STORAGE-ITEtt MAIN LI3RARY LPA-B56E
U.B.C.LIBRARY
Comte Camille de RENESSE
~? T
JÊS0S-CHK1ST
ses Apôtres
etses Disciples
AU X X me S
IÈ C L E
BRUXELLES
Imprimerie Veuve Désiré Brismée
11,
rue de
la.Prévôté, 11
igoi
THE LIBRARY
THE UNIVERSITY OF
BRITISH COLUMBIA
Gijt of H. R.MacMillan
DEDICACE
®4 (Monsieur l'Amiral TKÈVEILLÈRE
àBtest.
Cher et trèshonoré Confrère,
Aprèsavoir passé quarante ans surtouslesocéansdu monde, parmiles épreuves et lesdangers detoutesorte, «adoré devos hommes, incomparable aux jours de périlpar Vénergie et le
sang-froid », comme l'écrit un de vos officiers, après avoir parcouruentotissens lescinq partiesdu monde,vousaviezdroit au repos bien mérité;mais vous vous êtespersuadén'avoirpas assezfait pour laFrance, et vous avez consacrévos dernières annéesau relèvement moral de la patrie. Vosœuvres :
— La
Conquête del'Océan
— Un
coup de sonde dans l'Océan des mystères - AutourdîtMonde —
Les troisCaps—
•Méditations d'un Autarchiste—
Contre ventetmarée - Croix etCroissant—
Politique autarchiste - etc., etc.,—
vous ont placé nu premierrangdespenseurs, des philosophes etdeshommesdeVI
lettres, comme vous Vêtiez parmi les commandants les plus populaires devosarmées navales.
Un
hasard nous miten rapports.Le
magnifiquediscours que vous prononçâtes comme Président d'honneur des Bleus de Bretagne, en 1898, ausujet dugénéralHoche,me
fitconnaître notre similitude de sentiments et d'aspirations sur les choses religieuses, politiques et sociales. Depuis lors, des relationsde plusenplusintimes s'établirent entre nous, etvosencouragements nontpaspeucontribué àme
lancer avec plus d'ardeurdansla luttecontrelespréjugés, contre l'erreur et lemensonge Adoptant votre devise : « Honorer Dieu, aimer l'humanité, agir en brave », j'écriscevolume, que je vous dédie, sans crainte des anathèmesquema
franchisevasoulever autour de moi, et avec la convictionprofondeque je ne puisdavantagehonorerDieu et prouver mon amour de l'humanité qu'en luttant avec énergie contre lescauses de démoralisation qui empoisonnent votre beau pays deFranceet le mien.Veuillezagréer,
mon
cheret trèshonoréconfrère, Vexpression de messentimentslesplus dévoués.O DE RENESSE.
Niée, Château Beaulieu, i
w
Octobre 1900.JÉSUS-CHRIST
ses -A- ;pô tire s et ses Disciples
AU XX-
eSIÈCLE
Il
y
a dix-neufsièclesqueleChrista prêchésa religion depaix,de charitéetd'amour.Il
y
a dix-neuf cents ans qu'il a ditaux hommes
:« Aimez-vouslesunsles autres, faites
aux
autreslebien» que vous voudriez qui vous fûtfait à vous-mêmes,
ne
» faitespasàvotreprochainle
mal
quevous nevoudriez» pasquivousfûtfait » (*).
En
cesquelquesmots, etavec l'adoration de Dieu, del'ÊtreSuprême, leChristrésumait toutelaLoi.Nous
arrivonsau
vingtième siècle, et leshommes
se haïssentlesunslesautres, etleshommes
s'arment de plus en plus les uns contre les autres, et les nations entre- tiennent des armées plus formidablesquejamais, et lesmoyens
de destructionles plus effroyables emplissentles(*) Sr Matth.,cHap.xxn,§37,38, 39, 40.
arsenaux, et pour entretenir ces innombrables armées, pour fabriquer ces engins de carnage de plus en plus destructeurs et meurtriers,
on
accable lespeuples d'im- pôts,on
lesruine, de telle sorteque l'on peut prévoirà brève échéancelaguerreterrible et fratricide, inévitable, fatale, qui couvrira l'Europe, qui se dit chrétienne, de millions de cadavres.Nous
arrivons au vingtièmesiècle, et dela religion de paixet de fraternité, de charité et d'amourdu
Christ, nous avonsfait lareligionde haine, de terreuretde crime.De
laBonne Parole
de Jésus de Nazareth nous avonsfaitl'Evangile
du
sang.Le
Christ devait racheterleshommes
d'une faute ori- ginelle lesrendre meilleursetplusparfaits,lesrapprocher de Dieu.Comment
leshommes
sont-ilsdevenuspires, plusintolérants, plus fanatiques que ceux qui le crucifièrent, plusacharnés dansleurshainesetpluscruels?
Nous
arrivonsau vingtième siècle, et cette religionde paix defraternité, de charité et d'amour, qui auraitdu couvrirlemonde
enun
silong espace de temps, tantelle étaithumaine, vraimentdivine et belle, resteincomprise encore et inconnue à plus d'un milliardd'hommes
sur quatorze à quinze cent millionsd'habitants.Est-ce le Christ qui n'a point accompli sa promesse d'être avec ses apôtres jusqu'à la
consommation
dessiècles?
Ou
sont-cesesapôtres quil'ontabandonne,trahi, pourmieux
dominerles souverains et les peuples, pourmieux
assouvir leurs passions, pour accaparer plus de puissanceetd'honneurs, pour ramasserplusd'or?Cette promesse
du
Christ ne devait êtreque condition- nelle carévidemment
ilnepouvaitluiveniràl'idéedesefairecomplice des innombrables crimes que ces apôtres
ou
ceux qui prétendaient l'être ontcommis
après les premiers sièclesdu
christianismeetcommettent
encoreen son
nom.
L'histoire en est remplie, en est à chaque pageensanglantée.Ou
leChrist estDieu,comme
l'ont prétendu lesPères del'Eglise depuissaint Jean l'Evangéliste et saint Paul etsurtout depuisle Concile de Nicée, et dans ce cas ildevaitinspirer à ses apôtres,
aux
pasteurs des peuples, l'espritde loyauté, dejustice, de tolérance, d'abnégation dontil avaitdonné
lesi sublimeexemple,et cela afinque leshommes
nefussent pas induitsen erreurparceux-làmêmes
qui se disaient sesmandataires,ou
bieniln'estpas Dieusil'onprouve quecesmandataires,queces disciples, les pasteurs des peuples, ont outrageusement pratiqué l'astuce, l'injustice, l'intolérance, se sont livrés àl'ambi- tion,àlaspéculation,àlacupidité,enseignantaux hommes
à sehaïrau
lieude s'aimer, leur donnant l'exemple de l'hypocrisieau
lieude l'exemple deladroiture.Comment
expliquer logiquement queleChrist-Dieu qui avaitchassélesmarchands
du temple à Jérusalem ne les ait pas chassés à coups de lanières de la surface dumonde
?II
Il
y
adix-neufsièclesqueleChrista prêchésareligion depaix, defraternité, de charitéetd'amour.Il
y
a dix-neuf cents ans qu'il a dit à ses apôtres :« N'amassezpoint de trésors surla terreoùla rouilleet
« les vers les consument...
Vous
ne pouvez servir en»
même
temps Dieuetlesrichesses. » Et depuis dix-neuf centsans, sesapôtres n'ontsongéqu'àaccumulerrichesses10 JÉSUS-CHRIST
sur richesses, trésors sur trésors, à se bâtir des palais somptueux, des monastères
immenses
etd'une opulence inouïe, àse vêtirde pourpre, desoie etd'or.« Allezet prêches,leurdisait-il;n'ayezni or, niargent,
« ni autre
monnaie
dans vosceintures, point de sacde» voyage, ni souliers, nibâton. ••Etlesapôtres
du
Christ ont éblouilemonde
de leurluxe insensé, dépassantcelui des plusgrands rois etempereurs de la terre, prélevant jadisladîme, rançonnant aujourd'hui pauvreset riches aunom
du ciel,dupurgatoireetdel'enfer.Le
Christa dità sesapôtreset àses disciples: <• Lors-;
- que vous voudrez prier, priez Dieu en secret, entrez
•• dans votre
chambre
etfermez-enla porte... N'affectez. « pas de parler beaucoup,
comme
fontles païens, qui« s'imaginent qu'à force de paroles,ils seront exaucés.
•• Dieusait de quoivous avezbesoin, avant que vous ne
» le lui demandiez ^.
Et
les apôtres ontcomposé
de longues prièrescomme
lespaïens, des oraisonsinnom-
brables, deslitanies de toute espèce, ontbâtidestemples infiniment plus ornés, plus riches queletemplede Jéru- salem, quelesplus merveilleux théâtres,
y
ont organisé des représentations fastueusestelles que n'en ont jamais imaginéeslesnationslesplusidolâtres,y
donnentaujour-d'hui simultanément sermons, conférences, cérémonies, spectacleset concertspayants, àgrand renfort de caril- lon, decloches, debourdonsetde réclame.
Le
Christ aditaussi:"Ne
jugez pointafinque vous ne« soyez pointjugés, carvousserezjugés selonque vous
* aurez jugé les autres ».
Et
les apôtres ont élevé des tribunauxexceptionnelsdevantlesquels ils ontappeléles rois, les empereursetlespeuples afindelescourbersous leuromnipotence.Ils ontétablidestribunaux secretsoù
ilsontappliquéla questionet les tortureslesplus épou- vantables. Ils ont imaginé des raffinementsde supplices
plus cruels que ceux qu'avaient inventés les tyrans de l'antiquité,les barbares. Ils se sont faitjuges de tout ce quipouvait entraver
ou
gêner leur ambition, leurrapa- cité, leur cupidité, leur soifdedomination,de luxeetde luxure.Le
Christ a dit encore : «Gardez-vous des faux pro-» phètes quiviennentàvous
comme
des brebisetquiau» dedanssont desloups affamés, dévorants»(*),
Et
lesfaux prophètes sontvenus avec des croix pecto- ralesd'émeraudes, de topazes, de saphirs, de brillants et de rubis, suspenduesàdes chaînes d'or massif, avec des tiares etdes mitres resplendissantesdeperles etdepierres précieuses, vêtus de soie, de brocard et de pourpre, imitant d'abord la voix innocente et douce des brebis, maisaffamésdansleurcœur
dedésirs effrénés, insatiables, cruels etdévorantscomme
des loups, répandant autour d'eux la terreur, la misère et la haine.Nul
deceuxqui connaissentlesEvangilesetl'Histoiren'oserame
démentir.UI
Environ mille ans avant leChrist, le
Brahmanisme
se substituaitau Védisme,laplusanciennereligiondel'Inde, qui personnifiait lesgrandes forceset lesphénomènes
de lanature.L'axiome du
Brahmanisme
étaitque »exnihil nihilfit»(de rien, rien ue se produit), d'où les'transformations éternelles de la matière, la transmigration des
âmes
et l'affranchissement successif de la transmigration par l'absorptionde l'àmeindividuelle dans l'âme universelle.(*) St Matth.,ch. vu.15.
12
En somme, lepanthéismequi
plustardtutaussi la religion des Druides.Six siècles avant Jésus-Christ,
un
Dieu naissait d'une vierge dansune
ville de l'Inde, toutcomme
étaitissu d'une vierge également, quelques siècles avant lui,Krischna,
incarnationde Viehnou, la Trinité hindoue, toutcomme
le Christ naquit plus tard à Bethléem.Ce
Dieu,Gautama Çahia-Mouni,
comprit que les misères de l'humanité étaient inséparables de l'existence; que l'existencemisérable avaitprincipalement pour causeles passions et les désirsimmodérés
; que le seul espoirde délivrancedu
renouvellement éternel par l'éternelle transmigration, étaitladestruction desdésirsinsenséset des passions violentes; qu'il fallaitcombattre surtout Vignorance, par
lemoyen
delascience quimontre
la véritédeschoses decette terre, lafolie des'attacheraux
objets périssables, la possibilité et la nécessité de se dégagerdesliensdelamatière par l'élévation de l'esprit etdu
cœur
etpar l'amourdu
prochainqui fait désirerlebonheur et le salut de tous les êtres autant que le sien propre.
Comme
Jésus-Christ,qui resta quarante jours dans le désert, Çakia-Mouni, six siècles avant Jésus-Christ,demeura
quarante-neuf joursdans la forêt hindoue sous l'arbredeBô, jeûnant etméditant, repoussantvictorieu- sementlesattaquesetlestentations deMàra, l'espritdu
mal, puisilpritsonchemin
versBénarès,comme
Jésus, plus tard, vers la Galilée, et prêcha sa doctrineà
ses premiers disciples qui devinrent lenoyau
de la secte nouvelle, leBouddhisme.Ce rapprochement de trois Dieuxnaissantàsix etdix siècles d'intervalle, issus tous trois d'une vierge, ensei- gnant à peu près les
mêmes
principes, lamême
doctrineesttout
au moins
étrange.Cinqsièclesaprès Jésus-Christnaissait
non
pasun
Dieu, maisun
prophète,Mahomet,
quiau nom
de Dieu,d'Allah, enseignaitaussiunereligionnouvelle.Cestrois religions separtagent encore laplus grande partiedu
monde.
Le brahmanisme
etlebouddhisme, la plusnombreuse, quidatededeuxmillecinq centsàtroismilleans,compte
encore six cent trente millions d'adeptes.Le
catholi- cisme necompte
que deux cent millions d'adhérents,le protestantisme, cent quatre-vingt-dixmillions, lemaho-
métisme, deuxcent soixante-quinze millions environ.Cestrois religions qui,àleurdébut,paraissaientdevoir régénérer l'humanité, rendre les
hommes
meilleurs, apportermie
plus grandesomme
de félicité, de perfec- tionnementmoral
etmatériel, deprogrèsenun
mot,ont, après les premierstemps
de foi naïve, de généreuses espérances,fait failliteàleurprogramme.
Lesconditions d'existence sontdevenuespires, l'exploi- tation des faibles par les forts est devenue sans cesse plusintolérable, l'ignorance s'estaccruedans lesmasses abrutiespar les lithurgies compliquées par les formules obscures, ténébreuses, la charités'estchangée enintolé- rance, enpersécutions, l'amour
du
prochaina
fait place àlahaine.Est-celafautedesDieux
ou
desprophètes?Nullement. Ils étaient sincères, ils étaient justes, ils
avaient étudié les plus sérieux problèmes, ils avaient approfondi les relations de l'humanité avec l'Etre suprême,ilsavaientcomprisles liens étroits quimettent
les lois de la nature en
harmonie
avecl'immatériel, qui unissent les éternelles transformations de la matièreà
l'éternelleforcequel'ondevineet quilesdirige.
Mais les apôtresde Krischna, deCakia-Mouni,
comme
ceux
du
Christ,comme
ceuxdeMahomet
ont eu vite faitH
JÉSUS-CHRISTde transformer à leur profit lesenseignementsdesDieux etdes prophètes, de travestir leur pensée, de dénaturer leurparole,detrafiquerde l'enthousiasmeque leur appa- rition sur la terre avait soulevé dans tous les cœurs avides devérité etde lumière, d'établirdesdoctrines, des règles nouvelles, de multiplierles sacrifices, les prières, les cérémonies lucratives, dediviser les
hommes
aulieu deles rapprocher, pourmieux
lesasserviretlesdépouil- ler, d'étouffertoutescience, toutevelléité deréfléchirou depenser, tout examen, toute discussion.Dans
le catholicisme quelques rares apôtres sont restés plusfidèlesau Christ qu'à l'Eglise, saintFrançois d'Assise, le fondateur des franciscainsau
xnie siècle, lemoine
Savonaroleauxv
e, ledominicainGiordanoBruno au xvn
e. Ces deux derniers furent brûlés vifs par ordre del'Inquisition,lepremierplusmodeste etmoins
dange- reuxfutcanonisé, ce qui parut lemoyen
le plus habile;
d'empêcher le développement de sa doctrine
purement
humanitaire, démocratiqueet socialiste.IV
L'ignorance des peuples afait de tout
temps
la force desapôtres.Aussilesapôtresetlesthéologiensse sont-ils efforcésdel'entretenir.Leur œuvre
aétéuneœuvre
de ténèbres.Anciennement,lorsquelesLivresSaints, lesmanuscrits enfermés clans leséglises et les couvents, n'étaientpasà.
Japortéedetous, leurbesogne était simpleetfacile. Les laïquesn'en avaientnullenotionniconnaissance.
Depuisl'inventiondel'imprimerieetdepuisla
Réforme
cette besogne est devenue de jour enjour plus difficile,
pluscompliquée.
Ilnesuffisaitpluseneffet d'enfermer les sources dela foidansunearmoire, derrière
un mur
infranchissable.La
lumière avaitenfinjailli, ilfallaitl'étouffer.
Avec
uneadresse incroyable,grâceà leuromnipotence,à
leur richesse, etgrâcesurtoutàl'ignorancedesmasses, lesapôtresont lutté avec énergie contre toute lumière, contre toute émancipation de la pensée. Ils ont en ces dernierstemps eul'habileté de s'emparer deslivres etde lapresse. Jadis avec le père Loriquet ils travestissaient l'histoire, aujourd'hui ilstravestissentlesfaits dechaque jour, ils s'accaparent de l'opinion publiquenon
plus parl'obstruction etpar la conspirationdu
silence, mais parl'intrigue, par les journaux qu'ils rédigentou
qu'ils achètentetparlapuissancedel'argent.Les masses incapables de s'instruire faute de temps, fautededocuments, fauted'éducateursloyauxet sincères, restent crédules, craintives, abruties, exploitables sans vergogneetsans merci.
Ainsielless'imaginentqueleChristianismeet leCatho- licisme, d'institution divine, ontétéfondés par leChrist dans leur forme actuelle.
Le
plus grandnombre
est persuadé que le Christ a dicté lui-même lesEvangiles, qu'ils ont toutau moins
été dictés par le Saint-Esprit, qu'étantinspirés par Dieu, les quatre Evangé).:stes sont d'accord, nediffèrentque par la forme ou pard'insigni- fiantsdétails.Les théologiens d'aujourd'hui ne peuvent
môme
plus soutenircettethèse sérieusement. L'étude del'exégèse et l'étude del'histoireontfaitjusticedel'inspiration divine.L'inspiration divine ne peut
commettre
une erreur, ne16 JÉSUS-CHRIST
peut avoirdicté les
mêmes
faits quatrefois etde quatre façons différentes.Maisquidonc étudie l'exégèse et l'histoire? A-t-on le
temps
decela,dansnotreviefiévreuse?Celuiquiparcourt en automobile soixanteou
soixante-dix kilomètresà
l'heurea-t-il le loisir de regarder le paysage, les villes, lesvillagesqu'iltraverseavec lavitesse d'un météore?...
L'histoire? C'est
vieux
jeu... Les apôtresnesont-ilspas làpour
nous instruiredu
haut de la chaireetpar leurs journaux? Celasuffit.Cela suffit peut-être maintenant, jusqu'au jour
où au vieux jeu on
substitueraun jeu nouveau,
bien inattendu, jusqu'aujouroù
l'antagonisme sans cesse plus profond entreleprolétaireetlerichechambardera
ce qui restera delafortune des nations.Que
lericheetle prolétaire s'instruisentau
contraire,ilsse réconcilieront. L'antagonisme vient de leur igno- ranceetl'ignoranceengendre l'égoïsme ettouslesvices.
C'estlemalentendumortel.
Lorsqueleriche
comprendra
ses devoirs, leprolétairecomprendra
etaccompliralessiens.A
quoicela sert d'étudier l'histoire etd'approfondirles religions?A
éviter detomber
dans les erreurs quiont
englouti,après tant de siècles, de milliers d'années de luttes et d'efforts, tant de civilisations, les civilisations de l'Inde, de la Médie et de la Perse, les civilisations égyptiennes, grecques, bysantines,romaines.
C'est faute d'avoir appris
aux
peuples,aux
richescomme aux
pauvres, l'histoire politique et l'histoire religieuse, queles peuples sont sans cesse retombés sous lejougdu
double despotismepolitique et religieux, ont étéreplongésdanslabarbarie.L'ignorance
empêche
etarrêtetout progrès.L'ignorance livre les masses
aux
exploiteurs laïqueset sacerdotaux. Elle
mène
les peuplesà
la superstition, aufanatisme, aucrétinisme, àl'abrutissement.L'ignorance est contraire
aux
lois de Dieu et de la nature qui ont douél'homme
d'intelligence pour qu'il s'instruise,pourqu'ilseperfectionne.Tout homme donc
quientravel'instructionpolitiqueou religieusede ses semblablesou
qui les trompe,commet un
crime.Tout homme
qui les instruit, leur ouvre la voie de la vérité, faitœuvre
utile, bienfaisante, patriotique, humanitaire.J'ai ditquelesmassess'imaginent quele Christianisme etle Catholicisme, d'institutiondivine, ontétéfondéspar
le Christdansleurformeactuelle.
C'estuneerreur!...
Le
ChristianismeetleCatholicisme onteude longstâtonnements.Les théologienslesavent, les masses l'ignorent.Il est
bon
que tout lemonde
apprenne ceque
leChrist a voulu
etcequ'ont voulu
etréaliséleshommes,
ses disciples,après
lui.Le
Christ a été lavictime des prêtres etdes réaction- nairesdeson temps quel'onappelait alorsscribes, rabbis, pharisiens, qui exploitaient leMosaïsme
à leur profit,dominaientetrançonnaientlesmasses au
nom
deJéhovah, vivaientdelanaïvetéetdelacrédulitépublique.Du
jouroù
Jésus de Nazareth dit au peuple dansses sermonssurlamontagne
: «Sivotrejustice n'estpas plus18
» grande que celle des scribes et des pharisiens (prêtres
» etréactionnaires) vous n'entrerez pas
au royaume
des* cieux...
Ne
faitespascomme
ces hypocrites quiaffectent» de prier en se tenant debout dans les synagogues...
» Lorsque vous voudrezprier,entrezdansvotre
chambre
» et après en avoir fermé la porte, priez votre pèreen
» secret...«, dece jour les prêtres
condamnèrent
Jésus.Du
jour surtout où, prêchant plusouvertement encore contreleclergé de sareligion et de son temps, Jésusditau peuple: «Les scribes et les pharisiens font leurs
» actions afin d'être vus des
hommes,
c'estpourquoiils» affectentdeporter des phylactères plus largesetd'avoir
» des franges plus longues.
Ne
faitespoint ce qu'ilsfont,» car cequ'ils disent ils ne le font pas..., ils aiment les
» premièresplacesetlespremièreschaises danslessyna-
» gogues (églises), àêtresaluéssurles places publiques,
» à être appelés rabbis(prêtres) parles
hommes»,
de ce jourlesprêtres décidèrentdeleperdre.Du
jourenfinoù
Jésus s'écria dansun
grandmouve- ment
d'indignation: «Malheur
à vous, scribes etphari-» sienshypocrites,qui, sous prétexte de longuesprières,
» dévorezla
maison
des veuves...,malheur
àvous,scribes» et pharisiens hypocrites, qui êtes semblables à des
» sépulcres blanchis..., serpents,racede vipères,etc... »,
de ce jourlahaine des prêtresneconnutplus de bornes, etlesuppliceet la
mort
de Jésus furentrésolus.Le
Christ ne voulaitdonc
ni prêtres, ni hiérarchie sacerdotale, ses paroles sont formelles : « Mais vous,» disait-il à ses disciples, ne vous faites point appeler
» rabbis(prêtres),carvousn'avezqu'unseulmaitre, Dieu,
» et vous êtes tous frères. Celui qui est le plus grand
» parmi vousserale serviteur des. autres, carquiconque
p
s'élèvera sera abaissé et quiconque s'abaissera sera» élevé».
Aussiles prêtres deJéhovah,
menacés
dansleurcsiné- cures fructueuses, dans leurs richesses incalculables, se liguèrent-ilspour lefairecondamner
àla torture infa- mante, à la mort.Ilsl'accusèrent devant les autorités romainesd'êtreun révolutionnaire
politique, d'avoir voulusouleverlepeupleen vued'usurperlaroyauté.Cela résulte pleinement de la comparution de Jésus devant Pilate etdevantHérode.Pilate et
Hérode
haussèrentlesépaules, neletrouvant coupable ni d'ambitionner la divinité, ni d'aspirer à lacouronneroyale, cepauvrefilsde charpentierqui n'avait nitrésor, nibourse,ni armée,ni épée, nibâton.Ilsvou- lurentlesauver.
Mais il avait attaqué le clergé hypocrite et prévari- cateur, il fallait qu'il mourut. Les prêtres habiles à tromperlesfoules leur persuadèrent deréclamerlesup- plicede Jésus
au
lieudeceluide Barabas et les prêtrestriomphèrent.
On
luimit donc pardérision,au pauvrephilosophe vêtu dehaillons, la couronne d'épinessur latète,on
luimit dans lamain comme
sceptreun roseau,un
lambeau de pourpre sur les épaulescomme manteau
royal. Surla croixon
inscrivit :« Jésus deNazareth, roidesJuifs».Nulle partdanssa passion ilnefutquestionde sadivi- nité. Jésusfut donc
condamné
et exécuté sous le faux prétexte d'avoir prétendu s'emparer de la royauté, lui quijamais nes'étaitappelélefilsde David.Ce queleChrist
voulut
donc,futunereligionsimpleet sans faste,basée surl'amourdel'Etresuprêmeetl'amour de l'humanité,unereligiondepaix,de bonté, de tolérance, dedouceur, de charité, defraternité universelle, prêchée pardesdisciplessimplesetpauvrescomme
lui,neportant ni phylactères, ni franges plus longues, ne se faisant appelerniprêtres, ni rabbis,ne recherchantnilapourpre,ni les titresambitieux, ni la richesse, ni la domination temporelle.
Ses apôtresetses disciples ont-ils réaliséce
programme
C'estcequenous auronsàexaminerplustard.
VI
Lorsque le Christ
monta
auCalvaire et subit l'affreux supplice, nul n'avait encore écrit son histoire, fixépar écritsadoctrine, ses actes, ses discours, ses sermons,ses paraboles,sesmiracles.Le
Christ qui savait écrire, selon les Evangélistes, n'écrivit point. Il ne chargea aucun de ses apôtres, de ses disciples, de rédigersesenseignements.Longtemps
encore et pendant de longues aimées les événements de sa vie, de son jugement, de sa mort, se transmirent debouche en bouche,par simple
tradition orale, et cenefutquevingt-cinqà trente ans aprèsla scènedu
Calvaire que les premiers évangiles parurent.L'Evangile de saintMatthieudatede l'an 61. L'Evangile desaint
Marc
parutenviron trenteansaprèslamort du
Christ enl'an63. SaintLuc
écrivitle sien verslamême
époque. Toutes ces dates sont d'ailleurs incertaines. Il s'en produisit alors successivement
im
grand nombre, quaranteenviron, qui tous différaient dans leurs récits, racontaientlaviedu
Christ,de trèsbonne
foi d'ailleurs, dequarante manièresdifférentes et furent plusoumoins
arbitrairement déclarésapocryphes.Aujourd'huil'onn'estpas encore parvenuàfixerexacte-
ment
ladate delanaissance de Jésus deNazareth.On
nesaitpas, à six ans près,quand
Dieu, voulantse fairehomme,
selon les théologiens, descendit sur la terre.En
effet, auvie siècle,soitcinq centsetquelquesannées aprèsJésus-Christ,un moine
érudit, Denys-le-Petit,crut avoirtrouvéladateprécise de la naissance del'homme- Dieu. Ce fut lui qui introduisit l'usage de compter lesannées chrétiennesàdaterdel'an 753 delafondation de
Rome.
Cetteméthode
fut appelée Dionysienne. Plus tardon
s'aperçutqu'il s'étaittrompé,maison
ne changea rien.Le
savant cardinal Baronius, Scaliger, Vossius et d'autres trouvèrent, d'après certains documents, quele Christ devaitêtrenél'an751.Le
célèbrepèrePétauprouva
aucontrairequela nais- sance du Christremontait à 749. Cappel et Jean Kepler la firentremonter à 748, SulpiceSévère à l'an 750, Paul deMiddelbourg àl'an 756,Hervot àl'an 754.Bref,
on
ignore encore absolumentaujourd'hui, chose bien extraordinaireetbizarreen une matièreaussi grave et divine, àquelleépoqueexacteestnéleChrist-Dieu.Cela
met
quelque trouble sur la date du massacre des innocentsdont nul historien de l'époque n'a parlé, bien que pareil fait eut valu la peine d'une mention, sur levoyage
en Egypte, sur la visite des roismages
venus d'Orientetguidésparuneétoile qui setrompa
dechemin
et les conduisit à Jérusalem
au
lieu de les conduire à Bethléem.L'histoirede Jésusfutdonc si
mal
établie et fixéedanslespremières annéesaprès sa
mort
que nulnes'avisa de s'enquérir de la date de son apparition surnaturelle et divinedanslemonde.
N'était-ce point qu'onne laconsi- déraitalors nicomme
divinenicomme
surnaturelle?Ce qui est plus étrange encore, c'est que lespremiers
22 JÉSUS-CHRIST
qui écrivirent cette histoire de sa vie, ïes Evangélistes synoptiques ne parurent nullement croire à la divinité
du
Christ. Ils le considéraientcomme
prophète,comme
envoyé de Dieu,
comme
investi d'ime mission spéciale pour enseigneraux hommes
la justice et la vérité que pratiquaient simal
les prêtres de Jéhovah,comme
leMessie
annoncé
parl'AncienTestament, mais nullementcomme
Dieu.Cela ressort
non
seulement de l'étude des trois pre- miersEvangiles,maislesthéologiens anciensetmodernes
ontété forcés, malgré eux, de l'avouer timidement eux-mêmes.
VII
Si nous étudions l'histoire des premiers siècles de
l'Eglise, les tâtonnements, les transformations succes- sives
du
Christianisme, nous ensommes
plusconvaincus encore.Jene fais point ici
un
livre pédagogique, unedeces interminables etbrumeusesdissertationsquiencombrent
inutilement les bibliothèques, jerésume,jesynthétise ce qu'ilseradonné
à touthomme
debonne
foide vérifier aiséments'ilveutsedonner la peine defaireun examen
plusapprofondidessources dela foi.Leshistoriens sérieux, honnêtes, impartiaux ne
man-
quentpas, c'estdansceux-làqueje puise.Je n'ai
aucun
intérêt à mentir. Je ne cherche pas à propager ime religion nouvelle, à faire prévaloir telle secteplutôt que telleautre, à défendreune
organisation sacerdotaleou
socialequelconque. Jene chercheniprofit, ni honneurs, ni gloire. Jeme demande
toutsimplementce qu'avoulule Christetce qu'ontfaitetce qu'ontvoulu sesapôtresetses disciples depuis dix-neuf centsans.
Ce qu'a voulu le Christ?
Une
religion de paix et de charité,de tolérance, de fraternitéuniverselle qui ne s'pas réalisée, car tout ce que nous voyons, tout ce que nous constatons dans l'histoire politique et sacerdotale decesdix-neuf cents ansest enopposition formelleavec ses enseignements, avec sadoctrine, en est la flagrante antithèse.
Comment
donc est-on arrivé à fausser peu à peu ladoctrineduChrist?L'étude del'histoirenous l'enseigne.
Ainsiqueje l'aidit plus haut, ladatede lanaissance duChristestencoreincertaine.
L'époque de l'apparition des premiers Evangiles est toutaussiindéterminée.
Saint Irénéefixe la date du premierEvangile, celui de saintMatthieu,àTan61 del'èrechrétienne,soitvingt-huit ansaprèslascène duCalvaire, on/.eans aprèslapremière réunion desapôtres Pierre, Paul, Jean, Jacques et Bar- nabe àJérusalem.
On donna
plus tard à cette réunionlenom
de premierConcile Général.A
cetteépoque déjàde graves dissentiments surgirent.L'Evangile écrit par saint Matthieu en langue Syro- Chaldaïque disparut peu après avoir été écrit.
On
n'en possède que lestraductions grecqueset latines dont les auteurs sont inconnus. Ces traductionssont-elles fidèlesf.On
lesuppose maison
n'enapasla preuve.C'estlàce qui constituelepremier et leplus anciendes Evangiles, l'Evangile desaint Matthieu.
LesEvangiles de1saint Marc, de saint
Luc
ne parurent que quelques aimées plus lard. Celui attribue à saint Jean,le dernier en date, ne parut quetout à la tin dusiècle.
Aucun
deces Evangiles nenous estparvenu dans sontexte authentique, en sorte que l'Eglise elle-même les qualifie: selon saint Matthieu, selon saint Marc, selon saintLue, selonsaintJean.
Pendant
cent cinquante ans environ, ces récits de la vieduChrist,plusou moins
discutés,quant àleurorigine, jouirentdepeu d'autorité (*).On
peut affirmerentoutcas, quejusqu'aux prédications desaintPaul, quine connut pas Jésus, etjusqu'à l'Evan- gile desaintJean, c'est-à-dirependant plus de soixante ans. del'aveude saint Augustin lui-même, nullepart, la divinitédu Christ ne futnettementaffirmée. Saint Paul enesten quelque sorte l'inventeur,saint Jean l'Evangé- liste lepremier propagateur.Lesthéologiensmodernes, de
bonne
foi,sont forcéspar l'évidence de l'avouereux-mêmes
et de convenirau
surplusque, dans toutl'ancien testament,iln'existe pasun
texte, nidansMoïsenidanslesprophètes, quiétablisse avecclarté la divinitédu
Messie.Les trois premiers Evangélistes ne voient en Jésus- Christ qu'un réformateur, qu'un prophète, qu'un
homme
inspiréde Dieu,mais nullement Dieu lui-même.
Bien plus, pendanttoute savie, Jésus nes'estjamais affirmé
comme
Dieu, pasplus dans ses sermons sur lamontagne
que dans sonjugement
devant Pilate et les prêtres, età son heure dernière.Tout
le tempsil s'est qualifié lui-mêmedefils deVhomme,
quelquefois mais trèsrarementdefils de Dieu,comme
il considérait que nous l'étionstous,mais jamais ilnes'est appelé Dieuou
Dieulefils. Cetteinterversion defilsdeDieu
enDieu
le filsestvenue longtempsaprèslui.Pourquoi Jésus s'est-il appelé vingt fois le fils de
ïh<>mme
d'après ce quenous racontentsaint Matthieu,(*) Papias dansEusèbeH. E.in, 39.
—
Irénée,adv. h'jer.m.2et3. Justin apol.1,33, t6,67.Liai. cura.Typh. 10,100, 101, 102, 103, 104, 105, 100, 107.saintMarc, saint
Luc
et saint Jeans'il était vraimentet incontestablementDieu lui-môme?Etait-ild'unDieude s'appeler lefilsde
l'homme
lors- qu'ilnel'était pasetaurait dûsavoirpertinemment,si le fait étaitexact, qu'aucunhomme
n'avait participé àsa création?Pourquoile Christnes'est-iljamais nettementetcaté- goriquement posé
comme
Dieu, déclaré Dieu? C'estévidemment
qu'ilnelecroyaitpaslui-môme.Pourquoi s'est-il appeléle filsde
l'homme
? C'est qu'il croyaitl'être. •Donc
la divinitéduChristn'apasétéannoncée,elle n'a jamais été affirméepar le Christ lui-même, ellen'apas étéreconnueaprès samort
avantl'EvangiledesaintJean écrit verslafindu premiersiècledu Christianisme. Elle nes'est infiltrée que peu à peu dans la croyance des masses pendantlesdeux premierssièclesduChristianisme etn'aété définitivementétabliecomme dogme,
qu'après de longues luttes, controverses, discussions, que trois centsans environ après leChrist, en 325,au
Concilede Nicéedirigéparun
hérétique,l'EmpereurConstantin, qui après d'innombrablescrimesetcruautés voulaitunereli- gion d'Etatàlaquelle ilnecroyaitpaslui-môme.Tout
ceci est de l'histoire que les ignorants ne con- naissentpas. Jedéfiequelesthéologiensme
contredisent.VIII
Les Evangilessont-ils d'inspiration divine, ont-ils été dictésparleSaint-Esprit?"Ilestpresque puérildelepré- tendre, aujourd'hui que l'exégèse ena fixé les dissem-
26
blances,leserreurs,lescontradictions.L'undenossavants théologiensenconvientlui-même. Jecitesesparolesque
j'ai déjà notées en épigraphe dans
un
autre ouvrage:« LesEvangiles sont desmémoires,desnotes juxtaposées
i> avecplus
ou moins
d'ordre, c'est-à-dire de désordre».« Les faits historiques sur lesquels se base la science religieusedu Catholicisme s'imposent
aux
appréciations dusage et à la critiquedu
philosophe,comme
tous les autresfaitsdel'histoire » (*).Ilest d'autant pluspuérilde leprétendre queleSaint- Esprit aprèss'être
donné
lapeinede (iicter les Evangiles n'en auraitcertainement pas laisséperdreles originaux.C'estabsurded'imaginerqueDieunous transmette saloi etprenne sipeude soinde nouslaconserver.
SilesEvangiles étaient d'inspiration divineetavaient été dictés par le Saint-Esprit, ils seraient clairsaulieu d'être obscurs et diffus, ils seraient identiques
au
lieu d'être différents, ilsraconteraient les paroles, les para- boles,les faits de la viedu
Christ delamême
façonau
lieudelesraconterendes versionscomplètementdissem- blables.
Le
Saint-Esprit nepouvait, en voulant dicter à saint Matthieu la généalogiedu
Christ, lui en donnerune
autre, celledesaint Joseph, qui n'établissait nullement que le Christ descendit de David.
Un
Esprit -Saint ne peutsetromper àcepoint,avoirmiepareille distraction.Le
Saint-Espritne pouvait dire àl'un de ses apôtres queleChrist rencontra deuxpossédésau
paysdesGéra- séniensetaffirmeràun
autreapôtre qu'iln'enrencontra qu'un. Il ne pouvait surtout raconter le jugementdu
Christet sa résurrection de quatre manières tellement différentesqu'onnesaitplus à quel saint sevouer,àquel Evangileilfautaccorderla préférence. Si l'on s'explique(*)Abbé Frémont(La DivinitédeJ.-C. etlaLibre Pensée).
27 quelesapôtres aient
pu manquer
de mémoire, transcrire deson
dît, des légendes qui ne s'accordent pas entre elles, on nepeutadmettre que le Saint-Esprit aitpu
les induire àce pointenerreur.Le
Saint-Esprit enfin ne pouvait mettre le Christ en contradictionavec lui-môme,luifaire dire àun moment
•«
Tu
honoreras tonpère et ta mère..., que celui qui dira des paroles outrageantes asonpèreou àsamère
soitpuni demort...,tuaimeras ton prochain
comme
toi-même,etc » etaun
autremoment
: «Celui quinehait pointsonpère samère,safemme,
ses enfants, ses frères, ses sœurs et encore son âme, ne peutêtremon
disciple». (Luc, xiv,26.)Jamais
on
neme
persuadera que le Christ ait pu'dire ces dernièresparoles. Il ne connaissait ni haine, ni vio- lenceledoux
philosophe Galiléen qui prêchait l'amourde Dieuetdeshommes,
qui relevait la pécheresse possédée de sept démons, Marie-Madeleine, qui pardonnait à latomme
adultère. Cen'estdoncqu'aprèslui et assez long- temps après lui que les auteurs des quarante-quatre Evangiles sont venus dénaturant dans leurs écrits sa pensée, sa parole. Ils l'ont faitdebonnefoisansdoute transcrivant sansespritdecritique etd'analyse toutesles légendes quel'onavait inventées surlaviedeJésus.
Aussil'Eglisequi,pendanttoutlemoyeii-ageetjusqu'à nos jours, dans nos catéchismes, prétendait se baser principalement sur les écritures, sur les Evangiles, sur
1inspiration divine, surla dictéedu Saint-Esprit, a-t-elle été obligée de changer de tactique. Ecoutez cet aveu plemde franchiseduthéologienquej'aicitéplushaut:
"Les
Evangiles ne sont pas la base de l'Eglise, c'estl '
glisequi est labase des Evangiles. » (*)
(*) LaDiv. de Jésus-Ch.et laLibre Peusée. T. n,p. 124-126.
28
Et
à proposdestravaux des savantset des contradic- tionsnombreusestrouvées danslestextes, il dit : » Ceci est grave, car ceci doit changerdu
tout au tout lesmouvements
de la stratégie de l'église catholique...Dès
l'instant
où
lestextespassentpour
exprimernon
plus la pensée du Maître, mais celle de ses disciples, il fautévidemment
que l'Eglise modifie son ancien plan debataille... Cette nouvelle manière d'envisager le
dogme
bouleverse de fond en comble Tordre de la démonstra- tion,etc. »(*)
L'enseignement ducatholicisme est
donc une
stratégie qui modifiesesplansdebataille, quis'appuiesur des bases faussesqu'il faut abandonner àun moment donné pour
inventerunebase plussolidenon
encoreébranlée!...D'après la nouvelle tactique, ce n'est plus sur les Ecrituresqu'ilfauts'étayer. C'estla tradition seulequi est divine, c'est la tradition seule qui est la base de l'Eglise, la tradition, cettechose vague, ondoyante, qui s'altère en passant de
bouche
en bouche, cette chose insaisissable, si bien faite pour fausser la vérité et la justice,pour conduirel'innocentausuppliceou au
bagne,pour
élever par l'intrigue le criminelau
pinacle etaux
honneurs.Toutelapuissancedel'Eglise,toute la base
du
catho- licisme repose donc aujourd'hui sur cette fragilité, la parole, qui se transforme,s'altère, se dénature, sur ces quelquesmots du
Christ qui semblent autoriser cette doctrine et qui sont la pierre fondamentale de toute l'omnipotence deRome,
la pierre fondamentale des Conciles,depuis le premier Concile deJérusalemjusqu'à nosjours: «Là
oùdeux ou
trois seront réunis enmon nom,
je seraiau
milieu d'eux». (Saint-Matth.xvm,
20.)(*)Prem.Conf.T.i,p.49etsuiv.
29
IX
«
Là
où deuxou
trois seront réunis enmon nom,
je serai aumilieud'eux. »Cesparoles, les a-t-il dites, le Christ? C'est possible.
Maissansaucun doutes'illesadites il a vouludire ceci :
«
Là
où deuxou
trois disciples pensantcomme
moi,prê- cheront l'amour de Dieu et deshommes,
la charité, l'abnégation,l'humilité,ledésintéressement desrichesses,' la justice, je seraiaumilieu d'eux».Ilseraiteneffetabsurdede prétendre que Jésus ait
pu
vouloirdire: « Si deuxou
trois coquins,affublésde croix surlapoitrineetdansle dos, seconcertent pour prêcherl'idolâtrie, la haine des races, l'antisémitisme, l'igno- rance,la spoliation, l'orgueil, la cupidité, le
mensonge,
je lesprotégerai enversetcontre tous».
Or,voyonsce qui s'estpassé aprèsla
mort
duChristet si le Christ s'est manifesté au milieu de ceux qui se réunissaienten sonnom.
La
religion chrétiennecomme
toutes les religions ou sectes nouvelles se propagea d'abord lentement dans l'ombreetlesilence, ensecret,prudemment,
ensortequelespremiers temps ensont historiquement assez obscurs.
Les
Acta Apostolorum,
écrits par saintLuc
après son Evangile, nous donnent bien quelques indications, mais Ussont tellement pleinsdebizarreries, de contradictions et d'illogismes qu'ils ne peuvent sérieusement guider l'historien impartial.On y
voit entre autres, dèslespre- mierschapitres, saintPierreétablirlecommunisme
leplus absolu, obliger les sectaires à vendreleurs biensetà en50 JÉSUS-CHRIST
déposerleprix
aux
pieds des apôtres quienfaisaient la répartition à leur guiseou
tel usage qu'illeurplaisait.Ce
communisme ou
collectivisme était-il d'ordre divin?Saint Pierre le prétendit puisque Dieu, selon les
Acta Apostolorum,
punit demort
Ananie et Saphire qui n'avaientapporté àlacommunauté
qu'unepartieduprix deleurchamp vendu
et s'en étaientréservé,par prudence biennaturelle,unepetitepartpourlesmauvaisjours.Cettefaçon d'interpréter laparoledeDieune durapas.
Economiquement
parlant, ce système étaitimestupidité que Dieun'auraiteugarded'imposer. Aujourd'huitout le Catholicisme,revenu àdesidéesplus pratiquesd'économie politique, accabled'invectives les socialistes collectivistes et communistes qui prônent lamôme
doctrine quesaint Pierre prêchait à Jérusalem.Ilestvraiquelecollectivisme etlecommunisme moderne
neseraient plus appliquésau
seul profitdes apôtres.
Pendant
tout le premier siècle, le Christianisme se répandit donc lentementde ci, delà,cherchant savoie, récoltant des adeptes qui,au
milieudu
désarroi philoso- phiqueetsocial del'époque, devinrent petit à petitplus :nombreux.
Cequ'il
y
ade certain, c'estque lespoints de doctrine etdedogme
étaientmal
définis,mal
fixés, dans le vague, et que la divinité de Jésus-Christ, à peine entre-,,
esquissée, n'était encore nullement proclamée, aucune-
ment
établie.Dès le deuxième siècle, les doctrines platoniciennes
commencèrent
à se mêleraux dogmes
de la religion nouvelleetàl'interprétationdes obscurités et des ambi- guitésdes LivresSaints. D'où les premièresdivergences fondamentales, les premiers schismes, les premières hérésies, entre autre, celles des Gnostïques, celles teMontanisies,
hommes
vertueux, austèresetenthousir j iOn commentait
déjà à perte de vuelespremiersdogmes
puisésdans les Evangiles. SaintClément d'Alexandrieet Origène, orthodoxes,maisinclinantauplatonisme, prati- quaient plutôt l'éclectisme qu'une règle biendéterminé»'.Beaucoup
de docteurs,de théologiens, d'évôquesenentre- prenantde défendre les vérités Evangéliques sidiffuses, devenaient,partrop de zèlecontre l'hérésie,eux-mêmes
hérétiques, et celadelameilleurefoidu
monde. La
Trinité, l'Incarnation étaient diversement interprétées.Le
vieux système desdeuxprincipess'introduisaitenpleine Eglise, rajeunietdéveloppé parManès,
de quilesManichéens
tirent leur
nom.
Au
milieu dessectesnombreuses,despartis rivaux, des factionsoùsemêlaientlapolitique et l'ambition,leChris- tianisme se propageait lentement, tantôt favoriséou
toléré, tantôtpersécuté par les empereurs qui se succé- daientrapidement.
Dèsl'an252, Novatien, prêtre de l'Eglise de
Rome,
semet
enoppositionaveclePape
Corneille, élul'annéepré- cédente aprèsseizemoisdevacancepontificale, et se fait consacrerévêquedeRome.
C'estlepremieranti-pape.En
253 seulement, saintCyprienétablitavecleConcile de Carthagelanécessitédu
baptêmedesenfants, àcause du péché originel.Pendant
deux siècles donc tous les mts venus aumonde
et morts avant l'adolescence, étaienttrouvésexcommuniés
etprivés dubénéfice dela Rédemption.En
256,un
ConciletenuenAfrique invalida le baptême Ionnéhors del'EgliseCatholique,etreconnucomme bon
ït valide jusque là. Ce débat passionna les Eglises d'Afriqueetd'Asie.
lui 209, l'évêque
Paul
deSamosate,
sebasant sur les n niiersEvangiles, nialadivinité de Jésus-Christetfutlamné parle Concile d'Antioche.
32 JÉSUS-CHRIST
Au
quatrième siècle d'innombrables sectes divisent le Christianisme. Apollinaireveutque Jésus-Christnesoit qu'unDieu.Arius
veutqu'ilnesoit ni consubstantieiau
Père, ni éternel, et par conséquent qu'imsurhomme
inspiréde Dieu.
Macédoines
contesteladivinitédu
Saint- Esprit, les pélagiens nient la nécessité de la grâce, lesdonatistes soutiennent que l'efficacité des Sacrements dépenddelafoideceuxquilesadministrent, lespriscii- liens mêlent
au manichéisme
quelques rêveries des astrologuesetdesgnostiques.Dans
l'EgliseGrecque, Eusèbe, auteurd'uneChronique où
ilmontre
plus d'éruditionquede logiqueetdescience, estsuspect d'Arianisme, saintAthanase d'Alexandrie mène une
vie très agitée.Tour
à tourcondamné
etabsous parlesConciles, exilé etrappeléparlesEmpereurs,on
ne savaittrops'ilétaitorthodoxeou
nel'était pas.Dans
toutes ces discussions, controverses violentes, luttesthéologiquesetexégétiques,leshommes,
lesprêtres, lesévêques,les archevêques qui se réunissaientau nom
du
Christ étaient plus dedeux ou
trois, etil ne paraît guère que le Christ fut avec eux, les éclairât de ses lumières,lesempêchât
des'invectiver,de s'anathématiser, desemaudirelesunslesautres. Cesdivisions devenaientau
contraire de plus en plus nombreuses, l'obscuritédes textes, l'ambiguité des Ecritures soulevaient chaque jour deplus interminables controverses.Ce fut alors, en présence de l'extension sans cesse croissante de Y
Arianisme
qui contestait la divinitédu
Christ, sa consubstantialité avec Dieu, que Constantinle
Grand convoqua
leConcile de Nicée.Constantin le
Grand
{Caïus-Flavius-Aurelius-Clau- dius),non
chrétien,non
baptisé,carilnereçutlebaptême
qu'm extremis
d'un ôvêque hérétique,Eusèbe de Nico- médie,convoqua
le Concile, le dirigea en s'ydonnant
lui-mêmele titre d'évêqueextérieur.Constantin le Grand, cruel, perfide, despote, sangui- naire, quise souilla par d'affreuses et inutiles cruautés dansses expéditions contrelesFrancset les Goths, qui
fit dévorer ses prisonniers pardes bêtes fauves, qui fit
étrangler son beau-frère Licinius, quifit assassinerson propre fils Crispus et sa
femme
Fausta, futl'homme
choisi parJésus-Christ, selonlesthéologiens, pourpro- clamer sa divinité à la face
du monde
chrétien encore dansledouteet l'incertitude.Constantin avait besoin d'une religion d'Etat pour affermirsonautorité, illui fallaitunenouvelleidolâtrieà substituer
aux
cultes grotesques qui s'écroulaient de toutesparts.Sur deux milleévêques assemblésàNicée,ilen trouva troiscents qui souscrivirentàses volontés. Il forçales autresàdéguerpir, etaveccette faibleminoritéildécréta queleChristétait l'égalde Dieu, étaitDieu lui-même!
La
démonstration de la divinité de Jésus-Christ qui devraitêtre éclatante, évidente,claire,indiscutable irréfu- table,ne reposaau
Concile deNicée que surl'interpré- tation d'immot
grec, surun
iota.Le
Christ était-ilhomoîousios ou homoousios
?On
essaya bien d'un miracle supposé,faitpar Dieu en faveur d'untyrannon
chrétien,non
baptisé, cruel, assassin qu'onfitgrand
parce qu'onne putlefairesaint,maisla croix qu'on prétendit s'êtremontrée
en plein cielpour protégersesarmées, qu'on broda sur leLabarum
avec ladevise: «Inhoc
signo vinces », ne fut aperçuemal- heureusement que parun
seulhistorien visionnaire et lunatique. L'Eglise orthodoxe qui l'inventa, ce miracle, etlepropagea, n'en ose soutenirelle-mêmel'authenticité.La
croixdeConstantin estdonctombée
avec beaucoup d'autres apparitions de ce.genre, telles que le «Quo
Vadis »desaint Pierre, aunombre
des légendes.X
«
Là
où deuxou
trois seront réunis enmon nom,
je m seraiaumilieud'eux. »Voyons
si dansd'autres Concilesle Christsetrouvaau
milieu desesapôtres, des princes des prêtres, des papes, descardinaux, des évêques, des archevêques, desmoines, réunis parmilliers.Il seraitoiseux ettrop long de passer en revue tous ceuxqui suivirentle Concilede Nicée. Cela dépasseraitle cadre decetouvrage.
Je saute donc une période de onze siècles pendant lesquelslesdiscussions et les disputescontinuèrent sans interruption pour arriver
aux
plus célèbresdu moyen-
âge,lesConcilesdeConstance et deBàle.A
l'époqueduConcile deConstancequiduraquatre ans, de 1414à 1418, ily
avait troispapes régulièrement élus,GrégoireXII, Benoit XIIIetJean
XXIII
qui se traitaient mutuellement d'hérétiques et quis'excommuniaient lesunslesautres.
Grand
embarras de la Chrétienté quinesavaitplusà quel pape se vouer.—
Quelques-uns tiraientau
sort, quelques autres croyaientaux
trois Vicaires de Jésus- Christ; ily
avait bienla Trinitéde Dieu, pourquoin'yaurait-ilpaseulatrinité des papes.
ToutefoisJean XXIII, forcépar