Hugo Delahaye
Verres de spin et calcul adiabatique quantique
une ´ etude de l’article
Exponential vanishing of the ground-state gap of the QREM via adiabatic quantum computing [1]
de J.Adame et S.Warzel
M´ emoire d’initiation ` a la recherche
Sous la direction de Monsieur Fran¸ cois Huveneers
Cycle pluridisciplinaire d’´ etudes sup´ erieures
Troisi` eme ann´ ee (L3)
Table des mati` eres
1 Introduction 2
1.1 Le calcul adiabatique quantique . . . . 2 1.2 Les verres de spin . . . . 2
2 Calcul adiabatique quantique 3
2.1 Le th´ eor` eme adiabatique . . . . 3 2.2 Un exemple ´ el´ ementaire . . . . 4 2.3 Un exemple utile . . . . 4
3 Verres de spins 6
3.1 Le Random Energy Model . . . . 6
3.2 Le Quantum Random Energy Model . . . . 8
1 Introduction
1.1 Le calcul adiabatique quantique
Les algorithmes de recherche dans un espace non structur´ e font partie des plus utiles en informa- tique. Si l’on dispose d’une base de donn´ ees ` a N entr´ ees et dans laquelle les entr´ ees sont class´ ees al´ eatoirement, alors le meilleur algorithme classique prendra un temps O(N ) pour trouver une entr´ ee particuli` ere d’apr` es un crit` ere. En effet quelque soit la m´ ethode de parcours utilis´ ee, il est possible que l’entr´ ee recherch´ ee soit la derni` ere parcourue. Pourtant, en 1996, Lov Grover proposa un algorithme [2] capable d’effectuer une recherche dans un espace non structur´ e en un temps O( √
N) en utilisant la puissance de l’informatique quantique. Le principe g´ en´ eral en est le suivant : on dispose d’une boˆıte noire appel´ ee Oracle qui d´ etermine si un ´ etat quantique donn´ e en entr´ ee r´ epond ou non au crit` ere de recherche, et d’un algorithme d’amplification d’amplitude qui permet de d´ emarquer les ´ etats r´ epondant au crit` ere des autres. Ce dernier prend un temps O( √
N ) et ne d´ epend pas du probl` eme pos´ e. L’Oracle peut ˆ etre difficile ` a expliciter et ajouter un temps suppl´ ementaire.
Farhi en 2000 proposa un algorithme [3] trouvant la valeur minimale d’un tableau en un temps O( √
N), pr´ esentant l’avantage de ne pas utiliser de porte quantique (Oracle et amplifi- cation d’amplitude) mais une ´ evolution continue du syst` eme, grˆ ace calcul adiabatique quantique.
Celui-ci est fond´ e sur le th´ eor` eme adiabatique. ´ Enonc´ e en 1928 par Max Born et Vladimir Fock [4], il dit en substance qu’un syst` eme quantique dont l’´ evolution est suffisamment lente reste dans un
´ etat propre instantan´ e. Plus pr´ ecis´ ement, si g = min(E
1(t) − E
0(t)) d´ esigne la diff´ erence minimale entre le premier niveau d’´ energie du syst` eme et son niveau fondamental (gap), alors un temps d’´ evolution T & 1/g
2permet de localiser l’´ etat du syst` eme autour d’un ´ etat propre. L’id´ ee du calcul adiabatique quantique est donc de trouver un hamiltonien H
fdont l’´ etat fondamental est solution du probl` eme, un hamiltonien initial H
0plus simple tel qu’on puisse pr´ eparer le syst` eme dans son ´ etat fondamental. On fait ensuite ´ evoluer H
0en H
fadiabatiquement, et on est assur´ e par le th´ eor` eme que l’´ etat final mesur´ e sera l’´ etat fondamental de H
f. Le probl` eme est donc de savoir quel temps est n´ ecessaire pour que l’´ evolution soit adiabatique. Si l’on choisit bien H
0et H
f, on peut avoir un grand gap g et donc un algorithme rapide, battant ses contre-parts classiques.
1.2 Les verres de spin
Les verres de spins consistent en un maillage, plus ou moins r´ egulier, et d’un ensemble de spins (des vecteurs, souvent discr´ etis´ es) plac´ es aux sommets de ce maillage. A chaque configuration de spins est associ´ ee une ´ energie et une probabilit´ e, permettant un ´ etude thermodynamique et statistique du syst` eme. Ils sont principalement utilis´ es pour simuler dynamiquement des mat´ eriaux dont les composants ´ el´ ementaires (atomes, mol´ ecules) peuvent ˆ etre orient´ es, par exemple l’eau, ou les m´ etaux magn´ etiques. Il existe aussi des versions quantiques des ces verres, comme le QREM. Il est tr` es utile de connaˆıtre le gap d’un syst` eme de verre de spins car il donne des informations sur les ´ eventuelles transitions de phases, (changement significatif du comportement du syst` eme autour d’une temp´ erature critique), mais il peut ˆ etre difficile ` a calculer.
Le papier de S.Warzel et J.Adame [1] propose d’encoder les diff´ erents niveaux d’´ energie du REM
dans le hamiltonien H
fd’un probl` eme de calcul adiabatique quantique, de d´ eterminer le temps
d’´ evolution du syst` eme et ainsi d’en d´ eduire une borne sur le gap du QREM. Cette approche est
int´ eressante pour deux raisons : tout d’abord elle rapproche deux domaines de la physique th´ eorique
qui au premier abord semblent sans lien ; et elle propose de d´ eterminer une borne sup´ erieure sur
le gap du QREM ` a partir d’une borne inf´ erieure sur le temps d’´ evolution d’un syst` eme quantique,
ce qui est l’inverse de l’approche habituelle.
2 Calcul adiabatique quantique
2.1 Le th´ eor` eme adiabatique
D´ efinition 1 Un espace d’´ energie non structur´ e est une fonction u : J 0, N − 1 K → R o` u l’on interpr` ete physiquement u(i) comme l’´ energie associ´ ee ` a la configuration i du syst` eme que l’on s’est donn´ e.
D´ efinition 2 On parle d’´ evolution adiabatique d’un syst` eme lorsque les conditions auxquelles il est soumis ´ evoluent suffisamment lentement pour qu’il soit modifi´ e en cons´ equence. Si au contraire les conditions externes ´ evoluent trop rapidement pour que le syst` eme ait le temps d’ˆ etre modifi´ e significativement, on parle d’´ evolution diabatique.
On notera i
0la valeur telle que u(i
0) = min(u(i))
i∈J0,N−1K
. Le but est donc de trouver i
0en un temps O( √
N). Pour ce faire on encode u dans une matrice diagonale U = diag(u(0), . . . , u(N − 1)). De cette fa¸ con trouver i
0revient ` a d´ eterminer le ground-state de U (le vecteur propre associ´ e ` a la plus petite valeur propre de U ). On d´ efinit le hamiltonien suivant
H(s) = H
0(s) + c(s)U tel que
- s = t/T o` u T > 0 permet une ´ evolution adiabatique ; - c : [0, 1] → [0, 1] est de classe C
2avec c(0) = 0, c(1) = 1 ; - H
0: [0, 1] → Herm( C
N×N) est de classe C
2avec H
0(1) = 0 ;
- H(s) admet un ground-state non-d´ eg´ en´ er´ e ϕ(s) ∈ C
N` a tout moment s ∈ [0, 1].
Notons que ces conditions implique que le minimum u(i
0) soit bien unique. L’´ evolution du syst` eme quantique ´ etudi´ e est donc gouvern´ ee l’´ equation de Schr¨ odinger
i d
dt |ψ(t)i = H(t/T ) |ψ(t)i , |ψ(0)i ∈ C
NOn veut montrer si on pr´ epare le syst` eme dans l’´ etat initial ψ(0) = ϕ(0) (le ground-state de H(0)), et que l’on mesure l’´ etat final du syst` eme ψ(T ) alors celui-ci aura de grandes chances d’ˆ etre le ground-state ϕ(1) de H(1) (c’est-` a-dire u(i
0)), et ainsi on aura r´ esolu le probl` eme. La question reste ` a pr´ esent de savoir quel est le lien entre le temps T n´ ecessaire ` a l’´ evolution adiabatique du syst` eme, le gap, et la probabilit´ e P
r= |hu(i
0)|ψ(T )i|
2de trouver la bonne r´ eponse. Pour cela on utilise le th´ eor` eme adiabatique.
Th´ eoreme 3 [1] Soit H : [0, 1] → Herm( C
N×N) de classe C
2tel que H(s) admet un ground-state non-d´ eg´ en´ er´ e ϕ(s) ∈ C
N` a tout moment s ∈ [0, 1], autrement dit le gap g(s) est strictement positif
`
a tout moment. Alors l’´ equation de Schr¨ odinger
i d
dt |ψ(t)i = H(t/T) |ψ(t)i , |ψ(0)i ∈ C
Nadmet une unique solution qui v´ erifie
p 1 − P
r6 1 T C
H,go` u
C
H,g= kH
0(0)k
g(0)
2+ kH
0(1)k g(1)
2+
1
Z
0
7 kH
0(s)k
2g(s)
3+ kH
00(s)k g(s)
2! ds
Il est trivial de montrer que le cas particulier H(s) = H
0(s) + c(s)U d´ ecrit plus haut rempli les conditions du th´ eor` eme adiabatique.
On voit que si T C
H,g, alors √
1 − P
r= C
H,g/T 1 et donc P
r∼ 1.
On peut aussi remarquer que plus le gap est grand, moins le temps d’´ evolution est oblig´ e d’ˆ etre long. On cherchera ainsi ` a maximiser le gap, et c’est pourquoi on peut estimer que le terme dominant est celui en 1/g(s)
2. Enfin l’endroit o` u le gap est minimal intervient plus que les autres.
On retrouve bien le r´ esultat qualitatif annonc´ e : T & 1/g
2.
2.2 Un exemple ´ el´ ementaire
Notons E
s= (1 − s)E
1+ sE
2+ avec 0 < ε E
1, E
2et prenons le hamiltonien H(s) =
E
sε ε −E
sOn va calculer le temps T n´ ecessaire pour qu’un syst` eme initialement dans le ground-state y reste.
Le polynˆ ome caract´ eristique de H(s) est χ(H(s)) = λ
2s− E
s2− ε
2et ses valeurs propres sont λ
s,±= ± p
E
s2+ ε
2=: ±λ
sAinsi g(s) = λ
s,+− λ
s,−= 2 p
E
s2+ ε
2et
g
0(s) = 2s(E
22+ E
21− 2E
1E
2) − 2(E
12− E
1E
2) p E
s2+ ε
2g
0(s) = 0 ⇔ s = E
12− E
1E
2E
22+ E
12− 2E
1E
2= E
1E
1− E
2g = g
E
1E
1− E
2= 2 s
E
1(E
1− E
2) − E
12+ E
1E
2E
1− E
2 2+ ε
2= 2 p 0 + ε
2= 2ε D´ eterminons les vecteurs propres de H(s)
H(s)ψ(t) = λ
s,+ψ(t) ⇔
E
sε ε −E
sψ
1(t) ψ
2(t)
= p E
s2+ ε
2ψ
1(t) ψ
2(t)
⇔
( E
sψ
1(t) + εψ
2(t) = p
E
2s+ ε
2ψ
1(t) εψ
1(t) − E
sψ
2(t) = p
E
2s+ ε
2ψ
2(t)
⇒ εψ
1(t) = ( p
E
s2+ ε
2+ E
s)ψ
2(t)
On v´ erifie rapidement que le vecteur √
12(E2s+ε2+Esλs)
E
s+ λ
sε
est le vecteur propre associ´ e ` a la valeur propre λ
s` a tout instant s.
De mˆ eme, √
12(Es2+ε2−Esλs)
E
s− λ
sε
est le vecteur propre associ´ e ` a la valeur propre −λ
s` a tout instant s. Finalement, si l’on pr´ epare le syst` eme dans le ground-state de H(0) et qu’on le mesure apr` es un temps T > 1/g
2= 1/4ε
2, alors on le trouvera tr` es certainement dans le ground-state de H(1).
2.3 Un exemple utile
D´ efinition 4 Un spin de Ising est une mod´ elisation simplifi´ ee d’une particule orientable (poss´ edant un axe de sym´ etrie ou un dipˆ ole magn´ etique). On r´ eduit l’espace de ses configurations ` a Q
1= {↑
, ↓}. Consid´ erer n spins de Ising revient ` a se placer dans Q
n= {↑, ↓}
nOn peut aussi en envisager une version quantique dont l’espace des configurations est Q
q1= {a |↑i +b |↓i |a, b ∈ C , a
2+ b
2= 1}.
Consid´ erons N = 2
nobjets dont l’un, m, est marqu´ e, et que l’on cherche ` a retrouver le plus rapidement possible. Pour ce faire on utilise n spins de Ising quantiques que l’on num´ erote ainsi
|↑↓ · · · ↑i =
1 ∗ 2
n−1+ 0 ∗ 2
n−2+ . . . + 1 ∗ 2
0= |ii
L’ensemble {|ii , i ∈ J 0, N − 1 K } forme donc la base naturelle de l’espace de Hilbert Q
qn= (Q
q1)
⊗n. On note x :=
√1N
et on consid` ere le hamiltonien
H(s) = (1 − s)H
0+ sH
fo` u H
0= I − |ψ
0i hψ
0| et H
f= I − |mi hm|. On pr´ epare notre syst` eme dans l’´ etat le plus d´ elocalis´ e
|ψ
0i = x
N−1
X
z=0
|zi
Pour obtenir deux vecteurs orthonorm´ es, on d´ efinit grˆ ace au proc´ ed´ e d’orthonormalisation de Graham-Schmidt
|ψ
1i = |ψ
0i − x |mi k|ψ
0i − x |mik
= |ψ
0i − x |mi
p (hψ
0| − x hm|)(|ψ
0i − x |mi)
= |ψ
0i − x |mi
p hψ
0|ψ
0i − 2x hm|ψ
0i + x
2hm|mi
= |ψ
0i − x |mi
√ 1 − 2x
2+ x
2= |ψ
0i − x |mi
√ 1 − x
2On r´ e´ ecrit H(s)
H(s) = (1 − s) h I − p
1 − x
2|ψ
1i + x |mi p
1 − x
2hψ
1| + x hm| i
+ s [I − |mi hm|]
= (1 − s) h
I − (1 − x
2) |ψ
1i hψ
1| − x p
1 − x
2(|ψ
1i hm| + |mi hψ
1|) − x
2|mi hm| i
+ s [I − |mi hm|]
On a alors
H(s) |mi = (1 − s) h
|mi − x p
1 − x
2|ψ
1i − x
2|mi i
= (1 − s)(1 − x
2) |mi − (1 − s)x p
1 − x
2|ψ
1i H(s) |ψ
1i = (1 − s) h
|ψ
1i − x p
1 − x
2|mi − (1 − x
2) |ψ
1i i
+ s |ψ
1i
= [1 − (1 − s)(1 − x
2)] |ψ
1i − (1 − s)x p
1 − x
2|mi On peut finalement ´ ecrire H(s) dans la base (|ψ
1i , |mi)
H(s) =
(1 − s)(1 − x
2) (1 − s)x √ 1 − x
2(1 − s)x √
1 − x
2(s − 1)(1 − x
2) + 1
On d´ etermine les valeurs propres instantan´ ees du hamiltonien ainsi que le gap
det(H(s) − λ
sI) = [(1 − s)(1 − x
2) − λ
s][(s − 1)(1 − x
2) + 1 − λ
s] + (1 − s)
2x
2(1 − x
2)
= λ
2s− λ
s[(1 − s)(1 − x
2) + (s − 1)(1 − x
2) + 1]
+ (1 − s)(1 − x
2)[(s − 1)(1 − x
2) + 1] + (1 − s)
2x
2(1 − x
2)
= λ
2s− λ
s+ (1 − s)(1 − x
2)[(s − 1)(1 − x
2) + 1 + (1 − s)x
2]
= λ
2s− λ
s+ (1 − s)(1 − x
2)s
∆ = 1 − 4s(1 − s)(1 − x
2) λ
s,±= 1 ± p
1 + 4(s
2− s)(1 − x
2) 2
g(s) = p
1 + 4(s
2− s)(1 − x
2) g
0(s) = 4(2s − 1)(1 − x
2)
2 p
1 + 4(s
2− s)(1 − x
2) g
0(s) = 0 ⇔ s = 1
2
Donc g = g(
12) = x et T =
x12= N . De mani` ere ´ etonnante, le calcul adiabatique quantique ne
semble pas am´ eliorer le temps que prend l’algorithme ` a trouver la configuration marqu´ ee. En fait il
est possible de d´ ecouper l’intervalle de temps T en des intervalles infinit´ esimaux dt, et d’appliquer
`
a chacun d’entre eux le th´ eor` eme adiabatique. Cela correspond ` a faire ´ evoluer le syst` eme ` a une vitesse instantan´ ee correspondant au gap instantan´ e
T
∗=
1
Z
0
1 g(s)
2ds
=
1
Z
0
1
1 + 4(s
2− s)(1 − x
2) ds On sait que
d
ds (arctan(f (s))) = f
0(s) f (s)
2+ 1 Donc
d
ds (arctan(2s − 1)) = 2 4s
2− 4s + 2 d
ds
arctan √
y(2s − 1) 2 √
y
!
= 1
y(4s
2− 4s + 1) + 1
= 1
1 + y + 4y(s
2− s))
"
arctan √
y(2s − 1) 2 √
y
#
10
=
1
Z
0
1
1 + y + 4y(s
2− s)) ds arctan √
y
√ y =
1
Z
0
1
1 + y + 4y(s
2− s)) ds Avec y =
x12− 1, on obtient
arctan q
1 x2
− 1 q
1x2
− 1
=
1
Z
0
1
1
x2
+ 4(
x12− 1)(s
2− s) ds x
2arctan q
1 x2
− 1 q
1x2
− 1
=
1
Z
0
1
1 + 4(1 − x
2)(s
2− s) ds Soit finalement
T
∗= N arctan √ N − 1
√ N − 1
N→∞
∼ π √ N On retrouve donc un temps en O( √
N ), c’est-` a-dire le mˆ eme que l’algorithme de Grover. Notons que l’on peut montrer que les vecteurs propres associ´ es aux valeurs propres sont
|ψ(s)
±i = x(s − 1) √
1 − x
2|mi + (λ
s,±+ (s − 1)(1 − x
2)) |ψ
1i q
g(s)22
± g(s)(s(1 − x
2) + x
2)
3 Verres de spins
3.1 Le Random Energy Model
D´ efinition 5 [5], [6] Le REM est un espace d’´ energie d´ esordonn´ e, ou verre de spin, sur Q
n, c’est-` a-dire que la fonction u n’est pas d´ eterministe, mais une variable al´ eatoire. Dans notre cas les u(i), i ∈ J 0, N − 1 K sont ind´ ependants et identiquement distribu´ es selon une loi normale de moyenne µ = 0 et de variance σ
2= n/2.
Il peut ˆ etre int´ eressant de connaˆıtre la distribution extr´ emale des ´ energie pour ´ etudier le com-
portement du syst` eme dans les limites thermodynamiques. Notamment, si l’on encode comme
pr´ ec´ edemment les u(i) dans une matrice diagonale U , alors on disposera d’un lien entre le gap (qui
correspond ` a la diff´ erence entre les deux ´ energies tir´ ees les plus basses) et le temps d’une ´ evolution adiabatique sur un certain syst` eme.
On va tout d’abord d´ eterminer la plus petite ´ energie typique. On note I
ε,δ= [nε, n(ε + δ)] et N (ε, δ) = #{i ∈ J 0, N − 1 K |u(i) ∈ I
ε,δ} la variable al´ eatoire qui compte le nombre de tirages dans l’intervalle I
ε,δ. On a
P (N (ε, δ) = k) = P(∃i
1, . . . , i
k∈ J 0, N − 1 K |j ∈ {i
1, . . . , i
k} ⇔ u(j) ∈ I
ε,δ)
= N
k
P (j ∈ {1, . . . , k} ⇔ u(j) ∈ I
ε,δ)
= N
k
n(ε+δ)
Z
nε
e
−x2/n√ πn dx
k
1 −
n(ε+δ)
Z
nε
e
−x2/n√ πn dx
N−k
= N
k
P
ε,δk(1 − P
ε,δ)
N−kAvec
P
ε,δ:=
n(ε+δ)
Z
nε
e
−x2/n√ πn dx
=
ε+δ
Z
ε
e
−nx2√ π
√ ndx
∼ δ r n
π e
−nε2= exp
ln δ + 1
2 ln(n/π) − nε
2Remarquons imm´ ediatement que si pour le moment, la taille de I
ε,δest proportionnelle ` a n, ultimement on veut qu’elle ne varie pas, afin de mieux situer les ´ energies extr´ emales. Ainsi on doit avoir δ ∼ 1/n et l’approximation sur P
ε,δa du sens.
On identifie la loi de N (ε, δ) ` a une une binomiale B(N, P
ε,δ). On a donc E [N (ε, δ)] = N P
ε,δ= exp
n ln 2 + ln δ + 1
2 ln(n/π) − nε
2= exp
ln δ − 1
2 ln π + 1
2 ln n + n ln 2 − nε
2Cette exponentielle vaut 1 lorsque ln δ − 1
2 ln π + 1
2 ln n + n ln 2 − nε
2= 0 ⇔ ε = ± r
ln 2 + ln n 2n + ln δ
n − ln π 2n
=: ε
±−−−−−→
n→+∞
± √ ln 2
Au del` a des valeurs limites ε
±, l’argument de l’exponentielle est n´ egatif donc on s’attend ` a trouver un nombre exponentiellement faible de tirages. En de¸ c` a, on s’attend ` a en trouver un nombre expo- nentiellement ´ elev´ e. Autrement dit la plus petite valeur attendue est d’ordre −n √
ln 2. Calculons
`
a pr´ esent le nombre attendu de tirages dans l’intervalle [nε
−− 1, nε
−]. On choisit cet intervalle car on se doute que le gap est d’ordre 1, et donc qu’il contiendra environ une valeur. On le r´ e´ ecrit [nε
−− 1, nε
−] = I
ε1,δ1= [nε
1, n(ε
1+ δ
1)], o` u ε
1= ε
−, δ
1= 1/n.
E [N (ε
1, δ
1)] = exp
n ln 2 + ln δ
1+ 1
2 ln(n/π) − nε
21= exp
n ln 2 + 1
2 ln(n/π) − nε
2−+ ln(1/n)
= exp(− ln δ + ln(1/n))
Si l’intervalle I
ε−,δest de taille 1, i.e. si δ = 1/n, alors
E [N (ε
1, δ
1)] = exp(− ln(1/n) + ln(1/n)) = 1
Ainsi l’unique valeur pr´ esente dans l’intervalle I
ε1,δ1est la deuxi` eme plus petite et le gap est d’ordre 1.
Plus g´ en´ eralement, si l’on veut que la taille de l’intervalle I
ε−,δne d´ epende pas de n, on prend δ = x/n, x ∈ R
+et on a
E [N (ε
1, δ
1)] = exp(− ln(x/n) − ln n)
= 1/x
Il peut sembler ´ etrange que le nombre de tirages dans I
ε1,δ1d´ epende de la taille de I
ε−,δ, mais on peut l’expliquer de la fa¸ con suivante. I
ε−,δest par d´ efinition le dernier intervalle de taille δ dans lequel on s’attend ` a trouver un seul tirage d’une loi normale. ε
−, l’´ eloignement ` a la moyenne de l’intervalle, est une fonction d´ ecroissante (n´ egative) de δ car si on prend un intervalle plus grand, il faut s’´ eloigner de la moyenne pour n’y trouver qu’un seul tirage. Ainsi pour x grand, |nε
−| sera grand et l’intervalle I
ε1,δ1, qui lui est de taille constante mais presque aussi ´ eloign´ e de la moyenne, contiendra en esp´ erance moins de de tirage.
3.2 Le Quantum Random Energy Model
D´ efinition 6 On d´ efinit sur Q
nla relation d’´ equivalence
i ∼ j ⇔ ∃k ∈ J 0, n − 1 K |i − j = ±2
kAutrement dit, deux configurations sont en relation si et seulement si elles ne diff` erent que d’un spin. Ensuite on d´ efinit le graphe de Q
nG(Q
n) = (Q
n, {(i, j)|i ∼ j})
Ce graphe a donc N sommets, qui sont reli´ es par une arrˆ ete si et seulement si les configurations correspondantes sont en relation.
D´ efinition 7 Soit G = (V, E) un graphe et ψ : V → C
N. Le Laplacien discret est d´ efini ∀i ∈ V par
(∆ψ)(i) = X
i0∈V i0∼i
ψ(i
0) − nψ(i)
D´ efinition 8 Le QREM est un verre de spin quantique, qui combine un syst` eme quantique et thermodynamique. On peut le voir comme un ´ equivalent du REM sur Q
qn. Plus concr` etement, il s’agit d’´ etudier un syst` eme soumis au hamiltonien
H(κ) = −∆ + κU
o` u U est la matrice diagonale du REM, et ∆ est le Laplacien discret sur le graphe de Q
n. Si on regarde l’action de du premier op´ erateur dans la d´ efinition de ∆, que l’on notera A, sur la base canonique de Q
n, on se rend compte que sa forme matricielle est la matrice d’adjacence d’un hypercube de dimension n (graphe de Hamming).
Pour ´ etudier les valeurs propres de A, d´ efinissons tout d’abord le produit cart´ esien de graphes.
D´ efinition 9 [7] Soient G = (V, E) et G
0= (V
0, E
0) deux graphes. Leur produit cart´ esien H = G G
0= (W, F ) est l’unique graphe d´ efinit par
- W = V × V
0;
- F = {(i, j), (k, l) ∈ W
2| i = k et (j, l) ∈ V
0ou j = l et (i, k) ∈ V }.
D´ efinition 10 [7] Le graphe de Hamming Q
n+1est d´ efinit r´ ecursivement : Q
n+1= Q
nQ
1, o` u Q
1= ({0, 1}, {(0, 1), (1, 0)}).
Montrons que sa matrice d’adjacence est de la forme A
n+1=
A
nI
NI
NA
n. On peut ´ ecrire V
n+1= V
n×V
1= J 0, N−1 K ×{0, 1} = J 0, 2N −1 K en utilisant la bijection (i, j) ∈ J 0, N −1 K ×{0, 1} 7→
k = N j + i ∈ J 0, 2N − 1 K . Soient k = N j + i, l = N j
0+ i
0, alors (A
n+1)
kl= 1 si et seulement si
(k, l) ∈ E
n+1i.e. si et seulement si l’une des conditions suivante est remplie
- i = i
0et (j, j
0) ∈ E
1donc (k, l) ∈ {(i, N i), (N i, i); i ∈ J 0, N − 1 K }. Autrement dit les blocs antidiagonaux de A
n+1sont de la forme I
N;
- j = j
0= 0 ou j = j
0= 1; et (i, i
0) ∈ E
ndonc (A
n)
ii0= 1. Autrement dit les blocs diagonaux de A
n+1sont de la forme A
n.
Calculons ` a pr´ esent les valeurs propres de A
n. Si λ ∈ sp(A
n) est associ´ ee au vecteur propre v, alors A
n+1v v
=
A
nI
NI
NA
nv v
=
A
nv + v v + A
nv
=
λv + v λv + v
= (λ + 1) v
v
A
n+1v
−v
=
λv − v v − λv
= (λ − 1) v
−v
Comme sp(A
1) = {−1, 1}, on d´ eduit par r´ ecurrence que sp(A
n) = {−n, −n + 2, . . . , n − 2, n}.
Notons que si on num´ erote les valeurs propres de 0 ` a n, alors la multiplicit´ e de la k
i`emeest
nk(il suffit de remarquer que
nk+
k+1n=
n+1k+1).
Le second op´ erateur est diagonal donc les valeurs propres de ∆ sont celles de A, d´ ecal´ ees de −n, c’est-` a-dire sp(∆) = {−2n, −2, . . . , 0}. Ainsi les valeurs propres de H(0) = −∆ sont {0, 2, . . . , 2n}
et l’unique ´ etat d’´ energie minimale est le vecteur propre associ´ e ` a n dans le spectre de A
n, soit le vecteur x
1
.. . 1
. Finalement le gap de ∆ vaut simplement 2.
On voit donc que l’on peut d´ eterminer s´ epar´ ement le gap de H(0) et de H(κ), κ 1. La question abord´ ee par l’article est de savoir comment il se comporte entre ces deux cas extrˆ emes. Il cite un article dont les simulations num´ eriques sugg` erent qu’il existe κ
cautour duquel la transition de phase suivante a lieu :
- pour κ < κ
c, le ground-state est d´ elocalis´ e, et d’´ energie exponentiellement proche de −κ
2(en n), autrement dit la recherche du minimum de u ´ echoue ;
- pour κ > κ
c, le ground-state est localis´ e autour du vecteur propre correspondant ` a u(i
0), et d’´ energie N (1 − κ/κ
c) + O(ln N) autrement dit la recherche du minimum de u r´ eussit ; - pour κ = κ
c, le gap tend vers 0 exponentiellement vite en n.
Le but de l’article est de une version faible de ce dernier point.
Th´ eoreme 11 Il existe C ∈ R
+tel que
n→∞
lim P min(g(κ))
κ∈[0,n3]
6 Cn
52
−n/6!
= 1 o` u P est une probabilit´ e sur l’ensemble des r´ ealisations du REM.
Ce th´ eor` eme ne nous assure pas que le min(g(κ))
κ∈[0,n3]