ÉTUDE STATISTIQUE
DES CAUSES DE VARIATIONDE QUELQUES PARAMÈTRES DU CYCLE
DE REPRODUCTION
DESVACHES LAITIÈRES
I. - LA
DURÉE
DE GESTATION DANS LES RACES BOVINES NORMANDE ETFRANÇAISE
FRISONNE PIE NOIREPAR
J. P.
SIGNORET,
J.POLY,
B. VISSAC Laboratoire de Recherches de ZootechnieInstitut National
Agronomique,
Paris.PLAN DU
MÉMOIRE
I. - Introduction : Les raisons de cette étude.
II. - Matériel d’étude.
III. - Facteurs qui influencent la durée de gestation.
1
° Influences du milieu :
a)
Influences de la zoned’élevage
et de l’étable.b)
Influences de l’année et de la saison.2
° Influences maternelles : 1
a)
Influence du niveau deproduction
de la mère.b)
Influence del’âge
de la mère.c)
Influence du format de la mère.d)
Influence individuellegénérale ;
étude de la «répétabi-
lité » des durées de
gestation.
3
° Facteurs se rapportant au foetus :
a)
Influence du sexe du foetus.b)
Influence de la race.c)
Influencesgénétiques.
IV. - Conclusions.
V. - Références bibliographiques.
1. - INTRODUCTION
Le
problème
de la fécondité des vaches laitières se pose avec acuité dans de nombreuxélevages. Aussi,
cettequestion
a-t-ellesuscité,
àl’étranger
notamment,d’importantes
recherchesauxquelles
collaborentphysiologistes, nutritionnistes, pathologistes
etgénéticiens.
En dehorsd’études
purement physiologiques
sur lareproduction,
ilexiste,
selon nous,des
possibilités
de travail immédiatgrâce
aux documents concernant la carrière dereproduction
des vacheslaitières,
documentsqui
sont recueillispar diverses
organisations professionnelles
del’élevage :
centres d’insé-mination
artificielle, syndicats
de contrôlelaitier,
livresgénéalogiques.
Pour notre
part,
nous avons eu récemment l’occasion d’effectuer uneanalyse statistique
des influences des différents facteursqui peuvent
affecter l’intervallevêlage-fécondation (I. !’-F) ;
notre travail avait pour cadreplusieurs troupeaux
d’unsyndicat
de contrôle laitier et d’un centre d’étudestechniques agricoles,
et lesélevages
de la zone d’action d’un centre d’insémination artificielle. Par suite de l’absence derenseignements précis
sur la date de la sailliefécondante,
nous aurions été contraints d’éliminer de notreenquête
ungrand
nombre dedonnées,
si nous n’avionspu avoir une estimation indirecte suffisamment exacte de l’I. V-F. Dans la mesure où l’on connaissait les dates de
vêlage
successives d’un même animal, on a en effet retranché de ses divers intervalles devêlage,
unedurée de
gestation statistiquement
étudiée aupréalable,
soit à l’intérieur d’uneétable,
soit dans le cadre d’unerégion,
pour les racesqui s’y
trou-vent
exploitées.
II. -
MATÉRIEL D’ÉTUDE
Pour chacune
des 3populations précitées,
nous avons donc utilisé les données de durées degestation
recueillies dans desélevages
témoins.Le matériel animal sur
lequel
aporté
notre étude estdésigné
dans letableau I.
Nous avons éliminé de ces données celles
qui correspondaient
soit àdes veaux
morts-nés,
soit à des naissancesgémellaires.
Les résultats de Seine-Maritime
proviennent
detroupeaux spéciali-
sés dans la vente de
reproducteurs
de raceNormande,
où le niveau deproduction
estélevé,
le format des animauximportant (vaches
de 700kg
en
moyenne),
les conditionsd’élevage
engénéral soignées.
les observa- tions ont été faites au cours des années 1949 à 1954.En
Seine-et-Marne,
les données recueillies en 1953-1954 concernent destroupeaux
de F.F.P.N.exploitées
assez intensivement pour la pro- ductionlaitière,
dans un milieu de riches cultures industrielles.En ce
qui
concerne la zone d’action du centre d’insémination arti- ficielle deCharmoy,
les vaches Normandes entretenues dans lesrégions
pauvres de la
Sologne
et du Gâtinaisreprésentent
uncheptel
peu sélec- tionnéjusqu’ici,
de format moyen(vaches
de 600kg
aumoins),
alimentéassez
irrégulièrement
au cours de l’année. Les F.F.P.N. par contre, setrouvent dans les fermes riches des
plaines
de l’Yonne et del’Armançon,
tout à fait
comparables
à celles de Seine-et-Marne. les documents recueillis entre 1949et 1954, dans la zone d’action du centre, necomportaient
aucuneprécision
concernant le sexe des veaux.III. - FACTEURS
QUI
INFLUENCENT LADURÉE
DE GESTATIONCertes,
de la nidation à lamise-bas,
l’ensemble de lagestation
est lefait de
l’organisme maternel ;
aussi l’influence individuelle de la vachesur ses durées de
gestation
est-elleimportante ;
cette influence de la mèrea d’ailleurs différentes
composantes :
- format et état
d’embonpoint
de lavache, qui dépendent
de sa race,de ses conditions d’entretien et
d’exploitation,
fonctions elles-mêmes de lazone
d’élevage,
descaractéristiques climatiques
de l’année et de leurs va-riations
saisonnières ;
-
âge
de la femelle au moment de sagestation ; l’âge représente
eneffet une cause de variation dans sa carrière de
productrice
et de repro-ductrice ;
- influence individuelle
générale qui
estexprimée statistiquement
par le coefficient de
répétabilité
des durées degestation.
Mais le foetus lui-même est
porteur
depotentialités qui
interviennentsur sa durée de
gestation ;
cespotentialités
sontl’expression
de facteursgénétiques,
les uns à action indirectequi
sont liés au sexe,d’autres,
aucontraire,
à actiondirecte,
comme la race et legénotype
de l’oeuf.En
fait,
c’est de l’interactionmère-embryon
que résulte en définitiveune durée de
gestation ;
il est donc illusoire de vouloir dissocier absolu- ment les influencesrespectives
de la vache d’unepart,
et celles du foetus d’autrepart.
C’est dans un souci de classification que nous avons
groupé
en 3 para-graphes
distincts les facteursqui agissent
sur la durée degestation :
facteurs du milieu ou
extrinsèques,
facteursmaternels,
facteurs se rappor-tant à
l’embrvon
lui-même.1
0 Influences du milieu.
L’influence du milieu sur la durée de
gestation
traduit essentiellement des actions indirectes liées à unchangement
des conditions de vie des ani-maux et de leur niveau
d’alimentation, changement qui
entraîne enparti-
culier une variation de leur format et de leur état
d’embonpoint.
Cesfluctuations extérieures créent des différences entre divers milieux d’éle- vage
(région, étable)
ou diversesépoques (année, saison).
Le milieu deproduction
de nos animauxdomestiques
neprésente
en effet de constanceni dans
l’espace,
ni dans letemps.
a)
Influences de la zone d’élevage et de l’étable.L’influence de la zone
d’élevage
sur la durée degestation
a été étudiée par lacomparaison
des valeurs moyennes de ce critère pour les animaux d’une même race, entretenus dans deuxrégions
différentes :- les vaches F. F. P. N. de Seine-et-Marne et de
l’Yonne,
- les vaches Normandes
exploitées
en Seine-Maritime d’unepart,
dans les étables deSologne
et du Gâtinais d’autrepart.
L’analyse
de variance des durées degestation
a été effectuée entrerégions d’élevage ;
tous ces résultatsfigurent
dans le tableau II.En ce
qui
concerne les vachesNormandes,
nous avons affaire dans les deuxrégions citées,
à des animaux dont les conditionsd’élevage
et d’ali-mentation sont très
dissemblables,
et dont les stocks degènes
se sont eux-mêmes diversifiés. Nous pensonscependant qu’avant
touteanalyse plus précise
des différences constatées dans la durée degestation,
nousdevons considérer ces
dernières,
surtout comme le résultat de l’actionglobale
du milieurégional.
Cette actions’exprime,
enparticulier,
par des variations de format desanimaux ;
nous avons vu que les vaches Nor- mandesexploitées
enSologne
étaient nettement moins lourdes que celles de Seine-Maritime.Quant
aux deuxpopulations
de F. F. P. N.exploitées, elles,
dans desrégions similaires,
elles ont des durées degestation
tout à fait compa- rables.L’élevage
sedistingue lui-même,
dans le cadre d’unerégion naturelle,
par des conditions
d’exploitation particulières
et par un niveaugénétique déterminé ;
mais on sait que pour des caractères faiblementhéritables,
- c’est le cas pour la
plupart
desparamètres
ducycle
dereproduction
-les différences entre
troupeaux
sont surtout des différences dans leur milieu devie ;
aussi nous a-t-il semblélogique
d’inclure l’influence de l’étable dans le groupe des facteursextrinsèques qui
interfèrent sur la durée degestation.
Notre étude aporté
sur les deuxpopulations
de vachesNormandes de
Seine-Maritime,
de l’Yonneet du Loiret,
et sur les animaux F. F. P. N. de Seine-et-Marne.I,’influence de l’étable n’est
décelable qu’en
Seine-Maritime où les éleveurspratiquent,
pour laplupart, l’élevage
en famille(leurs troupeaux
sont, pour la raceNormande,
despépinières
dereproducteurs) ;
contrai-rement à ce
qu’on
aurait pu supposer apriori,
ce sont donc vraisemblable- ment des facteursgénétiques qui,
enSeine-Maritime,
sont àl’origine
desvariations entre
élevages,
dans les durées degestation.
Il se
peut
enfinqu’un
nombre limité de données n’ait pas fait ressortir de différencessignificatives
entreélevages,
dans les deux autrespopula-
tions.
Peu d’auteurs ont
envisagé
l’action du milieu sur la durée de ges- tation sous les deuxaspects
que nous venons d’étudier. DüRrrrG(ii) qui
atravaillé avec les données
provenant
de vachespie-noires
suédoises in-dique
une valeur moyenne de la durée degestation
de2 8i,8 5 jours
pourune étable de Scanie contre
2!9,z8 jours
dans laprovince
de Halland. Les résultatssignalés
par I,aMSARnT( 2 8)
pour des vachespie-noires
de West-phalie varient,
selon lesrégions,
de27 8,6 2 jours
à2 8 2 , 21 jours.
Laplu- part
des autres études ontété,
par contre, limitées à unerégion homogène
ou à un
troupeau expérimental.
Les valeurs de la durée degestation
obte-nues par de nombreux auteurs sur des animaux de
chaque
race,présen-
tent entre elles une
grande variabilité ;
c’est ainsi que pour la raceJer-
siaise parexemple,
elles s’étalent entre2 8 4 , 3 jours
et 277,9jours (tableau VIII).
Il estlogique d’interpréter
des différences aussiimportantes
à l’in-térieur de la race par des différences dans les milieux
d’exploitation
desanimaux.
b)
Influences de l’année et de la saison.Elles
peuvent provenir
de causes diverses : variation dans lesdispo-
nibilités
fourragères,
dans le moded’exploitation
des animaux(stabula-
tion ou
pâturage),
dans les conditionsclimatiques (température,
éclaire-ment).
Plusieurs auteurs ont étudié les variations annuelles des durées de
gestation
et ont conclu à une influence nonsignificative
de l’année. I,e matériel dont nousdisposions
ne nouspermettait
pasd’envisager
cetteinfluence,
car nous nepossédions
pas suffisamment de donnéesréparties
surplusieurs années,
à l’intérieur dechaque population
animale.L’incidence de la saison sur la durée de
gestation
a été étudiée sur les vaches Normandesexploitées
dans les fermes deSologne
et du Gâtinais.Les durées de
gestation
ont étégroupées,
selon le mois devêlage
desvaches,
en 4 classes :-
vêlages
d’octobre, novembre, décembre(automne) ;
-
vêlages
dejanvier, février,
mars(hiver) ;
-
vêlages
d’avril,mai, juin (printemps) ;
-
vêlages
dejuillet, aoîtt, septembre (été).
Les valeurs moyennes obtenues pour chacune de ces classes sont
consignées
dans le tableau IV.L’analyse
de variance de cet échantillon de données ne révèle pas de différencesignificative
entre les durées degestation correspondant
àchaque
saison devêlage (F
=I ,qf>).
I,a diminution de la valeur moyenneobservée,
desvêlages
deprintemps
auxvêlages d’été,
est par contre statis-tiquement significative (F
=3 ,70).
Les résultats relevés dans la
bibliographie
sont assez discordants :JAFA
R
et-coll.( 20 ), BRIOU!2
et de ABREU( 7 ),
HIRT( 10 ),
LAZARUS etA N A N TA KRISIIN A
N
( 29 )
nesignalent
aucune influence de la saison devêlage
sur la durée de
gestation.
Pour d’autres auteurs, il existe des variationssystématiques
de ce critère avecl’époque
de mise-bas: 14AMBARDT( 2 8),
HER M
AN et coll.
( 1 8),
VUIiAVIC(40),
AI,!!ïANDF,R( 1 ),
KNAPP et coll.( 25
) concluent,
comme nous, que les durées degestations
lesplus
courtesprécèdent
lesvêlages d’été ;
en cequi
concerne la saison de mises-bascorrespondant
aux durées degestation maxima,
les résultats de ces cher- cheurs sont contradictoires.I,’influence de la saison est, comme nous l’avons vu, la résultante de
plusieurs
facteurs :alimentation,
mode devie, climat ;
elle nepeut
doncs’expliquer
que si l’on connaît l’incidencephysiologique
réelle de chacun de ces derniers sur les diversesphases
de lagestation
et, enparticulier,
sur le processus de nidation de l’oeuf et le déclenchement de la
partu-
rition.Quelques
auteurs ont enfinenvisagé
l’action propre du mode d’ex-ploitation
des femelles sur leur durée degestation.
STOCKKr,!usrr!R( 3 8) signale
une différence de i,4jours
entre les valeurs moyennes de ce cri- tère pour des vaches de races demontagne
entretenues à l’étable et pour des animauxexploités
aupâturage ;
la vie enplein air, d’après
cet au-teur, accélère la
mise-bas ;
SCHMIDT( 3 6)
confirme cette conclusion.ST O C KKLAUSN E
R
( 3 8)
noteégalement
une diminution de 1,5jours
de ladurée de
gestation
chez les vaches de travail.2
0 Influences maternelles.
En
fait,
toutes les influencesextrinsèques
que nous venons designaler
.
s’expriment globalement
sur la durée degestation
à traversl’organisme
maternel. Nous avons étudié leur action à l’échelon de la
population ;
ilnous
appartient
maintenantd’analyser
la variation de nos données en nous référant à l’individu.La
plupart
des recherches effectuées dans ce domaine ontporté
sur lesrelations existant, d’une
part
entre le niveau deproduction
laitière de lafemelle,
sonâge,
sonformat,
et d’autrepart
sa durée degestation ;
beau-coup de travaux ont chiffré
enfin,
par un coefficient de corrélation intra-classe,
l’influence individuellegénérale
sur la variabilité des durées degestation.
a)
Influence du niveau de production de la mère.Alors que SïoCKKLAUSNER
( 3 8),
encomparant
deux lots de fortes et de faiblesproductrices,
trouve un accroissement de durée degestation
de0
,68 jours
chez lespremières,
l’étude de K:voTT( 2 6)
contredit ce résultat.V
UKAVIC
(qo),
de soncôté, indique
que la durée degestation
n’est pas liée au niveau deproduction
de l’individu. On sait à cesujet
quependant
la
gestation,
les besoins alimentaires du foetus sont encompétition
avecceux de la femelle pour sa
production
laitière : HAMMOrrn( 15 ) ;
on pour- rait alors penser que cette concurrence entre les diverses fonctionsphy- siologiques
de la vache a une action sur sa durée degestation.
I,’incidence du niveau
de’production
que les auteurs ontenvisagé
encomparant
les durées degestation
moyennes de 2 lots devaches,
fortes et faiblesproductrices,
devrait être, à notreavis,
étudiée par un calcul decorrélation à
partir
d’unepopulation
de valeursindividuelles,
où l’on aurait éliminé aupréalable
l’influence d’autres causes devariation.
Le manque de données utilisables dans nos échantillons de travail ne nous apas
permis d’entreprendre
une telle recherche.b)
Influence de l’âge de la mère.Comme une
grande partie
des processusphysiologiques,
lagestation peut
être influencée dans sa durée parl’âge
de la vache. Devantl’impréci-
sion de nombreuses dates de naissance nous avons été conduits à identifier
ce facteur au numéro d’ordre de
gestation,
cequi
a d’ailleursl’avantage
demieux
réfléter lafatigue
de l’animal consécutive à descycles
deproduc-
tion laitière successifs. -
Les variations de durée de
gestation
en fonction del’âge
ont été étu-diées en Seine-Maritime d’une
part,
dans l’Yonne et le Loiret d’autrepart.
Nous avons, dans la mesure du
possible,
considéréséparément
lesgesta-
tions de veaux mâles et celles de veauxfemelles,
étant donné l’influence du sexe du foetus sur sa durée degestation (tableau
V,graphique I).
Si on
excepte
la courbereprésentative
des variations de durée degestation
des vaches F. F. P.N.,
dontl’irrégularité
est due vraisemblable- ment au faible nombre de données de celot,
il convient de noter la simi- litude d’allure des 3 autresgraphiques correspondant
à des animaux derace Normande. Alors que les 1ère et 2i&dquo;’
gestations
ont sensiblement la même durée cette dernière s’accroîtensuite,
et passe par une valeur ma-ximum pour les
3èm.
et4!&dquo; vêlages, qui se situent entre 5 et 7 ans.
La
plupart
des auteursqui
ont étudié l’influence del’âge
sur la duréede
gestation :
BRAKEL et coll.(6),
HERMAN et coll.( 1 8),
KrroTT( 2 6),
A
RNOLD et BECKER
( 4 ),
s’accordentprécisément
sur deux conclusions : accroissement de la durée degestation après
la nTe mise-basjusqu’à
unâge variant,
selon les travaux, entre 5 et 8 ans ; les valeurs moyennes dimi- nuentrégulièrement
au-delà.Les variations de durée de
gestation
dues àl’âge
de la femelle sont d’ailleursfaibles, puisque l’analyse
de variance des donnéesgroupées
par classes de numéro degestation
ne laisseapparaître
de différencesigni-
ficative entre classes que pour l’échantillon
correspondant
aux veauxmâles de Seine-Maritime
(la
valeur du test F obtenue dans ce cas estd’ailleurs à la limite de seuil de
signification
de 5 p.100 ).
J
AFAR
et coll.( 21 )
aboutissent à des conclusions exactement con-traires aux
nôtres ;
ils tentent mêmed’expliquer
laplus
faible variabilité due àl’âge,
des durées degestation,
pour les veauxmâles ; il existerait,
selon eux, une durée limite de vie foetale au-delà delaquelle
la viabilitédes
produits pourrait
êtrecompromise,
et les veauxmâles,
par suite de l’influence de leur sexe serapprocheraient beaucoup plus
de ce maximum.Les chercheurs
qui
ont abordéégalement
ceproblème :
WH!AT et RIGGs(q.I),
BURRIS et BI,UNN(ô),
IaAZARUS et ANANTAKRISHNAN(2(!),
SCHMIDT(
3
6),
DAVIS et coll.(II),
LAMBARDT(2H),
RAGAB et ASKER(33), BRIQUET
et de ABREU
( 7 )
concluent tous quel’âge
n’a pas d’influencesignificative
sur la durée de
gestation.
c)
Influence du format de la mère.Il
semblerait, d’après
certains auteurs,qu’une
liaison existe entre le format des animaux et leur durée degestation. J ORD Ã O
et coll.( 22 ),
A NAN T
AKRISHNAN et coll.
(2),
RAGAB et ASKER(33),
BACHNER(5)
mettent en évidence une corrélation
positive, parfois significative,
entrele
poids
vif des femelles et leur durée degestation ; J AFAR
et coll.( 2 r), qui expriment
le format par le tour depoitrine,
aboutissent à la même conclusion. Par contre, VUKAVIC(4 0 ), BRIQUET
et de ABREL’(7)
netrouvent aucune relation entre ce caractère et la durée de
gestation.
Cette liaison
généralement
admise confirmel’hypothèse
que nousavons formulée pour
expliquer
les différences de durée degestation
desvaches Normandes entretenues en Seine-Maritime d’une
part,
dans laSologne
et le Gâtinais d’autrepart.
I,a variation du format entre les deuxcatégories
d’animaux(une
centaine dekg environ) peut justifier,
selonnous, un écart de 2 à 3
jours
dans leur durée degestation
moyenne.Cette action du format des
femelles, qui peut expliquer
enparticu-
lier des différences entre races dans la durée de
gestation,
doit être consi-dérée
plutôt
comme une influence maternelle propre par l’intermédiaire du milieu utérin. Desexpériences poursuivies
enAngleterre
sur des mou-tons et des bovins confirment la réalité
physiologique
de cephénomène.
Ainsi
JouB!;RT
et HAMMOND( 24 )
ayant inséminé 3 vaches South-Devon- race de
grande
taille( 4 6 7 kg)
- et 3 vaches Dexter - dont le format est environ deux fois moindre( 252 kg)
- avecdu sperme
de taureaux Dexter dans le ler cas, South-Devon dans le2!&dquo;&dquo;,
constatent que les durées degestation
obtenues sontrespectivement
de 290,3jours
et de27 8, 0 jours (différence :
i2,3jours) ;
ces valeurs sont sensiblement voisines de cellesqu’on enregistre
d’ordinaire dans les 2 races pures, parailleurs,
l’influence de la mère se manifeste très nettement sur lepoids
du veau à la naissance et celui de sesenveloppes
foetales. Pourexpliquer
cefait,
HAwIONn( I7 )
émet
l’hypothèse
d’une différence d’intensitémétabolique
entre les tissusmaternels selon le format des races, attribuable selon lui, à certaines sub- stances de croissance
d’origine
maternelle.Enfin,
dans desexpériences récentes,
HUNTER et coll.( 20 )
ont étudiécomparativement
la durée degestation
et lepoids
à la naissance d’a- gneaux issus d’oeufs de race Border I,eicestertransplantés
chez des brebis Welsh Mountain etinversement,
enprenant
comme étalons de référence les valeurscorrespondantes enregistrées
d’ordinaire dans la race degrande
taille Border I,eicester et dans la race de
petite
taille Welsh Mountain. Si les résultatsqu’ils
obtiennent en cequi
concerne les durées degestation
sont assez
discordants,
par contre l’influence maternelle semble nette surle
poids
à la naissance des agneaux, bien que ce caractèreparaisse
surtoutsous la
dépendance
dugénotype
dufoetus ;
cettequestion
mériteraitd’être éclaircie par d’autres études
expérimentales
sur unplus grand
nombre de données.
b)
Influence individuellegénérale ;
étude de la « répétabilité » des durées de gestation.On
peut exprimer
l’influence individuellegénérale
de la femelle par le coefficient derépétabilité
de ses durées degestation,
calculé intraétables.Une
analyse
de variance limitée dans notre étude à un échantillon de i4g donnéescorrespondant
à 39 vaches d’une étable de Seine-Maritimea révélé une influence individuelle hautement
significative (F
=1/ > 7 ) ;
le coefficient de
répétabilité
calculé dans ce cas a été estimé à14 ,8 9
p. 100 ; cette valeur est relativement faible si on la compare aux résultats deJ9r!R
et coll.( 2 i) :
2g p. 100, de IZAGABet AsA!R( 32 ) :
34 et 50 p. 100 ; onpeut expliquer
cette différence par le fait que notre travail aporté
sur unéchantillon
d’animaux,
surlequel
laconsanguinité
a amené une réductionde la variabilité
génétique ;
dans cesconditions,
même à l’intérieur del’étable,
laplus grande
fraction de la variance totale estimputable
à descauses de variation
extrinsèques.
Il convient maintenant de
préciser
la nature de l’influence maternellesur les durées de
gestation ;
la mèrereprésente
pour lefoetus,
d’une partun parent
qui
lui a transmis la moitié de songénotype,
d’autrepart
unréceptacle
danslequel
se déroulera toute laphase
dudéveloppement embryonnaire.
I,e milieuutérin,
conditionné lui-même par lepatrimoine
héréditaire de la
vache,
par son étatphysiologique
au moment de la ges- tation(embonpoint, santé, etc.), également
sous ladépendance
d’inter-actions
complexes mère-foetus,
est difficile àanalyser.
Autotal,
l’action de la femelle sur sa durée degestation
est double : action directe par le milieu utérin dont elle entoure sonfoetus,
action indirecte par l’inter- médiaire dugénotype
de ce dernier.Nous sommes donc amenés à étudier
l’importance
des facteursgéné- tiques
propres àl’embryon
dans la détermination de sa durée de ges- tation.3° Facteurs se
rapportant
au fœtus.On
peut
attribuer au foetus une actionimportante
sur la durée de savie utérine: il est en effet
porteur
depotentialités
héréditairesqui
ont déter-miné son sexe,
qui
caractérisent songénotype
etqui s’expriment physio- logiquement
par des sécrétions hormonales surlesquelles
nous sommes malrenseignés.
Nous étudierons successivement les influences du sexe des veaux, de leur race, et enfin de leur
génotype
sur la variation de leur durée de ges-tation.
a)
Influence du sexe du veau.Notre travail a
porté
sur lespopulations
animales de Seine-Maritimeet de Seine-et-Marne pour
lesquelles
le sexe des veaux était mentionné surles documents de contrôle.
I,’analyse
de variance des durées degestation, groupées
selon le sexe, a été effectuée danschaque
cas. Les valeurs du test F et les moyennes dechaque
échantillonfigurent
dans le tableau VI.Les durées de
gestation
des veaux mâles sontsupérieures
de I à3 j jours
à celles des veauxfemelles,
mais la différence n’estsignificative
que dans lapopulation
de Seine-Maritime.Nos résultats sont en accord avec les conclusions des auteurs
qui
ontétudié cette
question.
Plutôt qued’entreprendre
une énumération fasti- dieuse de ces travaux, nous en avons rassemblé les résultats dans le tableau VII avec, pourchaque
lotd’animaux,
l’écart en valeuralgébrique
entre la durée moyenne de
gestation
des veaux mâles et celle des veauxfemelles.
Si deux chercheurs seulement
signalent
une durée degestation
moyenne
supérieure
pour ce deuxième groupe, il convient de noter que les différencesenregistrées
ne sont passignificatives.
Par
ailleurs, plusieurs
auteursindiquent,
sansapporter
deprécision chiffrée,
que les veaux mâles sontportés
en moyenne par leur mèreplus longtemps
que les veauxfemelles ;
ce sont: RAGABet ASKER( 33 ),
WII!ATet RIGGS
(4 0 ),
HIRT( 19 ),
hA7ARUS et ANANTAKRISHNAN(2(!),
KNAPPet coll
( 25 ).
La durée de vieutérine plus grande
pour les veaux mâles que pour les veaux femellesexplique leur poids à la
naissancegénéralement plus
élevé.
Ainsi,
KNAPP et coll.( 25 ),
BURRISet BI,UNN(8)
ont estimé respec- tivement que 25-30p.’ I oo
et 10 p. Ioo de la variation due au sexe dans lepoids
à la naissance desjeunes
étaientimputables
à la variation de leur durée degestation.
b)
Influence de la race.La durée de
gestation
estgénéralement
considérée comme une carac-téristique
dechaque espèce
demammifères ;
lespremières
étudesqui
avaient pour but de
préciser
sa valeur chez les bovins ont abouti à des résultats souvent assez différents selon lespopulations envisagées.
Il estaujourd’hui
admis que la durée degestation
varie avecchaque
race. Mal-gré
les influences du milieu que nous avonssignalées,
cette conclusionressort des nombreuses
enquêtes
réalisées dans divers pays sur laplupart
des races bovines. Nous avons rassemblé dans le tableau VIII les
princi-
paux résultats
bibliographiques.
l
’
es différences de durée de
gestation
entre racesqui apparaissent
dans ce tableau
peuvent prêter
matière àquelques interprétations.
Il semble incontestable que les races de
montagne : Simmenthal,
Brune des
Alpes,
parexemple,
ont des durées degestation supérieures
d’une semaine environ à celles des races
exploitées plutôt
dans desrégions
de
plaine : Jersey, Guernesey, Pie-Rouge Suédoise, Ayrshire, Holstein, qui
sont essentiellement des racesspécialisées
dans laproduction laitière ;
ce fait est
peut-être
lié à uneprécocité physiologique plus grande
chez cesdernières
qui explique
en mêmetemps
unâge
au lerveauplus
faible.Il est curieux d’ailleurs de constater que, dans les races de
boucherie,
les animaux
Angus, remarquables
engénéral
par leurprécocité
ont aussides durées de
gestation
relativement courtes. Une autrecaractéristique d’élevage
des races demontagne
est leur rusticitéqu’on
aparfois
attri-buée à un
développement squelettique sufhsant ;
on remarqueraégale-
ment que les races de
zébus,
dont le formatpourtant
estréduit,
ont unedurée de
gestation longue
trèsproche
de celle des animaux de race Brune desAlpes.
AsnE!,r,(cité
par ROLLINSON( 35 ))
constateégalement
que dans les 2 derniers cas lecycle
oestral des femelles estplus
court ; d’unefaçon plus générale d’ailleurs,
HAMMOrrD( 1 6),
KNAPP et coll.( 25 )
notent uneliaison entre la durée du
cycle
oestral et la durée degestation
des vaches.Dernière observation
qui
n’acependant
pas uneportée générale :
lesraces de boucherie
(Hereford)
et àaptitudes
mixtes caractérisées(Nor- mande)
ont une durée degestation supérieure
à la moyenne de cellesqu’on enregistre
dans les racesspécifiquement laitières ;
celapeut s’expliquer
par une différence de format ou par des
caractéristiques physiologiques qu’il
serait intéressant d’étudier.Enfin,
si on remarque des écartssignificatifs
entre races, les varia- tions des durées degestation
trouvées parplusieurs
auteurs à l’intérieur d’une même race sont loin d’êtrenégligeables.
Une
première
remarque d’ordrestatistique s’impose :
la concordance entre les durées moyennes degestation correspondant
à des lots d’ani-maux d’un même groupe
ethnologique
est d’autant meilleurequ’il s’agit
d’échantillons de taille
plus importante,
cequi
nous amène à penser que des valeurs extrêmes, obtenuesd’après
unepetite
collection desujets,
n’ont pas
toujours grande signification statistique.
Il
n’empêche qu’à
l’intérieur de la race et notamment à l’intérieur desraces
qui
ont une aire de distributiongéographique
très vaste, comme laHolstein,
on trouve une gamme de variation des durées degestation
assez
étendue ;
on a affaire laplupart
dutemps
à despopulations
d’ani-maux que la sélection des éleveurs n’a pas
toujours
orientés dans le même sens,qui
ont des stocks degènes
différents et sur lesproductions
des-quelles
des conditionsd’exploitation
extrêmement diverses sont un élé- ment de variabilitéphénotypique ;
à cetégard,
onconçoit
très bienqu’il
y ait des écarts de durée de
gestation
sensibles entre les animaux de racepie-noire exploités
enAmérique
duSud,
aux Etats-Unis et dansplusieurs
pays
européens
parexemple.
Notons que la durée de
gestation
que nous avons trouvée pour les animaux F. F. P. N. est tout à faitcomparable
à la moyennegénéralement
admise dans la race ;
quant
à laNormande,
elle se classerait dans la caté-gorie
des bovins à durée degestation longue.
I,oNG et coll.
( 3I ),
G!RI,AUGII et coll.( 14 )
ontparticulièrement
bienmis en évidence le fait que la durée de
gestation
est un caractère dont ledéterminisme héréditaire est
certain ;
ces auteurscomparant
la durée degestation
des veaux de racesAngus,
Hereford et des croisésAngus
X
Hereford,
ont trouvéqu’elle était,
chez cesderniers,
exactement inter- médiaire entre celles des deux racesparentales.
Cela nous amènelogique-
ment à étudier les influences
génétiques spécifiques
sur la durée de ges- tation.c)
Influences génétiques.On trouve, dans la
bibliographie,
deux voiesd’approche
pour éclaircirce
problème.
L’influence directe du
génotype
desparents
sur la durée de vie uté- rine des foetusqu’ils engendrent peut
êtreexprimée statistiquement
par la fraction de la varianceimputable
aupère
ou à la mère ; il estcependant
très
difficile,
comme nous l’avonsdéjà expliqué,
deséparer
l’action pure-ment
génétique
de la vache de son influence indirecte par l’intermédiaire du milieuutérin ;
c’estpourquoi,
laplupart
des chercheurs ont étudié les variations entre taureaux des durées degestation
de leurs descendants.Les écarts
enregistrés
par WII!AT et RIGGS(4 I ),
RAGAB et AsKER( 32 ),
R I
CE et coll.
( 34 ),
ALEXANDER(1),
DÜPING( 12 ),
BRAKEL et coll.(6),
K NO T
T
( 2 6), JoRDÂo
et VEIGA( 23 )
sont d’ailleurssignificatifs.
WILLET(
42
)
note des différencesimportantes
entre les durées degestation
moyennes des descendants de 20 taureaux de race
Groninguen qui
s’éta-gent
en effet entre275 ,8
± 0,32 et2 85,i ±0,37.
Cet auteur trouve enfinune corrélation
positive
très élevée(-!- 0 ,8 2 )
entre ces valeurs et la duréede
gestation
dugéniteur correspondant.
Par contre, BuRRis et BLUNN(8),
HIRT(r 9 ),
BRIQUET et de ABREU( 7 )
n’observent aucune influence du taureau sur la durée degestation
de sesproduits. J AFAR
et coll.( 21 ) qui
ont
calculé,
comme nous l’avons vu, le coefficient derépétabilité
desdurées de
gestation
d’une même vache trouventqu’il
passe de 29p. 100à qi p. 100lorsque
l’on considère les valeurs obtenues pour des vachesaccouplées
successivement à un même taureau. BRAKEL et coll.(6), après
avoir mis en évidence des différencessignificatives
entre les duréesde
gestation
des descendants deplusieurs
taureaux pour les races Guer- nesey,Jersey,
Holsteinexpliquent
les faibles écartsenregistrés
sur ladescendance de
quelques
taureauxAyshire
par une réduction de la varia- bilitégénétique
due à une certaine forme deconsanguinité (line breeding).
Nous avons nous-mêmes, en utilisant les résultats relatifs à 3 mâles d’une étable de
Seine-Maritime,
où l’éleveurpratique depuis longtemps
l’éle-vage en
famille,
trouvé que les durées degestation
moyennes,corrigées
pour le sexe des veaux, des descendants de ces 3 taureaux sont
pratique-
ment
identiques (tableau IX). J 9 xAR
et coll.( 21 ) pensent cependant
que lesaugmentations
du coefficient deconsanguinité
de la mère ou du veaun’interviennent pas sur les durées de
gestation.
Nos documents relatifs aux autres
régions (Seine-et-Marne,
Yonne etLoiret)
étaienttrop fragmentaires,
par taureau, pour que nouspuissions
effectuer une étude
complète
de laquestion.
Il seraitpossible cependant,
avec l’extension de l’insémination
artificielle,
de réexaminer ceproblème
sur des
populations
suffisammentimportantes
de durées degestation
propres aux descendants de nombreux taureaux.
Une autre
possibilité d’analyse
des influencesgénétiques
est la déter-mination de l’héritabilité des durées de
gestation
àpartir
de corrélationsenregistrées
pour ce critère entre des individus liés par le mêmedegré
deparenté. Ainsi, J AFAR
et coll.( 2 i) après
avoircorrigé
les influences du sexedu veau et de
l’âge
de lavache,
calculentd’après
les corrélations entre1/2
frères et