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STORAGE-ITEtt MAIN LI3RARY LPA-B56E U.B.C. LIBRARY

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(1)

STORAGE-ITEtt MAIN LI3RARY LPA-B56E

U.B.C.LIBRARY

(2)
(3)

Comte Camille de RENESSE

~? T

JÊS0S-CHK1ST

ses Apôtres

et

ses Disciples

AU X X me S

I

È C L E

BRUXELLES

Imprimerie Veuve Désiré Brismée

11,

rue de

la.

Prévôté, 11

igoi

(4)

THE LIBRARY

THE UNIVERSITY OF

BRITISH COLUMBIA

Gijt of H. R.MacMillan

(5)

DEDICACE

®4 (Monsieur l'Amiral TKÈVEILLÈRE

àBtest.

Cher et trèshonoré Confrère,

Aprèsavoir passé quarante ans surtouslesocéansdu monde, parmiles épreuves et lesdangers detoutesorte, «adoré devos hommes, incomparable aux jours de périlpar Vénergie et le

sang-froid », comme l'écrit un de vos officiers, après avoir parcouruentotissens lescinq partiesdu monde,vousaviezdroit au repos bien mérité;mais vous vous êtespersuadén'avoirpas assezfait pour laFrance, et vous avez consacrévos dernières annéesau relèvement moral de la patrie. Vosœuvres :

— La

Conquête del'Océan

— Un

coup de sonde dans l'Océan des mystères - Autourdît

Monde —

Les troisCaps

Méditations d'un Autarchiste

Contre ventetmarée - Croix etCroissant

Politique autarchiste - etc., etc.,

vous ont placé nu premierrangdespenseurs, des philosophes etdeshommesde

(6)

VI

lettres, comme vous Vêtiez parmi les commandants les plus populaires devosarmées navales.

Un

hasard nous miten rapports.

Le

magnifiquediscours que vous prononçâtes comme Président d'honneur des Bleus de Bretagne, en 1898, ausujet dugénéralHoche,

me

fitconnaître notre similitude de sentiments et d'aspirations sur les choses religieuses, politiques et sociales. Depuis lors, des relationsde plusenplusintimes s'établirent entre nous, etvosencouragements nontpaspeucontribué à

me

lancer avec plus d'ardeurdansla luttecontrelespréjugés, contre l'erreur et lemensonge Adoptant votre devise : « Honorer Dieu, aimer l'humanité, agir en brave », j'écriscevolume, que je vous dédie, sans crainte des anathèmesque

ma

franchisevasoulever autour de moi, et avec la convictionprofondeque je ne puisdavantagehonorerDieu et prouver mon amour de l'humanité qu'en luttant avec énergie contre lescauses de démoralisation qui empoisonnent votre beau pays deFranceet le mien.

Veuillezagréer,

mon

cheret trèshonoréconfrère, Vexpression de messentimentslesplus dévoués.

O DE RENESSE.

Niée, Château Beaulieu, i

w

Octobre 1900.

(7)

JÉSUS-CHRIST

ses -A- ;pô tire s et ses Disciples

AU XX-

e

SIÈCLE

Il

y

a dix-neufsièclesqueleChrista prêchésa religion depaix,de charitéetd'amour.

Il

y

a dix-neuf cents ans qu'il a dit

aux hommes

:

« Aimez-vouslesunsles autres, faites

aux

autreslebien

» que vous voudriez qui vous fûtfait à vous-mêmes,

ne

» faitespasàvotreprochainle

mal

quevous nevoudriez

» pasquivousfûtfait » (*).

En

cesquelquesmots, etavec l'adoration de Dieu, del'ÊtreSuprême, leChristrésumait toutelaLoi.

Nous

arrivons

au

vingtième siècle, et les

hommes

se haïssentlesunslesautres, etles

hommes

s'arment de plus en plus les uns contre les autres, et les nations entre- tiennent des armées plus formidablesquejamais, et les

moyens

de destructionles plus effroyables emplissentles

(*) Sr Matth.,cHap.xxn,§37,38, 39, 40.

(8)

arsenaux, et pour entretenir ces innombrables armées, pour fabriquer ces engins de carnage de plus en plus destructeurs et meurtriers,

on

accable lespeuples d'im- pôts,

on

lesruine, de telle sorteque l'on peut prévoirà brève échéancelaguerreterrible et fratricide, inévitable, fatale, qui couvrira l'Europe, qui se dit chrétienne, de millions de cadavres.

Nous

arrivons au vingtièmesiècle, et dela religion de paixet de fraternité, de charité et d'amour

du

Christ, nous avonsfait lareligionde haine, de terreuretde crime.

De

la

Bonne Parole

de Jésus de Nazareth nous avons

faitl'Evangile

du

sang.

Le

Christ devait racheterles

hommes

d'une faute ori- ginelle lesrendre meilleursetplusparfaits,lesrapprocher de Dieu.

Comment

les

hommes

sont-ilsdevenuspires, plus

intolérants, plus fanatiques que ceux qui le crucifièrent, plusacharnés dansleurshainesetpluscruels?

Nous

arrivonsau vingtième siècle, et cette religionde paix defraternité, de charité et d'amour, qui auraitdu couvrirle

monde

en

un

silong espace de temps, tantelle étaithumaine, vraimentdivine et belle, resteincomprise encore et inconnue à plus d'un milliard

d'hommes

sur quatorze à quinze cent millionsd'habitants.

Est-ce le Christ qui n'a point accompli sa promesse d'être avec ses apôtres jusqu'à la

consommation

des

siècles?

Ou

sont-cesesapôtres quil'ontabandonne,trahi, pour

mieux

dominerles souverains et les peuples, pour

mieux

assouvir leurs passions, pour accaparer plus de puissanceetd'honneurs, pour ramasserplusd'or?

Cette promesse

du

Christ ne devait êtreque condition- nelle car

évidemment

ilnepouvaitluiveniràl'idéedese

fairecomplice des innombrables crimes que ces apôtres

ou

ceux qui prétendaient l'être ont

commis

après les premiers siècles

du

christianismeet

commettent

encore

(9)

en son

nom.

L'histoire en est remplie, en est à chaque pageensanglantée.

Ou

leChrist estDieu,

comme

l'ont prétendu lesPères del'Eglise depuissaint Jean l'Evangéliste et saint Paul etsurtout depuisle Concile de Nicée, et dans ce cas il

devaitinspirer à ses apôtres,

aux

pasteurs des peuples, l'espritde loyauté, dejustice, de tolérance, d'abnégation dontil avait

donné

lesi sublimeexemple,et cela afinque les

hommes

nefussent pas induitsen erreurparceux-là

mêmes

qui se disaient sesmandataires,

ou

bieniln'estpas Dieusil'onprouve quecesmandataires,queces disciples, les pasteurs des peuples, ont outrageusement pratiqué l'astuce, l'injustice, l'intolérance, se sont livrés àl'ambi- tion,àlaspéculation,àlacupidité,enseignant

aux hommes

à sehaïr

au

lieude s'aimer, leur donnant l'exemple de l'hypocrisie

au

lieude l'exemple deladroiture.

Comment

expliquer logiquement queleChrist-Dieu qui avaitchasséles

marchands

du temple à Jérusalem ne les ait pas chassés à coups de lanières de la surface du

monde

?

II

Il

y

adix-neufsièclesqueleChrista prêchésareligion depaix, defraternité, de charitéetd'amour.

Il

y

a dix-neuf cents ans qu'il a dit à ses apôtres :

« N'amassezpoint de trésors surla terreoùla rouilleet

« les vers les consument...

Vous

ne pouvez servir en

»

même

temps Dieuetlesrichesses. » Et depuis dix-neuf centsans, sesapôtres n'ontsongéqu'àaccumulerrichesses

(10)

10 JÉSUS-CHRIST

sur richesses, trésors sur trésors, à se bâtir des palais somptueux, des monastères

immenses

etd'une opulence inouïe, àse vêtirde pourpre, desoie etd'or.

« Allezet prêches,leurdisait-il;n'ayezni or, niargent,

« ni autre

monnaie

dans vosceintures, point de sacde

» voyage, ni souliers, nibâton. ••Etlesapôtres

du

Christ ont éblouile

monde

de leurluxe insensé, dépassantcelui des plusgrands rois etempereurs de la terre, prélevant jadisladîme, rançonnant aujourd'hui pauvreset riches au

nom

du ciel,dupurgatoireetdel'enfer.

Le

Christa dità sesapôtreset àses disciples: <• Lors-

;

- que vous voudrez prier, priez Dieu en secret, entrez

•• dans votre

chambre

etfermez-enla porte... N'affectez

. « pas de parler beaucoup,

comme

fontles païens, qui

« s'imaginent qu'à force de paroles,ils seront exaucés.

•• Dieusait de quoivous avezbesoin, avant que vous ne

» le lui demandiez ^.

Et

les apôtres ont

composé

de longues prières

comme

lespaïens, des oraisons

innom-

brables, deslitanies de toute espèce, ontbâtidestemples infiniment plus ornés, plus riches queletemplede Jéru- salem, quelesplus merveilleux théâtres,

y

ont organisé des représentations fastueusestelles que n'en ont jamais imaginéeslesnationslesplusidolâtres,

y

donnentaujour-

d'hui simultanément sermons, conférences, cérémonies, spectacleset concertspayants, àgrand renfort de caril- lon, decloches, debourdonsetde réclame.

Le

Christ aditaussi:"

Ne

jugez pointafinque vous ne

« soyez pointjugés, carvousserezjugés selonque vous

* aurez jugé les autres ».

Et

les apôtres ont élevé des tribunauxexceptionnelsdevantlesquels ils ontappeléles rois, les empereursetlespeuples afindelescourbersous leuromnipotence.Ils ontétablidestribunaux secrets

ilsontappliquéla questionet les tortureslesplus épou- vantables. Ils ont imaginé des raffinementsde supplices

(11)

plus cruels que ceux qu'avaient inventés les tyrans de l'antiquité,les barbares. Ils se sont faitjuges de tout ce quipouvait entraver

ou

gêner leur ambition, leurrapa- cité, leur cupidité, leur soifdedomination,de luxeetde luxure.

Le

Christ a dit encore : «Gardez-vous des faux pro-

» phètes quiviennentàvous

comme

des brebisetquiau

» dedanssont desloups affamés, dévorants»(*),

Et

lesfaux prophètes sontvenus avec des croix pecto- ralesd'émeraudes, de topazes, de saphirs, de brillants et de rubis, suspenduesàdes chaînes d'or massif, avec des tiares etdes mitres resplendissantesdeperles etdepierres précieuses, vêtus de soie, de brocard et de pourpre, imitant d'abord la voix innocente et douce des brebis, maisaffamésdansleur

cœur

dedésirs effrénés, insatiables, cruels etdévorants

comme

des loups, répandant autour d'eux la terreur, la misère et la haine.

Nul

deceuxqui connaissentlesEvangilesetl'Histoiren'osera

me

démentir.

UI

Environ mille ans avant leChrist, le

Brahmanisme

se substituaitau Védisme,laplusanciennereligiondel'Inde, qui personnifiait lesgrandes forceset les

phénomènes

de lanature.

L'axiome du

Brahmanisme

étaitque »exnihil nihilfit»

(de rien, rien ue se produit), d'où les'transformations éternelles de la matière, la transmigration des

âmes

et l'affranchissement successif de la transmigration par l'absorptionde l'àmeindividuelle dans l'âme universelle.

(*) St Matth.,ch. vu.15.

(12)

12

En somme, lepanthéismequi

plustardtutaussi la religion des Druides.

Six siècles avant Jésus-Christ,

un

Dieu naissait d'une vierge dans

une

ville de l'Inde, tout

comme

étaitissu d'une vierge également, quelques siècles avant lui,

Krischna,

incarnationde Viehnou, la Trinité hindoue, tout

comme

le Christ naquit plus tard à Bethléem.

Ce

Dieu,

Gautama Çahia-Mouni,

comprit que les misères de l'humanité étaient inséparables de l'existence; que l'existencemisérable avaitprincipalement pour causeles passions et les désirs

immodérés

; que le seul espoirde délivrance

du

renouvellement éternel par l'éternelle transmigration, étaitladestruction desdésirsinsenséset des passions violentes; qu'il fallait

combattre surtout Vignorance, par

le

moyen

delascience qui

montre

la véritédeschoses decette terre, lafolie des'attacher

aux

objets périssables, la possibilité et la nécessité de se dégagerdesliensdelamatière par l'élévation de l'esprit etdu

cœur

etpar l'amour

du

prochainqui fait désirerle

bonheur et le salut de tous les êtres autant que le sien propre.

Comme

Jésus-Christ,qui resta quarante jours dans le désert, Çakia-Mouni, six siècles avant Jésus-Christ,

demeura

quarante-neuf joursdans la forêt hindoue sous l'arbredeBô, jeûnant etméditant, repoussantvictorieu- sementlesattaquesetlestentations deMàra, l'esprit

du

mal, puisilpritson

chemin

versBénarès,

comme

Jésus, plus tard, vers la Galilée, et prêcha sa doctrine

à

ses premiers disciples qui devinrent le

noyau

de la secte nouvelle, leBouddhisme.

Ce rapprochement de trois Dieuxnaissantàsix etdix siècles d'intervalle, issus tous trois d'une vierge, ensei- gnant à peu près les

mêmes

principes, la

même

doctrine

esttout

au moins

étrange.

(13)

Cinqsièclesaprès Jésus-Christnaissait

non

pas

un

Dieu, mais

un

prophète,

Mahomet,

qui

au nom

de Dieu,d'Allah, enseignaitaussiunereligionnouvelle.

Cestrois religions separtagent encore laplus grande partiedu

monde.

Le brahmanisme

etlebouddhisme, la plusnombreuse, quidatededeuxmillecinq centsàtroismilleans,

compte

encore six cent trente millions d'adeptes.

Le

catholi- cisme ne

compte

que deux cent millions d'adhérents,le protestantisme, cent quatre-vingt-dixmillions, le

maho-

métisme, deuxcent soixante-quinze millions environ.

Cestrois religions qui,àleurdébut,paraissaientdevoir régénérer l'humanité, rendre les

hommes

meilleurs, apporter

mie

plus grande

somme

de félicité, de perfec- tionnement

moral

etmatériel, deprogrèsen

un

mot,ont, après les premiers

temps

de foi naïve, de généreuses espérances,fait failliteàleur

programme.

Lesconditions d'existence sontdevenuespires, l'exploi- tation des faibles par les forts est devenue sans cesse plusintolérable, l'ignorance s'estaccruedans lesmasses abrutiespar les lithurgies compliquées par les formules obscures, ténébreuses, la charités'estchangée enintolé- rance, enpersécutions, l'amour

du

prochain

a

fait place àlahaine.

Est-celafautedesDieux

ou

desprophètes?

Nullement. Ils étaient sincères, ils étaient justes, ils

avaient étudié les plus sérieux problèmes, ils avaient approfondi les relations de l'humanité avec l'Etre suprême,ilsavaientcomprisles liens étroits quimettent

les lois de la nature en

harmonie

avecl'immatériel, qui unissent les éternelles transformations de la matière

à

l'éternelleforcequel'ondevineet quilesdirige.

Mais les apôtresde Krischna, deCakia-Mouni,

comme

ceux

du

Christ,

comme

ceuxde

Mahomet

ont eu vite fait

(14)

H

JÉSUS-CHRIST

de transformer à leur profit lesenseignementsdesDieux etdes prophètes, de travestir leur pensée, de dénaturer leurparole,detrafiquerde l'enthousiasmeque leur appa- rition sur la terre avait soulevé dans tous les cœurs avides devérité etde lumière, d'établirdesdoctrines, des règles nouvelles, de multiplierles sacrifices, les prières, les cérémonies lucratives, dediviser les

hommes

aulieu deles rapprocher, pour

mieux

lesasserviretlesdépouil- ler, d'étouffertoutescience, toutevelléité deréfléchirou depenser, tout examen, toute discussion.

Dans

le catholicisme quelques rares apôtres sont restés plusfidèlesau Christ qu'à l'Eglise, saintFrançois d'Assise, le fondateur des franciscains

au

xnie siècle, le

moine

Savonaroleau

xv

e, ledominicainGiordano

Bruno au xvn

e. Ces deux derniers furent brûlés vifs par ordre del'Inquisition,lepremierplusmodeste et

moins

dange- reuxfutcanonisé, ce qui parut le

moyen

le plus habile

;

d'empêcher le développement de sa doctrine

purement

humanitaire, démocratiqueet socialiste.

IV

L'ignorance des peuples afait de tout

temps

la force desapôtres.Aussilesapôtresetlesthéologiensse sont-ils efforcésdel'entretenir.

Leur œuvre

aétéune

œuvre

de ténèbres.

Anciennement,lorsquelesLivresSaints, lesmanuscrits enfermés clans leséglises et les couvents, n'étaientpasà.

Japortéedetous, leurbesogne était simpleetfacile. Les laïquesn'en avaientnullenotionniconnaissance.

(15)

Depuisl'inventiondel'imprimerieetdepuisla

Réforme

cette besogne est devenue de jour enjour plus difficile,

pluscompliquée.

Ilnesuffisaitpluseneffet d'enfermer les sources dela foidansunearmoire, derrière

un mur

infranchissable.

La

lumière avaitenfinjailli, ilfallaitl'étouffer.

Avec

uneadresse incroyable,grâceà leuromnipotence,

à

leur richesse, etgrâcesurtoutàl'ignorancedesmasses, lesapôtresont lutté avec énergie contre toute lumière, contre toute émancipation de la pensée. Ils ont en ces dernierstemps eul'habileté de s'emparer deslivres etde lapresse. Jadis avec le père Loriquet ils travestissaient l'histoire, aujourd'hui ilstravestissentlesfaits dechaque jour, ils s'accaparent de l'opinion publique

non

plus parl'obstruction etpar la conspiration

du

silence, mais parl'intrigue, par les journaux qu'ils rédigent

ou

qu'ils achètentetparlapuissancedel'argent.

Les masses incapables de s'instruire faute de temps, fautededocuments, fauted'éducateursloyauxet sincères, restent crédules, craintives, abruties, exploitables sans vergogneetsans merci.

Ainsielless'imaginentqueleChristianismeet leCatho- licisme, d'institution divine, ontétéfondés par leChrist dans leur forme actuelle.

Le

plus grand

nombre

est persuadé que le Christ a dicté lui-même lesEvangiles, qu'ils ont tout

au moins

été dictés par le Saint-Esprit, qu'étantinspirés par Dieu, les quatre Evangé).:stes sont d'accord, nediffèrentque par la forme ou pard'insigni- fiantsdétails.

Les théologiens d'aujourd'hui ne peuvent

môme

plus soutenircettethèse sérieusement. L'étude del'exégèse et l'étude del'histoireontfaitjusticedel'inspiration divine.

L'inspiration divine ne peut

commettre

une erreur, ne

(16)

16 JÉSUS-CHRIST

peut avoirdicté les

mêmes

faits quatrefois etde quatre façons différentes.

Maisquidonc étudie l'exégèse et l'histoire? A-t-on le

temps

decela,dansnotreviefiévreuse?Celuiquiparcourt en automobile soixante

ou

soixante-dix kilomètres

à

l'heurea-t-il le loisir de regarder le paysage, les villes, lesvillagesqu'iltraverseavec lavitesse d'un météore?...

L'histoire? C'est

vieux

jeu... Les apôtresnesont-ilspas là

pour

nous instruire

du

haut de la chaireetpar leurs journaux? Celasuffit.

Cela suffit peut-être maintenant, jusqu'au jour

où au vieux jeu on

substituera

un jeu nouveau,

bien inattendu, jusqu'aujour

l'antagonisme sans cesse plus profond entreleprolétaireetleriche

chambardera

ce qui restera delafortune des nations.

Que

lericheetle prolétaire s'instruisent

au

contraire,

ilsse réconcilieront. L'antagonisme vient de leur igno- ranceetl'ignoranceengendre l'égoïsme ettouslesvices.

C'estlemalentendumortel.

Lorsqueleriche

comprendra

ses devoirs, leprolétaire

comprendra

etaccompliralessiens.

A

quoicela sert d'étudier l'histoire etd'approfondirles religions?

A

éviter de

tomber

dans les erreurs qui

ont

englouti,après tant de siècles, de milliers d'années de luttes et d'efforts, tant de civilisations, les civilisations de l'Inde, de la Médie et de la Perse, les civilisations égyptiennes, grecques, bysantines,romaines.

C'est faute d'avoir appris

aux

peuples,

aux

riches

comme aux

pauvres, l'histoire politique et l'histoire religieuse, queles peuples sont sans cesse retombés sous lejoug

du

double despotismepolitique et religieux, ont étéreplongésdanslabarbarie.

L'ignorance

empêche

etarrêtetout progrès.

L'ignorance livre les masses

aux

exploiteurs laïques

(17)

et sacerdotaux. Elle

mène

les peuples

à

la superstition, aufanatisme, aucrétinisme, àl'abrutissement.

L'ignorance est contraire

aux

lois de Dieu et de la nature qui ont doué

l'homme

d'intelligence pour qu'il s'instruise,pourqu'ilseperfectionne.

Tout homme donc

quientravel'instructionpolitiqueou religieusede ses semblables

ou

qui les trompe,

commet un

crime.

Tout homme

qui les instruit, leur ouvre la voie de la vérité, fait

œuvre

utile, bienfaisante, patriotique, humanitaire.

J'ai ditquelesmassess'imaginent quele Christianisme etle Catholicisme, d'institutiondivine, ontétéfondéspar

le Christdansleurformeactuelle.

C'estuneerreur!...

Le

ChristianismeetleCatholicisme onteude longstâtonnements.

Les théologienslesavent, les masses l'ignorent.Il est

bon

que tout le

monde

apprenne ce

que

le

Christ a voulu

etce

qu'ont voulu

etréaliséles

hommes,

ses disciples,

après

lui.

Le

Christ a été lavictime des prêtres etdes réaction- nairesdeson temps quel'onappelait alorsscribes, rabbis, pharisiens, qui exploitaient le

Mosaïsme

à leur profit,

dominaientetrançonnaientlesmasses au

nom

deJéhovah, vivaientdelanaïvetéetdelacrédulitépublique.

Du

jour

Jésus de Nazareth dit au peuple dansses sermonssurla

montagne

: «Sivotrejustice n'estpas plus

(18)

18

» grande que celle des scribes et des pharisiens (prêtres

» etréactionnaires) vous n'entrerez pas

au royaume

des

* cieux...

Ne

faitespas

comme

ces hypocrites quiaffectent

» de prier en se tenant debout dans les synagogues...

» Lorsque vous voudrezprier,entrezdansvotre

chambre

» et après en avoir fermé la porte, priez votre pèreen

» secret...«, dece jour les prêtres

condamnèrent

Jésus.

Du

jour surtout où, prêchant plusouvertement encore contreleclergé de sareligion et de son temps, Jésusdit

au peuple: «Les scribes et les pharisiens font leurs

» actions afin d'être vus des

hommes,

c'estpourquoiils

» affectentdeporter des phylactères plus largesetd'avoir

» des franges plus longues.

Ne

faitespoint ce qu'ilsfont,

» car cequ'ils disent ils ne le font pas..., ils aiment les

» premièresplacesetlespremièreschaises danslessyna-

» gogues (églises), àêtresaluéssurles places publiques,

» à être appelés rabbis(prêtres) parles

hommes»,

de ce jourlesprêtres décidèrentdeleperdre.

Du

jourenfin

Jésus s'écria dans

un

grand

mouve- ment

d'indignation: «

Malheur

à vous, scribes etphari-

» sienshypocrites,qui, sous prétexte de longuesprières,

» dévorezla

maison

des veuves...,

malheur

àvous,scribes

» et pharisiens hypocrites, qui êtes semblables à des

» sépulcres blanchis..., serpents,racede vipères,etc... »,

de ce jourlahaine des prêtresneconnutplus de bornes, etlesuppliceet la

mort

de Jésus furentrésolus.

Le

Christ ne voulait

donc

ni prêtres, ni hiérarchie sacerdotale, ses paroles sont formelles : « Mais vous,

» disait-il à ses disciples, ne vous faites point appeler

» rabbis(prêtres),carvousn'avezqu'unseulmaitre, Dieu,

» et vous êtes tous frères. Celui qui est le plus grand

» parmi vousserale serviteur des. autres, carquiconque

p

s'élèvera sera abaissé et quiconque s'abaissera sera

» élevé».

(19)

Aussiles prêtres deJéhovah,

menacés

dansleurcsiné- cures fructueuses, dans leurs richesses incalculables, se liguèrent-ilspour lefaire

condamner

àla torture infa- mante, à la mort.Ilsl'accusèrent devant les autorités romainesd'être

un révolutionnaire

politique, d'avoir voulusouleverlepeupleen vued'usurperlaroyauté.Cela résulte pleinement de la comparution de Jésus devant Pilate etdevantHérode.

Pilate et

Hérode

haussèrentlesépaules, neletrouvant coupable ni d'ambitionner la divinité, ni d'aspirer à la

couronneroyale, cepauvrefilsde charpentierqui n'avait nitrésor, nibourse,ni armée,ni épée, nibâton.Ilsvou- lurentlesauver.

Mais il avait attaqué le clergé hypocrite et prévari- cateur, il fallait qu'il mourut. Les prêtres habiles à tromperlesfoules leur persuadèrent deréclamerlesup- plicede Jésus

au

lieudeceluide Barabas et les prêtres

triomphèrent.

On

luimit donc pardérision,au pauvrephilosophe vêtu dehaillons, la couronne d'épinessur latète,

on

luimit dans la

main comme

sceptreun roseau,

un

lambeau de pourpre sur les épaules

comme manteau

royal. Surla croix

on

inscrivit :« Jésus deNazareth, roidesJuifs».

Nulle partdanssa passion ilnefutquestionde sadivi- nité. Jésusfut donc

condamné

et exécuté sous le faux prétexte d'avoir prétendu s'emparer de la royauté, lui quijamais nes'étaitappelélefilsde David.

Ce queleChrist

voulut

donc,futunereligionsimpleet sans faste,basée surl'amourdel'Etresuprêmeetl'amour de l'humanité,unereligiondepaix,de bonté, de tolérance, dedouceur, de charité, defraternité universelle, prêchée pardesdisciplessimplesetpauvres

comme

lui,neportant ni phylactères, ni franges plus longues, ne se faisant appelerniprêtres, ni rabbis,ne recherchantnilapourpre,

(20)

ni les titresambitieux, ni la richesse, ni la domination temporelle.

Ses apôtresetses disciples ont-ils réaliséce

programme

C'estcequenous auronsàexaminerplustard.

VI

Lorsque le Christ

monta

auCalvaire et subit l'affreux supplice, nul n'avait encore écrit son histoire, fixépar écritsadoctrine, ses actes, ses discours, ses sermons,ses paraboles,sesmiracles.

Le

Christ qui savait écrire, selon les Evangélistes, n'écrivit point. Il ne chargea aucun de ses apôtres, de ses disciples, de rédigersesenseignements.

Longtemps

encore et pendant de longues aimées les événements de sa vie, de son jugement, de sa mort, se transmirent debouche en bouche,

par simple

tradition orale, et cenefutquevingt-cinqà trente ans aprèsla scène

du

Calvaire que les premiers évangiles parurent.

L'Evangile de saintMatthieudatede l'an 61. L'Evangile desaint

Marc

parutenviron trenteansaprèsla

mort du

Christ enl'an63. Saint

Luc

écrivitle sien versla

même

époque. Toutes ces dates sont d'ailleurs incertaines. Il s'en produisit alors successivement

im

grand nombre, quaranteenviron, qui tous différaient dans leurs récits, racontaientlavie

du

Christ,de très

bonne

foi d'ailleurs, dequarante manièresdifférentes et furent plusou

moins

arbitrairement déclarésapocryphes.

Aujourd'huil'onn'estpas encore parvenuàfixerexacte-

ment

ladate delanaissance de Jésus deNazareth.

(21)

On

nesaitpas, à six ans près,

quand

Dieu, voulantse faire

homme,

selon les théologiens, descendit sur la terre.

En

effet, auvie siècle,soitcinq centsetquelquesannées aprèsJésus-Christ,

un moine

érudit, Denys-le-Petit,crut avoirtrouvéladateprécise de la naissance del'homme- Dieu. Ce fut lui qui introduisit l'usage de compter les

années chrétiennesàdaterdel'an 753 delafondation de

Rome.

Cette

méthode

fut appelée Dionysienne. Plus tard

on

s'aperçutqu'il s'étaittrompé,mais

on

ne changea rien.

Le

savant cardinal Baronius, Scaliger, Vossius et d'autres trouvèrent, d'après certains documents, quele Christ devaitêtrenél'an751.

Le

célèbrepèrePétau

prouva

aucontrairequela nais- sance du Christremontait à 749. Cappel et Jean Kepler la firentremonter à 748, SulpiceSévère à l'an 750, Paul deMiddelbourg àl'an 756,Hervot àl'an 754.

Bref,

on

ignore encore absolumentaujourd'hui, chose bien extraordinaireetbizarreen une matièreaussi grave et divine, àquelleépoqueexacteestnéleChrist-Dieu.

Cela

met

quelque trouble sur la date du massacre des innocentsdont nul historien de l'époque n'a parlé, bien que pareil fait eut valu la peine d'une mention, sur le

voyage

en Egypte, sur la visite des rois

mages

venus d'Orientetguidésparuneétoile qui se

trompa

de

chemin

et les conduisit à Jérusalem

au

lieu de les conduire à Bethléem.

L'histoirede Jésusfutdonc si

mal

établie et fixéedans

lespremières annéesaprès sa

mort

que nulnes'avisa de s'enquérir de la date de son apparition surnaturelle et divinedansle

monde.

N'était-ce point qu'onne laconsi- déraitalors ni

comme

divineni

comme

surnaturelle?

Ce qui est plus étrange encore, c'est que lespremiers

(22)

22 JÉSUS-CHRIST

qui écrivirent cette histoire de sa vie, ïes Evangélistes synoptiques ne parurent nullement croire à la divinité

du

Christ. Ils le considéraient

comme

prophète,

comme

envoyé de Dieu,

comme

investi d'ime mission spéciale pour enseigner

aux hommes

la justice et la vérité que pratiquaient si

mal

les prêtres de Jéhovah,

comme

le

Messie

annoncé

parl'AncienTestament, mais nullement

comme

Dieu.

Cela ressort

non

seulement de l'étude des trois pre- miersEvangiles,maislesthéologiens ancienset

modernes

ontété forcés, malgré eux, de l'avouer timidement eux-

mêmes.

VII

Si nous étudions l'histoire des premiers siècles de

l'Eglise, les tâtonnements, les transformations succes- sives

du

Christianisme, nous en

sommes

plusconvaincus encore.

Jene fais point ici

un

livre pédagogique, unedeces interminables etbrumeusesdissertationsqui

encombrent

inutilement les bibliothèques, jerésume,jesynthétise ce qu'ilsera

donné

à tout

homme

de

bonne

foide vérifier aiséments'ilveutsedonner la peine defaire

un examen

plusapprofondidessources dela foi.

Leshistoriens sérieux, honnêtes, impartiaux ne

man-

quentpas, c'estdansceux-làqueje puise.

Je n'ai

aucun

intérêt à mentir. Je ne cherche pas à propager ime religion nouvelle, à faire prévaloir telle secteplutôt que telleautre, à défendre

une

organisation sacerdotale

ou

socialequelconque. Jene chercheniprofit, ni honneurs, ni gloire. Je

me demande

toutsimplement

(23)

ce qu'avoulule Christetce qu'ontfaitetce qu'ontvoulu sesapôtresetses disciples depuis dix-neuf centsans.

Ce qu'a voulu le Christ?

Une

religion de paix et de charité,de tolérance, de fraternitéuniverselle qui ne s'

pas réalisée, car tout ce que nous voyons, tout ce que nous constatons dans l'histoire politique et sacerdotale decesdix-neuf cents ansest enopposition formelleavec ses enseignements, avec sadoctrine, en est la flagrante antithèse.

Comment

donc est-on arrivé à fausser peu à peu la

doctrineduChrist?L'étude del'histoirenous l'enseigne.

Ainsiqueje l'aidit plus haut, ladatede lanaissance duChristestencoreincertaine.

L'époque de l'apparition des premiers Evangiles est toutaussiindéterminée.

Saint Irénéefixe la date du premierEvangile, celui de saintMatthieu,àTan61 del'èrechrétienne,soitvingt-huit ansaprèslascène duCalvaire, on/.eans aprèslapremière réunion desapôtres Pierre, Paul, Jean, Jacques et Bar- nabe àJérusalem.

On donna

plus tard à cette réunionle

nom

de premierConcile Général.

A

cetteépoque déjàde graves dissentiments surgirent.

L'Evangile écrit par saint Matthieu en langue Syro- Chaldaïque disparut peu après avoir été écrit.

On

n'en possède que lestraductions grecqueset latines dont les auteurs sont inconnus. Ces traductionssont-elles fidèlesf.

On

lesuppose mais

on

n'enapasla preuve.

C'estce qui constituelepremier et leplus anciendes Evangiles, l'Evangile desaint Matthieu.

LesEvangiles de1saint Marc, de saint

Luc

ne parurent que quelques aimées plus lard. Celui attribue à saint Jean,le dernier en date, ne parut quetout à la tin du

siècle.

Aucun

deces Evangiles nenous estparvenu dans son

(24)

texte authentique, en sorte que l'Eglise elle-même les qualifie: selon saint Matthieu, selon saint Marc, selon saintLue, selonsaintJean.

Pendant

cent cinquante ans environ, ces récits de la vieduChrist,plus

ou moins

discutés,quant àleurorigine, jouirentdepeu d'autorité (*).

On

peut affirmerentoutcas, quejusqu'aux prédications desaintPaul, quine connut pas Jésus, etjusqu'à l'Evan- gile desaintJean, c'est-à-dirependant plus de soixante ans. del'aveude saint Augustin lui-même, nullepart, la divinitédu Christ ne futnettementaffirmée. Saint Paul enesten quelque sorte l'inventeur,saint Jean l'Evangé- liste lepremier propagateur.

Lesthéologiensmodernes, de

bonne

foi,sont forcéspar l'évidence de l'avouer

eux-mêmes

et de convenir

au

surplusque, dans toutl'ancien testament,iln'existe pas

un

texte, nidansMoïsenidanslesprophètes, quiétablisse avecclarté la divinité

du

Messie.

Les trois premiers Evangélistes ne voient en Jésus- Christ qu'un réformateur, qu'un prophète, qu'un

homme

inspiréde Dieu,mais nullement Dieu lui-même.

Bien plus, pendanttoute savie, Jésus nes'estjamais affirmé

comme

Dieu, pasplus dans ses sermons sur la

montagne

que dans son

jugement

devant Pilate et les prêtres, età son heure dernière.

Tout

le tempsil s'est qualifié lui-mêmedefils de

Vhomme,

quelquefois mais trèsrarementdefils de Dieu,

comme

il considérait que nous l'étionstous,mais jamais ilnes'est appelé Dieu

ou

Dieulefils. Cetteinterversion defilsde

Dieu

en

Dieu

le filsestvenue longtempsaprèslui.

Pourquoi Jésus s'est-il appelé vingt fois le fils de

ïh<>mme

d'après ce quenous racontentsaint Matthieu,

(*) Papias dansEusèbeH. E.in, 39.

Irénée,adv. h'jer.m.2et3. Justin apol.1,33, t6,67.Liai. cura.Typh. 10,100, 101, 102, 103, 104, 105, 100, 107.

(25)

saintMarc, saint

Luc

et saint Jeans'il était vraimentet incontestablementDieu lui-môme?

Etait-ild'unDieude s'appeler lefilsde

l'homme

lors- qu'ilnel'était pasetaurait dûsavoirpertinemment,si le fait étaitexact, qu'aucun

homme

n'avait participé àsa création?

Pourquoile Christnes'est-iljamais nettementetcaté- goriquement posé

comme

Dieu, déclaré Dieu? C'est

évidemment

qu'ilnelecroyaitpaslui-môme.

Pourquoi s'est-il appeléle filsde

l'homme

? C'est qu'il croyaitl'être.

Donc

la divinitéduChristn'apasétéannoncée,elle n'a jamais été affirméepar le Christ lui-même, ellen'apas étéreconnueaprès sa

mort

avantl'EvangiledesaintJean écrit verslafindu premiersiècledu Christianisme. Elle nes'est infiltrée que peu à peu dans la croyance des masses pendantlesdeux premierssièclesduChristianisme etn'aété définitivementétablie

comme dogme,

qu'après de longues luttes, controverses, discussions, que trois centsans environ après leChrist, en 325,

au

Concilede Nicéedirigépar

un

hérétique,l'EmpereurConstantin, qui après d'innombrablescrimesetcruautés voulaitunereli- gion d'Etatàlaquelle ilnecroyaitpaslui-môme.

Tout

ceci est de l'histoire que les ignorants ne con- naissentpas. Jedéfiequelesthéologiens

me

contredisent.

VIII

Les Evangilessont-ils d'inspiration divine, ont-ils été dictésparleSaint-Esprit?"Ilestpresque puérildelepré- tendre, aujourd'hui que l'exégèse ena fixé les dissem-

(26)

26

blances,leserreurs,lescontradictions.L'undenossavants théologiensenconvientlui-même. Jecitesesparolesque

j'ai déjà notées en épigraphe dans

un

autre ouvrage:

« LesEvangiles sont desmémoires,desnotes juxtaposées

i> avecplus

ou moins

d'ordre, c'est-à-dire de désordre».

« Les faits historiques sur lesquels se base la science religieusedu Catholicisme s'imposent

aux

appréciations dusage et à la critique

du

philosophe,

comme

tous les autresfaitsdel'histoire » (*).

Ilest d'autant pluspuérilde leprétendre queleSaint- Esprit aprèss'être

donné

lapeinede (iicter les Evangiles n'en auraitcertainement pas laisséperdreles originaux.

C'estabsurded'imaginerqueDieunous transmette saloi etprenne sipeude soinde nouslaconserver.

SilesEvangiles étaient d'inspiration divineetavaient été dictés par le Saint-Esprit, ils seraient clairsaulieu d'être obscurs et diffus, ils seraient identiques

au

lieu d'être différents, ilsraconteraient les paroles, les para- boles,les faits de la vie

du

Christ dela

même

façon

au

lieudelesraconterendes versionscomplètementdissem- blables.

Le

Saint-Esprit nepouvait, en voulant dicter à saint Matthieu la généalogie

du

Christ, lui en donner

une

autre, celledesaint Joseph, qui n'établissait nullement que le Christ descendit de David.

Un

Esprit -Saint ne peutsetromper àcepoint,avoirmiepareille distraction.

Le

Saint-Espritne pouvait dire àl'un de ses apôtres queleChrist rencontra deuxpossédés

au

paysdesGéra- séniensetaffirmerà

un

autreapôtre qu'iln'enrencontra qu'un. Il ne pouvait surtout raconter le jugement

du

Christet sa résurrection de quatre manières tellement différentesqu'onnesaitplus à quel saint sevouer,àquel Evangileilfautaccorderla préférence. Si l'on s'explique

(*)Abbé Frémont(La DivinitédeJ.-C. etlaLibre Pensée).

(27)

27 quelesapôtres aient

pu manquer

de mémoire, transcrire des

on

dît, des légendes qui ne s'accordent pas entre elles, on nepeutadmettre que le Saint-Esprit ait

pu

les induire àce pointenerreur.

Le

Saint-Esprit enfin ne pouvait mettre le Christ en contradictionavec lui-môme,luifaire dire à

un moment

«

Tu

honoreras tonpère et ta mère..., que celui qui dira des paroles outrageantes asonpèreou àsa

mère

soitpuni demort..

.,tuaimeras ton prochain

comme

toi-même,etc » eta

un

autre

moment

: «Celui quinehait pointsonpère samère,sa

femme,

ses enfants, ses frères, ses sœurs et encore son âme, ne peutêtre

mon

disciple». (Luc, xiv,26.)

Jamais

on

ne

me

persuadera que le Christ ait pu'dire ces dernièresparoles. Il ne connaissait ni haine, ni vio- lencele

doux

philosophe Galiléen qui prêchait l'amourde Dieuetdes

hommes,

qui relevait la pécheresse possédée de sept démons, Marie-Madeleine, qui pardonnait à la

tomme

adultère. Cen'estdonc

qu'aprèslui et assez long- temps après lui que les auteurs des quarante-quatre Evangiles sont venus dénaturant dans leurs écrits sa pensée, sa parole. Ils l'ont faitdebonnefoisansdoute transcrivant sansespritdecritique etd'analyse toutesles légendes quel'onavait inventées surlaviedeJésus.

Aussil'Eglisequi,pendanttoutlemoyeii-ageetjusqu'à nos jours, dans nos catéchismes, prétendait se baser principalement sur les écritures, sur les Evangiles, sur

1inspiration divine, surla dictéedu Saint-Esprit, a-t-elle été obligée de changer de tactique. Ecoutez cet aveu plemde franchiseduthéologienquej'aicitéplushaut:

"Les

Evangiles ne sont pas la base de l'Eglise, c'est

l '

glisequi est labase des Evangiles. » (*)

(*) LaDiv. de Jésus-Ch.et laLibre Peusée. T. n,p. 124-126.

(28)

28

Et

à proposdestravaux des savantset des contradic- tionsnombreusestrouvées danslestextes, il dit : » Ceci est grave, car ceci doit changer

du

tout au tout les

mouvements

de la stratégie de l'église catholique...

Dès

l'instant

lestextespassent

pour

exprimer

non

plus la pensée du Maître, mais celle de ses disciples, il faut

évidemment

que l'Eglise modifie son ancien plan de

bataille... Cette nouvelle manière d'envisager le

dogme

bouleverse de fond en comble Tordre de la démonstra- tion,etc. »(*)

L'enseignement ducatholicisme est

donc une

stratégie qui modifiesesplansdebataille, quis'appuiesur des bases faussesqu'il faut abandonner à

un moment donné pour

inventerunebase plussolide

non

encoreébranlée!...

D'après la nouvelle tactique, ce n'est plus sur les Ecrituresqu'ilfauts'étayer. C'estla tradition seulequi est divine, c'est la tradition seule qui est la base de l'Eglise, la tradition, cettechose vague, ondoyante, qui s'altère en passant de

bouche

en bouche, cette chose insaisissable, si bien faite pour fausser la vérité et la justice,pour conduirel'innocentausupplice

ou au

bagne,

pour

élever par l'intrigue le criminel

au

pinacle et

aux

honneurs.

Toutelapuissancedel'Eglise,toute la base

du

catho- licisme repose donc aujourd'hui sur cette fragilité, la parole, qui se transforme,s'altère, se dénature, sur ces quelques

mots du

Christ qui semblent autoriser cette doctrine et qui sont la pierre fondamentale de toute l'omnipotence de

Rome,

la pierre fondamentale des Conciles,depuis le premier Concile deJérusalemjusqu'à nosjours: «

deux ou

trois seront réunis en

mon nom,

je serai

au

milieu d'eux». (Saint-Matth.

xvm,

20.)

(*)Prem.Conf.T.i,p.49etsuiv.

(29)

29

IX

«

où deux

ou

trois seront réunis en

mon nom,

je serai aumilieud'eux. »

Cesparoles, les a-t-il dites, le Christ? C'est possible.

Maissansaucun doutes'illesadites il a vouludire ceci :

«

où deux

ou

trois disciples pensant

comme

moi,prê- cheront l'amour de Dieu et des

hommes,

la charité, l'abnégation,l'humilité,ledésintéressement desrichesses,' la justice, je seraiaumilieu d'eux».

Ilseraiteneffetabsurdede prétendre que Jésus ait

pu

vouloirdire: « Si deux

ou

trois coquins,affublésde croix surlapoitrineetdansle dos, seconcertent pour prêcher

l'idolâtrie, la haine des races, l'antisémitisme, l'igno- rance,la spoliation, l'orgueil, la cupidité, le

mensonge,

je lesprotégerai enversetcontre tous».

Or,voyonsce qui s'estpassé aprèsla

mort

duChristet si le Christ s'est manifesté au milieu de ceux qui se réunissaienten son

nom.

La

religion chrétienne

comme

toutes les religions ou sectes nouvelles se propagea d'abord lentement dans l'ombreetlesilence, ensecret,

prudemment,

ensorteque

lespremiers temps ensont historiquement assez obscurs.

Les

Acta Apostolorum,

écrits par saint

Luc

après son Evangile, nous donnent bien quelques indications, mais Ussont tellement pleinsdebizarreries, de contradictions et d'illogismes qu'ils ne peuvent sérieusement guider l'historien impartial.

On y

voit entre autres, dèslespre- mierschapitres, saintPierreétablirle

communisme

leplus absolu, obliger les sectaires à vendreleurs biensetà en

(30)

50 JÉSUS-CHRIST

déposerleprix

aux

pieds des apôtres quienfaisaient la répartition à leur guise

ou

tel usage qu'illeurplaisait.

Ce

communisme ou

collectivisme était-il d'ordre divin?

Saint Pierre le prétendit puisque Dieu, selon les

Acta Apostolorum,

punit de

mort

Ananie et Saphire qui n'avaientapporté àla

communauté

qu'unepartieduprix deleur

champ vendu

et s'en étaientréservé,par prudence biennaturelle,unepetitepartpourlesmauvaisjours.

Cettefaçon d'interpréter laparoledeDieune durapas.

Economiquement

parlant, ce système étaitimestupidité que Dieun'auraiteugarded'imposer. Aujourd'huitout le Catholicisme,revenu àdesidéesplus pratiquesd'économie politique, accabled'invectives les socialistes collectivistes et communistes qui prônent la

môme

doctrine quesaint Pierre prêchait à Jérusalem.Ilestvraiquelecollectivisme etle

communisme moderne

neseraient plus appliqués

au

seul profitdes apôtres.

Pendant

tout le premier siècle, le Christianisme se répandit donc lentementde ci, delà,cherchant savoie, récoltant des adeptes qui,

au

milieu

du

désarroi philoso- phiqueetsocial del'époque, devinrent petit à petitplus :

nombreux.

Cequ'il

y

ade certain, c'estque lespoints de doctrine etde

dogme

étaient

mal

définis,

mal

fixés, dans le vague, et que la divinité de Jésus-Christ, à peine entre-,

,

esquissée, n'était encore nullement proclamée, aucune-

ment

établie.

Dès le deuxième siècle, les doctrines platoniciennes

commencèrent

à se mêler

aux dogmes

de la religion nouvelleetàl'interprétationdes obscurités et des ambi- guitésdes LivresSaints. D'où les premièresdivergences fondamentales, les premiers schismes, les premières hérésies, entre autre, celles des Gnostïques, celles te

Montanisies,

hommes

vertueux, austèresetenthousir j i

(31)

On commentait

déjà à perte de vuelespremiers

dogmes

puisésdans les Evangiles. SaintClément d'Alexandrieet Origène, orthodoxes,maisinclinantauplatonisme, prati- quaient plutôt l'éclectisme qu'une règle biendéterminé»'.

Beaucoup

de docteurs,de théologiens, d'évôquesenentre- prenantde défendre les vérités Evangéliques sidiffuses, devenaient,partrop de zèlecontre l'hérésie,

eux-mêmes

hérétiques, et celadelameilleurefoidu

monde. La

Trinité, l'Incarnation étaient diversement interprétées.

Le

vieux système desdeuxprincipess'introduisaitenpleine Eglise, rajeunietdéveloppé par

Manès,

de quiles

Manichéens

tirent leur

nom.

Au

milieu dessectesnombreuses,despartis rivaux, des factionsoùsemêlaientlapolitique et l'ambition,leChris- tianisme se propageait lentement, tantôt favorisé

ou

toléré, tantôtpersécuté par les empereurs qui se succé- daientrapidement.

Dèsl'an252, Novatien, prêtre de l'Eglise de

Rome,

se

met

enoppositionavecle

Pape

Corneille, élul'annéepré- cédente aprèsseizemoisdevacancepontificale, et se fait consacrerévêquede

Rome.

C'estlepremieranti-pape.

En

253 seulement, saintCyprienétablitavecleConcile de Carthagelanécessité

du

baptêmedesenfants, àcause du péché originel.

Pendant

deux siècles donc tous les mts venus au

monde

et morts avant l'adolescence, étaienttrouvés

excommuniés

etprivés dubénéfice dela Rédemption.

En

256,

un

ConciletenuenAfrique invalida le baptême Ionnéhors del'EgliseCatholique,etreconnu

comme bon

ït valide jusque là. Ce débat passionna les Eglises d'Afriqueetd'Asie.

lui 209, l'évêque

Paul

de

Samosate,

sebasant sur les n niiersEvangiles, nialadivinité de Jésus-Christetfut

lamné parle Concile d'Antioche.

(32)

32 JÉSUS-CHRIST

Au

quatrième siècle d'innombrables sectes divisent le Christianisme. Apollinaireveutque Jésus-Christnesoit qu'unDieu.

Arius

veutqu'ilnesoit ni consubstantiei

au

Père, ni éternel, et par conséquent qu'im

surhomme

inspiréde Dieu.

Macédoines

contesteladivinité

du

Saint- Esprit, les pélagiens nient la nécessité de la grâce, les

donatistes soutiennent que l'efficacité des Sacrements dépenddelafoideceuxquilesadministrent, lespriscii- liens mêlent

au manichéisme

quelques rêveries des astrologuesetdesgnostiques.

Dans

l'EgliseGrecque, Eusèbe, auteurd'une

Chronique où

il

montre

plus d'éruditionquede logiqueetdescience, estsuspect d'Arianisme, saint

Athanase d'Alexandrie mène une

vie très agitée.

Tour

à tour

condamné

etabsous parlesConciles, exilé etrappeléparlesEmpereurs,

on

ne savaittrops'ilétaitorthodoxe

ou

nel'était pas.

Dans

toutes ces discussions, controverses violentes, luttesthéologiquesetexégétiques,les

hommes,

lesprêtres, lesévêques,les archevêques qui se réunissaient

au nom

du

Christ étaient plus de

deux ou

trois, etil ne paraît guère que le Christ fut avec eux, les éclairât de ses lumières,les

empêchât

des'invectiver,de s'anathématiser, desemaudirelesunslesautres. Cesdivisions devenaient

au

contraire de plus en plus nombreuses, l'obscuritédes textes, l'ambiguité des Ecritures soulevaient chaque jour deplus interminables controverses.

Ce fut alors, en présence de l'extension sans cesse croissante de Y

Arianisme

qui contestait la divinité

du

Christ, sa consubstantialité avec Dieu, que Constantinle

Grand convoqua

leConcile de Nicée.

Constantin le

Grand

{Caïus-Flavius-Aurelius-Clau- dius),

non

chrétien,

non

baptisé,carilnereçutle

baptême

qu'm extremis

d'un ôvêque hérétique,Eusèbe de Nico- médie,

convoqua

le Concile, le dirigea en s'y

donnant

lui-mêmele titre d'évêqueextérieur.

(33)

Constantin le Grand, cruel, perfide, despote, sangui- naire, quise souilla par d'affreuses et inutiles cruautés dansses expéditions contrelesFrancset les Goths, qui

fit dévorer ses prisonniers pardes bêtes fauves, qui fit

étrangler son beau-frère Licinius, quifit assassinerson propre fils Crispus et sa

femme

Fausta, fut

l'homme

choisi parJésus-Christ, selonlesthéologiens, pourpro- clamer sa divinité à la face

du monde

chrétien encore dansledouteet l'incertitude.

Constantin avait besoin d'une religion d'Etat pour affermirsonautorité, illui fallaitunenouvelleidolâtrieà substituer

aux

cultes grotesques qui s'écroulaient de toutesparts.

Sur deux milleévêques assemblésàNicée,ilen trouva troiscents qui souscrivirentàses volontés. Il forçales autresàdéguerpir, etaveccette faibleminoritéildécréta queleChristétait l'égalde Dieu, étaitDieu lui-même!

La

démonstration de la divinité de Jésus-Christ qui devraitêtre éclatante, évidente,claire,indiscutable irréfu- table,ne reposa

au

Concile deNicée que surl'interpré- tation d'im

mot

grec, sur

un

iota.

Le

Christ était-il

homoîousios ou homoousios

?

On

essaya bien d'un miracle supposé,faitpar Dieu en faveur d'untyran

non

chrétien,

non

baptisé, cruel, assassin qu'onfit

grand

parce qu'onne putlefairesaint,maisla croix qu'on prétendit s'être

montrée

en plein cielpour protégersesarmées, qu'on broda sur le

Labarum

avec ladevise: «In

hoc

signo vinces », ne fut aperçuemal- heureusement que par

un

seulhistorien visionnaire et lunatique. L'Eglise orthodoxe qui l'inventa, ce miracle, etlepropagea, n'en ose soutenirelle-mêmel'authenticité.

La

croixdeConstantin estdonc

tombée

avec beaucoup d'autres apparitions de ce.genre, telles que le «

Quo

Vadis »desaint Pierre, au

nombre

des légendes.

(34)

X

«

où deux

ou

trois seront réunis en

mon nom,

je m seraiaumilieud'eux. »

Voyons

si dansd'autres Concilesle Christsetrouva

au

milieu desesapôtres, des princes des prêtres, des papes, descardinaux, des évêques, des archevêques, desmoines, réunis parmilliers.

Il seraitoiseux ettrop long de passer en revue tous ceuxqui suivirentle Concilede Nicée. Cela dépasseraitle cadre decetouvrage.

Je saute donc une période de onze siècles pendant lesquelslesdiscussions et les disputescontinuèrent sans interruption pour arriver

aux

plus célèbres

du moyen-

âge,lesConcilesdeConstance et deBàle.

A

l'époqueduConcile deConstancequiduraquatre ans, de 1414à 1418, il

y

avait troispapes régulièrement élus,

GrégoireXII, Benoit XIIIetJean

XXIII

qui se traitaient mutuellement d'hérétiques et quis'excommuniaient les

unslesautres.

Grand

embarras de la Chrétienté quinesavaitplusà quel pape se vouer.

Quelques-uns tiraient

au

sort, quelques autres croyaient

aux

trois Vicaires de Jésus- Christ; il

y

avait bienla Trinitéde Dieu, pourquoin'y

aurait-ilpaseulatrinité des papes.

ToutefoisJean XXIII, forcépar

un

éditde l'empereur Sigismond,et à soncorps défendant, acceptalaconvoca- tiond'un Concile Général à Constanceet

mal

luienprit.

Le

Concile se

composa

de vingt-neuf cardinaux, de trois patriarches, de trente-trois archevêques, de cent

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