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INSTITUT DE L'INSTRUCTION CHRETIENNE – ABBAYE DE FLONE Enseignement secondaire Formation géographique – A. Delvaux – 19 mars 2020 [email protected] A l'attention des élèves de 6

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INSTITUT DE L'INSTRUCTION CHRETIENNE – ABBAYE DE FLONE Enseignement secondaire

Formation géographique – A. Delvaux – 19 mars 2020 [email protected]

A l'attention des élèves de 6e A B C Chers élèves,

Tout d'abord, je souhaite et j'espère que tout le monde se porte bien dans vos familles. Je forme le voeu que vous vous montriez solidaires avec vos proches et que vous respectiez bien les consignes de notre gouvernement fédéral.

A circonstances exceptionnelles, fonctionnement exceptionnel !

Assez logiquement, je vous ferai parvenir quelques tâches lors de ces trois semaines de

« retraite forcée ». Ces tâches seront mesurées et formatives.

Tâche n°1 : Lire l'article du journal Le Soir du 12 mars 2020 (voir plus loin) Après avoir lu l'article, réponds aux questions suivantes :

1. Qui est Erik Orsenna ? Quels sont ces centres d'intérêt ? Quel genre de livre écrit-il ? 2. Explique ce qu'il veut dire par : « On s'intéresse trop à l'histoire et pas assez à la

géographie ». Donne au moins deux exemples.

3. Comment, selon M. Orsenna, devrait-on repenser notre manière de produire notre alimentation au niveau européen ? Quelle devraient être les priorités de la PAC du futur ? 4. En vous inspirant des réflexions de M. Orsenna, quelle devraient être les priorités des pays

européens et de l'Union européenne une fois la crise du coronavirus passée ? 5. Es-tu aussi pessimiste qu'Erik Orsenna ? Pourquoi ?

Evaluation : aucune

Possiblité d'envoyer les réponses et commentaires par mail : [email protected] Tâche n°2 : Promenade en forêt

Durée : une heure minimum Quand : cette semaine

Matériel : si possible un livre de détermination des fleurs, des plantes, des roches, … Objectif : se reconnecter à la nature, … Nombre de personnes : Une ou deux Evaluation : aucune

Bon travail à tous A. Delvaux

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Par William Bourton

Chef du service Forum Le Soir jeudi 12 mars 2020

Depuis une quinzaine d’années, l’écrivain et académicien français Erik Orsenna, par ailleurs titulaire d’un doctorat en sciences économiques, dénonce les gabegies de la globalisation. L’homme est par ailleurs un des biographes de Louis Pasteur, le pionnier de l’immunologie… Autant de bonnes raisons pour l’interroger sur l’épidémie de coronavirus covid-19.

Que vous inspire comme réfexions la crise sanitaire qui frappe en ce moment le monde ?

La première notion qui me vient à l’esprit, c’est la notion d’unité.Unité de la vie et de la santé, d’abord. S’il y a une mauvaise santé de l’environnement, il y a une mauvaise santé des animaux, et s’il y a une mauvaise santé des animaux, il y a une mauvaise santé des êtres humains. C’est le concept de « global health », de santé globale, qui est de plus en plus développé par l’OMS et repris par de nombreux spécialistes, en France comme en Belgique.Et puis unité de la planète. Il y a une solidarité de fait. Personne ne peut dire qu’il est isolé. Pour un livre précédent, (Fayard, 2017), j’ai beaucoup travaillé sur ces insectes, vecteurs de différentes maladies comme vous le savez. Les moustiques ne volent que 500 mètres ; donc, si on les retrouve un peu partout, porteurs de parasites, cela veut dire qu’ils ont eux-mêmes été transportés… La notion de « frontière » est extrêmement fragile et remise en cause : qu’il s’agisse de frontières entre Etats ou de frontières entre espèces – on l’a vu avec le passage du virus de la chauve-souris ou du pangolin à l’homme.Et la deuxième réfexion qui me vient, après la notion d’unité, c’est la notion de fragilité. Regardez, quand on y pense : il sufft de deux petits fragments d’ADN

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et d’ARN – c’est-à-dire des virus, qui ne sont même pas des êtres vivants mais des codes – qui passent d’un animal à un être humain pour que les huit milliards d’êtres humains sur la planète soient concernés et que l’économie s’arrête. Car quand il y a unité, évidemment, il y a fragilité.

On a surestimé notre maîtrise de la nature ?

Effectivement. Dans nos études – les miennes, en tout cas –, on s’intéresse trop à

l’histoire et pas assez à la géographie. La géographie, c’est la présence des hommes et le milieu dans lequel les hommes évoluent. Mais vous avez absolument raison : on s’est cru les rois du monde, or regardez à quel point le roi du monde est fragile…

On s’est trop reposés sur notre maîtrise techno-scientifque ?

Oui. Et on n’a pas consacré assez d’attention, c’est-à-dire d’argent, à la santé. D’abord, qu’est-ce qu’une maladie émergente ? C’est une maladie qui commence à toucher les pays riches. Parce qu’avant, on s’en fout. Cette notion d’émergence est parfaitement inégalitaire. Par ailleurs, prenez la question de l’alimentation. Le budget des ménages consacré à l’alimentation est passé, en trente ans, de 30 % à 10 %. L’attention qu’on prête à ce qui 1) nous constitue et 2) est la source principale de nos maladies, c’est quand même hallucinant… « Nous buvons 80 % de nos maladies », affrmait déjà le maître Louis Pasteur. On préfère être sur Netfix plutôt que bien bouffer. On marche sur la tête ! Quand je vois les enseignes de grande distribution qui se battent sur des prix toujours plus bas, j’ai envie de leur dire : « Toujours plus bas, toujours plus dangereux ! » Car attendre des paysans – que l’on accable ! – qu’ils produisent de moins en moins cher, implique, pour eux, de produire avec de moins en moins de gens et avec de plus en plus de chimie. La crise actuelle renvoie à la question de la crise agricole, qui touche tous les pays européens, au moment de la redéfnition de la PAC (Politique agricole commune).

C’est donc une question de culture générale, une question quasi « religieuse » et non morcelée de la réalité.

Cette interconnexion que vous évoquiez a tout de même de bons côtés, en termes d’échanges scientifques…

Tout à fait, il y a une énorme accélération de la transmission des connaissances. Le Dr Jean-François Chambon, qui est directeur de la communication et du mécénat de l’Institut Pasteur, avec qui je travaille jour après jour en ce moment (depuis 2016, Erik Orsenna est ambassadeur de l’Institut Pasteur, NDLR), me disait qu’en collaboration mondiale, on a communiqué sur le coronavirus en trois mois ce qu’on avait mis quatre

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ans à faire sur le sida. Il y a un échange d’informations comme il n’y en a jamais eu, et ce qui devrait permettre de trouver des solutions. Ça, c’est la bonne nouvelle.

Malheureusement, liées à cela, il y a aussi les fake news. En toute impunité, des gens balancent des informations totalement mensongères et angoissantes, disant par exemple que les solutions hydroalcooliques sont cancérigènes. Et je ne vous dis pas, en tant qu’ambassadeur de l’Institut Pasteur, le nombre d’attaques, voire de menaces, que j’ai reçues parce que je suis favorable au principe des vaccins – alors qu’aujourd’hui, même Trump voudrait un vaccin contre le coronavirus en une semaine en ignorant

complètement la complexité du processus… C’est également une illustration de la fragilité et de la remise en cause de la notion de « frontière » : ici, frontière entre le vrai et le faux. Mais que voulez-vous ?, quand vous avez à la tête de pays aussi importants que la Grande-Bretagne, les Etats-Unis ou le Brésil des gens comme Johnson, Trump ou Bolsonaro qui disent des contre-vérités à longueur de journée, c’est terrifant. Vous savez, ce qui menace le plus la planète, c’est de rompre la confance dans le savoir.

Est-ce quelque chose qui vous inquiète ?

Totalement. Le monde est complexe et certains préfèrent que ce soit faux mais simple.

Eh bien non, ce n’est pas comme ça que ça marche. Deuxième logique : quand c’est complexe, on rejette l’élite : « Le savoir est un grand complot »… Quand vous mettez les deux ensemble, rejet du savoir et rejet de l’élitisme, c’est n’importe quoi. C’est pire que la barbarie, qui s’annonce. Et le « n’importe quoi », il va frapper le plus fortement les plus faibles ! On est dans un moment clef.

Pour en revenir à l’épidémie de coronavirus, il est intéressant de voir la manière dont les pays, démocratiques ou non, réagissent…

On s’aperçoit que face à une menace de cette ampleur, au fond, il n’y a plus trop de différences entre les mesures de confnement chinoises et italiennes. On aurait pu se dire : « Ça ne pourrait se passer qu’en Chine »… et ça se passe aussi dans le pays le plus bordélique d’Europe, qui s’appelle l’Italie. Maintenant, quand on en arrive au stade 3, on fait comme on peut et je n’aimerais pas être à la place de Giuseppe Conte – que je connais un peu.Je suis frappé par le fait qu’un « Airbus de la science » n’existe pas en Europe. Je me souviens, quand j’étais jeune, qu’il y avait le projet « Eureka » pour faire de l’Europe un bastion de la recherche… Ce n’est pas le cas. Dans un autre domaine, on voit bien, avec ce qui se passe à Lesbos, à quel point l’Europe n’a aucune sorte de politique commune de gestion de l’immigration. Cela force vraiment à réféchir. Je suis un

Européen absolument convaincu et plus on va de crise en crise, plus j’ai besoin de « plus

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d’Europe » alors qu’on a le sentiment d’en avoir moins. L’ennui, c’est qu’on oublie vite nos terreurs. On l’a bien vu avec la crise fnancière de 2008 : après, tout a recommencé exactement de la même manière.

Craignez-vous que l’on ne tire pas les bonnes leçons de ce qui se passe en ce moment ?

Exactement. Dès que ce sera terminé, on recommencera : et de nouveau encore moins cher… On s’en foutra complètement.

Nous avons délocalisé la production – vers la Chine notamment – d’un certain

nombre de produits qui peuvent s’avérer vitaux, qu’il s’agisse du paracétamol ou de composants informatiques. Là aussi on a manqué de vision stratégique ?

Tout à fait. Et toujours pour que ça coûte moins. On préfère économiser et accroître sa dépendance. On pourrait aussi citer le domaine de l’énergie. Moi, le principal argument qui me ferait reconsidérer la question du nucléaire, c’est de ne pas être dépendant du golfe Persique…

Souvent, quand la peur s’installe, on cherche des boucs émissaires. Jusqu’ici, comment jugez-vous la réaction des populations ?

Je vis à Paris, dans le XIIIe arrondissement, qui est pour partie habité par des Chinois, et je vois bien qu’on les regarde un peu bizarrement. Mais jusqu’ici, je n’ai rien remarqué de vraiment grave au-delà d’un certain étonnement.

BIOGRAPHIE

Ecrivain, prix Goncourt 1988 pour L’Exposition coloniale (Seuil), il a consacré plusieurs essais-reportages à la mondialisation : Voyage au pays du coton (Fayard, 2006), L’avenir de l’eau (Fayard 2009), Sur la route du papier (Stock, 2012), Géopolitique du

moustique (Fayard, 2017).

Erik Orsenna est entré à l’Académie française en 1985.

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