LES
ANTIBIOTIQUES
ET LACROISSANCE DU PORC
VIII. - ACTION DESANTIBIOTIQUES
SUR LES PORCELETS
CHÉTIFS
R.
FÉVRIER
Station de Recherches sur
l’Élevage,
Centre National de Recherches
Zootechniques,
Jouy-en-Josas(S.-et-.O).
l,es
antibiotiques provoquent
une stimulation de la croissance d’au- tantplus
forte que l’animal est en mauvaise condition. Cetteparticularité
est
généralement
admisedepuis
que C!TROrr(1952),
BEESON(1951),
S
PEER et col.
( 1950 )
l’ont mise en évidence. Nous renvoyons le lecteur à la revue que nous avonsrédigée
sur ceproblème
avec VACHER(zg5 3 ).
Nous avons voulu vérifier cette action sur les
porcelets
chétifs dontnous
pouvions disposer.
I. - LES
MÉTHODES
1 0
Les animaux — Constitution des lots.
Nous avons considéré comme « chétifs » tous les
porcelets
sevrés à8 semaines à un
poids égal
ou inférieur à 10kg (poids
normal : 18kg),
sans pour autant être atteints d’une affection caractérisée
(maladie, hernie, blessure).
I,es animaux utiliséspesaient
ainsi de 5 à 10kg.
Leséleveurs
désignent
couramment ces animaux sous le nom de « culot deportée.
Au fur et à mesure que de tels animaux
apparaissaient,
dans les por- tées sevrées à notreélevage ( 100 truies),
ils étaient affectés à l’un des troisrégimes expérimentaux
définisplus
loin. Il nepouvait
êtrequestion
.
d’apparier
de telssujets ;
ils étaientrépartis
entre les 3 lots selon la date du sevrage.Les observations étaient arrêtées
quand
les animauxatteignaient
3!
kg
environ. Ils étaient alorsengraissés,
sans toutefois que des mesures( 1
) Avec la collaboration technique de B. !7l!NCENT.
précises puissent
alors être effectuées. I,eur état desanté,
leurcomporte-
ment étaient
cependant
suivis.2
0 Les
régimes.
Tous les animaux
recevaient,
enplus
d’huile vitaminée(A
etD),
notre aliment standard « croissance
» qui
était distribué à volonté en3repas
quotidiens
dei/ 4
d’heure. Cet alimentprésente
lescaractéristiques
suivantes :
- les animaux témoins
(T)
recevaientsimplement
cetteration,
- les animaux du lot «
pénicilline
»(P) recevaient,
enplus,
de lapénicilline procaïne,
à la dose de 20mg/kg,
c’est-à-dire sensiblement le double de cequi
est habituellementpréconisé
pour dessujets
normaux ;- les animaux du lot «
auréomycine
»(A) recevaient,
enplus,
del’auréomycine
à la dose de 40mg/kg,
c’est-à-direégalement
le double dece
qui
est habituellementpréconisé
pour dessujets
normaux.II. - LES
RÉSULTATS
Les résultats bruts sont donnés dans le tableau I.Le
gain
moyenquotidien
a été calculé en divisant legain
depoids
de tous les animaux
(y compris
lesmorts) par le
nombrede j ournées d’expé-
rience
(y compris
celles desmorts).
L’indice de consommation a été cal- culé de la mêmefaçon,
en divisant laquantité
totale de nourriture con-sommée par le
gain
total desporcelets (y compris
lesmorts).
En éliminant le
gain
depoids
des animaux morts, mais encomplaitt
La nourriture
qui
Leuy a été distribuée( 1 ),
nous avons obtenu les résultatsqui figurent
au tableau II :( 1
) Les animaux étant groupés par 2ou 3, il est impossible de connaître la nourriture con- sommée individuellement par animal.
III. - EXAMEN DES
RÉSULTATS
1
0Stimulation de croissance.
Dans nos
expériences précédentes, portant
sur des animauxsains,
les stimulations de croissance obtenues avaient été les suivantes :Or, dans cette
expérience,
la stimulation de croissance a été de 11,5 5 p. ioo avec lapénicilline
et 23 p. ioo avecl’auréomycine.
Il est donc confirmé que la
réponse
àl’ingestion d’antibiotique,
d’au-réomycine
enparticulier,
estplus
nettelorsque
les animaux sont chétifs.2
0 Couybe de croissance et moytalité.
I,a croissance relative des 3
lots, quinzaine
parquinzaine,
montre que la stimulation est surtout forte au début( I re
et 2equinzaine)
etqu’elle
s’atténue par la
suite,
sans pour autant devenir nulle(sauf
dans uncas).
On peut donc penser que,
pratiquement,
il estpossible,
sansgrand inconvénient,
de réduire de 2 semaines la durée du « traitement ».( 1
) Différence significative au seuil 0,10. (
2
) Différence significative au seuil o,05.
3 Nourriture distribuée à tous les porcelets (kg) .
( ) Gain
de poids des porcelets vivants à la fin de l’expérience(k!) !
La mortalité a été
plus
forte au début de lapériode,
mais un certainnombre d’animaux ont survécu
plusieurs
mois avant de mourir.3
0 « Devenir des animaux.
Comme nous l’avons
indiqué, après
cetteexpérience,
les animaux ont été soumis à unrégime d’engraissement
dans des conditionsqui
n’ontpas
permis
des observationsprécises.
Ils se sont biencomportés
et ne sesont pas
distingués
des porcs « normaux » aveclesquels
ils vivaient. Nousavons
cependant
observéquelques
accidents au début de cetteexpérience quand
nous cessionsbrusquement
la distributiond’antibiotique.
Par lasuite,
lechangement
derégime
a étéprogressif (i semaine) et aucun acci-
dent ne fut
plus
observé.On a
parfois
émis descraintes,
selonlesquelles l’usage
des antibio-tiques masquant
le manque de rusticité de ces animauxchétifs, pertur-
berait la « sélection naturelle » etpourrait
amoindrir la « constitution » dutroupeau.
A notreconnaissance,
aucune preuveexpérimentale
n’a étéapportée
àl’appui
de cette thèse surlaquelle
nous avons émis lesplus
sé-rieuses réserves
(FÉVRIER,
VACHEL 1953,F’ R A N ç OIS , 1957 ).
Parmi lesporcelets
chétifs ainsi sauvésgrâce
auxantibiotiques,
nous avonsgardé
un certain nombre de femelles et nous les avons fait
reproduire.
Cetteétude est en cours.
4 0
Au
point
de vuepratique :
.’- la croissance de ces animaux
chétifs, d’aspect misérable,
devient sensiblement normalequand
ilsreçoivent
les dosesprécitées
d’antibio-tiques, d’auréomycine
enparticulier.
Leur extérieur devient assezrapide-
ment
sain,
et à la fin del’expérience,
ils ne sedistinguent
pas d’animaux ayant été sevrés dans des conditionsnormales ;
- l’indice de
consommation,
bienqu’élevé
pour des animaux dece
poids,
reste tout de même à un niveauraisonnable,
voisin de celui que l’on observe au cours del’engraissement
20 à 100kg.
Il n’a donc rien deprohibitif ;
- la valeur commerciale de ces animaux est
pratiquement
nulleau
départ.
Il est même sage de les sacrifier car ils sontfréquemment
laproie
de ce que FERRANDO et GORET ontappelé
le « microbisme de la por- cherie et leurengraissement
devientlong
et coûteux. Or,l’ingestion d’antibiotiques
leurpermet
de devenir des animauxapparemment
nor-maux, subissant sans accident un
engraissement
normal. I,a rentabilité del’antibiotique
est dans ce casincontestable,
ainsi que nous en avions émisl’hypothèse
en 1953(V A C HEL , FÉVRIER).
RÉSUMÉ
1
0 Des
porcelets chétifs,
sevrés à 8 semaines à despoids
variant de5 à 10
kg,
ont été soumis à desrégimes
contenant parkg
20 mg depéni-
cilline ou 40 mg
d’auréomycine.
Ils ont été observésjusqu’à
35kg.
2
° La mortalité des animaux recevant des
antibiotiques
a été moinsélevée que celle des témoins : 27p. 100pour les
témoins,
22p. 100 avec lapénicilline,
8 p. 100 avecl’auréomycine.
3
° La stimulation de croissance a été nette
( II
p. 100 avec lapéni- cilline,
23 p. ioo avecl’auréomycine)
etsupérieure
à celle que l’on cons-tate
généralement
avec des porcs normaux.4
° I,’indice
deconsommation,
bienqu’élevé
pourdes jeunes animaux,
n’est pas excessif
( 3 , 59
pour lapénicilline,
3,35 pourl’auréomycine).
Onpeut donc considérer rentable cette
technique, qui permet
d’obtenir unporcelet
apparemment normal àpartir
d’un animal sans valeur et fré-quemment
sacrifié.Reçu pour pubtication le 8 février 195 8.
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