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(3)

PQ

va

(4)
(5)
(6)

OUVRAGES SOUS PRESSE:

UN NOUVEL OUVRAGE

Par deBAZAIlirCOUKT,

2 vol. in-18.

MÊMOÏRESvDE TALMA

BSCUEILLIS

Par

ALEXANDRE DUMAS.

TomesV etVI.

ParThéophile

GAUTIER.

lES PROSCRITS DE SYLLA

Par

FÉLIX

DERIÉGE.

Par Madame D'ASH.

ParFÉLICIEN MALLEFILLE.

Par

ALPHONSE KARR.

FARTS.

Imp. deH, V. deSurcy etCie, rue deSèvres, 37.

(7)

NOBLESSE

OBLIGE

>?

PAR

""V^^^

^^/.

I.e

Baron de BAZAMCOURT

, Ant...r d'«« D#r«,.r Suu«.«.r, /èrd«. Rud««, S,^r,U i. ;«««« A

rB.»(i<lr«n vo!a«t *. lar.i-M,«•Comte*.B..>u.w, ele., «le.

PARIS. -1851.

IlIPPOIiTTE SODVERAIIV, KDlTEtl»

O, BUE DES

BEAUX

-ARTS.

(8)

Digitized bythe InternetArchive

in 2010 witii funding from University of

Ottawa

Iittp://www.arclnive.org/details/noblesseoblige01baza

(9)
(10)
(11)

Dans

une des parties les plus sauvages de la Bretagne, entre Nantes et Lorient, à quelques centaines depasdela routeet surla lisière d'un bois, se trouve une mauvaise cabane aussi sale à l'intérieur

que

délabrée à l'extérieur.

C'est

un

de ces cabarets sans

nom comme

on envoit

NOBL. 1. 1.

(12)

-8-

souvent dans nos campagnes, et

que

visitent seulementlesrouliers

pour

avalerenpassant

un

verre d'eau-de-vie.

Par extraordinaire, deux

hommes

sont assis dansrintériejurde ce cabaret; ils ontdevanteux

un

pot de vin vide et deux verres dont la teinte violacée indique le rebutant liquide qu'ils ont contenu.

Cesdeux

hommes

sonttous

deux

mis

comme

des gens de la

campagne

: une veste ronde,

un

largepantalon arrêtéaux

genoux

par des guêtres,et luichapeau noirdontles

immenses

i^bords cachent

une

moitié

du

visage.

Tous

deux sont silencieux et écoutent; mais il ne se fait

aucun

bruit audehors,etl'on n'entendque

lepassage de quelquesrafFalesde vent quiagitent sourdement les arbres

du

bois et font crier les

planches maljointes de la porte

du

cabaret.

Ilnevientpas!dit

un

desdeux

hommes

en

(13)

passantsurson visageune deses mainscalleuses

etfaisant

tomber

parce

mouvement

sonchapeau àterre.

Ilauraétéretardé,ditl'autreaprès

un mo- ment

de réflexion.

Ettousdeuxseturentaprèscesquelquesmots échangés.

Le

silence qui allait

recommencer

fut inter-

rompu

par l'arrivée de la cabaretière, grosse

femme

auxjouespleines etcouleurde pourpre.

— Ah!

ça,

mes

petitsamis,di!-el!eenentrant,

est-ce

que

vousn'allezpas bientôt viderlaplace*

Pour un

potdevin deuxencore), il n'y a pas mal de temps

que

vous y êtes.

Qu'est-ce que ça te fait.^

(14)

10

Ça

me

faitque minuita sonnédepuislong- temps et que jeveux fermer

mon

cabaret.

Fermer

ton cabaret,

madame!

reprit l'un

desdeux

hommes,

d'un ton railleur, avecquoi,

s'il vous plaît? il n'y a pas de porte.

On

n'irapas vous chercher

pour

enmettre!

riposta la cabaretière, dont les yeux lancèrent des flammes.

Allons, dit l'autre, ne nous fâchons pas,

la grosse.

— Un

pot de vin

du même. Nous

at- tendons quelqu'un;

quand

il sera venu, nous partirons.

A

la

bonne

heure!

quand on

s'explique

on

comprend;

mais je ne serais pas

mal

curieuse de voir

comment

sont faites les portes de son chenil à l'autre. (Cette dernière phrase fut dite entre les dents.)

(15)

Quand

la cabaretière eut mis sur la table le

second pot de vin,

elle s'en alla.

Les deux

hommes

se regardèrent

un

instant.

L'un desdeux se leva, allaàlaporte, jeta

un coup

d'oeil au dehors et baissa la tête près de terre

pour

écouter; puis revint à sa place, se versa silencieusement

un

verre devin, lebutde

même,

et après avoir essuyé ses deux grosses lèvres

du

revers desa main,ilreprit sa position en appuyant ses deuxcoudes surla table etson

menton

sur ses

deux

poings.

"—Qu'en

dis-tu, toi? reprit-il.

Je dis qu'ilfaut voir.

Il devrait être ici depuis plus d'une heure.

Il viendra bientôt.

(16)

12

S'ilvient.

— ïe

voilà, toujours avec tes soupçons.

— Au

fait, nous nele connaissons pas, et le

mystère dont il s'enveloppe...

Parbleu, ne voudrais-tu pas qu'il vînt te

décliner ses

nom

et

prénoms

et te montrer son acte de

baptême? —

Pourquoi serait-il venu à

nous, s'il n'avait pas eubesoin de notre aide?

Certainement, je ne dis pas; mais aussi

pourquoi a-t-il refusé de répondre à toute nos questions, de nous dire

même

l'endroit

il

voulait nous conduire, ce

que

nous aurions à faire?

^Parcequ'il nevoulaitpasébruiter sonpro-

jet, sans doute.

(17)

Tout

cela est louche.

Si c'était claii', il ne nous donnerait pas à chacun mile écus.

Je voudrais les tenir.

Nous

les tiendrons; il abesoinde nous, te

dis-je, et nous n'avons pas besoin de lui.

Donne-moi un

verre de vin , et sois sur qu'il viendra.

Cela n'empêche pas que nous droguons

comme

des chiens de basse-cour.

-Mais quel coup de fortune!...

L'affaire sera difficile, peut-être.

Qui ne risque rieii , n'a rien.

(18)

14

Silence... il

me

semble que j'entends

du

bruit.

Et celui qui avait parlé se leva, et alla une seconde foisécouter àla porte.

Il fait noir

comme

dans l'antre

du

dia- ble; je ne vois pas, maisj'entends marcher.

C'estnotre

homme

sans doute.

Jevais le savoir, reprit l'autre.

Il se mit à chanter les premiers vers d'une ballade bretonne :

11 estun castelsombre Qui SB'dresse dans l'ombre

Avec son donjon noir.

(19)

Une

voix reprit aussitôt les vers suivants :

Le sire de Belleprise,

A

la moustache grise, Habitecemanoir.

C'estlui!dirent àla foisles

deux hommes.

1

Ila

répondu

au signal.

En

effet,

un homme

qui ne portait pas,

comme

les deux personnages

du

cabaret, le costume de la campagne, approchait d'un pas précipité.

Il avait.

comme

les autres,

un

large cha-

peau

dontles longs rebords lui cachaient pres- que entièrement le visage, et était enveloppé d'un grand manteau, moins dans le but cer- tainement d'être garanti

du

froid, que dans celui d'empêcher au besoin qu'on put le recon- naître.

(20)

10

— Ah!

dit-il, vous voilà exacts au rendez-

vous.

Oui, exacts... depuis deux heures.

Il fallait attendre

un moment

favorable, reprit d'une voix basse le nouveau^venu; la

prudenceest le pius sur

moyen

d'arriver.

— Et

tout estprêt.''

Oui, nous n'avons rien à craindre, j'es- père.

— En

tous cas, nous

sommes

armésî dirent ensemble les deux

hommes.

— Ça

ne servira àrien, repritl'autreenhaus- sant les épaules, mais cela peut être

bon

pour effrayer au besoin.

Vous

savez ce dont nous

sommes

convenus : pas

un

mot, pas une ré- flexion. Je vous dirai ce qu'il faudra faire.

Obéissance aveugle à

mes

ordres pendant une heure; la récompense est à ce prix.

(21)

C'est dit, marchons.

— Ah!

à propos, il

faut payer à la grosse ces deux pots.

Donnez-

nous de lamonnaie, camarade!

Le

nouveau venu tira une pièce de cent sous de sa poche.

J'ai fait attendre, dit-il, il est de toute

justicequeje paie leretard.

Quelques minutes après, tous trois étaient à cent pas

du

cabaret.

Ilnefaut pas,dit

l'homme

enveloppé d'un manteau,

que

l'on puisse nous rencontrer en- semble. Trois

hommes,

àcetteheuredela nuit, suivant la

même

route, pourraient éveiller les

soupçons, et nous n'avons pas besoin de cela.

(22)

18

— Sur

la gauche et sur la droite, il y a deux sentiers qui aboutissent au

même

point.

Moi,

je prends celui-ci ; vous autres, prenez l'un à droite, l'autre à gauche, et silence.

— Le

rendez-vous?

— A

l'endroit

aboutissentlestroissentiers.

Bientôt le bruit des pas de ces trois per- sonnages s'éteignitdans le silence dela nuit.

Dix minutesaprès,tous troisse retrouvèrent.

Ah

ça! dit l'un des deux compagnons,

allons-nous?

— Que

vous importe?

— Vous

allez

jevous

dis d'aller.

Mais, cependant, il serait temps de con- naîtrelachose dont il s'agit?

(23)

19

— Du

tout, dit rinconnu; vous connaissez nosconventions... Voulez-vous, oui

ou non?

Il faudrait savoir àquoi

on

s'expose?

— Vous

vous exposez àgagner mille écus.

— Au

fait, c'est vrai, reprit le second^

qu'est-ce

que

nous avons««sbesoin de savoir, puisque c'est

un

secret à monsieur?

Maintenant, continuonsnotreroute.

Tous

troismarchèrentsilencieusement;l'hom-

me

enveloppé

du manteau

était devantles

deux

autres.

Tout

d'un

coup

il s'arrêta, et faisant

un

signe de la

main pour commander

le plus

grand

silence, il prêta l'oreille au bruit que

le vent, en passant, avait apporté jusqu'à lui.

J'ai distingué des voix, reprit-il; il ya

(24)

20

devantnousdes gensqui suiventla

même

route, car celle-ci est la seule aux environs... Éeou*

tons... le bruit se rapproche... silence; ca- chons-nous derrière cette haie, et laissons-les passer.

Tous

trois alors, rebroussant

chemin

pour trouver

une

issue, se cachèrent au milieu des joncs, derrière

une

deces haies élevées si

com- munes

en Bretagne, et qui ne sont autrechose

que

des

murs

de terre de la hauteur de six pieds environ, et surle

sommet

desquelspous- sent à l'envi des châtaigniers, des chênes

ou

des hêtres.

t

Lorsque

les gens dont la venue les avait effrayés se furent éloignés, nos trois

hommes

reprirent leur marche.

Bientôt

on

vit sedécouper sur leciel,

comme

(25)

une dentelure noire la silhouette imposante d'un de ces vieux châteaux dont l'existence se

compte

par dessiècles.

Quel est ce château? dit machinalement

un

des

hommes, on

dirait

une

citadelle.

— Le

château des Herbiers, dit celui qui

marchait devant;

c^est là

que nous

allons,

Ah!... dirent à la fois les deux

hommes, comme

satisfaits d'apprendre enfin

ils

allaient.

Et

le silence qui avait précédé l'interroga- tion etla réponse,

recommença

de nouveau.

Ils marchèrentencore bien

un

quart-d'heure;

puis il se trouvèrent en face d'un

mur

assez élevé.

Le personnage mystérieux qui les

accompa-

XOBL. I. 2.

(26)

22

gnaitleur fit signe d'étouffer autant que pos- sible le bruit de leurs pas sur les pierres

du chemin

, et ils suivirent ainsi le long

du

mur.

Ilss'arrêtèrentdevantunepetiteporte.

Nous

voici arrivés au château des

Her-

biers, dit l'inconnuà voix basse, en introdui- santtout

doucement

la clédans laserrure de la porte.

Vos

souliers font trop de bruit, ils

sont ferrés; ôtez-les, vous marchereznu-pieds.

Cette mesure de précaution

une

fois prise, ils traversèrent deux cours, et arrivèrent par

un

long corridor à l'entrée d'un escalier tor- tueux pratiqué dans l'un des donjons.

Celui qui les conduisait ouvrait toutes les

(27)

portes, et marchait avec une assurance qui dénotait

château.

dénotait une grande connaissancedes êtres

du

(28)
(29)

LE

CHATEAU DES HERBIERS.

(30)
(31)

mystérieuse entreprise, et transportons

nous

quelques joursplus tard, sur la grande route.

Allons, Brunette, allonge lepas,

murmu-

rait ledocteur Gervaiseneffleurantlesflancs de

(32)

28

sa jument du feuillage de la branche qui lui servait de cravache.

Allons, pressons-nous,

la route est longue.

Le

médecin de

campagne

était carrément

établi sur la selle à hauts rebords; sa large et joyeuse figure avait ce jour-là une expression plus sereine encoreque de coutume.

Une

nuan- ce d'orgueil s'y laissait entrevoir.

Vanité

satisfaite

donne

toujours

un

peu de

bonheur;

ce peu de

bonheur

embellit tout ce qu'il touche.

De

quelle gloire donc se réjouissait le

bon

docteuren trotinant sur sa jument noire?

C'est

que M.

Gervais se rendait au château des Herbiers, situé àsix

ou

huit lieues environ

du

village qu'habite le docteur.

— On

l'a envoyé quérir, sur le bruit de sa

renommée,

pour soigner très-haute et très-puissante demoiselle

(33)

29

Alicede Kervelane. Cette grande demoiselleest

une

petite-'fille

du

vieux baron, seigneur du

domaine

des Herbiers, petite fille de seizeans,

du

moinsselon le dire

du

garçon de fermequi vint chercher le docteur, robuste paysan pour lequel

on

n'est une

femme

qu'avec cinq pieds et quelques pouces, des mains potelées et de rotiges couleurs.

— Ah!

monsieur le docteur, disaitValentin,

toute votre belle science n'y fera rien; elle est petite, elle est blanche

comme

une paquerelte,

elle est chétiveet se penche

comme

voilà l'her- be de votre jardin.

Vienne la floraison de septembre, ce sera fini

, perdue

comme

les autres!

Allons donc,

mon

garçon, répondit le

docteur en s'établissant sur le dos deBrunette,-

ilyabiendesjoursd'iciaumoisde septembre.

(34)

30

Nous

fortifierons cette petite plante-là; j'en ai tant vues qui se faisaient prier

pour

fleurir et qui aprèsse sont épanouies à

cœur

joie. Ilfaut toujours espérer,

mon

garçon.

Et le docteur se mit à trotter sur sa

jument

noire.

Huit lieues par un beau jour de printemps avec l'espoir d'être utile et

un amour-propre

satisfait

pour

charmer les ennuis

du

voyage, sont bientôt franchies,

même

avec TaHure de Brunette qui arrache

chemin

faisant tous les

bourgeons placés sur son passage.

Voici le château avec ses hautes tourelles,, son toit d'ardoises, ses

murs où

nichent les hirondelles auprès des touffes de giroflées.

Pauvre château qui a survécu aux jours desa splendeur, et qui voit maintenant l'herbe en-

(35)

vahir ses pavés. 11 passait de génération eu génération, fardeau de plus eu plus lourd à porter à mesure qu'on avançait dans cette échelle sociale.

Le

fils unique avait eu deux en- fants, ces deux enfants enavaient eu cinq; etle lechâteautombaitde têteen tète, souvenir d'or- gueil, souvenir de fortune, mais ruine certaine

pour

celui dont il obéraitle mince patrimoine.

Cependant son possesseur actuel l'aimait de toutesonâme, etcetteâmeétait noble, fièredans sa pauvreté, orgueilleuse devant son blason, fidèle au souvenir

du

passé, attaché à chaque pierre

du

sol natal;

c'était un de ces vrais

nobles dontle type s'efface dejour en jour;

un

decescoeursde haut lignagequi gardaiten sou- venir la vieille devise :

NOBLESSE OBLIGE.

Le

docteur venait de tirer la chaîne de la

(36)

— sa-

la cloche, et Briinette entra d'un pas majes- tueux dans la cour d'honneur.

Une

servantevint tenir la bride

du

cheval, et le baronparut bientôt surles degrés duperron.

Il était d'une haute stature; sa tête

impo-

sante, grave, austère, semblait difficilement s'incliner; son abord avait quelque chose d'ac- cueillant, sans toutefois combler la distance

du

paysan au seigneur.

Une

servante en tablier detoile était la seule domestiquequisemontra.

Despoulesvenaient

chercher leurnourrituredansles interstices des pierres

du

perron ; des

moutons

parquaient dans ce qui avait étéautrefois le jardin deplai- sance, etpourtant, au milieudetous cesdétails d'une vie de labeur et d'économie, l'aspect ilu baroii faisait ryver au temps

les seigneurs avalent des pageset des hcraults d'armes.

(37)

Le

docteur Gervais lesaluarespectueusement, et le suivit,

un

peu intimidé, dans le salon

du

rez-de-chaussée.

Ce salon, qui était la salle d'honneur

du

châ- teau avaitconservépour principal,

on

pourrait presque dire, pour seul

ornement

des portraits defamille.

Les uns, bardés defer, représen-

taient les premiers temps guerroyants de la

monarchie,

d'autres portaient sur la poitrine

les blasons des chevaliers qui combattirent en Palestine avec saintLouis, d'autres avaient ces longs vêlements de velourset de soiequ'appor- tèrentles règnesde CharlesVII et deLouisXI.

Sous

chaque

roi la noblefamille des Kervelane avait eu

un

représentant qui avait écrit son

nom

surle grandlivrede l'Histoire.

Cettepièce, toutefois, était triste à observer

(38)

34

dans son ensemble.

Sa haute cheminée et ses

boiseries sculptées disaient qu'elle avait eu des jours meilleurs; la simplicité des meubles, leur vétusté et leur petit

nombre

parlaient des tris- tesses des jours présents.

Qui naît pauvre et

meurt

pauvre a

une

cruelle destinée; mais qui naquit riche et vitdansla gêne, souffre

comme

on

lefaitd'unechute;

on

estmeurtri

du

choc,

on

a,

pour

ainsi dire, creusé leterrain en

tom-

bant,

on

est gisant plus bas que ne le voulait peut-êtrela

main du

sort.

Il y eut quelques instants de silence entre le

docteur à la figure épanouie, et qui essayait d'atteindre à grand' peine la gravité

comman-

dée par les circonstances et le baron qui

sem-

blait ne pouvoir parler qu'avec effort.

Enfin ce dernier passa, à plusieurs reprises^

sesmainssur son front, et

commença

ainsi :

(39)

Il y a vingt ans, docteur, j'épousai une jeune fille

que

Dieun'avait pas destinée à res- ter longtemps surlaterre.

Je lesavais, hélas !

avant qu'elle ne devint

ma femme;

mais je l'aimais. Jevoulais l'entourerdesoins, d'amour

et de

dévoûment

pendant le peu de temps

que

Dieulalaisseraitvivre.Etpuisenfinj'étaisjeune, etjecroyais

que

l'amourpouvait fairedesmira-

cles.

En

effet, la maladie de poitrine,qui devait hâtivement la conduire au tombeau, sembla

s'arrêter sous la

main

puissante

du

bonheur. Je crus que Sarah était ressuscitée... de beaux enfants grandissaient autour de nous;

un

fils, qui tenantde moi, étaitrobusteetpleinde vie; deux filles jumelles, qui ressemblaient à leur

mère, et restaient pâles, mais adorablement

jolies.

Sarah! Sarah, l'ange de cette de-

(40)

56

meure!... la

femme

idolâtrée, la

mère

bénie, atteignit sa vingt-cinquième année; puis sans effort, sans lutte... elle mourut. Elle

mourut

résignée, mais le coeur rempli d'une profonde

tristesse en regardant ses trois enfants.

Elle

pleura; pauvre

femme,

laviequ'elle perdait.

En

ce

moment

la porte

du

salon s'ouvrit brusquement, etla servante entra.

Monsieurlebaron,dit-elle tout essouflée,

Valentin a aperçu,

du

haut de la tour, bas dans la vallée, des chevaux de poste; ce

mon-

sieur sera ici dans une heure au plus.

C'est bien, dit lebaron, laissez-nous.

Le

baron reprit après quelques minutes de

silence.

Jerestai seul prèsde

mes

trois enfants. Il

y avait de grands devoirs;

le devoir, c'est

la consolation du malheur. Je vécus,

mon

fils

(41)

grandit sans

me donner

aucun souci; sa nature forte et mâle lui avait

donné

celte énergie si

rare

du

corps,

quand

elle se joint à celle de l'âme; mais

mes

filles!., douces images de leur mère, deux fleurs bien pareilles sans sève, sans couleur, eurent

une

pénible enfance.

Elles

avaientles

mêmes maux,

les

mêmes

défaillances, le

mal

touchaiten

même

tempsces

deux

jeunes têtes; elless'inclinaient ou se relevaientensem-

ble. Je passaisdesjours pleinsd'angoissesetdes nuits sans sommeil,

J'ai prié à désarmer la

rigueur

du

ciel; elles atteignirent ainsi quinze ans.

Alorsdocteur., alors...

La

voix du vieux baron devint extrêmement tremblante.

'Alors... l'une d'elles mourut!... il ne m'en reste plus qu'une... Celle c{ul

mourut

a

NOBL. 1. 3.

(42)

S8

dit en embrassant

doucement

celle qui survi-

vait.

Au

revoir,

ma

sœur.

Docteur , avez-vous des enfants? s'écria

vivement le baron,., en saisissant les deux mains

du

médecin, tandis qu'une larme, en vain retenue, roulait dans ses yeux.

Le

docteur Gervaisessaya de parler, mais sa voix s'arrêta dans songosier.

Une... une... Oui, murmura-t-il; oui, monsieur le baron, j'ai...j'ai aussi...

une

fdle.

— Eh

bien! alors, monsieur, au

nom

de

votre enfant, sauvez le

mien

! s'écria lebaron.

La main

tremblante

du

baron prit brusque-

ment

celle

du

docteur, et l'entraîna vers le per- ron.

Alice!... Alice!... cria-t-il.

(43)

— Mon

père, répondit une jeune fille que

l'onnevoyait pas.

Elle est dans ce bosquet de Itlaset de se- ringas.Venez,docteur;voyez-vous,sessoufFran- ces la rendent triste, elle aime à être seule, à passer des heures entières au milieu des fleurs, assisesur l'herbe, sansoccupation,sans pensées, et souvent

même

ellenem'entend pas

quand

je l'appelle.

Le

baron et le docteur traversèrent

une

pe-

titeprairie

l'herbe fouléeparles pieds décri- vait

une

espèce de sentier^ puis ils approchè- rent d'un groupe d'arbres printaniers en fleurs qui exhalaient des parfums presque trop forts.

Le

baron écarta quelques branches et

montra

à

M.

Gervais,Alice, sa fille, à moitié couchée à l'ombre d'un lilas blanc.

Aliceavait seize ans. Elle eût été

un

délicieux

(44)

40

portrait àfaire

pour

un peintre; mais eeluiqul n'a que desmots pour donner

une

idée decelte jeune fille, ne le peut

que

difficilement.

Alicen'était ni belle nijolie peut-être, etce- pendantelleétaitravissante. Petite, frêle

comme

un enfant, elle avait le regard d'une

femme.

L'âme

avait marché plus vite

que

le corps;

l'enveloppe était trop faible pour les trésors qu'ellecontenait. Alice était doncpresque ché- tive; mais cela donnaità toutesa personne tant de délicatesse, l'on pourrait dire tant de gra- cieuse souplesse, qu'ily avait

un charme

puis- sant. Elleétaitplus

que

blanche; elleétaitd'une pâleur inanimée; à peine ses lèvres étaient-elles roses. Ses yeux bruns, exactement

du même

brun

que ses cheveux,avaientunecouleur fon- cée, mate, sans reflet qui faisait encore ressor-

tir l'albâtre de la peau.

Quand

Alice était dis-

(45)

traite, ilyavaitsipeu de vie dans l'ensemble de toute sa personne, qu'on pouvait la prendre

pour

une statue; mais

quand

une pensée l'occu- pait, sesyeux trouvaient toutàcoup

une

exprès- -,

sion si profonde, si pénétrante,

que

pas

un

regard de

femme

ne pouvait soutenir la

com-

paraisonaveccettepetite tête inclinée, blanche, pensive, pleine d'intelligence etd'àme.

Enfant, lui dit le baron, pourquoi rester lejourentier ainsi inactive et triste? Pourquoi ne t'occupes-tu pas? Pourquoi ne chantes-tu pas?

— Mon

père, il n'y a

que

des oiseaux qui chantent tous lesjours, répondit lajeune fille.

Le

docteur Gervais regardait en silence la belle enfantqu'onallaitconfierà sessoins; mais en présence de cette nature si frêle, le médecin

(46)

42 -=

de

campagne

doutait presque de sa science; il lui semblait

que

ses mains robustes et rudes allaient toucher quelque chose de trop fragile qui se briserait à son moindre

mouvement.

11 restait

donc

plongé dans ses pensées, tour- nant et retournant entre sespoings son large chapeau de feutre.

— Eh

bien! docteur? lui dit le baron.

Le mot

de docteur apprit à Alice quel étaitle

nouvel hôte qui setrouvait en ce

moment

de- vant elle; elle fixa sur son père

un

reg£U'd de reproche, et avec

un

imperceptible

mouvement

d'épaule elle

murmura

:

— Encore

!

Mais bientôt la jolie figure de la jeune fille

reprit

un

airde complèteindifférence.

Danssa

physionomie,ilyavaitincrédulitépourlascience

(47)

et défi, car ellese sentait

rame

souffrante plu- tôt quelecorps; elleétaittriste et

non

malade.

Elle laissa

donc

leregarddecet

homme

s'arrê- tersurelle, et elle reprit son silence et son im- mobilité.

M.

Gervais l'observa silencieusement. Quel- ques minutes écoulées, il s'avança vers elle, et serrant dans ses larges mains le petit poignet d'Alice, il

compta

avec attention lespulsations; puis il posa encore sa

main

sur le cœur, et en

suivitlesbattementsparfois irréguliers;ilécouta aussi le passagede la respiration, en

appuyant doucement

son oreilleentre les deux épaules de

lajeune fille.

Le

père suivait tous ces

mouvements

avec angoisse et cherchait àpénétrer par avance sur

laphysionomie

du

médecin la pensée secrète de

la science.

(48)

kl,.

— Eh

bien,docteur?disait-ilà chaque instant endéguisantmalle tremblement de sa voix; eh bien, docteur?

— Eh

bien,monsieur lebaron, celanevapas mal; celte petite santéest en

bon

chemin.

Il

n'y a rien à craindre; Dieu a permis

que

ces deux tètes si chères que vous regrettez

empor-

tassentau moinsavec elles le maiqui les a con- duites

au

tombeau.

Le

baronrespiraavecforce,

comme

un

homme

délivréd'un fardeau quil'écrasait.

M.

Gervais restait toujours les yeux fixés sur Alice, Tobservant avec une profondeattention.

Evidemment

levieuxbaronétait inquiet..Pro- fitant d'un

moment

oii sa fille avait tourné la tête, il se pencha vers le doclenr el lui dit tout bas:

(49)

Oh!... rien... rien, monsieur le baron, seulemeni, j'ai besoin d'examiner encore, de voir plus longtemps; l'orgnnisalion est déli- cate...ilfauttoujoursréfléchir... ohserveravaiit d'ordonner... rechercher les causes.

Alice avait entendu seulement les derniers mots decelte phrase; et son regardse leva brus- f|uement sur le médecin de campagne, puis se baissa lentement.

On

eût dit qu'une pensée étaitvenue, mais avaitdisparu tout à coup. «

Elle s'éloigna

même

de quelques pas et fre-

donna

à demi-voix unrefraindu payseneffeuil- lant une grappe de lilas.

— A

la

bonne

heure, s'écria le baion, te voilà gaie

comme

on doit l'êtreà ton âge, vive Dieu!...

(50)

46

Pourquoi

donc

ne serais-je pas gaie,

mon

père?

C'estjustementce

que

nousrechercherons, reprit

M.

Gervais à demi-voix

comme

se par- lant à

lui-même

et

humant

une prise de

tabac.

Alice arrêta encore

une

fois son grand oeil

brun

surle docteur.

Au même moment,

Ivonne (c'était le

nom

delà servante) arrivait en courant.

Voilà le monsieur!... voilà le monsieur!..»

venezvite... la voiture est entréedans la cour.

Excusez-moi, docteur, dit le baron en se

levant aussitôt,

un

hôteà recevoir,

une

affaire importante,

un

étranger quivientpasser quel- quesjours danscechâteau.

Allez, monsieur le baron, ne vous gênez pas

pour

moi,jevous enprie; mais permettez-

(51)

moi

derester quelques instants encore auprès de mademoiselle votre fille.

Cette prolongation de visite contrariait évi-

demment

M"* deKervelane; car elle restaéloi-

gnée

du

médecin, faisant avec ses jolies lèvresà peinerosées

une moue

d'enfant.

Le

docteur la laissait faire, appliquant toute son attention, toute son intelligence à suivre chacun, des

mouvements

de la petite créature qui était devant lui. Ils étaient seuls et ne se parlaient pas.

Alice reprit sa place sur le petit tertre de gazon oii lebaron etledocteurl'avaient trouvée couchéequelques

moments

auparavant, et nese mitnullementen peine de

commencer

une con- versation avec

M.

Gervais.

Celui-cigarda le silencetantquecela lui con-

(52)

;..8

vint, et après un assez long intervalle, il dit tranquillement :

J'ai une fille de votre âge, mademoiselle.

Alice parut à peine l'entendre.

— Comme

vous, elle est souffrante, maisce

qu'il y a de triste et de désolant c'est

que

la

pauvre enfant sinquiète de son mal. Elle ne le dit à personne, mais st; tourmente en secret, et cette inquiétude dont rien ne peut ladistraire, la fait

tomber

dans

mie

véritable langueur.

Alice haussa imperceptiblement les épaules,

comme

pour dire :

Quelle faiblesse! Mais elle

ne parla pas.

Etpuis encore, continua

M.

Gervais, éle-

vée à la campagne, au milieu des champs, ne

s est-elle pasmiseà regretterleplaisirdesvilles, les bals, lesspectacles, les belles toilettes? Elle s'ennuie dansnotre hameau. .

(53)

Alice jouait avec des petites marguerites et des boulonsd'or qu'elleavaitcueillissurl'herbe.

Pour

touteréponse, elle pressa surseslèvres son bouquet de fleurs des

champs;

elle semblait dire:

oh

! moi, j'aimela campagne.

Je n'ai plus qu'une espérance; je vais la

marier. Elle aime

un

fermier d'un

bourg

voi- sin, il est jeune

comme

elle, beau

comme

elle.

Peut-être

que

cesdeux enfantsen s'unissant re- trouverontgaîté,joyeuseschansonsetbonheur!

Ils s'aiment tant!

Alicetourna la tête

du

côté

du

docteur, elle le

regarda, et ses beaux yeux prirent

une

expres- sion attentive. Elle écouta.

Mademoiselle, il est tard, ne pourrions- nous aller rejoindre votre père* reprit le doc- teur en changeant

brusquement

de conversa-

tion.

(54)

50

Alice seleva, et posant son petit bras sur le

brasque lui offrait

M.

Gervais, tous les deux ensilence regagnèrentla maison.

Le baron de Kervelane était avec l'étranger dontla venue paraissait d'une si haute impor- tancedans lechâteau des Herbiers; s'il faut en juger parl'agitation extraordinaire que causait son arrivée, et par l'exclimation d'Ivonne:

«Voilà cemonsieur. »

Le

baron se leva pour aller au devant

du

docteur.

C'estledocteurGervais,dit-il en désignant

cdui-ci à l'étranger,le plus digne

homme

et le plus savant médecin que possède le pays.

Le

baron se retourna vers l'étranger :

Monsieurlemarquis de Nièvremont, notre nouvel hôte,

que

nousconserverons, j'espère le pluslongtemps possible ici.

(55)

Le

lecteur désire sans doute avoir quelques détails sur ce nouveau personnage.

C'est

un

homme

d'une cinquantaine d^années environ, grand, bien fait, ayant conservé

un

airde jeu- nesse malgré son front chauve et les cheveux

gris qui garnissent ses tempes; mais dans ses yeux, il ya cette sérénité calme que peut seule-

ment

trouvercelui qui a traversé les orages de

la vie et atteintceporttranquilleet bienheureux

n'aborde plus lafougue des passions

humai-

nes.

Quelques rides sillonnent son front large et grand. L'expression de sa figureest froide, maissans être sévère.

— Vous

avez parlé avec

ma

fille, docteur, reprit lebaron après avoirapproché

un

siège à

M.

Gervais.

Oui,et

un

régimesalutairejoint àdegrandes

(56)

52

précautionsrétablira, je l'espère, celte jeunesse

un

peufragile. Vous

me

permettez d'avoir avec vous, avant

mon

départ, quelquesminutesd'en- tretien.

L'étranger comprit queledocteuret lebaron devaient désirer être seuls; aussi il se leva.

— M.

le baron, dit-il, je vous

demande

la

permission de

monter

pendant quelques

minu-

tes dansl'appartementque vous avez bien voulu

me

faire préparer.

(57)

Chapitre deunLième.

NOBL. 1

(58)
(59)

moi-même,

reprit le

baron

en précédant l'é- tranger.

Quand

M. Gervais fut seul, il posa sa canne

et son chapeau sur

une

chaise, et s'appuyantle

menton

sur ses deux mains, ilsemitàréfléchir.

Ses prévisions allaient-elles trop loin? Se

(60)

56

trompait-il dans ce qu'il avait cru deviner? Il était plongé dans ses méditations,

quand

revint lebaron; ce qui fit qu'il ne l'entendit pas en-

trer, et

que

celui-ci pût s'approcher sansqu'il eût fait lemoindre

mouvement.

— Ah

ça, docteur, à quoi pensez-vous

donc

ainsi les deux yeux fermés et le visage dans les

mains?

Jepensais à mademoiselle votre fille.

— Eh

bienI docteur,nous

sommes

seuls.

— Vos

inquiétudesétaient exagérées, je vous

le répète; le danger que vous redoutiez n'est pas à craindreen ce

moment.

Je disence

mo-

ment, monsieur lebaron,parce que je ne dois pasvous cacher

que

l'organisation de

mademoi»

selle votre filleest délicate, impressionnable, et qu'elle n'estpas,jepense, entièrement

exempte

(61)

devous. Sa natureestfrêle, chancelante, avant besoin d'appui, de tranquillité, de calme, de calme surtout; et ce besoin est d'autant plus nécessaire que ces organisations maladives par

le fait

même

de leur faiblesse ressentent plus vivement les moindres impressions sans

pou-

voir les dominer. Je

me résume

en quelques mots, monsieur le baron : Mademoiselle Alice est jeune, la vie a dans elle de la sève, je dirai presque de l'énergie,malgrésapâleur apparente;

et tout fait espérer

que

le

germe du

mal qu'elle tientde sa naissancepourra être étouffé par les soinset les

ménagements

; mais ilfautl'éloigner autant

que

possible de tout travail sérieux qui absorberait son attentionet fixerait ses pensées d'une manièretrop absolue; jevousprescrirai,

dans

mon

ordonnance, lerégime de nourriture

(62)

~

58

qu'il est, je crois, important de suivre avec la

plus granderégularité. Maintenant, il

me

reste

un

autre pointsur lequel jecroisde

mon

devoir d'appeler toute votre attention.

Le baron

fit

un mouvement

involontaire qui décelaitson inquiétude; et sans prononcer

un

seul mot, il se pencha vers le docteur

pour

ne pas perdre uneseule des parolesqu'il allait pro- noncer.

M.

Gervais prit une positionsérieuse, réflé- chit, etcontinua ainsi :

J'ai toujours pensé que la science

du mé-

decin ne consistait pas à étudier seulement le

malquisedéveloppeàses yeuxet à en chercher

la guérison; car la médecine est impuissante à guérir les souffrances

du

corps qui proviennent des soufTrancesde l'àme.

Nous

autres, pauvres

médecins de campagne, qui vivons presque en

(63)

famille avec ceux

que

nous soignons, nous ap- prenons bien souvent à guérir le

mal

par la

connaissance d'un secret.

Nous

apprenons à

comprendre

combien la vie

du

corps se ratta- che intimement h la vie

du

coeur.

— Et

vous pensez, docteur?... interrompit

lebaron impatient devoir

M.

Gervais terminer son exorde.

Jepense, monsieur le baron,

que made-

moiselle de Kervelane est arrivée à cet âge

le coeur cesse d'être

muet

; je n'ai rien trouvé dansles

symptômes

dela maladie extérieure qui pût motiver celte pâleur, cette tristesse, rien enfindans le

mal

que vous redoutez, qui puisse occasionner cet abattement presque continuel, et cette mélancolie douloureusedont vous m'a*

vezparlé.

Rien? dites-vous.... répéta le baron.

(64)

00

~

Alorsje

me

suis

demandé

si quelque cause cachée, inconnue, ne pouvait pas produire

d'aussi tristes effets dans cette frêle organisa- tion; j'ai interrogé avec la pensée, etj'aicru...

Qu'avez-vous cru? monsieur, dit fière-

ment

le baron, en redressant sa noble têle de

vieillard.

— Que

mademoiselle de Kervelane avait

un

secret qu'elle cachait à son père.

Vous

vousêtestrompé, monsieur.

C'est possible, monsieur le baron, reprit

M.

Gervais en se redressant aussi de son côté, avecaumoins autantdefierté;

eirare

humanum

estj etjen'aipas laprétention d'être

une

excep- tionà larègle

commune, —

l'un de nous deuxse

trompe

en ce

moment;

l'avenir dira lequel;

mais vous m'avez appelé; je suis venu, et je vous dois toute la vérité.

Veuillez donc, je

(65)

vous prie, ne pas m'Interrompre.

Je ne sais

pas faire de phrases, je ne suis qu'un paysan ; je vais droit au fait : Il s'agit de sauver voire enfant, que vousêtes

menacé

peut-être de por-

die,

comme

vousavez perdu sa mère,

comme

vous avez perdu sa

sœur;

il s'agit, si Dieu le veut et le permet, de l'arracher, par tous les

moyens

possibles, à une aussi cruelle destinée;

et cette pensoe-là, monsieur le baron, croyez- moi, doit

dominer

tout orgueil et toute suscep- tibilité.

Votre fillesouffre, votre fillemaigrit,

votre fille pâlit et s'affaiblit de jour en jour;

quand

je lui ai parlé, elle était embarrassée,

quand

je l'ai Interrogée avec

mes

regards, elle semblait avoir peur, el'e s'éloignaitde

moi

plu- tôt qu'elle ne se rapprochait; ce n'est pas lesentimentd'unmalade,ilne fuitpas celui qui doitoupeutleguérir.

Interrogezvossouvenirs,

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