fête ses 20 ans
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MARCHÉ
Record pour un dessin de Léonard
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PATRIMOINE
La maison de La Fontaine bientôt restaurée
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TRÉSORS NATIONAUX
Les 120 Journées à la BnF grâce à un donateur
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ESPAGNE
ARCOmadrid, une 40 e édition en mode mineur
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Lundi 12 juillet 2021 - N° 2209
Galleries
Air de Paris | Almine Rech | Carpenters Workshop | Catherine Issert | Cortesi | Dickinson
| Esther Schipper | Eva Meyer | Franco Noero | Hauser & Wirth | In Situ - fabienne leclerc | kreo | kamel mennour | Mazzoleni | Mitterrand | Moretti Fine Art | Nathalie Obadia | Pace
| Perrotin | Robilant + Voena | Sébastien Bertrand | Templon | Thomas Gibson Fine Art | Waddington Custot | White Cube | Xippas
More to see at the Grimaldi Forum Monaco
Historical exhibition Alberto Giacometti: Une rétrospective / Le réel merveilleux
Special exhibition Bijoux d’artistes: de Picasso à Koons - Collection de Diane Venet
LE CHIFFRE DU JOUR
Le Quotidien de l’Art est édité par Beaux Arts & cie – sas au capital social de 1 303 309 euros – 9 boulevard de la Madeleine – 75001 Paris – rcs Nanterre n°435 355 896 CPPAP 0325 W 91298 issn 2275-4407 www.lequotidiendelart.com – un site internet hébergé par Platform.sh. 131, boulevard de Sébastopol, 75002 Paris, France – tél. : 01 40 09 30 00.
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Directeur de la rédaction Fabrice Bousteau - Directeur général délégué et directeur de la publication Jean-Baptiste Costa de Beauregard - Éditrice adjointe Marine Lefort Le Quotidien de l’Art : Rédacteur en chef – Rafael Pic ([email protected]) Rédactrice Alison Moss ([email protected])
L’Hebdo du Quotidien de l’Art : Conseillère éditoriale Roxana Azimi - Rédactrice en chef adjointe Magali Lesauvage ([email protected]) Rédactrice Marine Vazzoler ([email protected]) - Contributeurs de ce numéro Léa Amoros, Élizabeth Mismes, Stéphanie Pioda
Directeur artistique Bernard Borel - Secrétaire de rédaction Mathilde Cocquelin Maquette Yvette Znaménak Iconographe Lucile Thépault
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Visuels de Une Visite du roi Felipe IV et de la reine Letizia Ortiz en compagnie du Ministre de la Culture espagnol Andrea Gavela Llopis et de la directrice de la foire Maribel López. ARCOMadrid.
Le manuscrit des 120 Journées de Sodome du marquis de Sade. Photo Martin Bureau/AFP.
Vue de la façade de la maison natale de Jean de La Fontaine à Château-Thierry (Aisne). Ville de Chateau-Thierry.
20 ans
Le MIAM n’est plus un teenager
Le chemin parcouru traduit une belle aventure qui était loin d’être gagnée lorsque les artistes Hervé Di Rosa et Bernard Belluc ont ouvert le Musée international d’art modeste (MIAM) à Sète en 2000. Le projet ? Présenter sans hiérarchie tous les arts, qu’ils soient contemporains, populaires, traditionnels, brut, BD, à la marge ou reconnus.
Et quoi de plus emblématique de ce succès que le prêt au MoMA de la maquette futuriste de Bodys Isek Kingelez, première commande publique de la ville de Sète à un artiste africain, pour la monographie que le musée américain organisait en 2018 ? Pour célébrer cet anniversaire, plusieurs volets : une méga-publication autour
des 43 expositions organisées, un ouvrage sur les vitrines de Bernard Belluc et 2 expositions : « Forever Miam » (20 ans d’exposition) et « Psychédélices » (sur les artistes français influencés par le mouvement psychédélique). « Le MIAM est à un tournant de son histoire, car d’un projet né de la rencontre de deux personnes, nous nous sommes professionnalisés, estime la directrice, Françoise Adamsbaum. Hormis la construction du grand MIAM, nous avançons au niveau de la recherche, des universités et des bourses d’études pour asseoir la théorie des arts modestes. » Le Grand MIAM ?
« Dans 3 ou 4 ans, nous intègrerons le pôle culturel conçu par l’architecte Rudy Ricciotti, où se trouve déjà le conservatoire de musique. Le futur espace nous permettra de déployer nos collections de près de 1 000 œuvres. » Un changement de dimension à tous les niveaux donc, et le budget actuel de fonctionnement de 350 000 euros ne pourra qu’être
réévalué pour suivre cette nouvelle ambition.
STÉPHANIE PIODA
miam.org
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L’IMAGE DU JOUR
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Lundi 12 juillet - N°2209
Corée 2.0
À l’occasion des 70 ans de l'adhésion de la Corée à l’UNESCO, les deux partenaires présentent l’exposition « Corée, cubiquement imaginée ».
En immersion dans la pop culture du Pays du Matin calme, celle-ci explore le potentiel des technologies numériques dans les industries créatives, générant, en Corée, 2250 milliards de dollars par an. D’un concert du groupe de pop coréenne ou K-Pop BTS en réalité virtuelle (VR), aux abysses de Parasite (2019) – le thriller du réalisateur Bong Joon-Ho (1969), traduit en VR par le réalisateur Bryan Ku –, à un mapping vidéo produit par le Musée national de Corée reconstituant à partir de tableaux d’archives animés le cortège du roi Jeongio à la fin du XVIIIe siècle, en passant par l’entreprise de design D’strict qui conçoit des paysages numériques immersifs au moyen de technologies de pointe, l’exposition souligne la vitalité de ce pays qui brise les frontières entre tradition et modernité, technologie et architecture ou encore cinéma et beaux-arts.
Après son étape à l’UNESCO, la manifestation rejoindra ensuite le Centre culturel coréen.
LÉA AMOROS
Du 6 au 16 juillet à la Maison de l’UNESCO, 7 place de Fontenoy, 75005.
unesco.org D’strict,
Beach,
fresque lumineuse qui réinterprète la nature par la lumière et le son.
D’strict.
LES 4 ESSENTIELS DU JOUR
PATRIMOINE
La maison de La Fontaine bientôt restaurée
À l’occasion de la célébration du 400e anniversaire de la naissance du fabuliste le 8 juillet 1621, la Fondation du patrimoine lance une collecte de dons pour la restauration de sa maison natale à Château-Thierry (Aisne). L’hôtel
particulier construit au XVIe siècle est dédié à la mémoire du poète, qui lui est resté très attaché jusqu’à sa mort en 1695. Les aménagements intérieurs ont évolué au gré des occupants, et la demeure est devenue musée en 1876, classée monument historique en 1910 et labellisée « Maison des Illustres » en 2011. L’extérieur a été restauré en 2013, mais les salles d’exposition vétustes et les équipements techniques obsolètes nécessitent une rénovation d’un coût global de 4,45 millions d’euros. Pour la première tranche estimée à 2 millions d’euros, l’objectif de collecte est fixé à 100 000 euros. De son côté, le groupe Dassault, qui vient de signer avec la Fondation une convention de partenariat pour la restauration de monuments français, apporte un mécénat de
281 000 euros. Le doublement de la surface actuelle (325 m²) mettra en valeur les décors inspirés des Fables au cours des siècles : lambris de rocaille,
peintures de Jean-Baptiste Oudry, François Boucher et Jean-Baptiste Claudot au XVIIIe siècle, dessins de Granville, Gustave Doré, Benjamin Rabier, objets manufacturés au XIXe siècle... La bibliothèque, où il est probablement né, conserve l’ensemble des éditions parues depuis la première en 1668.
Les collections sortiront des réserves : celle du baron Feuillet de Conches, réalisée par des artistes du monde entier en 1827 pour une édition non reliée, quelque 145 dessins exécutés par plus de 70 artistes européens, dont Ingres et Delacroix, et 120 gouaches de Chagall commandées par Ambroise Vollard pour une édition. Le musée fermera en mai 2022 pour rouvrir en 2024, avec l’objectif d’accueillir 35 000 visiteurs annuels, au lieu de 12 000 actuellement. Arrivé à la direction du musée en 2020, Nicolas Rousseau se dit satisfait de « contribuer à ce lancement et de participer à l’action que la Ville de Château-Thierry entreprend pour mieux faire retentir la renommée du grand fabuliste ».
ÉLIZABETH MISMES
fondation-patrimoine.org/musee-jean-de-la-fontaine museejeandelafontaine.fr
La compagnie La Machine, créatrice du Grand Éléphant de Nantes, a annoncé vendredi que son Arbre aux hérons, mi-manège et mi-sculpture monumentale, devrait voir le jour d’ici 2027, avec un budget de 52,4 millions d’euros, financé pour un tiers par Nantes Métropole (AFP) / La Ville de Beaune, avec l’apui de la Fondation du patrimoine, a lancé une souscription populaire pour la réhabilitation du Théâtre de verdure, construit entre 1812 et 1814, l’un des rares bâtiments Empire de la ville, occupant un site de 3000 m² dans le centre (beaune.fr) / La galerie Almine Rech annonce la représentation de l’artiste américain Scott Kahn (né en 1946), déjà récompensé deux fois par la bourse Pollock-Krasner / La galerie gb agency annonce la représentation de l’artiste français Paul Heintz (né en 1989), prix Révélations Emerige en 2019, auquel elle consacre actuellement une exposition.
LES TÉLEX DU 12 JUILLET
Le cabinet de travail de Jean de La Fontaine.
Ville de Château-Thierry.Ville de Château-Thierry.
Vue de la fa̧ade de la maison natale de Jean de La Fontaine à Château-Thierry (Aisne).
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TRÉSORS NATIONAUX
Les 120 Journées à la BnF grâce à un donateur
Le manuscrit des 120 Journées de Sodome du marquis de Sade
– au destin aussi aventureux que son auteur – avait été déclaré trésor national le 20 décembre 2017, à la veille d’être vendu par la maison Aguttes dans le cadre de la liquidation du fonds Aristophil pour dédommager partiellement les quelque 18 500 investisseurs floués.
Estimé alors 4 à 6 millions d’euros, il est revenu au centre de l’actualité lorsque le ministère de la Culture a enfin publié son appel à mécénat au cours de l’hiver (voir QDA du 22 février) en sollicitant les bonnes volontés pour 4,55 millons d’euros. Vendredi dernier, le ministère a pu
publier un communiqué victorieux : le manuscrit a finalement été acquis grâce au dispositif de l’article 238 bis du Code général des impôts (qui permet à un particulier de diminuer de 66 % – soit en l’occurrence 3 millions d’euros – l’impôt sur le revenu dû, dans la limite de 20 % du montant de l’impôt, avec possiblité d’étaler ce bénéfice sur 5 ans). Le point
remarquable est que l’acquisition a été financée par un seul donateur, Emmanuel Boussard, 51 ans, diplômé en 1994 de l’École normale supérieure, banquier d’affaires chez Bankers Trust et Goldman Sachs avant de créer en 2002 le fonds d’investissements Boussard & Gavaudan avec son associé Emmanuel Gavaudan. L’acte de philanthropie doit
à son attachement à la bibliothèque de l’Arsenal (dépendante de la BnF et où sera conservé le manuscrit), puisque son grand-père y a effectué une bonne partie de sa carrière : Jacques Boussard (1910-1980), archiviste-paléographe
(2e de sa promotion à l’École des chartes en 1932), historien spécialiste de l’Anjou médiéval, grièvement blessé au début de la Seconde Guerre mondiale, y fut conservateur adjoint (1950-1959), puis conservateur en chef (1959-1964). Dans le même temps, le ministère a annoncé qu’un deuxième ensemble déclaré trésor national avait aussi trouvé
le financement nécessaire (grâce aux mécènes Jean-Claude Meyer, président du Cercle de la BnF, Alain Minc, Fondation Khôra - Institut de France, et Carlo Perrone, petit-fils de Marie-Laure et Charles de Noailles) pour entrer dans le patrimoine national : il s’agit de trois manuscrits d’André Breton, Poisson soluble, le Manifeste du surréalisme et le Second manifeste du surréalisme, qui seront présentés à partir du 19 juillet dans l’exposition « L’invention du Surréalisme, des Champs magnétiques à Nadja » à la BnF. RAFAEL PIC
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Du mercredi au dimanche de 10h à 18h - Nocturne le jeudi jusqu’à 21h Le manuscrit des 120 Journées de Sodome du marquis de Sade.
Photo Martin Bureau/AFP.
Lundi 12 juillet - N°2209
PHOTOGRAPHIE
Le prix Carmignac se penche sur
le Vénézuela
C’est un pays qui a connu, selon les organismes internationaux, l’une des chutes les plus spectaculaires de l’histoire économique mondiale (baisse de 80 % du PIB en 7 ans).
Autrefois Suisse de l’Amérique latine, et bien que possédant encore les plus grandes réserves de pétrole de la planète,
il a aujourd’hui 80 % de sa population sous le seuil de pauvreté, et 5 millions
de ses quelque 30 millions d’habitants ont fui le territoire. Le Vénézuela est le thème du 12e prix de photojournalisme Carmignac, qui offre 50 000 euros au lauréat pour y mener un reportage au long cours, en l’assurant d’une exposition et d’une monographie au retour. L’appel à candidatures est ouvert jusqu’au 18 octobre, et le jury, comprenant notamment Quentin Bajac, directeur du Jeu de Paume, et Finbarr O’Reilly, précédent lauréat (sur la République démocratique du Congo), se réunira en novembre. R.P.
fondationcarmignac.com
MARCHÉ
Record pour
un dessin de Léonard
C’est une mini-déception si l’on se réfère à l’estimation, puisque le résultat est finalement inférieur à la fourchette basse de 8 millions de livres. Mais c’est un succès si l’on se fie à l’œuvre : un minuscule dessin de Léonard de Vinci de 7 centimètres sur 7, représentant une tête d’ours, a été adjugé pour 7,5 millions de livres (prix marteau), jeudi dernier par Christie’s à Londres. Pour donner une idée plus saisissante, cela place à 200 000 euros chaque cm² de ce dessin, qui devient la deuxième plus haute enchère de Léonard, derrière le fameux Salvator Mundi
à 400 millions de dollars (si l’on considère qu’il est bien de sa main). Il dépasse de peu un Cheval et son cavalier, vendu par la même maison il y a exactement 20 ans à 7,4 millions. Ce résultat est susceptible d’accentuer la pression (et la valeur) du dessin actuellement au centre d’un conflit, une bien plus grande Étude pour un saint Sébastien, de 19,3 x 13 cm (voir QDA du 8 juillet). Le dessin vendu à Londres a un pedigree impeccable, puisqu’il a appartenu à Sir Thomas Lawrence (1769-1830), tout- puissant président de la Royal Academy, puis à Samuel Woodburn (1783-1853), l’un des plus importants marchands de son époque, spécialisé notamment en dessins italiens de la Renaissance, qui le revendit en 1850 – également chez Christie’s – pour... 2,50 livres. R.P.
christies.com
Galerie 8+4 — Paris
Galerie Al/Ma — Montpellier Galerie C — Neuchâtel / Paris Galerie Valeria Cetraro — Paris Galerie Laurent Godin — Paris
Galerie Bernard Jordan — Paris / Zurich / Berlin Galerie Maubert — Paris
Galerie Papillon — Paris
Galerie Plein-Jour — Douarnenez Galerie Catherine Putman — Paris Galerie Michel Rein — Paris / Bruxelles Galerie Vachet-Delmas — Sauve Galerie Eva Vautier — Nice Galerie Nadja Vilenne — Liège
11—19 BD BOISSON 13004 MARSEILLE
JUIN DÉC. 2021
pareidolie.net
Christie’s 2021.
Léonard de Vinci, étude pour une Tête d’ours,
dessin à la pointe d’argent sur papier préparé beige-rose pâle, 7 x 7 cm.
Lot adjugé 8 857 500 livres (10 368 048 euros) chez Christie’s le 8 juillet à Londres.
Lundi 12 juillet - N°2209
normal) et de 15 % pour les jeunes galeries de la section Opening. « Il a fallu faire preuve de flexibilité et de solidarité, aussi bien du côté de l’organisation que du côté galeries », explique Maribel López, directrice de la foire, signalant que la réorganisation du plan – afin d’élargir les allées et d’éviter les rassemblements – a contraint certaines galeries à accepter des emplacements parfois moins avantageux. Autre adaptation : le nombre de jours d’ouverture au public, passé de trois à deux, afin d’offrir un contexte d’achat plus favorable pour
les collectionneurs, dont la proportion d’étrangers est moins élevée que les années précédentes (250 contre les 300 habituellement au rendez-vous). /…
Après quelques mois de suspense, la foire a finalement confirmé qu’elle aurait bien lieu du 7 au 11 juillet au palais des congrès IFEMA à Madrid. Si la dernière édition s’était déroulée dans un climat anxiogène – la crise sanitaire empirait alors à vue d’œil –, celle-ci se distinguait cette année par son ambiance plus détendue, en raison du nombre réduit d’exposants (130 contre les 209 de l’an dernier) et de visiteurs (20 000, soit bien moins que les quelque 93 000 en 2020 et 100 000 en 2019). Afin de soutenir les galeries pendant cette période de restrictions, une remise de 30 % était proposée aux exposants du parcours général (le coût du stand s’élevait à 310 euros le mètre carré en temps
L’événement, clos hier, a marqué les retrouvailles avec les foires « en présentiel » pour bon nombre d’exposants. Malgré son un format réduit (130 stands), une diminution des collectionneurs étrangers et un rythme de ventes plus relaxé, la manifestation a permis à plusieurs d’entre eux de renouer avec de vieilles connaissances et de faire de nouvelles rencontres.
Par Alison Moss - correspondance de Madrid
ESPAGNE
ARCOmadrid, une 40 e édition en mode mineur
ARCOmadrid 2021.
Courtesy galerie Jérôme Poggi.
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Un public moins international
L’un des phénomènes les plus redoutés était l’absence de collectionneurs étrangers – en particulier latino- américains, ceux-ci étant l’un des principaux moteurs du marché de l’art espagnol (voir QDA du 20 février 2020). Certaines fortunes latino-américaines, notamment celles ayant un pied-à-terre à Madrid, étaient toutefois au rendez-vous, telles que les sœurs cubano-vénézueliennes Ella et Patricia Cisneros.
L’Argentin Guillermo Rozenblum (propriétaire de BSM Art Building, ancienne usine de réservoirs d’oxygène à Buenos Aires) était aussi présent. En Europe, Josée et Marc Gensollen et Sandra Hegedüs avaient fait le voyage depuis Paris, et Francesca Thyssen a été
particulièrement active tout au long de la manifestation en concluant un « bon nombre
d’achats auprès de plusieurs galeries ». Les institutions étrangères, telles que le Centre Pompidou et le Palais de Tokyo à Paris, MAMCO à Genève, MAAT à Lisbonne, MALI à Lima ou encore le Mudam au
Luxembourg, ont aussi fait le déplacement. Si la plupart des galeristes s’accordent sur le profil plutôt national du
collectionneur, Jérôme Poggi a rencontré un public très varié :
« Nous ne savions pas à quoi nous attendre, mais nous sommes
quand même venus, car ARCO est une foire que j’affectionne
particulièrement. Nous avons reçu beaucoup de demandes de
collectionneurs de Madrid, mais aussi de Londres, Lisbonne, de Suisse, du Mexique et de Los Angeles », explique-t-il. Vendredi soir, il avait cédé trois grands formats de Babi Badalov au musée Reina Sofía (50 000 euros) (le musée a acquis 18 pièces auprès de différentes galeries pour une valeur totale de 300 000 euros), un autre à une collection privée de Lisbonne, ainsi que plusieurs œuvres d’Anna-Eva Bergman (entre 65 000 et 350 000 euros). Deux fondations privées se disputaient la série Sunset Years (2019) de Sophie Ristelhueber, qui bénéficiait d’un solo-show. Le
plasticien français Georges Tony Stoll avait en outre le prix ARCO de la Fondation IFEMA avec une
photographie iconique des années 90, intitulée Magenta et une peinture en laine, de sa série Identification
Absurde, qui rejoint les collections du Centro de Arte Dos de Mayo. La jeune galerie The Pill (Istanbul) avait vendu plusieurs pièces de son stand consacré à Raphaël
Visite du roi Felipe IV et de la reine Letizia Ortiz sur le stand de la galerie Jérôme Poggi qui présentait en solo show le « Special Artist Project » de Sophie Ristelhueber dédié à la série des « Sunset Years ».
Vue des œuvres de Raphaël Barontini et d’Eva Nielsen sur le stand de la galerie The Pill.
« Nous ne savions pas à quoi nous attendre, mais nous sommes quand même venus, car ARCO est
une foire
que j’affectionne particulièrement. »
Jérôme Poggi, galeriste.
/…
ARCOMadrid. ARCOMadrid.
Lundi 12 juillet - N°2209
Barontini et Eva Nielsen (jusqu’à 25 000 euros), dont certaines à des collectionneurs thaïlandais : « L’année précédente s’était extrêmement bien passée. Cette édition est évidemment plus calme en raison des circonstances, mais les retours restent très positifs », confie Suela Cennet, dont la galerie a remporté le prix Opening, avec la galerie Jahmek (Luanda, Angola).
Guernica revisité
Une pièce phare a particulièrement attiré l’attention des visiteurs : il s’agit d’une version de Guernica, signée par le peintre basque Agustín Ibarrola (né en 1930), qui fut l’un des membres du collectif Equipo 57 et dont on connaît surtout l’œuvre abstraite. Il avait milité pour que l’œuvre de Picasso soit conservée dans la ville où s’était produit le bombardement (la polémique a été ravivée en 2017) et en a peint sa propre version en 1977, quelques années avant que la toile ne soit rapatriée de New York à Madrid (en 1981). L’artiste interroge ainsi sous un nouveau prisme les questions de la lutte ouvrière et de la répression, particulièrement pertinentes en période de transition démocratique.
Tombée dans l’oubli, l’œuvre a été découverte par le galeriste madrilène José de la Mano par hasard, en la repérant à l’arrière-plan d’une photographie de l’atelier de l’artiste, alors qu’il préparait son exposition : « La seule contrainte de la famille est que la pièce soit
conservée dans une institution publique », nous expliquait la galerie à l’ouverture de la foire. Le lendemain, après une période de négociations, l’œuvre a été acquise pour 300 000 euros par le musée de Bilbao, où est abritée une riche sélection de pièces de l’artiste.
Les femmes et l’Amérique latine à l’honneur
Si la visibilité du secteur consacré à l’Amérique laissait à désirer (la scénographie ne distinguait pas clairement les différentes propositions et aurait bénéficié de plus d’un médiateur sur place afin de remplacer les galeristes absents), les problématiques urgentes de la création à Cuba ont été abordées de manière poignante dans le cadre d’une conférence animée par les Cubains Marcos Castillo (moitié du célèbre duo Los Carpinteros, et dont l’œuvre était montrée sur le stand de la galerie Albarran Bourdais), le curateur Gerardo Mosquera et la curatrice Sofia Lemos autour de l’arrestation de l’artiste
cubain Hamlet Lavastida lors de son arrivée à Cuba après une résidence artistique en Allemagne : « Les autorités ont arrêté notre collègue pour une œuvre qu’il n’avait même pas concrétisée et dont il discutait dans un chat privé, via Telegram, avec des artistes de la coalition 27N », ont-ils rappelé, exhortant à une mobilisation de la presse internationale. En soutien à leur confrère, un groupe d’artistes cubains ont imprimé des billets – comme l’artiste comptait le faire – avec un message d’appel à sa libération. Dans le cadre du deuxième parcours thématique axé sur les femmes, une belle découverte était à faire du côté de la galerie Mayoral, qui a misé sur les toiles abstraites de la Catalane Mari
Agustin Ibarrola, Guernica, 1977, 2 x 10 m. Galerie José de la Mano.
Un groupe d’artistes cubains imprime des billets sur la foire ARCOmadrid afin d’appeler à la libération de l’artiste Hamlet Lavastida, emprisonné depuis le 26 juin 2021.
Courtesy Agustin Ibarrola et Galerie José de la Mano.
« La seule contrainte imposée par la famille d'Ibarrola était que la pièce soit conservée dans une institution publique. »
Galerie José de la Mano./…
Photo Claribel Calderius.
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Chordà (née en 1942), dont le nom a été effacé de l’Histoire et qui participa pourtant aux mouvements féministes dès la fin des années 1960 et cofonda même la bibliothèque féministe mythique LaSal à Barcelone :
« Ce pari singulier était pour nous une manière de rendre justice à une artiste qui mérite bien plus de
reconnaissance », explique Jordi Mayoral. Vendredi, l’une des œuvres de l’artiste (entre 5000 euros pour des petits formats et 60 000 euros) avait été réservée, et la galerie avait en parallèle vendu des pièces de Miró, Tàpies, et Chillida à des collectionneurs espagnols pour des montants non communiqués. Si elle n’est pas comprise dans le focus sur les femmes, la galerie Walden (Buenos Aires) rendait hommage
à la plasticienne mexicaine Magali Lara (née en 1956), dont la carrière demeure encore sous-représentée en dehors de son pays. Ses toiles abstraites et
introspectives, inspirées par le concept de cuirasse tel que théorisé par le psychanalyste Wilhelm Reich, marquent le retour à la peinture de l’artiste féministe – qui fut l’une des pionnières du mail art dans les années 1980 – après quarante ans de carrière. Proposées à 15 000 euros chacune, elles n’avaient pas encore trouvé preneur vendredi, mais avaient fait l’objet de plusieurs demandes. Autre pépite : les vanités vidéo de Maria Nuñez, proposées à 9000 euros dans des éditions de 3 (galerie Rocío Santa Cruz), dont la carrière pourtant confirmée en Espagne manque encore de projection internationale, et qui s’est vue décerner le prix BEEP Electrónico (deux éditions de chaque ont été acquises pour chaque pièce).
Retours contrastés
Avec les restrictions en place, la menace du variant Delta et les vacances scolaires, le public était
évidemment moins nombreux que d’habitude : « Le flux est clairement plus léger que les éditions précédentes, mais le profil des visiteurs est très qualitatif », note Christian Bourdais, qui avait conclu des ventes de Christian Boltanski, Marco Castillo, Mathieu Mercier, Fernando Sánchez Castillo, Cristina Lucas et Ivan Argote, et attendait encore vendredi la confirmation d’un
ensemble de Bertrand Lavier. Emilio Álvarez, directeur de la galerie àngels (Barcelone), a pour sa part constaté une confusion au niveau du calendrier chez plusieurs personnes : « Certains n'étaient pas au courant que la foire se tenait en juillet ». Il avait cédé plusieurs dessins de Cecilia Bengolea à la Fundación Arco, ainsi que des pièces d'Ania Soliman à la fondation TBA21 Thyssen- Bornemisza Art Contemporary et de Daniela Ortiz à des
collectionneurs espagnols. D’autres estiment que leurs ventes ont chuté d’un tiers par rapport à d’habitude :
« Si nous sommes tous satisfaits, c’est aussi parce que nous avions placé la barre plus bas », confie un galeriste espagnol. Un deuxième ajoute que le regroupement des foires satellites à une même période aurait été
bénéfique – Art Madrid s’est en effet déroulée du 26 au 30 mai, tandis que JustMad, où participait notamment la galerie parisienne Loo & Lou, se tenait pendant la foire. Quel bilan pour les méga-galeries ? Celles au rendez-vous étaient globalement satisfaites : « Les visiteurs étrangers sont quasi absents (nous avons vu quelques rares visiteurs allemands, américains,
vénézuéliens et français), mais ARCO reste un repère pour les collectionneurs espagnols, et nous avons jusqu’à maintenant vendu plusieurs œuvres entre 10 000 et 400 000 euros, de David Nash, Juan Uslé, Nalini Malani, Jaume Plensa, et nous avons fait plusieurs contacts qui peuvent se concrétiser par la suite. Dans le département des éditions, toujours très actif à ARCO, nous avons déjà vendu une vingtaine d’œuvres entre 500 et 10 000 euros à des collectionneurs majoritairement espagnols », nous expliquait-on vendredi à la galerie Lelong. De son côté, Perrotin avait vendu des pieces d’Ivàn Argote, Mathilde Denize, Gregor Hildebrandt (l’œuvre de ce dernier étant partie dans une fondation d’art de Valence). Malgré ses nombreux projets en Espagne (la Fondation Chillida- Leku au Pays basque ou encore l’antenne de la galerie à Minorque, inaugurée le 17 juillet), Hauser & Wirth n’était pour sa part pas présente à la foire cette année.
ifema.es
« Les visiteurs étrangers sont quasi absents, mais ARCO reste un repère pour les collectionneurs espagnols, et nous avons jusqu’à maintenant vendu plusieurs œuvres entre 10 000 et 400 000 euros. »
Galerie Lelong.Mari Chordà, Vulva, 1968, craie grasse sur carton, 48 x 62 cm.
Courtesy Mari Chordà et galerie Mayoral.