Référence de cet article : Bakary TRAORE (2013), Guerre froide et maintien de la paix en Afrique, © EDUCI 2013. - GODO GODO - Rev Hist Arts Archéol Afr, ISSN 1817-5597, n° 23, pp 30-43.
GUERRE FROIDE ET MAINTIEN DE LA PAIX EN AFRIQUE.
Dr. TRAORE Bakary
Assistant au Département d’Histoire
Université Félix Houphouët Boigny Abidjan- Côte d’Ivoire [email protected]
RÉSUMÉ
Le maintien de la paix est l’ensemble des interventions extérieures des Nations Unies surtout dans le cadre des conflits armés. En Afrique, la crise de Suez et la sécession du Katanga sont les premiers théâtres d’expérimentation de cette activité onusienne. Ce type d’intervention de l’ONU a été limité par l’engagement d’un certain nombre de puissances occidentales dans les conflits africains. Leurs soutiens à certains belligérants africains dans le contexte de la guerre froide ont ainsi, limité les efforts de l’ONU dans le maintien de la paix en Afrique.
Mots clés : Maintien de la paix, Intervention, Guerre froide, Nations unies.
ABSTRACT
The peacekeeping is all external interventions United especially in the context of armed conflict.
In Africa, the Suez’s crisis and the secession of Katanga are the first experimental theaters of this UN activity. This type of UN intervention was limited by the engagement of a number of Western powers in African conflicts. Their support to some African belligerents in the context of the cold war have so limited UN’s efforts in peacekeeping in Africa.
Keywords : Peacekeeping, Intervention, Cold war, United Nations.
INTRODUCTION
Il est indéniable qu’aujourd’hui, l’Afrique absorbe l’essentiel de l’effort de paix onusien accaparant ainsi les deux tiers du budget consacré au maintien de la paix.
En raison de sa situation sécuritaire qui se détériore de plus en plus depuis le début des années 90, le continent africain est aujourd’hui l’un des principaux théâtres de déploiement des opérations onusiennes de maintien de la paix.
Cependant, la situation était autre pendant la guerre froide. A l’exception de l’ONUC1 et dans une moindre mesure de la FUNU2, aucune autre opération de maintien de la paix n’a été déployée en Afrique pendant cette période. Pourtant, ce ne sont pas les occasions ou les conflits qui ont manqué encore moins les besoins de paix exprimés ou constatés dans un certain nombre d’Etats africains.
Alors, comment cette période faite de tensions et confrontations idéologiques entre les deux principales puissances du Conseil de sécurité a-t-elle limitée ou sabordée l’action de l’ONU en Afrique en ce qui concerne la résolution des conflits? Quelle fut l’attitude des deux supergrands à l’égard de l’ONU concernant l’instabilité sociopoli- tique en Afrique? Autrement dit, comment la guerre froide a-t-elle empêchée l’ONU de maintenir la paix en Afrique alors qu’elle en avait besoin?
La présente étude se propose de revisiter l’histoire de l’organisation internatio- nale pendant les quarante cinq premières années de son existence. Ainsi, l’Afrique a permis à l’ONU d’expérimenter son activité principale qu’est le maintien de la paix à travers la mise en place de ses opérations autour du canal de Suez et au Congo (I). Cependant, les relatifs succès enregistrés ne lui ont pas permis de poursuivre son action en faveur de la paix en raison de l’engagement d’un certain nombre de puissances occidentales dans les conflits africains (II). Leurs soutiens à certains belligérants africains dans le contexte de la guerre froide ont ainsi, limité les efforts de l’ONU dans le maintien de la paix en Afrique (III).
I- SUEZ ET CONGO OU L’EXPÉRIMENTATION DU MAINTIEN DE LA PAIX EN AFRIQUE.
Ne figurant pas de manière explicite dans la Charte, le maintien de la paix a été conçu et expérimenté au cours de la guerre froide. Le prolongement autour du canal de Suez en Egypte, du conflit au Moyen orient et la sécession katangaise au Congo sont les premiers théâtres africains de «validation» de cette activité onusienne.
La crise Suez éclate en octobre 1956 à la suite de la rupture de la Convention d’armistice3 signée entre l’Egypte et Israël lorsque ce dernier soutenu par une alliance
1 L’Opération des Nations unies au Congo (ONUC) a été créée le 14 juillet 1960 par la résolution 143 (1960) du Conseil de sécurité durant la crise congolaise des années 60.
2 Elle désigne deux opérations de maintien de la paix distinctes mais déployées autour du canal de Suez et dans le Sinaï par l’ONU dans le cadre des guerres israélo-arabes. La première mission a été créée le 4 novembre 1956 par la résolution 998 de l’Assemblée générale de l’ONU pour mettre fin à la crise du canal de Suez. Elle se retire en juin 1967 à la demande de l’Egypte. La seconde créée le 25 octobre 1973 par la résolution 340 du Conseil de Sécurité de l’ONU, fait suite à la guerre du Kippour.
3 A la suite du premier conflit israélo-arabe de 1948, des accords d’armistice définissant le tracé des fron- tières avaient été conclu entre l’Etat hébreu et l’ensemble de ses voisins arabes qui l’avaient agressé.
Ces agressions étaient la conséquence de sa déclaration d’indépendance. L’accord avec l’Egypte a été signé le 24 février 1949 sous les auspices de l’ONU qui devait veiller à leur application.
franco-britannique occupe une partie du territoire égyptien. Par l’implication de deux de ses membres permanents dans le conflit qui les oppose à l’Egypte au sujet du canal de Suez, l’ONU se retrouve devant une crise qui menace de l’exploser. Le Conseil de sécurité étant disqualifié – la France et la Grande Bretagne sont parties au conflit – c’est l’Assemblée générale qui s’occupe de la résolution de cette crise.
En effet, le double veto franco-britannique ayant empêché l’adoption d’une réso- lution du Conseil de sécurité, l’Assemblée générale sur proposition de la Yougos- lavie se saisit de l’affaire. Conformément à la procédure prévue par sa résolution 377 (A) en date du 3 novembre 1950 intitulée « Union pour le maintien de la paix », l’Assemblée générale se réunit en session d’urgence le 1er novembre 1956. A la suite des débats, elle adopte le 2 novembre 1956, la résolution 997 (ES-I) demandant la cessation des hostilités, le retrait de toutes les forces derrière les lignes d’armistice et la réouverture du canal.
Suivant les recommandations du représentant du Canada, Sir Leaster Pearson, l’Assemblée générale adopte la résolution 1000 (ES-I) le 5 novembre qui prévoit la mise sur pied d’une force des Nations unies dans la zone du conflit. Plus tard, la résolution 1001 (ES-I) du 7 novembre 1956 définit les principes de base pour la constitution de cette force qui prend le nom de Force d’Urgence Nations Unies.
Ainsi, il est exclu d’office que tout pays membre permanent du Conseil de sécurité ne fournisse de troupes à la Force. Cette exclusion s’étend également à tout autre membre des Nations Unies ayant un intérêt particulier en rapport avec le conflit. De plus, dans le choix des troupes, le Secrétaire général devait tenir compte de l’avis du pays hôte qu’est l’Egypte, c’est pourquoi, celle-ci s’est au départ opposée à la présence d’unités canadiennes, danoises et norvégiennes.
La cessation des hostilités qui est acceptée par les principaux belligérants à la suite des consultations entreprises par le Secrétaire général entre en vigueur dans la soirée du 7 novembre 19564. Elle ouvre la voie au retrait des forces belligérantes au moment où le Secrétaire général s’active à la constitution de la Force d’urgence dont les premiers éléments arrivent dans le canal de Suez le 16 novembre 1956.
Pendant ses dix ans de mission, la FUNU s’acquitte effectivement de sa mission en maintenant la paix entre les deux pays voisins que sont l’Egypte et Israël. Etant donné que la solution proposée ne concerne seulement que la résolution de la crise née de la fermeture du canal de Suez, sa réouverture est obtenue le 24 avril 1957. Cette opération onusienne est suivie plus tard par une autre, cette fois-ci à l’intérieur d’un pays d’Afrique noire, le Congo.
En effet, à la suite de la sécession de l’une de ses provinces – le Katanga – le Congo doit faire face à l’une des graves crises de sa jeune histoire. L’opération déployée par l’ONU se déroule de juillet 1960 à juin 1964 après la fin des rébellions5.
4 Voir les documents A/3287 ; A/3293 ; A/3294 ; A/3306 ; A/3307 et A/3310, documents de la première session extraordinaire d’urgence de l’Assemblée générale des Nations Unies portant sur les échanges de lettres entre le Secrétaire général et les parties en conflit.
5 Selon Hervé Bourges et Claude Wauthier, seulement six ans après son indépendance, trois pouvoirs se partagent le pays à savoir le pouvoir central contrôle Léopoldville soutenu par l’ONU et les pays occidentaux ; le gouvernement Lumumbiste de Gizenga contrôle Stanleyville et les régions de l’Est soutenues par l’URSS et les pays africains révolutionnaires ; le gouvernement du Katanga. Aquarone Marie Christine ajoute à cette liste, deux autres pouvoirs : l’«Etat minier » du Kasaï dirigé par Albert Kalondji soutenu par les contributions du Trust belge, la Forminière et « l’Etat Lualaba » proclamé au sud du Katanga par Jason Sendwe anti Tshombé, opposé à la sécession katangaise.
Elle marque une étape dans l’histoire des activités de maintien de la paix des Nations Unies à cause de ses responsabilités pour un pays très immense dont la superficie de 2 345 000 km² est très proche de celle de l’Europe occidentale.
C’est par un télégramme daté du 12 juillet 1960 adressé au Secrétaire général que les nouvelles autorités de Léopoldville demandent aux Nations Unies, l’»assistance technique de caractère militaire» nécessaire. L’aide sollicitée a «pour but essentiel la protection du territoire national congolais contre l’acte d’agression commis par les troupes belges». Elles précisent que « l’aide demandée s’adressait uniquement à une force des Nations Unies composée de militaires de pays neutres» (S/4382). Invoquant l’article 99 de la charte6, le Secrétaire général demande que le Conseil de sécurité soit convoqué d’urgence pour examiner la situation au Congo (S/4381).
A la suite de la saisine du Secrétaire général et de ses recommandations quant à la future force militaire de l’ONU, le Conseil de sécurité vote le 13 juillet, la résolution 143, par la quelle il autorise la création et le déploiement de l’Opération des Nations Unies au Congo7. Malgré ses nombreuses tergiversations, l’ONU au bout de quatre années d’efforts, parvient à faire retirer les troupes belges, à obtenir la capitulation des sécessionnistes et enfin, à préserver l’intégrité du territoire congolais.
Ces deux interventions dans le contexte africain ont imprimé aux autres interven- tions ultérieures des Nations Unies, leur marque. Le terme Opération de maintien de la paix n’apparaît qu’en 1956 sous injonction du représentant canadien. Par son interposition, le déploiement de la force travaillant sous le couvert des Nations Unies, est une sorte de barrage entre les protagonistes et crée de ce fait, une zone tampon entre les parties en conflit. C’est donc une mesure conservatoire dont le rôle essentiel est de préserver dans un esprit de neutralité, un statut quo militaire en attendant une solution politique au conflit8.
La première Force d’urgence des Nations Unies peut être considérée comme la «mère» de toutes les interventions extérieures des Nations Unies dans le cadre du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Mais ce qui est paradoxale ici, c’est que l’Opération n’est pas créée par le Conseil de sécurité dépositaire non exclusif du maintien de la paix9 (Charte de l’ONU, article 24).
L’affaire de Suez est transférée devant l’Assemblée générale en raison du blocage du CSNU du fait du double veto franco-britannique. Cette tribune a eu l’occasion de gérer une telle crise par le passé si on se réfère à la crise de Corée. En autorisant la mise en place de la FUNU, l’Assemblée générale des Nations Unies s’est substituée au Conseil de sécurité, défaillant.
6 Cet article indique que «Le Secrétaire général peut attirer l’attention du Conseil de sécurité sur toute affaire qui, à son avis, pourrait mettre en danger le maintien de la paix et de la sécurité internationales».
7 Dans la résolution, il fait appel au gouvernement belge pour qu’il retire ses troupes du territoire congolais et demande au SGNU de prendre, en consultation avec le gouvernement de la république, les mesures nécessaires en vue fournir à ce gouvernement l’assistance militaire dont il a besoin jusqu’à ce que les forces nationales soient capables de s’acquitter de leurs tâches.
8 Raafa Ben ACHOUR, «Les opérations de maintien de la paix» in La Charte des Nations Unies, com- mentaire article par article, Paris, Economica, 3è édition, Tome I, 1985, 1366p, pp.
9 Charte des Nations unies, article 24.
Il s’agit là, d’une décision importante prise malgré l’opposition de l’URSS10 et l’abs- tention d’au moins une dizaine de pays parmi lesquels figurent les trois belligérants et les pays de l’Europe orientale. La mise en place d’une force internationale contrôlée par les Nations Unies, fait en réalité, office d’opération de maintien de la paix.
Puisque le mécanisme de la mise en place d’une telle force internationale n’appa- raît pas dans la Charte, il appartient donc au Secrétaire général sur recommandation du Conseil de sécurité, de la concevoir et de lui fixer les principes directeurs. A partir des recommandations du Secrétaire général, les caractéristiques suivantes ont pu être dégagées pour la constitution de la Force d’Urgence des Nations Unies et des futures opérations de maintien de la paix de l’ONU :
• la force internationale n’est pas une opération menée par les Etats pour le compte de l’ONU mais menée par l’ONU pour elle–même, même si ce sont les Etats membres qui fournissent les contingents ;
• cette force n’intervient pas pour mener une action coercitive au sens du Cha- pitre VII de la Charte ;
• elle n’est pas non plus une opération menée par les Etats membres avec leurs troupes, placées sous leur propre commandement mais sous la bannière de l’ONU suite à une autorisation du Conseil de sécurité.
• elle ne peut faire usage de ses armes que lorsqu’elle est sérieusement atta- quée.
La gestion de cette crise permet d’observer que le droit de veto peut être utilisé lorsque les intérêts de certaines puissances ou membres permanents du Conseil de sécurité sont menacés. Ce qui reste à notre avis, compromettant pour l’avenir, lorsque des crises d’une certaine gravité qui surgissent entre Etats et dans lesquels certains intérêts sont en jeu. De toute manière, on n’ira même pas loin, car la crise katangaise a permis de le constater. L’URSS avec ses satellites a tout fait pour que le Conseil de sécurité condamne la Belgique «d’agressions» contre le Congo. Mais le Conseil de sécurité n’a pu réagir par faute de consensus et a toujours rejeté les résolutions et les amendements soviétiques.
L’interposition de l’ONUC entre le gouvernement central et le gouvernement provincial dans ce pays permet de maintenir le statut quo militaire et renforce la sécession. Mais lorsque le Conseil de sécurité autorise l’ONUC à prendre toutes les mesures pour régler définitivement la crise katangaise, elle obtient gain de cause car aucune objection d’aucun membre permanent n’a empêché le vote de la résolution 161 du 21 février 1961. L’ONUC est donc autorisée implicitement à aller au-delà de la légitime défense en faisant usage de la force.
Avec ses 20 000 hommes, l’ONU est passée successivement d’une force d’inter- position, maintenant le statut quo militaire, à une phase d’intervention contre les sécessionnistes. La modification du mandat d’origine avec pour base l’application du Chapitre VII a permis de sauver le Congo nouvellement indépendant, de garder son unité et son intégrité.
10 L’opposition de l’URSS se fondait sur la compétence première du Conseil de sécurité au terme de l’article 24 de la Charte. Or l’Assemblée s’est référée à la résolution 377(V) pour agir étant donné que le Conseil de sécurité se trouvait bloqué par les vetos franco-britanniques.
La gestion de cette crise montre que lorsque les puissances du Conseil de sécurité s’entendent, les menaces à la paix, les ruptures de la paix et les actes d’agressions font long feu. L’ONUC a donc dérogé aux règles classiques établies pour la mise en place de la FUNU et de la plupart des autres opérations de maintien de la paix de l’ONU. Ce qui permet au Katanga de retrouver la mère patrie après trois ans
«d’indépendance».
Cependant cette entente au sein du CSNU ne survit pas longtemps lorsqu’un certain nombre de conflits africains dans lesquels des membres permanents sont engagés auprès des belligérants, éclatent.
II- LES CONFLITS AFRICAINS DANS LA DYNAMIQUE DE L’ANTAGONISME EST/OUEST.
L’éclatement de la sécession katangaise est l’occasion pour les puissances occidentales membres du Conseil de sécurité de prendre le pouls de l’importance stratégique du continent africain. Par la suite, elles jettent tout leur dévolu sur la Corne de l’Afrique et l’Afrique australe.
L’URSS est la première à être attirée par la Corne de l’Afrique11 dans la mesure où elle cherche des points d’appui pour maintenir ses communications avec l’Extrême Orient et de contrebalancer l’influence britannique12 . De par leur position stratégique, la Somalie et l’Ethiopie, les deux grands pays de cette zone sont devenus des enjeux importants dans les rivalités Est/Ouest.
Lorsque Syad Barré arrive au pouvoir en 1969, il engage la Somalie dans une étroite collaboration avec les pays du bloc de l’est, pour son développement. L’URSS et Cuba lui fournissent, assistance et coopération dans plusieurs secteurs dont l’armement reste le domaine essentiel. Ce soutien permet à Syad Barré de se lancer dans la réalisation du pansomalisme13, qui démarre par la reconquête de l’Ogaden.
Ce projet échoue à cause du changement de soutien soviétique en faveur de l’Ethiopie. Cela entraine la rupture des relations diplomatiques avec l’URSS en 1978 et la Somalie se tourne vers le monde occidental. Ce rapprochement se matérialise par la location de l’ancienne base soviétique de Berbera aux Américains pour une valeur de 40 millions de dollars, la signature d’un accord de coopération économique et militaire en 1980 avec livraison de 40 millions de dollars d’équipements militaires en 198314. Cette aide vise à renforcer la sécurité de la Somalie afin qu’elle serve de contrepoids à l’influence soviétique, qui s’est accrue en Ethiopie depuis la fin de la guerre de l’Ogaden.
11 La Corne de l’Afrique est la frontière occidentale de la Mer Rouge qui jouxte le monde arabe. Atteignant le canal de Suez dans sa partie septentrionale, et étant en rapport avec la Méditerranée, la Mer Rouge est l’une des plus grandes voies maritimes qui relie facilement l’Europe au Moyen Orient et à l’Asie. Elle vient se jeter dans le golfe d’Aden que partagent la Somalie et l’Ethiopie. C’est pourquoi les régimes qui ont eu en charge la destinée de ces deux pays, ont reçu à des degrés divers le soutien de l’URSS.
12 Zaïki LAIDI, Les grandes puissances et l’Afrique, Paris, Centre des Hautes Etudes sur l’Afrique et l’Asie modernes, Cahiers du CHEAM n°7, 1989, 123 p., p.3
13 C’est un projet qui doit aboutir à la naissance de la Grande Somalie, Etat dans lequel tous les territoires de la Corne de l’Afrique peuplés de somalis doivent être réunis. Il s’agit du 1/3 de l’Ethiopie, la moitié du Kenya et la presque totalité de Djibouti.
14 Roger Joint DAGUENET, Histoire moderne des somalis : les gaulois de la corne de l’Afrique, Paris, Karthala, 1995, 240p, p.205
Par cet acte, les USA parviennent à entrer dans la Corne de l’Afrique et ont à cet effet, un droit de regard sur le Moyen orient et sur le trafic maritime de la Mer rouge.
Les autorités américaines viennent de réaliser ainsi, l’un des axes de leur politique extérieure, en ce qui concerne leur implantation le long du golfe d’Aden15.
De leurs côtés, les soviétiques entreprennent de renforcer davantage les relations avec l’Ethiopie depuis qu’elle a choisi l’orientation socialiste16. A la suite du traité d’amitié et coopération en 1978, l’URSS lui apporte un appui logistique et militaire en vue de sa stabilisation. Par ailleurs, la présence de la France à Djibouti tout comme de l’URSS au Yémen sur la rive Est de la Mer Rouge donne assez d’importance stratégique à cette région.
L’Afrique australe rentre également dans le contexte de l’affrontement Est/Ouest après la fin de la décolonisation portugaise en Angola et au Mozambique. L’année 1975 voit l’arrivée au pouvoir de régimes marxistes dans ces deux pays et la trans- formation de leur lutte de libération nationale en guerres civiles.
L’irruption des puissances occidentales dans cette région date des années 60 lorsque les mouvements anticolonialistes engagent la lutte armée contre le Portugal.
Les Américains apportent leur soutien au FNLA puis à l’UNITA, tandis que le MPLA compte sur une étroite collaboration soviéto-cubaine. Au Mozambique, le FRELIMO est soutenu par l’URSS tandis que la RENAMO reçoit une aide américano-sud-africaine.
En plus de sa position stratégique, cette région attire les convoitises occidentales en raison de la richesse de son sous sol en ressources minières et énergétiques17. Le contrôle et l’accès à ces ressources mobilisent près d’un quart de siècle, les supergrands dans cette région18.
Ainsi, la présence de l’URSS en Angola et par la suite de Cuba s’explique par leur volonté d’étendre l’aire d’influence communiste en Afrique. Pour ce faire, ils s’y impliquent militairement avec la signature en 1976 d’un traité d’amitié et de coopé- ration (TAC) entre l’URSS et l’Angola. La raison de la présence soviétique en Angola n’est pas forcément liée aux gisements pétrolifères off-shore que contrôle le régime marxiste du MPLA mais plutôt, à sa position géographique sur la route maritime en direction du Cap en Afrique du sud19. Il s’agit donc tenir en respect Pretoria qui est très hostile à une contagion communiste de l’Afrique australe. Sa politique raciale lui vaut des inimitiés dans la sous-région.
15 Pascal BONIFACE(S/D), L’année stratégique : force armées dans le monde, analyse géopolitique ; les nouvelles données stratégiques, Paris, Ed. Maritimes d’Outremer, 1985, 378 p. p.224
16 Les Etats à orientation socialiste sont les pays du tiers monde qui se réclament du marxisme-léninisme.
Ils sont liés à l’URSS par des accords notamment des traités d’amitié et de coopération. Ils sont au nombre de 12 à savoir l’Ethiopie, l’Angola, le Mozambique, le Bénin, le Congo, Madagascar, Tanzanie, Burkina Faso, Guinée Bissau, Cap-Vert, Sao Tomé et Principes, et les Seychelles.
17 L’Afrique australe regorge d’une proportion importante de gisements miniers dits stratégiques en raison du rôle que ces minerais jouent dans l’industrie d’armement. Ainsi 96% des gisements de chrome, 89%
de diamant industriel, 71% de platine, 50% d’or, 40% de cobalt, 37% de manganèse, 19% d’Uranium, 14% de Vanadium et 13% de cuivre seraient concentrés dans cette région du continent africain. (Voir Mwayila TSHIYEMBE et Mayele BUKASA, L’Afrique face à ses problèmes de sécurité et de défense, Paris, Présence Africaine, 1989, 262 p. p.49)
18 Gérard CHALIAND, L’Enjeu africain : Géostratégies des puissances, Bruxelles, Ed. Complexe, 1984, 161 p., pp.56-57
19 Pascal CHAIGNEAU, «Les supergrands et l’Afrique, leurs politiques comparées de transferts d’arme- ments» in Culture et développement, Vol 16, n°3-4, 1984, pp.855-874
Puissance coloniale en Namibie, l’Afrique du sud doit affronter à la fois l’ANC et la SWAPO, opérant à partir de l’Angola et du Mozambique. Soutenue par les USA et se présentant comme le défenseur de l’ordre occidental, elle ne peut accepter cette contagion communiste de la région. La stratégie de déstabilisation mise au point, par- ticipe de cette volonté donnant ainsi au conflit angolais et mozambicain un caractère idéologique. C’est ainsi, qu’elle renforce la capacité de nuisance de l’UNITA et du RENAMO en lutte contre les régimes angolais et mozambicain. Il faut donc attendre l’arrivée de Gorbatchev au pouvoir en 1985, orientant l’URSS vers un désengagement mondial pour que les conflits de la région connaissent un début de solution.
La France n’est donc pas en reste du tableau que nous venons de dresser. Après avoir pérennisé sa présence militaire dans un certain nombre d’ex colonies africaines par la signature des accords de défense et d’assistance militaire, elle a fait de ces pays ses chasses gardées20. Elle est allée plus loin, en maintenant au pouvoir, cer- tains régimes menacés par des coups d’états ou des rébellions. Comme l’URSS ou les USA, elle a aussi ses zones d’influence stratégiques.
Son engagement militaire au Tchad depuis 1968 jusqu’au début des années 80, s’explique par des considérations d’ordre commercial et stratégique. Il s’agit pour elle, d’avoir un œil sur le Niger qui lui sert de principal fournisseur d’uranium pour son industrie nucléaire. Par ailleurs, son intervention aux côtés du régime vacillant de Mobutu entre 1977 et 1978, avait pour but de s’opposer aux menées subversives visant à déstabiliser un régime fidèle. La France devait donc céder aux demandes expresses des dirigeants francophones inquiets d’une percée communiste au Zaïre, qui risquait de faire tache d’huile en Afrique francophone21.
L’intervention des puissances occidentales dans les conflits africains rend impro- bable une solution de l’ONU. Ce qui expliquerait ses difficultés à maintenir la paix en Afrique.
III- LE MAINTIEN DE LA PAIX CONTRARIÉ EN AFRIQUE.
Le tableau ci-dessus présenté montre que les puissances occidentales membres du Conseil de sécurité sont parties prenantes aux conflits africains. Dans ces condi- tions, c’est l’ONU qui en souffre dans sa tentative de préservation de la paix et de la sécurité sur le continent.
III.1- ...Par les prétentions des puissances coloniales
Depuis le début des années 60, l’ONU s’intéresse au sort d’un certain nombre de territoires dont l’autodétermination pose problème. Elle doit se prononcer sur leur
20 Mwayila TSHIYEMBE et Mayele BUKASA, L’Afrique face à ses problèmes de sécurité et de défense, Paris, Présence Africaine, 1989, 262 p., p.156).
21 Philipe DECRAENE, Vieille Afrique, jeunes nations : le continent noir au seuil de la troisième décennie des indépendances, Paris, Puf, 1982, 301 p.
avenir à partir des rapports du Comité spécial de décolonisation22. Mais dans les faits, l’ONU n’a aucun pouvoir de décision réelle face aux puissances qui administrent l’ensemble de ces territoires.
Ainsi, la France, puissance coloniale, n’a jamais accepté que la situation en Algé- rie fasse l’objet de discussion au niveau du Conseil de sécurité. C’est l’Assemblée générale de l’ONU qui a pu évoquer la question algérienne lors de ses sessions annuelles mais sans pouvoir aboutir une action concrète23. La difficulté de l’ONU dans la résolution de cette crise est liée au fait qu’il s’agit d’un cas classique où un membre permanent du Conseil de sécurité est directement impliqué24. Celui-ci a dû éviter les risques d’un veto français. L’indépendance de l’Algérie qui est proclamée en 1962 est le résultat des huit années de guerre menée par les nationalistes algériens.
Pour les anciens territoires portugais d’Afrique25, la situation est régulièrement évoquée par les instances onusiennes mais les différentes condamnations et recommandations sont restées sans effet. Le sort de ces territoires est resté bloquée pendant plusieurs années à l’ONU en raison du soutien discret et déterminant que le Portugal reçoit de ses alliés occidentaux membres permanents du Conseil de sécurité.
Comme l’Algérie, la situation dans les territoires portugais d’Afrique n’a jamais été débattue au niveau du Conseil de sécurité en raison de la présence dans ces colo- nies des intérêts occidentaux26. D’ailleurs, l’Assemblée reconnait que de tels intérêts étrangers empêchent la réalisation des aspirations légitimes à l’autodétermination et à l’indépendance des peuples des territoires sous domination portugaise. Tout en signi- fiant que cela est contraire aux résolutions pertinentes votées, elle déplore l’assistance que le gouvernement portugais continue de recevoir de ses alliés de l’OTAN. Cette assistance lui permet de poursuivre sa politique de domination et d’oppression. En outre, elle condamne la collaboration entre le Portugal, l’Afrique du sud et le régime illégal de la minorité raciste en Rhodésie du sud27.
L’indépendance de ces territoires à partir de 1975 fait suite à la ténacité des mouvements de libération nationale qui dans leur majorité, ont fait échec à l’option militaire telle qu’envisagée par Lisbonne.
22 Ce comité a été crée en 1961 à la suite de la Résolution (A/RES/1514(XV)) de l’Assemblée générale du 14 décembre 1960 instituant la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples.
Ce comité était chargé d’encourager les États à respecter sans réserve la Déclaration et son application, et de formuler des recommandations concernant sa mise en œuvre. C’est ce Comité qui était en charge de l’avenir des territoires non autonomes (Voir la résolution A/RES/1654(XVI) de l’Assemblée générale en date du 27 novembre 1961).
23 Voir les résolutions n°1012 (XI) du 15 février 1957, n°1184 (XII) du 10 décembre 1957, n°1573 (XV) du 19 décembre 1960 et n°1724 (XV) du 20 décembre 1961.
24 Maurice BERTRAND, L’ONU, Paris, La découverte, 2003, p. 36
25 Ces territoires concernent l’Angola, le Mozambique, la Guinée Bissau, le Cap vert et Sao Tomé et Principes qui ont acquis leur indépendance dans le courant des années 70.
26 Voir Rapports annuels du Comité spécial dans les documents A/6000/Rev.1, chapitre V, 1965 et AA/6300/Rev.1, 1966
27 Résolution n°2707 (XXV) du 14 décembre 1970. Voir les résolutions n° 2918 (XXVII) du 14 novembre 1972, n°3113 (XXVIII) du 12 décembre 1973, n° 3294 (XXIX) du 13 décembre 1974 sur la question des territoires administrés par le Portugal. Voir également les résolutions n° 2703 (XXV) du 14 décembre 1970, n° 2873 (XXVI) du 20 décembre 1971, n° 2979 (XXVII) du 14 décembre 1972, n°3117 (XXVIII) du 12 décembre 1973, n° 3299 (XXIX) du 13 décembre 1974 et n° 3398 (XXX) 21 novembre 1975 sur les activités des intérêts étrangers, économiques et autres, qui font obstacle à l’application de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux en Rhodésie du sud, en Namibie et dans les territoires sous domination portugaise…
III.2- Par les actions subversives en Afrique australe
Lorsque les guerres de libération en Angola et au Mozambique se muent en guerres civiles, il est difficile aux Nations unies de maintenir la paix alors que ces conflits constituent des menaces à la paix et à la sécurité internationales.
Depuis le début des années 70, le régime minoritaire raciste de Rhodésie du sud a initié une politique d’agression à l’égard de ses voisins en réaction de leur engage- ment dans le respect des sanctions qui lui sont imposées par l’ONU. Il s’agit pour le régime de Salisbury de briser la mise en quarantaine dont elle est victime à la suite de sa déclaration unilatérale d’indépendance de 1965 mais aussi de mettre fin au soutien que ses voisins apportent aux mouvements nationalistes zimbabwéens de la Zimbabwe African National Union (ZANU) et de la Zimbabwe African People’s Union (ZAPU).
La Zambie, le Mozambique et le Botswana ont régulièrement fait les frais de cette politique agressive et ont constamment attiré l’attention de l’ONU sans qu’elle ne puisse réagir convenablement. Les condamnations du Conseil de sécurité et de l’Assemblée n’ont nullement entamé les actes de provocations et de harcèlement, de blocus économique, de chantage et des menaces militaires de Salisbury28. Ces attaques cessent à la fin des 70 quand la minorité raciste blanche perd le pouvoir mais la région ne connait pourtant, pas la paix. En effet, depuis que des régimes qui lui sont hostiles contrôlent le pouvoir en Angola et au Mozambique à partir de 1975, l’Afrique du sud élabore une politique de déstabilisation à leur encontre dans le cadre de sa «stratégie totale»29.
L’attention du Conseil est attirée par ces actes d’agressions sud africaines à l’encontre des pays de la région sans qu’il ne puisse réagir énergiquement30. Mieux encore, l’Afrique du sud s’oppose à l’application de la résolution 385 de 1976 et justifie son refus par rapport à la menace que fait peser la présence cubaine et sovié- tique en Angola. Elle lie donc l’indépendance de la Namibie au retrait des troupes cubaines. Pendant plus d’une décennie, l’ONU n’a pu faire plier Pretoria. Il faut donc attendre la fin de la bataille de Cuito Cuanavalle de 1987 et le relâchement des ten- sions internationales pour que la solution proposée par l’ONU en 1978 connaisse un début d’application.
III.3- Par l’utilisation abusive du droit de veto
Tous les projets de résolution qui reconnaissent que la situation produite par les actes d’agressions sud africaines, rhodésienne et portugaise en Afrique australe
28 Voir les résolutions du Conseil de sécurité suivantes : S/RES/326(2 février 1973) ; S/RES/328 (10 mars 1973) ; S/RES/329(10 mars 1973). Pour le Mozambique voir les résolutions suivantes du Conseil de sécurité : S/RES/386(17 mars 1976) et S/RES/411 (30 juin 1977) et de l’Assemblée générale : A/
RES/31/43 (XXVI) du 1er décembre 1976 et A/RES/33/126 (XXVIII) du 19 décembre 1978. Pour le Botswana, voir les résolutions S/RES/403(14 janvier 1977) du Conseil de sécurité et A/RES/33/130 (XXVIII) de l’Assemblée générale, du 19 décembre 1978.
29 Ce sont des actions militaires de l’Afrique du sud contre ses voisins pour les soumettre à sa coopération.
30 Voir la lettre (S/12007) adressée au Président du Conseil de sécurité par le représentant permanent du Kenya auprès de l’ONU comportant en annexe Plainte du Kenya au nom du groupe des Etats d’Afrique à l’ONU concernant l’acte d’agression perpétrée par l’Afrique du Sud contre la République Populaire d’Angola», lettre datée du 10 mars 1976. Voir également les résolutions suivantes : S/RES/387 (31 mars 1976) et S/RES/428 (6 mai 1978).
constitue des menaces pour la paix et la sécurité sont systématiquement rejetés par le Conseil de sécurité. La France, le Royaume Unie et les USA y ont constamment opposé leur veto. Il en est ainsi du projet de résolution du 6 juin 1975 condamnant l’occupation illégale sud africaine et ses lois répressives mises en vigueur en Namibie.
Se référant au chapitre VII, les initiateurs31 de cette résolution souhaitent imposer un embargo à l’Afrique du sud. Que dire encore des quatre projets de résolution soumis le 30 avril 1981 au Conseil de sécurité condamnant l’Afrique du sud pour son refus persistant d’appliquer les résolutions et décisions de l’ONU relative à la situation en Namibie. Les auteurs souhaitent que le Conseil impose un embargo obligatoire sur la fourniture directe et indirecte de pétrole et produits pétroliers à l’Afrique du sud?32
Ces membres permanents ont également utilisé leur droit de veto pour bloquer le projet de résolution du 31 août 1981 concernant la plainte de l’Angola contre l’Afrique du sud. Les rédacteurs de ce projet souhaitent que le Conseil de sécurité condamne le régime de Pretoria pour son invasion de l’Angola qu’ils considèrent comme une violation flagrante de la souveraineté et de l’intégrité territoriale. Cet acte est consi- déré comme un danger pour la paix et la sécurité internationale et en conséquence, ils demandent l’application de l’embargo contre l’Afrique du sud33.
Le refus de voter ces résolutions constitue à notre avis un blanc seing donné à Pretoria pour justifier son refus de s’inscrire dans le respect du plan proposé par la résolution 385 qui définit les conditions d’accession de la Namibie à l’indépendance.
Craignant une percée communiste, les actes de sabotage et d’agression sud afri- caine vont se multiplier dans la région et préoccuper davantage certains membres du Conseil de sécurité. En 1986, face aux pertes en vies humaines et les dégâts matériels résultant de ces actions militaires, le Conseil a été invité à se prononcer sur un projet de résolution exigeant l’indemnisation des pays victimes (Botswana, Zambie et Zimbabwe) et imposant de nouvelles sanctions sélectives à Pretoria34.
III.4- Par les interprétations restrictives de la Charte elle-même.
L’action de l’ONU dans le maintien de la paix en Afrique a été contrariée par les limites imposées par la charte.
Le respect de la souveraineté des Etats membres et la non ingérence dans leurs affaires politiques intérieures ont été élevés au rang de principes sacro saints de l’Organisation mondiale dès sa création en 1945. C’est sur la base de ces principes que se sont fondées les relations entre les Etats au lendemain de la seconde guerre mondiale. Ils constituent la base même de l’ossature du nouveau système de sécurité collective instauré par la Charte onusienne.
31 Il s’agit du projet de résolution S/11713 présenté par la Guyane, l’Irak, la Mauritanie et la Tanzanie ; résolution bloquée par un triple veto anglo-franco-américain. Voir également le projet de résolution révisé (S/12311) du 26 octobre 1977 proposé par le Bénin, la République arabe libyenne et Maurice.
Cet autre projet de résolution mentionnait que l’embargo sur les armes à l’encontre de l’Afrique du sud doit être renforcé et appliqué universellement sans réserve, ni restriction. Il a été bloqué par un triple veto anglo-franco-américain.
32 Voir les documents S/14459, S/14460, S/14461, S/14462 soumis par les représentants du Bénin de l’Ouganda et de la Tunisie.
33 S/14664/Rev.2 du 31 août 1981 présenté par le Mexique, le Niger, l’Ouganda, Panama, le Philippine et la Tunisie.
34 Il s’agit de la résolution S/18087/Rev.1 du 23 mai 1986 présenté par le Congo, les Emirats Arabes Unis, le Ghana, Madagascar et Trinité et Tobago. Les sanctions sélectives concernent la suspension des inves- tissements, l’interdiction de vente des kruggerrands, la suspension des prêts garantis à l’exportation….
En principe, les différends internes aux Etats ne peuvent être soumis à l’ONU car relevant de leur compétence nationale. Or ces conflits engendrent des conséquences qui dépassent largement le cadre des frontières des Etats au sein desquels ils se produisent, menaçant de fait certaines sous-régions entières en Afrique. Mais étant donné qu’ils ont lieu à l’intérieur des Etats, l’ONU se trouve en mauvaise posture de réagir si l’on se réfère à la Charte qui régit son fonctionnement. «La paix et la sécurité internationales « qu’elle dit défendre dans son préambule, sont celles des Etats qui mettent en exergue leur souveraineté.
Cette souveraineté du point de vue juridique, relève de la responsabilité exclusive dont jouit tout Etat sur la gestion de ses propres affaires internes, principe consacré par la Charte des Nations Unies35. Or au nom de celle-ci, des dirigeants se sont livrés à des actes de violations massives des droits de l’homme au sein de leurs Etats menaçant la paix et la sécurité internationales. Face à de telles situations, la norme onusienne a été la non intervention car l’ONU.
Dans le contexte de la fin de la seconde guerre mondiale, la création de l’ONU vise à garantir des conditions de paix en évitant au maximum les différends qui peuvent éclater entre les Etats. Ses fondateurs n’ont pas prévu la résolution de différends éclatant à l’intérieur des Etats. C’est plus tard que leurs conséquences transfronta- lières et les tragédies humaines qui en résultent ont fait évoluer la nouvelle vision de la sécurité collective pour une redynamisation du maintien de la paix.
CONCLUSION
La guerre froide explique dans une large mesure les difficultés de l’ONU à remplir les engagements pris pour préserver la paix dans le monde. Celles-ci ont commencé quand les puissances permanentes du Conseil de sécurité n’ont pu mettre en place le Comité d’Etat major prévu par la Charte des Nations Unies. Cela peut s’expliquer par le fait que les premiers pas de l’organisation mondiale sur la scène internationale, ont coïncidé avec la structuration militaire des deux blocs idéologiquement opposées.
Dans ces conditions quant l’ONU a été saisi du conflit du moyen orient, elle a du mettre en place un mécanisme de résolution non prévu par la Charte. Ainsi, pour pallier la paralysie du Conseil de sécurité, l’Assemblée a du déployer autour du canal de Suez, la première Force d’Urgence des Nations Unies. Elle est suivie en Afrique noire par la mise en place de l’Opération des Nations Unies au Congo dans le cadre de la sécession katangaise. C’est ainsi que le maintien de la paix et l’opération qui le soutient, est devenu au fil des années le nouveau système de sécurité collective de l’après guerre si on se réfère aux missions onusiennes mises en place par la suite.
Cependant, l’Afrique a été exclue des théâtres de déploiement de ces opérations depuis le précédent congolais des années 60. Les conséquences des conflits surtout au plan humanitaire avec les cas de famine enregistrés lors de la sécession biafraise ou encore dans la corne de l’Afrique pourtant largement médiatisés, n’ont fait «frémir»
ni le Conseil de sécurité, ni l’Assemblée générale des Nations Unies.
En effet, les querelles qui ont entouré la mission de l’ONU au Congo, ne pré- sageaient pas d’un lendemain meilleur pour l’Organisation mondiale sur la scène
35 Charte des Nations Unies, adoptée à San Francisco le 26 juin 1945, Chapitre II, article 2
internationale. D’ailleurs cela était déjà visible depuis l’accroissement des tensions entre les anciens vainqueurs de la deuxième guerre mondiale, dépositaires du droit de veto onusien.
Par ailleurs, dans le contexte de la guerre froide, certains conflits africains ont été souvent traités comme des conflits de basse intensité car ne remettant pas en cause l’équilibre international et n’ont pas nécessité une intervention de la communauté internationale. D’autres ne l’ont pas emmené à réagir car les pays dans lesquels, ils se produisaient, étaient généralement considérés comme le domaine réservé de cer- taines puissances moyennes comme la France. Par contre, ceux qui se produisaient dans la partie orientale et Australe de l’Afrique ont vu une intervention directe des USA et de l’URSS, si bien que l’ONU s’est trouvée incapable d’apporter une solution définitive. Elle a dû batailler pendant près de deux décennies pour voir l’Afrique du Sud appliquer le plan de règlement du problème namibien et a même été presqu’exclue des forums de négociations sur les plans de paix concernant l’Angola. Comme au Congo en 1960, l’entente cordiale qui avait prévalue entre les deux superpuissances, a été nécessaire pour l’apaisement des conflits de cette région.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES Sources
Charte des Nations Unies, adoptée à San Francisco le 26 juin 1945
Projets de résolutions sur la situation en Afrique australe bloquées par le Conseil de sécurité consultées sur http://www.un.org/fr/documents/sc_vetos.shtml
Lettres et télégrammes adressés au Conseil de sécurité sur la situation en Afrique australe consultées sur http://www.un.org/fr/documents.
Résolutions de l’Assemblée générale sur la situation au Congo, en Namibie au Sa- hara occidental et dans les anciens territoires portugais d’Afrique consultées sur http://www.un.org/fr/documents/garesolution.shtml
Résolutions du Conseil de sécurité adoptées sur la situation au Congo, en Namibie au Sahara occidental et dans les anciens territoires portugais d’Afrique consultées sur http://www.un.org/fr/documents/scres.shtml
Ouvrages
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Articles
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