L'ORGANISATION
DE L'ANNÉE LITURGIQUE
c
'EST le 9 mai 1969qu'a
étérendue publique
laréforme
de
l'année liturgique
et ducalendrier romain,
promul-guée
par
le Motuproprio
« Mysterii paschalis»
du papePaul
VI.Par
uneinnovation
notable, le document officiel est accompagnéd'un
commentaire, qui donne laraison d'être
de tous leschangements apportés
à l'usageantérieur.
Pour garder
à cecommentaire
des limitesraisonnables,
ona dû s'en
tenir
à l'essentiel etrenoncer
à toutapparat
cri-tique. Il
suffit pourtant
à dégager les lignesmaîtresses
dela
réforme entreprise.
Dans le
présent
article nous voudrions seulement releverles
points saillants
des deuxchapitres
de normes générales qui précèdent letexte
du Calendrier. Ces pagesconstituent
unerefonte
des cent cinqpremiers articles
du Code desrubriques
de 1960. On entrouvera
le texte audébut
du Misselromain
ou encore dans le volumeparu
aux Editions du Centurion sous letitre Instructions
officiellessur
lesnouveaux
rites
de la Messe, le Calendrier, lestraductions liturgiques, Paris,
1969, pp. 128-147.I. NORMES UNIVERSELLES DE L'ANNÉE LITURGIQUE
ET
DU CALENDRIER1-2 Les deux
premiers numéros
sont descitations
de la Constitution conciliairesur
la liturgie. On a voulumarquer ainsi
que la nouvelle législationconcernant l'année litur-
gique
n'était
que la mise en œuvre duchapitre
V de la ConstitutionSacrosanctum
Concilium intitulé:
«L'année
liturgique ». C'est dans
l'esprit
et selon les principes for- muléspar
le Concile que le Consilium liturgiqueentreprit
la révision du temporal et du sanctoral dès le
printemps
1964. A
l'automne
1966, leprojet
pouvait être soumis au jugement des Pères, lors de leur septième session plénière.Ceux-ci
l'approuvèrent
le 12 octobre. Le documentfut
remisentre les mains du Saint-Père
par
lecardinal
Lercaro le17 avril 1967. Le pape devait le
promulguer
le 14 février1969, date nouvelle de la mémoire des saints Cyrille et Méthode, après avoir célébré à Saint-Pierre la messe en
l'honneur
des apôtres du monde slave pour le onzième centenaire de la mort de saint Cyrille(f
14 février 869).TITRE 1 : LES JOURS LITURGIQUES
1. Le
jour liturgique
en général3 On reprend ici le numéro 4 du Code des
rubriques,
maisen y
introduisant
deux aménagements:
à la notion d'action liturgique, mise enhonneur par l'Instruction
liturgique du3 septembre 1958, on a
substitué
celle de « célébration du peuple de Dieu » ; si l'on amaintenu
que « lejour
liturgique s'étend de
minuit
àminuit
», on a précisé quele dimanche et les solennités commencent la veille au soir, pour expliquer la raison
d'être
des premières vêpres et de la messe du soir aux premières heures de la fête.H. Le
dimanche
4-6 Après avoir résumé l'essentiel de l'enseignement conci- liaire
sur
le dimanche, on déclare que le dimanche ne lecède
qu'aux
solennités et aux fêtes du Seigneur, ce qui avait déjà été décrétépar
le Code desrubriques.
Mais ilfaut
noter plusieurs innovations.On s'est refusé d'abord à classer les dimanches en caté- gories, afin de bien
marquer
le caractère de «jour
festif primordial » qui revient à chaque dimanche. Certainsd'entre
eux sontpourtant
privilégiéspar rapport
aux au-tres : ce sont les dimanches de l'avent, du carême et du temps pascal. Il
n'était
pas normal que les dimanches du temps pascal fussent jugés moinsimportants
que ceux del'avent et du carême. Aucune solennité ne
l'emportera sur
ces dimanches, mais elle sera anticipée au samedi
;
tel serale cas, en
particulier,
de l'Immaculée Conception. Le samedi est en beaucoupd'endroits
unjour
semi-festif, il se prête donc bien à une telle anticipation. Evidemment la messe dominicale du soir sera celle du dimanche et non de la solennité.On a
restreint
le nombre des dimanches auxquels sont assignés perpétuellementd'autres
célébrations. On eût aimé composer une sorte d'office mixte sous la formed'un
di- manche de la sainte Famille ou de la sainte Trinité, maisdes difficultés techniques y ont
fait
obstacle. Lerattache-
ment de la solennité du Christ Roi de l'univers au dimanche qui clôturel'année liturgique
en souligne la portée eschato- logique.7 En
fixant
au dimanche les trois solennités del'Epipha-
nie, de l'Ascension et du Saint-Sacrement
pour
les régionsoù ces fêtes ne sont plus de précepte, on a voulu
tenir
compte
d'une situation
defait
etmarquer l'importance
deces célébrations dans la vie de la communauté chrétienne
:
la solennisation
par
une seule messe étaitinsuffisante
dans une église où l'on célèbre chaque dimanche plusieurs mes-ses, et le doublage de la fête et de la solennité dominicale ne servait pas la piété de ceux qui
participent
à la messe en semaine. Certainsdemandaient
: quel est le vraijour
del'Epiphaniemais les événements
:
le 6janvier majeurs
ou ledudimanchemystère d'aprèsdusalut ?
Désor-serontmieux mis en valeur dans la vie du peuple chrétien.
III. Les solennités, les fêtes et les
mémoires
8-9 Le choix des saints.
Le Concile avait décidé que seuls les saints «
présentant
véritablement une importance universelle»
seraient obliga-toirement
célébrés dans toutes les Eglises derite romain
(art. 111). Cefut
une tâchefort
difficile de faireun
choixparmi
les quelque deux cents nomsinscrits
au Calendrierde 1960. Une application rigoureuse de la loi
aurait
amené àsupprimer
les deux tiers de ces noms;
mais c'eût étéprendre
lacontrepartie
de la piété moderne, si vive en certaines régions d'Europe et d'Amérique. On a préféréintroduire un
type de célébration qui avaittoujours
été admisjusqu'à
la réforme desaint
Pie X : la célébrationad libitum. Celle-ci est laissée au libre choix du célébrant et de la communauté
;
on se contente defournir
les élémentsqui
permettront
une célébration plus personnalisée que le simple usage du Commun. Le commentaire publiépar
leConsilium s'étend assez longuement sur la manière dont
on a procédé pour opérer le choix des fêtes
:
on a diminuéle nombre des fêtes de dévotion, on a procédé à l'examen du dossier hagiographique de chaque saint et replacé
autant
que possible la mémoire de chaque
saint
à son diesnatalis,
on a eu enfin le souci
d'universaliser
le calendrier en yintroduisant
des témoins de la sainteté vécue en Afriquenoire (les
martyrs
d'Ouganda), en Extrême-Orient (les mar- tyrs de Nagasaki), en Amérique du Nord (lesmartyrs
américano-canadiens) et du Sud (saint Turibio, saint Martinde
Poires),
en Océanie (saint Pierre Chanel).10-15 Les trois degrés de célébration.
L'Eglise a
toujours
distingué dans son culteentre
lesfêtes
majeures
et les fêtes simples. Mais nul n'ignore à quel degré de complication la distinction était parvenue au coursdes âges. En 1955, nous avions les fêtes doubles de 1re classe (primaires et secondaires), les fêtes doubles de 2e classe (primaires et secondaires), les doubles
majeurs,
doubles mineurs, semi-doubles, simples et les mémoires. Le Code desrubriques
avait opéré une simplification et une clarifi- cationtrès
utile, endistinguant quatre
classes dejours
liturgiques, auxquelles il
ajoutait
toutefois la commémo- raison.Si la notion de classe est claire, elle a semblé déplaisante
à plusieurs, et elle
n'appartient
pas au vocabulairelitur-
gique romain. Aussi a-t-on voulu user
d'une
terminologie plus religieuse et plus traditionnelle. Il yaura
désormaistrois degrés de célébration
:
la solennité, la fête et la mé- moire, celle-ciétant
obligatoire ou facultative. Il semble que ces termesn'auront
aucune peine à s'acclimater, carils
appartiennent
auparler
courant.Une solennité est une grande fête annuelle. Le diction- naire Robert estime solennel « ce qui convient aux grandes
occasions
».
Le terme remplacera celui de fête de 1re classe.Le mot «
fête »,
au sensrestreint,
correspond à la2e classe. Il s'agit, en effet,
d'un jour
notable dans l'année, sans que pourautant
il revête un éclat exceptionnel. Une fête, comme une solennité,jouira d'un
formulaire complettant
à l'officequ'à
la messe:
le culted'un
Apôtre,par
exemple, occupe légitimement
tout
ledéroulement
dujour liturgique.
Tandis
que la solennité et la fête, quisurviennent rare- ment
au fil des mois,constituent
desjours pleinement
festifs, la mémoire consiste seulementdans un
souvenir accordéau saint pour
sonanniversaire.
Une solennité ou une fête aun caractère marquant,
la mémoires'insère
dans latrame quotidienne
de l'activité humaine:
évocation de lafigure
d'un grand serviteur
de Dieurattachée
à la célébra-tion
de l'Office et àl'offrande
del'Eucharistie,
elle estaussi
source de grâce: ut quorum
memoriamsacramenti
participatione
recolimus, fidem quoque proficiendo secte-mur
(Sacram.Sangal.,
1032). Comme on le voitpar
cette citation,l'expression
esttraditionnelle.
Depuissaint
Cyprien, les Pères et les livresliturgiques
enont fait un fréquent
usage. C'est à eux que la Constitution conciliaire
l'a
em-pruntée lorsqu'elle
a prescrit:
Memoriasinsuper Martyrum aliorumque Sanctorum.
circuloanni înseruit
Ecclesia (art. 104).IV. Les
féries
16
Pour respecter certaines traditions orientales
qui si-tuent
le dimanche auterme
de la semaine, la Constitution conciliaireavait
estompél'appellation néo-testamentaire
de«
premier jour
de la semaine ». Les Normes del'année liturgique,
qui neconcernent
que l'Occident, ont voulu lamettre
envaleur non
seulementdans l'article
consacré au dimanche (n° 4), mais endéfinissant
les féries comme « lesjours
de la semainequi suivent
le dimanche », ce que nedisait
pas le Code desrubriques
(n° 21).Aucune
classification entre
fériesmajeures
etmineures n'est faite dans
le vocabulaire employé:
celle-ci estmarquée
dans la table de préséance (n° 59).
TITRE II : LE CYCLE DE L'ANNÉE
17-18 Dans la
présentation
du cycle del'année
ilfaut noter avant tout l'ordre
adopté. Lechapitre
VIII du Codedes
rubriques,
quiprésente
les divers temps de l'année, commencepar l'avent pour
seterminer par
le temps ordi- naire. Ici noustrouvons d'abord
letriduum
pascal. A lasuccession chronologique on a substitué
l'ordre
d'impor-tance
:
c'est de la veillée pascale que découle l'annéelitur-
gique, c'est vers elle que
tout
converge. Onpeut
dire de la célébration de la Pâque ce que le Concile a dit de la liturgie elle-même : elle est fons et culmen (art. 10) de l'année liturgique. Le fait estnettement
affirmé en tête du Motu proprio, qui ne commence pas sans raisonpar
les mots:
Mysterii paschalis cclebrationem.
Un deuxième aspect mérite
d'être
souligné dans l'exposé dessignificationdivers tempsde chacunliturgiquesd'eux.:
De ceon s'efforcepoint de devuedégager laleprésent
documents'apparente
à la «Présentation
générale duMissel
»
et à celle de l'Office divin. Il nes'agit
plus de formuler des lois à observer, maisd'inviter
àentrer
dansle sens
d'une
célébration.I. Le
triduum
pascal19 Le
triduum
pascal est, selon l'expression desaint
Au-gustin, le
sacratissimum triduum
crucifixi, sepulti et res-suscitati
(Epist.,55,
14). Il célèbre la totalité du mystère rédempteur, depuis le dernier repas prispar
le Seigneuravec les siens avant de souffrir,
jusqu'à
sonapparition
àses disciples
réunis
au soir du dimanche. Son contenu mystérique permet d'en cerner clairement les limites : il commence le soir dujeudi
saint avec la messe in Cena Domini et s'achève le soir du dimanche.L'article
28dira
que le carême s'achève
juste
avant la messe dujeudi
saint.On peut donc
regretter
que l'Ordo lectionum Missae, pro-mulgué le 25 mai 1969,
n'ait
pas tenu compte de cette règle et qu'il fasse commencer letriduum
pascalpar
la Messechrismale (p. 25).
Dans l'élaboration de l'Office divin on a été plus consé- quent, en
supprimant
l'Office propre dujeudi
saint: jus-
qu'à
l'heure médiane incluse, l'Office est de la férié. La consécration du saint chrême et la bénédiction des huilesn'ont
pas de lienintrinsèque
avec letriduum
pascal. La meilleure place pour leur formulaireserait
en tête des messes rituelles, immédiatement avant les messes du bap- tême et de la confirmation.20-21 Les Normes universelles
n'entrent
pas dans le détailde l'aménagement des Offices du vendredi
saint
et de lanuit
pascale. On letrouvera
dans le missel. Elles se conten-tent
de souligner lecaractère liturgique
dujeûne
sacrédu
vendredi
et du
samedi saints. Cejeûne
est, en effet, en connexion étroite avecla
fêtequi jaillit
de la célébrationde
la
veillée sainte1. Quant
àla
veillée elle-même, onaffirme
son doublecaractère
eschatologique et sacramentel:
elle est une
attente
et, en même temps,une
présenceanti-
cipée du Seigneur
ressuscité.
Onélargit aussi
le cadrehoraire
de l'aube.de sa célébration:
de lanuit
tombéeaux
approchesLorsque
la
veillée pascale a étérestaurée,
en 1951, les messes du soirn'étaient
encore permises quepar induit,
etle
fait
que lejour
commençât àminuit avait un caractère
indiscuté. Qui ne se souvient de ces
prêtres attendant
àla
sacristie lepremier
coup deminuit,
le soir du 24 décembre,pour
accéderà
l'autel? Aujourd'hui, alors
que semulti- plient
les messes dominicalesdu
samedi soir, onperçoit
mieux quePâques
commence avec lanuit
tombée. Peu de paroisses, enFrance,
décideront de commencer la veillée àtrois heures
dumatin,
mais cettefaculté a
été obtenue depuisplusieurs
annéespar
denombreux
diocèsesd'Europe centrale
et des pays germaniques, où ilétait d'usage
immé-morial
de célébrer larésurrection
du Christpar
une proces- siondu Saint-Sacrement avant
le leverdu
jour:
commel'avaient fait
les saintes femmes, le clergé et le peuple serendaient
au « tombeau»
dela
réserveeucharistique pour
y
trouver
le Seigneur et lerapporter
àl'autel majeur
enchantant
le Victimaepaschali
laudes. Laliturgie
de la veil-lée sainte a
pris très heureusement
la relève de cet usage populaire.II. Le
temps
pascal22-26 Le temps
pascal
est essentiellement unecinquan- taine
sacrée,qui
commence avec le dimanche dePâques
et s'achève ledimanche
de Pentecôte. Le mot « Pentecôte»,
d'origine grecque,
veut
dire Cinquante; aussi certains
sa-cramentaires
gallicans appellent-ils Dominica in Quinqua- gesima lehuitième
dimanche du temps pascal2. Lesauteurs
des
premiers
siècles, deTertullien
àsaint
Basile etsaint
Léon le Grand,
ont insisté sur la
symbolique descinquante
1. P. JOUNEL : Le jeûne pascal, dans La Maison-Dieu, n° 45 (1956), pp. 87-93.
- -
2. Sur révolution de la cinquantaine pascale au cours des cinq pre- miers siècles, voir le beau livre de R. CABIÉ : La Pentecôte, Ed. Desclée,
1965.
jours.
« Deus, qui paschalesacramentum quinquagenta
die-rum
voluisti mysterio contineri », dit la collecte de la messe du soirdu dimanche
de la Pentecôte, enfaisant
écho àtoute
la
tradition.
C'est àpartir
du temps oùla
Pentecôten'a
plusété tenue pour
la
clôtured'une unique
solennité decinquante jours,
célébrée commeun
seuljour
d'allégresse, maiscomme la fête du Saint-Esprit,
qu'on
a voulu à Romela
doterd'une
octave. C'est donc à bondroit qu'on
a supprimé cette octave:
onn'ajoute
pas quelque chose à une conclu-sion, sinon parfois dans les sermons qui ont peine à se
frayer un
chemin vers la vie éternelle.L'unité interne
et la dynamique du temps pascal se mar-quent
dans lefait
que les dimanches qui suivent le dimanchede la
résurrection
ne sont plus appelés dimanches après Pâques, mais dimanches de Pâques, comme auxrites
byzan-tin
et hispanique8. Ces dimanches ne le céderont à aucune solennité et à aucune solennisation de fêtetombant
ensemaine.
Les textes de la messe au temps pascal reçoivent
un
enrichissement considérable non seulement dans le lection- naire, avec la lecture quotidienne des Actes des Apôtres, des évangiles de larésurrection
et de l'évangilejohannique,
mais dans les oraisons et les antiennes:
chaquejour aura
sa collecte propre, et la semaine avant la Pentecôte
jouira
chaque
jour d'un formulaire
complet; plusieurs
sériesd'an-
tiennes
d'ouverture
et de communion ont été préparéespour
les fériés, afin de
nourrir la
foi des fidèles avec les textesfondamentaux
de la Biblerelatifs
au mystère pascal.Le document ne
fait
aucune allusion à la vigile de Pente-côte. De fait, la notion de vigile attachée à
la journée
pré- cédant une grande fête est supprimée. On trouvepourtant
dans le Missel cinq messes in vigilia, à la Pentecôte, à
Noël, aux solennités de la Nativité de
saint
Jean-Baptiste,des saints apôtres
Pierre
etPaul
et de l'Assomption. Ce sontdes messes festives célébrées au soir de
la
fête,avant
ou après les premières vêpres;
dans le Missel elles sont inti- tulées : messe du soir. Celle de la Pentecôte est dotée de plusieurs lectures ad libitum, quipermettent d'organiser
une véritable veillée biblique
préparant
à la célébrationde
l'Eucharistie.
3. P. JOUNEL : Le dimanche et le temps de Pâques, dans La Maison- Dieu, n° 67 (1961), pp. 163-182, spécialement le tableau des pp. 178-179.
m.
Letemps du carême
27-31 Le carême
prépare
l'Eglise à la célébration pascale.Il
n'est
donc pas nécessairequ'il
soitpourvu
lui-mêmed'une préparation
et il convientqu'il
sepoursuive jusqu'au début
dutriduum
pascal. C'estpour
celaqu'on
asupprimé
lestemps de la septuagésime et de la passion. Le temps de la septuagésime
était
une période hybride,puisqu'il
ne possé-dait
pas deformulaires propres
à l'Office;
néd'une
antici-pation
progressive du carême (il yeut d'abord la quinqua-
gésime, au 5e siècle,
puis
la sexagésime au 6e et la septua- gésime àla fin
du 6e ou audébut du
7e siècle), ilportait avant tout la marque
des angoisses de lacommunauté
deRome au temps des invasions
barbares. Quant
au temps de la Passion, ilétait
essentiellementcaractérisé aux
yeux du peuplepar
lefait qu'on
voilait les croix, lesstatues
et lesimages.
De même que la « pentecôte d'allégresse
» dure cinquante jours,
il est essentiel au carême (quadragésime) de se pour-suivre
durant quarante jours.
Onsait l'importance
de la typologie desquarante jours
dans la catéchèse des Pères:
avec les
quarante jours
deJésus revivant
symboliquement audésert
lesquarante
années de l'exode du peuple de Dieu,ce sont les
quarante jours
passéspar
Moïsesur
le Sinaï, lesquarante jours
del'affrontement
de David et de Goliath, de lamarche
d'Elie vers l'Horeb et de laprédication
deJonas
à Ninive.Le Consilium
liturgique aurait souhaité faire
dupremier
dimanche de Carêmel'ouverture
dela quarantaine
sacrée, comme ill'était
au temps desaint
Léon le Grand, et comme entémoigna jusqu'à
cejour la prière sur
lesoffrandes
du missel romain:
Sacrificiumquadragesimalis initii
sollem-niter
immolamus. On eûtsupprimé
lesquatre
féries péni- tentielles quiprécèdent
cedimanche
et laisséaux
respon- sables de chaquecommunauté
le soin de fixer lejour
del'imposition
des cendres dansla première
semaine duCarême. Cette
proposition
aparu trop radicale
et on acraint
de
troubler certains esprits pour
lesquels l'observance du mercredi des cendres, aulendemain
du carnaval,constitue un
élémentfondamental
dela pratique
religieuse. Du moinsles cinq dimanches de carême, avec
leurs
évangilesbaptis-
maux,constitueront-ils
désormais latrame
de la montée du peuple de Dieu vers Pâques,entourant
les catéchumènesdans leur propre cheminement vers la
nuit
sainte del'initia-
tion chrétienne.
IV. Le temps de la nativité
32-38 Dans un
latin traduisible
seulement en italien, le Code desrubriques distinguait
le tempusnatalicium
(25 dé- cembre-13janvier)
du tempusnativitatis
(25 décembre-5jan-
vier). Les Normes nouvelles ont abandonné ces
subtilités :
le temps de la nativité recouvre toutes les célébrations de
l'incarnation
du Seigneur et de ses premières manifesta- tions, de la crèche de Bethléem au baptême duJourdain.
Après la célébration de la Pâque, l'Eglise
n'a rien
de plusà cœur (nihil
antiquius)
que la commémoration de la venue du Fils de Dieuparmi
les hommes.Les deux innovations
marquantes
de ce temps sontla
solennité de la sainte Mère de Dieu, le 1"
janvier,
et lafête du baptême de Jésus le dimanche après le 6
janvier.
Les plus anciens
manuscrits
del'Antiphonaire
de la messe (8* siècle) sont unanimes à donner au 1"janvier
letitre
de Natale S. Mariae et les livresliturgiques
ont con-servé des vestiges
importants
de la plus ancienne fête romaine enl'honneur
de Marie,qu'il
s'agisse des oraisons du Missel ou des admirables antiennes de Laudes et de Vêpres(0
admirabile commercium, Rubum quern videratMoyses, Ecce Maria genuit nobis Salvatorem). Une mémoire
de la sainte Mère de Dieu est aussi célébrée le 26 décembre aux
rites
byzantin et syrien(tant oriental
qu'occidental) etle 16
janvier
aurite
copte. Cette solennitérattache
ainsi d'une manière éclatante le culte de la Vierge Marie à samaternité
divine, selon l'enseignement du Concile et latradition
unanime de l'Eglise.La fête du baptême de Jésus, timidement
instaurée
en1960, sera désormais célébrée le dimanche, et elle
jouira d'un
formulaire propreinspiré
de latradition
orientale.Précisons que, dans les régions ou
l'Epiphanie
est célébréele dimanche, la fête du baptême du Seigneur sera omise
les années où le dimanche de l'Epiphanie tombera le 7 ou
le 8 janvier. Afin de pouvoir consacrer au baptême du Seigneur le dimanche après l'Epiphanie, on a fixé la fête
de la sainte Famille au dimanche après Noël, où elle appa-
raîtra
davantage dansle
rayonnement de la nativité:
« Lesbergers vinrent en hâte, et ils
trouvèrent
Marie, Joseph etle nouveau-né couché
dans
la crèche »,dit l'antienne d'entrée.
Comme le temps pascal, celui de Noël comporte
un grand
nombre deformulaires propres pour
les messes de l'octave et les féries qui suivent le 1erjanvier.
V. Le
temps
del'avent
39-42 Le temps de
l'avent
estprésenté
dans sarelation
au double avènement du Christ comme « temps de pieuse et joyeuse attente».
Il estregrettable qu'on n'ait
pastiré
des conséquences
plus
explicites de cecaractère
joyeux del'avent
et, enparticulier, qu'on
aitmaintenu
la couleur violette, couleur du carême et de la liturgie desdéfunts,
comme couleur spécifique de ce temps
(Présentation
géné- rale, n° 308). N'eût-il pas étépréférable d'attribuer
le blanc au temps pascal, le violet au carême et le vert à l'avent,en
laissant
la liberté dans le choix de la couleurpour
les dimanches ordinaires?
Sans doute les Conférences épisco- pales peuvent-ellesproposer
desadaptations
« qui corres-pondent
aux besoins et à lamentalité
des peuples », maisil est moins question ici de la
mentalité
des peuples que dela signification
liturgique d'un
temps de l'année.VI. Le
temps ordinaire
43-44 La notion de temps
ordinaire
(tempus «per an-
num ») a étéintroduite
au temps de Pie X4pour
dési- gner les semainesallant
del'Epiphanie
à la septuagé- sime et de laTrinité
à l'avent (temps aprèsl'Epiphanie
et après la Pentecôte). La nouveautéintroduite aujourd'hui
consiste à
considérer
ce tempsordinaire
commeun
ensem- ble detrente-trois
outrente-quatre
semaines, « où l'on ne célèbreaucun
aspectparticulier
du mystère du Christ. On y commémoreplutôt
le mystère même du Christdans
sa plénitude,particulièrement
le dimanche».
Ainsi estaffirmé
clairement
lecaractère christocentrique
del'année litur-
gique.
Au Missel on
trouvera trente-quatre formulaires
de mes-ses
intitulées
Messes dominicales et quotidiennes. On inviteà
prendre
le dimanche lenuméro
duformulaire
qui corres-4. Rubricae in recitatione divini Officii et in Missarum celebratione servandae ad normam Constitutionis apostolicae « Divino afflatu »,
III, 2, dans AAS, 1911 (3), p. 642.
pond à celui
du
dimanche dans le calendrier del'année
encours
:
ainsi le quatorzième dimanche ordinaire, onprendra
la messe n° 14. Mais, en semaine, on
puisera
à volontédans
ce fonds de
trente-quatre
messespour adapter la
célébration aux besoins de l'assemblée ou à ceux du célébrant. Cesformulaires ont
été composés àpartir
de ceux des diman-ches après
l'Epiphanie
et la Pentecôte, mais l'ensemble aété
profondément
rénové. On a veillé, enparticulier,
àoffrir
des antiennes de communion qui soient en
relation plus
étroite avecl'Eucharistie.
Chaqueformulaire
comporte d'ail- leurs deux antiennes de communion au choix. Enfin, selon une règle générale, il esttoujours permis d'utiliser
unepièce
d'un formulaire
et uneautre d'un autre, pourvu qu'ils
aient étéattribués
au même temps liturgique.Le temps
ordinaire
se révèle ainsi riche enformulaires
et en possibilités
d'adaptation.
Mieuxqu'en tout autre
tempson y saisit la loi qui a présidé à
la
composition du Missel dePaul
VI : abondance et qualité dans les textes, souplesse dansl'organisation
concrète de la célébration.VII. Les
rogations
et lesquatre-temps
45-47 On
peut retirer
de ceparagraphe
deux conclusions:
laet litanieles quatre-temps sont
majeure
du 25 avrilmaintenus,
est suppriméemaisleur ;
lesréglementa-rogations tion est laissée à la charge des Conférences épiscopales.La litanie majeure, dont on
sait
qu'ellen'avait d'autre
lien avec la fête de
saint
Marcqu'une
coïncidence de date,a été supprimée, car elle
constituait
dans son objetun
doublet des rogations et elle ne devait son originequ'à
descirconstances
substituer
particulières:
ellefut instituée
à Romepour
une procession
printanière
chrétienne àune
pro- cession païenne qui avaitpour but
de supplier le dieu dela gelée Rubigo
d'épargner
désormais lesjeunes
pousses;
elle suivait même
un parcours
identique, du centre de Romejusqu'au
Ponte Milvio.Rogations et quatre-temps devront
être
réorganiséspar
les Conférences épiscopales
:
non seulement iln'y
a aucuneraison de célébrer
quatre
foisl'an
le changement des sai- sons dans les pays tropicaux, maisl'urbanisation
pose entout
lieu le problème de leur signification et de leur modede célébration. La
prière
collectivepour
lesfruits
de laterre
dans lecourant
du mois de mai conserve saraison
d'être en paysrural,
qu'elle comporteou
non une proces-sion. En ville on sera plus sensible à une
prière
solennellepour
« lestravaux
des hommes»
aumoment
de lareprise
de
l'activité
en septembre ou octobre.Les
quatre-temps proviennent
derites pré-chrétiens
dela cité romaine
:
on yinvoquait
les dieux au moment dela
moisson(juin),
des vendanges (septembre) et de la récolte des olives (décembre), lestrois produits
de base del'agri- culture
méditerranéenne;
aux fêtes de décembreétait rat-
tachée
l'entrée
en charge desmagistrats
désignéspour
les fonctionspubliques
de laprochaine
année. Leschrétiens
enfirent tout naturellement
desjours
dejeûne,
enoffrande
desprémices au Seigneur,
puis
desjours d'ordination. Aujour-
d'hui, des semainespeuvent
être consacréespériodiquement
à la
prière
et aupartage pour
ceux quisouffrent
de la faim,de la guerre,
de
conditions detravail inhumaines,
ou encoreà
un effort
collectif enfaveur
des malades et despersonnes
isolées. Il y
aurait intérêt
à ce quel'un
oul'autre
de cesobjectifs soit précisé chaque année
par l'épiscopat d'une nation
oud'une
région. Aussi a-t-on laissé la libertédans
le choix des messes
pour
cesjours
de réflexion et de prière.Parmi
lesformulaires
qui sont proposéspour
les divers besoins des hommes ontrouvera
sans peine celui quiconvient le mieux.
II. LE CALENDRIER
Le
chapitre
II des Normes universelles est destiné enpartie
à ceux qui ont charge de composer lescalendriers particuliers.
Ilintéresse
doncun
nombre moinsgrand
delecteurs. Aussi allons-nous en
traiter d'une manière plus
brève.
TITRE 1 : LE CALENDRIER ET LES CÉLÉBRATIONS QUI DOIVENT Y ÊTRE INSCRITES
Calendrier général et calendriers particuliers
48-49 Certains
ont cru
déceler unecontradiction dans
letitre
du nouveau calendrier:
Comment, disent-ils,un
ca-lendrier
peut-il être à la fois « romain»
et « général»
?On trouve ici la réponse à la question. Les normes
pratiques
de la réforme liturgique concernent « le seul
rite
romain»
(Const. lit., art. 4). Il
fallait
donc établir uncalendrier contenant
les fêtes célébrées dans l'ensemble durite
ro-main
:
c'est le but du calendrierromain
général, qui doitêtre complété
par
lescalendriers particuliers
des diocèses, des paroisses ou des familles religieuses. On asubstitué
l'appellation de « Calendrierromain
général»
à celle de« Calendrier universel
»,
qui semblait moins heureuse,car
elle ne soulignait pas
qu'il
s'agit du calendrier du seulrite
romain. De même
n'accepterait-on
plusaujourd'hui
la for- mule selon laquelle telle fêteétait
« étendue à l'Eglise uni- verselle », alors qu'il nes'agissait
même pas del'universalité
de l'Eglise latine.
La composition des
calendriers particuliers
50-55 La composition des
calendriers particuliers était
régie précédemment
par
le Code desrubriques
(nos 50-58),complété
par l'Instruction
De calendariisparticularibus
du14 février 1961, qui a formulé des règles
d'une
grande qualité pour la révision desPropres
diocésains et religieux.Il est vraisemblable que les Normes de 1969 seront préci-
sées elles-mêmes par une nouvelle
Instruction
du même type que celle de 1961.Retenons spécialement ce qui est dit au numéro 54 : mises
à
part
les solennités dupatron
du lieu, de la dédicace et dutitulaire
de l'église, ainsi que les fêtes desautres patrons principaux
et de la dédicace de la cathédrale, les célébra- tionsinscrites
dans les calendriersparticuliers
seront nor- malement des mémoires, soit obligatoires, soit facultatives.Les mémoires obligatoires devront être peu nombreuses. Il
ne serait pas conforme à
l'esprit
de la présente réforme dedoubler le nombre des mémoires obligatoires
par
le biaisdes calendriers
particuliers.
On ouvred'ailleurs
une pers-pective
intéressante
en disant:
« Rien n'empêche que cer-taines fêtes soient célébrées avec plus de solennité dans certains lieux que dans l'ensemble
d'un
diocèse oud'une
famille religieuse. » C'est ainsi
qu'il
conviendra souventd'inscrire
un saint au calendrier en luiattribuant
une mé-moire facultative dans l'ensemble du diocèse, et obligatoire dans la ville ou le secteur où il a vécu. Certains
calendriers
diocésains français comportent les noms de saints
d'un
diocèse voisin, parce
qu'une
région du diocèse actuelfaisait
partie
del'autre avant la
Révolution.Qu'on n'hésite
pas àproposer leur
mémoirepour
le seulterritoire intéressé.
TITRE
II : LE JOURPROPRE
DES CÉLÉBRATIONSL'unification du jour festif
56
Unsaint
doitnormalement être
célébré le mêmejour
au
calendrier général
etdans
lescalendriers particuliers,
comme le
demandait déjà l'Instruction
de 1961 (n° 21). Iln'était
pasnormal,
en effet,qu'un
fidèlenon averti venant
à Ars le 9
août pour y fêter saint Jean-Marie
Vianney (datede sa fête au
calendrier universel
de 1927 à 1960)y apprît
qu'elle
avait
été célébrée le 4,anniversaire
de lamort du saint.
Une telleanomalie serait d'autant plus regrettable
désormais que lessaints sont systématiquement inscrits
àleur anniversaire dans
lenouveau Calendrier
général.Les
temps forts de l'année liturgique
Dans les
calendriers particuliers,
commedans
le calen-drier
général, il convient « que les fêtes dessaints
nel'emportent
passur
les fêtesqui célèbrent
lesmystères sauveurs
en eux-mêmes » (Const. lit.,art.
111). Aussi doit- on veillerà
ne pas lesplacer aux temps
lesplus marquants
de
l'année,
comme la secondequinzaine
de décembre et le carême.A cette occasion, on offre
aux
Conférences épiscopales lafaculté
detransférer la
solennité desaint Joseph
du 19mars
à
une date
située endehors
du carême. C'est, en effet,un pur jeu d'homonymie qui attira la mention
desaint Joseph au
19mars dans
lescalendriers occidentaux
des 10e et 11e siè- cles, le Martyrologehiéronymien nommant
au 20mars un certain
Josipe. Lescalendriers liturgiques français du
18e siècle
avaient déjà
procédé à cettetranslation,
hono-rant l'Epoux
de Marie soit en avent, soit au mois dejanvier,
soit encore