<3#<?
i
NATIONS UNIES INSTITUT AFRICAIN DE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUEET DE PLANIFICATION
DAKAR
idep/et/xxxv/552 Générale/interne
Février 1966
chafanel
FISCALITE ET DEVELOPPEMENT
(ï)
Ne correspondant plus aux données de la situation poli¬
tique et économique, les régimes fiscaux des pays en voie de
dé¬
veloppement doivent
être
revisés. Leur réforme devrait avoir pour"but de les adapter aux conditions nouvelles et de les intégrer
à la planification.
— les régimes fiscaux des pays africains sont hérités de
modèles européens. Ils correspondaient à des situations complexes
où il convenait de maintenir un certain parallélisme dans les techniques,- les
mêmes
sujetsfiscaux-étant
souventimposés
en Afrique et en Europe. D'autre part, les disponibilités en person¬nel qualifié pouvaient autoriser un certain luxe qui n'est plus
à la mesure des moyens limités des administrations fiscales des
nouveaux Etats.
— Les structures politiques, économiques et sociales ont
été souvent profondément modifiées : réduction massive d'un secteur européen parfois important, nationalisation d'entreprises consti¬
tuant par le passé l'essentiel du secteur privé, mesures de so¬
cialisation etc.... Il est évident que de tels changements appel¬
lent un aménagement corrélatif des régimes fiscaux.
(ï)
Ces conférences* ont principalement pour objet de faireconnaître
les conclusionsdes travaux du cycle d'études qui s'est tenu à Addis Abeba du 5 au 15 Décembre 1965 et qui sera désigné ici sous le terme de "conférence".
»
♦ •
- vc\VXXX rli
ï
dep/et/xxxv/552
t1£i g x,page 2 *•• ; ;.:f
:ii.; rivowT
- Le désir de tranformer fondamentalement la structure de l'économie nationale, qui ne devra plus reposer principe ■ lement sur l'exportation de produits primaires et l'impor¬
tation de biens de consommátion, amènera de profondes mo-- dlficaf-ions-à la balance commerciale eisà la balance des
comptes, les produits primaires .étant désormais exportés
de plus en plus sous forme de semi-produits ou de pro- duits finis et la production des industries nationales pourvoyant progressivement aux besoins, locaux. Il sera donc indispensable de revoir la fiscalité des droits de porte.
Les systèmes fiscaux hérités du passé présentent actuellement des défauts qui les condamnent :
- leur rendement est insuffisant : la progression des dé¬
penses courantes des nouveaux Etats et les besoins révé¬
lés par la nécessité de développer l'infrastructure ren¬
dent urgent le relèvement des recettes fiscales;
- leur produit manque d'élasticité par rapport au revenu
national, c'est-à-dire que leur taux de progression ne suit pas celui de ce revenu alors qu-'-il--devrait être su¬
périeur;
- leurs bases sent trop étroites, ce qui réduit leur pro-
ductivité_et dim.nue leurs possibilités
comme instrument•' ■ ' J.'*• '.1 . v.' •'<ij'Oiï:; y. •.
d'une politique économique
(par
exemple : au Tanganyikamoins
du:1/4
des 9 millions d'habitantsdu~pays"
paient' ' des impôts directs de quelque nature que ce soit et moins de 200000 des impôts .directs au gouvernementCentral);
IDEP/ET/XXXV/552
page 3
- 1es dispositions fiscales
apparaissent souvent régres¬
sives, en ce sens
qu'elles contribuent à maintenir des
structures surannées ou vont
â 1'encontre d'une poli^iqu
novatrice;
- l'évasion fiscale est importante,
qu'il s'agisse de
1'exem-ntion tenant au fait que la
législation est Incom¬
plète ou de la
fraude proprement dite.
Nous verrons successivement quels sont les
£onçours_que_la_polit
91i§_de_d§veloEpemenlL E§ut_att£Qdre_si2_la_£is£a.u>Ji£ et qttols sont les_problèmes_générau2 qpi se posent. Ultérieurement nous exami-
nerons de plus près Comment se présentent en Afrique quelques types d'impôts plus.par.ticulièr.ement importants.
o
o o
I - Concours que peut apporter la fiscalité à la politique de développement.-
Dans un système intégré à la planification on demandera à la fiscalité : -
d.e_fournir
unepart des
ressourcesnécessaire
• -
_ A' 'j_ .,t
à l'exécution du plan par la création de recettes nouvelles, - d
' h " "• " c:'i ' -,vj'1 '
d^aider à la jréalisation des réformes de- structure,
-de partici per_à la recherche de l'équilibre de la balance des paiements,
-d^encourager la formation de l'épargne et les investissements,
-d'inciter les fcapitaux étrangers à s'investir dans le pays, - de
réduire les inégalités de revenus et de fortune, - de favoriser
la stabilité.
a)
Fournir de nouvelles ressources.- ~ .Ici se trouve posé le problème de la capacité contributi¬
ve du pays qu'il convient de distinguer de sa capacité financière
IDEP/ET/XXV/552
page 4
cette dernière comprenant en outre la capacité d'emprunter. En f^..t
la capacité d'emprunter est limitée dans la plus grande partie
des.
pays africains par la faiblesse du revenu individuel et de
l'épar¬
gne et par l'absence d'un marché monétaire et d'institutions
finan¬
cières développées^ un déficit des finances publiques ne
peut donc
être considéré comme une source importante 1
des dangers inflationnistes qu'il comporte. Des
méthodes
inflation¬nistes de financement du déficit entraîneraient en effet une hausse des prix intérieurs qui .encouragerait les importations,
décourage--
- : r.'jr-) ■ rait. les exportations, . ralentirait l'afflux des capitaux et risquc-
rait de provoquer un retour vers l'économie de subsistance. Les pay africains sont donc contraints d'élargir leur capacité contributive.
La capacité contributive est
difficile_à
2££££e£ carelle
dépend de facteurs politiques, économiques et administratifs.
Colin
Clark a soutenu que la capacité contributive ne saurait dépasser 25
%
du RE. En fait les choses ne sont pas si nettes et l'on peut■ --- - ■
dire que la capacite contributive d'un pays se détermine expérimen¬
talement et se trouve à son niveau optimum si une augmentation de la pression fiscale
(soit
par aggravation des taux, soit par création- de nouveaux
impôts)
est suivie d'un accroissement considérable destâches administratives ou d'effets économiques défavorables
Quels sont "tes facteurs qui déterminent la capacité contai -
■ :■ ■ -va: 1 '
butivej? Le premier facteur est évidemment le niveau de vie, plus
le revenu individuel est élevé plus est importante la capacité conta' -
butive. Indépendamment de ce facteur la capacité contributive est
fonction des
f££roes_du_revenu_et_de_la £^£ucture économique^ elle
croît avec l'extension de l'économie monétaire et avec l'industria¬
lisation. Le second facteur est la capacité de l'administration fis¬
cale, et à ce titre on peut avancer qu'en Afrique plus le système
idsp/et/xxxv/552
page 5
fiscal est simple plus l'administration sera efficace; il convient
donc d'éliminer les impôts improductifs et les trop nombreux
ré¬
gimes particuliers qui compliquent la
tâche
de l'administrationfiscale.
La politique des dépenses publiques joue aussi un
rôle
important : si les ressources sont employées à des dépenses produ<~tives le revenu national progresse et la capacité contributive au
mente; si les dépenses publiques sont
stériles
et aboutissentà
u"consommation de richesses la capacité contributive risque de dim:'
nuer.
Il existe souvent en Afrique une capacité contributive disponible importante, que peuvent laisser supposer l'inégale
ré¬
partition des richesses et la sous-estimation courante des reve¬
nus agricoles et que prouvent les variations des prélèvements fis¬
caux dans l'espace et le temps
(exemple
: en i960 le prélèvementfiscal se situe entre 5> 2
%
du PIB au Tachad et16,82
en Côte d'I¬voire, - de
i960
à1963
leprélèvement
fiscal par tête double auSénégal et au
Gabon).
Lorsque l'Etat possède des participations dans des entre¬
prises, voire des entreprises en toute propriété, il doit veiller
à ce qu'elles réalisent des bénéfices normaux
(sauf
cas de servi¬ces publics ou
sociaux),
en réinvestissent une partie pour leur expansion et lui versent des dividendes suffisants(exemple
: les entreprises nationalisées de la RAU ont fourni en 1964-1965 plusde 100 millions de £ à l'Etat soit
1/5
environ des recettes publi¬ques)
,b)
Aider à la modification des structures,-Un es particulièrement intéressant pour les pays africain
est celui de la modernisation du secteur agricole. Trop souvent 1er:
activités les plus rentables de l'agriculture sont orientées unique ment vers l'exportation, or un plan national doit prévoir une aug-
idep/et/xxxv/552
page 6
mentation1 de la production alimentaire, une: plus grande diversité,
Une amélioration de la qualité, une progression des; investissements
et un relèvement des rendements. La politique, fiscale sera associé^
à d'autres moyens pour amener les agriculteurs à abandonner les
méthodes
archaïques
pour d'autres plus modernes et pour les con¬duire à accroître leur productivité. Des détaxations, ou surtaxa- tions pourront selon le cas encourager ou décourager oertaines cul¬
tures ou certaines méthodes,- un
impôt
forfaitaire à la superficie,au nombre d'arbres., incitera 1 ' agricullour à tirer un meilleur pro¬
fit de sa terre,- une imposition par
tête
de bétail l'invitera àfaire fructifier ce capital important que constitue le troupeau etc.- Des dispositions appropriées, inciteront à la modernisation de l'é¬
levage, d'autres contribueront à lutter contre' certaines pratiques jugées
antiéconomiques(par
exemple s métayage ou culture surbrûlis."
La fiscalité peut être utilisée dans cette voie de
bien des manières par exemple : un régime fiscal adapté du chiffre
d'affaires provoquera une simplification et un assainissement des
circuits commerciaux,- une fiscalité convenable des filiales encou¬
ragera les concentrations d'entreprises,- une imposition des terra'—
nus inutilisés dans les villes amènera les propriétaires à s'en -l'y-
saisir pour de meilleurs usages etc...
c)
Participer à l'éffort d'équilibre de la balance des paiements.--Le désir de changer la structure de l'économie national
va entraîner une modification profonde de la balance commerciale cl de la balance des paiements
(augmentation
des importations détaxéesde biens d'équipement et de .matières premières, diminution des im¬
portations de biens de consommation, progression des postes de la
balance des paiements correspondant au service de la dette et au /'versement de
dividendes).
Un'économiste(Prof. Johnson)
a soutenuque lorsqu'un pays en voie de développement ayant un taux de char.:
fixe entreprend un programme de planification et utilise à cet effe
IDEP/ET/XXXV/552
page 7
les techniques et instruments classiques il est condamné à
connaître
un déséquilibre de sa balance des paiements. S'il se refuse'à modi¬
fier son taux de change, il sera contraint d'avoir recours
à des
moyens fiscaux et à des mesures de
contrôle
pour pallier les imper¬fections de son taux de change* Il utilisera la taxation des échan-
ges pour réduire le volume global des importations en donnant une
priorité à celles qui sont essentielles et en imposant fortement les acquisitions de produits de luxe. De même certains transferts pour¬
ront être taxés afin d'en réduire le volume et d'éviter la fuite doc capitaux nationaux.
d)
Eavoriser l'épargne et les investissements.-Le moteur du processus de développement est l'augmentation
du taux d'investissement dans l'économie, alors que les pays indus¬
trialisés investissent couramment
1/4
du RN, les pays en voie de développement ont un taux d'investissement de l'ordre de 10 par¬fois moins et rarement plus de 15
% (toutefois,
il existe des excep¬tions ; RAU, Gabon, Mauritanie, Zambie; c'est
là
habituellement l'ir.dice d'un taux de croissance plus élevé, mais parfois aussi l'effet
de situations particulières comme la mise en valeur de riches gise¬
ments de
minerais).
La politique fiscale doit aider à l'obtention d'un taux d'investisse ment satisfaisant. Les impôts peuvent influencer l'accumulation de capital de différentes façons. Ils peuvent faire partie d'un système général de finances publiques qui se traduira par l'acquisition de
biens de capitaux par l'Etat
(routes,
écolesetc...);
les individus,la collectivité, épargnent par le truchement du gouvernement.- Si
l'on parvient à diminuer les impôts nets des groupes fortement en¬
clins à épargner et à augmenter d'autant ceux des autres groupes
portés vers la consommation, le total de l'épargne privée
s'accroî¬
tra sans qu'il y ait modification du volume des rentrées fiscales.-
2
L'Etat encouragera aussi 1'épargne par des mesures fiscales diver."cr
dont nous parlerons plus en détail dans notre prochaine conférence ,
mais on peut déjà citer, au niveau des entreprises ; les
exonéra¬
tions -des bénéfices réinvestis, les amortissements accélérés, la
constitution de réserves-en franchise d'impôt etc...
L'Etat utilisera encore la fiscalité pour décourager
les
investissements^spéculatifs, improductifs
oucontre"indiqués
cvprofit des investissements consacrés à l'industrie ou à d'autres
domaines productifs. Il taxera les secteurs refuges
(commerce,
pro¬priété foncière
e"ic.Vf)'"pour
éviter qu'ils ne viennent concurrenco- le-s emplois souhaitables de l'épargne.La, parafiscalité, les systèmes de retraite et de
sécux
té sociàle avec accumulation de fonds sont appelés à jouer un role important dans les pays en voie de développement; ils constituent-
Un moyen détourné'd'amputer la consommation privée et de faire pro¬
gresser le montant total de l'épargne
(exemple':
les caisses de re¬traite et dé sécurité sociale constituées en Egypte depuis 1955 sv.
bénéfice des fonctionnaires et des salariés des grandes entreprises représentent 25
%
environ du montant de l'épargneégyptienne).
L'Etat devrait aussi examiner la possibilité de dévelop¬
per l'épargne publique par la politique des prix des entreprises pu¬
bliques.
e)
Inciter les capitaux étrangers à s'investir dans le cays.-■i .--,;!-<
Il faut accueillir" favorablement l'entreprise étrangère quand des capitaux, des connaissances techniques, des méthodes ad¬
ministratives modernes sont nécessaires pour renforcer 1'économie
IDEP/ST/XXXV/552
page 9
et accélérer le rythme de développement
(réduction
des importations augmentation des exportations, apports dedevises).
L'Etat par sa politique générale et fiscale(codes d'investissement)
devra recon¬naître à l'investisseur étranger le droit de retirer un profit pro
portionné aux risques encourus et
comparable_à
cequ'il peut
gagne:ailleurs. Il s'efforcera aussi.,d'encourager le réinvestissement :Uv
le pays. Il maintiendra cependant son droit à recevoir sous forme
d'impôts
une part des "bénéfices de l'entreprise une fois celie~o:'.lancées il recherchera souvent aussi l'association des capitaux rv tionaux capitaux étrangers.
En fait les codes d'investissement, qui existent prati¬
quement dans tous les pays, prévoient d'une manière ou d'une autre
une exemption des droits d'entrée sur les hiens d'équipement et le premières essentielles et, s'il y a lieu, une protection de l'indu
trie par des droits de douanes ou des mesures contingentaires sur
produits concurrents. En général on accorde le droit de transferor l'intérêt de prêts étrangers, la rémunération des services, les Lé
fices
(après
paiement del'impôt)
et le produit du capital ou d'un liquidation.Madagascar et l'Ethiopie prévoient des dispotior.s spéci
les d'exonération d'impôt sur le revenu pour une période maximum d 5 ans e*c la Somalie pour une période de 10 ans| ces exonérations peuvent avoir un certain effet psychologique. A Madagascar existe
aussi une possibilité de garantie de
stabilité_fiscale à
longter¬
me, formule qui devrait être réservée aux entreprises présentant
une importance exceptionnelle. A l'exception de la Zambie, les pay anglophones n'accordent pas d'exonération fiscale,
mais
leurs loisrelatives à l'impôt sur les revenus prévoient des abattements spé¬
ciaux p<Jur diverses catégories d'investissements
(abattements
ini-idep/et/xxxv/552
page 10
.tiaux, abattements pour
équipement, abattements
pourrecherche, amortissements).
Ces moyens se justifient surtout du fait qu'ils agissent comme stimulants, ils permettent d'amortir les investies - ments plus rapidement et procurent des fonds supplémentaires pour financer l'expansion. Les avantages ci-dessus rappelés devraient être étudiés dans chaque cas déterminé avant l'rgrement de l'entre¬prise
(intérêt
de l'investissement, ses effets économiques et fin :-ciers, s'assurer qu'en tout état de cause une part raisonnable de-
bénéfices restera à terme dans le
pays),
.La question peut se poser do savoir s'il faut uno limite quantitative aux transfert? de bénéfices en fonction du capi¬
tal investi
(Somalie
= 15%)•
Une telle mesure peut freiner l'appo"de capitaux extérieurs; aussi la solution retenue devrait-elle suffisamment libérale, elle gagnerait en outre à
être
étudiée danschaque cas particulier.
f)
Réduire les inégalités dans la répartition des richessesDe toute évidence l'impôt progressif sur le revenu j:
les diverses impositions de la fortune
(droits
de succession, taxa¬tion des plus-values
etc...)
constitueront des moyens puissants pox:réduire les inégalités dans la répartition des richesses.
g)
Favoriser la stabilité.-Certains pensent que le système fiscal doit aussi contribuer à la stabilité économique. Cet objectif est important
pour un pays industrialisé où l'instabilité est due principalement
aux fluctuations de l'investissement. Pour les pays en voie de dé¬
veloppement la situation est moins nette. Enf Afrique les principal'- 3
r
r
4
idep/et/xxxv/552
page 11
causes d'instabilité tiennent aux fluctuations des recettes exté¬
rieures résultant des variations de cours des produits primaires.
Lorsque les prix baissent la politique fiscale manque évidemment
de moyens. Lorsque les recettes extérieures augmentent fortement,
•on peut appliquer des mesures fiscales pour atténuer les effets in¬
flationnistes ou autres jugés indésirables, mais une telle solu¬
tion ne suffira généralement pas et devra être associée-,à des dis¬
positions monétaires appropriées. En somme, la politique fiscale pour¬
ra servir à
modérer_l1 inflation mais elle
nesaurait contribuer à
juguler efficacement une dépression d'origine extérieure
(ï).
De toute manière, il est sage
d'éviter
une imposi¬tion définitive des produits exportés qui surtaxerait l'agriculture
sans discernement et aurait pour effet de freiner la monétarisatior
des zones rurales.
II - Problèmes généraux de base.-
Quelques problèmes généraux de base se posent en ce qui
concerne l'orientation de la fiscalité dans les pays en voie do dé¬
veloppement.
, i .
a)
Place de la fiscalité indirecte.-Dans les pays en voie de développement la fiscalité
indirecte représente environ 7^
%
ies recettes fiscales.L'impôt indirect s'impose d'abord parce que les conui-
tions nécessaires
à_l'instauration d'un système complet d'impôts
directs
ne_sont
quetrès
peuremplies et ensuite
parce quel'impôt
(l)Lo
rôle stabilisateur que l'on accorde àl'impôt
direct progressif dans les pays industrialisés ne joue guère actuellement dans les économies en voie de dévelop¬pement.
idep/et/xxxv/552
pago 12 i
indirect fournit de
meilleures facilités administratives ot une plus
large assiette à la collecte des recettes publiques.
L'impôt
indirect a une base particulièrement étendue(importance
toutefois du seoteur nonmonétaire),-
ilpeut_etre col¬
lecté par un petit nombre d'entreprises produisant pour le pays ou
au niveau de l'importation,-
toute_croissance_de la consommation
entraîne une élévation proportionnelle automatique des rendements
fiscaux;.
Mais c'est surtout sur sa capacité à faciliter le pro¬
cessus du développement qu'il faut juger
l'impôt
indirect. La doctri¬ne financière considère que
l'impôt
indirect discrimine d'une maniè¬re moins intense contre l'épargne privée que l'impôt direct. En tout
état de cause,
l'impôt
indirect transfertà
l'Etat un volume de res¬sources plus considérable que celui que lui procurerait l'imposition
directe du même revenu global en affectant beaucoup moins les stimu-
lants à l'investissement et à l'effort productif.
L'impôt indirect se prête particulièrement à la pratique
d'une politique sélective visant à décourager certaines consomma¬
tions ou certaines activités sonsidérees comme nuisibles ou inop¬
portunes.
Il est difficile de prétendre que l'impôt indirect est inéquitable et que l'impôt direct serait plus justo. D'une part,
il est possible de moduler les taux de l'impôt indirect en fonc¬
tion du caractère, de plus ou moins grande utilité des produits
(large
détaxation des produits de consommation essentiels,surtaxa¬tion des produits de
luxe).
D'autre part, il existe dans les paysen voie de développement un- secteur de subsistance important pour- .
lequel on manque d'indices appropriés.
IDEP/ET/XXXV/552
page 13
Certaines précautions doivent toutefois être priser ,
N'importe quel taux d'impôt indirect no saurait
être
immédiatement incorporé dans les prix. La surtaxation immodérée de 1'économie monétaire par rapport à l'économie non monétaire pourrait agir ensens inverse du processus qui favorise le développement. Enfin, il
faut tenir compte des répercussions sociales dues à la régressivi-
te de distribution de l'impôt indirect, particulièrement sensibl
dans les pays où l'inégalité des revenus est considérable et se caractérise par une discontinuité brutale "entre des masses vivant
à la limite du minimum et des groupes à très hauts revenus. L'impôt indirect, base du système fiscal des pays en voie de développement,
doit donc être accompagné d'impôts ■."-ireotë correcteurs.
b)
Rôle de la fiscalité directe.-Dans un pays, qui comporte encore un très large secte
d'économie de subsistance l'imposition directe,
même
très imparfaitde
la_terre et de la richesse
sansleurs formes traditionnelles
aurpour effet de stimuler la transformation des comportements et les m
grations vers le secteur moderne.
L'impôt_direct forfaitaire
surla propriété et la fo
tune devrait inciter le redevable à une meilleure utilisation do so
capital et à une amélioration de sa productivité| il convient donc d'y avoir largement recours pour la taxation des éléments qui de¬
meurent encore en marge de l'économie moderne.
L'impôt direct sur le
revent^ lorsque ce revenu a un
caractère élaboré et peut être évalué avec une précision satisfai¬
sante permettra une action rvancée à 1 ' infini e_n
^nct_ion__des jpbjoc
tifs de politique économique retenus
(par
exemple : développementIDEP/ET/XXXV/552
page 14
1
de l'assurance, de l'épargne, de la construction
etc...)»
Il 7a donc toutes raisons d'y assujettir les individus et entrepri¬
ses qui répondent à ces conditions.
Enfin l'impôt direct doit permettre de poursuivre cer¬
taines actions spécifiques
(réforme
agraire, récupération dos plus-valuesetc...)
parties intégrantes du plan de développementet d'atténuer les inégalités trop graves de la
répartition
desrichesses.
c)
Droits de porte.-Ce sont les droits perçus à
l'entrée
et à la sortiedu territoire. Nous avons vu que les droits d'importation ne doivent pas être"appliqués aux "biens d'équipement. et aux ma¬
tières premières| de
même
ilparaît
inutilede
taxerles "biens
qui ne figureraient à titre principal que dans- la consommation
des services publics. En revanche les produits de luxe ou d'uti¬
lité douteuse doivent être taxés inexorablement.
Les nouvelles entreprises demanderont à être protégées
contre la concurrence étrangère par un tarif douanier adéquat.
On devra veiller toutefois à ce que la protection ne soit pas consentie à un niveau tel qu'elle permette la perception par
l'entreprise d'un
véritable impôt
privé(nécessité d'enquêtes
approfondies et périodiques,— en principe la protection devrait
pouvoir être supprimée ou réduite lorsque l'entreprise a dispo¬
sé d'un délai suffisant pour
s'organiser).
Les droits à 1'exportation sont souvent considéras
comme un mode •■désuet d'imposition des revenus des producteurs.
Ils sont toutefois fréquemment conservés en raison de leur
importance pour le Trésor et dans le cadre de tentatives d'atté¬
nuation des fluctuations de cours. Lorsqu'ils portent sur dos produits minéraux ils peuvent constituer une ressource substan
id^/et/xxxv/552
page 15
tielle pour l'Etat3 ils prennent alors l'aspect
d'un prélè¬
vement normal sur 1'exploitation de la richesse nationale et
font participer directement la puissance publique aux béné¬
fices de l'accroissement de la production et du niveau des
cours mondiaux.
Dans le cas d'association économique avec des parte¬
naires plus industrialisés la suppression des droits de dor
ne de caractère préférentiel. au bénéfice 'de l'un de cos pay
qui rétablit l'égalité de concurrence entre pays industrial:
sés, donne lieu normalement à
l'établissement de droits
fis¬caux d'entrée perçus sur toutes les importations quel qu'en
soit le pays d'origine afin ia por -ottrp l'industrialisation
du pays en voie de développement associé.
d)
Encouragements fiscaux aux investissements étrangers.-Dans le but d'attirer les capitaux extérieurs les pa
en voie de 'développement accordent généralement de oubstanti avantages aux investissements étrangers. Poux1 que ces avanta ges bénéficient réellement à l'investisseur et constituent
donc un encouragement valable, le pays en voie de développe¬
ment doit 9'informer de la façon dont le pays dont les capi¬
taux sont originaires taxe ies revenus en provenance de l'ét
ger, ceci afin que la concession qu'il accorde ne profite pa
.«
au seul Trésor du pays d'origine des capitaux.
- >
9
Il existe en fait 4 méthodes de traitement des reven
d'origine étrangère : - . ■
— exemption :
pertains
paysaccordent l'exonération
fiscale
tot'alé^^PBS*J®|kété
nationale pour les divi-T
mdendes qu'elle reçoit d'une
zs^Kle étrangère (Pays--
Suisse,Canada),
et aussi pour lesbénéfices
des suc¬cursales à l'étranger;
idep/et/xxxv/552
page 16
- déduction de l'impôt étranger t l'imposition se fait sur
5
le dividende net reçu de la filiale
étrangère
et non sur le dividende brut, il y a donc déduction implicite del'im¬
pôt
perçuà
l'étranger(Norvège, Autiiche, Luxembourg),
de même pour les revenus des succursales5
- taux d'imposition spécial : le montant net des dividendos
reçus de la filiale étrangère est
imposé
à un taux infériv.à celui des bénéfices des entreprises nationales
(France,
Italie, Belgique,Espagne)f
demême
pour les revenus dessuccursales à l'étranger
(toutefois
exonération totale enFranco)5
- crédit d'impôt s les dividendes des filiales étrangères
sont imposés au taux des entreprises nationales mais l'im¬
pôt perçu dans le pays où travaille la filiale s'impute
en déduction de l'impôt calculé dans le pays exportateur de capitaux
(USA,
Grande Bretagne, Allemagne, Japon, Tur¬quie),
demême
pour les revenus des succursales.Dans le premier cas
(exemption)
les avantages fiscaux ac¬cordés par le pays importateur de capitaux ne sont pas annulés par une
imposition dans le pays de 1'investisseurEli la méthode appliquée est
celle de la déduction de l'impôt étranger
(second cas),
il existeun obstacle fiscal qui découragera l'investissement dans le pays èn voie
de développement. Dans le troisième cas, d'un
impôt
spécial, les in¬vestissements à
l'étraî^Jt peuvent être encouragés ou découragés, tout
dépendra des rapports des taux d'imposition. Le pays qui applique la méthode du crédit d'impôt
(quatrième cas)
traite le revenu de sourceétrangère comme s'il avait lui-même prélevé l'impôt perçu à l'étran¬
ger, la charge fiscale qui
frappe^fc
revenud'origine extérieure est
la meme que pour le
reve^gMpff^^^Kr et tout allégement accordé
par unpays en voie de oppement se trouve annulé par le relèvement cor¬
respondant de l'impôt perçu par le pays exportateur de capitaux.
x