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ONLY
quatrièmf:
année -
n» o- "^ -~
r-" livraison.
aUC)
LE COSTUME -5
AU THÉÂTRE
Texte Illustrations
MM. MOBISSON. '^^^]^^^^? ""•
LI£BÈGUE.RENE-BEN'OIST.
--^^>^ MESPLES,
CtC.ADRESSER TOUTES LES COMMUNICATIONS CONCERNANT LA RÉDACTION A M. MOBISSON, A l'opÉRA Pourtoutcequi concerne l'Administration,s'adresser à M. Liivv, i3, rueLafayette.
SALAMMBO
OPÉRA EN
CINQACTES
ETSEPT TABLEAUX
d'après le roman de
GUSTAVE FLAUBERT,
parM. CAMILLE
DULOCLE
MUSIQUE
DE M.ERNEST REYER
Représenté pour
lapremière
fois, sur le théâtre de laMonnaie,
à Bruxelles,le 10
Février iSgo
DISTRIBUTION
Salammbô
M"™ Rose
Caron.Taanach . .' .
Anna Wolf.
MiUho
MM.
Sellier.Shahaharim .
VergneT.
Hamilcar
Renaud.
Spcndius
Bouvet.
Narr'Havas Sentein.
Giscon. .
Peeters.
Anlharite
Chaillet.
Violemment
discutéà son
apparition,en
1862, leroman de Gustave Flaubert
estaujourd'hui considéré,
à juste titre,comme un
véritable chef-d'œuvre. On demeure frappé de stupeur en présence du gigantesque labeur
et
de
lapuissance d'imagination qu'a
exigésun semblable ouvrage,
et saisid'une profonde admiration devant
cettecurieuse
et colossaleépopée,
ce stylemerveilleux,
cettemagique
reconstitutiond'une époque
etd'une
civilisation à'peu près inconnues
jusque-là.Il fallait
un grand courage pour oser toucher
à cetteœuvre magnifique
et laréduire en
livret d'opéra.Théophile Gautier
avait reculédevant
cette entre- prisetéméraire. Plus audacieux, M. Camille du Locle
n'apas
hésité à la tenter,1890-91 g
[Kf^
\j'\
.^C;
sur
laprièrede M. Reycr, qui
s'était éprisdmlB
UèTfti'Tjassionpour
l'étrange etmy^ftiquelrUc
d'H'amilqar,/" f^^ //""^. "^"""^ ^'^ f
A|r-dii
Lbble
a sliélaguer avec ;béâu^pup
d;}iabilcté|tout ce^qiiine pouvait entrervdahsJe dédre
d"uoopér£r^-etbn'nc psutqueMui'^aresser ëe^^logei'pour
la
façon dont
il a bâti et relié entre elles lesdiverses scènes de son
livret.Les exigences
sccniques^-ne- Ipi .ont«;,rnaIhe«reusementp^s .permis de conserver
intact le caractère
énigmatiqûe de
laSalammbô de Flaubert. Sa
viergecartha-
ginoise" différétrop sensiblement Morcelle du^grand romancier-poète
;,dje.a
tropconscience de
ses actes, elle"e§t trop--ftûmaine;
le séduiisanfrct-poétique mystère dont-Fkubert-Farart enveloppée
n'exi5Te"ptûs;là' céîe'sTe"âppaTîfîoirâ'fait
place a une femme.
, ,.„Mj Idu XJPÇle.à
'eriçore..accentué .c^tte.fàclaeuse-transfbroïi'atioa, -eni»odi-
fîant,
sans
utilitéscénique,
ledénoûment de Flaubert. Au
lieude tomber morte, de douleur, de honte
et 'de femo'rdS,à
lavue
tiumartyre de Mâtho,
laSalammbô de M. du Locle
seplonge un couteau dans
la poitrine,comme une vulgaire héroïne de rnélodrame.
Voici,
sans
tenircompte
du.roman, une brève
arialysedu
livret :L'action se
passe à Carthage,
l'an240 avant Jésus-Christ, pendant
la.,',••"
j' • •^'''-Ml-'
' • -1 •' •'
V ' - .",'''''', ' " . '' ' '^'"V.'' terrible
guerre des
rtiercenairesqui
suivit lapremière guerre punique.
PREMIER TABLEAU. —
Les jardins d'Hamil^ar, à Mégara, faubourg de Carthage.Au
fond, une grande terrasse, d'oùTon
descend parun
large escalier. Au-dessus de la ter- rasse, le palaisd'Hamilcar.A
droite, da^s-lejointaifi, Carthage.Les Carthaginois
n'ontpas encore payé
lasolde des
soldats.mercenaires
quiviennent de combattre pour eux
et leur otfrent,pour tromper
leurimpatience, un
festin-dans
les jardins d'Hâniilcàr, absçiitde Carthage.
Autour des
tables,chargées
de.mets
etde
vins-capiteux,sont groupés Libyens, Numides, Gaulois, Grecs, Égyptiens, Syriens,
et leurs chefs,Mâtho, Narr'Havas, Antharite;
l'orgieest à.son comble.
Les
esclavesd'Hamilcar, enfermés dans
l'ergastùle,implorent
lesmerce-
naires;-Matho.
délivre les-prisonniers.Parmi ceux-ci
setrouve un Grec, Spendius, qui
jureun dévouement sans bornes à son
libérateur.'- '' 'Cependant,
excitéspar
lesfumées de
l'ivresseefpoiassés'par-Spendiûs,
les
mercenaires dévastent
les jardins etsedisposent à incendier
le palais, lors-que
lesportess'ouvrent
etSalammbô
paraît,précédée d'une longuo^théôrie de
prêtresde
Tanit,vêtus
de,blanc.La
liiled'Hamilcar calme
lesmercenaires,
et.pour
scellerlaréconciliation,elleoffreàMâtho une coupe dq
vin.Narr'Havas,
saisi
d'une fureur
jalouse,frappe Mâtho de son poignard
et s'enfuit.1 andis que Spendius panse
lablessure de son sauveur,
celui-ciGonteniple
avec
ivresseSalammbô., qiU
s'éloigne et disparaît.:'
-Mais, rarniéexartharginoise
accourt, prev.eniie^de la'févoltedeS merce-
naires,-
qui
chbiéissènt aussitôtMâthô çorrtme chef suprême.
^DEUXIEME TABLEATT.—
L'enceinte sacréedu
temple de Tanit, sorte de parvisombrage
par'un
grand cèdre et entouré deportiques'.Au
fond, s'élève le sanctuaire de lad^çsscfjlyomdeset tréjiLeds
pu
^brûlentdes parfums.-
-•'''}C'est
dans
cesanctuaire
qu'estdéposé
lezaïmph,
le voilesacré de
-Tânit,considéré comme
lasauvegarde de Carthage. Nul,
savif legrand
prêtre.Sha- habdr'imyîlé
petittduchef.
a cevoue sans
s.exposer a
un,emort certame.
.,_,.,..^-
Pendant
qu.ele^.prêtresaccomplissent
les rites sacrés,Salammbô
pénètre-dans
le.sanctuaire.Un pressentiment
rayertitqu'un danger menace
lezaïmph;
elle vient confier ses craintes
à Shahabarim
et lesupplie de
luimontrer
ie voile.Le grand
prêtre,indigné,
refuse et laisseSalammbô
seule..
La. jeune
fiJIene
setrompait pas
: lezaïmph
esten
péril.Spcndius
etMâtho sont venus pour dérober
le voile,dont
la pertemettra Carthage à
lamerci des mercenaires. Mâtho
hésitecependant à commettre
ce sacrilège ;mais
l'ardent désirque Salammbô
vientd'exprimer au grand
prêtre faittomber tous
lesscrupules du chef barbare. Salammbô brûle de contempler
le voile sacré;Mâtho
se précipitedans
le sanctuaire, eti;'.eparaît,quelques
instants,après,
couvert du zaïmph. •;.:.
:'.':/
Salammbô
croitd'abord voir un jeune
dieu,descendu sur
la terrepour
exaucer
. sesvœux,
etsupplie Mâtho de s'approcher
d'elle. Elleapprend
bientôt lavérité, et
repousse
le sacrilègeavec horreur.
,
Accourus
à ses cris, lesprêtres effarésveulent s'emparer de Mâtho
;mais quiconque aura touché
levoilede
ladéesse
estvoué à
lamort,
et, ainsipré- servé par
lezaïmph,
lechef des mercenaires
s'éloigne,emportant
le voile sacréde Tanit,
lepalladium de Carthage.
TROISIÈME TABLEAU. —
Le Conseil des anciens : le sanctuaire du temple deMoloch
; au fond, la statuedu
dieu à tète de taureau, élevée surun
piédestal, auquel on accède par plusieurs marches.Tanit
adétourné
sa facede Carthage;
lesdieux
restentsourds
au.K pHèi"es,' et lesanciens ne savent que pleurer sur
lesmalheurs de
la patrie.Mais Hamilcar
estde retour;
ilranime
lescourages;
et,malgré
leurhaine pour
le sufîète invincible, lesanciens
luidécernent
la dictature.'->
QUATRIEME TABLE.\U. — Lq
terrassedeSalammbô,
d'oùTon
aperçoit Tacropolede Carthage, ses temples, et, à l'horizon, lamer.
Le
soir...
'Hamilcar
est parti,à
la têtede son armée, pour
livreraux mercenaires un&
bataille décisive,d'où dépend
le sortde Carthage.
..-•-Salammbô, perdue dans de sombres pensées,
seconsidère comme complice
de
l'exécrable ravi*seup,qu'elle voit toujours,s'avançantverselle,
telqu'un
dieu.—
4—
Si le voile était
reconquis, Hamilcar
seraitvainqueur, Carthage
seraitsauvée,
et l'idéedu
sacrifice vient àl'espritde Salammbô. Shahabarim achève de décider
lajeune
vierge :«Va,
lui dit-il, souriante,avec
taplus
richeparure;
je te condiiirai
jusqu'à
latentede Mâtho,
et le voile sacré te serarendu.
»La
nuit est
venue,
lalune apparaît au-dessus des
flots, etSalammbô, vêtue de
saparure
nuptiale,quitteic
palaisd'Hamilcar.
CINQUIÈME TABLEAU. —
La tente deMâtho
:un
lit, une table, quelques sièges, trophée d'armes au milieu duquellezaïmph
estcaché sous une peau de lion; au fond, large ouverture dont les rideaux sont relevés et par laquelle on voit lecamp
des mercenaires.Salammbô,
voilée,conduite par Shahabarim
déguisé, se fait introduirecomme
transfugede Carthage.
Restée
seuleavec Mâtho,
la filled'Hamilcar
rejette ses voiles etréclame
le
zaïmph au barbare. Mâtho,
ébloui,subjugué, tombe aux genoux de Salammbô,
lui ditson ardente passion
et sessouffrances;
ilimplore un
regard,
un mot d'amour;
et la vierge,éperdue,
défaillante,oubliant
samission, s'abandonne dans
lesbras du mercenaire.
Tout
àcoup des
crisd'alarme
se fontentendre. Hamilcar
a surpris etincendié
lecamp des barbares. Mâtho prend son
épée, s'élancedans
lamêlée.
Salammbô s'empare du zaïmph
et s'enfuit. '"-SIXIEME TABLEAU. —
Lechamp
de bataille, jonché de morts; au fond, lecamp
mercenairedétruit, dont les rainesfument encore.
A
l'extrême lointain, Carthage.Hamilcar, vainqueur, contemple orgueilleusement son ouvrage.
Salammbô s'avance vers
lui, pâle etcouverte d'un long manteau
noir;d'un grand
geste, elle écarteson manteau,
et l'on voit lezaïmph
brillersur
sa poitrine.Les
prêtres et les soldats,poussent des
crisd'enthousiasme.
Narr'Havas,
qui aabandonné
lesmercenaires au début de
la bataille etdont
la défection acontribué
à la victoiredes Carthaginois, demande, comme
prix
de
sa trahison, lamain de
la filled'Hamilcar.
On amène
les prisonniersjqui
sont traînésau
supplice. Seul,Mâtho
doitvivre un jour encore, pour
voir,en
expirant,Carthage triomphante
etNarr'Havas épouser en grande pompe
celle qui délivrale voile sacréde Tanit.
SEPTIÈME TABLEAU. —
Les noces deSalammbô
: le forum de Carthage, avec ses colonnades, ses portiques etses statues.Au
fond, les.templesdes trois grandsdieux, dominés par l'acropole.Au
milieu du théâtre, la statue de Tanit, couverte du zaïmph.Des
prêtresapportent, devant
la statuede
la déesse,un
autelde bronze,
^vectout
l'appareildes
sacrifices. Et,au moment où
lafilled'Hamilcar descend
deson char de triomphe, accompagnée d'un
brillant cortège,Mâtha, îfmené
par des
gardes, est jetédevant
lautel et vienttombereaux pieds de Salammbô,
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Le Costume a-ioThcdu-e.
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Déjà,
legrand
prêtireShahabarima
saisi leglaive sacrépour
frapiK-rlesacri- lège;mais
lafouleveut que Mâtho
soitexécuté parcelle
qui délivra le/aïmph.
Salammbô prend Tépéc
ets'approche de Mâtho,
qui Icvcvers
elledes regards
pleinsd'amour. La
vierge faitun
effortsurhumain; son bras retombe;
elle
brandit
le glaiveune seconde
fois, et leplonge dans
sa poitrine.Mâtho,
brisant ses liens,s'empare de Tépéc,
sefrappe
etmeurt, en
tenantdans
sesbras Salammbô
expirante.La
partitionque M. Rcyer
a écrite sur ce livret est la réalisationcomplète du drame
lyrique,dans
le véritablesens de
cemot.
C'estune
suitecontinue de thèmes musicaux, enchaînés
lesuns aux
autres;il n'ya pas,dans
l'ouvrage,un
seulmorceau
détaché, ni cequ'on
appelleun
<7/r, ni duo, ni trio; tout cela estremplacé par une succession de phrases de déclamation lyrique
etpar des ensembles vocaux. M. Reyer
s'estuniquement
attaché à traduire les situationsdramatiques, sans
s'en écarterun
instant, et lessentiments de
sesperson-
nages.Suivant
laméthode moderne,
ces situations et cespersonnages
sontpourvus chacun de son
leitmotiv; lemotif
principalde
la partition, celui qui revient leplus souvent,
est lemotif
quisymbolise
lezaïmph.
' Cette partition, e]ui contient despages
fort belles, est assez inégale, et ladernière
partie,depuis
lecinquième
tableau, estde beaucoup
inférieure à lapremière. Dans
lesdeux
derniers actes, lesviolences de
l'orchestration, les sonorités brutalesremplacent
lapuissance
réelle et l'originalité,que nous avions admirées au premier
acte,dans
lechœur des mercenaires
et l'apparitionde Salammbô,
etsurtout au second
acte, qui est, jusqu'à lascène
entreSalammbô
etMâtho,
tout àfaitremarquable. Citons encore, comme une des pages
lesplus
délicieusesde
la partition, la plaintede Salammbô,
sur sa ter- rasse,d'un charme
trèspénétrant
etd'une poésie véritablement
inspirée.Dans
lascène du
conseildes
anciens, lesphrases d'Hamilcar
sont traitéesavec
largeur.•Les
trois dernierstableaux
sont, je le répète, la partie faiblede l'ouvrage;
ilsmanquent de
clarté,de
caractère etde
souttledrama-
tique, et
paraissent témoigner d'une production un peu
hâtive.M"'"
Caron a
faitune magnifique
créationdu
rôlede Salammbô,
quicon-
venait
admirablement
àson physique
etàson tempérament
artistique.Sa
dic- tion, ses attitudes, ses gestes sontmerveilleux;
c'est laSalammbô
idéale,etnulleautre
artistene pouvait incarner
aussicomplètement
l'héroïnede
Flaubert.Citons
ensuiteM. Renaud,
quiconduit avec beaucoup d'ampleur
etd'autorité
une
très bellevoix de baryton, M.VL
Sellier,^ergnet
etBouvet.
F.
MoBISSON.
'^
6^ROSE CARON
La muse
de Reyer.\'enue àson heurçfpeutrêtre
comme
précurseur —.a;lorsque
>]e publiccommence
à se deprendre de Topera « Charles
IX
»pour
incliner vers la Légeruie, plus'propice^à la
musique —
elle est l'Elfebrumeuse
desmythes du Nord
autantque
l'enigma- tique Vierge des contes-d'Orient.Plus
harmonieuse que
dramatique, c'est à tort qu'on a voulu, aprèsla retraitedela regrettée Krauss, lui décernerle titre obligatoire de « grande tragédiennelyrique» et lui mettre aux
mains
le sceptre de cette dignité vacante.Malgré
sa belle sincérité d'artiste et son entière probité de diction, nulle justement n'estmoins
tragi-que que Rose
Caron.Les -mouvements
de la passion lui sont presque interdits, car elle plane bien au-dessus dèsifaiblesseshumaines.
-,
.C'estune mystique
etune
hiératique.'Une
vaporeuseégalement:
elleest lacréature qui
marche
sur les herbes sanseneffleurer les pointes.Troublante
incarnationdu
Rêve, elle seradonc
le corpsvague
des héroïnes indescriptibles, entrevues par legénie
dans
lapénombre du
sàrnaturel : la Brunehild de Sigiird; la Valkj^n'edeWagner, ou
l'EisadGLbhengrin.
Elle serait encore, s'illé fallait,laNyssiaque Théophile
Gautier conçut,pour
leRoîCandanle. Redescendue
sur la terre, elle' peut être, dansle Cid,
Chimène,
qui touche encoreausablime
:on
ne trouvera point chez elle l'exal- tation ardente de Valcntine, ni l'amourhumain
de Marguerite; ellevous
déconcer- tera, parce qu'elle ne sent pointcomme
vous.Elle s'est appelée
Rose Meunier
avant d'entrer dans la carrière oij sesmoyens
vocauxbien plusque
l'instinct l'entraînèrent. Et, par sonmariage
avecun
des.accompagnateurs du
Conservatoire— un
de ceux qui contribuèrentbeaucoup
à ses premiers progrès—
elle était déjàdevenue madame Caron, quand
ellefit connaissance avec le public si spécialde la rue Bergère.Par une
coïncidence biensouvent constatéedans l'histoiredu
théâtre.Rose Caron
s'est révélée à la
minute
préciseoù
elle fut nécessaire (tel Frederick avec l'essordu
romantisme). C'estMarie
Sasse, l'émiiiente cantatrice, qui eut l'honneur de ladeviner et d'imposer,
pour
ainsi dire, aux directeursdelaMonnaie
l'élève qu'elle venait de former, alorsque M.
Reyer, en 1883, cherchait aux quatre coins de l'Europecelle qui devait être la Brunehild de sonadmirable Signrd.
MM. Stoumon
et Calabresi se défiaientfort, paraît-il, de cette belle et trop grande personne,aux
langoureusesallures decygne
dolent, qui les avaitpeu
séduits, l'année d'avant, aux concoursdu
Conservatoire. Ils sesouvenaientvaguement
qu'après deux:ans d'études dans la classe de Masset,
Rose Caron
avait obtenu son second prix de.chant, dans l'air dç's Puritains, et son premier accessit d'opéra, avec le Miscreri;
du
Trouvère.Mais
l'impression qui leur était restée de cette doubJerécompense -^
greflee, par
un
caprice ironiquedu
sort, surdeux
pages italiennes—
avait été assez tiède et s'accordait peut-être volontiers avec la cote assignée à la lauréate parun
critique parisien, déjà célèbre
pour
la placideassurance de ses jugements.— A
rappeler textuellement cette notice, ne fut-ceque pour
lasavoureuse curio- sitédu document
:Pas
b^ii'çOii^ tfè'/ùnipéTamei^t] 'Dialf'fim certain brio qui supplée à cette lacune^madame Caron
est destinéed
faire une bonne Falcon de province qui n'éblouira personne,mais
qui nedonnera
pas demécomptes
àses auditeurs. .1 Paris, je ne voisguère
sa place.Les
directeurs de la .Moriiialë, 'qùi/n'etâient point'd'eParjs,et qui n'avaient, ,pcr- sÔnjie'sous la rri,ain, jugèrent qu'on ppuy^iit ^peut-être « yoïp la 'place.» .de-madame Caron
à 'Bruxelles et-tcdèrcnt à là puissante-influence-'deMarie
Sasse, qui se portait garante d'elle. Et ce fut aipsi que, le 7 janvier 1884,Rose
Caron.débuta àlaMonnaîe
-f^ et
du même
cp up, devant la presse parisienne--^ dans]a.'première de Sigurd, ;:'.On
sait lesuccès qu'elïby obtintetquilasuivit;un
anpliis''tl^f'ii;''àParis hT-î juinfS85,quand
l'Opéra s'empara deSigurd
ht engageatcnit ekprès, sur le désir de l'auteur, les prfrt'ci^'adxintcr'p^rèlesde Bruxelles:mèsdamesCarOn
etBb.sHlàn,\IM.GresscctBcrardi.,11 fau,t rend^çe icijÇeJi.te justice à .M, Ernest.Reyer, que, dès la première rencontre, sa,Brunehild le.subjugua et qu'il lui .voiia,tout d^suite irn^^asSiqh qui ne S'est ppinr- 4cnien,^ie : le culte_
du
poète p.our sa -jyre.ctpour
lesr,son9(djviils,.qu'il en cv.oqaQ.,r^.Ce
fut ce culte qui devait lui faire dire par la suite .: «Salammbô
sera jouée laou
se;ra
mada^ie Caron
! d.,-.!! UÙ-a
tenu là-dessusparolc; et p'a^paseu à s'en.repentir.> ,A
peu
prèsseule, en effet, son élue pouvait se risquer à incarner Ja fille sacréedti sulTète Hamilcftr. Eh. vérité, lorsque Flaubert rêva
h
grandiose descente deSalammbô
surles degrés de l'EscalierdesGalères,-il dut avoir la majestueuse vision, drapée,devoiles et chargéedelpierreries, d'une figuré semblable.iiRose
Caron,-s'avan- çant, triste et hautaine, dans l'avenue des' Cyprès^ eritre l'es" -tables des capitaines« qui se reculent
un peu pour
la laisser'jiaés'e'r ».f "Elle restera inoubhable, l'impression. d<^ cette prenïiëfé entrée devant
une
salle frémissante.En une
seconde, elle avait réparé tous les lendemains de.S/,g-?/ri,^
c'est-à-dire ces quelques soirées
où Rose Caron
s'essaya naguère., à l'Opéra, dans leréper- toire d'è la'maison,
sans retrouver' 'letriomphe
de son début» Car, il faut bien le reconnaître, si Rachel, dans la Juive, etChimène,
dans le-Cidy lui avaient permis encore de faire apprécier cette conviction d'accent paroù
se.trahit son sensprofond de se5 personnages, la ^'^alentinedesHuguenots,
laCathcrined'Heniy
VIII, l'Agathodu Fre)'scliut\ et la Marguerite deFaust
l'avaient rejetéepeu
àpeu
loin detoutecompa-
raison avec lagrande
Gabrielle Krauss.-;.Les
Belges la goûtent pourtant dans tous ces rôles, et spécialement dans celui de Marguerite,où
ils la décrètent inimitable.Raison
de pluspour
qu'ilsnous
larendent etqu'ils,permettent ainsi à l'Opéra de
monter
à son tourSalammbô,
dont iln'eut pas la primeur,
Mais
voicique
quelques-uns prêtent àmadame Rose Caron
l'intention de quitter lascène, en pleine jeunesse, en plein talent, en
emportant comme, un
trésor le souvenirdu triomphe
d'hier. Jene
veux point.croire jusqu'ici à ce suicide prématuré....A
moins
pourtant que, parune
délicate pudeur,Rose
Çàrpti,saisietout cnseth- blc d'une terreur rétrospective et d'une indicible fierté,pour
avoir tenté d'animer lechef-d'œuvre de Flaubert^ ne veuille s'ensevelir
pour
jamaisdans
cette gloire et gagner ainsi lamême
épitapheque
l'héroïne mystérieuse : «Ainsimourut
la fille d'Hamilcar,pour
avoirtoudié aumanteau
de Tanit: »REN'li-BLNOIST.
8
—
NOS DESSINS
Madame ROSE CAR ON
(Sa/ammio).Premier acte.
— Robe
de satin bleu broché d'or, très peu décolletée et laissant les bras complètement nus.Diadème
de rubis, d'émeraudes et de turquoises retenantun
long voile jaune paille constellé d'or et orné d'arabesques. Bracelets et colliers formés de perlesblanches. ,
'
Troisième acte.
— Robe
de mousseline jaune, serrée à la taille par une ceinture de pierreries. Surla hanchetombe
une cordelière d'orà laquelleest attaché, pour retomber en traîne,un
manteau de satinvieux rose brodé d'or.Diadème
et bracelets..^ai,/:: ^'iiiiVii::' M.
SELLIER
(.Vii//(o). :....Plastron d'armes, en peau de crocodile.
Manteau
en grosse étoffe pelucheuse rouge anti- que, tenu parun large baudrieren peau de panthère. Pagne à l'éthiopienne en peau souple, repiqué de broderies vert clair et vert foncé.Cnémides
en peau de crocodile semblable au plastron. Sandales en cuir brut.Glaive court, à poignée d'ivoire; brassard de défense en airain, bordé de deux cercles d'or; bracelet d'or natif; dent d'animal (fétiche) pendant au bracelet supérieur; anneau.x d'oreilles en argent.
M.
RENAUD
(Hamilcar).Quatrième acte.
—
Coiffure de guerre, en acier, à visière ornée de saphirs.Armure
de cuivre, avec doubles lames retombant jusqu'auxgenoux.Tunique
vieux rose, couvrant à moitié une robegris perleaveceffilés gris et or. Vastepéplum
rouge et or. Bracelets d'argent ornés de pierreries.M.
BOUVET
(Spendhis).Tunique
gris perle, laissant voir la chemisesur la poitrine.Pagne
havane, attaché au cou parune agrafe d'argent. Bonnet phrygien.M.
PETE RS
(Gwcoh).Premier acte.
— Robe
bleue à filets d'or.Tunique
lilas attachée à la ceinture.Péplum
havane. Baudrier, ceintureet pattes de la tiare rouge et or. Tiare en forme de lotus. Brace-lets d'argent avec turquoises.
M.
GHAILLET
(Aniharite).Costume
de guerrier gaulois : casque ailé; armure d'acier ornée de clous; tunique gris perle,avec lanières de défense en cuir constellé de clous; pantalons à raies noires et blan- ches, serré au mollet par des lanières de cuir.Manteau
vert sombre.Mademoiselle
ANNA WOLF
[Taanach).Troisièmeacte.
— Robe
blanche à raies bleu ciel.Péplum
à raies gris perle et brun rouge. Voile blanc, retenu sur la tètepar une couronne en vieil argentornée de corail.Au
cou,
nombreux
colliers de turquoises, corail, perles blanches et perles noires. Bracelets etanneaux d'oreilles.
Une
Prêtresse de Tanit.— Costume
blanc etbleu, à larges manches. Coift'ure sacerdo-tale, blanche, à paitcs bleues.
Dans
son roman, Flaubert a décrit, dans leurs moindres détails, les costumas et lesparures de tous ses personnages. Il suffisait donc de s'en rapporter à ces descriptions pour nous rendre exactement les types coni,us par l'auteur. Les ressources du théâtre de la
Monnaie
ne l'ont pas permis, et les costumesexécutés à Bruxelles n'ont aucun caractère; ilssont
un
peu de toutes les époques etde tous les pays. 11 faut faire une exception cependant pour le costume deSulammbo,
au dernier acte, que nous n'avons pu reproduire dans nos planches, à cause de sa complication, et qui a étéexécuté à peu près exactement d'après un magnifiquedessin deM.
Bianchini.Nous
devons faire lamême
observation pour les décors, bien mal réussis par les déco- rateurs bruxellois.Quelle merveilleuse mise en scène on nous donnerait à Paris, en nous restituant la
Salammbô
de Flaubert!Maison Quauliii. L.-ll. iMii,\,direcleur, î,racbaiul-BeiioU,'Paris. Le Oéranl : A. LÉvv.