Enseigner la philosophie : les enjeux actuels
PHILOSOPHIE
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ONT PARTICIPÉ À L’ÉLABORATION DE CE 4 PAGES: ELISABETHCASSOU-BARBIER, JULIENCUEILLE ETPATRICKGIORDANO
ET DES PRATIQUES N A T I O N A L O B S E R V A T O I R E
DES PROGRAMMES
Le groupe philosophie : Pourquoi faire ?
Être à l’écoute des professeurs de la discipline, relayer auprès des ins- tances concernées leurs remarques et demandes, susciter dialogues et rencontres dans le souci de préciser et renforcer les mandats de congrès afin qu’ils portent au mieux les exi- gences des professeurs de philoso- phie syndiqués au SNES pour leur discipline, sa place et son sens dans l’école d’aujourd’hui et de demain.
Le groupe tient permanence tous les mercredis au siège du SNES - 46, avenue d’Ivry - Paris 13e, au 6eétage porte 612 entre 10 h 30 et 17 heures.
L
e ministère doit annoncer prochai- nement son projet pour la voie géné- rale des lycées. L’expérience montre que la diversité de l’offre de formation est un moyen d’amener plus d’élèves au baccalauréat. Il convient de maintenir les trois séries générales et les séries tech- nologiques. Élever le niveau de qualifi- cation des jeunes n’est pas seulement une exigence républicaine, mais aussi le seul moyen d’améliorer leur insertion sociale et économique.L’enseignement de la philosophie a sa place dans toutes les séries, sa légitimité doit être réaffirmée et son efficacité amé- liorée. Le groupe philosophie travaille, en concertation avec les collègues, à la recherche des moyens pour y parvenir, tout en ayant le souci d'une meilleure articulation des disciplines.
Depuis bientôt trois années, le groupe philosophie du SNES a concentré son attention sur deux dossiers :
•l’avenir de la série L ;
•l’enseignement de la philosophie en séries technologiques et industrielles.
Deux journées de réflexion ont eu lieu, l’une le 8 novembre 2007 sur la série lit- téraire et l’éventuelle introduction d’un enseignement de philosophie en classe de Première, la seconde le 13 mars dernier, consacrée aux séries technolo- giques.
Le compte rendu de la journée du 8 novembre est consultable sur le site internet à la rubrique « philosophie ». Un stage national du SNES sur la série littéraire les 6 et 7 février, nous a donné
l’occasion de partager avec des collègues des disciplines littéraires ET scientifiques notre conviction que la « crise » de la série littéraire est, entre autres, le symp- tôme d’une situation plus générale : il est question de la place et du sens que l’École en France réserve aujourd’hui à l’enseignement de la philosophie mais aussi d’un ensemble de disciplines (his- toire, géographie, langues vivantes et anciennes, enseignements artis- tiques, etc.) que, faute d’un meilleur terme, nous avons regroupées sous l’ap- pellation « humanités ». Pour autant, il ne s’agit aucunement d’opposer scien- tifiques et littéraires mais de faire émer- ger ce qu’éduquer veut dire dans un contexte scolaire. Ainsi est né un appel à contribution, adressé à un grand nombre de personnalités du monde de la philosophie, des lettres, des arts et des sciences afin d’ouvrir une tribune débats sur le site du SNES avant d’organiser un débat public sur ce thème.
À l’issue de la journée consacrée à l’en- seignement philosophique en séries tech- nologiques, nous sommes tous d’accord pour penser que la situation actuelle n’est pas satisfaisante et nous avons décidé de vous consulter. Vous trouverez en page 3 un questionnaire à retourner au groupe philosophie du SNES.
À l’heure de réformes annoncées, sachons dire ce que nous voulons ! ■
Roland Hubert, Co-secrétaire général Elisabeth Cassou Barbier, responsable du groupe « philosophie »
S O M M A I R E
Enseigner la philosophie en séries technologiques : état des lieux avant travaux p. 2 ET3
Que voulons-nous ? p. 4
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Observatoire national des programmes et des pratiques• Supplément au no665 de L’US• 5 avril 2008L
a place de l’enseignement de la philosophie dans les classes de séries technologiques est primordiale, dans la mesure où elle permet aux élèves d’articuler une culture tech- nologique avec des éléments de cul- ture issus des disciplines dites « géné- rales » : la philosophie apparaît ainsi au carrefour des différents savoirs et pratiques, comme un « passeur » sus- ceptible d’aider les élèves à se réap- proprier de manière critique un cer- tain nombre de savoirs ou de dimensions de l’existence.On pourrait donc souhaiter que le travail en commun avec les autres enseignements soit mentionné et même encouragé, dans la mesure où il répond naturellement à l’arti- culation du travail philosophique avec les différents objets susceptibles d’être soumis à son analyse, en vue de la construction d’une culture com- mune. Ainsi, le travail sur telle notion du programme de philosophie, par exemple la « loi », gagnerait à être mis en cohérence avec l’approche menée par le professeur de droit, ou par le professeur de sciences médico- sociales, entre autres (et en fonction des séries), mais aussi peut-être avec celle du professeur d’histoire ou même de mathématiques, voire pour- quoi pas de langues vivantes. La phi- losophie aurait tout à y gagner, et son objectif serait peut-être plus clai- rement perçu par les élèves : non seulement contribuer par l’exercice de la pensée organisée et le travail sur le discours et ses logiques, ainsi que par la position et l’élaboration de problèmes, à la formation de leur jugement ; mais aussi contribuer à leur donner des clés pour mieux se repérer dans le monde et conquérir une autonomie dans leurs choix professionnels et exis- tentiels.
Une discipline qui compte
Si l’équilibre actuel ne peut être modifié sans un alourdis-
sement dommageable de l’horaire global d’enseignement, ne convient- il pas d’imaginer un renforcement horaire qui permettrait de dégager une plage commune avec une autre matière, par exemple la dominante technologique, comme cela se pra- tique désormais dans le cadre du BTS design de mode où une heure, en plus des deux heures discipli- naires, est réservée à un enseigne- ment partagé avec le professeur de design ? À défaut, il importe en tout cas de réaffirmer très fermement l’absence de seuil de dédouble- ment et d’imposer partout un enseignement de deux heures- élèves et trois heures-professeur.
Une discipline à l’épreuve
La question des épreuvesest délicate et impose une véritable réflexion : en effet, le constat des difficultés bien réelles rencontrées par les élèves pour élaborer un devoir de type dissertatif (ce qui englobe aussi l’explication de texte) ne doit pas conduire à renon- cer à cet exercice, le plus formateur pour l’apprentissage de la pensée philosophique. Plutôt que d’imagi- ner un nouveau type d’épreuve moins exigeant ou moins en rapport avec la nature complexe et globale du travail philosophique, il semblerait plus judicieux d’aménager les épreuves e x i s t a n t e s e n p r o p o s a n t d e s médiations supplémentaires et une explicitation des exigences ainsi que des critères d’évaluation.
Pour la dissertation, on pourrait par
exemple proposer aux élèves une série de questions préliminaires, du type de ce qui se pratique déjà pour l’explication de texte, leur deman- dant au préalable de proposer une définition des principaux concepts, d’identifier le problème posé par le sujet en le reformulant dans leurs propres termes, et enfin de fournir une série d’arguments succinctement formulés en les classant de manière à faire apparaître une ou plusieurs thèses répondant à la question posée.
Ce n’est qu’au terme de ce travail que la rédaction finale pourrait inter- venir.
Il conviendrait de demander au can- didat d’apporter une réponse à la question posée qui se fonde sur une analyse des termes du sujet. On pour- rait mentionner qu’il est attendu de l’élève que celui-ci formule une ou plusieurs thèses. De ce point de vue, il ne serait pas inutile de préciser la différence entre un exemple et un argument : nombre d’élèves, notam- ment dans les classes technologiques, ne parviennent pas à maîtriser l’usage de l’exemple et se contentent volon- tiers d’une simple illustration sans prendre le temps d’en tirer les consé- quences quant à la réponse à donner au sujet. Il convient enfin de signaler à l’élève explicitement que la disser- tation, même lorsqu’elle choisit d’em- prunter la voie d’une organisation
« dialectique » de son argumentation, devrait éviter d’opposer les thèses d’une manière trop abrupte qui pour- rait tomber sous le coup d’une contra- diction logique, et qu’une éla- boration des thèses, qui permette de justifier leur for- mulation au regard du sens des concepts, est donc nécessaire.
Il en va de même en ce qui concerne l’explication de texte: elle ne saurait en aucun cas se limiter à une restitution de l’ordre de la paraphrase.
l’explication vise, comme la dissertation, à développer une analyse du problème posé par le texte, tantôt en
Enseigner la philosophie en séries techno
©D.R.
contribution de Julien
Observatoire national des programmes et des pratiques• Supplément au no665 de L’US• 5 avril 2008
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d é g a g e a n t , e t c o m p l é t a n t a u besoin, l’argumentation de l’au- teur, tantôt en en identifiant les présupposés et les enjeux et en effectuant un travail de problé- matisation qui débouche éven- tuellement sur une critique argu- mentée.
D’une manière plus générale, les dif- ficultés rencontrées pour satisfaire aux exigences des épreuves de type bac renvoient à la nécessité de concevoir, dans le cadre du cours et en lien permanent avec le trai- t e m e n t d e s n o t i o n s p h i l o s o - phiques du programme, des exer- cices d’appropriation spécifiques permettant de préparer progres- sivement à l’élaboration d’une dis- sertation ou d’une explication de texte, qui demeurent l’objectif à faire atteindre aux élèves. Les col- lègues qui enseignent dans ces classes sont bien souvent contraints d’imaginer par eux-mêmes, souvent dans la solitude, les formes les plus appropriées afin que les élèves soient
« mis en mesure de s’approprier réel- lement le traitement des problèmes philosophiques et la lecture des textes ». Il importe de bien faire prendre conscience aux élèves que
ces exercices (pas plus d’ailleurs que les exercices de type bac), ne sau- raient constituer une finalité en soi, si tant est que l’enseignement philoso- phique puisse espérer exercer une pertinence plus large que celle d’une simple préparation utilitariste à un examen ! Ils n’en revêtiraient pas moins une légitimité certaine, dès lors qu’ils seraient effectués dans une pers- pective non pas étroitement forma- liste, mais comme un travail vivant
qui correspond aux opérations philo- sophiques élémentaires par lesquelles un sujet pensant s’approprie des pro- blèmes, des concepts, les articule et les enchaîne, exerce son jugement par un dialogue avec ses semblables, enfin travaille et retravaille à la for- mulation la plus aboutie de sa pensée.
Le texte complet de la contribu- tion de Julien Cueille est télé- chargeable sur le site des obser- vatoires. ■
nologiques : état des lieux avant travaux
Consultation
Quelles priorités pour l’enseignement philosophique en séries technologiques ?
I. Passer de deux à trois heures : a) en ST2S
b) en STG c) en STI
II. Demander le dédoublement systématique pour la totalité de l’horaire ? III. Augmenter le coefficient de la discipline au baccalauréat ?
IV. Guider par des questions la dissertation, sur le modèle de l’explication de texte ?
V. Proposer deux textes et une seule dissertation ?
VI. Proposer un nouveau type d’épreuve écrite ? Synthèse de documents
VII. Introduire une épreuve orale ? a) de type classique
b) à partir d’un travail de recherche personnel
VIII. Remplacer l’épreuve écrite par une épreuve orale ?
Merci de renvoyer les questionnaires remplis au Groupe philosophie du SNES – 46, avenue d’Ivry – 75647 Paris Cedex 13
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ulien Cueille : extraits
©Istockphoto / Hans Laubel
L’Université Syndicaliste, suppl. à L’USno665 du 5 avril 2008, hebdomadaire du Syndicat national des enseignements de second degré (FSU) 46, avenue d’Ivry, 75647 Paris Cedex 13.
Directeur de la publication : Serge Chatelain, Gérard Anthéaume - Compogravure : CAG, Paris - Imprimerie : SIPE, Paris - NoCP 0108 S 06386 – ISSN no0751-5839
Que voulons-nous ?
Introduction d’un
enseignement de philosophie en Première littéraire :
En tout état de cause, une base de trois heures pour une introduction en Première L serait le seuil mini- mum. Rappelons que le mandat de congrès voté en 2005 précise qu’une telle introduction ne doit pas se faire
« au détriment des conditions d’en- seignement de la philosophie en Terminale, ni à celui des autres dis- ciplines de Première ». Nos discus- sions ont montré que nous étions hostiles à l’idée d’une évaluation de la discipline pour le bac en classe de Première, et quelle qu’en soit la forme proposée. Le rapport de l’ins- pection générale sur la série litté- raire suggérait une évaluation en cours de formation par exemple.
Séries technologiques :
La situation actuelle (horaire, coeffi- cient au bac, épreuves proposées) est hypocrite et peu respectueuse
des élèves, des professeurs et de la discipline.
Page trois, la contribution de notre collègue J. Cueille, dans laquelle les participants à la journée du 13 mars se sont reconnus, vous est soumise pour engager la discussion. Plus vous serez nombreux à répondre au questionnaire, plus légitimes seront nos positions.
La réforme des séries technologiques a conduit à la perte d’une heure de philosophie en ST2S alors que les collègues de toutes les disciplines enseignées dans cette série défen- daient l’intérêt du maintien de l’ho- raire existant. Le pire est la résigna- tion. À chaque fois que nous l’avons rencontré, nous avons rappelé au doyen de l’inspection générale que cette perte horaire est inacceptable et absurde au moment où l’importance des questions éthiques relatives au domaine de la santé et des soins ne cesse de grandir.
Calendrier du baccalauréat :
Depuis la publication du calendrier 2008, le SNES intervient pour obtenir des délais de correction supplémen- taires. En fonction des organisations locales des services rectoraux, les situations sont plus ou moins mau- vaises mais jamais satisfaisantes, car dans le meilleur des cas identiques à celles de l’an passé qui nous avaient conduits à dénoncer une diminution du temps de correction déjà inac- ceptable. Montrez votre désappro- bation en signant la pétition dispo- nible sur le site du SNES :
http://www.snes.edu/clet/spip.php?
article2031
Le 28 mai prochain, le groupe phi- losophie rencontrera à nouveau le doyen Jean-Louis Poirier. Gageons que d’ici là le ministre aura livré son projet. Tenons-nous prêts, non seu- lement à nous défendre mais à dire ce que nous voulons. ■
Le groupe philosophie a participé au colloque sur la théorie de l’évolution organisé par le groupe SVT en décembre dernier, vous pouvez consulter le compte rendu du colloque sur le site à l’adresse suivante : http://www.snes.edu/observ/spip/spip.php?article3592
©D.R.