ESSAIS D’ESTIMATION DE L’ÉPAISSEUR
ET DE L’IMPORTANCE DE LA PEAU CHEZ LE POULET
F.-H. RICARD
G. MARCHE
Station
expérimentale
d’Aviculture duMagneraud,
17 - Saint-Pierred’Amilly
Institut national de la Recherche
agronomique
SOMMAIRE
Sur un lot de z5
poulets,
nous avons mesurél’épaisseur
de la peau au niveau del’aile,
au niveaud’un
pli
cutané reliant lapoitrine
et lacuisse,
ainsiqu’au
niveau de la patte. Nous avonsdisséqué
etpesé
l’ensemble de la peau de la carcasse ainsi que la peau desailes,
des cuisses etpilons,
et des pattes.Le
poids
total de peau de la carcasse est fortement lié aupoids
de cette carcasse(r
!0 ,8)
maisrelativement peu à l’état
d’engraissement (r
=o, 4 ).
Les mesures
d’épaisseur
sont peuprécises,
àl’exception
de la mesure directe faite au niveau de la patte. Leurintérêt,
comme estimation de la finesseintrinsèque
de la peau, reste àpréciser
parune
expérimentation plus complète.
Les corrélations entre lesépaisseurs
et lepoids
total de peau ne sont passignificatives,
àl’exception
del’épaisseur
mesurée au niveau de l’aile.Parmi toutes les variables
étudiées,
lepoids
de peau du groupe cuisse -Epilon
constitue la meilleure estimation dupoids
total de la peau chez lepoulet.
INTRODUCTION
La
peau dupoulet intervient
dans laprésentation
dela
carcasseet c’est
enmême
temps
un élément consommable. Outre sacouleur, qui divise
lesconsomma-
teurs selonles régions,
la peaupeut
secaractériser
par sonimportance,
safinesse,
sa
texture,
songrain. Si
on veutaméliorer chacune de
cescaractéristiques, il faut pouvoir les
mesurer,puis étudier les facteurs de
leurvariation.
Peu de travaux sont consacrés
exclusivement
auxcaractéristiques
de lapeau du poulet.
Il estpossible de
trouverquelques indications dans des études plus géné-
rales
sur laqualité de
la carcasse et ils’agit le plus
souventde données
surle poids
de
la peau.Ce poids
de peaucomprend toujours
dela graisse sous-cutanée, si bien qu’il
estlié
nonseulement
aupoids de
la carcasse(voir
parexemple L ATIMER , ig2 4 ,
ou
McNAL L Y
etKRAFT, 195 8) mais aussi
àl’état d’engraissement du poulet (M C N ALLY
et
KRAFT, 195 8 ; E SSARY
etal., ig6i).
Quelques
auteurs ontmesuré l’épaisseur
de la peau : 1)oI,ECEK etal. ( 1941 ) prennent l’épaisseur
d’unpli cutané
au niveau desptérylies
du cou et de lapoitrine
en vue
d’estimer indirectement l’état d’engraissement ; lVIcNAL L Y
et KRAFT( 195 8)
veulent
voirs’il existe
desdifférences
entresouches ; A DAMS
et al.( 19 6 7 ) étudient l’épaisseur de la
peauqui
recouvrele bréchet
en tant que mesureindirecte
del’aptitude
à
la formation d’ampoules
aubréchet chez le dindon.
Dans le
présent travail,
nous nous sommesintéressés
àl’épaisseur
et aupoids
de la peau. Nous
étudions plusieurs variables susceptibles d’estimer
cescaractères, si possible de façon indépendante
dupoids
dupoulet
et de son étatd’engraissement.
MATÉRIEL
ETMETHODES
Bous avons travaillé sur 25
coquelets
de lasouche expérimentale l3resse-!ile,
abattus àl’âge
de 88
jours. Quelques-uns
des résultats obtenus ont été vérifiés sur d’autrespoulets
issus de la même souche.Nous avons
pesé
la carcasseéviscérée,
ledépôt
gras abdominal(graisse
située autour dugésier
et contre la
paroi abdominale,
sans yajouter
lagraisse intestinale)
et les deux pattes, sectionnées à l’articulationpilon-patte.
Lepoids
de la carcasse éviscéréereprésente
ici lepoids global
dupoulet.
Dans un travail
précédent (D ELPECII
etRI CARD , i 9 6 5 ),
nous avons montré que ledépôt
gras abdo- minal était un bon indice de l’étatd’engraissement
dupoulet.
Mais ils’agit
d’une variablequi
nesuit pas une distribution normale et nous avons été amenés à utiliser la racine carrée du
poids
decette
graisse abdominale,
comme nous l’avions faitprécédemment (R ICAR D
etR OU VI ER , y6!).
Description
des mesuresprises
Nous avons étudié
quatre
mesuresd’épaisseur, répétées
trois fois à droite et trois fois àgauche, prises
en des endroits où il y avait aussi peu quepossible
degraisse
sous-cutanée :r.
Épaisseur
de la membrane del’aile,
c’est-à-dire de la peaucomprise
entre les deuxpremiers
segments de
l’aile,
àproximité
de l’articulation bras-avant-bras.a.
Épaisseur
d’unpli
cutané obtenu enpinçant
la peaucomprise
entre la cuisse et lapoitrine
du
poulet.
Ces deux mesures étaientprises
à l’aide d’un micromètre donnant levingtième
de milli-mètre et muni de deux mâchoires terminées par un
disque plat
de i centimètre de diamètre(fig. i).
3
.
Épaisseur
de la peau de lapatte,
estimée de deux manières différentes :a)
mesuredirecte,
aumicromètre, d’un fragment
de peauprélevé
au milieu et dans lapartie
arrière du
tarso-métatarse ;
’
b)
estimation indirecte obtenue en mesurant lepetit
diamètre de la patte environ au milieu du tarso-métatarse et le diamètre de l’os au même endroit. La mesure dupetit
diamètre permet d’éviter le groupe de tendons situés à lapartie postérieure
du tarso-métatarse. La différence des deux dia- mètresreprésente
deux foisl’épaisseur
de la peauplus
le tissuconjonctif
situé entre la peau etl’os,
mais
qui
est ici peuimportant.
Les diamètres étaient mesurés au dixième de millimètreprès,
à l’aided’un
pied
à coulisse.Sur la carcasse
éviscérée,
nous avonsdisséqué
etpesé, séparément
à droite et àgauche,
la peau des deuxpremiers
segments del’aile,
la peau de l’ensemble cuisse -!pilon
et la peau du reste de lacarcasse. L’ensemble des ces trois éléments est considéré comme
représentant
la totalité de la peau de la carcasse. Dans la mesure dupossible,
nous avons évité d’inclure dans la peau lesdépôts grais-
seux sous-cutanés et les
petits
musclespeauciers.
La peau des deuxpattes
aégalement
étédisséquée
et
pesée.
Traitement
statistique
des donnéesNous avons d’abord cherché à estimer la
répétabilité
des mesuresprises.
Dans le cas des mesuresd’épaisseur
nous avons troisrépétitions
à droite et troisrépétitions
àgauche,
cequi
nous apermis
defaire une
analyse
de variance selon le modèle suivant(expérience
factorielle à deuxniveaux,
modèle IIde
S N EDECOR, I956) : !
! .où a2a
représente
la variance «poulet
n,ab
la variance « côté n,a3 b
la variance « interaction « etG2
la la variancerésiduelle,
c’est-à-dire cellecorrespondant
aux erreurs de mesure. Nous avonsconsidéré
que la
répétabilité
de la mesure était donnée par le coefficient de corrélation intra-classe pour unmême
côté,
c’est-à-dire :Dans le cas des
pesées
de peau, nous n’avonsqu’une
mesure à droite et une mesure àgauche.
L’analyse
de variance se résume de lafaçon
suivante :et le coefficient de corrélation intra-classe devient un coefficient de corrélation
droite-gauche.
Nousavons
également
calculé la corrélationdroite-gauche
pour les mesuresd’épaisseur,
àpartir
de lasomme des trois
répétitions
dechaque
côté. ’!ous avons ensuite recherché si les variables étudiées
permettaient
deprédire l’importance
dela peau sur la carcasse
entière,
en calculant les corrélations totales avec lepoids
de cette peau. Pour tenir compte de l’influence dupoids
dupoulet
et de son étatd’engraissement,
nous avonségalement
calculé les corrélations
partielles
àpoids
de carcasse constant, les corrélationspartielles
àengraisse-
ment
(c’est-a:-dire, ici,
la racine carrée dupoids
dudépôt
grasabdorninal)
constant, ainsi que les corrélationspartielles
àpoids
de carcasse etengraissement
constants.RÉSULTATS
ET DISCUSSIONDans
le tableau
i sontindiqués les paramètres statistiques des
variablesétudiées
et les
coefficients
derépétabilité.
Pour
les pesées de
peau,l’unité
de mesure estfaible vis-à-vis de l’écart-type. La corrélation droite-gauche
estélevée (de l’ordre de o,g),
cequi permet de
supposer queles
erreurs de dissection sontfaibles.
Onpourrait
se contenter de nedisséquer
la peau que sur un seul
des
deux membres.Dans
le
casdes
mesuresd’épaisseur, les
deuxcoefficients calculés
sont dumême ordre de grandeur.
Ilsemble donc que les
erreursdues
à unedissymétrie possible
des carcasses
soient du
mêmeordre
degrandeur
que les erreursde
mesure.Les
valeursobtenues
sontsatisfaisantes
pour la mesure directede l’épaisseur de
la peau de lapatte.
Nousconsidérons qu’elles
sont faibles dansles
trois autres cas. Unepremière explication pourrait venir
dufait
quel’unité de
mesure estgrande vis-à-vis de l’écart- type ( 40
à 80 p.100 ). Cependant,
larépétabilité
estbonne
pour la mesuredirecte
del’épaisseur
de la peau de lapatte.
Il y adonc,
enplus,
uneimprécision inhérente
à la mesure des trois autres
épaisseurs.
Pour la mesure auniveau
del’aile
etde
lacuisse,
onpeut penser
à unepression irrégulière
desmâchoires du micromètre,
ouaux
irrégularités
de la surface de la peau due à laprésence d’un
nombreplus
oumoins grand
de bulbesplumaires.
On amélioreraitcertainement
lesrésultats
enutilisant
un
appareil
de mesureplus précis,
donnant parexemple
le centièmede millimètre,
et
exerçant
unepression faible
et constante sur la peau. Pourl’estimation indirecte
faite au niveau de lapatte,
on retrouvel’imprécision qui s’attache
aux mesures pardifférence,
même si les deuxmembres de
ladifférence
sont connus avecprécision :
dans
le casprésent,
lecoefficient
de corrélationintra-c1asse était de o,g 7
pour le dia- mètre de lapatte
entière et deo, 9 8
pour lediamètre
del’os.
Le
tableau 2donne les corrélations calculées entre, d’une part,
lepoids
de peau de la carcasseentière, et,
d’autrepart,
lepoids
de la carcasse, la racine carréedu poids
de la
graisse abdominale, ainsi
quechacune des variables figurant
autableau
r.Le poids
total de la peau est assezfortement
lié aupoids
de la carcasse(r
=0 ,8),
ce
qui confirme
les résultats deMEN ALLY
et KRAFT( 195 8) qui
ont trouvé unecorré-
lation de 0 , 93 . Sur des poulets Leghorn abattus
àdifférents âges, L ATIMER (ig2 4 )
observait
de soncôté
une forteliaison
entrele poids
vifvide
etle poids de
la peau.Dans notre
échantillon,
lepoids total de
peaun’est
pas trèsfortement lié
à l’étatd’engraissement :
lacorrélation totale,
commela corrélation partielle
àpoids
cons-tant,
estde
l’ordrede
o,4.MeNAii y
et KRAFT( 195 8) indiquent,
sansdonner de chiffre,
que lepoids
de la peau estfortement lié
aupoids de la graisse. E SSARY
etal.
(ig6i)
trouvent unecorrélation
deo,62
entrele pourcentage de
peau de la carcasse et lepourcentage de graisse abdominale, valeur qu’il faut
comparer à notrecorréla-
tion
partielle
àpoids
constant etqui
est nettementplus
élevée. Il estpossible
que cettedifférence soit
due à la souche ou à notretechnique expérimentale. En effet,
sur
des données plus nombreuses (les 315 coquelets étudiés
dans Rrc:!RD etRouviER, 19
6 7
, qui provenaient
de la même souche mais étaient abattus à msemaines),
nousavons
trouvé
unecorrélation totale
de o,47 et unecorrélation partielle
àpoids
cons-tant de
0 , 34 , chiffres
peudifférents de
ceux que nousobtenons ici.
Le
tableau
2 montre que,parmi
les mesuresd’épaisseur,
seulel’épaisseur
de lapeau
de
l’aileprésente
des corrélationssignificatives
avec lepoids
total de peaude
lacarcasse. On
peut
sedemander si
ces mesuresrépondent
à cequ’on
attendd’elles,
àsavoir l’estimation
de la «finesse
» de la peau. Nous n’avons pas étudiéles
facteurs devariation
del’épaisseur
de la peau sur toute la carcasse,mais
nous avonspris des
mesures en des
endroits où
iln’y
apratiquement
pas degraisse sous-cutanée. L’épais-
seur
du pli poitrine-cuisse
et celle de la peau de lapatte semblent varier
defaçon indépendante
dupoids total
de la peau. Onpeut
alors penserqu’il s’agit bien d’une
mesure
intrinsèque de
la finesse de la peau. Mais cettehypothèse
demande à êtreconfirmée
sur unplus grand
nombre de données.Le poids
de peau de l’ensemblecuisses + pilons
est lavariable qui représente
le mieux
laquantité totale de
peaude
la carcasse : lacorrélation totale
est trèsforte
(r
=o,g 5 ),
de même que les troiscorrélations partielles
calculées(r de l’ordre
deo,g) ;
c’est donc le caractère
qu’il
faut mesurer si on veut estimerrapidement l’importance
de
la peau chez le Poulet. Dans le casprésent, l’équation de régression s’écrit :
où
x est lepoids
de peaudes deux
cuisses etdes deux pilons et y le poids total de
peaude
la carcasse, x et yétant exprimés
en grammes. Nous avons vuqu’il suffisait de
nedisséquer qu’un seul des deux membres.
Dans lapratique,
on pourracalculer le pourcentage
dupoids
de peaud’une cuisse
etd’un pilon
parrapport
aupoids
totalde
cette cuisse et de cepilon.
Dans l’échantillon étudiéici,
cepourcentage présente
une
corrélation de o,8 9
avec lerapport du poids total
de peau aupoids de la
carcasseéviscérée.
A
priori,
onpouvait
penserutiliser
des mesuresprises
auniveau de
lapatte
pour
ne pasavoir
àdisséquer
la carcasseproprement dite. Les résultats
dutableau
2montrent que ce
n’est
paspossible,
aumoins
en cequi
concernel’estimation
del’im- portance
de la peau.On observe
même descorrélations partielles négatives
pour lepoids de
peaudes pattes
etl’épaisseur estimée
par ladifférence des diamètres.
Nousavons
vérifié
cedernier point
sur un autre lot de 20poulets de
la mêmesouche
etabattus au même
âge. Les
résultats sontindiqués
dansle tableau
3 : lesvaleurs obtenues
sontdu même ordre de grandeur que celles du tableau
2.Il
se confirmedonc
queles
mesuresprises
auniveau de
lapatte
nepermettent
pasd’estimer
correcte- mentl’importance
de la peauchez
lepoulet.
Reçu
pourpublication
en octobreig68.
REMERCIEMENTS
Nous remercions MM. P. DELPECHet R. Rouvmx pour les
suggestions qu’ils
nous ont faite·après
avoir lu notre manuscrit.SUMMARY
ESTIMATION OF TIIICKNESS AND WEIGHT OF CHICKEN SKIN
Skin thickness was estimated on
wing,
shank and skin fold between breast andthigh
of 25 chi- ckens. The skin ofwing, thigh
-!leg
and shank wasflayed
andweighed.
Total
bodyskin weight
ishighly
correlated with carcassweight :
r =0 .8,
but the correlation with fatweight
is much lower : r = 0.4.Thickness estimations are not accurate, except for the direct estimation of shank skin thickness.
More data are
required
beforeconcluding
whether our measurements allow an estimation of skin thicknessirrespective
ofbodyskin weight
and fat. Correlations between thickness and totalbodyskin weight
are notsignificant,
except forwing.
Thigh
!-leg
skinweight (x)
appears to allow the best estimation of totalbodyskin weight (y).
The correlation is 0.95 and the
regression equation
is :(,z and y in grams).
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!1nn. Zoolech. 16, 23-39. SrrE
nFCOR G.