux d’escompte du système de réserve fédérale passe de 6 % en août 1929 à 2,5 % en juin, mais les banques n’utilisent pas ces crédits peu coûteux proposés par la banque centrale. L’idée d’un État utilisant ses dépenses pour stabiliser la conjoncture et renforcer les structures économiques n’est pas encore mûre. Le président américain Herbert Hoover continuera à réclamer le vote de budgets équilibrés longtemps après sa défaite électorale de 1932. Il faut attendre la victoire de Franklin D. Roosevelt pour que se mette en place ce fameux « New Deal » qui inventa avant John Keynes les politiques stabilisatrices « keynésiennes ». La récente crise des subprimes montre à quel point les politiques de ce type sont utiles lorsqu’il faut secourir les entreprises en difficulté, relancer la demande, assainir le système financier, offrir une sécurité sociale qui soutient la solvabilité des

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consommateurs tout en préservant leurs espérances. On oublie trop souvent la valeur de l’État providence : il fallut pourtant un président Roosevelt capable de se faire réélire quatre fois aux élections présidentielles pour commencer à l’inventer.

Le New Deal

Franklin D. Roosevelt est en campagne pour la présidence des États-Unis lorsqu’il propose aux Américains de rebattre les cartes et d’instaurer une

« nouvelle donne », un New Deal. On est alors en 1932 et le pays traverse la plus profonde dépression qu’a connue le pays. Ce qui n’est alors qu’un slogan de campagne aux contours flous – Roosevelt promet plus de justice sociale, le contrôle des transactions boursières, mais aussi le retour à l’équilibre budgétaire… – symbolisera bientôt une rupture majeure dans l’histoire du capitalisme : l’avènement d’un État interventionniste qui se propose de réorienter le cours spontané du système économique. On résume souvent l’action du président Roosevelt à sa politique d’emplois publics (le gouvernement américain emploie 3 300 000 personnes en 1936), destinée à soutenir une activité économique anémique. C’est cependant une transformation en profondeur de l’économie américaine qui s’amorce dès le premier mandat du Président. En premier lieu, Roosevelt relève drastiquement le taux d’imposition des plus hauts revenus – jusqu’à 76 % pendant sa seconde administration – amorçant ainsi la « grande compression » des inégalités de revenus que connaîtront les États-Unis dans l’après-guerre. En second lieu, il crée en 1935 le National Labor Relations Board, dont la raison d’être est de protéger le droit des salariés à s’autoorganiser, mesure qui favorisera un renforcement considérable des effectifs et de l’influence des syndicats. Désormais, le « big business » devra faire avec des syndicats puissants, qui favoriseront la progression régulière des salaires pendant les décennies suivantes.

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Texte 2

La longue histoire des krachs

Des spéculations sur les tulipes néerlandaises au XVIIe siècle à celle des subprimes en 2008, les mêmes mécanismes sont à l’œuvre dans les crises financières.

Plus de trois siècles et demi après sa mort, Wouter Bartholomeusz Winkel fascine toujours autant chercheurs et romanciers. Simple tenancier d’auberge à Alkmaar, en Hollande, il

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meurt en 1636, quelques années après sa femme, laissant derrière lui sept orphelins. Pas de quoi, a priori, laisser une trace dans l’histoire. Si ce n’est que ses enfants héritent de l’équivalent de près d’un million d’euros grâce à la vente… des soixante-dix fleurs du jardin de leur père ! Car ce ne sont pas n’importe quelles fleurs, mais des tulipes, qui font alors l’objet d’une spéculation effrénée, donnant naissance à ce que l’on pense être la première bulle financière de l’histoire. Une bulle dont les mécanismes profonds ressemblent à s’y méprendre à ceux des subprimes.

La Hollande du XVIIe siècle vit un âge d’or. Ses marchands sont riches, très riches même, et ne se contentent plus des rendements de la production et du commerce de l’économie réelle. Ils sont en quête de placements plus rémunérateurs. Tel Monsieur Jourdain voulant s’habiller, danser et rimer comme un noble, cette bourgeoisie d’affaires en plein essor se met à singer les aristocrates, notamment en s’intéressant de près aux tulipes qui symbolisent alors l’abondance matérielle, l’esthétisme artistique et la maîtrise d’un véritable capital culturel.

La bulle des bulbes

Tant que le marché est resté limité aux mois de floraison, entre juin et septembre, tout se passait bien. Mais une innovation financière est survenue en 1635. Elle a conduit à élargir le marché en donnant la possibilité d’acheter et de vendre des bulbes encore en terre. Des « billets à effet » furent introduits, sur lesquels étaient inscrits les caractéristiques du bulbe et son prix, fixé à l’avance entre les deux parties, en attendant que le contrat se dénoue à l’été suivant. Acheter aujourd’hui un produit à un prix fixé à l’avance pour une livraison à venir, c’est ce que les économistes nomment un « marché à terme » et le billet à effet s’appelle aujourd’hui une option, l’un de ces fameux « produits dérivés » que la finance contemporaine est bien loin d’avoir inventés.

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Le marché des tulipes a alors rapidement changé de visage : d’un marché de produits physiques, les fleurs, ouvert quelques mois, il est devenu un marché financier, ouvert toute l’année, où s’échangeaient les billets à effet.

L’engouement pour le commerce de tulipes s’en est trouvé accru et les prix ont commencé à grimper. Un marché secondaire des billets s’est développé et, bientôt, tout le monde s’est moqué de savoir ce qu’était vraiment la fleur concernée, où elle avait été plantée et par qui, pour se concentrer sur les billets qui pouvaient changer de mains jusqu’à dix fois par jour, les prix montant à chaque échange. Les Hollandais ont alors baptisé ce genre de transactions « windhandel », le commerce du vent…

Trois éléments ont soutenu la bulle. D’abord, ce genre de produits financiers était censé faire l’objet d’une régulation visant à limiter son développement. Mais, de par la proximité entre marchands et élites politiques, les règles n’étaient pas appliquées. Ensuite, une partie du fort accroissement du crédit des années 1635-1637 a été utilisée pour soutenir des paris spéculatifs de plus grande importance. Enfin, il semble bien qu’au moment où certains investisseurs commençaient à douter que les arbres monteraient jusqu’au ciel, l’offre de produits d’assurance permettant à ceux qui achetaient les tulipes de ne pas perdre d’argent en cas de retournement du marché a contribué à soutenir les transactions pendant quelques semaines supplémentaires. Avant le krach, inévitable, qui se produisit en février 1637.

Les mêmes mécanismes à l’œuvre

Trois cent soixante-dix ans plus tard, la finance mondialisée de 2007 voit exploser une autre bulle financière dont les déterminants apparaissent étonnamment similaires à ceux de la Hollande du XVIIe siècle, comme à ceux d’autres grandes crises financières telle que la faillite de Law en

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France en 1720 ou encore les crises de 1907 et des années 1930 aux États- Unis (1).

Tout commence toujours par l’invention de nouveaux produits financiers sortis des cerveaux de petits génies de la finance pour offrir de nouvelles opportunités de profits : nos billets à effet à nous furent les fameux produits toxiques, nés en 1994 aux États-Unis, qui transformeront une crise américaine des prêts immobiliers à risque en un déferlement mondial. Plusieurs régulateurs ont compris le potentiel dévastateur de ces nouveaux produits. Mais les liens de proximité entre politiques et financiers ont fait pencher la balance en faveur de ces derniers et des politiques de déréglementation. Une première occasion manquée d’éviter la crise.

Une fois les nouveaux produits lancés, ceux-ci ne peuvent permettre de gagner gros que si l’on peut parier gros : pas de bulle financière qui n’a été précédée d’une bulle de crédits destinée à nourrir la spéculation. Tout à leur lutte contre une inflation qui n’existait plus, les banquiers centraux ont oublié de maîtriser le crédit spéculatif. Deuxième occasion perdue.

Il est par ailleurs impossible de compter sur les financiers eux-mêmes pour maîtriser leurs prises de risques et éviter la banqueroute. Parce qu’ils utilisent des modèles statistiques qui tendent à minimiser la dangerosité de leurs paris. Parce que, face aux profits qui s’accroissent, ils passent outre les consignes de prudence qu’ils édictent eux-mêmes. Lorsque certains de leurs analystes ont pointé la montée de la crise, ils ont été mis au placard ou carrément licenciés. On ne peut compter sur une bonne politique privée de contrôle des risques. Troisième occasion perdue.

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Peut-on éviter les bulles ?

De plus, dans toute crise de cet ordre, nombre de financiers flirtent avec les comportements délictueux : de l’épidémie de prêts subprimes frauduleux mise en évidence par le FBI aux actions judiciaires entamées depuis 2011 aux États-Unis, en Europe, au Royaume-Uni ou au Japon contre certaines des plus grosses banques du monde pour avoir manipulé le taux d’intérêt auquel les financiers se prêtent entre eux, la fraude est toujours présente dans les bulles financières, bien au-delà des voyous du type Bernard Madoff.

Lorsque la bulle grimpe, elle apporte profits, richesse et pouvoir aux établissements financiers en tant qu’institutions et à leurs dirigeants en tant qu’individus. Des études menées dans divers pays, dont la France, ont montré que la progression faramineuse des rémunérations dans la finance explique une bonne part de la montée des inégalités. Inégalités de richesses mais aussi d’influence. Celle-ci est à la fois politique, par le financement des campagnes ou l’accès aux plus hauts dirigeants, mais aussi idéologique. Le documentaire de Charles Fergusson Inside Job (2010) a montré comment plusieurs économistes de renom se sont mis au service de la finance. De manière plus générale, la théorie économique dominante expliquait pourquoi les crises financières étaient devenues impossibles, de l’histoire ancienne, contribuant à justifier idéologiquement les politiques de déréglementation permettant aux innovations financières de se développer sans contrainte.

On comprend à cette trop rapide description que les bulles financières sont des animaux complexes, comportant des dimensions proprement financières mais également sociologiques, politiques et idéologiques. Se

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prémunir contre de prochains dérapages réclame donc de s’attaquer à toutes ces dimensions.

De ce point de vue, certaines décisions prises par le G20 depuis sa réunion d’avril 2009 vont dans le bon sens. Les innovations financières doivent faire l’objet d’une surveillance plus grande et les transactions qu’elles suscitent se produire sur des marchés plus transparents permettant aux régulateurs de savoir qui prend des risques et à quelle hauteur. Des États- Unis à l’Union européenne en passant par le Royaume-Uni, de nouvelles institutions ont été créées pour surveiller la montée des bulles (en Europe c’est le rôle du Conseil européen du risque systémique). Les banques centrales ont désormais pour mission de surveiller les bulles de crédits et bâtir des indicateurs de suivi permettant d’agir pour les éviter. Les banques, à chaque fois qu’elles prennent des risques, devront mettre plus de capital de côté pour se prémunir d’une crise, ce qui rend la spéculation plus coûteuse. On ne peut donc pas affirmer que le G20 soit un « G vain ».

Plusieurs chantiers importants de régulation ont été ouverts.

Sur les traces de Roosevelt ?

À l’inverse, rien n’incite à un optimisme trop important. D’un côté, il faudra surveiller la mise en œuvre concrète des décisions déjà prises et trouver des moyens de s’assurer que les régulateurs font bien leur travail.

De l’autre, rien n’a été fait pour améliorer la gouvernance des risques au sein des établissements financiers, pour lutter contre la dimension frauduleuse de la finance (même si Barack Obama a enfin soulevé le problème début 2012), pour lutter véritablement contre les rémunérations excessives qui, en dépit de quelques nouvelles règles, se maintiennent.

Enfin si, de Paul Krugman à Joseph Stiglitz en passant par la création en France de l’Association française d’économie politique (Afep), nombre

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d’économistes sont d’accord sur le constat que la crise financière, économique et sociale entamée en 2007 est aussi une crise de la science économique dominante, aucun pays n’a ouvert de débat sur la meilleure façon de la faire évoluer.

La lutte contre les crises financières est d’abord une bataille politique et idéologique. Le président américain Franklin D. Roosevelt avait su la gagner dans les années 1930. La nôtre est encore loin d’être terminée.

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Texte 3

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Clément Juglar (1819-1905) Nikolaï Kondratieff (1892-1938) Les cycles économiques

Analyser les fluctuations économiques grâce aux statistiques, tel est le parti pris de Clément Juglar et Nikolaï Kondratieff.

Médecin comme son père, le Français Clément Juglar décide en 1848 d’abandonner cette première profession pour se consacrer à l’économie dans le but de gérer le patrimoine de sa femme. Il en apprend les rudiments en autodidacte, mais se découvre rapidement un certain talent dans la discipline –, ses découvertes sur les cycles économiques seront même le signe d’un « génie », selon Joseph Schumpeter (1883-1950).

Nikolaï Kondratieff, de nationalité russe, étudie l’économie à l’université de Saint-Pétersbourg où il tente d’optimiser les questions de productions agricoles grâce aux statistiques. Nommé attaché ministériel de l’approvisionnement durant la révolution d’octobre 1917, il passe par l’Académie agricole de Pierre le Grand en 1919 avant de se voir confier l’année suivante par le gouvernement léniniste la direction de l’Institut de conjoncture de Moscou.

Ces deux auteurs se sont, chacun à leur manière, appliqués à identifier l’existence de cycles économiques, permettant de mieux comprendre l’apparition de crises et de périodes prospères.

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Naissance des crises

Quand C. Juglar écrit Des Crises commerciales et leur retour périodique en France, en Angleterre et aux États-Unis (1862), il est l’un des premiers à collecter des relevés statistiques (bilans bancaires, niveau des prix, taux d’intérêts) sur des longues périodes et dans plusieurs pays, méthode qui remplit selon lui beaucoup mieux « les principales conditions d’une démonstration scientifique » que les approximations théoriques et « les assertions toujours discutables » auxquelles s’abaissent d’autres économistes.

Habituellement, les crises sont plutôt associées à des périodes de dépression économique longues de plusieurs années. Mais pour C. Juglar, ce type d’événement se produit sur un laps de temps très court (une quinzaine de jours maximum) ; il ne constitue qu’une phase transitoire entre une période prospère (qui dure de trois à cinq ans) et une période de liquidation (entre trois et quatre ans). Par exemple, si tout le monde veut acheter des titres de chemin de fer, comme ce fut le cas au 19e siècle, le prix de ces valeurs augmente, et de nombreuses compagnies de chemin de fer se créent et profitent de la manne. Puis, après cette période de prospérité dont l’intensité détermine celle de la crise, un retournement brutal intervient : les capacités productives deviennent excédentaires, une récession s’enclenche et plus personne ne veut acheter les titres proposés à la vente. Afin de récupérer de l’argent pour honorer leurs crédits, les vendeurs qui veulent se débarrasser de leurs biens les bradent : ainsi surgit la période de liquidation.

N. Kondratieff parvient lui aussi à identifier des formes de régularité dans l’amas de statistiques en sa possession. La vaste période de temps qu’il étudie lui permet de mettre en évidence des cycles d’une cinquantaine

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d’année qu’il associe à l’émergence de nouvelles techniques. La première, qui débute à la fin du 18e siècle, est liée à machine à vapeur suivie par le chemin de fer puis l’électricité, période de faste qui se clôt dramatiquement avec la crise de 1929. La phase de déclin de l’activité économique porte en elle les germes de la croissance à venir ; la crise est vue comme le moyen pour le capitalisme de se réorganiser et de renaître de ses cendres.

Iconoclastes

L’observation de données objectives grâce aux études statistiques nous semble être une évidence aujourd’hui. Mais à cause de cette méthode et des conclusions qu’ils en tirent, C. Juglar et N. Kondratieff font, chacun à leur façon, figure d’iconoclastes.

Le premier est en totale contradiction avec les économistes de son temps.

Postuler une forme de récurrence dans les crises économiques, c’est aller à l’encontre des thèses formulées par Jean-Baptiste Say (1767-1832), père de l’école française à laquelle il appartient et qui en spécifie l’impossibilité avec sa célèbre formule « toute offre crée sa propre demande ». Cette contestation de la doxa économique en vigueur ralentira son ascension : C.

Juglar n’obtiendra son poste à l’Académie des sciences morales et politiques qu’en 1892, après six tentatives.

Le sort de N. Kondratieff est quant à lui autrement plus dramatique. La conclusion de ses théories, qui implique un système qui génère les conditions de sa reprise, entre en totale contradiction avec la théorie de l’effondrement inexorable du capitalisme soutenu par Karl Marx (1818- 1883). Limogé de l’Institut de la conjoncture en 1928 et arrêté deux en plus

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tard, il est fusillé en 1938 lors des grandes purges staliniennes. Il faudra attendre 1987 pour que soit prononcée sa réhabilitation.

C.Juglar et Nikolaï Kondratieff sont arrivés à la même conclusion à propos des cycles économiques, spécifiant la même dynamique de développement, mais avec une approche temporelle différente (voir encadré). Ces travaux sont devenus des classiques, abondamment repris par les économistes institutionnalistes comme Wesley C. Mitchell (1874- 1948). ●

Joseph Schumpeter et la superposition des cycles

Dans son ouvrage Les Cycles des affaires (1939), l’économiste Joseph Schumpeter (1883-1950) propose un schéma didactique pour rendre compte des fluctuations économiques, décomposé en trois cycles. Les cycles Kondratieff d’une cinquantaine d’années, centrés sur les progrès techniques (machines à vapeur, chemin de fer, électricité) ; les cycles Juglar qu’il qualifie de cycle des affaires, d’une périodicité de huit à dix ans. Enfin les cycles Kitchin. Ces derniers sont issus des travaux de l’économiste statisticien anglais Joseph Kitchin (1861-1932). Il identifie, grâce à l’étude comparée des fluctuations des prix aux États-Unis et au Royaume-Uni de 1890 à 1922, qu’il existe également des cycles d’une durée de quarante mois qui suivent l’évolution des stocks de produits finis (les automobiles par exemple). Ces trois cycles se superposent : deux cycles Kitchin font un cycle Juglar et cinq cycles Juglar font un cycle Kondratieff.

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Texte 4

Quelle politique économique face à la crise ?

Austérité ou relance ? Le débat sur les politiques économiques face à la crise suppose que les États disposent de moyens pour en sortir. Ce dont l’histoire des crises passées peut faire douter…

Traditionnellement, les États possèdent quatre instruments d’intervention sur la politique économique : les politiques monétaire, budgétaire, industrielle et commerciale.

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La politique monétaire pilotée par la banque centrale agit sur le montant du crédit (via les taux d’intérêt plus ou moins élevés). Plus le taux est bas, plus le crédit est facile, plus cela incite à la consommation et à l’investissement. C’est un stimulant de la croissance. La dévaluation de la monnaie se révélait un autre instrument possible en cas de grave difficulté. En Europe, les États membres de la zone euro n’ont plus de politique monétaire indépendante depuis l’instauration de la monnaie commune (à moins d’en sortir). Désormais, la politique monétaire se fixe au niveau de la Banque centrale européenne (BCE). C’est Mario Draghi, son président, successeur de Jean-Claude Trichet, qui décide. Aux États-Unis, c’est Ben Bernanke qui préside aux destinées de la Réserve fédérale des États-Unis (Fed). Les observateurs admettent que les banques centrales (Fed et BCE) se sont plutôt bien comportées durant la crise financière en participant au sauvetage du système puis par une politique de taux d’intérêt très bas favorisant l’activité, quittes à pratiquer des politiques dites « non conventionnelles ». De ce côté-là, il y a donc peu de marge de manœuvre possible.

Les politiques industrielles ambitieuses visant à favoriser la compétitivité des entreprises en prenant comme modèle l’Allemagne sont prônées par certains économistes. Mais une politique industrielle est une politique de long terme qui peut difficilement avoir des effets de relance immédiats.

La politique commerciale ? Le protectionnisme ou favoritisme des produits nationaux (Le « Achetez australien ! » marche très bien en Australie) a de bons arguments à faire valoir mais se heurte aux principes de la libre concurrence et risque le retour de bâton (encore que les États- Unis ou la Chine le font sans vergogne).

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La possibilité d’une politique budgétaire. Son principe ? Relancer la consommation ou la production par des dépenses massives de l’État. C’est autour d’elle que se cristallisent actuellement les débats.

 

Austérité ou relance ?

L’État doit-il dépenser plus pour stimuler le moteur économique ou au contraire faire une purge pour alléger le fardeau de l’endettement et des impôts qui entravent l’activité ? Tel est le débat qui se polarise actuellement (avril 2013) autour de l’austérité. Deux camps s’affrontent.

Le camp de l’austérité. Il est représenté par l’Allemagne et le gouvernement d’Angela Merkel en tête. Le « bon élève de l’Europe » a des arguments solides à faire valoir. Ce sont les États du Nord de l’Europe, plutôt rigoureux sur le plan des dépenses publiques (Suède, Allemagne), qui s’en sortent le mieux en termes de croissance et de niveau d’emploi.

Sur le plan de la théorie économique, l’« ordolibéralisme » affirme qu’au fond, l’état de surendettement finit par étouffer les ménages, les entreprises et les particuliers. Toute sortie de crise passe par une purge sévère pour redresser les comptes. L’histoire montre par ailleurs que les politiques de relance keynésienne ne marchent pas vraiment.

Contrairement à un mythe tenace, le New Deal n’a pas permis aux États- Unis de sortir de la crise. Quant au Japon, il s’est lourdement endetté depuis les années 1990 avec de grands plans de relance successifs sans pour autant sortir du marasme. Enfin les plans de relance des États occidentaux de 2008-2009 ont permis d’éviter la dépression mais pas de relancer la dynamique de croissance. Ils ont par contre creusé les déficits de façon alarmante (1).

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Le camp de la relance. Le prix Nobel d’économie Paul Krugman est l’une des figures de proue du camp néokeynésien et tenant d’une politique vigoureuse de relance. Pour P. Krugman, il ne faut pas avoir peur d’injecter des centaines de milliards de dollars et d’euros dans la machine : les 800 milliards du plan Obama (2009) n’ont pas suffi, il aurait fallu dépenser le double ! Pour le camp keynésien, l’expérience historique montre que « l’austérité, ça ne marche pas ». Cela comprime la consommation et les dépenses et aggrave même le mal car la récession rend les coûts de remboursement encore plus élevés.

Qui a raison, qui a tort dans ce débat ? Difficile de trancher, il y a des arguments solides de part et d’autre. « Tout le monde a ses raisons », dit Jean Renoir dans son film La Règle du jeu… Et les arguments se fondent aussi sur des intérêts et des idéologies, des États et des économistes…

En fait, le drame de la situation est que les arguments ne sont pas incompatibles : car ce qui semble bénéfique à court terme (relancer pour soutenir l’activité et éviter l’effondrement quitte à laisser filer les déficits) est néfaste à long terme. Inversement, les purges et thérapies de choc sont socialement brutales et économiquement dangereuses à court terme (elles renforcent la récession), mais à long terme assainissent la situation. C’est le dilemme de toute « thérapie de choc » : si le patient ne meurt pas, il ira mieux après. La politique de relance représente une thérapie plus douce, mais ne traite pas le mal et entraîne même des effets secondaires et une dépendance : elle peut s’avérer une drogue mortelle à long terme…

D’où les tentatives pour les marier, difficile numéro d’équilibriste qui consiste à essayer de conjuguer les deux tout en sachant que la traversée sera longue et qu’il faut prier pour qu’il n’y ait pas une prochaine bourrasque…

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Les sorties de crise de 929, 1973 et 1873

Relance ou austérité ? Plus d’État ou plus de marché ? Quoi qu’il en soit de ces deux stratégies, elles reposent toutes les deux sur un postulat de base : les politiques économiques (libérale ou keynésienne, d’austérité ou de relance) sont déterminantes et peuvent être efficaces, pouvant permettre à terme de sortir de la crise.

Mais l’histoire des sorties de crise de 1929 et 1973, ou 1873 conduit à en douter.

La grande dépression qui a débuté en 1929 ne s’est vraiment terminée que quinze ans plus tard avec la fin de la Seconde Guerre mondiale. Au États-Unis, les deux News Deals n’ont pas eu les effets de relance escomptés.

Après les deux chocs pétroliers de 1973 et 1979, il y a une divergence de trajectoires très forte entre les États-Unis, l’Europe et le Japon dès les années 1980 : le Japon connaît dans les années 1980 un véritable boom économique ; les États-Unis connaissent un net redressement entre 1983 et 1989 ; l’Europe mettra vingt ans à se relever.

Mais les politiques libérales (celles de Margaret Thatcher ou Ronald Reagan) combinées à la dépense publique n’auraient pas permis à elles seules de relancer la croissance s’il n’y avait pas eu le boom des nouvelles technologies (l’économie numérique) pour impulser une nouvelle phase de croissance.

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La sortie de crise de 1873 (souvent négligée) ne dément pas ce scénario.

Une très longue reprise (vingt-trois ans !) qui doit plus à une dynamique endogène qu’à des politiques économiques (d’autant plus inefficaces qu’elles étaient inexistantes).

Texte 5

1973 : le premier choc pétrolier

Il y a quarante-cinq ans, le premier choc pétrolier plaçait l'or noir au coeur de l'actualité géopolitique et géoéconomique. Mais de choc en contre-choc et en nouveau choc, le pétrole pose aussi, à long terme, la question des ressources ainsi que celle de l'environnement, donc du développement durable.

Le choc. Le mot est bien choisi : le quadruplement du prix du baril, qui passe brusquement de 2,83 dollars en octobre 1973 à 11,65 dollars en janvier 1974, est un choc d’autant plus grand qu’il n’est pas un événement conjoncturel dans un marché volatil. Il signe la fin d’une époque, comme le dit en décembre 1973 le shah d’Iran. Tout ami des Etats-Unis qu’il est, il doit tenir compte des sentiments de sa population : "Les nations industrielles devront comprendre que l’époque de leurs formidables progrès, de leurs revenus et de leurs richesses plus formidables encore dus au pétrole bon marché est révolue." De quoi marquer la fin des Trente Glorieuses, caractérisées par l’explosion de la consommation pétrolière et du parc automobile : entre 1949 et 1970, la consommation mondiale de pétrole est multipliée par quatre et le nombre de voitures par trois.

1973-1974, la fin d’une époque

C’est aussi la fin d’une époque où le marché du pétrole était dominé par sept majors : cinq américaines (Standard Oil of New Jersey - devenue Exxon en 1972 -, Texaco, Standard Oil of California, Mobil et Gulf Oil) et deux européennes (Royal Dutch Shell et British Petroleum). Des majors qui sont certes en concurrence, mais qui, plus encore, s’entendent sur des quotas de

s u r

. . . F a c e b o o k

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production et sur les prix depuis la fondation du premier cartel international du pétrole en 1928 (accord d’Achnacarry entre les deux européennes et trois des américaines). En 1953, ce cartel contrôle 87 % de la production mondiale, 73 % des capacités de raffinage et 72 % des circuits de distribution.

En 1973, ces chiffres sont encore respectivement de 66 %, 49 % et 57 %.

Cette lente érosion s’explique par la contestation du monopole par de plus petites compagnies privées américaines, par des compagnies nationales de pays consommateurs (Compagnie française des pétroles et Elf en France, ENI en Italie) et de pays producteurs (Sonatrach en Algérie). Mais la contestation majeure vient de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), fondée en 1960 à l’initiative du Venezuela. Elle regroupe, outre ce pays, l’Arabie Saoudite, l’Irak, l’Iran, le Koweit, rejoints par le Qatar (1961), la Libye et l’Indonésie (1962), Abou Dhabi (1967), l’Algérie (1969), le Nigeria (1971), le Gabon et l’Equateur (1973). La volonté du président algérien Houari Boumediene d’utiliser le pétrole comme base de développement, la défaite arabe lors de la guerre des Six jours en 1967, la prise du pouvoir par le colonel Kadhafi en Libye en 1969 et l’affaiblissement du dollar sont autant de raisons pour l’Opep de se mobiliser. D’autant plus que les majors ont pratiqué auparavant une politique de prix bas pour pénaliser le développement de sources d’énergie concurrentes.

Durant les négociations qui se déroulent en février 1971 avec les majors, l’Opep obtient une petite augmentation des prix et un "impôt" sur les bénéfices de 55 %. Quand, en août de la même année, le président américain Nixon renonce à la convertibilité en or du dollar et dévalue sa monnaie, entraînant une baisse de son taux de change, l’Opep augmente le prix du baril de 8,49 %, puis de 5,7 % supplémentaires, avant de l’indexer sur un panier de monnaies. Mais ce qui place l’Organisation en position de force, c’est la réalité du marché : la consommation mondiale augmente de 23 % entre 1970 et 1973. L’excédent de production quotidien (3 millions de tonnes en 1970) n’est plus que de 500 000 tonnes en 1973 (1 % de la

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consommation quotidienne des pays occidentaux) et la part de l’Opep dans la production mondiale atteint 54 %, alors que celle des Etats-Unis diminue depuis 1970.

1979-1981, un deuxième choc pour qui ?

Dans ces conditions, le quadruplement du prix du pétrole à l’occasion de la guerre du Kippour, en octobre 1973, est certes un geste politique, mais il correspond aussi à un ajustement nécessaire pour rééquilibrer le marché. Il va permettre de ralentir la hausse de la demande, de développer des sources d’énergie alternatives (charbon, nucléaire et surtout gaz) et de rentabiliser de nouveaux investissements aux Etats-Unis, en mer du Nord, en Indonésie, en Afrique et en URSS. Au bout du compte, les grandes compagnies pétrolières vont y trouver un avantage, répercutant les hausses sur leurs clients et conservant en tout état de cause une large domination sur l’aval (transport, raffinage, distribution). Les principaux perdants sont les pays pauvres non producteurs. Ils voient leur facture énergétique s’envoler, alors que seulement 20 % de la rente pétrolière des pays exportateurs sont investis chez eux dans les années 1970.

Les pays de l’Opep semblent être les grands vainqueurs. Ils inondent le monde de leurs pétrodollars. D’autant qu’entre 1979 et 1981, un second choc pétrolier fait de nouveau tripler le prix de l’or noir. Cela aurait pu encore renforcer leur position, mais il n’en est rien. D’abord parce que la révolution iranienne, puis la guerre Irak-Iran (1980-1988), causes premières de ce deuxième choc, affaiblissent deux membres majeurs de l’organisation.

Ensuite parce que l’Opep perd des parts de marché. L’Arabie Saoudite et les émirats du Golfe, en accord avec les autres membres de l’Opep, se sont en effet abstenus de compenser la baisse de production des deux belligérants afin d’éviter toute chute des prix. Mais, parallèlement, la production hors Opep s’est développée et la consommation mondiale de pétrole a diminué de 9 % depuis 1979, les pays riches ayant réduit l’intensité pétrolière de leur économie. Si bien que l’Organisation ne génère plus que 30 % de la production mondiale en 1985 et que le pétrole a beaucoup perdu de sa compétitivité.

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Pour l’Arabie Saoudite, c’est le moment de reprendre le contrôle du marché.

Entre septembre 1985 et juillet 1986, en accord avec l’Opep, elle triple sa production et provoque la division des prix par deux. Coûtant désormais de 15 à 20 dollars le baril, le pétrole regagne du terrain vis-à-vis des autres sources d’énergie. La consommation s’envole à nouveau, soutenue par la croissance de la demande en Asie orientale. L’Arabie Saoudite et ses alliés du Golfe peuvent se frotter les mains, d’autant plus que, dans les années 1990, la production de la Russie s’effondre, suivie par celle de l’Irak en raison de la guerre du Golfe.

La stratégie saoudienne va en revanche laisser exsangues les pays producteurs plus peuplés, comme l’Algérie, qui comptaient sur un pétrole cher pour asseoir leur développement. Incapables de compenser la baisse des prix par une hausse de leur production, ils paient alors au prix fort l’absence de diversification de leur économie.

La planète tout entière pâtit également de ce contre-choc. Si le rapport Brundtland sur le développement durable (en 1987), puis le Sommet de Rio sur l’environnement (en 1992) tirent la sonnette d’alarme, on assiste à une envolée continue de la production et de la consommation d’énergies fossiles, accompagnée d’une vive croissance des émissions de gaz à effet de serre. La consommation de pétrole, qui s’était maintenue en dessous des 60 millions de barils par jour au début des années 1980, atteint ainsi les 75 millions en 1995.

La situation en ce début de XXIe siècle est encore différente. Certes la consommation mondiale continue d’augmenter et dépasse 97 millions de barils par jour en 2016. Certes, la question des rapports de force entre les différents grands acteurs reste d’actualité : les majors ont conservé le contrôle de l’exploration dans le monde et de l’aval à coups de mégafusions.

Et l’Opep conserve un poids considérable, assurant 38 % des exportations mondiales en 2017, même si les concurrences russe et nord-américaine (avec les hydrocarbures de schiste) rebattent les cartes. Mais la question centrale n’est plus là. Le réchauffement climatique provoqué par les émissions de gaz à effet de serre oblige nos sociétés, malgré de très fortes

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résistances, de Donald Trump aux lobbies divers, à penser un développement fondé sur l’après-pétrole. D’autant que le partage de cette ressource toujours essentielle, mais toujours plus rare, peut être source de nouveaux conflits.

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