NOTE
INFLUENCE DE LA COAGULATION DES PROTÉINES
DU LAIT SUR L’UTILISATION DIGESTIVE D’UN LAIT DE REMPLACEMENT PAR LE VEAU PRÉRUMINANT
R. TOULLEC
J.-F.
FRANTZEN C.-M. MATHIEU Yvette LENTO C. MARPILLAT Colette RAYNALStation de Recherches sur
l’Élevage
desRuminants,
Centre de Recherches de
Clermont-Ferrand,
I. N. R.A.,
.,Theix,
63110 BeaumontRÉSUMÉ
L’influence de la
coagulation
desprotéines
sur l’utilisationdigestive
d’un lait deremplace-
ment
(contenant 6 7
p. 100depoudre
de lait écrémé parrapport
à la matièresèche)
a été étudiéeen le rendant
partiellement
ou totalementincoagulable
par addition de citrate de sodium ou d’acidechlorhydrique
au moment del’emploi.
Les laits deremplacement
ont été distribués à 3veauxpréruminants
maintenus en cages à bilan entre lesâges
d’environ 8 et 100j. L’appétit,
la croissance et l’efficacité alimentaire ont été
plus
satisfaisants chez les animauxqui
recevaientle lait témoin et le lait citrate que chez ceux
qui
consommaient le lait acide(tabl. 2 ).
La modi-fication ou la
suppression
de lacoagulation
n’a pas eu deconséquence
néfaste sur lafréquence
des diarrhées. L’utilisation
digestive (tabl. 3 )
n’a été notablement diminuée quejusqu’à l’âge
de trois semaines ou d’un mois :
ainsi,
entre lesâges
d’environ 14 et 20j,
les CUDapparents
dela matière
organique
étaientrespectivement
de 94, 88 et8 4
p. 100 pour les laitstémoin,
citrate et acide au lieu de 97, 9! et9 6
p. 100àpartir
del’âge
d’un mois. Cela confirme donc que l’absence decoagulation
ne constitue pas un obstacle auremplacement
total desprotéines
du lait dans les alimentsd’allaitement ; cependant,
au cours dupremier
mois, il seraitprobablement judicieux
de conserver une
proportion importante
de lait écrémé.Dans les aliments d’allaitement actuellement utilisé pour
l’élevage
etl’engraissement
du veau, une
partie
du lait écrémé estparfois remplacée
par d’autres sources deprotéines (soja, levure, poisson...). Cependant,
lesprotéines
de substitution ontgénéralement
une utilisationdiges-
Adresse actuelle :
(’) Station
de Rechercheszootechniques,
Centre de Recherches deRennes,
65, rue deSaint-Brieur,
35 042
Rennes Cedex.
( e
)
Union desCoopératives agricoles
d’Alimentation duBétail,
B. P. 75, 0240o ChâteauThierry.
tive moins élevée que celles du lait écrémé
(cf.
revue de TOULLEC etal., 1973 ).
Celapourrait
êtredû notamment à
l’impossibilité,
pour cesprotéines,
deformer,
comme lacaséine,
uncoagulum
ferme dans la caillette sous l’action de la
présure.
L’absence decoagulation peut
entraîner des modificationsimportantes
dans ladigestion
desaliments ; ainsi,
enremplaçant
lesprotéines
dulait par celles du
lactosérum,
nous avons observé une accélération dans lavidange
stomacaledes matières azotées et des matières grasses
(T OULLEC ,
THIVEND etM ATHIEU , 1971 ). Cependant,
les
conséquences
de lacoagulation
desprotéines
dans la caillette sont controversées. KASTELIC, BE NT
LEY et PxILLIrs
(ig 5 o)
ainsi que BLAXTER et WooD( 1953 )
ont obtenu une forte augmen- tation de lafréquence
des diarrhées chez des veaux recevant des laits deremplacement
incoa-gulables
ou dont letemps
decoagulation
étaitaugmenté ;
enrevanche,
ces effets néfastes n’ont pas été observés par OWEN et al.( 195 8)
etN ETKE ,
GARDNER et KENDALL( I ()C72).
Nous avons donc étudié l’influence de la
coagulation
sur l’état sanitaire des animaux et l’utilisationdigestive
des aliments. Pourcela,
nous avons distribué à des veauxpréruminants
3
laits de
remplacement,
dont l’uncoagulait
normalement tandis que les 2 autres avaient été renduspartiellement
ou totalementincoagulables
par addition de citrate de sodium ou d’acidechlorhydrique.
Ces laits deremplacement
ont étépréparés
àpartir
d’un même aliment d’allai- tement(tabl. i)
dont lesprotéines provenaient
exclusivement du lait écrémé. Lepremier (lait
« témoin
»)
formaitrapidement
uncoagulum
ferme sous l’action de laprésure.
Les 2autres(laits
« citrate » et « acide
»)
ont été obtenus enajoutant
au moment del’emploi
auprécédent,
13,3 g de citrate de sodium ou 39 g d’acidechlorhydrique
pur(densité 1 , 1 8)
parkg
de matière sèche.Le lait citrate ne
coagulait plus
sous l’action de laprésure ;
ilpouvait
encoreprécipiter
sousl’action de l’acide
chlorhydrique,
mais lecoagulum
ainsi obtenu étaitgranuleux
et friable.Le lait acide formait instantanément un
coagulum granuleux qui
était remis ensuspension
trèsfine par
agitation énergique ;
il avait alors unpH
de 4,25et, ni l’addition deprésure,
ni celle d’acidechlorhydrique
nepouvaient,
invitro,
modifier son état. Ces différentes observations ont été vérifiées dans lacaillette,
lors del’abattage
des veaux.Chacun des aliments a été distribué à 3 veaux mâles de race
F y isonne,
achetés àl’âge
d’en-viron huit
jours
etplacés
dès leur arrivée dans des cages à bilans. Les mesures ont commencéune semaine
plus
tard et ont duré8 7 jours comprenant
unepériode
de 6j,
5périodes
dem j
eti
période
de 8j, séparées
par desinterpériodes
de 3j.
Les laits deremplacement
ont été distri- bués au seau deux fois parjour.
Laconcentration, qui
était de 120 g d’aliment d’allaitement parkg
de lait deremplacement
au cours des deuxpremières périodes, augmentait progressivement
pour atteindre 160 g à
partir
de la 6epériode.
Lesquantités
d’aliment d’allaitement distribuées parjour
étaientimportantes
etaugmentaient
avecl’âge :
elles étaient de 55 g parkg
depoids métabolique (poids V if O , 75 )
au cours des 3premières périodes, puis
de6 7
g,passant
ainsi pro-gressivement
d’un minimum de ikg
par veau à un maximum de 2,9kg.
Les méthodes depré- lèvement,
de mesure, dedosage
et de calcul ont été décritesprécédemment (PnRUELLE et al., 1972).
Le lait acide a été
beaucoup
moins bien consommé que les laits témoin et citrate, en raisonprobablement
de songoût âpre (tabl. 2 ) ;
l’un des veauxqui
le recevaient a d’ailleurs dû être éliminéaprès
trois semainesd’expérience
à cause d’une croissance très faible et il n’en a pas été tenucompte
dansl’expression
des résultats. Enconséquence,
tout aulong
del’essai,
la crois-sance et l’efficacité alimentaire ont été
beaucoup
moins satisfaisantes avec le lait acidequ’avec
le lait citrate et surtout le lait témoin
(tabl. 2 ).
La
fréquence
de l’état« diarrhéique
»(tabl. 2 )
a étéplus
faible avec les laits citrate et acidequ’avec
le laittémoin ;
il en a été de même pour lafréquence
de l’état « relâché n. Cesrésultats s’accordent avec ceux obtenus par OwErr et al.
( 195 8)
ainsi que par Bux’r et IRVINE( 1972
),
avec du lait renduincoagulable
sous l’action de laprésure
par addition de citrate de sodium et par NETKEet al.(i 9 62)
avec un lait dont lacoagulation était
retardée par addition de soudejusqu’à pH
8. La modification ou lasuppression
de lacoagulation
desprotéines
dulait ne semble donc pas avoir d’incidence
importante
sur la consistance desfèces, malgré
l’accé-lération entraînée dans la
vidange
stomacale des matières azotées et deslipides
par l’addition de citrate de sodium et d’acidechlorhydrique (FxnrrT Z EN
etal., 1973 ).
L’utilisation
digestive
de la matièreorganique (tabl. 3 )
du lait témoin a été élevée dès lapremière période
de mesure( 94
p.100 ) ;
elle aaugmenté légèrement
entre lapremière
et la secondepériode ( 97
p.100 )
pour demeurer sensiblement constante par lasuite ;
celacorrespond
à l’évo-lution
qui
estgénéralement
observée avec les aliments d’allaitementclassiques
riches en laitécrémé
(Tour. L EC
et MATHIEU,19 6 9 ).
L’utilisationdigestive
de la matièreorganique
des laitscitrate et acide a été moins élevée que celle du lait témoin au cours de la
première période (respectivement
88 et8 4
p.100 ).
L’écart observé entre le lait témoin et le lait citrate est devenu très faible dès la secondepériode.
Celui observé entre le lait témoin et le lait acide est devenu moinsimportant
àpartir
de la secondepériode
et a été très faible par la suite. L’utilisationdiges-
tive des matières
azotées,
des matières grasses et des matières minérales a suivi une évolutionanalogue
à celle de la matièreorganique (tabl. 3 ),
mais les différences observées au cours dupremier
mois ont étégénéralement plus prononcées,
surtout entre le lait acide d’unepart,
et leslaits témoin et citrate d’autre
part ; ainsi,
au cours de lapremière période,
l’utilisationdigestive apparente
des matières azotées a étérespectivement
de 75, 92 et8 7
p. 100au lieu de 95,9 6
et 95 p. ioopendant
les 5 dernièrespériodes.
L’utilisationdigestive
du lait deremplacement
n’adonc été fortement affectée que
jusqu’à l’âge
d’environ 3 semaines par lasuppression partielle
de la
coagulation
etjusqu’à l’âge
d’environ un mois par sasuppression
totale. L’absence de coa-gulation explique
donc l’utilisationdigestive
moins élevée(de
5 à 16 p. 100pour la matière orga-nique)
que nous avonsgénéralement
constatée au cours dupremier
mois parrapport
auxpériodes suivantes,
pour les laits deremplacement dépourvus
de caséine(TouLLEC
et al.,19 6 9 ;
PARUELLEet
al., 1972 ).
Enrevanche,
les différences observées au-delà dupremier
mois dans l’utilisationdigestive,
entre lesprotéines
du lait et celles deremplacement
ne seraient pas déterminées par l’absence decoagulation
maisplutôt
parl’origine
des matières azotées et latechnologie
de leurpréparation.
Lesystème digestif
du trèsjeune
veauparaît
donc insuffisammentadapté
à l’uti-lisation des
protéines
ne formant pas uncoagulum
ferme dans la caillette.L’équipement
enzy-matique protéolytique pancréatique,
enparticulier,
est encore peudéveloppé (T ERNOUTH ,
Si DDO
rrs et
T OOTHILL ,
1971 ; TExrrourx etRo y , 1973 )
et le rôle de la caillette dans ladigestion pourrait
alors êtreplus important
que par la suite.En conclusion la modification ou la
suppression
de lacoagulation
desprotéines
du lait par addition de citrate de sodium ou d’acidechlorhydrique
n’a pas eu deconséquence
néfaste sur lafréquence
des diarrhées. L’utilisationdigestive
n’a été notablement diminuée quejusqu’à l’âge
de trois semaines ou d’un mois. L’absence de
coagulation
ne semble donc pas constituer un obstacleau
remplacement
total desprotéines
du lait écrémé dans les alimentsd’allaitement ; cependant,
au cours du
premier mois,
il seraitprobablement
utile de conserver uneproportion importante
de lait
écrémé,
pour maintenir une utilisationdigestive
élevée.Reçu pour publication
en avril l9%4.SUMMARY
EFFECT OF COAGULATION OF MILK PROTEIN ON THE DIGESTIBILITY OF A MILK REPLACER IN PRERUMINANT CALVES
The effect of
protein coagulation
on thedigestibility
of a milkreplacer containing 6 7
p. 100 skim-milkpowder according
todry
matter was studied. To this end,partial
orcomplete
uncoa-gulability
of the milk was obtainedby adding
sodium citrate orhydrochloric
acid at the moment offeeding.
The milkreplacers
were offered to 3preruminant
calveskept
in balance cages between ages of about 8 and 100days. Appetite, growth
and feedefficiency
were more favourable in the animalsreceiving
control milk and citrate milk than in those fed the acid milk(table z). Change
or
suppression
ofcoagulation
did not have any unfavourable effect on thefrequency
of diarrhoea.The
digestibility (table 3 )
wasonly markedly
reduced till the age of three weeks or one month.Thus,
theapparent digestibility
coefficients(ADC)
of theorganic
matter were 94, 88 and8 4
p. 100respectively
forcontrol,
citrate and acid milkreplacers
versus 97, 97 and9 6
p. loo from the age of one month. Thisfinding
confirms that the absence ofcoagulation
does not constitute an obstacle to totalreplacement
of milkprotein
in milkreplacers. However, during
the firstmonth,
it wouldprobably
be advisable to maintain alarge proportion
of skimmilk in the diet.RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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