à l’édition numérique
Interchangeabilité des politiques et nouveaux partenaires externes Charlotte Nikitenko
« Nous ne nous plaindrons (…) point de l’irrégularité des ouvrages de Mathématiques, qui est inhérente à la liberté absolue du savant. Une théorie nouvelle est bien plutôt la recherche que l’expression de la vérité, et si on pouvait la déduire régulièrement des théories déjà connues, elle ne serait pas nouvelle. Ce dont nous nous plaindrons, c’est que la pensée qui a dirigé l’auteur reste le plus souvent cachée. (…) Quand la concurrence, c’est-à-dire l’égoïsme, ne régnera plus dans les sciences, quand on s’associera pour étudier au lieu d’envoyer aux académies des paquets cachetés, on s’empressera de publier ses moindres observations pour peu qu’elles soient nouvelles, et on ajoutera : “Je ne sais pas le reste”. »
Evariste Galois(1811-1832)
Champ d’étude
L’édition dans son contexte socio-économique
Historiquement, le rôle de l’éditeur est de choisir, fabriquer et distribuer le livre selon les modalités d’une politique éditoriale qui rejoint un projet intellectuel : la volonté de transmettre un savoir scientifique, une expérience exemplaire, ou encore le plaisir pur des mots à travers la poésie ou le roman.
Cette politique se situe entre une idéologie, celle du texte, et une nécessité, celle du profit.
Cet équilibre entre idéologie et nécessité s’est relativement bien maintenu jusqu’à une date récente, permettant la diversité des entreprises, des savoirs et des publics, et le respect d’une qualité éditoriale faisant de chaque livre un objet culturel de référence à part entière dans son domaine. Cependant, depuis les années 1980, le paysage éditorial français ne cesse de se modifier.
« [L’édition] s’est radicalement transformée dans les dernières années. Pays après pays, elle est passée d’un stade relativement artisanal de type XIXe siècle à une industrie dominée par les grands groupes, des conglomérats exerçant toutes sortes d’activités dans l’industrie du divertissement et de l’information » [SCH 99].
Profitant de leur capital qui provient d’activités diverses ayant de près ou de loin un lien avec l’information, la culture, le savoir (vocations premières de l’édition), ces grands groupes absorbent des structures d’édition indépendantes, lesquelles, pour survivre face à la concurrence qui façonne la demande, se trouvent contraintes de faire évoluer, voire de changer radicalement leur politique éditoriale dans le sens d’une inversion des logiques de marché.
Les pressions des grands groupes affaiblissent la production du point de vue qualitatif en continuant de sous-estimer avec acharnement le lectorat.
L’éditeur ne peut plus faire valoir des arguments en faveur d’une production plus diversifiée, de qualité, ou encore du maintien d’une démocratie culturelle au nom de la défense d’une certaine indépendance culturelle. Face au monopole des conglomérats qui ne permettent plus de politique dite de « compensation » (un titre destiné à un public restreint, à un modeste tirage et à de faibles espoirs de vente à court terme, n’est plus soutenu par un best-seller), l’éditeur est aujourd’hui plus un gestionnaire qu’un intellectuel. Et cette tendance, confirmée dans les pays anglo-saxons, gagne l’Europe. On peut déplorer les failles croissantes du métier d’éditeur en constatant que celui-ci a de moins en moins son mot à dire, tandis que s’accroît la médiocrité de la production au mépris du lectorat.
L’édition, secteur qui représente une part infime dans l’économie générale d’un pays (environ 14 milliards de francs de chiffre d’affaires pour la France), abandonne peu à peu sa vocation de prestige pour rivaliser avec des partenaires qui deviennent des adversaires de taille dans un jeu qui est loin d’être équitable et pertinent. Tout ceci est pour le moins déroutant. Est- ce à dire que certains livres, certains genres, certaines idées et certains débats n’ont plus leur place car des financiers tout puissants jugent qu’un type de lectorat, culturellement et intellectuellement exigeant, n’existe plus ? Ou bien, dans le cas contraire, que celui-ci est si réduit qu’il ne mérite pas qu’on le nourrisse, qu’on le soutienne, qu’on l’entretienne ?
L’alternative technologique
L’internet constitue une alternative à ce système vicieux de production.
L’éditeur allemand Klaus Wagenbach écrit dans son catalogue : « les petites maisons ne sont pas peuplées d’experts en marketing. Elles sont menées par des gens qui font des livres, animés par la passion ou par la force de leurs convictions, et certainement pas par la perspective de profit […] Si les livres à petit tirage disparaissent, c’est l’avenir qui est compromis. Le premier livre de Kafka a été tiré à 800 exemplaires, et celui de Brecht à 600. Que se serait-il passé si quelqu’un avait décidé que ce n’était vraiment pas la peine de les publier ? » [SCH 99]. Car c’est bien à l’avenir des titres à tirage restreint, voire confidentiel, et à rotation lente que l’on doit s’intéresser. Ouvrages dont la difficulté est d’amortir les coûts de fabrication, de définir la mise en place et de cibler la diffusion, en misant sur un système optimisé d’information et de mise en relation des publics concernés. C’est là qu’a lieu une nouvelle donne.
L’importance de l’internet pour la diffusion de l’information entre en jeu.
Autour de ce réseau qui se démocratise, on trouve une constellation d’inventions technologiques – de la production à la lecture – qui permettent la diffusion d’une information contrôlée, protégée, peu coûteuse à long terme pour l’entrepreneur et à court terme pour le client, ici le lecteur.
Les outils requis varient en fonction des maillons de la chaîne de production. Dans un premier temps, il s’agit de mettre en place un site, lieu virtuel où se tient l’entreprise. L’organisation des données et leur présentation sont assurées par différents outils. La solution Microsoft (serveur web IIS qui s’interface avec SQL server ou Oracle, le langage ASP, ActiveX) propose des outils technologiques pour l’internet qui permettent de mettre en place un site, d’organiser les données, de rendre les pages dynamiques et interdépendantes. Le langage informatique de base HTML peut être complété par Java Script pour la dynamique des pages web.
S’ajoutent aussi des applications multimédias de type Flash 4, Real audio, Real video ; tout cela pouvant être mis en place grâce à des outils générateurs de codes (Dreamwaver, Front Page).
Il existe aussi une solution standard et gratuite : Apache (sous Linux) est un serveur http qui s’utilise avec les langages Perl, PHP ou Java. Il s’interface avec les bases de données de type MySQL. Un autre langage se développe : il s’agit du WML (protocole WAP) qui permet entre autres le transfert des données sur les téléphones mobiles.
Après la construction du site, des modules s’ajoutent en fonction du type de contenu et de services diffusés par le site (gestionnaires de mailing list, fichiers au format PDF, etc.). Pour chaque type de fichier, les droits en écriture, lecture et exécution sont définis par l’administrateur du serveur.
De nombreuses solutions existent pour éditer un site, organiser et présenter les données, enrichir les contenus et optimiser la navigation : la gestion d’un site est assurée par des outils performants destinés à être maniés par des ingénieurs.
Le livre ou l’article présente des caractéristiques nouvelles lorsqu’il est diffusé via le web. Il peut se présenter sous forme de fichier au format PDF chargé sur l’ordinateur de l’utilisateur. C’est un mode d’acquisition rapide (quelques minutes par le courrier électronique) et généralement peu coûteux. Le logiciel Adobe Acrobat permet à l’éditeur de convertir tous les documents au format PDF (Portable Document Format) avec leur apparence originale conservée, puis de les diffuser pour visualisation ou impression sur n’importe quel système informatique. Ce logiciel permet d’annoter et de protéger les documents électroniques. Il simplifie l’ensemble de la publication, de la conception à la production. L’utilisateur, quant à lui, doit se munir du logiciel associé de lecture, Acrobat Reader, afin de visualiser et d’imprimer le document téléchargé. Converti dans ce format, le document ne peut être modifié.
L’utilisateur peut décider d’imprimer son livre et de le façonner comme il le souhaite. Un schéma d’imposition peut être fourni avec chaque livre numérique afin de faciliter l’assemblage pour le lecteur. C’est la possibilité pour l’utilisateur de se constituer une bibliothèque d’ouvrages physiquement personnalisés au coût qu’il souhaite.
L’utilisateur peut aussi bénéficier de l’impression à la demande. Les imprimeurs numériques (comme DupliPrint) impriment les ouvrages à la demande ; ils distribuent l’information pertinente à la personne adéquate, au bon moment. Ils assurent la réalisation des documents et leur livraison électronique ou physique grâce à des imprimantes de plus en plus performantes comme la Xerox DocuTech, adaptées à l’édition régulière et à petit tirage d’ouvrages en noir et blanc et qui remplacent avantageusement l’impression offset. Cette nouvelle technique d’impression permet de s’affranchir des étapes de production traditionnelles lors de l’impression : pas de film, pas de délai, pas de coût de calage. La Xerox DocuTech peut imprimer 135 pages à la minute avec une résolution de 600 x 600 points par pouce. Pour ajouter à la forte productivité de cette imprimante, notons qu’elle dispose d’un module de finition intégré incluant l’agrafage et le thermocollage, ainsi que des dispositifs de finition optionnels.
On constate donc que ce mode d’édition offre une multitude de choix quant au support pour une même base (le texte au format PDF). Plus qu’un aspect physique inédit, c’est la diversité des aspects que peut prendre un même livre sur la base d’une fondation unique qui constitue un concept innovant.
Quant à la lecture, elle peut se faire aujourd’hui via le livre électronique (e-book) dont les capacités de stockage sont énormes, et dont la complémentarité avec les systèmes techniques de téléchargement de fichiers proposés par le web est une grande force.
Les secteurs concernés
L’édition numérique via l’internet réduit considérablement la chaîne traditionnelle de production du livre : les coûts réduits, les délais raccourcis, l’archivage, la mise en relation de communautés très spécialisées, semblent être aujourd’hui des conditions nécessaires à la survie et à la diffusion de la production d’ouvrages spécialisés. C’est pourquoi, si l’on souhaite parler de l’internet au présent, il convient de délimiter d’abord le champ d’étude à l’édition spécialisée SHS (sciences humaines et sociales) et STP (éditions scientifique, technique et professionnelle). On constate que l’apport des nouvelles technologies constitue un enjeu stratégique pour l’édition spécialisée. Concernant les secteurs plus généraux (littérature, documents, livres pratiques), les entreprises en sont encore au stade expérimentale et font l’objet de débats qui se multiplient dans les journaux.
On sait que le web a d’abord été investi par les scientifiques pour construire, élaborer et communiquer le fruit de leurs recherches grâce à un système rapide et universel de communication. En fédérant des recherches pointues venant du monde entier, l’internet est devenu le point de ralliement d’un grand nombre de chercheurs, trop isolés par ailleurs dans leur spécialité. « Qu’elles émanent de sociétés savantes […] ou d’éditeurs commerciaux […], les revues de mathématiques, physiques, médecine, astronomie, etc. sont presque toutes proposées aujourd’hui en version numérique via l’internet. » [SAN 00]. Reed-Elsevier, Springer, Academic Press et Blackwell, pour les pays anglo-saxons, EDP Science et Masson pour la France, ont mis en place des versions numériques de revues. Les agences d’abonnement couvrent aujourd’hui entre 2 000 et 3 000 revues en ligne.
L’historien américain Robert Darnton, invite ainsi à fédérer les chercheurs en sciences humaines et sociales, car dans le domaine des sciences humaines dites « dures », l’édition d’ouvrages pose problème, mettant à mal l’avancée des recherches pour les chercheurs eux-mêmes.
Aussi, la diffusion optimisée de l’information d’un auteur vers un public désireux de partager son intérêt, de s’informer, de comprendre et de s’enrichir rencontre des obstacles. Constatant les conditions de plus en plus difficiles de l’édition d’ouvrages à petits tirages et à rotation lente, Robert Darnton s’intéresse particulièrement au domaine des sciences humaines.
Dans un article paru le 18 mars 1999 dans la célèbre revue The New York
Review of Books intitulé « The New Age of the Book » (« Le nouvel âge du livre »), il préconise le tout internet pour l’édition d’ouvrages de sciences humaines.
Le développement de la vie de l’entreprise : visibilité et productivité
L’internet concerne deux types d’entreprises. Les maisons d’édition traditionnelles peuvent se positionner sur ce nouveau média, soit parce qu’elles sont confrontées au problème des petits tirages coûteux et ne souhaitent pas pour autant renoncer à la publication de tels ouvrages, soit parce qu’elles désirent créer un secteur internet pour élargir leur visibilité et augmenter leur productivité, tout en veillant au problème de la concurrence interne qu’elles risquent de provoquer.
Le deuxième type d’entreprises, désigné le plus souvent par le nom de start-up, correspond à une entreprise jeune et innovante qui se positionne exclusivement sur le média internet. Elle choisit de diffuser le livre selon les modalités de production et de distribution du web et ne possède pas de catalogue de départ ni de fond propre à numériser.
On le devine, les enjeux ne sont pas les mêmes d’une entreprise à l’autre, d’un projet à l’autre. C’est pourquoi il convient d’être prudent et de ne pas généraliser trop hâtivement. Accélérer la vitesse de rotation d’un fonds existant en lui offrant une meilleure visibilité et une multiplicité de supports, adapter ces supports à l’information, valoriser l’image de marque, démultiplier les démarches publicitaires et les atouts commerciaux, créer une équipe spécialisée ou dédoubler les compétences du personnel en place, telles sont les préoccupations d’une maison d’édition traditionnelle. Se lancer sur ce nouveau marché pour augmenter la productivité tout en minimisant les investissements pose une série de questions. Peut-on puiser dans les ressources humaines acquises à l’entreprise ou doit-on se tourner vers de nouveaux métiers et créer de l’emploi ? Peut-on diversifier les supports et donc les services sans faire concurrence aux produits traditionnels ? Aujourd’hui, en France, la plupart des maisons d’édition traditionnelles généralistes, lorsqu’elles ont un site internet, ne proposent pas de service : quelques pages présentent la maison, voire une partie du catalogue, mais il n’est pas possible pour l’utilisateur d’accéder à des services de consultation de quatrièmes de couvertures, d’articles sur les nouveautés, ni d’achat. Les maisons d’édition traditionnelles spécialisées sont elles, en revanche, plus présentes : de l’achat d’articles via le téléchargement à des sites qui tentent de fédérer l’information au niveau national.
C’est que les peurs et les fantasmes face à l’internet gagnent les gens du livre. Dans un premier temps, ils ont méprisé et dévalorisé l’internet qu’ils
considéraient comme un gadget. Puis ils ont redouté la concurrence des supports et craint de voir disparaître leur métier. Aujourd’hui, on voit émerger ponctuellement des discours plus positifs et rationnels à mesure que le débat avance et que les expériences se multiplient : « Partout où nous cédons à la tentation de ne devenir que des prestataires de fabrication et de distribution, nous serons rattrapés par les nouvelles technologies. Il nous faut être plus éditeurs en amont et plus promoteurs en aval. Au fond, les deux pôles que ces nouvelles technologies ne couvrent pas, c’est la matière grise et la partie publi- promotionnelle qui sert à faire connaître l’existence des objets. » [NOR 00]. Cette vision rassurante du métier d’éditeur n’élimine cependant pas le problème du livre en tant qu’objet et celui, de caractère sociologique, des habitudes de lecture qu’on propose au lecteur de changer : y a-t-il concurrence entre l’écran et le livre ou peut-il y avoir association ? La lecture peut-elle être multiple ? La production doit se référer à ces questions et adapter les supports au contenu.
C’est ce qu’entreprennent certaines start-up. La production de contenus (article, livre) doit trouver un support adapté. C’est alors qu’il faut agir en termes de sectorisation et d’association des produits et des entreprises (partenariats) : tel ouvrage papier peut trouver son actualisation au sein d’une page-écran, par exemple ; tel autre, dense et au contenu fortement hiérarchisé, comme c’est le cas pour les ouvrages spécialisés SHS et STP ou encore pour les ouvrages scolaires et parascolaires (plusieurs niveaux d’information et de lecture, références bibliographiques multiples, renvois, exercices, etc.) doivent trouver la forme physique ou virtuelle la mieux adaptée. Telles sont les préoccupations des start-up pour une meilleure rentabilité, qui, par ailleurs, mettent en ligne des ouvrages appartenant au domaine public (par exemple, les classiques de la littérature française) et les diffusent à moindre coût. Car c’est un point essentiel : réduire les coûts de fabrication afin de réduire le prix du livre. Ce qui rejoint le propos d’Olivier Nora : l’internet propose des solutions de fabrication et de diffusion- distribution beaucoup plus rentables. Ce sont moins des solutions pour améliorer l’intérêt des contenus et les techniques de commercialisation, que des solutions pour réduire les coûts de fabrication et de vente que propose la technologie numérique. Car si les fonctionnalités du livre-écran proposent une large palette de navigation, le contenu intellectuel reste le même que celui du livre papier. L’hypertextualité est un atout à prendre en compte, mais elle est mineure par rapport aux enjeux financiers.
C’est là que se pose la question de la refonte des métiers de la chaîne du livre. Ces start-up s’interrogent différemment sur les besoins en ressources humaines : de qui ont-elles besoin ? Ces compétences sont-elles du domaine de l’acquis institutionnalisé ou procèdent-elles d’autodidactes ici et là
rencontrés au hasard ? Ont-elles besoin d’un éditeur traditionnel et d’un secrétaire d’édition ? Les métiers existent-ils ou sont-ils à créer ? Comment procéder ?
Il est nécessaire de revoir la chaîne de production, et de réaménager les compétences en se basant sur ce qui existe et en tentant de coordonner métiers traditionnels et nouveaux métiers, afin d’éviter toute confusion. Il y a des métiers liés à la technologie numérique et à ce qu’elle apporte de nouveau et de plus rentable ; et parallèlement, il y a les métiers qui ne changeront pas : ceux qui concernent les contenus (doivent-ils être diffusés, sous quelle forme, à qui, quand et comment ?)
L’exemple d’une entreprise innovante : 00h00.com
Présentation
00h00.com est une maison d’édition entièrement en ligne. Elle publie des textes en langue française, tous disponibles en deux versions, au choix du lecteur : exemplaire numérique ou livre papier. Le catalogue de 00h00.com se compose de titres inédits et de rééditions. Elle présente de nombreux critères d’innovation.
Premièrement, elle présente le nom, le logo et la qualification de l’entreprise : « 00h00 (zéro heure), maison d’édition en ligne ». « Zéro heure » signifie qu’il s’agit de repartir à zéro en concevant une entreprise inédite qui offre des services originaux. Pourquoi 00h00 ? « Parce que c’est un nouveau départ, explique son fondateur dans Livres Hebdo, et qu’il n’existe aucune tradition dans ce domaine. » Le logo toujours en mouvement, qui doit être apprécié lors de la connexion, sert à affirmer l’intention de l’entreprise : elle se veut évolutive, dynamique, réactive, à l’écoute quotidienne de la demande des utilisateurs et sollicitant leur participation. Ce rythme est adapté au support de l’entreprise : l’internet, réseau actif et interactif sur lequel un site ne vit que par l’échange rapide et constant entre les deux pôles que constituent sans intermédiaires l’offre (l’entreprise) et la demande (l’utilisateur). La dénomination de l’entreprise, « maison d’édition en ligne », fait appel à un nouveau concept d’édition qui, d’un point de vue éditorial, allie la tradition aux techniques numériques, et qui, par voie de conséquence, s’affranchit d’un point de vue commercial des contraintes de la chaîne économique traditionnelle du livre.
Le deuxième point innovant est la possibilité pour le lecteur ou l’utilisateur (les termes sont à adapter en fonction du type de service sollicité) de choisir la version dans laquelle il souhaite recevoir son livre : de façon virtuelle en version numérique (déchargement du fichier sur le disque
dur de son poste informatique) ou physiquement en version papier. Au-delà de ce choix, le lecteur aura entre les mains un livre dont l’aspect physique est original. Il peut s’agir de la version papier imprimée à la demande ; dans ce cas, le livre présentera des caractéristiques extérieures différentes de celles du livre qu’on trouve en librairie ; le lecteur peut aussi imprimer le livre téléchargé et choisir personnellement, et à sa charge financière, les modes de façonnage.
La troisième innovation concerne le dialogue qui s’installe entre le producteur et le consommateur ; il s’agit d’une sorte de service clientèle en direct. En outre, les lecteurs peuvent échanger entre eux critiques et conseils, grâce à la mise en place de ce forum de discussion. Le dialogue direct entre le producteur et le lecteur, le lecteur et l’auteur, ou entre les lecteurs de divers horizons semble procéder d’un souhait de renouveler largement les possibilités de promotion et la qualité de l’information échangée entre les différents acteurs.
Enfin, le quatrième point innovant, qui découle directement du premier, est la possibilité pour le lecteur de créer un espace personnel, une sorte de site « filiale » de la maison d’édition, auquel l’utilisateur a accès depuis le site de 00h00.com. Ces sites personnels permettent à chacun de recentrer son intérêt sur un domaine spécialisé.
On peut dégager le caractère innovant de 00h00.com en envisageant l’interaction des critères suivants :
– l’abolition de la distance entre producteur et consommateur donne une nouvelle conception de la promotion, de la lecture ou de la recherche ;
– la concentration et la réduction de la chaîne de production produit un gain de productivité.
A l’aube de la dématérialisation des œuvres que permettent les nouvelles technologies, la politique de développement des éditions 00h00 s’appuie sur deux axes. Dans un premier temps, la maison met en avant son caractère innovant pour acquérir notoriété et légitimité ; dans un second temps, elle affirme son sérieux et insiste sur le poids de toute une tradition éditoriale sans laquelle elle ne serait qu’une sorte d’« extraterrestre » voué à l’éphémère. Car c’est grâce à cette tradition qu’elle souhaite être reconnue et considérée au même titre que les autres maisons d’édition, être un partenaire des grands éditeurs, se développer et évoluer sur le long terme.
Les partenaires extérieurs de 00h00 sont des acteurs inédits dans le domaine éditorial :
– le développeur technique, Gyoza Media, est une société de production multimédia spécialisée dans la réalisation de sites internet et de titres
cédéroms. Une équipe de concepteurs, de graphistes et de techniciens assurent la mise à jour et la bonne ergonomie de la navigation du site de la maison d’édition ;
– Dupli-Print est l’imprimeur numérique de 00h00. Son rôle est d’imprimer les ouvrages commandés à la demande. Il assure la réalisation des documents et leur livraison électronique ou physique grâce à la Xerox DocuTech ;
– le Catalogue des Lettres et Bibliopolis sont deux maisons d’édition partenaires qui ont pour objectif de publier et de distribuer l’ensemble de la littérature française en texte intégral sous forme électronique (numérisée) à destination des bibliothèques, des institutions, des lycées et du grand public cultivé.
Par ailleurs, 00h00 développe des partenariats avec d’autres éditeurs comme Le Seuil, Flammarion, Calmann-Lévy, ou encore Odile Jacob. 00h00 leur propose d’expérimenter son site et tente ainsi de s’imposer comme un espace spécifique et professionnel où s’élabore peu à peu un véritable catalogue, aussi bien classique que contemporain.
Enfin, 00h00 a développé plusieurs partenariats avec différents acteurs du web afin de promouvoir son site dans un système d’échange propre à la philosophie internet, tels que la Fnac pour la réédition de textes épuisés, Atos, Yahoo, Interneto, le Web marchand, Acheter.net, Neworkshop, etc.
Ces partenaires proposent des liens vers le site de 00h00 ou l’achat depuis leur site. Ils touchent des commissions sur les ventes ou bénéficient d’avantages d’hébergement selon les contrats.
Grâce à tous ces partenaires, 00h00 peut développer autour de l’édition et de la diffusion d’ouvrages inédits, une activité exclusive de libraire en diffusant les ouvrages du domaine public et ceux d’autres éditeurs sous la forme d’une édition seconde.
La modification des pratiques éditoriales
Tandis que le livre traditionnel sur support papier répond à la logique de l’offre, les publications en ligne répondent à la logique de la demande. La chaîne éditoriale s’en trouve alors profondément bouleversée. L’immatérialité du produit, rendue effective grâce aux nouvelles technologies, entraîne une réduction des délais de production et une baisse sensible des coûts, puisque les outils de gestion des données permettent désormais de réaliser des éditions multisupports à partir de la même base.
Soumission traditionnelle du manuscrit par voie postale ou échanges électroniques exclusivement
p Editeur
p
Editorial : mise au point du texte
– Gestion des informations (veiller à la qualité des saisies ou récupérations initiales/contrôle de transmission et d’entrée dans les bases)
– Numérisation
– Reconnaissance de caractères – Stockage
– Création jeu de maquettes – Préparation feuilles de style – Relecture
– Correction – Conversion PAO
– FrameMaker/PageMaker/QuarkXPress – Mise en page PAO
– Insertion des corrections
– Préparation du format d’imposition
Mise en ligne et hébergement : distribution numérique – Création livre numérique
– Table des matières interactive – Fenêtres de repères interactifs – Couverture numérique
– Enrichissement type notes interactives
– Création des éléments HTML pour mise en ligne – Suivi de production et contrôle qualité
Mises à jour
Fabrication du livre papier à la demande – Papier intérieur/couverture
– Façonnage
p
Distribution par voie de livraison postale
Figure 1. Les grandes étapes de production d’un livre (schéma d’après Jérôme Encrevé, webmaster chez 00h00) FRAISVARIABLES––––––––––––––––––––––––– FRAIS FIXES ––––––––––––––––––––––––
On constate que l’électronisation a engendré une mutation des processus de production et de diffusion du livre : avec le réseau, les frais de diffusion ne sont plus à la charge du producteur, mais à celle du lecteur. Ces potentiels sont deux agents modificateurs actifs de la chaîne traditionnelle de production et de diffusion des contenus.
En s’affranchissant des contraintes physiques de distribution, c’est l’ensemble du marché international qui s’ouvre à 00h00.com. Le paradigme énoncé par Jérôme Encrevé est « petit, mais mondial », c’est-à-dire que de tels produits touchent un public restreint (à peine 2 % d’internautes en France et seulement 7 % parmi eux d’acheteurs en ligne), mais à l’échelle mondiale.
Par ailleurs, les techniques nouvelles permettent la création de produits inédits qui ne sont pas de simples duplications de produits préexistants.
On le voit, l’économie de l’activité éditoriale se trouve modifiée par l’absence de stocks. La publication d’ouvrages dont les perspectives de vente se limitent à un petit nombre d’exemplaires devient alors acceptable grâce à l’édition en quantité limitée et à la demande qui donne une grande flexibilité à l’édition numérique.
Les nouvelles technologies permettent à 00h00 de se positionner sur un nouveau marché dynamique et de développer des synergies et des associations entre édition traditionnelle et édition numérique. L’édition électronique correspond à un gain de productivité dans la chaîne de l’information. Les baisses de coût intéressent les trois phases de la circulation de l’information : production/diffusion/consultation.
Afin de mieux comprendre l’avantage que constitue l’édition numérique du point du vue économique et des délais de production, voici, présenté sous forme de tableau comparatif, les étapes nécessaires à la fabrication.
Chaîne numérique du livre Etapes de réalisation
Coûts engagés
Chaîne traditionnelle
du livre
Téléchargement Impression à la demande Prémaquette, gabarits
Maquette standard Texte
Achat de texte/Droits d’auteurs Documentation
Traduction
Réécriture
Préparation de copie Corrections d’épreuves Maquette
Création lignes de code Enrichissement (interactivité)
Composition Transcodage
Mise en page/conversion au format Postscript ou PDF Flashage/Films
Illustrations
Recherche iconographique Frais de prises de vue/tirages Droits d’agence
Droits de reproduction Dessinateur
Illustrateur Infographiste
Numérisation des documents Photogravure (épreuves, retouches) Papier (corps d’ouvrage/hors-texte)
Couverture Maquette
Maquette standard Composition
Recherche iconographique Droits d’agence
Illustrateur Photogravure Support d’impression Régularité des mises à jour
Diffusion Information
Logistique
Définition de l’office Décision de tirage
Impression Imposition Montage
Calage (gâche et passe) Roulage (gâche et passe)
Impression couverture Montage
Calage (gâche et passe) Roulage (gâche et passe) Pelliculage
Façonnage Refente Pliage Assemblage
Pose de la couverture (thermo- collée, agrafée, cousue, reliée, etc.) Suppléments (signets, gardes, etc.)
Conditionnement Mise sous film à l’unité Mise sous film en nombre Mise sous caisse en carton Mise sur palette avec film plastique
Impression et pose d’étiquettes Distribution
VPC
Déchargement via le réseau Vente directe
Grande distribution
Librairies et autres points de vente
Bibliothèques Stock éditeur
Traitement des retours
Délais de fabrication de la remise
du manuscrit au lecteur 3 à 18 mois 10 jours 12 jours Coûts moyens impression
(Format 150 x 230, couverture quadri pelliculée, intérieur 228 pages, papier bouffant 90 g, dos carré collé)
150 exemplaires N/A 6 250 F
1 000 exemplaires 40 000 F 20 000 F
Poste inutile ou inapplicable Poste optionnel
Poste nécessaire
Tableau 1. Etude comparative des postes mobilisés pour la conception/fabrication/commercialisation
d’un livre papier et d’un livre numérique
Le support de diffusion internet constitue le fondement de pratiques éditoriales inédites. Le métier d’éditeur s’en trouve partiellement modifié : la station informatique constitue le support de travail essentiel et les partenaires techniques sont des agents nouveaux pour l’éditeur. Cependant, le travail de pré-presse reste le même : réception et lecture des manuscrits en comité de lecture, relation avec les auteurs jusqu’au BAT, préparation de copie, correction sur épreuves papier, bon à télécharger ou BAT ; on retrouve là tout le poids de la tradition éditoriale : les exigences sont les mêmes et l’expérience est nécessaire.
Ce qui a profondément changé, ce sont d’une part, les délais de publication et les coûts engagés dans la production d’un livre : tout est plus rapide et moins coûteux. L’éditeur n’est plus aux prises avec les contraintes de l’impression (frais de l’impression en nombre, décision de tirage, constitution d’un stock), de la diffusion et de la distribution via un libraire (il n’y a plus nécessité de gérer les mises en place et les retours).
D’autre part, l’aspect physique du livre n’est plus le même : il se décline selon des modalités diverses au choix du lecteur. C’est aussi ce qui est innovant : le lecteur est intégré à la chaîne de fabrication du livre, il participe à l’édition du livre et peut le personnaliser. Mais le rôle du lecteur au sein de la maison d’édition ne se limite pas à cela. Il devient un partenaire original
en participant à sa promotion. De ce fait, il est plus proche de l’éditeur et des auteurs, qui ont créé des espaces spécifiques pour qu’il s’exprime. Cette écoute du lecteur est un privilège qui tend à désacraliser la lecture et partant, à la promouvoir de façon plus large.
A partir de cet exemple qui met au jour la modification de la chaîne économique du livre, on peut recomposer l’organisation et la hiérarchie des métiers d’une maison d’édition en ligne.
Compétences et profils professionnels
Un nouveau métier : la réalisation et la maintenance techniques du site Une équipe intervient de manière ponctuelle pour bâtir les fondations de l’entreprise : le site. Pour cela, une multitude d’entreprises spécialisées se développent aujourd’hui. Ce sont les SSII (sociétés de services informatiques) et les agences de communication. Ces sociétés réalisent le site et en assurent la maintenance technique. Elles peuvent s’apparenter de façon imagée à une agence d’architecture et à leurs fournisseurs : maçons, peintres, plombiers, électriciens. Elles disposent d’un cahier des charges préalablement élaboré par le client (ici, l’éditeur secondé par la direction de fabrication et la direction artistique) qui comprend les consignes de réalisation (nombres d’interfaces, aspect esthétique et maquette, fonctionnalités souhaitées, feuilles de style, etc.). Les hommes au sein de cette entreprise sont des ingénieurs, des programmeurs, véritables techniciens dont le métier est d’exécuter les volontés d’un client qui souhaite développer son savoir-faire sur un support différent et diversifier la diffusion de ses produits. Quel que soit le type de contenu du site, ces ingénieurs sont en mesure de le réaliser.
Ils ne font pas partie de la future entreprise d’édition numérique et ne prennent pas part à la politique de gestion de l’entreprise ; ce sont des prestataires de services externes, à la pointe des nouvelles technologies, extrêmement spécialisés dans le domaine informatique et dont l’offre est très large : ils peuvent s’occuper à la fois de la construction d’un site personnel (quelques pages web, un minimum d’animation, très peu d’investissement, un système de maintenance simple et peu coûteux) et de l’élaboration du site d’une grande entreprise dont l’investissement peut représenter cinq millions de francs, avec de nombreuses pages web, des applications multimédias, la mise en place d’une banque pour le e-commerce, etc. (les opérations de maintenance sont quasi quotidiennes pour ce type de site à gros budget).
Redéfinir les politiques traditionnelles
Avant d’être une entreprise sur l’internet, la structure dont nous parlons est une maison d’édition. En tant que telle, elle ne peut se passer de professionnels qui ont une expérience dans le domaine éditorial, c’est-à-dire dans la diffusion de contenus. Cette expérience sert nécessairement, même si certains processus doivent être révisés et adaptés au regard du support de production et de diffusion. En effet, la gestion du temps et de l’argent diffère ainsi que le comportement du lectorat. Il s’agit de construire des politiques éditoriales et marketing innovantes en étudiant les paramètres du nouveau marché du numérique. Pour étudier ce marché, aucune compétence technologique n’est requise, les métiers existent depuis longtemps déjà.
C’est en amont et en aval de la chaîne de production du contenu (livre ou fichiers) que les politiques de l’édition sont le plus à redéfinir. L’éditeur, quant à lui, doit réévaluer le facteur risque et coût de ses publications.
Etudions, profil par profil, la possibilité d’interchangeabilité des compétences, c’est-à-dire la possibilité d’adaptation des métiers traditionnels au support numérique sans formation particulière. Ceci afin de démontrer que les nouvelles technologies sont au service de l’édition et qu’il s’agit d’éviter l’écueil contraire : l’édition au service des nouvelles technologies.
Parce qu’on ne peut faire de l’édition sans éditeur, que les contenus demandent toujours à être travaillés, contrôlés, ciblés, les compétences traditionnelles sont essentielles dans ce type de structure : il n’est pas question de faire table rase de l’existant. Nous parlons d’une structure productrice de contenus qui, quels que soient leurs supports, font l’objet des plus grandes attentions à tous les niveaux de la chaîne d’édition. Les autres contenus, diffusés de façon brute, ont toujours existé même s’ils sont plus nombreux aujourd’hui avec le développement de l’internet. Si ce média permet le développement de l’information brute, il permet aussi à l’information de disposer de cadres culturel, économique et juridique parfaitement viables.
La sphère éditoriale
Une aura médiatique et intellectuelle est attachée aux services éditoriaux, maillon le plus prestigieux de la chaîne économique du livre. Le directeur éditorial conçoit la politique éditoriale du domaine qu’il dirige. Il programme et coordonne la réalisation des projets. Il définit et propose à la direction générale de l’entreprise les grandes orientations de sa production et propose des comptes d’exploitation prévisionnels afin de programmer la vie économique d’une collection (plus rarement de chaque ouvrage) : il doit posséder un grand pouvoir de conviction pour faire accepter tel ou tel projet
d’ouvrage à rotation lente, dont l’auteur est peu connu, la forme du contenu novateur, le contenu lui-même pointu, le lectorat a priori restreint. Une fois le projet accepté, le directeur éditorial ou directeur littéraire doit faire confiance à ce qu’il juge culturellement digne de publication et économiquement viable : c’est ce que l’on appelle la gestion du risque éditorial. Les compétences et l’expérience rattachées à ce métier constituent le point de départ de la chaîne du livre ; s’il n’en est pas la clé unique – les services avec lesquels il interagit constamment participent au succès commercial ou à l’échec d’un livre – il n’en est pas moins primordial.
Au sein d’une structure éditoriale numérique, on voit que le risque éditorial est moindre : dans le cas d’ouvrages téléchargés ou imprimés à la demande, les questions du tirage, des coûts de stockage et de diffusion- distribution sont considérablement revues à la baisse, voire annulées. Sa tâche est alors moins de gérer un risque de pertes financières à court terme, que de faire progresser les ventes selon un schéma commercial adapté au média de production-diffusion qu’est l’internet. La vie économique d’un livre produit et diffusé sur l’internet peut se représenter selon un schéma économique différent de celui du livre papier produit traditionnellement. La vie économique de ce dernier pourrait se résumer ainsi : vendre beaucoup sur une courte période et, dans le meilleur des cas, réimprimer pour assurer un écoulement moyen mais régulier du produit ; tandis que la vie économique du livre numérique se résumerait actuellement par des ventes d’ouvrages faibles, mais effectuées à une échelle mondiale et, sur le long terme, de façon régulière. C’est donc en étroite collaboration avec les services marketing et commercial que doit travailler le directeur éditorial afin de redéfinir ses politiques dans le sens de l’élargissement de la production et de sa plus forte visibilité : en effet, les économies réalisées en impression, stockage, diffusion et distribution permettent d’investir davantage les secteurs commercial et promotion. Mais soyons prudents, l’élargissement de la production qui permet une plus grande liberté de choix parmi la pléthore de textes proposés au directeur éditorial ne signifie pas que les contenus ne font plus l’objet d’une sélection attentive, du moins ce n’est pas le cas si le directeur éditorial conserve, au sein de l’entreprise numérique, une position hiérarchique aussi forte que dans l’édition traditionnelle.
Autour de ce directeur de publication, on trouve les différents niveaux de réalisation éditoriale : le secrétaire d’édition, les correcteurs, l’iconographe, le documentaliste. Le secrétaire d’édition dispose de pouvoirs de décision finalement assez importants bien qu’occultés. En relation constante avec les auteurs, les services commercial et promotionnel, et le directeur éditorial en amont, avec les graphistes, les maquettistes, les conseillers relecteurs, les
illustrateurs, les documentalistes, les iconographes, les correcteurs et les fabricants en aval, il s’occupe de la réalisation physique de l’ouvrage et en contrôle la qualité (du point de vue du contenu et de l’aspect). Son rôle est essentiel, lié au processus même d’édition qui signifie contrôle des contenus diffusés, honnêteté des informations délivrées et adaptation au public visé.
Ses interlocuteurs (lecteurs, correcteurs, etc.) travaillent en étroite collaboration avec lui. Ces gens doivent avoir les compétences nécessaires à toute publication digne de ce nom. Que l’entreprise soit traditionnelle ou numérique, elle ne peut faire l’économie de tels profils. Certes, les maisons d’édition traditionnelles ont tendance à réaliser des économies en limitant d’abord ce type d’interventions, au risque de nuire à l’image de marque de la maison et à sa notoriété. Si l’entreprise décide de se passer de ces compétences, c’est à l’auteur d’élargir ses fonctions s’il souhaite donner à son texte une marque de sérieux relative à la qualité de l’information qu’il délivre, certes, mais aussi à la forme de ce contenu.
L’internet ne doit pas signifier systématiquement la démultiplication des tâches d’une seule personne. Si ce média permet de se passer de certains profils, le processus ne doit pas être systématique : un auteur n’est pas un secrétaire d’édition, de même qu’un webmaster n’est pas forcément un ingénieur et qu’un commercial n’est pas un directeur éditorial. Il faut établir des distinctions nettes entre les profils afin de ne pas tout confondre.
La sphère technique
Les services techniques des maisons d’édition interviennent dans la conception physique du livre en organisant les moyens pour parvenir à réaliser le livre, en tenant compte de tous les impératifs techniques, intellectuels, économiques, ainsi que des contraintes de temps. Ils sont en relation la plupart du temps avec des prestataires de service externes (photograveurs, imprimeurs, etc.). Dans une entreprise d’édition numérique, leur rôle est réduit, puisque leurs interventions auprès des imprimeurs font l’objet de négociations plus ponctuelles et souvent moins problématiques.
Par ailleurs, la question des délais est elle aussi réduite : tout est plus simple et plus rapide. L’unité de temps sur l’internet n’est plus l’année mais le trimestre. La production doit s’adapter au rythme de fabrication et de diffusion. Ils travaillent donc à partir de fichiers ready to plate, les copies et épreuves papiers sont donc réduites en nombre, ces étapes faisant l’objet d’échanges plus rapides (courrier électronique), parfaitement au point aujourd’hui sur le plan technique. Ils conservent les prérogatives liées à la fabrication : choix du papier intérieur et de couverture, de la typographie, de la technique de façonnage (tous ces éléments concernant les cas d’impression à la demande). Les techniques d’impression offrent aujourd’hui encore peu de
choix, malgré leur bonne fonctionnalité, par rapport à la palette que propose l’impression traditionnelle offset. Les entreprises d’édition numérique sur le marché actuel tendent encore à simplifier : justification adaptée à la fois à la lecture écran et à la lecture papier, taille réduite des caractères, papier de faible grammage, façonnage simple (dos carré collé). Mais les politiques de fabrication font de plus en plus l’objet de questionnements et s’acheminent vers la diversification avec le développement des outils imprimants.
Les imprimantes numériques développent de plus en plus leurs potentialités. Chef de file de la génération des systèmes Xerox d’impression à la demande, la Xerox DocuTech 6180 constitue l’un des systèmes d’impression feuille à feuille les plus rapides qui soient à ce jour : jusqu’à 180 pages par minute. Elle permet à l’utilisateur d’imprimer sur un large choix de papier (cinq magasins) avec une qualité d’image supérieure et des finitions professionnelles (module contrôleur perfectionné, impression à vitesse et à résolution modulables, nombreux environnements supportés et multiplicité des formats de données, reliures modulables). Ces prestataires de service (les imprimeurs) se diversifient et ont de nouveaux besoins en ressources humaines, ce qui n’implique nullement le budget de la maison d’édition, au contraire : tout contribue à réduire les coûts de fabrication.
La sphère commerciale
La direction commerciale, le responsable de promotion, la fonction marketing et l’attaché de presse tiennent un rôle essentiel et tout aussi important dans la maison d’édition traditionnelle que dans la maison d’édition numérique. D’une entreprise à l’autre, les fonctions s’adaptent au support de production et de diffusion. Les représentants n’ont plus leur place, puisque nous sommes au sein du marché virtuel, mais le rôle de la direction commerciale est de réfléchir à la fusion maison d’édition/librairie ou d’établir des accords avec des libraires et des sites plus généraux qui mettent virtuellement en rayon les ouvrages. Ils ont également à développer des partenariats avec les libraires traditionnels via les maisons d’édition traditionnelles afin de faire connaître l’entreprise, de développer la visibilité de la maison et donc d’augmenter les ventes. Les fonctions marketing et attaché de presse sont elles aussi à repenser dans le contexte de l’internet.
Mais il ne s’agit pas de nouveaux métiers, il s’agit de nouvelles politiques adaptées à un nouveau support de communication.
Si la maison d’édition numérique se passe de certaines fonctions (la diffusion par les représentants, la distribution par les centres de stockage), la plupart des métiers – au sein de l’entreprise tout du moins – sont interchangeables, et rares sont ceux qui doivent être créés. On a vu qu’il s’agit plus d’adapter des politiques et des pratiques éditoriales préexistantes
que de créer de nouveaux postes issus de formations nouvelles dans la sphère des compétences générales (domaine éditorial, domaine artistique, pôle fabrication) : en effet, les formations traditionnelles aux métiers de l’édition incluent de plus en plus des modules d’enseignement relatifs au multimédia et à l’internet, mais ces modules ne sont pas indépendants. Ils viennent compléter la formation traditionnelle.
Cependant, avant d’aborder l’externalisation des nouveaux prestataires de services dont a besoin l’entreprise éditoriale, attirons l’attention sur deux profils a priori « nouveaux » au sein même de la maison d’édition numérique : le webmaster et le gestionnaire.
Le webmaster et le gestionnaire : de nouveaux métiers ?
Le premier constitue un profil spécifique fondé sur les technologies informatiques ; le second existe, naturellement, mais il se trouve si profondément modifié qu’il peut se prévaloir d’une nouvelle qualification : en effet, le facteur temps, si déterminant dans la gestion d’une entreprise, est réduit sur l’internet. La durée d’un exercice comptable se réduit d’une année à environ trois mois sur ce média évolutif. Les outils de gestion restent les mêmes : compte d’exploitation prévisionnel, budget de trésorerie, calcul du seuil de rentabilité et du délai de récupération, etc. Ce qui est bouleversé, ce sont les paramètres de départ et les chiffres. Les constituants du coût d’un livre, on l’a entrevu, ne sont plus les mêmes ; l’exploitation technologique innovante demande de prendre en compte de nouveaux paramètres : maintenance, animation, mise à jour ; la rentabilisation des produits se fait enfin par de nouveaux moyens et dans des délais plus courts. Les immobilisations sont moindres, certes, mais sur le web, elles se reportent sur des investissements promotionnels nécessairement décuplés, puisque la maison d’édition intègre partiellement ou totalement la fonction de libraire.
La nouveauté du produit (le livre virtuel) et du réseau de diffusion- distribution est telle, que des formations spécifiques (cours inter-entreprises, ouvrages professionnels) voient le jour ici et là. C’est le cas pour un ouvrage de gestion éditoriale édité au Cercle de la Librairie, éditeur professionnel spécialisé dans les métiers du livre, qui consacre une large part à l’édition on line et aux techniques de gestion innovantes qui en découlent. On constate que ce métier doit être complété par une formation spécifique dans le cas de l’entreprise numérique, car ce ne sont pas seulement les résultats qui changent, mais toutes les données initiales, ce qui nécessite un maniement nouveau des outils de gestion pour leur exploitation optimale.
Quant à la définition du poste de webmaster, elle est si large et si évolutive, puisque ce poste tente d’avancer au même rythme que les évolutions du web, que c’est le métier lui-même qui devient extrêmement
flou. Initialement, le webmaster d’une maison d’édition assure les fonctions en aval du webmaster-ingénieur de la société de service informatique qui a en charge l’éditorial du site, c’est-à-dire sa création et sa maintenance technique. Le webmaster en interne dispose d’un cadre informatique (des programmes et des outils adaptés à la production : ici des fichiers livre) dans lequel il verse du contenu, veille à la bonne marche des opérations de mise en ligne et des fonctionnalités relatives aux services proposés par l’entreprise au client final, le lecteur ou l’utilisateur. Il met en œuvre des programmes informatiques conçus par de véritables ingénieurs. Il est compétent dans le domaine informatique, mais ne se situe pas nécessairement à la pointe de la technologie. Et là encore, les technologies se perfectionnant et les facilités d’utilisation et de mise en ligne se multipliant, le webmaster en interne ne peut assurer sa fonction à plein temps, à moins de coupler la partie technologique à une partie éditoriale. Car la chaîne de production et d’exploitation tend à se réduire de plus en plus au sein même des métiers du numérique. De plus en plus, on se dirige vers la disparition de cette fonction, à peine acquise à la notoriété, pour ne plus retenir que le webmaster- ingénieur, véritable technicien de la société de service informatique. Les étapes de mise en ligne peuvent être gérées directement par l’auteur ou par le secrétaire d’édition. Naturellement, ce raccourci est dangereux et peut précipiter la profession dans l’écueil de la confusion des professions, et peut nuire par conséquent à la qualité et au contrôle des contenus.
L’internet se développe si rapidement et la volonté de chaque entreprise, quel que soit le type de produit ou de service qu’elle propose, de se développer totalement ou en parallèle sur ce média, fait qu’aujourd’hui les compétences liées au numérique dans le domaine de l’édition découlent des compétences traditionnelles. Au sein des métiers dans l’entreprise, les filières d’apprentissage restent traditionnelles, tout en développant des modules internet. Les outils informatiques développés en externe par des ingénieurs ou des autodidactes du web permettent une utilisation qui ne nécessite pas en interne de compétences hautement spécialisées. Comme nous avons pu le constater en évoquant les compétences et politiques requises, les ressources humaines spécialisées se trouvent externalisées.
Externalisation, partenariats et fédération
Externalisation des tâches en aval et en amont du travail éditorial
La maison d’édition numérique fait appel à des entreprises hautement qualifiées dans les technologies du numérique pour bâtir les fondements de sa production : des outils logiciels et des programmes adaptés à sa demande permettant de réaliser les plans de l’entreprise, de concevoir ses fonctionnalités
et d’en assurer la maintenance, et enfin de mettre en ligne des contenus protégés selon un cahier des charges. Ce sont les ingénieurs des SSII ou des entreprises de communication indépendantes qui sont prestataires de service en amont du projet d’une maison d’édition en ligne.
En aval, on trouve les imprimeurs, partenaires traditionnels qui développent un nouveau service : l’impression à la demande feuille à feuille et la conception finalisée de l’ouvrage (prise en charge du façonnage) grâce à des machines performantes qui répondent à cette nouvelle demande.
Les concepteurs de e-books sont de nouveaux partenaires de la maison d’édition, au même titre que les concepteurs de sites et que les imprimeurs numériques. L’internet et les technologies numériques permettant au livre de diversifier ses supports de lecture, le e-book, ou livre électronique, constitue un nouveau moyen de stockage des contenus et permet des fonctionnalités dont ne dispose pas le livre papier. L’objet s’apparente à un livre : en taille, en confort de lecture, en prise en main. Comme un livre, il permet de prendre des notes dans la marge. En tant qu’objet numérique, le e-book est équipé d’une mémoire capable de stocker une bibliothèque entière, il possède de puissantes fonctions de recherche, d’indexation et d’hypertexte, et télécharge des textes directement du web. La promesse du livre électronique est de compacter tous les livres en un seul : tous les savoirs du monde, intimement liés les uns aux autres, le tout dans la poche de tout un chacun. Il permet en outre l’intégration d’illustrations animées, de la vidéo et du son. Le Rocket eBook, le Softbook Reader, le Cytale, l’Everybook Dedicated Reader sont autant de modèles de e-books que l’on peut trouver sur le marché. Tous tentent de rivaliser par la qualité de leurs écrans, leur légèreté, leur maniabilité, leur prix. A partir de 3 000 F aujourd’hui, on peut se procurer un e-book et télécharger des fichiers textes protégés en écriture (format PDF par exemple) à partir de l’internet, par l’intermédiaire de son micro-ordinateur ou directement. Bientôt, le e-book sera un objet informatique à part entière : il permettra la connexion au web et le paiement en ligne. A terme, le e-book sera orné de deux haut-parleurs et sera en couleurs ; l’écran pourra afficher des séquences vidéo ; un modem intégré permettra de télécharger des livres que l’on paiera via sa carte bancaire, grâce au lecteur de carte à puces intégré. Il est particulièrement adapté aux ouvrages lourds (contenant des index, des bibliographies, des renvois, etc.), aux ouvrages d’éducation (il peut rendre dynamiques les exercices traditionnels et créer des exercices interactifs), et aux ouvrages professionnels.
Aussi, pour ceux que l’écran rebute, l’encre électronique ou e-ink est une solution, et leurs concepteurs deviendront des partenaires des maisons d’édition. Pas encore sortie des laboratoires, elle permet de remplacer le papier par du papier reprogrammable à loisir. Prises entre deux couches de
plastique, des microbilles mi-noires mi-blanches pivotent pour former les lettres. Le seul inconvénient : le nombre forcément fini de pages.
Lorsqu’on sait que 297 millions de tonnes de papier et carton ont été consommées dans le monde en 1997 et que cette consommation augmente de 3 % chaque année, on peut augurer que le e-book permette de réduire cette consommation, notamment aux Etats-Unis, les plus consommateurs de papier (90 millions de tonnes de papier en 1997).
Ingénieurs, imprimeurs numériques et concepteurs de livres et d’encre électroniques sont de nouveaux partenaires de la maison d’édition.
Développement des partenariats commerciaux et promotionnels
On a vu à travers l’exemple de 00h00.com que les partenaires commerciaux et promotionnels se multiplient au sein de la maison d’édition en ligne pour des raisons de notoriété et de rentabilité, désormais rendues possibles par ces alliances. Des accords sont passés soit avec d’autres sites (librairies en ligne principalement qui s’apparentent aux entreprises de vente par correspondance), soit avec des maisons d’édition traditionnelles pour les coproductions. En effet, non seulement pour être plus visibles, mais aussi pour décupler la satisfaction de la demande, le procédé de coproduction prend toute son ampleur : la maison traditionnelle s’occupe de la conception éditoriale, tandis que la maison numérique met en ligne l’ouvrage en modifiant certains paramètres éditoriaux pour un confort de lecture adapté, et multiplie les services promotionnels et culturels autour de ce livre (forum de discussion, contacts avec les auteurs, impression à la demande, etc.).
Autour du livre, les services sont décuplés grâce à ces alliances et les différents acteurs de la chaîne du livre sont plus proches, mus par une volonté de rapprocher également les lecteurs de leurs lectures.
Fédération
Si l’on recense les maisons d’édition spécialisées (SHS et STP) sur l’internet, on s’aperçoit de la présence tout particulièrement active des structures institutionnelles. C’est qu’elles ont plus de matière et plus de moyens. Il apparaît alors nécessaire aux universités ou aux structures éditoriales traditionnelles spécialisées SHS et STP de s’unir pour construire un lieu fédérateur d’édition numérique de livres, organisés en « couches pyramidales », selon la théorie de Robert Darnton [DAR 99], qui préconise une nouvelle hiérarchie de l’information au sein de l’ouvrage spécialisé, disponible sous forme parcellaire. Aujourd’hui, quelques structures existent
qui peuvent se prévaloir de rallier les intéressés sur un même site en développant des partenariats ou des sociétés mixtes. Prenons l’exemple de Bibliopolis.
Bibliopolis édite depuis plus de cinq ans des produits de référence et d’érudition, sur cédérom et sur internet. Elle a pour objectif de satisfaire les institutions culturelles, d’enseignement et de recherche en leur fournissant des bases bibliographiques électroniques sur cédérom et l’internet. Cette société offre aussi aux professionnels du livre (bibliothécaires) des logiciels plus conviviaux et plus efficaces pour accéder à l’ensemble de leurs titres bibliographiques et d’information générale. Elle permet de mettre à la disposition des utilisateurs l’ensemble de la littérature française en texte intégral. Les produits créés et exploités par Bibliopolis, reconnus pour leur rigueur scientifique et leur convivialité, sont gérés par le logiciel de pilotage Trevi, développé en interne par les équipes de Bibliopolis qui le commercialise désormais sous forme de prestation de service. Ce logiciel bénéficie de tout le savoir-faire acquis par Bibliopolis au cours de ses collaborations éditoriales avec des organismes comme la BNF, la British Library ou l’AFP.
Par ailleurs, Bibliopolis se prépare à ouvrir des sites en ligne sur l’internet, chacun proposant l’accès à des bases de connaissances élargies dans les domaines de la philosophie, de la littérature, de l’histoire et des langues anciennes.
Pour cela, elle fait appel à diverses structures, publiques et privées, pour connaître leurs souhaits via un comité d’orientation réuni régulièrement et composé de bibliothécaires de tous horizons, publics, universitaires, spécialisés et d’enseignants. Elle s’efforce de multiplier ces groupes d’intérêt pour s’ajuster plus que jamais à leurs demandes et pour satisfaire leurs besoins. Ainsi, Bibliopolis, qui dispose d’un fonds culturel très étendu et de moyens techniques et financiers, se propose de fédérer la recherche dans plusieurs domaines sur son site. Des éditeurs commerciaux traditionnels se tournent déjà vers ce système innovant de publication et de diffusion. Déjà fortement implanté dans le milieu des bibliothèques, Bibliopolis lance la Bibliothèque des lettres qui propose des abonnements à ses bases en ligne sur l’internet. Cette évolution ne vient pas concurrencer, mais compléter l’offre cédérom. Par ailleurs, Bibliopolis suit avec intérêt les évolutions technologiques annoncées par le ministère de l’Education nationale visant à proposer aux établissements d’enseignement secondaire et supérieur des ressources électroniques dans les domaines de la littérature et des sciences sociales. Bibliopolis consacre chaque année une grande partie de son chiffre d’affaires en recherche et développement. Cet effort est destiné à toujours intégrer dans son offre les dernières innovations technologiques du marché.
Ainsi, ce que Robert Darnton nomme le livre organisé en « couches pyramidales », Bibliopolis s’engage, en créant un environnement fédérateur pour les publications électroniques, à l’expérimenter sous le nom « bases de connaissances élargies ».
On constate l’existence sur l’internet de plusieurs types d’expositions et de projets. La plupart des grands groupes d’édition traditionnelle s’offrent une façade sur l’internet qui permet à l’utilisateur de consulter tout ou partie d’un catalogue et de s’informer sur l’entreprise : ses activités, ses projets à court terme. Quelques structures, plus récentes et moins « capitalisées » s’investissent davantage dans les nouvelles possibilités offertes par l’internet en termes de promotion, mais leur visibilité est moindre que celle des grands groupes. Ces deux catégories tendent à s’allier à des partenaires libraires en ligne pour que l’utilisateur puisse bénéficier d’une commande et d’un paiement direct selon les modalités de la VPC en ligne.
Une troisième catégorie d’éditeurs ou de structures possédant des bases de données importantes, pour la plupart des structures publiques, développent des projets plus avancés dans le but de hiérarchiser, fédérer et gérer la production éditoriale en sciences humaines et sociales grâce aux technologies numériques. Ces sites s’adressent à des professionnels (bibliothécaires, chercheurs-enseignants, éditeurs privés, etc.) et constitueraient une sorte de passerelle entre le tout internet et l’utilisateur. Ce que semblent promouvoir ces professionnels, confiants dans ces nouvelles possibilités d’édition, c’est le maintien d’une hiérarchie dans la chaîne de production, pour continuer d’assurer une certaine scientificité des contenus et une qualité éditoriale.
Bibliographie
[DAR 99] DARNTON R., « Le nouvel âge du livre », traduit de l’anglais par Pierre- Emmanuel Dauzat, Le Débat, n° 105, mai-août 1999.
[GAL 97] GALOIS E., Ecritset mémoires mathématiques, Editions J. Gabay, coll. « Les grands classiques Gauthier-Villars », 1997.
[NOR 00] NORA O., « Le contenu d’abord », Le Monde des livres, 3 mars 2000.
[SAN 00] SANTANTONIOS L., « Les revues scientifiques ont un avenir bien net », Livres Hebdo, n° 366, janvier 2000.
[SCH 99] SCHIFFRIN A., L’Edition sans éditeurs, La fabrique, 1999.