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L'ÈRE DU GAZ NATUREL

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Academic year: 2022

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L'ÈRE DU GAZ NATUREL

L'âge d'or du pétrole abondant et peu cher aura nécessaire- ment une fin. L'embellie actuelle n'est pas durable. On n'en connaît ni le jour, ni l'heure, mais chacun s'attend à ce que le pétrole redevienne rare et cher. Aussi, la diversification des approvisionnements énergétiques reste-t-elle une sagesse nécessaire, les crises des quinze dernières années ayant démontré combien il pouvait être dangereux de dépendre, de façon excessive, d'une source d'énergie dominante.

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ans le nouveau paysage énergétique, qui ne manquera pas de se dessiner, une énergie est appelée à jouer un rôle croissant : le gaz naturel. L'étendue de ses ressources, ses qualités propres, le développement de ses marchés, tous ces éléments réunis justifient l'annonce de l'avènement d'une ère du gaz naturel.

C'est là une certitude que partagent tous les gaziers de la planète. Et c'est à partir de cet ensemble de données objectives, et du climat favorable qui en naît, que Gaz de France définit sa stratégie : une stratégie de croissance, avec le monde pour champ d'action.

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La confiance des gaziers du monde entier s'appuie en premier lieu sur l'importance des réserves prouvées de gaz naturel. Avec près de 104 000 milliards de mètres cubes, elles représentent pratiquement l'équivalent thermique des réserves de pétrole, et leur progression ne paraît pas avoir atteint son terme. Représentant plus de cinquante années de production au rythme actuel, ces réserves donnent l'assurance d'un approvi- sionnement abondant pour les prochaines décennies. Mieux réparties que les réserves pétrolières, elles offrent aussi des chances évidentes d'accroître la diversification et la sécurité des approvisionnements énergétiques. Cette confiance repose égale- ment sur des caractéristiques du produit, au nombre desquelles sa nature peu polluante, qualité appelée à jouer un rôle important au fur et à mesure que les réglementations sur le respect de l'environnement iront se renforçant. L'optimisme des gaziers se fonde enfin sur l'existence de techniques efficaces et éprouvées à chacun des maillons de la chaîne gazière. Les obstacles au transport intercontinental de gaz ont ainsi été levés il y a près de trente ans. A l'autre bout de la chaîne, des appareils performants et économes en énergie sont maintenant largement répandus à toutes les étapes du marché.

De nouveaux adeptes

Cette alliance des techniques et des caractéristiques propres du gaz naturel constitue, sans nul doute, le facteur le plus décisif de son développement mondial. Sa part dans le bilan mondial en énergie primaire a crû rapidement, pour atteindre aujourd'hui 20 %. Cette part devrait encore augmenter.

Les nouveaux adeptes ne seront pas partout les mêmes suivant les pays ou les zones géographiques consommatrices.

Selon le degré de maturité de leur industrie gazière seront privilégiés soit les usages massifs, soit les utilisations diffuses du gaz naturel. Dans les nouveaux pays gaziers, particulièrement dans les pays en voie de développement détenant d'importantes ressources gazières, les usages massifs prendront la plus large part des progrès de la consommation. L'industrie gazière est en effet une industrie fortement capitalistique. Sa création ex nihilo et son développement nécessitent de lourds investissements qui

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ne peuvent être amortis que par des consommations unitaires massives : autoconsommation du secteur pétrolier et gazier, centrales électriques, industries lourdes et chimie des engrais azotés. En revanche, les utilisations diffuses (petite et moyenne industrie, commerce, services et secteur résidentiel) assureront l'essentiel des gains de consommation dans les pays arrivés à maturité gazière, principalement dans les pays industrialisés occidentaux, mais aussi en Europe orientale et en URSS.

Des échanges croissants

Cet essor attendu des productions et des consomma- tions nécessitera un large développement du commerce interna- tional de gaz naturel. Une délocalisation croissante des ressour- ces, par rapport aux régions consommatrices, est en effet prévisible.

Actuellement, il n'y a pas un, mais trois marchés du gaz naturel, qui, par commodité, sont souvent désignés par les termes de marchés américain, européen et asiatique. A l'horizon 2000, cette structure, mettant en œuvre des flux entre nations voisines ou continents adjacents, devrait être préservée.

A terme plus lointain, cette organisation devrait évoluer. La stabilisation attendue de l'offre de gaz, dans un nombre croissant de pays, et le recours nécessaire aux importations peuvent conduire, dans un délai, certes, difficile à déterminer, à un décloisonnement plus ou moins important des marchés régionaux du gaz naturel - et à un accroissement des échanges intercontinentaux, sous forme de GNL. Cette mondialisation des échanges est le prochain défi que les industries gazières devront relever.

Développement de ressources déjà importantes, déve- loppement des usages et développement des échanges, autant d'atouts maîtres qui justifient la tranquille certitude des gaziers.

L'avenir de Gaz de France

Gaz de France partage cet optimisme de la commu- nauté gazière, les caractéristiques de son propre marché l'y incitent d'ailleurs. Notre conviction est, en effet, qu'il y a, en

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France, un potentiel d'expansion à long terme pour le gaz natu- rel - et c'est sur cette certitude qu'est fondée notre stratégie.

Dans notre pays, une demande existe, dont l'un des signes les plus marquants est l'extension continue des réseaux.

La part du gaz naturel (12,2 % du bilan énergétique, en 1987) est encore loin du niveau atteint dans les pays européens (19 % en moyenne, en 1987). Certes, les situations ne sont pas toujours comparables. Certains pays utilisent, par exemple, le gaz naturel pour produire de l'électricité, ce qui n'est pas le cas de la France.

Mais, sur les différents marchés où le gaz naturel est, en France, déjà présent, il y a encore une marge de croissance pour notre produit. Notre ambition n'est pas de rattraper les lièvres gaziers européens, elle est de satisfaire la demande qui se manifeste.

Nous disposons pour cela d'instruments qui ont fait leurs preuves dans le passé. Il se trouve que nous avons en commun certains de ces instruments avec les autres gaziers européens, des situations voisines ayant amené une logique proche et des actions communes. Leur maintien est une condition essentielle du succès.

Des instruments efficaces

Tout d'abord, le succès dépendra du maintien du concept de prix, qui prévaut aujourd'hui en Europe, et qui donne à nos clients l'assurance de la compétitivité du gaz naturel. Ce concept original, dit du netback, part de la constatation que le gaz naturel ne dispose d'aucun marché captif et que, par conséquent, pour être vendu, il doit avoir un prix final compétitif par rapport aux autres énergies. Le prix d'achat auprès des producteurs s'obtient, alors, en soustrayant, du prix payé par le consommateur, tous les coûts intermédiaires, jusqu'au point de livraison.

C'est sur la base de la compétitivité du gaz sur le marché final que Gaz de France négocie le renouvellement de ses principaux contrats d'approvisionnement. C'est sur cette base que se concluent désormais les principaux contrats de fourniture en Europe.

Ensuite, le second instrument devant favoriser l'expan- sion du marché du gaz naturel est l'existence de contrats à long

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terme. Il s'agit là d'un élément essentiel de sécurité, tant pour le producteur que pour le consommateur.

Pour le distributeur qu'est Gaz de France, l'existence de contrats à long terme garantit l'accès à une ressource sur une période suffisamment longue pour amortir, raisonnablement, les investissements considérables qu'il lui faut réaliser pour le transport, le stockage et la distribution du gaz naturel. Cet horizon lointain est aussi un outil de marketing important pour la crédibilité du gaz naturel.

Il faut ajouter que la plupart des pays européens se sont trouvés dans la nécessité d'importer du gaz naturel. Tous l'ont fait dans le cadre de contrats à long terme, souvent ensemble, ayant trouvé intérêt à regrouper leurs forces et à agir en consortium, pour négocier avec des vendeurs uniques. Ils ont souvent été amenés, de ce fait, à construire en commun des réseaux qui assurent l'acheminement et le transit du gaz naturel.

L'Europe du gaz naturel s'est ainsi bâtie peu à peu et est aujourd'hui une réalité vécue au quotidien par toutes les sociétés gazières européennes.

Le défi de l'Europe de 1993

L'Europe de 1993 approche. Ce sera aussi une nouvelle étape pour l'Europe du gaz, un nouveau défi pour notre entreprise. L'enjeu est de vendre alors à nos clients, dans des conditions au moins égales à celles de nos partenaires, à des prix au plus égaux, sous réserve de conditions de concurrence équivalentes.

Il en résulte deux séries de conséquences : certaines intéressent notre environnement, d'autres nous concernent directement. Tout d'abord l'environnement dans lequel opèrent les différentes sociétés gazières européennes doit être rendu identique ; les conditions fiscales doivent, par exemple, être neutres d'un pays à l'autre. Le deuxième groupe de conséquen- ces comporte un certain nombre de défis à l'égard de nous- mêmes. Il nous faut être aussi performants dans nos achats que les autres sociétés gazières européennes. La pratique actuelle d'achats, négociés dans des conditions identiques et concertées entre partenaires européens, laisse penser qu'il n'y aura pas de

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distorsions venant des approvisionnements. Il nous faut égale- ment remplir une dernière condition : être aussi efficace dans notre gestion que les autres compagnies gazières opérant dans des conditions identiques.

Une gestion efficace

Là aussi, le passé laisse bien augurer de l'avenir. La clientèle n'est pas toujours consciente de la mutation extrême- ment profonde que l'industrie gazière a connue. En la matière, les esprits de nos clients ont évolué moins vite que les techniques et que la compétence de notre personnel. De producteur de gaz manufacturé, Gaz de France est devenu transporteur et distri- buteur de gaz naturel, produit autrement plus performant et sûr.

Les techniques utilisées dans nos réseaux ont changé. Les utilisations performantes, telles que les chaudières à condensa- tion, se sont développées. Notre personnel s'est adapté à tous ces changements, quand il ne les a pas précédés. Gaz de France a, en effet, eu un rôle de premier plan dans l'émergence des nouvelles techniques. Ses services de recherche sont actuellement parmi les premiers au monde et poursuivent l'effort entrepris.

C'est donc avec confiance que Gaz de France attend l'avènement de l'ère du gaz naturel. Avec l'assurance d'avoir les moyens de sa vocation, qui est d'apporter, à une vaste clientèle, un produit dans les meilleures conditions de prix, de sécurité et de service. Avec la certitude que le gaz naturel répond bien aux besoins énergétiques d'aujourd'hui et de demain. Avec la conviction que, forte de son savoir-faire, notre entreprise a les moyens d'être un partenaire efficace partout où le gaz naturel est exploité, est vendu ou est susceptible de l'être, partout où une industrie gazière est soucieuse d'assurer son propre essor dans les meilleures conditions.

Les succès passés de Gaz de France, la qualité de ses techniques, notre volonté d'ouverture fondent notre certitude que notre entreprise a la capacité de prendre la nouvelle dimension qui s'impose chaque jour un peu plus : la dimension mondiale. C'est là aussi que, pour Gaz de France, comme pour l'industrie gazière française, se situe l'avenir.

PIERRE GADONNEIX

Pierre Gadonneix est directeur général de Gaz de France.

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