R. CAMGUILHEM* A. MILON*
*INRA Laboratoire de
Pathologie
du Bétail
*’!
Département
deBiologie
Moléculaire Ecole Nationale Vétérinaire23, chemin des
Capelles
31076 Toulouse Cedex
Entérite du lapin
à Escherichia coli O103.
Essais
de prévention
par vaccination
La production française de viande de lapin, de l’ordre de 160 000 tonnes par an, représente 2,4 % de la production agricole globale et 5 % de la
valeur des productions animales, soit
unniveau équivalent à celui
de la production ovine.
La pathologie digestive d’origine bactérienne est
undes problèmes majeurs
chez les animaux à l’engrais, avec,
aupremier rang, les entérites dues
auxcolibacilles entéropathogènes, qui peuvent entraîner des taux de mortalité de plus de 30 %, et dont l’évolution n’est pas entravée par les traitements médicamenteux. La vaccination des lapereaux devrait permettre de mieux
contrôler
cesinfections.
La cause essentielle de mortalité chez le
lape-
reau sevré est la
pathologie digestive,
avec unesymptomatologie
évocatrice associant diarrhée etdéshydratation.
Enélevage intensif, malgré
l’utilisation
systématique
d’alimentssupplé-
mentés en anticoccidiens
qui
ontpermis
unequasi-disparition
des coccidiosesdigestives,
certains
élevages
continuent à voir leur rentabi- lité gravement entamée par des affections enté-ritiques,
associées leplus
souvent à uneprolifé-
ration iléo-caecale d’Escherichia coli.
Les
particularités
de laphysiologie digestive
des
lagomorphes expliquent
enpartie
leurgrande
sensibilité aux affectionsentéritiques.
Toute
perturbation
de lacaecotrophie (émission quotidienne
decaecotrophes
ou « fècesmolles »,
ingérés
dès leurapparition
au niveau del’anus)
ou du transit intestinal a des consé- quencespathologiques rapides.
De nombreuxfacteurs d’environnement
(froid, chaleur,
ambiance
bruyante,
déficience del’aération...)
ou alimentaires
(abreuvement insuffisant,
ali- ment à tauxcellulosique insuffisant,
ou excé- dentaire en apportprotéique,
utilisation d’anti-biotiques...)
peuventperturber
laphysiologie digestive
dulapin, parfois
parsimple change-
ment de son comportement alimentaire
(arrêt
de la
caecotrophie), parfois
du fait de modifica- tionsplus
durables du transit ou de la floredigestive
normale. La stasedigestive,
suivie demodifications
chimiques
du contenu caecal(déséquilibre
des acides gras,augmentation
dupH...)
favorise unepullulation
bactérienneanormale,
avec trèsfréquemment
undévelop-
pementexagéré
de la florecolibacillaire, qui s’accompagne
d’une diarrhée. La flore coeco-colique
normale dulapin
est dominée par les anaérobies et est relativement pauvre en coliba- cilles : les taux caecaux et fécaux normaux n’ex- cèdent pas 10’-104 E. coli par gramme. Dans lescas de diarrhées
d’étiologie complexe,
ces taux peuvent augmenterjusqu’à
10"’-10" E.coli par gramme, mais les souches de colibacilles iso- lées de tels animaux et réadministrées par voieRésumé
—————————————————————————La colibacillose du
lapin
sevré est unsyndrome entéritique
grave,épizootique
dans les
élevages rationnels, accompagné
de taux de mortalitéparfois supérieurs
à 30 %. Elle est
provoquée
par des Escherichia colientéropathogènes, apparte-
nant
essentiellement,
en France, ausérogroupe
0103 et à desbiotypes
ne fermen-tant pas le rhamnose. Ces germes colonisent le tube
digestif
deslapins grâce
àune adhésine
protéique
de p.m. 32 000,qui
leurpermet
de s’attacher aux entéro- cytes.Les traitements antiinfectieux sont peu ou pas efficaces. Seule la vaccination par voie
orale,
stimulant l’immunité locale desanimaux,
ajusqu’à présent
montréune efficacité certaine dans le contrôle de la maladie. La vaccination des mères
ne permet pas d’obtenir une
protection
desjeunes après
le sevrage. Par contre, lavaccination orale des
lapereaux
dès le sevrage, durant 4jours
à l’aide d’un vaccin inactivépréparé
par culture d’une souche 0103 dans un milieu favorable à l’ex-pression
del’adhésine, protège
100 % des animaux contre tous lessignes
clini-ques d’une infection
expérimentale
ultérieure. Cette méthode de vaccination ori-ginale
estsusceptible
d’améliorations à mesure de l’avancée des connaissancessur la maladie et les colibacilles
qui
laprovoquent.
orale à des
lapins
sains ne manifestent aucunpouvoir pathogène.
La colibacillose n’est, dansce cas, que secondaire aux facteurs
étiologiques
ou
prédisposants
citésplus
hauts et une amé-lioration des conditions
d’élevage,
un meilleuréquilibre alimentaire,
sont engénéral
suffisantspour lutter contre ces entérites « non
spécifi-
ques ». Par contre, une forme différente de coli- bacillose
digestive
est apparue en Francedepuis
une dizaine d’années.Celle-ci,
beau-coup
plus préoccupante, frappe pendant
laphase d’engraissement.
Elle est due à des E.coliappartenant
à dessérogroupes
etbiotypes spé- cifiques, entéropathogènes expérimentalement,
souvent multirésistants aux
antibiotiques.
C’estde cette forme que nous traitons ici.
1 / L’entérite colibacillaire du lapin
1.
1 / La maladie
enélevage
Depuis
le début des années 80, de nombreuxélevages
delapin
de chair ont été confrontés à dessyndromes entéritiques
sedéveloppant
dèsles jours
suivant le sevrage, et provoquant despertes
depoids importantes
et des taux de mor- talitéparfois supérieurs
à 30 %. Cessyndromes,
d’allure
explosive,
sont rebelles à toute théra-peutique antibiotique,
compte tenu de l’arsenaldisponible
chez lelapin
et de l’allureépizooti-
que de
l’affection,
si bien que dans certains casgraves, l’éleveur est contraint de
stopper
sa pro- duction pour désinfection et vide sanitaire avant de reconstituer un nouveaucheptel
dereproducteurs.
Des taux élevés de colibacilles(le plus
souventsupérieurs
à 10‘’ germespar g)
sont trouvés dans les fèces des animaux malades et de nombreux auteurs ont démontré le
pouvoir pathogène
des souches isolées de tels animaux, enreproduisant
des diarrhées mortelles parsimple
administration orale de doses relativement faibles(10!
à 104bactéries) (Licois
et al 1982, Renault et al 1983, Peeters et al 1984,Camguilhem 1985).
Cette entité se dis-tinguait
donc clairement des colibacilloses secondaires aux erreursd’élevage,
notammentpar la
pathogénicité
des souches bactériennesen cause.
1.
2
/ La colibacillose expérimentale
à E. coli 0103 3
En 1985, nous avons mis au
point
un modèleexpérimental
decolibacillose,
enreproduisant
la maladie sur 142
lapereaux
sevrés. L’infection par voie orale par 10a ou 10’ Ecoliappartenant
à la souche Bio
(0103,
rhamnosenégative :
voirci-dessous) (Camguilhem
et al1986)
s’accom-pagne d’une diarrhée chez 90 % des animaux infectés et les taux de
mortalité,
25jours après infection,
étaientrespectivement
de 50 % et62 % dans les lots traités à 10’ et 10’. Des pertes de
poids
trèsimportantes,
de 20 à 30%,
sontenregistrées
avant la mort. Les fèces sont trèsliquides
et souillent le trainpostérieur
des ani-maux
(figure 1).
Al’autopsie,
les lésions inté- ressent exclusivementl’appareil digestif,
avecun contenu
liquide
et nauséabond du caecum et ducolon,
et, dans certains cas, des lésionshémorragiques
de la séreuse en « coups depin-
ceau » au niveau du caecum et du colon
proxi- mal,
dont le contenu esthémorragique (figure 2).
A
l’histologie,
on observe une colonisation bactérienne del’apex
des villositésintestinales,
desfoyers
de destruction del’épithélium
et deshémorragies.
Le contenu caecal des animaux maladesprésente
des taux élevés de colibacilles(lo’
à 10v parml),
et sonpH
estplus
élevé quechez les animaux sains
(6,6
contre5,8).
Le
pouvoir pathogène
de la souche B10 a étédepuis largement
confirmé et ce modèleexpéri-
mental a, par la suite, été
complété
pour l’étude deprotocoles
de traitement et de vaccination.2 / Caractéristiques des souches d’E.Coli entéro-pathogènes
pour le lapin sevré
_
2.i / Enquête épidémiologique
et protocole d’étude des souches de colibacilles isolées
enFrance dans les élevages infectés
Entre 1984 et 1987, un total de 575 souches d’Escherichia coli provenant de 119
élevages répartis
sur 34départements
et où sévissaient des diarrhéesaprès
sevrage ont été isolées. Ces souches ont été caractérisées par leur séro- groupe 0(typage
de leurlipopolysaccharide
ouantigène 0),
à l’aide de 12 sérums anti-0 cor-respondant
auxsérogroupes
lesplus fréquem-
ment rencontrés chez le
lapin.
Cent
vingt
six souches(au
moins une par éle-vage), représentatives
des 575 souchesisolées,
ont ensuite été caractérisées par leur
biotype,
par contrôle de leur
pouvoir
de fermentation d’une série decinq carbohydrates (sorbose, dulcitol, raffinose,
saccharose etrhamnose),
selon un schéma de
typage proposé
par Oker-man et Devriese
(1985).
Enfin,
un lot de 39souches, représentatives
des 126précédentes
quant auxsérogroupes
etbiotypes,
ont été retenues pour des études surleur sensibilité aux
antibiotiques
et leur pou- voirpathogène expérimental.
A ceteffet,
cha-que souche sélectionnée a été administrée per
os à 3
lapins
de 37jours,
à la dose de 109 cel- lules. Un suiviclinique (enregistrement
despertes
depoids,
des diarrhées et de la morta-lité)
etmicrobiologique (recherche
des cocci-dies,
mesure des taux de colibacilles dans les contenus caecaux et réisolement de la soucheinoculée) permettaient d’apprécier
lepouvoir pathogène expérimental
dechaque
souche.Cette étude a démontré l’existence d’une rela- tion
univoque
entre lepouvoir pathogène
descolibacilles isolés des
lapins diarrhéiques
enFrance et les marqueurs
diagnostiques
éven-tuels que sont leurs
sérogroupes, biotypes,
ouantibiotypes.
En outre, elle a débouché - autravers de l’étude des facultés d’adhésion de
ces souches à des
systèmes
cellulaires in vitro- sur la découverte d’un adhésine caractéristi- que des souches 0103 hautement
pathogènes
chez le
lapin
sevré.2.
2 / Sérogroupes
Dans aotre
étude, plus
de la moitié dessouches d’E. coli isolées en France de
lapins
sevrés
diarrhéiques appartiennent
au séro-groupe 0103
(figure 3) (Camguilhem
et Milon1989).
De telles souches sont isolées sur l’en- semble du territoire. Les autressérogroupes, beaucoup
moinsfréquents,
sont dans l’ordre 0132, 0128, 02 et 026. Dans laquasi
totalité des cas, les souches isolées dans un même éle- vageappartiennent
au mêmesérogroupe.
Plusieurs auteurs ont décrit des souches de colibacilles
pathogènes
pour lelapin
sevréappartenant
ausérotype
015:H-. Ces souches semblentprédominantes
notamment dans lespays du Bénélux
(Okerman
et al 1985, Peeterset al
1988)
et semblentproches
de la souche RDEC-1(Rabbit
Diarrheal Ecoli - type1), qui
est considérée comme un modèle des souches
entéropathogènes
d’E.coli(Cantey
et Blake1977).
Parmi les souches que nous avons iso-lées,
une seuleappartenait
à cesérogroupe,
etson
pouvoir pathogène
n’a pu être confirmé.Les souches de colibacilles
pathogènes
isoléeschez le
lapin
sevré semblent donc montrer desrépartitions géographiques
très nettes, avec uneforte
proportion
de souches 0103 en France, alors que des payslimitrophes
tels que laBelgi-
que
présentent
une dominance de souches 015. Cecipourrait
être lié àl’intégration
dessystèmes d’élevage
industriels dulapin, qui
permet la diffusion des souchespathogènes
par le biais desélevages
dereproducteurs.
2.
3 / Biotypes
Sur 126 souches provenant de 119
élevages,
14
biotypes
différents ont été identifiés selon leprocédé simplifié
d’Okerman(Okerman
etDevriese
1985).
L’étude de lacapacité
dessouches à fermenter le rhamnose est tout à fait intéressante : elle permet de
distinguer
74souches rhamnose
négatives appartenant
aux seulssérogroupes
0103 et 026(soit
70 des 72Certaines souches
d’Escherichia
coliprovoquent des
entérites chez le
lapin sevré,
avec destaux de
mortalité
importants.
Lamaladie est rebelle
aux traitements.
En
France,
les souchesd’E.coli
trèspathogènes
pour lelapin appartiennent
essentiellement
ausérogroupe 0103,
àdes
biovar rhamnosenégatifs,
et ellesexpriment
uneadhésine spécifique.
souches de
sérogroupe
0103 testées, et la tota-lité des souches 026
testées) (Camguilhem
etMilon
1989).
2.
4 / Pouvoir pathogène expérimental
L’infection
expérimentale
de lots delapins
sevrés par 39 souches
différentes, représenta-
tives des différents
sérogroupes
etbiotypes,
amontré trois types de
réponses (tableau 1) (Camguilhem
et Milon1989) : (i)
unpremier
lot de souches provoque des pertes depoids
graves, des diarrhées
profuses
avecdéshydrata-
tion et mort des animaux 5 à 14
jours après infection, accompagnées
de lésions intestinalesparfois hémorragiques.
Ainsi, les 15 souches0103
rhamnose-négatives
testées ontprovoqué
la mort de 33
lapins
sur 44(75 %) ;
de mêmeles 4 souches 026:Hll ou
rough:Hll
rham-nose-négatives
ont tué 9lapins
sur 12. Toutesles souches
rhamnose-négatives
testées fontpartie
de ce groupe, cequi
montre la valeur de la recherche de la fermentation du rhamnose dans lediagnostic
des souchesentéropatho- gènes
pour lelapin. (ii)
un deuxième groupe desouches,
toutesrhamnose-positives, plus
hété-rogènes quant
à leurssérogroupes,
provoque des diarrhéeslégères,
avec retard de croissancepassager, sans mortalité.
(iii)
les autressouches, également
rhamnosepositives,
neprovoquent
aucun trouble et peuvent être
qualifiées
de nonpathogènes.
Leur isolement delapins
diarrhéi-ques est secondaire à une diarrhée d’autre ori-
gine.
Ces souches fontpartie
de la flore nor-male du
lapin.
Ces résultats démontrent que les souches de colibacilles hautement
pathogènes
pour lelapin
ne se recrutent, en France, queparmi
lessouches 0103,
épidémiologiquement prédomi-
nantes, et 026
(isolées
dans 4élevages
situésdans le même
département).
Toutes cessouches
présentent
un marqueur - le caractère rhamnosenégatif -
assez peufréquent
chez lescolibacilles pour en faire un caractère de dia-
gnostic bactériologique simple
etfiable,
à laportée
de tout laboratoireimpliqué
dans le dia-gnostic
des colibacilloses en médecine vétéri- naire. La rechercheconjointe
dusérogroupe
et du caractère rhamnosenégatif
permet en effet dedistinguer
aisément cessouches,
des E. coli peu ou nonpathogènes
isolés chez lelapin.
Lesérogroupe
à lui seul semble insuffisant car une minorité de souches 0103 rhamnoseposi-
tives et non - ou peu -
pathogènes
semblentcirculer dans le
cheptel français (tableau 1).
Aucune information intéressante n’a été
apportée
par l’étude de la sensibilité des souches auxantibiotiques.
Les souchespatho- gènes
0103 et 026 serépartissent respective-
ment dans 8 et 2
antibiotypes
différents(Cam- guilhem
et Milon1989).
2.
5 / Adhésion bactérienne
auxcellules intestinales et de lignées
Les bactéries
responsables
de troublesdiges-
tifs
présentent,
dans l’immensemajorité
descas, des
systèmes biochimiques appelés
« adhé-sines »,
qui
leur permettent de s’adsorberspé- cifiquement
auxentérocytes
par le biais d’inte- ractions de typeligand-récepteur.
Cephéno-
mène d’adhésion aux muqueuses est considéré
comme un facteur
intrinsèque
depathogéni-
cité. Il
permet
à ces bactéries dedéjouer
cer-tains mécanismes non
spécifiques
de défense del’organisme
tels quepéristaltisme,
couche demucus, flux
liquidiens qui
contribuent à l’éli- mination desmicroorganismes.
Ilpermet égale-
ment à ces germes non résidents d’entrer en
compétition
avec la florenormale,
elle mêmesouvent formée de germes adhérents aux
muqueuses, et de coloniser la surface
disponi- ble, première étape
avantl’expression
de leurpouvoir pathogène.
La souche américaineRDEC-1
(Cantey
et Blake1977) présente
un sys- tème d’adhésion à la muqueuse iléale dulapin, qui
a été bien étudié etqui
en fait un desprin- cipaux représentants
d’une descatégories
de colibacillesresponsables
de troublesdigestifs (toutes espèces confondues) :
les EPEC(Entero- Pathogenic
E.coli) (Levine 1987).
Les EPEC for- ment unecatégorie
différente des ETEC(Ente- roToxigenic
E.coli)
que l’on retrouve, parexemple,
dans les diarrhées néo-natales desveaux et des
porcelets.
L’adhésine de RDEC-1 forme despili (des
«poils »)
à la surface de la bactérie. Cespili, appelés
AF/R1 pour « Adhe- sive Factor of RDEC-1 », sont formés parpoly-
mérisation d’une
protéine
de p.m. 19 000, codée par unplasmide (Cheney
et a]1983).
LAF/R1 a de l’affinité pour un
récepteur porté
par la membrane des
entérocytes
deslapins âgés
deplus
de 3 semaines(Cheney
et Boe-decker
1984).
L’interactionAF/Rl-récepteur
permet unepremière étape
d’adhésion du germe à la muqueuse,qui
est suivie d’une secondeétape
de contact étroit entre la mem-brane externe de la bactérie et la membrane
cytoplasmique
del’entérocyte,
avec effacementdes microvillosités de cette dernière
(Takeuchi
et al
1978) :
cetteimage
dite « en coupe » ou« en
piédestal
» semble relativementtypique
des EPEC.Nous avons
entrepris,
en 1989, l’étude despropriétés
d’adhésion cellulaire des souches isolées deslapins français.
Des tests d’adhésionont été réalisés in vitro en mettant en
présence
les différentes souches caractérisées
plus
hautavec 3
systèmes
cellulaires : des villosités intes- tinales delapins
de 8jours
et de 6 semaines(figure 4)
et des cellules delignée
HeLa entrete-nues en culture
(figure 5) (Esslinger
et al 1989 ;Milon et al
1990).
Une étude enparallèle
descomposants de membrane externe des
souches,
par
électrophorèse
engel
depolyacrylamide-
SDS et test
d’immunoempreintes
nous apermis
de mettre en évidence une nouvelleadhésine,
différente delAF/R1, partagée
par les souches 0103pathogènes
et deux souches 0128 non -ou peu -
pathogènes (tableau 2).
Cetteprotéine
permet l’adhésion aux troissystèmes
de cel- lules utilisés etprésente
un monomèreprotéi-
que de p.m. 32 000
(Milon
et al1990b).
Sapré-
sence est corrélée avec un haut niveau de colo- nisation du tube
digestif
dulapin.
Son détermi-nisme n’est apparemment pas
plasmidique
et lastructure bactérienne porteuse de cette pro- téine semble être de nature «
piliaire » (don-
nées non
publiées). L’expression
de l’adhésine par les souches est hautementdépendante
dumilieu de culture et de la
température
d’incu- bation : les souches sont adhérentes in vitro etexpriment
laprotéine
de p.m.32 000 seulementaprès
culture en milieuPenassay,
à 37&dquo;C.La découverte du
système
d’adhésion des souches 0103 apermis
desprogrès
dans larationalisation des
protocoles expérimentaux
de vaccination utilisant des souches vaccinales inactivées ou vivantes
exprimant
fortement cetadhésine, qui
s’avère unantigène
vaccinalimportant.
En outre, l’utilisationdiagnostique
de cette adhésine
(par
mise en évidence immu-nologique)
est en cours dedéveloppement
dansnotre laboratoire.
En
conclusion,
l’entérite colibacillaire dulapin
sevré est essentiellementdue,
en France, à des souches d’Escherichia coli desérogroupe 0103,
debiotypes rhamnose-négatifs.
Cecijus-
tifie enpartie
le terme de « colibacillose 0103 »largement répandu
dans les milieux cunicoles.Les souches 0103
pathogènes possèdent
uneadhésine
protéique originale,
de p.m. 32 000, différente de celle de la souche RDEC-1. L’inté- rêt de cette adhésine réside dans son caractèreantigénique, participant
à la vaccination, etdans son utilisation
diagnostique possible.
3 / Vaccination contre
_
la colibacillose 0103
3.
1 / Généralités - Raisons
et contraintes de la vaccination
Dans le cadre de la colibacillose 0103, le trai- tement
antibiotique (colistine, néomycine,
flu-méquine
ou enrofloxacine dans l’eau de bois-son) apporte
une améliorationpassagère
desrésultats
zootechniques,
mais ne blanchit pasl’élevage (Camguilhem
et Tournut 1986, Peeterset al
1990).
Lesantibiotiques
ne peuvent pas êtreenvisagés
comme agentsprophylactiques
pour des raisons de coût et d’efficacité. Diffé- rentes méthodes
prophylactiques
par modifica- tion de l’alimentation(acidification
de l’eau de boisson par addition d’acideacétique,
augmen- tation du tauxcellulosique
del’aliment)
n’ontaucune action
préventive (Lebas
et Cam-guilhem 1986). Compte
tenu de cesdonnées,
laprophylaxie
de l’entérite colibacillaire 0103 nepeut être
envisagée
que par la vaccination.Trois données nous ont orientés vers le choix de
protocoles
de vaccination par voie orale deslapereaux
au sevrage :- la colibacillose est une affection strictement
digestive.
La mise en oeuvre d’uneréponse
immunitaire
générale,
obtenue en vaccinantpar voie
parentérale, risque
d’être inefficace en terme deprotection.
Cette assertion a été véri- fiée : la vaccination par voieintradermique
neprotège
pas leslapereaux
contre uneépreuve
virulente(Camguilhem 1986).
Il est nécessairede stimuler les
réponses
immunitaireslocales,
au niveau
digestif,
de manière à obtenir des effecteurscapables
deprotéger
la muqueuse ausite d’infection. Ceci
justifie
l’administration d’un vaccin par voieorale, capable
de stimuler lesystème
immunitaire commun auxmuqueuses. Les vaccins utilisés étant des bac- téries inactivées par le formol
(plus
apte àconserver les structures
antigéniques
nativesqu’un
traitement par lachaleur),
c’est-à-diredes
antigènes
inertes, des administrationsrépé-
tées et relativement massives sont nécessaires pour obtenir une bonne stimulation
(Mestecky 1987).
- la colibacillose 0103 n’est pas une affection
néonatale ;
elle n’atteint pas lesjeunes
aunid,
dans lespremiers jours
de vie, mais sévit clini-quement
seulementaprès
le sevrage. Desproto-
colesimpliquant
une vaccination des mères et le transfert desanticorps
maternels aujeune
par voie
transplacentaire
et lactée(Peri
etRothberg 1986) -
tels que ceux utilisés dans laprophylaxie
des colibacilloses néonatales à ETEC du veau ou duporcelet - risquent
d’êtreinefficaces,
car leurs effets deprotection
localecessent
pratiquement
dès l’arrêt de l’allaite-ment. Nous avons néanmoins vérifié ce
point (voir 3-4).
- la colibacillose 0103
frappe parfois
très tôtaprès
le sevrage. Il convient donc de tenter deprotéger
lesjeunes
leplus
tôtpossible.
Une sti-mulation de ceux-ci
pendant
laphase
d’allaite-ment
pourrait
semblersouhaitable,
mais se heurte à l’immaturité de leursystème
immuni-taire et à l’effet pervers que peut
jouer
le trans- fert de l’immunité maternelle sur lescapacités
de
réponse
propres au nouveau-né. Nous avonsdonc
opté
pour une vaccination desjeunes
dès le sevrage(débutant
à 27-30jours d’âge).
3.
2 / Protocoles expérimentaux
utilisant la souche B10
Les
protocoles
de vaccination dont nousallons
parler
ont donc tous despoints
com-muns : la souche vaccinale est la souche B10
(0103,
rhamnosenégative)
inactivée par le for- mol. Les dosesquotidiennes
sont de 2 à 4 10&dquo;corps bactériens. Le vaccin est administré per
os à la sonde
oesophagienne.
L’efficacité de la vaccination est évaluée par uneépreuve
viru-lente réalisée 5
jours après
arrêt de la vaccina- tion, en administrant per os auxlapereaux
unedose de 2 à 4 104bactéries viables de la souche Bio. Dans le cas de
protocoles
de vaccination exclusive desmères,
leslapereaux
sontéprou-
vés de la même
façon,
10jours après
sevrage.Un lot témoin de
lapereaux
non vaccinés estéprouvé systématiquement
enparallèle.
L’effi-cacité de la vaccination est vérifiée par compa- raison des lots vaccinés et témoins sur un
plan clinique (contrôle
des pertes depoids
etcourbes de
croissance,
dessignes
de diarrhée et de lamortalité), microbiologique (numéra-
tions des colibacilles et caractérisation des souches
isolées,
numération descoccidies),
etimmunologique (dosages d’anticorps
de classeIgA
anti-LPS 0103 ou anti-adhésine dans lesfèces,
contenus caecaux ou lactosérums parELISA, dosage d’IgA
etd’agglutinines
séri-ques).
L’essentiel des résultats obtenus ont été résumés sur le tableau 3.3.s / Vaccination
ausevrage par
unvaccin inactivé
a / Protocole de
base
Les
premiers
essais trèspositifs
ont été obte-nus
grâce
à l’utilisation par voie orale d’un vac- cinpréparé
par culture de la souche Bio enbouillon
Trypticase-Soja (BTS),
à raison de 2 à4.10! corps bactériens par
jour pendant
10jours
à
partir
du sevrage(Camguilhem
et Milon1990).
Uneprotection
totale contre lessignes cliniques
a été obtenue(tableau 3)
et les ani-maux vaccinés ont conservé une croissance excellente
(gain
depoids
moyenquotidien
de40
g.)
durant toutel’épreuve
virulente. En outre, les animaux recevant cerégime
vaccinalont éliminé
rapidement
la souched’épreuve, qui
n’étaitplus
retrouvée dans les fèces dès le 13e
jour après
infection(tableau 3).
Ceproto-
cole s’avérait alors bien meilleur que sonéqui-
valent utilisant un vaccin
préparé
par culture de la souche surgélose
Minca.Rétrospective-
ment, cette différence d’efficacitépeut
êtremise sur le compte de
l’expression
de l’adhé-sine dans le vaccin : le milieu BTS permet une faible
expression,
alors que celle-ci n’est pasexprimée
engélose
Minca.Nous avons alors tenté de diminuer la durée d’administration de ce vaccin, 10
jours
nous semblantincompatible
avec les contraintesd’élevage.
Au cours de deux autresexpérimen-
tations, un vaccinpréparé
par culture en BTS aété administré
pendant 6 j jours
ou4 j jours,
don-nant dans
chaque
cas desprotections
incom-plètes
et laissantpersister
la souched’épreuve jusqu’à l’abattage
des animaux survivants à despoids
commerciaux(tableau 3).
Le but a étécependant
atteint en modifiant le milieu de cul- ture de la souche vaccinale : les études sur l’adhésine des souches 0103 nousayant
mon-tré que celle-ci était fortement
exprimée
en bouillonPenassay,
ce milieu de culture a été utilisé dans lapréparation
des vaccins. Avecune telle
préparation,
uneprotection
totale aété obtenue
après
quatrejours
d’administrationseulement,
et la souched’épreuve
n’étaitplus
retrouvée dans les fèces 13
jours après
l’infec-tion
(Milon
et al1989) (tableau 3).
b / Nécessité d’un
rappel
Le
protocole
de 4jours
utilisant le vaccinpréparé
en bouillonPenassay
a été testé sur leterrain dans un
élevage
industrielprésentant
des
problèmes répétés
de colibacillose 0103(Camguilhem
et al1990).
Une bande de 728lapereaux
a été divisée en deux lots dont un areçu le vaccin dans l’eau de boisson
(5
lo’ bac-téries par
ml) pendant
les quatrepremiers jours après
le sevrage. Les résultats obtenus ont montré uneprotection
correcte des animauxpendant
les 4premières
semainesd’engraisse-
ment
(1,1
% de mortalité par diarrhée chez les vaccinés contre 5,5 % chez lestémoins),
maisla
reprise
des diarrhées colibacillaires par la suite(à
la sixième semaine, 9,7 % de mortalité par diarrhée chez les témoins et 6,6 % chez lesvaccinés).
Al’évidence,
le vaccin oral adminis- tré au sevrage neprotège
paspendant
toute lavie
économique
des animaux, dans des situa-tions où des réinfections successives par les colibacilles 0103 sont
possibles.
Nous avonsdonc
essayé
de vérifier l’efficacité duprotocole
dans une situation
expérimentale
depression
d’infection forte etpermanente,
obtenue en éle-vant dans les mêmes cages, au contact les uns
des autres, des animaux vaccinés et témoins tous
éprouvés
par la souche B10(Camguilhem
et al
1990).
Dans cettesituation,
les animauxUn vaccin inactivé administré par voie
orale pendant 4 jours
àpartir
dusevrage
protège les
animaux. Dans
les
élevages
trèsinfectés,
unrappel
de
vaccinationpeut
t s’avérer nécessaire.La
vaccination
des mères estinefficace
pourprotéger
lesjeunes après
lesevrage,
quel
que soitle mode d’administration
du vaccin.témoins, malades ou non, restent excréteurs du colibacille
jusqu’à
leur mort, et servent desource de réinfection permanente pour les ani-
maux vaccinés de la même cage. Tous les ani-
maux étant infectés
expérimentalement
lemême
jour,
cette situation est encoreplus
«
drastique
» que celle que l’on estsusceptible
de rencontrer sur le terrain, où l’infection n’est pas
systématique,
mais seproduit
àl’origine probablement
chezquelques lapereaux
àpartir
de mèresporteuses
du germe ou àpartir
de l’environnement avant de s’étendre par trans- mission directe àpartir
des malades. Les résul-tats obtenus
globalement
montrent l’intérêtd’un
rappel
de vaccination de 3jours,
débutant3 semaines
après
lepremier
vaccin au sevrage(tableau 4). Cependant,
uneprotection
totalen’a pu être
obtenue,
deux des animaux vacci- nés avecrappel
montrant une perte depoids
avec diarrhée sans mortalité. En outre, les ani-
maux des deux lots vaccinés ont été trouvés excréteurs de la souche
d’épreuve jusqu’à l’abattage.
En
conclusion,
dans l’état actuel des résul- tats, une vaccination au sevrage par une souche inactivée administrée per os est inoffensive etprobablement
utile pour rompre lecycle épidé- miologique
de l’infection enélevage,
commepour
protéger
les animauxpendant
lapériode d’engraissement.
Dans lesélevages
fortementinfectés,
il est sans doute souhaitable d’utiliserun
protocole
de vaccination comprenant unrappel
dequelques jours
trois semainesaprès
l’entrée enengraissement.
Desprogrès
restent àfaire
quant
à la forme finale du vaccin et sonmode
d’administration, qui
doivent être lesmoins
contraignants possibles.
3.
4 / Inefficacité de la vaccination des mères
Deux
expérimentations
distinctes nous ont confirmé l’inefficacité de la vaccination des mères dans le cadre de la colibacillose à E coli 0103(Milon
etCamguilhem
1989, Milon et al1989).
Dans les deux cas,malgré
une bonneréponse
des femelles à la vaccination(anticorps sériques
et fécaux de classeIgA)
et une bonnetransmission des
anticorps
dans lelait,
aucuneprotection
n’a étéobtenue,
chez lesjeunes
sevrés, vis-à-vis de l’infectiond’épreuve.
Plusencore, la vaccination maternelle diminue l’ef- ficacité d’une vaccination ultérieure des
jeunes (tableau 3),
peut être par l’effet résiduel desanticorps
transmis par la mère,qui pourraient
inhiber la stimulationantigénique
par le vaccin chez lejeune.
Ces résultats démontrentqu’à
la différence des colibacilloses néonatales à ETEC rencontrées chez leporcelet
ou le veau, la vac-cination maternelle et le transfert d’immunité
passive qui
en découle ne peutpermettre
deprotéger
leslapereaux -
tout au moins contrela forme
clinique
laplus fréquente
de l’infec- tion : cellequi
se manifestei 11 16’s
1 <> <1>ir<iui,3.
5 / Vaccination par souches vivantes ?
Une des manières de résoudre le