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Dynamique de l’occupation du sol et mutations socio-spatiales En pays Ehotilé d’Assinie sur le littoral est de la CÔTE D’IVOIRE pp. 3-19.

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RÉSUMÉ

La progression des surfaces consacrées aux cultures agroindustrielles (hévéa, cocotier, palmier à huile, ananas) constitue la dimension la plus ori- ginale de la transformation du littoral Est entre 1986 et 2000. En effet, l’introduction et le développement de ces cultures représentent un exemple édifi ant des tendances agricoles sur le littoral ivoirien. En 14 ans, ces cultures ont réorganisé le paysage rural. Cela s’est fait sous la forme de reconversion des terres au détriment des cultures vivrières ou d’agrandissement au détriment de la forêt. Dans ce cas particulier, la

forêt disparait et laisse la place à une végétation secondaire mitée ou à une végétation marécageuse impropre aux cultures.

Dans ce contexte, les terres sur sol ferme se ra- réfi ent. Dès lors, le système foncier traditionnel, tout en se maintenant diffi cilement devient générateur de confl its : les confl its pour la terre émergent et/

ou s’accentuent, rendant de plus en plus diffi cile la coexistence intergénérationnelle et interethnique.

MOTS-CLÉS : OCCUPATION DUSOL, DYNAMIQUE, MUTA-

TIONS, LITTORAL, CÔTED’IVOIRE

ABSTRACT

The progress of surfaces devoted to the agroin- dustrial-growing (rubberwood, coconut, palm tree, pineapple) is the most original dimension proces- sing of East coast between 1986 and 2000. Indeed, the introduction and development of these cultures represent an example building agricultural trends on the Ivorian coast. In 14 years, these crops have reorganized the rural landscape. This was done in the form of land conversion to the detriment of food crops or expansion to the detriment of the forest. In

this particular case, forest disappears, leaving the place to a secondary vegetation or improper swamp vegetation to crops.

In this context, the land on fl oor fi rm is scarce.

Therefore, the property system, traditional in is now hardly becomes generator confl ict: confl ict for land emerge and/or to accentuate, making it more diffi cult the intergenerational and inter-ethnic coexistence.

KEYWORDS : LAND COVER, LAND USE, DYNAMIC, MU-

TATIONS, COASTLINE, CÔTED’IVOIRE

DYNAMIQUE DE L’OCCUPATION DU SOL ET MUTATIONS SOCIO-SPATIALES EN PAYS EHOTILÉ D’ASSINIE SUR LE LITTORAL EST DE LA CÔTE D’IVOIRE

KOLI BI ZUÉLI

Maître-Assistant à l’Institut de Géographie Tropicale Université de Cocody, Abidjan

[email protected]

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INTRODUCTION

Dans le sud forestier ivoirien, les choix agricoles effectués par la Côte d’Ivoire dès son accession à l’indépendance n’ont pu se faire sans générer bien évidemment des atteintes au milieu naturel forestier.

Les atteintes sont liées, entre autres, à la densifi ca- tion, à une augmentation importante des surfaces agricoles, aidées en cela par une forte croissance démographique. Ces facteurs ont occasionné une forte emprise humaine sur le milieu naturel forestier.

Cette situation a pour impact direct la diminution brutale du couvert végétal.

Le littoral Est ivoirien, plus précisément en pays Ehotilé d’Assinie, n’échappe pas à cette situation.

En effet, la majeure partie de la population, malgré la présence de la mer et des lagunes, est demeurée agricole. Dans les années 1970, l’introduction de nouvelles cultures plus adaptées aux sols, en rempla- cement du binôme café-cacao, a permis davantage de mise en valeur de la terre par la population. La mise en place des structures de développement agricole a aidé de manière signifi cative cette mise en valeur ; elle a permis ainsi à la population de développer de vastes étendues de plantations de palmier, de cocotier

et d’hévéa (plantations villageoises et industrielles) et de nombreux champs de cultures vivrières.

Les questions et la localisation de la recherche

Ces mutations variées du couvert végétal, amène à poser trois questions majeures :

quelles sont les différentes transformations du milieu intervenues entre 1986 et 2000 ?

quelle est l’ampleur de la pression humaine exercée sur l’espace ?

quelles sont les conséquences spatiales et socio- économiques de ces transformations ?

Ainsi, les objectifs sont, d’abord de montrer la dynamique spatiale sur le littoral Est, ensuite d’ana- lyser les facteurs de cette dynamique et de discuter de leurs conséquences sur l’espace du littoral.

Le littoral Est d’Abidjan, auquel est consacré cet article, s’étend autour de la portion sud de la la- gune Aby, au sud d’Adiaké. Il s’étire sur une largeur moyenne de 10 km. Ce secteur étudié ici est compris approximativement entre 5°05 et 5°15 de latitude Nord et entre 3°06 et 3°22 de longitude Ouest ; il couvre une superfi cie de 15 011 ha (fi gure 1).

Figure 1 : Localisation de l’étude

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Les données disponibles et leur traitement

On dispose de deux séries de données : des données sur l’occupation du sol, tirées de l’interpré- tation de deux d’images satellites (Landsat TM) de 1986 et 2000 et, de données d’enquêtes sur terrain (descriptions et interviews).

L’analyse des deux images LANDSAT TM de 1986 et de 2000 a permis de mettre en lumière l’ampleur des principales transformations spatiales qui se sont opérées sur ce secteur du littoral ivoirien. La com- plexité des paysages naturels, augmentée de l’effet du site d’une part, les associations de cultures et la physionomie des plantations, d’autre part, n’ont pas facilité l’interprétation des données. Cependant, on a pu faire une évaluation chiffrée des évolutions et proposer une analyse des facteurs et des consé- quences de ces mutations.

A cela s’ajoutent les informations recueillies auprès des paysans. Pendant la reconnaissance de terrain, des agriculteurs ont été interrogés sur leurs parcelles, les activités pratiquées et les éventuels changements des affectations qu’ils ont pu voir.

LE LITTORAL : UN ESPACE NATUREL COMPLEXE ET FRAGILE

Le littoral est un domaine complexe et fragile à cause de la variété et du dynamisme des éléments qu’il associe, à savoir la mer, les lagunes, les ma- récages et les cordons littoraux de sables blancs anciens et de sables roux plus récents. Les cordons anciens, plus étendus, sont sableux et rectilignes ; ils se subdivisent en crêtes successives plus ou moins parallèles et séparées par des creux vaseux.

Le climat du secteur est de type équatorial de transition. Les données pluviométriques montrent deux saisons des pluies : une grande saison de pluies d’avril à juillet et une petite saison de pluies de septembre à novembre. Le total pluviométrique est supérieur à 2000 mm par an. La caractéristique essentielle du climat équatorial de transition est l’ab- sence de mois sans pluies. La station d’Adiaké, un peu plus au nord, a enregistré de 1951 à 1980, un total moyen annuel de pluies de 2117 mm.

Les plans d’eau continentaux sont constitués de lagunes. La lagune Aby présente la caractéristique d’être l’une des plus importantes lagunes en Côte d’Ivoire. Elle est également la seule à être orientée selon un axe nord-sud. Les autres lagunes, Tendo et Aziesso, sont plus généralement disposées au nord d’un ensemble de cordons littoraux. Ces atouts naturels contribuent à la diversifi cation des activités économiques avec la pratique de la pêche. En effet la pêche est la deuxième source de revenu des populations.

L’espace étudié est occupé par des forêts et des formations marécageuses (mangrove, forêt maré- cageuse) dont la plus grande partie est située sur les îles Ehotilé. Ces formations marécageuses sont, pour la plupart, des réserves forestières et animales protégées. Les formations de zone marécageuse se trouvent en bordure des lagunes. Ce sont principa- lement les forêts marécageuses, les mangroves et d’autres formations marécageuses (broussailles ma- récageuses, avec présence de raphia et de grandes herbes). Elles sont localisées principalement dans les secteurs mal drainés et à hydromorphie permanente, et où la matière organique peut parfois former une véritable tourbière.

Du point de vue pédologie, on observe dans le secteur trois grands types de sols : des sols hydromorphes, des sols argilo-sableux et des sols sableux.

Les sols hydromorphes : Ce sont des sols qui sont en rapport avec la présence de l’eau des lagunes. Ce facteur crée des situations d’engorgement périodi- que, de durée variable. Elles sont caractérisées, soit par une hydromorphie de surface avec stagnation de l’eau sur la couche imperméable, soit par une hydromorphie de profondeur correspondant à la présence d’horizon supérieur fi ltrant. Ces sols sont localisés essentiellement entre les cordons littoraux et en bordure du complexe lagunaire ; on observe aussi dans des endroits à écoulement diffi cile.

Les sols argilo-sableux : ce sont les sols forte- ment désaturés et riche en matière organique plus ou moins colluviale. Cette composition leur permet de résister à des périodes de sécheresse prolongée.

Ils présentent un bilan hydrique favorable et un bon potentiel pour les activités agricoles. Cependant, le potentiel chimique très faible et la réaction acide élevée de l’horizon de surface rendent diffi ciles les

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cultures arbustives exigeantes comme le cacaoyer et le caféier. Mais par contre, ces sols favorisent les cultures arborées moins exigeantes comme l’hévéa, le palmier à huile, le cocotier (Atlas de Côte d’Ivoire, 1971).

Les sols sableux sont des sols très pauvres en matière organique. La pauvreté très élevée des horizons humifères rend ces sols impropres à l’agri- culture (Atlas de Côte d’Ivoire, 1971).

POPULATIONS ET ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES

Comme la plupart des régions ayant un plan d’eau lagunaire, l’espace étudié présente de nombreux villages situés aux abords des lagunes. Il compte une vingtaine de gros villages.

La population est estimée à 16 747 habitants au dernier recensement de 1998. Elle est composée en majorité d’autochtones Agni, Ehotilé (ou Ewotiré), Essouman, et N’zima ou Appolo. Ils constituent ce que les ethnologues appellent les Akan lagunaires (Niangoran Bouah, 1971).

Parmi les grands facteurs généraux du milieu, l’homme joue un rôle prépondérant dans l’occupation du sol. Il transforme le paysage naturel pour le rem- placer par des formations beaucoup plus adaptées à ses besoins. En effet, la politique de diversifi cation des cultures de rentes initiée par le gouvernement de- puis les années 1970 a permis le développement des cultures de rente comme le cocotier et le palmier à huile. Des ensembles agro-industriels se sont créés.

Les populations ont délaissé les cultures du café et du cacao, au profi t des cultures du palmier à huile et du cocotier. Les structures d’encadrement comme la PALMCI1, la SAPH2, la SICOR3, la COOPAGRI4 ont soutenu les populations villageoises dans leur effort de développement dans ces secteurs d’activités, de même que pour la vente des productions.

La présence d’étrangers (ivoiriens et non-ivoi- riens), le développement des campements plus ou moins saisonniers, accroissent l’emprise de l’homme 1 Palmeraies de Côte d’Ivoire

2 Société Africaine de Production de l’Hévéa 3 Société Ivoirienne de Coco Râpé

4 Coopérative Agricole de Production de Coco

sur le paysage, d’où l’importance des activités agrico- les. Pendant qu’ils s’occupent des plantations qui leur ont été confi ées, les étrangers cultivent des portions qu’on leur octroie pour leurs besoins alimentaires et fi nanciers.

La production vivrière repose essentiellement sur le manioc, mais aussi sur les cultures maraîchères.

Initialement produit pour l’autoconsommation, le manioc connaît depuis des années un dynamisme qui peut être mis en rapport avec le développement de débouchés marchands. Cependant, la production est d’abord destinée à couvrir les besoins alimen- taires des groupes domestiques. Les surplus sont réservés pour la vente. Par contre, le manioc cultivé sur des parcelles prises en location est destiné à la commercialisation.

Ainsi, l’agriculture est la principale activité de la région étudiée, à travers les cultures de rente comme le palmier à huile et le cocotier, l’hévéa et les cultures vivrières. Les plus importants, en termes de superfi cies, sont les palmeraies et les cocoteraies.

Ces activités se sont développées dans cette région grâce aux conditions physiques optimales

LA DYNAMIQUE SPATIALE GÉNÉRALE DE L’OCCUPATION DU SOL

SITUATION GÉNÉRALE

La cartographie de l’occupation du sol du secteur étudié de 1986 à 2000 permet d’observer deux grands types d’espaces : les espaces naturels et les espaces humanisés. Une étude dynamique de ces deux types d’espaces permet aussi d’appréhender l’ampleur des mutations qui sont en cours dans cette région.

L’analyse faite de cette situation met à jour l’intensité des principales mutations qui se sont produites (fi gures 2 et 3). Il a été donc possible, par le croisement des deux cartes, d’évaluer quantitativement les évolutions (tableau 1). L’espace étudié couvre une superfi cie totale de 15 011 ha.

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En 1986, les espaces naturels occupent 7 902 ha, soit 53 % et 7 109 ha soit 47% pour les espaces humanisés. On note une dominance des espaces naturels sur les espaces humanisés. Quatorze années plus tard, c’est-à-dire en 2000, des transfor- mations s’opèrent au niveau du secteur étudié. Les espaces anthropisés connaissent une augmentation au détriment des espaces naturels : ils passent à 8 567 ha, soit 57% pour un taux d’accroissement global de 21% ; à l’inverse, les espaces naturels subissent une régression de -18% et réduisent à 6 444 ha, soit 43% de l’espace total.

Cette partie du littoral constitue ainsi un exem- ple de territoire où la végétation naturelle disparaît face à la progression et l’intensifi cation des activités humaines, notamment les cultures. Ce qui laisse entrevoir une saturation des terres et une dégrada- tion des sols. Cette situation n’occulte toutefois pas les modes et les techniques de culture qui devront s’adapter à une transformation profonde du système de production agricole.

LA DIMINUTION DE LA FORÊT

Les espaces naturels sont constitués par la forêt dégradée, la forêt marécageuse et de la mangrove.

Le milieu naturel a connu une instabilité. La couver- ture végétale originelle est, à un stade secondaire, fortement perturbée (tableau 2).

1986 2000 Taux d’accroissement global Espaces humanisés 7 109 47% 8 567 57% +21%

Espaces naturels 7 902 53% 6 444 43% -18%

Tableau 1 : Situation générale de l’occupation du sol

(source : nos calculs)

1986

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La superfi cie occupée par les espaces restés naturels en 1986, est évaluée à 58% (sans les sols nus). Dans le détail, les espaces en forêt dégradée occupent 28% de la superfi cie totale cartographiée, les espaces en forêt marécageuse, 26% et 46% pour les espaces en mangrove. En 2000, les défriche- ments ont connu une ampleur particulière dans tout

le secteur. Cette mosaïque d’espaces est fortement en régression. La forêt dégradée est passée de 1 388 ha à 880 ha soit de 28% à 25%. La mangrove a été réduite de 2% ; passant de 46% à 44% et d’une superfi cie de 2 031ha à 1 584 ha. La forêt marécageuse couvre désormais une surface de 1 101 ha contre 1 273 ha en 1986. La superfi cie totale 1986 2000 Taux d’accroissement global

ha % ha %

EN Fd 1388 28 880 25 -37%

Fm 1273 26 1101 31 -14%

Mvm 2301 46 1584 44 -31%

4962 3565 -18%

Fd = Forêt dégradée Fm = Forêt marécageuse

Mvm = Mangrove et/ou végétation marécageuse SnL = Sol nu & Lieu habité (source : nos calculs)

Figure 2 et 3 : Occupation du sol sur le littoral Est en 1986 et 2000 (source : Adou, 2008)

Tableau 2 : Espaces naturels

2000

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est passée de 4 962 ha à 3 565 ha. Ces forêts ont connu une régression avec un taux global de -18%.

Individuellement, la forêt dégradée connaît un taux de régression estimé à 37%, 31% pour la mangrove et 14% pour la forêt marécageuse. Ces régressions révèlent des disponibilités locales en terre qui se raréfi ent

Dans l’ensemble, c’est donc des dynamiques qui touchent les différentes compositions paysagères, qu’il convient de prendre en compte dans l’évolution globale des milieux naturels littoraux. Ces espaces ont connu des forts reculs sous la pression humaine.

La couverture naturelle s’est considérablement réduite. On observe donc une réduction de la forêt au profi t de l’agriculture. On assiste donc à un ac- croissement des activités anthropiques au détriment des espaces naturels, et plus spécifi quement de la forêt. En réalité, bien que les données chiffrées ne

le montrent pas précisément, seules les surfaces en mangrove semblent avoir été quelque peu épargnées dans ce laps de temps.

LA STABILITÉ DE L’AGRICULTURE VIVRIÈRE (TABLEAUX 3 ET 4).

En 1986, l’agriculture vivrière se répartit en deux sous-ensembles. Le premier ensemble concerne les secteurs en cultures traditionnelles. Ils couvrent alors une superfi cie de 1 429 ha, soit 10% de la superfi cie totale. Le second ensemble comprend les secteurs en cultures/jachères qui s’étendent sur 1 419 ha, soit près de 9,5% de la superfi cie totale (tableau 3)

Les espaces en cultures traditionnelles et en ja- chères représentent 40% des espaces humanisés dans la même année. Ces secteurs regroupent aussi bien les surfaces en cultures villageoises strictes, que celles des formations végétales naturelles, dégra- dées et morcelées par les défrichements agricoles.

Les cultures de vivriers y sont très présentes ainsi que les cultures maraîchères. La jachère, couvrant

parfois des secteurs occupés par d’anciennes plan- tations de cacao et de café délaissées, concerne des surfaces encore importantes en 1986, avec près de 1 419 ha. On évalue à 2 848 ha, soit 19% de l’en- semble du secteur et 40% des espacés humanisés, l’ensemble des surfaces occupées par les cultures traditionnelles.

1986 2000 Taux d’accroissement global EC/J CT 1429 1419 =

CJ 1419 1558 +10%

2848 2977 -5%

CT = Culture traditionnelle CJ = Culture-Jachère (source : nos calculs)

Part dans le secteur étudié Part dans les espaces humanisés 1986 2000 1986 2000

Espaces en cultures

et jachères traditionnelles 19% 20% 40% 35%

Tableau 3 : Espaces en cultures/jachères traditionnelles

(source : nos calculs)

Tableau 4 : Proportion des espaces agricoles en cultures et jachères traditionnelles

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En 2000, on observe que les espaces en cultures traditionnelles restent sensiblement dans les mêmes proportions. Les cultures traditionnelles occupent 1 419 ha, soit 9,5% du territoire étudié. La jachère connaît une petite augmentation de +10% ; ce qui correspond à une superfi cie de 1 558 ha. On constate que les surfaces en cultures vivrières demeurent constantes ; elles semblent donc stables dans le temps. Cependant, les surfaces anthropisées pas- sent, globalement, de 2 848 ha à 2 977 ha. La part des espaces en cultures traditionnelles est de 20% de l’espace total, et de 35% des espaces humanisés.

Entre 1986 et 2000, les surfaces occupées par les cultures traditionnelles connaissent une relative stabilité. Les dynamiques opérées dans ces espaces ont été ajoutées à celles qui sont internes aux espa- ces en cultures villageoises, en forêt et en cultures et jachères associées. Cependant, les types de cultures ont changé. D’autres cultures sont apparues, géné- rant d’autres types d’utilisation du sol.

LE FORT DÉVELOPPEMENT DES

PLANTATIONS SPÉCULATIVES (TABLEAUX 5 ET 6)

Dès 1986, les plantations spéculatives intègrent au système de production des populations. Avec 28% de la zone d’étude et 56% des espaces consi- dérés comme déjà humanisés en 1986, ces secteurs d’agriculture industrielle sont mis en valeur par des sociétés publiques ou privées. Dans ces secteurs, s’étendent des cocoteraies, des palmeraies, des ananeraies et des hévéacultures. Ces sociétés se sont essentiellement développées dans ce territoire et y ont crée de vastes plantations. Ainsi, la coco- teraie s‘étend sur 2 925 ha, soit 68% et constitue la culture la plus dominante à cette époque. Viennent ensuite les palmeraies qui couvrent 1311 ha, pour un taux d’occupation de 31%. Les ananeraies (22 ha, soit 1% de taux de couverture) et l’hévéaculture (3 ha pour un taux d’occupation presque nulle) re- présentent les cultures dont la pratique est en plein développement.

1986 2000 Taux d’accroissement global

A 22 64 +191%

H 3 195 +64%

EP P 1311 2263 +73%

C 2925 3068 +5%

4261 5590 +31%

A = Ananeraie H = Hévéaculture P =Palmeraie

Part dans le secteur étudié Part dans les espaces humanisés 1986 2000 1986 2000

Espaces en plantations 28% 37% 56% 65%

Tableau 5 : Espaces en plantations

Tableau 6 : Proportion des espaces agricoles en plantations (source : nos calculs)

(source : nos calculs)

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Ces plantations occupent au total une superfi cie de 4 261 ha. Elles représentent 28% de la zone d’étude et 56% des espaces déjà humanisés en 1986 (tableau 6).

L’analyse de quelques secteurs autour des vil- lages montre qu’il y a une grande dispersion des surfaces plantées en taille et en continuité : des îlots de cultures de taille moyenne alternent avec des surfaces agricoles dont certaines sont quelques fois disposées en ensembles plus vastes et continus.

En 2000, les différentes plantations ont gagné en surface. Elles connaissent toutes une progression.

La cocoteraie domine toujours et passe à 3 068 ha soit 20% de taux d’occupation. La palmeraie s’étend sur 2 263 ha pour un taux d’occupation de 15%.

L’hévéaculture fait un bond spectaculaire et passe de 3 ha à 195 ha.

De 1986 à 2000, on note une forte progression des secteurs mis en valeur par les sociétés d’exploi- tation industrielle et les sociétés villageoises. Ces mises en valeur concernent donc les cultures de plantations spéculatives. Leur progression est réelle en surface, passant de 4 251 ha à 5 590 ha avec une augmentation de 1 329 ha, pour un taux d’accroisse- ment global de 31%. L’évolution des plantations est d’autant plus remarquable que les cultures pratiquées

sont diversifi ées et nombreuses. Les ananeraies connaissent le plus fort taux d’accroissement estimé à 191% ; les palmeraies, 73% et de l’hévéaculture avec 64% de taux d’accroissement global, sont bien implantées dans le paysage rural.

Ainsi, le facteur dominant de la dynamique des espaces naturels et humanisés entre Assinie et Tia- poum demeure le fort développement des cultures de plantations spéculatives dont la palmeraie occupe une place déterminante.

ANALYSE DES MUTATIONS (FIGURES 4 ET 5)

L’évolution spatiale des différents types d’occupa- tion du sol de 1986 à 2000 n’a pas la même ampleur sur l’ensemble du secteur étudié. Cette dynamique s’effectue en trois phases : une phase de régression, une autre de progression et une autre de stabilité, qui correspondent respectivement à une situation de perte, de gain et de maintien en superfi cies au niveau des superfi cies (tableau 7).

2000

1986 A H P C CT CJ Fd Fm Mvm

A 9 2 6 6 8

H 1 P 9 557

C 2055

CT 4 4 407 399 924 211 CJ 6 91 307 57 638 141

Fd 4 6 158 123 71 47 886

Fm 992 190

Mvm 11 1632

N. B. : en gras, les superfi cies restées stables

A = Ananeraie H = Hévéaculture P = Palmeraie C = Cocoteraie CT = Culture traditionnelle CJ = Culture/jachère Fd = Forêt dégradée Fm = Forêt marécageuse Mvm = Mangrove

Tableau 7 : Matrice de transition entre 1986 et 2000

(source : nos calculs)

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Les pertes concernent essentiellement les sur- faces forestières. Les gains correspondent à l’aug- mentation des superfi cies de plantation. Les pertes en superfi cies s’inscrivent dans un processus de reconversion et/ou de transition culturale au cours de la même période. C’est le cas des cocoteraies, des cultures traditionnelles et/ou des jachères. Les pal- meraies cèdent 49 ha à l’hévéaculture. Les cultures traditionnelles voient leur surface diminuer de 1125 ha au profi t des ananeraies, de l’hévéaculture, des palmeraies, des cocoteraies. Les cultures/jachères perdent 612 ha au bénéfi ce de l’hévéaculture, des palmeraies, des cocoteraies, des cultures tradition- nelles. La forêt dégradée a été réduite de 409 ha pour de l’ananas, de l’hévéaculture, des palmeraies, des cocoteraies, des cultures traditionnelles et des jachères.

Les surfaces stables observées sont surtout le fait des cultures vivrières.

Quelques surfaces en cultures ont gagné des superfi cies sur les autres types d’occupation du sol.

Il s’agit, entre autres, des ananeraies qui gagnent 38 ha sur les cultures traditionnelles et sur la forêt

dégradée. L’hévéaculture gagne 145 ha au détriment des palmeraies, des cultures traditionnelles, des jachères et de la forêt dégradée. Les palmeraies enregistrent une augmentation de 658 ha aux dé- pends des ananeraies, des cultures traditionnelles, des jachères et de la forêt dégradée. C’est aussi le cas des cocoteraies qui voient leurs surfaces s’ac- croître de 565 ha au détriment des ananeraies, des cultures traditionnelles, des jachères et de la forêt dégradée. La culture traditionnelle fait un gain de 134 ha provenant des ananeraies, des jachères, et de la forêt dégradée. Les cultures/jachères obtiennent 55 ha pris à la forêt dégradée.

En somme, il s’est opéré comme un transfert des surfaces naturelles vers plusieurs formes d’utilisation agricole de la terre. On observe une réduction de la forêt en faveur du développement agricole, surtout pour le développement des plantations et le maintien des surfaces en cultures vivrières. L’activité agricole a progressé dans le secteur étudié, en 14 ans, surtout au détriment de la forêt.

Surfaces ayant changé d’affectation

Figure 4 : Surfaces ayant changé d’affectation entre 1986 et 2000

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LES FACTEURS DE DYNAMIQUE

LA PRESSION DÉMOGRAPHIQUE ET LES FACTEURS SOCIO-ÉCONOMIQUES

La pression qui s’exerce sur l’espace s’accom- pagne d’une forte pression démographique. La dis- tribution de la population dans l’espace contribue à modifi er les paysages végétaux car plus la population est dense, plus l’occupation du sol devient intense.

En plus les superfi cies importantes de plantations industrielles laissent imaginer l’ampleur de la pres- sion anthropique. Dans la partie Nord, il n’existe pratiquement plus de forêt ; ailleurs, on observe encore quelques îlots forestiers dispersés sur tout le secteur.

La politique de développement des cultures vivriè- res, initiée par le gouvernement depuis les années 1970, a contribué à accroître l’exploitation des terres.

C’est pourquoi en 1986, les cultures vivrières tradi- tionnelles se sont développées. La volonté accrue de la population à diversifi er ses besoins alimentaires, a poussé à étendre les cultures vivrières notamment le manioc, les cultures maraîchères.

Trois raisons majeures expliquent le choix des cultures maraîchères : d’abord, la demande en pro- duits maraîchers progresse et les prix sont attractifs, sauf en période de surproduction (octobre- novem- bre). Ensuite, la progression des fl ux migratoires vers les villes d’Adiaké et d’Abidjan amène beaucoup de jeunes à pratiquer le maraîchage dans les villages.

Enfi n, les cultures de chou, concombre, tomate sont plus faciles à transporter jusqu’à Adiaké ou Abidjan.

Ces cultures sont donc une source de revenus inté- ressante pour les paysans.

De même, de plus en plus les jeunes déscolarisés s’investissent dans la production agricole. Ils mettent en place de nouvelles cultures d’hévéa et de palmier à huile. Cependant, à cause de la chute des prix au kg de ces cultures, les paysans autochtones s’orien- tent de plus en plus vers la culture d’hévéa qui est beaucoup plus rentable.

Ainsi, l’ensemble de la population rurale agricole, par l’augmentation de ses besoins alimentaires et socio-économiques, contribue fortement au chan- gement des affectations des terres.

Surfaces stables

Figure 5 : Surfaces stables entre 1986 et 2000

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LE DÉVELOPPEMENT DE L’AGRO- BUSINESS ET DE LA PÊCHE ARTISANALE Les cultures de rente nécessitent de grosses ressources foncières. Ce qui entraîne l’augmentation des défrichements de nouveaux espaces naturels.

Les populations rurales défrichent les espaces fores- tiers au profi t du développement des cultures de rente et du vivrier. Les paysans en quête de terres fertiles n’hésitent pas à abattre des pans entiers de forêt, pour les remplacer par les cultures. La diversifi cation des cultures et l’introduction de nouvelles cultures contribuent à la restructuration de l’occupation du sol sur cette partie du littoral ivoirien.

La politique de diversifi cation initiée par le gou- vernement depuis les années 1970 a connu ici un grand succès. En effet la diversifi cation touche non seulement les cultures de rente mais aussi les cultu- res vivrières. Mais compte tenu de l’aptitude culturale des sols du littoral, l’accent a été mis sur les cultu- res du palmier à huile et du cocotier. Actuellement presque tous les villages de la zone d’étude ont leur plantation de palmier et de cocotier.

Les plantations sont réparties dans l’espace à proximité des routes accessibles aux camions de ramassage des sociétés industrielles implantées dans la région. Deux sociétés, la PALMCI la SICOR, possèdent de vastes superfi cies qu’elles exploitent depuis longtemps. Les superfi cies les plus impor- tantes sont situées au nord-ouest et au nord-est du secteur étudié. Cependant, quelques plantations sont éloignées des voies de communication. Ce sont surtout des plantations villageoises. Dans ces cas, les populations sont obligées de transporter eux-mêmes leur production soit à la maison, soit au marché. Le recul des superfi cies du palmier à huile est lié au vieillissement des plantations et au prix peu attractif du kg des régimes (45 FCFA/kg). Ainsi, plutôt que de replanter le palmier, les paysans pré- fèrent le cocotier ou l’hévéa. L’hévéaculture, avec un rendement de 1 700 kg/ha et un prix de 400 FCFA/

kg, encourage les paysans à s’y investir. De plus, le fi nancement du secteur, annoncé par les planteurs, à travers un fonds de développement de l’hévéacul- ture (FDHEV), incite les propriétaires à se ruer vers la culture de l’hévéa.

La culture de l’ananas pour la conserverie a été introduite au milieu des années 1960 par la SALCI5, dans le cadre d’une agriculture contractuelle. A par- tir de 1969, l’encadrement des planteurs villageois d’ananas de conserve est assuré par la SODEFEL6, la SALCI restant acquéreuse de la production. Cette culture disparaît avec l’effondrement de la SALCI.

Les plantations d’ananas pour l’exploitation en frais prennent le relais dès les années 1980. Mais le constat est que les producteurs de la zone d’étude ont privilégié les cultures du palmier et du cocotier, d’où les faibles superfi cies sont consacrées à la culture de l’ananas.

Pour compenser les pertes de productivité, les populations se tournent vers la pêche. C’est une pêche artisanale, plus présente et active dans la région d’Adiaké. Ce qui donne lieu à des échanges intenses avec les populations de l’intérieur et les campements environnants. Les différentes techniques de pêche ont permis, en plus de la pêche lagunaire artisanale, le développement de la pêche maritime artisanale. Les techniques de fumages mises au point permettent aux femmes d’améliorer leur prix de vente et d’acheminer leurs produits sur le marché d’Adiaké et des localités environnantes.

LES MODIFICATIONS DU RÉGIME FONCIER ET LEURS CONSÉQUENCES

Le régime foncier concerne trois groupes de popu- lations : les autochtones, les étrangers (ivoiriens ou non ivoiriens) et les femmes. Les sociétés de tradition Akan en général et celles de notre espace d’étude (Agni, Ehotilé, N’zima et Essouman) en particulier, pratiquent le régime matrilinéaire. C’est donc dans le lignage de la mère que les enfants acquièrent les droits et obligations envers la famille et la société dans son ensemble. Comme partout en Côte d’Ivoire, la terre appartient à la communauté villageoise. Le fi nage est l’ensemble des terres qui appartiennent à une famille ou à une communauté. Chaque village a son fi nage qui est autonome et dont l’importance varie proportionnellement avec l’importance du vil- lage. Souvent, l’importance du fi nage est liée à la distance qui sépare les villages. Le chef du village est le gardien de la terre (Essan, 1986).

5 Société Alsacienne des ananas de Côte d’Ivoire.

6 Société de Développement des Fruits Et Légumes.

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La situation des étrangers (ivoiriens ou non ivoi- riens) est spéciale. Ils ne bénéfi cient pas de droit à la terre. On peut concéder de la terre à un étranger, à condition qu’il ait longuement vécu dans le village. Il est alors considéré comme assimilé. Dans ce cas, les terres octroyées le sont uniquement pour les cultures vivrières. Il a fallu l’avènement des cultures de rente pour rencontrer quelques étrangers propriétaires des plantations. Cependant, un étranger ne peut acquérir ou défricher une terre sans l’autorisation d’un chef de terre. Selon la coutume, les étrangers doivent payer un droit d’utilisation (dont le montant n’est pas précisé) sur la terre.

Les femmes sont marginalisées par la coutume en ce qui concerne la gestion, le contrôle, et l’appro- priation des espaces. Elles sont plus propriétaires de cultures que de terre. Elles ont le droit d’utilisation de la terre selon la tradition (droit qu’on obtient par le mariage ou par un parent avant le mariage ou en cas de divorce).

On accède traditionnellement à la terre de trois manières : soit par location7, par prêt ou sous la forme de contrat de travail (abougnon ou abous- san8). Sous l’infl uence de l’économie monétaire, la terre devient un élément de spéculation. Désormais on peut en louer aux non autochtones. On leur loue

7 Dans la région d’Adiaké, le prix des locations de parcelle pour la culture de l’ananas comme pour celle du vivrier s’élève à 100 000 FCFA/ha, payé en début de contrat. La durée du contrat varie selon la culture (2 ans et demi pour l’ananas et 1 an pour le manioc). Le contrat est informel, sans trace écrite mais en présence de témoins

8 Le système abougnon désigne une forme de rémunération du travail des manœuvres agricoles employés dans les plantations de cacaoyers et de caféiers, avec partage par moitié de la production. Il n’est pas seulement une forme de rémunération du travail mais aussi un mode d’accès à la terre, selon le contenu de la transaction. (Colin, 2003). Dans le contrat aboussan, en guise de rétribution et de récompense, le propriétaire cède une parcelle de forêt à son manœuvre qui l’exploite généralement en y plantant les cultures pérennes. Le revenu de la production est partagé en deux parties, un tiers pour le propriétaire et les deux tiers reviennent au manœuvre qui s’occupe entièrement de la parcelle.

surtout les bas-fonds marécageux habituellement abandonnés par les autochtones. Ils les exploitent en cultures maraîchères et autres. Il peut arriver que le propriétaire terrien cède une portion de terre à son manœuvre qui, durant plusieurs années, lui est resté fi dèle. Celui-ci peut mettre en valeur la terre en y plantant les cultures de rente. Cette confi ance peut s’étendre sur une ou plusieurs années selon le contrat. Le manœuvre a obligation d’octroyer la moitié ou le tiers de la récolte au propriétaire selon le contrat signé. C’est donc un métayage à durée déterminée (Essan, 1986).

Autrefois, les propriétaires cédaient des parcelles à leurs manœuvres sous forme de prêt. Ce type de reconnaissance a disparu du fait de la pression fon- cière dans un contexte de monétarisation de l’accès à la terre. Les propriétaires fonciers privilégient plus les contrats que les prêts.

La saturation du foncier et la raréfaction des terres obligent désormais les propriétaires terriens à être beaucoup plus réticents pour octroyer une parcelle cultivable à un étranger. Ainsi les cas d’occupation anarchique sont de plus en plus fréquents. Ils sont pratiqués par les femmes et par les étrangers ne disposant plus de terre. L’évolution vers les formes contractuelles répond ainsi à un besoin de rentabili- ser la terre, afi n d’en tirer un profi t pécuniaire ou de bénéfi cier directement de l’usage de la ressource.

L’émergence de marché locatif a contribué à donner une valeur marchande à la terre (Colin et Ayanz, 2002). En lieu et place des « ventes » ob- servées dans les autres régions forestières (même s’il n’est pas exclu qu’il y ait eu quelques ventes de terres dans la région dans le passé). Les populations de l’espace d’étude découvrent, avec les nouvelles cultures spéculatives, que la terre se loue et elle peut procurer au chef de famille ou au gestionnaire des terrains familiaux des revenus importants. La redistribution des ces revenus est souvent source de confl its, particulièrement entre les jeunes et leurs aînés, ensuite entre allochtones et allogènes (Kouamé, 2006).

Par exemple, en pays Abouré, le droit de planter les cultures pérennes et de jouir de son investisse- ment est un droit détenu exclusivement par l’héritier familial. Le droit de céder en faire-valoir indirect à travers un contrat de location est également un droit détenu exclusivement par l’héritier familial. Tout

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bénéfi ciaire d’une délégation intrafamiliale de droit d’usage peut céder sa parcelle de culture à travers un contrat de métayage, mais pas en location (Essan, 1986). C’est dans cette perspective que les litiges opposent les ainés à leurs cadets jeunes qui reven- diquent un accès à la terre. Ainsi, cette attitude des ainés de ne pas céder des parcelles à leurs cadets peut être source de dissension dans les familles.

Les générations actuelles, les jeunes en particu- lier, ne se sentent pas concernés par les arrange- ments fonciers conclus jadis par leurs parents. Le phénomène n’est pas certes nouveau et exclusif à cette région, mais prend des proportions inquiétantes dans la toute la Côte d’Ivoire.

L’usage de la question foncière dans le discours des acteurs politiques comme argument électoral a accentué les tensions et les confl its fonciers dans les campagnes. Les décisions d’interdiction de la location visent à permettre un dialogue entre les jeunes et leurs aînés autour de la gestion foncière.

Le ressentiment à l’endroit des planteurs étrangers n’est pas nouveau, mais n’est pas non plus propre au littoral Est. Il a conduit dans le contexte actuel à des confl its de gestion de la rente locative et plus large- ment autour de la question de l’héritage. Comme tous les confl its, ils connaissent parfois un dénouement heureux grâce à la médiation locale des cadres, de la chefferie villageoise et de l’administration. Ce qui a permis de circonscrire, pour l’instant, les confl its et de ramener un peu de calme dans la région.

CONCLUSION

Le dynamisme de l’espace d’étude s’observe à tra- vers les différentes transformations qui se sont opérées durant ces quatorze années. En 1986, les espaces humanisés (plantation, culture, jachère) occupent 7109 ha, soit environ 47% de la superfi cie totale. En 2000, on passe à 8567 ha, soit près de 58% de la superfi cie totale. Le secteur connait donc un taux d’accroissement global de 21% des espaces humanisés.

L’étude de l’évolution de l’occupation du sol met en évidence une relative stabilité des grandes caté- gories d’occupation du sol. En effet la superfi cie de l’espace humanisé et l’espace naturel n’ont pas varié de façon très signifi cative. Néanmoins, les activités humaines connaissent des évolutions importantes.

Par contre les composantes naturelles n’ont pas

véritablement évolué. Les espaces forestiers (forêt dégradée, forêt marécageuse, mangrove/végétation marécageuse) diminuent de façon sensible. Malgré sa complexité et sa fragilité, le littoral Est de la Côte d’Ivoire demeure une zone agricole dynamique. La quasi-totalité des terres cultivables sont occupées par les activités agricoles.

La mise en place d’une politique de diversifi cation avec l’appui des structures d’encadrement telles que la PALMCI, la SICOR, la SAPH a permis le dévelop- pement des cultures du palmier, du cocotier qui sont les principales cultures pérennes de la région. De même, la volonté accrue des populations à étendre les cultures vivrières s’est traduite par l’extension des cultures, créant une saturation des terres.

La saturation des terres oblige les autochtones à être plus prudents dans la gestion de la terre. Du point de vue des autochtones de la région, on en vient au strict respect des règles coutumières. Par contre, l’accès à la terre aux populations étrangères est régi par des contrats plus exigeants qui lient le propriétaire terrien aux demandeurs de la terre.

Le faible prix du kg du palmier (45F/kg entre 1986 et 2000) amène les producteurs à se tourner vers de nouvelles cultures, comme l’hévéa beaucoup plus rentable. C’est pourquoi de 1986 à 2000, on constate une baisse des superfi cies consacrées à la culture du palmier à huile.

La dynamique de l’espace agricole pose aujourd’hui le problème d’accès à la terre à travers l’ouverture d’un marché locatif. Le fonctionnement de ce marché procure aux gestionnaires des terres familiales une rente locative importante dont la dis- tribution conduit souvent à des confl its explicites qui opposent majoritairement les jeunes et les aînés.

Les confl its interethniques occasionnés par les discours amers des jeunes tenus contre les étran- gers, ont certainement amplifi é. Le contexte sociopo- litique depuis 2000, marqué par de nombreux confl its fonciers dans les campagnes ivoiriennes, s’y prête.

Quelques-uns de ces confl its ont été résolus grâce à la mobilisation des différentes autorités politiques administratives et coutumières. Pour éviter qu’un fait anodin soit le détonateur d’un éventuel confl it dans la région, il reste à mettre en place une politique de sensibilisation de l’opinion paysanne afi n de résoudre les problèmes qui pourraient survenir.

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Photo n°1 : Une forêt dégradée. Au premier plan, on observe une formation her- bacée (broussaille) jouxtant une parcelle labourée et aménagée pour la semence dans le coin droit. En arrière-plan, la forêt dégradée se déploie confusément avec quelques émergents. Crédit photographique : ADOU Giscard, 2008.

Photo n°2 : Une forêt marécageuse. On note les espèces caractéristiques des zones marécageuses, notamment les herbacées à feuilles lisses et brillantes et le palmier raphia. Crédit photographique : ADOU Giscard, 2008.

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Photo n°3 : Une jeune palmeraie. C’est une plantation récente d’environ deux ans. Crédit photographique : ADOU Giscard, 2008.

Photo n°4 : Une cocoteraie située le long d’une piste. Sous les cocotiers, on observe des espèces herbacées qui prolifèrent à la faveur d’un mauvais entretien. Crédit photographique : ADOU Giscard, 2008.

Photo n°5 : Une parcelle à contenu composite. Elle est structurée en deux parties : la première est constituée d’une parcelle de jeunes plants de manioc au premier plan, et l’arrière- plan, une jachère. Crédit photographique : ADOU Giscard, 2008

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