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Enseigner les recommandations pour la pratique : l’ostéoporose

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Academic year: 2022

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(1)

 J. Sommer  B. Uebelhart

introduction

En tant qu’enseignants de la médecine de famille, nous devons régulièrement adapter nos connaissances cliniques, dans le but d’améliorer notre pratique et de pouvoir enseigner des recommandations ac- tualisées aux étudiants en médecine. Pour illustrer cette pratique, nous vous propo sons de faire le point sur les recommandations simplifiées du dépistage, diag nostic et traitement de l’ostéoporose reposant sur les recommandations de l’Association suisse contre l’ostéoporose et suivant une présentation clinique.1

dépistageetpréventiondel

ostéoporose

Vignette clinique n° 1

Une patiente de 55 ans, connue pour une hypercholestérolémie, ménopausée depuis cinq ans, consulte pour un bilan de santé. Elle est enseignante, mariée avec deux enfants, sportive, courant deux fois par semaine 40 minutes, taba- gique, en bonne santé habituelle et sans antécédent majeur ni de fracture. Au status, son poids est de 62 kg, sa taille 1,68 m (IMC 24 kg/m2). Son anamnèse familiale est négative pour des fractures de hanche.

Question 1. Concernant son risque d’ostéoporose, comment l’évaluez-vous ? Question 2. Lui donnez-vous un traitement ou des conseils préventifs ?

Définition

L’ostéoporose est une maladie systémique du squelette, caractérisée par une diminution de la masse osseuse et une perturbation de l’architecture osseuse augmentant le risque de fracture. Le but de la prévention est de ralentir la dégra- dation osseuse après la ménopause et chez les personnes âgées.

Epidémiologie 

En Suisse, à l’âge de 50 ans, la probabilité de subir une fracture ostéoporotique Teaching about practice guidelines :

osteoporosis

Family physicians need to know how to teach students practical guidelines for frequent di- seases such as osteoporosis. After the age of 50 years, the risk for osteoporotic fractures is 50% for women and 20% for men. It is there- fore useful to prevent and screen for osteo- porosis. Family physicians need to know how to recognize the clinical and biological risk factors for osteoporosis ; they must know when to request a bone densitometry, the «gold standard» for diagnosis. They must also be able to integrate these factors within the cli- nical context to evaluate the absolute risk of osteoporosis-related fracture that determi- nes the need for specific treatment. Numerous treatments with proven efficacy to reduce global fractures are available but it is impor- tant to know their different indications, risk/

benefits and potential harmful side-effects.

Rev Med Suisse 2011 ; 7 : 1070-7

Les médecins de famille doivent savoir enseigner aux étudiants des recommandations pratiques pour les pathologies fréquen­

tes comme l’ostéoporose. A partir de 50 ans, la probabilité de présenter une fracture ostéoporotique est de 50% pour la femme et de 20% pour l’homme ; il est donc utile de préconi­

ser des mesures pour dépister et prévenir le développement de l’ostéoporose. Le médecin de famille doit savoir reconnaître les facteurs de risque pour l’ostéoporose ; il doit connaître les indications pour une mesure de densité minérale osseuse, gold standard pour le diagnostic ; puis il doit savoir intégrer ces facteurs dans le contexte clinique pour évaluer le risque de fracture déterminant l’indication à un traitement spécifique.

De nombreux traitements dont l’efficacité a été démontrée pour diminuer le nombre total de fractures sont à disposition, mais il convient de connaître leurs différentes indications, risques/

bénéfices et effets secondaires potentiels.

Enseigner les recommandations pour la pratique : l’ostéoporose

pratique

(2)

au cours de son existence est de 51,3% pour les femmes et de 20,2% pour les hommes.2 Les fractures ostéoporotiques diminuent la qualité de vie, l’indépendance fonctionnelle des personnes et sont associées à une morbidité et une mortalité accrues.

Détection du risque d’ostéoporose

Une démarche diagnostique est recommandée pour toute personne qui présente des facteurs de risque cli- niques ou une des causes secondaires d’ostéoporose (ta- bleau 1).

Au status, on recherchera chez les personnes âgées une diminution de la force musculaire augmentant le risque de chute. Le test le plus simple est d’observer si la personne arrive à se lever de sa chaise sans utiliser les bras ou par des évaluations plus structurées (par exemple : test «time up and go», tableau 2).

Conseils de prévention de l’ostéoporose :  apports alimentaires (calcium, vitamine D   et protéines)

La base de la prévention réside en l’éviction des fac- teurs de risque (arrêt du tabagisme, maintien d’une activité physique régulière, etc.) et en conseils alimentaires.

Des apports de 1000 à 1500 mg/jour de calcium, de 800 à 1200 UI/jour de vitamine D et 1g/kg de poids corporel de protéines par jour sont recommandés pour les adultes. Un supplément de 300 000 UI PO (ou IM) une fois par année peut être une alternative de deuxième choix en cas d’ob- servance difficile.3 Concrètement, les apports calciques ali- mentaires peuvent être évalués (tableaux 3 et 4). On re- commande au minimum trois portions de produits riches en calcium par jour.

Réponse 1. Notre patiente de 55 ans présente comme facteurs de risque : l’âge, le tabagisme et la ménopause non substituée. En principe, aucun examen complé- mentaire n’est requis à son âge ; sauf éventuellement le dosage de la 25-OH vitamine D pour discuter d’un sup- plément (si taux inférieur à 50 nM/l) compte tenu de la fréquence de l’insuffisance hivernale.

Réponse 2. Vous lui conseillez de poursuivre son activi- té physique (environ 30 minutes de marche par jour), de réfléchir à l’arrêt du tabac (entretien motivationnel) ; vous évaluez ses apports calciques alimentaires et lui propo- sez un complément en vitamine D (selon le dosage ou en période hivernale de faible exposition solaire) et lui donnez un supplément de calcium si les apports calci- ques sont insuffisants.

• Age : femme dès 50 ans, homme dès 60 ans

• Fracture périphérique suite à un traumatisme bénin (chute de la hauteur)

• Fractures vertébrales sur les radiographies de la colonne sans notion de traumatisme majeur ou diminution de taille L 2 cm incitant à pratiquer ces radiographies

• Traitements :

– Glucocorticoïdes oraux L 3 mois ou stéroïdes inhalés plus de deux à trois ans

– Moins souvent : glitazones, inhibiteur de l’aromatase, antiandrogènes, inhibiteurs de la pompe à protons

• Anamnèse familiale : fracture du fémur proximal chez le père ou la mère

• Tabagisme ou consommation excessive d’alcool

• Arthrite rhumatoïde

• Poids insuffisant : IMC l 20

• Endocrinopathie : diabète de type 1, thyréostimuline (TSH) l 0,3 mU/l, hypogonadisme masculin ou ménopause précoce (l 42 ans), hyperparathyroïdie primaire, syndrome de Cushing, anorexie ou aménorrhée

• Immobilité et/ou prédisposition aux chutes (plus d’une durant la dernière année)

Tableau 1. Facteurs de risque pour l’ostéoporose  par ordre d’importance

Le sujet est assis bien droit sur une chaise avec accoudoirs. L’instruction est la suivante : «Veuillez vous lever et marchez jusqu’à la marque (3 mètres), ensuite revenez et asseyez-vous dans la même position ! (le sujet peut s’aider de ses moyens auxiliaires utilisés au quotidien).

Je chronomètre le temps que vous mettez».

Evaluation :

l 10 secondes : aucune déficience de la mobilité 11-30 secondes : besoin d’autres moyens pour évaluer

L 30 secondes : probabilité de mobilité réduite et risque de chutes Tableau 2. Test «Time up and go»

Aliments riches en calcium 

(portion contenant environ 250 mg de calcium)

• 2 dl de lait

• 180 g de yaourt

• 30 g de fromage à pâte dure (tranche ayant environ la taille d’un feutre Stabilo Boss)

• 60 g de fromage à pâte molle (2 Stabilos)

• 200-250 g de fromage blanc

• 2 cuillères à soupe de lait en poudre

Autres sources de calcium 

(portion contenant environ 100 mg de calcium)

• 100 g de brocoli

• 100 g de légumineuses (poids sec)

• 300 g de pain à la farine complète

• 40 g d’amandes ou 100 g de noix

• 2,5 dl d’eau minérale riche en calcium Tableau 3. Contenus calciques

Eau minérale   Contenu calcique mg/l

Eptinger 555

Hépar 555

Contrex 486

Valser 436

Badoit et San Pellegrino 200

Perrier 155

Vichy, Henniez, Aproz, Evian 80-120

Robinet 65

Tableau 4. Contenus calciques de certaines eaux  minérales courantes

(3)

diagnosticdel

ostéoporose

Vignette clinique n° 2

Vous suivez cette patiente et, dix ans plus tard, elle re- vient (à 65 ans) après avoir glissé sur une plaque de glace ; en tombant (chute non violente), elle s’est fracturée le poignet. Elle pèse 68 kg/166 cm (IMC 26). Elle fume toujours, ne pratique plus qu’une heure de gymnasti que par semaine. Sa mobilité est bonne.

Question 3. Quels examens pratiquez-vous ?

Question 4. Comment évaluez-vous son risque d’ostéo- porose et de fracture ?

Question 5. Quels conseils et traitement préconisez-vous ?

Densitométrie osseuse et risque fracturaire

La densitométrie (DXA) est le gold standard pour poser un diagnostic d’ostéoporose et est recommandée en cas de facteurs de risque (tableau 1), mais n’est remboursée en Suisse que dans les conditions mentionnées au tableau 5.

La DXA osseuse est interprétée selon le tableau 6 et coûte entre CHF 80.– et 150.–.

Le diagnostic repose sur le T-score (nombre de dévia- tions standards (DS) par rapport aux valeurs des femmes de 30 ans). Le Z-score représente la densité osseuse com- parée en déviations standards à un groupe de patients de même âge, mais n’est utilisé que chez l’enfant.

La valeur du T-score au niveau de la hanche totale est plus représentative de la résistance mécanique globale de la hanche que la valeur du col fémoral, plus dépendante de la position lors de la mesure.

La DXA permet de poser le diagnostic d’ostéoporose et est un outil de dépistage que le défaut de prise en charge par les assurances ne permet pas de rendre systématique.

Sa sensibilité et spécificité sont toutefois insuffisantes pour prédire le risque de fracture.

Radiologie conventionnelle

Une radiographie dorsale et lombaire en incidence anté- ropostérieure et latérale permet de rechercher des compli- cations de l’ostéoporose sous la forme de fractures de ver- tèbres qui ne sont pas toujours symptomatiques (mais coûte environ CHF 250.– et irradie).

Réponse 3. Chez cette patiente, la fracture du poignet lors d’une chute à basse énergie permet de procéder à une DXA à but diagnostique d’ostéoporose. Elle pré- sente une ostéoporose confirmée au niveau du rachis (T-score -2,5) et une ostéopénie au niveau de la hanche totale (T-score -1,5). Sans cette chute, on pourrait prati- quer une radiographie lombaire, en particulier au vu de la perte de taille de 2 cm. La visualisation d’une fracture vertébrale donnerait un critère de remboursement et permettrait de pratiquer une DXA.

Examens de laboratoire

En cas de suspicion d’ostéoporose secondaire ou d’autres ostéopathies comme l’ostéomalacie, un bilan sanguin peut être indiqué (tableau 7).

Une évaluation du remodelage osseux par des marqueurs spécifiques de la résorption (C-télopeptide – ou crosslaps : produits de dégradation du procollagène de type I) peut être utile. Ces marqueurs renseignent sur l’évolutivité de la perte osseuse et sont utiles pour le suivi sous traitement (ils reflètent les effets d’un traitement dès trois mois de prise alors que la DXA réagit beaucoup plus lentement et ne sera remboursée dans le suivi qu’après deux ans).

Réponse 3 (suite). Au vu de la clinique de cette patiente, il n’y a pas lieu de rechercher une pathologie tumo rale T-score

Densité osseuse normale L -1 DS

Ostéopénie (faible masse osseuse) De -1 à -2,5 DS

Ostéoporose m -2,5 DS

Tableau 6. Interprétation de la densitométrie  osseuse

DS : déviation standard.

1. Ostéoporose (résultat T-score l -2,5 DS) et/ou fracture après trauma inadéquat

2. Hypogonadisme masculin 3. Corticothérapie L 3 mois 4. Hyperparathyroïdie primaire 5. Ostéogenèse imparfaite

6. Maladie digestive (malabsorption, maladie de Crohn, colite ulcéreuse) 7. Suivi thérapeutique tous les deux ans

Tableau 5. Critères de remboursement en Suisse  pour un examen ostéodensitométrique 

(colonne lombaire et/ou hanche).

DS : déviation standard.

Recherche d’une fragilité osseuse d’origine tumorale

• VS/CRP (recherche d’une pathologie inflammatoire à l’origine de l’ostéopénie)

• Electrophorèse des protéines/immunoélectrophorèse (recherche de myélome)

• Formule sanguine (recherche d’hémopathie)

• Calcémie (recherche d’hypercalcémie tumorale) Recherche d’une ostéoporose secondaire

• Calcémie-dosage PTH (simultanément et à jeun) – hyperparathyroïdie primaire (PTHq, calcémie haute) – hypercalcémie tumorale, (PTHQ, calcémie haute)

– hyperparathyroïdie secondaire (PTHq, calcémie basse ou normale)

• Phosphates (abaissés lors d’hyperparathyroïdie)

• 25-OH-Vit D (carence)

• TSH (l 0,3 mU/l) (hyperthyroïdie ou substitution excessive)

• Fonction rénale (ostéopathie rénale attendue pour des valeurs de créatinine L 200 mmol/l ou eGFR l 40)

• Tryptase (recherche de mastocytose)

• Dosage des stéroïdes sexuels et gonadotrophines (si suspicion clinique d’hypogonadisme)

VS/CRP : vitesse de sédimentation/protéine C-réactive ; PTH : hormone parathyroïdienne ; TSH : thyréostimuline ; eGFR : Epidermal growth factor receptor.

Tableau 7. Analyses de laboratoire des causes  secondaires d’ostéoporose ou d’autres ostéopathies

(4)

sous-jacente. Le bilan effectué montre une formule san- guine normale, une calcémie normale et un dosage de la 25-OH-vitamine D abaissé à 35 nmol/l. Elle avait arrê- té son supplément vitaminique D depuis trois ans. Ses apports calciques quotidiens sont évalués à 700 mg/j.

Evaluation du risque fracturaire 

Toutes les personnes avec une ostéoporose confirmée n’ont pas les mêmes risques fracturaires. Afin d’évaluer ce risque de façon plus précise, un index FRAX (www.SVGA.ch), applicable à partir de 40 ans, a été développé. Il inclut les principaux facteurs de risque clinique (âge, fracture précé- dente, fracture de hanche chez un ascendant direct, corti- cothérapie, alcoolo-tabagisme, arthrite rhumatoïde, IMC) ainsi que la densité minérale osseuse du col du fémur. Cet index prédit de façon statistique le risque de fracture à dix ans, soit pour l’ensemble des fractures ostéoporotiques (fémur proximal, vertèbres, humérus proximal et radius dis- tal), ou spécifiquement pour la fracture de hanche. Cet in- dex est basé sur des données épidémiologiques suisses. Il a des insuffisances : il n’inclut pas précisément les facteurs doses/durées de corticoïdes et du tabagisme, ni la gravité ou le nombre de fractures, ne prend pas en considération les chutes ou la mobilité restreinte, ni les résultats de la densité minérale osseuse des vertèbres.4

On interprète le résultat du FRAX en fonction de l’âge.

Si le (la) patient(e) est au-dessus du risque fracturaire d’une personne du même âge, l’indication au traitement est po- sée (tableau 8).

Réponse 4. Selon le site FRAX, notre patiente présente à dix ans 20% de risque de fracture majeure et 6% de risque de fracture du fémur.

traitementdel

ostéoporose Chez un sujet avec fracture

• Une fracture vertébrale ou une fracture du fémur proxi- mal, suite à un traumatisme bénin, sont des fractures ostéo-

porotiques majeures et justifient un traitement de fond à visée osseuse ;

• les autres fractures périphériques, suite à un traumatis- me bénin comme notre patiente, motivent une évaluation du risque au moyen de FRAX pour évaluer l’indication au traitement.

Chez un sujet sans fracture

• Si le T-score est l -2,5 à la colonne vertébrale ou au fé- mur, ou si le risque fracturaire FRAX est supérieur à celui du tableau 8 en fonction de l’âge, un traitement médica- menteux est préconisé. L’indication au traitement médica- menteux spécifique pour un risque fracturaire donné est variable selon les pays.

Réponse 5. Vous réinstaurez un traitement de calcium (500 mg/j) et vitamine D (800 UI/j) PO.

Au vu du risque fracturaire, vous décidez d’instaurer un traitement pharmacologique spécifique.

Traitement médicamenteux

Les possibilités de traitement pharmacologique sont les bisphosphonates, le peptide 1,34 de la parathormone (tériparatide), le raloxifène, le dénosumab (anticorps mo- noclonal dirigé contre Rankligand et inhibant la résorption osseuse ostéoclastique), et le ranélate de strontium (non disponible en Suisse). Des études prouvent que tous ces

Age  Risque de fracture absolu (FRAX)

50 ans L 10%

55 ans L 13%

60 ans L 17%

65 ans L 20%

70 ans L 30%

75 ans L 38%

M 80 ans L 40%

Tableau 8. Rapport de risque fracturaire selon l’âge

Fractures  Fractures   Fractures  Posologies disponibles

vertébrales  non vertébrales  de la hanche

Alendronate (Fosamax) A A A 10 mg PO/j ou 70 mg PO/semaine

Alendronate-vit D A A A Idem (contient 400 U/j respectivement 800 U/j

(Fosavance 2800/5600) de vitamine D quotidienne)

Ibandronate (Bonviva) A A* 150 mg PO/mois ou 3 mg IV/3 mois

Risédronate (Actonel) A A A 5 mg PO/j ou 35 mg PO/semaine

Zolédronate (Zometa) A A A 5 mg dans 100 ml en 15 min IV/3-4 sem/j

Raloxifène (Evista) A 60 mg PO/j

Dénosumab (Prolia) A A A 60 mg SC/6 mois

Tériparatide (Forsteo) A A 20 mg/j SC (stylo pour 1 mois) maximum 2 ans

Ranélate de strontium (Protelos) A A A* Pas disponible en Suisse

Tableau 9. Niveaux de preuve pour la réduction des fractures vertébrales et non vertébrales et posologies des  traitements de l’ostéoporose chez la femme ménopausée

A* uniquement chez des sous-groupes de patients ; niveau d’évidence A : preuves évidentes dans la littérature.

(5)

médicaments réduisent le risque de fracture vertébrale et, pour certains d’entre eux, le risque de fracture périphé- rique.5 Leur efficacité a été validée en association avec des suppléments de calcium et vitamine D (tableau 9).

Pour une femme ménopausée, les premiers choix sont (selon les indications reconnues en Suisse) :

• l’alendronate, le risédronate, l’acide zolédronique, le dénosumab pour prévenir les fractures de hanche, verté- brales et non vertébrales ;

• l’ibandronate pour prévenir les fractures vertébrales ;

• le raloxifène pour prévenir les fractures vertébrales (pas de preuve pour la réduction des fractures périphériques, ni de la hanche).

Réponse 5 (suite). Chez cette patiente, on peut opter pour un traitement de bisphosphonates (quotidien, heb- domadaire, mensuel ou trimestriel), de raloxifène ou encore pour un traitement par dénosumab biannuel ou un traitement de tériparatide en l’informant des précau- tions respectives et des effets secondaires possibles.

En moyenne, le traitement pharmacologique réduit le risque de fractures vertébrales d’au moins 50%. Si l’on con- sidère le risque de fracture de 20%, il faudra traiter dix pa- tientes pour prévenir une fracture vertébrale. L’effet sur les fractures périphériques est moindre.

Précautions et effets secondaires

La prise des bisphosphonates nécessite des recom- mandations à transmettre au patient (tableau 10). Le mé- decin doit connaître les méthodes d’administration et les effets secondaires les plus importants afin de bien choisir le traitement selon le contexte (tableau 11). L’évaluation du remodelage osseux fait partie des éléments nécessaires à la décision d’interruption du traitement après la durée maxi- male recommandée de prise de cinq années.6

conclusion

Afin de prévenir la survenue des fractures liées à l’ostéo- porose, il est utile de préconiser des mesures d’hygiène de vie comme l’exercice physique régulier, des exercices pour maintenir l’équilibre, de renforcer la musculature et d’avoir des apports suffisants en vitamine D et calcium.

En cas de risque de développer une ostéoporose, il con vient de rechercher scrupuleusement ses indicateurs

cliniques et paracliniques. Le diagnostic par DXA (T-score l -2,5) représente le gold standard pour l’évaluation de la masse osseuse. Afin de mieux évaluer le risque fracturaire, il convient de tenir compte des autres indicateurs clini ques en utilisant l’outil FRAX.

Le rapport risques/bénéfices doit être évalué indivi- duellement avant d’introduire un traitement médicamen- teux spécifique dont le choix est vaste mais qui présente des effets secondaires potentiellement néfastes tout en ayant des effets protecteurs prouvés. Evaluer le remode- lage osseux est utile pour envisager l’arrêt du traitement.

L’enseignement de recommandations cliniques oblige le médecin de famille à s’informer des dernières nouveau- tés et le pousse à maintenir à jour sa formation postgraduée dans de nombreux domaines dont celui de l’ostéoporose.

Un excès d’apports calciques pharmacologiques en plus d’apports ali- mentaires suffisants peut provoquer des calculs rénaux et semble aug- menter les événements cardiovasculaires. Les bisphosphonates (BP), surtout par voie injectable, provoquent des syndromes grippaux, en par- ticulier lors de la première dose. Le dénosumab augmente le risque d’infections cutanées. Le raloxifène augmente les risques thromboembo- liques, y compris le risque d’embolie pulmonaire. Le tériparatide nécessite une autoinjection sous-cutanée quotidienne durant 18-24 mois

Ostéonécrose de la mâchoire (BP et dénosumab) Une ostéonécrose de la mâchoire a été rapportée chez des patients traités par le dénosumab ou par des bisphosphonates. La grande majo- rité des cas est survenue chez des patients atteints d’un cancer traités par des doses beaucoup plus élevées que celles utilisées dans l’ostéo- porose mais quelques cas ont été décrits chez des patients atteints d’ostéo porose

Facteurs de risque connus d’ostéonécrose de la mâchoire :

• diagnostic de cancer avec lésions osseuses ; traitements concomitants (par exemple : chimiothérapie, substances antiangiogéniques biolo- giques, corticostéroïdes, radiothérapie de la tête et du cou)

• mauvaise hygiène buccale

• extractions dentaires

• comorbidités (par exemple : maladie dentaire préexistante, anémie, coagulopathie, infection)

Avant l’instauration du traitement, un examen de la cavité buccale doit être effectué de routine par le médecin prescripteur. Chez les patients présentant des facteurs de risque d’ostéonécrose de la mâchoire, un examen dentaire comprenant des soins préventifs appropriés doit être envisagé avant d’instaurer le traitement

Fractures fémorales atypiques et BP

Des fractures fémorales sous-trochantériennes sont décrites en associa- tion avec les traitements BP de longue durée. Pour l’instant, l’incidence rapportée semble basse (31 cas/10 000 patients traités par rapport à 6/10 000 dans le groupe contrôle). L’éventualité de ces fractures liées aux traitements à base de BP de longue durée est à mettre en balance avec la réduction globale des fractures ostéoporotiques vertébrales et non vertébrales. Ces fractures atypiques se comportant comme des frac- tures lentes, il convient en cas de douleurs fémorales chez des patients sous BP de penser à ce diagnostic et de faire les investigations radiolo- giques requises. Il convient de faire enregistrer tous les nouveaux cas Tableau 11. Précautions et effets secondaires  majeurs avec certains traitements spécifiques

Afin d’en permettre l’absorption, les bisphosphonates oraux ne doivent être avalés qu’à jeun, avec un grand verre d’eau plein (eau du robinet et éviter les eaux minérales qui contiennent beaucoup de calcium) et ne doivent pas être associés à d’autres médicaments en particulier le calcium

• les patients ne doivent pas mâcher le comprimé et doivent éviter que celui-ci ne se dissolve dans la bouche

• après la prise du médicament, les patients ne devraient pas se recoucher, et attendre 30 minutes avant de prendre le petit déjeuner

• le médicament ne doit pas être pris avant le coucher ou avant le lever Tableau 10. Recommandations pour la prise des  bisphosphonates

(6)

1  ** Association suisse contre l’ostéoporose. Ostéo- porose. Prévention, diagnostic et traitement. 2010 (ci- ted 2011 March) ; available from : www.svgo.ch/content/

documents/ASCO_Recommandation2010_V19avril 2010.pdf

2 Lippuner K, Johansson H, Kanis JA, Rizzoli R. Re- maining lifetime and absolute 10-year probabilities of osteoporotic fracture in Swiss men and women. Osteo- poros Int 2009;20:1131-40.

3 * Uebelhart B, Rizzoli R. Ostéoporose. Rev Med Suisse 2011;7:138-44.

4 Rizzoli R, Ammann P, Birkhauser M. Ostéoporose : du diagnostic ostéodensitométrique à l’évaluation du risque absolu de fracture. Forum Med Suisse 2009;9:

633.

5 * Papaioannou A, Morin S, Cheung AM, et al. 2010 clinical practice guidelines for the diagnosis and mana- gement of osteoporosis in Canada : Summary. CMAJ

2010;182:1864-73.

6 Park-Wyllie LY, Mamdani MM, Juurlink DN, et al.

Bisphosphonate use and the risk of subtrochanteric or femoral shaft fractures in older women. JAMA 2011;

305:783-9.

*  à lire

**  à lire absolument

Bibliographie

Implications pratiques

Le médecin de famille doit connaître les facteurs de risque de l’ostéoporose afin de proposer des mesures de prévention adéquates

En cas de diagnostic d’ostéoporose par la densitométrie os- seuse, il convient d’évaluer le risque fracturaire en tenant compte des autres critères cliniques à l’aide de l’outil FRAX En cas de risque fracturaire majeur élevé, il convient d’intro- duire un traitement spécifique adapté et de réévaluer l’utilité du traitement après trois à cinq ans

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Dr Johanna Sommer

Unité de recherche et d’enseignement en médecine   de premier recours (UREMPR)

CMU et Faculté de médecine Université de Genève, 1211 Genève 4 [email protected]

Dr Johanna Sommer

Ch. des Rayes 33, 1222 Vésenaz Dr Brigitte Uebelhart Service des maladies osseuses

Département des spécialités de médecine HUG, 1211 Genève 14

[email protected]

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Références

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